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 "Affaires" est un mot féminin. Coïncidence ? Je ne pense pas. | Isabeau

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« s i . v e r s a i l l e s »
Côté Coeur: Bof, on l'a déjà pas mal piétiné, alors un peu plus un peu moins, on s'y habitue vous savez !
Côté Lit: Moi, mes comptes et mes dossiers. Pas ou peu de place pour un homme !
Discours royal:



    Great Expectations♮


Âge : 24 ans
Titre : Marchande, associée de son beau-frère Loïc Cixous, fournisseuse de la reine et de la favorite en robes et autres produits.
Missives : 386
Date d'inscription : 17/04/2012


MessageSujet: "Affaires" est un mot féminin. Coïncidence ? Je ne pense pas. | Isabeau   17.04.12 22:44





Isabeau Ninon


LACASSAGNE




(Audrey Tautou)




« I work all night I work all day to pay the bills I have to pay ! »

    ► 24 ans.
    ► Associée en affaires à son beau-frère, lui-même entrepeneur. On l’appelle « Madame Semaine » en raison de la manière dont elle gère ses affaires : sept commerces, un pour chaque jour de la semaine !
    ► Française, avec probablement des racines flamandes : elle est née dans un minuscule village du Nord de la France, tout près des Flandres. Son nom de jeune fille est Veermersch, son père a donc sûrement des racines là-bas, mais il ne s’est jamais donné la peine de creuser.
    ► Veuve depuis un peu plus d’un an et demi. De nouveau fiancée depuis peu.
    ► Catholique, bien que ne portant que peu d’intérêt à la religion.
    ► Hétérosexuelle.



♕ PROTOCOLE ♕
VERSAILLES : PARADIS OU ENFER ?

Honnêtement, jamais je n'aurais cru échouer à Versailles un jour, à tel point que jamais jusqu'à aujourd'hui je n'ai même imaginé la vie à la Cour. Versailles, ce n'était qu'un nom lointain, associé au Roi, mais à part ça je ne savais ni où c'était ni même à quoi ça pouvait ressembler... Puis j'ai été amenée à en fréquenter les illustres occupants dans le cadre de mes affaires. Je n'y vis pas, mais j'y vais presque tous les jours, pour conclure des contrats avec ces messieurs-dames de la haute. Un drôle de guêpier si vous voulez mon avis. Ils passent leur temps à s'épier les uns les autres et à se cracher dessus dans le dos tout en paradant dans leurs beaux vêtements en arborant des sourires radieux ; moi je pense qu'il y a un truc qui ne tourne pas tout à fait rond chez eux. Mais bon, tant qu'ils payent, on ne va pas chipoter hein...

COMPLOT : VÉRITÉ OU FANTASME PUR ?

Le complot ? Qu'est-ce que c'est encore que cette histoire ? Des complots, il y en a toujours treize à la douzaine à Versailles, d'après ce que j'ai pu voir c'est leur principal passe-temps à tous ces gens. Ils n'ont rien d'autre à faire de leur journée que suivre le Roi comme de bons toutous et travailler à la chute des uns et des autres pour mieux se faire voir. Moi, ça me donne froid dans le dos leurs procédés. Je n'aimerais vraiment pas être prise dans ce genre d'histoire, déjà qu'il vaut mieux pour moi que je ne me fasse pas remarquer... Tant qu'à faire, autant éviter tous les complots possibles, c'est mauvais pour les affaires et surtout pour moi !

COLOMBE OU VIPÈRE ?

Vipère, moi ? Sachez que vous ne trouverez pas plus honnête femme que moi : les ragots, les potins et les cancans ne sont vraiment pas ma tasse de thé. Je les suis très peu, je n'en colporte aucun, et je ne cautionne vraiment pas le procédé qui me paraît lâche et digne d'un enfant de quatre ans. Pour autant je n'ai pas grand chose à voir avec la douce colombe : si on m'attaque, je réplique ! Je me suis trop longtemps fait marcher sur les pieds : maintenant, je défend ma place becs et ongles, j'ai travaillé trop dur pour arriver où je suis aujourd'hui. Point de vipère ni de colombe donc, mais méfiez-vous de la lionne !

DES LOISIRS, DES ENVIES A CONFIER ?

- Le dessin est à peu près mon seul loisir, j'ai appris à crayonner en Nouvelle-France grâce à mon premier mari, mais mes talents ne vont pas plus loin que les esquisses. Je n'ai pas voulu apprendre la peinture, mais je me défend bien au portrait.
- M'occuper de mes petits orphelins de l'hôpital populaire dont je m'occupe depuis que je me suis associée avec mon beau-frère. J'y consacre énormément de temps, soit en essayant d'améliorer leurs conditions de vie, soit en leur trouvant des familles pour les adopter, soit en leur donnant un peu d'argent pour qu'ils puissent se débrouiller tout seul.
- Travailler, travailler, encore travailler, je suis une acharnée !

♕ HOP, RÉVÉRENCE ! ♕
► Comme si tout le forum n'était pas encore au courant PTDR C'est Cha' qui revient vous jouer un mauvais tour !
► J'ose plus compter PTDR
► Bien trop régulière. La preuve, je ne devrais même pas y être aujourd'hui !
► Code bon by Lisa
► Schizo convaincue et aggravée.
► Sérieusement, pas de volontaire pour inventer le Nutella en 1667 ?




______________________

impossible girl

Hello world I'm your wild girl. © belzébuth


Spoiler:
 


Dernière édition par Isabeau Lacassagne le 26.04.12 22:28, édité 6 fois
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MessageSujet: Re: "Affaires" est un mot féminin. Coïncidence ? Je ne pense pas. | Isabeau   17.04.12 22:46


BIOGRAPHIE

VERSAILLAISE

_________________________________________________

Prologue : « Pour l'homme courageux, chance et malchance sont comme sa main droite et sa main gauche. Il tire parti de l'une comme de l'autre. »

Dans quelques années, il y aura un type très intelligent pour dire qu’on est tous dans le caniveau, mais qu’il y en a quelques-uns pour regarder vers les étoiles. Dommage, je ne le rencontrerai jamais. Je suis née trop tôt, ou lui trop tard, mais on aurait sûrement eu beaucoup de choses à se dire, lui et moi. Mais plus de 200 ans nous séparent, alors je peux toujours rêver…
C’est comme ça. Je suis toujours dans cette situation : au mauvais endroit, au mauvais moment, dans la mauvaise peau. Je suis née le 14 Juillet 1642 dans une famille pauvre du Nord de la France, dans un village perdu dont personne n’a jamais entendu parler, un village à moitié mort appelé Wormhout. Rien que le nom en dit long : « ver de bois », du bois pourri, pour un village oublié auquel les autorités ne prêtent plus la moindre attention, des habitants vidés, épuisés par le travail dans les champs et la maladie, un village à l’agonie. Et je suis née là-dedans, au milieu des chèvres, de la paille et du travail à n’en plus finir. Et puis la vie m’a réservée d’autres surprises, des migrations, des voyages, des hauts, des bas, des chutes rudes, des combats difficiles. Ah ça, je ne me suis jamais ennuyée, je ne m’ennuie jamais. J’ai toujours des problèmes à résoudre, une situation à redresser, des affaires à conclure, des embrouilles à démêler, des catastrophes à éviter. Quand on naît dans la fange, ou pas loin, on fait tout pour ne pas y retomber, mais la tâche n’est pas toujours simple. Donc on abandonne, ou se bat. Moi je me bats, parce que sinon, tout ce que j’ai accompli en vingt-quatre ans d’existence n’aurait plus aucun sens. S’il y a bien une chose dont j’ai peur, c’est d’avoir enduré tout ce que j’ai vécu inutilement, de passer comme un courant d’air alors que tout ce que je demande, c’est qu’on me remarque cinq minutes, qu’on se dise « tiens, elle a existé … ». Exister aux yeux de quelqu’un, je ne demande rien de plus. Je ne demande rien de moins non plus. Du reste, je vous laisse juge de mon histoire, tant mieux si elle vous intéresse, sinon… Tant pis. On ne peut pas plaire à tout le monde, n’est-ce pas ?






BIOGRAPHIE

VERSAILLAISE

_________________________________________________

Chapitre 1 : « On vit le plus souvent dans le gris ou on s'en étonne de moins en moins. » (De 0 à 16 ans)

« Hé la gamine, active-toi un peu, sinon je te colle mon pied là où j’pense ! Et crois-moi, tu l’sentiras passer ! »

Isabeau ne jeta pas le moindre regard à son père, mais mit plus d’ardeur encore à la tâche à laquelle elle était assignée : la récolte du blé. Les mains toutes ampoulées, le dos douloureux à force d’être courbé, la petite fille de sept ans attendit que son géniteur ait fait demi-tour pour enfin lui dédier un regard furieux. Comme elle le détestait, cet ivrogne qui lui hurlait sans cesse dessus, la harcelait pour qu’elle retourne aux champs, la battait avec ce maudit martinet à la moindre occasion, parfois pour rien même, juste comme ça, pour le plaisir. Il semblait qu’il s’échinait à la tuer au travail, alors que lui-même ne faisait rien d’autre de ses journées que malmener ses deux filles et sa femme entre deux bouteilles de cette affreuse mixture acide et noirâtre qu’il osait appeler vin. Ce n’était pas un homme, c’était une bête. D’ailleurs, dans sa tête, Isabeau ne l’appelait jamais autrement que « la bête ». A voix haute, c’était plus simple : elle ne l’appelait pas. Elle l’évitait, autant que possible, passant pour cela s’il le fallait ses journées dans les champs à faucher ce foutu blé qu’elle ne pouvait plus voir en peinture. Si encore il s’était agi de vrai bon blé… Mais tout ce que la famille Veermersch arrivait à tirer de ses terres, c’était de vagues pousses vertes tout juste assez bonnes pour le bétail. Jacques Veermersch ne valait décidément rien : un père haï par ses filles, un mari exécrable, un agriculteur à la manque. Un vrai raté, aux yeux de la petite Isabeau qui ne nourrissait pour lui qu’un profond mépris parfois agrémenté de haine ou de dégoût lorsqu’il la frappait ou qu’elle le trouvait le soir effondré à même le sol, ronflant à s’en décrocher les poumons, et puant la vinasse. Une épave comme celle-là, elle n’en voulait pas pour père.

Sa mère ? Bof, elle ne valait pas beaucoup mieux celle-là. Eglantine Veermersch était une grosse femme incroyablement antipathique, aux petits yeux porcins et fourbes, toujours prête à dire des méchancetés, des grossièretés, ou les deux tout à la fois. Elle travaillait bien plus dur que son mari, mais comme lui elle préférait déléguer le plus dur du labeur à ses deux filles pour lesquelles elle n’avait jamais eu la moindre affection : elle avait espéré un fils, mais ses trois premières couches avaient été des échecs, les deux premiers nés étant morts à la naissance, et le troisième –un garçon- était mort à trois ans d’une mauvaise fièvre. Un an plus tard était née Nanette, et deux ans plus tard encore était venue au monde Isabeau. Des échecs, aux yeux de leur mère, surtout la petite dernière. Si Nanette était une fille assez grande et taillée pour le travail manuel, Isabeau n’était rien qu’un fétu de paille, petite, mince, elle ne ressemblait de plus à aucun de ses deux parents. C’en était devenue une plaisanterie récurrente dans le voisinage, où l’on sous-entendait que la fillette avait été trouvée dans du foin. Voilà qui n’aurait pas vraiment dérangé la petite fille : au moins elle aurait su qu’elle n’était pas le produit de ces deux êtres abjects qu’elle se refusait à appeler « parents ». C’étaient eux, les prototypes ratés, pas elle. A sept ans seulement, Isabeau avait une conscience aigüe de la misère dans laquelle elle était née, et au lieu de s’y résigner comme l’avait fait sa sœur, elle en avait conçu une amère rancœur et devait faire bien des efforts pour contenir les bouffées de colère et de révolte qui grondaient en elle. Sa famille, sa maison, son village, tout ça était pourri jusqu’à la moelle et elle maudissait le sort qui l’avait jetée dans cette fange sans aucun espoir de pouvoir un jour en sortir. En guise de réponse, elle était devenue une enfant indocile, rebelle, colérique qui n’hésitait pas une seconde à défier l’autorité parentale qu’elle niait de toute façon, quitte à se prendre quelques coups après. Sombre, renfermée, explosive ; Isabeau n’avait que ses accès de rébellion pour exprimer sa frustration et son désespoir et elle en usait comme bon lui semblait. Elle n’osait pas, ne voulait pas, ne pouvait pas rêver d’un ailleurs où une vie meilleure l’attendrait : quand on grandit dans ce genre de milieu, pauvre, rural et misérable, rêver est plus douloureux qu’autre chose et n’aurait fait qu’empirer une frustration déjà bien installée. Alors elle travaillait d’arrache-pied, comme si l’épuisement physique pouvait aussi épuiser la tension permanente qui régnait dans son esprit, comme si s’abrutir à l’effort lui permettrait de s’anesthésier toute entière comme son environnement tant haï. Drôle de paradoxe pour elle de s’embourber dans ce milieu qu’elle déteste pour mieux l’oublier, mais ne dit-on pas qu’il faut combattre le mal par le mal ?

[...]

« Zabo, tu veux bien t’occuper du petit un moment ? La mère m’envoie chercher des outils chez les voisins… »

Isabeau ne répondit pas directement à sa grande sœur de treize ans, mais ne fit pas d’histoires pour prendre dans ses bras le petit Louis, son petit frère né quelques semaines à peine plus tôt. Non pas qu’elle eut un instinct maternel très développé (elle n’avait que onze ans), mais ça lui permettait de faire une pause justifiée dans son travail de repriser les vêtements de toute la famille, tâche longue et fastidieuse quand on connaissait l’état des vêtements en question. Et puis, il fallait bien l’avouer, elle l’aimait bien, ce drôle de truc qui gigotait dans tous les sens mais semblait déjà un peu comprendre quand on lui parlait. Elle était peut-être bien la seule à avoir un tant soit peu d’affection pour lui d’ailleurs : Nanette s’en fichait, et les parents ne se réjouissaient même pas d’avoir enfin un fils : un bébé, c’était juste une bouche de plus à nourrir, et en ce moment leurs finances étaient plus basses qu’elles ne l’avaient jamais été. Les fillettes souvent n’avaient droit qu’à un ou deux repas en deux ou trois jours, fait de pain sec, d’eau et d’une mixture infecte que sa mère appelait « soupe ». Alors un bébé en plus, qui ne pouvait même pas travailler… C’était juste des problèmes en plus. Isabeau eut un bref sourire quand son petit frère attrapa une mèche de ses cheveux bruns et la tritura comme pour attirer son attention. Du bout des doigts, elle effleura sa joue encore ronde et douce de nouveau-né.

« Bah alors, petit Louis, que se passe-t-il ? Tu veux me dire quelque chose ? »

Seul un babillement lui répondit, mais la moue mécontente qui allait avec lui arracha un rire. Une moue comique qui semblait vouloir dire « Evidemment que je veux, ça fait dix minutes que je m’escrime sur tes cheveux pour ça, t’es nouille ou quoi ma pauvre fille ? ». Comment rester de marbre face à ça ?
Elle se retourna en entendant la porte de la salle à manger s’ouvrir et vit entrer ses parents accompagnés d’une femme qu’elle n’avait jamais vue avant, grande, aux cheveux roux comme le feu, d’une beauté éblouissante. Elle était bien plus richement vêtue qu’eux, et Isabeau ne parvenait pas à détacher ses yeux de cette apparition divine tellement décalée dans leur misérable logis. Et comble de l’ahurissement, ses parents faisaient des courbettes et se faisaient tout mielleux pour cette invitée mystérieuse, eux qui étaient d’habitude l’exemple même de la vulgarité.

« Zabo, va continuer la couture dans ta chambre ou dehors, s’il te plaît. » lui intima sa mère d’un ton autoritaire, mais usant pour la première fois de sa vie le mot « s’il te plaît ». « Et laisse-nous Louis. Madame aimerait le voir. Vous aimez les enfants, c’est cela madame ? » ajouta-t-elle sur un ton doucereux en se tournant vers leur invitée, Louis dans les bras.

Sceptique, Isabeau abandonna à regret le bébé et la pièce, et sortit en lança un dernier regard plus qu’intrigué à cette grande femme rousse aux yeux gris qui n’avait pas ouvert la bouche, mais ne s’était pas départie de son mystérieux sourire. Leurs regards se croisèrent, puis Isabeau haussa les épaules et quitta la pièce.
Trois jours plus tard, elle s’aperçut avec effroi que Louis avait disparu. De ses parents, elle n’obtint pratiquement aucune explication, si ce n’est « qu’il était trop petit », « qu’il était fragile ». Elle en conclut, la mort dans l’âme, que Louis était mort pendant la nuit.

Elle ne se doutait pas que treize ans plus tard, une nouvelle rencontre avec Eléonore Sobieska jetterait sur toute cette affaire une lumière complètement nouvelle, et bien plus dangereuse que prévu.

[...]

« Zabo, tu ferais mieux de surveiller tes paroles face au père et à la mère. Tu sais bien qu’ils n’aiment pas que tu leur dises des misères. »

Seul un grognement mécontent répondit à Nanette qui se contenta de hausser les épaules en continuant d’appliquer de l’eau froide sur l’œil tuméfié de sa cadette.

« Tu as maintenant quinze ans ma grande. Il est temps que tu mûrisses un peu. Ca fait je sais pas combien d’années que tu te tannes à faire ta fière, et tu fais que récolter des coups. C’est pas ça qui va améliorer les choses, tu sais. »
« Peut-être, mais ça fait du bien de leur dire un peu leurs quatre vérités à ces deux-là. Regarde-les, ils ne sont même plus pitoyables, ils sont juste détestables. Ils se plaignent toujours de nous alors que c’est nous qui labourons les champs du matin au soir par tous les temps, nous qui allons chercher de l’eau au puits en haut de la colline, nous qui allons jusqu’à Cassel à pieds pour chercher la farine qui pèse tellement lourd ! On fait tout à leur place, et pour quoi ? Pour recevoir du martinet, de la canne ou des chaises à la figure. Pour recevoir des repas qui n’en sont pas, une fois par jour seulement, deux quand on a beaucoup de chance. On dort dans la paillasse, quand on a de la chance encore une fois, on vit dans la boue et tout ça pour pratiquement rien. J’en ai ma claque. J’ai rien fait pour mériter ça. »

« Personne n’a rien fait pour mériter ça, mais c’est comme ça. Tout le monde ne peut pas avoir la chance de naître noble ou riche. Tu n’es pas la seule à en avoir marre, tu sais. »
« Oui, mais je suis la seule à avoir le cran de le dire. »


Nanette ne trouva rien à répondre à ce dernier trait, préférant se concentrer sur la fin des soins qu’elle donnait à sa petite sœur. Il était vrai que leurs vies n’étaient vraiment pas gaies : épuisantes, éreintantes, peu gratifiantes, et sans aucun espoir que les choses s’améliorent. Le Nord n’était pas vraiment une région généreuse envers ses habitants, la terre y était froide et avare, et les œuvres de charité y étaient pratiquement inexistantes. On devait compter sur ses maigres ressources et survivre. Voilà, c’était ça la différence : dans ce pays-là, on ne vivait pas, on survivait. Et Isabeau avait une soif de vivre bien trop importante pour supporter cet état des choses. Elle pouvait supporter beaucoup de choses : la faim, le froid, la misère, mais elle n’acceptait pas que tout cela puisse être en vain. Pour endurer tout ce qu’elle endurait, elle avait besoin d’y voir une raison, un but, quelque chose de plus fort que les privations et les coups. Hélas, elle ne l’avait pas encore trouvé, ce qui la plongeait dans un profond désarroi qu’elle ne parvenait à extérioriser que par l’amertume et la colère qu’elle manifesta depuis son plus jeune âge. Nanette était bien gentille, mais elle ne la comprenait pas. Contrairement à Isabeau, elle s’était résignée, elle. Résignée à mener la vie terne et misérable de ses parents, résignée à devenir comme eux, ce que la plus jeune refusait de toutes ses forces. Plutôt mourir que finir grosse et méchante comme sa mère, plutôt mourir que de finir une incapable et une ratée comme son père ! Mais quand il n’y avait aucune issue, comment lutter ?

[...]

Debout devant le miroir sale et fendu qui ornait la chambre qu’elle partageait avec Nanette, Isabeau contemplait son reflet avec un étrange mélange de fascination et de révulsion. Elle avait beau avoir seize ans, elle était toujours de petite taille comparée à son aînée, et était toujours aussi mince et menue. Elle était maigre, sans conteste, quand elle palpait le tissu de sa robe rabibochée elle sentait ses côtes saillir et son ventre creux. Elle était plate, sans formes, comme écrasée déjà par le poids des années et du dur labeur qu’elle accomplissait encore. Elle avait un joli visage, mais ses pommettes étaient trop saillantes à cause de ses joues creusées par la malnutrition, le teint trop pâle qui faisait ressortir ses yeux bruns trop grands et trop sombres. Ses cheveux n’étaient une masse informe qui tombait des deux côtés de sa tête et dans son dos quand ils n’étaient pas relevés en un chignon qui ne tenait jamais. Tout son être criait le manque, l’absence, la négation. Elle n’avait rien. Elle n’était rien. Elle ne s’aimait pas, mais n’y accordait aucune importance. A seize ans, elle se foutait de tout et partait du principe que sa vie n’était qu’une vaste blague, un gâchis dont personne ne se rendrait compte. Elle pouvait tout aussi bien crever sur la route du Mont des Cats, ça n’émouvrait personne à part peut-être sa sœur qui lui en voudrait bien vite car elle se retrouverait avec sa part du travail en plus à faire. La vie était vaine, fade, absurde. Se regardant dans les yeux de son reflet qu’elle reconnaissait à peine, un goût amer dans la bouche, elle prit une inspiration profonde, comme pour s’assurer qu’elle était encore bien vivante. Elle regarda ses mains, calleuses et pleines d’ampoules et de coupures, pensa aux cicatrices dans son dos dus aux nouveaux coups de martinet, les hématomes sur ses bras et ses jambes à force d’encaisser la haine aveugle et stupide de son paternel, les cernes de fatigue sous ses yeux, et se dit qu’elle était dans un état véritablement lamentable. Au fond, son corps était autant une épave que son géniteur. Mais au moins, elle avait encore toute sa tête et refusait d’abandonner ça. C’était trop précieux.

Soudain, Nanette ouvrit la porte de la chambre à la volée.

« Zabo, ‘faut que tu descendes tout de suite ! »
« Qu’est-ce qui se passe ? »
« Une grande nouvelle ! Les parents nous envoient à Paris ! »


Isabeau ouvrit de grands yeux. A Paris ?






BIOGRAPHIE

VERSAILLAISE

_________________________________________________

Chapitre 2 : « Chaque corps est un port d'amertume. » (17 ans)

« Tu plaisantes j’espère ? Ca fait quatre mois que tu m’as pas payée ! Là j’en ai marre, donne moi mon argent ! »
« Y’a pas d’argent, la morpionne, quand est-ce que tu vas rentrer ça dans ta caboche ? On fait plus assez de recettes, on est presque obligés de fermer boutique. »
« Ah ouais ? Alors c’est quoi cette nouvelle robe dans laquelle ta bonniche se pavane auprès des clients ? »


Le patron de l’auberge où Isabeau avait trouvé un emploi soupira en levant les yeux au ciel. C’était une serveuse efficace, sans aucun doute, mais elle l’ouvrait décidément bien trop souvent. D’habitude, ses employés s’écrasaient devant lui, ils avaient trop besoin de leur boulot pour dire quoi que ce soit quand il gardait pour lui leurs salaires et gobaient toutes ses salades sur « plus tard ». Mais pas elle. Elle, elle avait la niaque et surtout, elle comptait bien avoir son argent. Efficace, mais sacrément problématique, la gamine.

« Mais j’ai besoin de cet argent ! Ma sœur a perdu son travail, il faut bien que je nous fasse vivre ! »
« Eh ben si ta sœur a perdu son boulot, ça vous fera un point commun. Allez déguerpis, je veux plus te voir ici. »


Abasourdie par ce qu’elle venait d’entendre, Isabeau se demanda si elle n’avait pas eu une hallucination. Mais vu comment Rodrigue et Malo, les deux molosses du patron, s’approchaient d’elle d’un air menaçant presque en faisant craquer leurs poings, elle comprit qu’il était parfaitement sérieux et qu’elle ferait mieux de se volatiliser avant de passer un très mauvais quart d’heure. Serrant les poings jusqu’à s’en blanchir les phalanges, tremblante de fureur, elle se retint de l’abreuver d’insultes et sortit à la volée de l’établissement minable qui, pendant neuf mois, avait été sa source de revenus. Maintenant, il n’était plus rien. La gorge serrée, ignorant la pluie glacée qui lui tombait dessus, Isabeau disparut dans les rues de Paris en se demandant ce qu’elle allait bien pouvoir dire à Nanette en rentrant, et surtout comment elle allait trouver une solution à ce nouveau problème. Encore un autre. Depuis qu’elles étaient arrivées dans la capitale, il en pleuvait dans tous les sens. Trouver un logement n’avait pas été simple, et après avoir passé quelques semaines à la rue elle avaient pu amasser assez d’argent pour louer une chambrette qu’elles partageaient toutes les deux dans une espèce d’auberge un peu délabrée. Puis il avait fallu trouver un moyen d’envoyer une partie de leurs revenus à leurs parents –ce qui donnait à chaque fois de l’urticaire à Isabeau, quand elle repensait à ces deux chiens !- et maintenir leur situation à un niveau relativement stable. Neuf mois qu’elles y étaient, neuf mois qu’elles galéraient mais se débrouillaient à peu près. Et voilà que tout était flanqué par terre par l’égoïsme d’un patron qui ne payait pas ses employés. Bon sang…

« C’est une catastrophe… Que va-t-on faire si on n’a plus d’argent ? Comment on va payer la chambre ? Et les parents, on va leur envoyer quoi ? »
« Arrête deux secondes Nanette, s’il te plaît ! J’essaye de réfléchir et tu ne m’aides vraiment pas ! »

Ravalant ses remarques paniquées, Nanette obéit et se tut, observant à la dérobée sa sœur qui semblait plongée dans une intense réflexion. Elle connaissait par cœur ce regard fixe et concentré, ce froncement de sourcils bien particulier, cette immobilité totale parce que toute son attention était concentrée sur autre chose. Elle ne se formalisait pas de la manière dont lui parlait sa cadette : elle en avait l’habitude. Elle avait beau être l’aînée, elle n’avait pas la force de caractère d’Isabeau, son immuable détermination, sa débrouillardise ; là où sa sœur déployait des trésors d’ingéniosité pour les tirer d’un mauvais pas, Nanette ne savait que se lamenter ou se résigner. Isabeau était peut-être la plus jeune, mais c’était résolument la meneuse, celle qui portait la culotte, pratiquement celle qui les faisait vivre. Celle qui trouvait toujours des solutions à tout, celle qui ne renonçait jamais, celle qui les sauvait à chaque fois. Isabeau ne s’était jamais plainte de devoir porter ce rôle épuisant alors qu’il aurait dû échoir à Nanette ; c’était naturel, dans l’ordre des choses. Nanette n’était pas forte, elle oui. Puisqu’il en était ainsi, elle n’allait pas faire sa capricieuse, ça n’aurait fait qu’empirer les choses. Alors elle avait accepté d’office ce rôle de chef de clan, de décideuse, qui lui forgerait son caractère pour bien des années.

« On doit payer notre loyer demain, le proprio a dit que sinon il nous fichait dehors. Il faut qu’on trouve de l’argent et vite. » marmonna Isabeau.
« Pour trouver de l’argent vite, c’est pas gagné ! »
« Il y a bien un moyen mais… »
Isabeau frissonna de dégoût. La solution qui lui était venue à l’esprit était bien la dernière à laquelle elle voulait avoir recours.
« Tu penses aux filles de la maison là-bas ? J’y ai pensé aussi mais… »
« Si t’as une meilleure idée Nanette, crois-moi je suis preneuse… »



C’est ainsi que les deux sœurs, l’aînée effrayée et avouons-le curieuse à la fois, la cadette la mort dans l’âme mais résignée, poussèrent la porte de la maison close et s’adressèrent directement à la maquerelle. La bonne femme, âgée d’une quarantaine d’années et qu’on devinait avoir été belle en son temps, les dévisagea l’une après l’autre en les détaillant de la tête aux pieds. Isabeau détestait cette impression d’être scrutée de part en part, elle qui n’avait jamais été regardée ainsi, ni même regardée tout court. Elle avait l’impression d’être de pièce de boucher en vivante qu’on est en train d’observer pour juger si elle est bonne ou non à aller à l’abattoir. Pas une fois d’ailleurs elle ne leva les yeux vers elle : elle avait l’impression que sa faible détermination à aller jusqu’au bout de cette affreuse entreprise chavirerait si elle croisait le regard inquisiteur de cette femme. En dépit de quoi, elle regardait ses chaussures, regardait le décor, jetait un coup d’œil à Nanette qui elle ne se gênait pas pour dévisager la maquerelle, curieuse. Isabeau soupira, commençant sérieusement à regretter cette idée plus que foireuse et se demandant s’il ne valait pas mieux partir maintenant, avant qu’il ne soit trop tard… Mais la maquerelle coupa court à ses doutes.

« Vous f’rez l’affaire, on manque de filles ce soir. Venez avec moi, on a des clients qui attendent. »

Isabeau déglutit avec difficulté, mais bien décidée à ne rien montrer de ses craintes, emboîta le pas à cette femme dont elle n’avait toujours pas voulu regarder le visage. Elle mena les deux sœurs dans une pièce où se tenaient trois hommes, qu’Isabeau ne regarda pas non plus. Les oreilles bourdonnantes, elle n’entendit rien de l’échange entre la tenante des lieux et le client qui, visiblement, serait le sien. Elle ne comprenait pas pourquoi elle sentait ces sueurs froides dans son dos, ni pourquoi elle avait comme cette sensation de vertige, ni pourquoi une boule s’était formée dans sa gorge. Elle ne comprenait pas pourquoi son sang-froid habituel semblait déserter d’un seul coup, et cela la perturbait profondément. Du haut de ses dix-sept ans, elle avait toujours été bien plus mature et maîtresse d’elle-même que Nanette, alors pourquoi son aînée paraissait-elle plus à l’aise qu’elle en ce moment ? Elle ferma brièvement les yeux et tressaillit lorsque le client –son client- lui toucha le bras pour lui signifier qu’il était temps. Toujours sans le regarder, sans décocher le moindre mot, elle le suivit à l’étage mécaniquement, comme un automate. Elle s’aperçut à peine qu’ils étaient entrés, mais le bruit du loquet de la porte qu’on refermait agit sur elle comme un électrochoc. Elle sursauta et fit volte-face, les yeux rivés sur l’homme qui la regardait depuis l’autre bout de la pièce.

« Déshabillez-vous. »

Son premier réflexe eut été de l’envoyer paître, mais elle se souvint à temps que c’était elle qui avait voulu être là. Elle avait besoin d’argent. Ce type en avait. Il n’y avait qu’un pas à franchir pour avoir ce qu’elle voulait et repartir avec Nanette, tranquilles jusqu’à ce qu’elles retrouvent du travail… Ne pense qu’à ça Zabo, ce n’est qu’un mauvais moment à passer, puis tu seras tranquille, tu pourras réfléchir à tête reposée, tout ira bien…
Elle se fit donc violence et s’arracha à l’immobilité dans laquelle elle s’était jusque-là tenue. Lentement, elle dégrafa sa robe raccommodée et la fit glisser à ses pieds, fuyant de nouveau le regard de son client. L’air froid de la chambre lui mordit la peau, de même que la respiration de l’homme lorsqu’il s’approcha d’elle –quand s’était-il approché d’ailleurs ? Elle ne l’avait même pas remarqué. Serrant les dents et les poings jusqu’à s’en faire blanchir les phalanges, elle retint pratiquement son souffle, elle se sentait mal, fébrile, fiévreuse, malade… La bouche de son client se colla à la sienne et elle sentait ses mains déjà sur ses hanches quand…

« NON ! LACHEZ-MOI, LACHEZ-MOI JE VOUS DIS ! »

Isabeau fut comme foudroyée. C’était la voix de Nanette ! Aussitôt, elle repoussa le client qui s’était lui aussi immobilisé, l’air inquiet, en entendant ce cri terrifié. Il n’eut pas le temps de dire un mot que déjà Isabeau s’était rhabillée et filait dans le couloir, y trouvant sa sœur débraillée aux prises avec l’homme qui lui avait été assigné. Rouge de rage, la chemise entr’ouverte, il tentait de ceinturer la malheureuse pour la ramener dans la chambre qu’elle avait quitté mais… C’était sans compter l’intervention de la cadette, qui rassembla ses maigres forces dans son poing et le balança dans la mâchoire de l’agresseur. Il lâcha Nanette et vacilla en arrière, juste assez pour permettre à Isabeau d’attraper la main de sa sœur et de l’entraîner à sa suite.

« COURS ! »

Quelques minutes plus tard, réfugiées dans leur chambrette qu’elles n’avaient décidément plus les moyens de payer, les deux sœurs gardaient le silence, un silence lourd et seulement interrompu par les sanglots de Nanette qui pleurait sur l’épaule de sa sœur. Isabeau, le regard sombre, fixait un point sur le sol. Finalement, même ce plan-là était tombé à l’eau. Pourtant il s’en était fallu de peu ! Pourquoi avait-il fallu que Nanette tombe sur un homme un peu violent ? Pourquoi n’avait-elle pas eu la force, le courage, ou le sang-froid de le supporter, juste le temps de ramener de quoi les loger encore deux semaines ! Oui, Isabeau ne pouvait pas s’empêcher d’en vouloir à sa sœur, tout en sachant pertinemment que Nanette n’avait jamais eu et n’aurait jamais sa force de détermination. Quand Isabeau se fixait un objectif, elle s’y tenait quel que soit le prix à payer. Eusse-t-elle eu à souffrir le martyr dans cette chambre, elle y serait restée. Mais Nanette n’était pas comme ça. Nanette était une fille gentille, douce, un peu naïve –niaise quand Isabeau était de très méchante humeur, ce qui ne durait jamais- et sans histoires, le genre de fille qui se marie, élève des enfants et obéit à son mari. Pas le genre de fille qui court les rues et s’agite de droite à gauche, s’épuise au travail et fait fonctionner ses neurones. Tout le contraire d’Isabeau en somme, qui une fois de plus prenait mesure du gouffre entre elle et son aînée, de même qu’elle prenait conscience d’à quel point elle était seule pour mener la barque. Terriblement, mais inévitablement seule.

« Pardon ma Zabo… » hoqueta-t-elle d’ailleurs comme si elle avait lu ses pensées. « Pardon de ne pas… De n’avoir pas… »
« Ca va Nanette. »
répondit Isabeau un peu plus sèchement qu’elle ne l’aurait voulu. Elle laissa échapper un très bref soupir et passa son bras autour de l’épaule de sa sœur. « Ca va aller. Demain on trouvera une autre solution c’est tout. Je m’occupe de tout. »

Je m’occupe de tout. Encore une fois. Une fois de plus.




______________________

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Spoiler:
 


Dernière édition par Isabeau Lacassagne le 22.04.12 16:52, édité 8 fois
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« s i . v e r s a i l l e s »
Côté Coeur: Bof, on l'a déjà pas mal piétiné, alors un peu plus un peu moins, on s'y habitue vous savez !
Côté Lit: Moi, mes comptes et mes dossiers. Pas ou peu de place pour un homme !
Discours royal:



    Great Expectations♮


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Titre : Marchande, associée de son beau-frère Loïc Cixous, fournisseuse de la reine et de la favorite en robes et autres produits.
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MessageSujet: Re: "Affaires" est un mot féminin. Coïncidence ? Je ne pense pas. | Isabeau   17.04.12 22:47


BIOGRAPHIE

VERSAILLAISE

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Chapitre 3 : « Tout s’anéantit, tout périt, tout passe : il n’y a que le monde qui reste, il n’y a que le temps qui dure. » (17-21 ans)

Après cet épisode qui laissa aux deux sœurs un amer goût de n’y-revenez-surtout-pas, Isabeau s’ingénia à leur trouver à toutes deux un nouveau travail, un moyen de gagner de l’argent, un moyen de survivre en somme. Mais le chemin fut laborieux : dès le lendemain, elles se firent expulser de leur chambrette car elles ne pouvaient payer leur loyer, et pendant quelques semaines elles durent se résoudre à dormir à la rue, comme des clochardes. Plus que jamais, Nanette dépendait de sa cadette : qui d’autre qu’elle savait quelles décisions prendre, où dénicher les bons plans pour dormir ou se nourrir en toute sécurité, qui d’autre que la débrouillarde, la maligne Isabeau qu’aucune crasse du destin ne semblait pouvoir ébranler, l’infatigable Isabeau qui chassait les problèmes du revers de la main pour se concentrer uniquement sur les solutions à trouver. C’était le seul moyen au fond que la jeune fille de dix-sept ans ait trouvé pour survivre : laisser de côtés les aspects négatifs de la situation, les considérer sous une lumière neutre, considérer les aspects positifs et essayer d’en tirer profit pour résoudre ce qui ne marchait pas. Optimisme contraint pourrait-on dire, mais ô combien efficace ! Grâce à cette philosophie de vie, non seulement elle avait acquis la certitude qu’aucune situation n’était jamais désespérée, mais elle ne se laissait jamais abattre et ne perdait jamais sa belle énergie qui la poussait à mener tous les combats sans baisser les bras. Trouver où dormir ? Faisable ! Trouver à manger ? Difficile, mais faisable aussi ! Trouver du travail ? Elle n’arrêtait jamais ses recherches, interrogeant chaque passant, chaque échoppe, chaque taverne. Nanette était malade ? Elle se débrouillait pour trouver de quoi la soigner, dusse-t-elle voler chez l’apothicaire. Rien en la faisait reculer : son instinct de survie pouvait la conduire à déplacer des montagnes, voire à les abattre directement. A force d’obstination, non seulement elle trouva un travail à Nanette comme couturière chez un fripier, mais elle obtint aussi un travail pour elle, en tant que cireuse de chaussures au tribunal. Certes, le travail n’était pas vraiment gratifiant, mais elle était payée, et les clients ne manquaient pas, avec tous ces avocats qui devaient être impeccables pour déclamer leur plaidoirie. A l’occasion, elle servait aussi de coursière et courait d’une salle d’audience à l’autre pour porter des mots ou des documents aux procureurs et autres personnages poudrés et perruqués. Mais elle avait de l’argent, Nanette aussi, et elles avaient de nouveau un toit. Isabeau s’autorisa alors à respirer, même si elle savait d’expérience que le repos ne durerait guère, ne serait-ce qu’à cause de Nanette…

« Zabo ! Zabo ! »

Occupée à ranger son nécessaire de nettoyage alors que son dernier client s’éloignait, Isabeau se retourna en entendant sa sœur l’interpeller, avec un inquiétude grandissante. A cette heure-ci, Nanette aurait dû être au travail, et les larmes qu’elle voyait couler sur ses joues n’annonçaient rien de bon, comme elle le lui confirma elle-même…

« Oh ma Zabo… » hoqueta-t-elle. « Je suis tellement désolée, je… Le patron m’a mise à la porte… »
« Encore ? Nanette, c’est la troisième fois en trois mois que tu perds ta place !! Je n’ai pas des pouvoirs magiques pour t’en trouver une nouvelle à chaque fois ! » s’emporta Isabeau, à voix basse cependant car on ne criait pas au tribunal.
« Par… Pardon Zabo je… » balbutia encore Nanette avant de fondre en larmes dans les bras de sa cadette excédée. Cette dernière se mordit la lèvre inférieure pou s’empêcher de la sermonner encore et encore comme elle sentait qu’elle aurait dû. Parfois, elle se demandait si Nanette ne faisait pas exprès de perdre chaque travail coup sur coup, car elle n’aimait pas travailler et en avait de moins en moins la motivation depuis qu’elles avaient quitté le foyer et que le martinet n’était plus là pour la rappeler à l’ordre. Mais qu’espérait-elle, cette sotte ? Qu’elle pourrait gagner de l’argent pour deux ? La faire vivre seule ? Quelle idiote !

« Arrête de pleurer Nanette, ça ne sert à rien. » finit-elle par dire en se détachant d’elle, résignée à devoir de nouveau résoudre le problème. « Je vais demander aux gens autour de moi, on devrait bien pouvoir te trouver quelque chose… Allez, sèche tes larmes et retourne à la chambre, je vais y réfléchir en travaillant. »

Nanette acquiesça en reniflant et tourna les talons, avant de disparaître dans la foule. Isabeau la regardant s’éloigner et se laissa tomber sur un banc avant d’enfouir son visage dans ses mains et de pousser un long soupir. Elle était très patiente, mais tout de même… Puis elle se passa une main sur le front et se mit à réfléchir, une fois de plus. Elle ne se doutait pas que quelqu’un non loin d’elle avait tout suivi de la conversation…


[...]

Quelques semaines plus tard, Isabeau franchissait la porte d’un bel hôtel particulier au cœur de Paris et levait des yeux curieux sur le décor qui l’entourait. La première chose qu’on pouvait dire, c’était que le lieu était d’une propreté impeccable : pas la moindre trace sur le parquet, pas le moindre grain de poussière sur les meubles. L’ensemble était meublé avec goût, et c’est quelque peu intimidée que la jeune fille attendit en silence qu’on vienne la chercher pour la conduire au maître des lieux. Pour se calmer l’esprit, elle se remémora la drôle de scène qui avait eu lieu quelques jours plus tôt, quand au tribunal elle avait été abordée par un homme vêtu de la robe de magistrat. L’homme lui avait adressé la parole avec une politesse à laquelle elle n’était pas habituée, mais pas pour qu’elle lui cire ses chaussures ou porte un dossier chez le procureur : il lui avait intimé de se rendre à une adresse bien particulière ce jour-là, car il avait une proposition –honnête évidemment- à lui faire. Il lui avait tendu une carte avec probablement l’adresse griffonnée dessus, mais Isabeau avait objecté qu’elle ne savait pas lire.

« Mais bien sûr, où avais-je la tête ? C’était évident… » grommela le magistrat en se pinçant l’arête du nez d’un air fatigué. « Pardonnez mes manières cavalières et mon manque de sens de l’observation, croyez bien que c’est exceptionnel. La fatigue, sûrement… Bref, rendez-vous à… »

Ignorant son regard perplexe, il lui avait énoncé une adresse et avait disparu presque aussitôt, aussi rapide qu’une ombre, et elle était restée seule avec une adresse, une drôle d’impression, et un nom : le marquis de Courtenvaux. Très honnêtement, elle avait hésité à se rendre à ce rendez-vous : ce bonhomme avait l’air d’être un excentrique. Puis elle s’était raisonnée : on pouvait être excentrique et honnête homme, non ? Il n’avait pas eu l’air mauvais après tout, c’était plutôt le contraire même. Alors pourquoi pas ? De plus, cette histoire de proposition avait éveillé sa curiosité, elle qui s’était fait un don de savoir déceler les bonnes opportunités à force de sauter dessus pour elle ou pour sa sœur. Alors si ce Courtenvaux avait quelque chose d’intéressant à lui dire, elle était toute prête à l’entendre.
Un domestique vint la chercher, interrompant ses pérégrinations mentales, et elle fut introduite dans une vaste salle à manger –d’après ce qu’elle pouvait en juger, aussi immaculée que l’entrée. Au centre de la pièce, une grande table couverte de plats fumants –ce qui rappela à Isabeau combien elle et Nanette avaient peu à manger ces temps-ci, vu que Nanette n’avait toujours pas retrouvé de travail… De plus en plus intriguée, elle se demandait dans quoi elle avait bien pu s’embarquer quand la porte d’en face s’ouvrit en laissant passer un homme qu’elle reconnut aussitôt : le marquis en personne. Hésitante sur la conduite à tenir, elle opta pour une révérence un peu maladroite et lui laissa l’initiative de la parole.

« Bonjour mademoiselle ! Je suis ravi de constater que vous êtes bel et bien venue ! Je vous en prie, asseyez-vous, prenez place. » lui lança-t-il cordialement.

… Prendre place ? Isabeau regarda autour d’elle à la recherche d’une chaise ou d’un tabouret en retrait, mais la seule chaise possible était celle qui était à la table du marquis, en face de celle à laquelle il venait de s’asseoir lui-même. Hésitante, elle lui jeta un regard intrigué en se demandant si c’était une plaisanterie, mais en voyant qu’il lui désignait bel et bien cette place-là, une lueur méfiante passa dans son regard. S’il voulait se moquer d’elle, il n’était vraiment pas bien tombé, marquis ou pas. Elle vivait peut-être dans la rue, ou pas loin, mais pas question qu’on se fiche d’elle comme ça ! C’est donc avec beaucoup de réticence qu’elle s’assit, croyant qu’une pique allait fuser mais…

« Bien, passons donc aux choses sérieuses ! En premier lieu, pourrais-je savoir votre nom, mademoiselle ? »
« … Isabeau Versmeersch, monseigneur. »
« Isabeau, ravissant prénom. Et bien mademoiselle Veermersch, je vous en prie, servez-vous. Laurent ? »
fit-il en interpellant un domestique. « Servez donc de l’eau bin fraîche à mademoiselle. Je doute qu’elle tienne bien l’alcool, nous allons donc éviter le vin. » précisa-t-il avec un sourire malicieux alors qu’Isabeau se demandait de plus en plus où diable elle avait pu tomber.
« Monseigneur, pourquoi… » commença Isabeau qui ne pouvait plus contenir sa perplexité.
« Tatata ! » l’interrompit-il en levant une main impérieuse. « Je sais que vous allez me demander pourquoi je vous ai fait venir, mais je ne répondrai qu’après que vous ayez mis quelque chose dans votre assiette, et même dans votre fourchette. Je suis sûr que vous n’avez rien mangé depuis des jours –deux, si mes yeux ne me trompent pas. »

Ses yeux s’agrandirent de stupeur. Mais qu’est-ce que c’était que ce type ? Elle n’eut néanmoins pas vraiment le temps de se poser la question : il avait été clair, si elle voulait savoir elle devait… Manger. Elle lui jeta un dernier regard interrogateur, puis se décida à lui obéir. Au hasard, elle piqua dans un plat et porta la fourchette à sa bouche, tout en guettant la météorite qui pouvait lui tomber sur la tête. Mais rien ne se produisit : si ce n’est que son hôte lui dédia un sourire satisfait.

« Magnifique ! Vous verrez, vous vous sentirez beaucoup mieux après un bon repas. Et puis j’ai besoin de quelqu’un de confiance, avec de bonnes jambes, et telle que je vous vois vous ne pourrez parcourir trois mètres sans vous écrouler ! »
« Besoin de… C’est pour ça que vous m’avez fait venir ? »
« Bien entendu. J’ai besoin d’un coursier en qui je puisse avoir confiance pour porter mes dossiers à mes clients ou au tribunal, et jusque-là je n’ai vu personne qui correspondait à ce descriptif. »
« Vous ne me connaissez pas. Pourquoi moi alors ? »
« Parce que vous êtes jeune, que vous avez l’habitude du tribunal puisque vous y travaillez depuis quelques temps maintenant, et que si j’en crois ce que j’ai entendu de votre conversation avec votre sœur –c’était bien votre sœur n’est-ce pas ?- vous avez bigrement besoin d’un revenu supplémentaire. Pourquoi ne pas me servir de coursier ? De plus… »
Il se servit un verre de vin avant de poursuivre. « Quelque qui cherche du travail en étant en difficulté plutôt que de chercher une solution rapide mais malhonnête m’a tout l’air d’être quelqu’un sur qui on peut compter, ne trouvez-vous pas ? »

Au comble de la surprise, Isabeau dévisagea sans répondre ce drôle de bonhomme que Courtenvaux avait l’air d’être. Un drôle de bonhomme… Mais un honnête homme. Ca ne courait pas les rues, les gens comme ça. Et puis il lui proposait un travail mieux payé que cireuse de chaussures alors… Pourquoi refuser ? Elle aurait de quoi ramener à manger chez elle au moins, et ça ce n’était pas du luxe…

C’est donc sans plus hésiter qu’Isabeau accepta l’offre de Benoît de Courtenvaux.

[...]

C’est ainsi qu’à dix-huit ans, le quotidien d’Isabeau s’améliora un peu. Grâce à l’emploi et surtout au salaire que lui versait le marquis de Courtenvaux –ce pour quoi elle lui en fut et lui est encore extrêmement reconnaissante- les deux sœurs purent mener un train de vie meilleur que ce qu’elles avaient vécu jusque-là, pouvant désormais manger à leur faim tous les jours, surtout à partir du moment où Nanette retrouva du travail. Ces deux revenus allégèrent considérablement le poids qui pesait sur les épaules d’Isabeau, lui permettant enfin de souffler après tous ces mois de galère qui semblaient sans issue. Elles conservèrent leur logement précaire mais bon marché et continuèrent à vivre ainsi sans réellement se poser de question. Les jours, les semaines, les mois s’égrenaient et se ressemblaient tous : le matin, Isabeau se levait, allait prendre ses consignes chez Courtenvaux, puis passait la journée à arpenter la ville afin de se charger des commissions qu’il lui assignait. Le soir, elle rentrait chez elle et avait droit à un repas correct avec Nanette qui lui racontait sa journée comme servante dans une famille bourgeoise, travail qui semblait mieux lui convenir que tout ce qu’elle avait vu faire jusque-là.

D’adolescente, Isabeau devenait peu à peu une femme, bien que le résultat fut encore un peu brouillon, comme l’était tout le reste de son existence de toute façon. Une suite infinie de tentatives, d’échecs, de ratures et de gribouillages, elle qui ne savait pas dans quelle direction aller mais y fonçait jusqu’à se heurter au syndrome de la page blanche. Alors elle raturait et recommençait, encore et encore.

Trois ans s’écoulèrent ainsi, dans l’incertitude mais dans la sécurité précaire d’un emploi stable. Isabeau commit alors une erreur que jamais pas la suite elle ne réitéra : elle se détendit. Elle baissa la garde, croyant être enfin tirée d’affaires, et c’est précisément ce moment que guetta le Destin, qui aimait tant jouer avec les hommes, pour attaquer de nouveau.






BIOGRAPHIE

VERSAILLAISE

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Chapitre 4 : « Se repentir du passé, s’ennuyer du présent, craindre l’avenir : telle est la vie. » (21 ans, 1663 – 23 ans 1665 (début)


*TOC TOC TOC*
« Garde royale ! Ouvrez ! »
Isabeau leva les yeux et croisa le regard inquiet de son aînée, en sachant pertinemment quelle question venait de leur traverser l’esprit à toutes deux. Que diable la Garde Royale venait-elle faire chez elle de si bon matin ? Un instant, Isabeau craignit que sa sœur n’ait commis quelque bêtise là où elle officiait comme servante, à moins que ce ne soit elle qui n’ait des ennuis ? Avait-elle commis quelque bavure en livrant des documents au mauvais endroit ? Impossible, elle avait toujours suivi les consignes du marquis à la lettre et jamais il n’avait eu à se plaindre d’elle ! Fronçant les sourcils, elle finit par se lever et ouvrit lentement la porte, l’air méfiant, révélant la présence sur le pas de la porte de trois gardes en uniforme. Elle ne décocha pas un mot, mais celui qui semblait être le meneur la devança de toute manière :

« Isabeau et Jeanne Veermersch ? »
« Oui ? Que voulez-vous ? »
« Faites vos malles et préparez-vous à partir. Vous embarquez cet après-midi pour la Nouvelle-France. Ordre de Sa Majesté. »


Isabeau blêmit. Elle avait entendu parler de ces femmes d’éducation peu élevée qu’on appelait « Filles du Roy » et que l’on envoyait dans les colonies de Nouvelle-France afin d’y trouver un mari et pouvoir participer à la consolidation du pays en travaillant… Et en produisant des enfants. Ces Filles du Roy n’étaient ni plus ni moins pour la France qu’un moyen de peupler la colonie avec du sang vraiment français, et affirmer sa domination sur cette partie du Nouveau Monde. Procédé qui pouvait sembler avantageux pour ces femmes qui n’auraient peut-être jamais trouvé à se marier autrement mais… Malsain, selon Isabeau qui ne put réprimer un frisson en prenant conscience que selon toute vraisemblance, elle ferait partie de la prochaine expédition.

« Mais je ne peux pas partir ! J’ai un travail, je ne peux pas abandonner mon patron comme ça… » tenta-t-elle de résister.
« Les ordres sont les ordres. On enverra un courrier à votre employeur pour lui expliquer la situation et il sera indemnisé. Allez préparer vos affaires, c’est un conseil. »

Atterrée, Isabeau cherchait encore comment répliquer quand Nanette, se tordant les mains et le teint pâle, prit la parole :

« Excusez-moi messieurs… Mais je ne peux pas venir. Je suis déjà fiancée. »

Le garde haussa un sourcil étonné alors qu’Isabeau dévisagea sa sœur d’un air ahuri. Nanette, quant à elle, fuyait son regard. Le garde crut tout d’abord à un canular pour éviter de partir et demanda donc à Nanette le nom et l’adresse de son prétendu fiancé afin d’aller vérifier directement à la source. Elle obtempéra, et l’un des gardes partit chercher la confirmation. Pendant tout le temps que dura l’attente, personne ne dit mot ; ni les gardes, ni Nanette qui évitait toujours soigneusement le regard de sa cadette, ni Isabeau qui serrait les poings de colère à l’idée que sa sœur ait pu lui cacher ça pour… Pour quoi d’ailleurs ? Pour se protéger elle de la possibilité de partir ? En laissant sa chère petite sœur se débrouiller toute seule ? C’était l’hôpital qui se foutait de la charité ! Nanette fiancée, cela aurait pu tout changer pour toutes les deux !

« Affirmatif lieutenant. La demoiselle est bien fiancée à ce Loïc Cixous. »

Isabeau eut l’impression qu’un coup de massue venait de lui être asséné sur le crâne. Nanette fiancée. Nanette échappait à l’exil forcé en Nouvelle-France… Et pas elle. Isabeau comprit alors que jamais, au grand jamais elle ne pourrait se croire en sécurité. Il y aurait toujours un autre coup, toujours plus rude que le précédent. Mais là, elle se demandait bien ce qui pouvait lui arriver de pire. Elle avait touché le fond…

[...]

L’après-midi même, elle faisait partie du convoi qui partait rejoindre la côte normande où Isabeau et les autres « recrutées » embarqueraient à destination de la Nouvelle-France. Elles étaient toutes sur un bateau qui remonterait la Seine jusqu’à la côte, bateau placé sous la commande du capitaine et d’un drôle de personnage dont elle ignorait l’identité mais que le maître du navire appelait « baron ». Le baron était selon toute vraisemblance chargé de veiller à la bonne conduction du convoi jusqu’à destination, et après, elles seraient confiées à l’équipage qui traverserait l’Atlantique avec elles. Incapable de réprimer un frisson, Isabeau resserra sur elle les pans de son manteau pas assez épais. Elle avait peur, elle ne voulait pas aller à l’autre bout du monde, fut-ce pour se marier et avoir des enfants ! Elle était tétanisée à l’idée de quitter la France, de traverser un océan et tout ça pour déboucher sur un énorme point d’interrogation auquel elle n’avait aucune réponse. Elle était aussi furieuse, furieuse contre Nanette qui s’était rudement bien débrouillée pour échapper à ce sort et ne lui en avait rien dit… Elle serait d’autant plus furieuse en apprenant qu’elle s’était fait avoir, que ces gardes auxquels elle avait eu affaire s’étaient montrés trop zélés en lui cachant qu’elle avait le droit de refuser, que devenir une Fille du Roy était un acte de volontariat. Mais cela, elle ne l’apprendrait qu’une fois là-bas, de l’autre côté, dans ce monde inconnu qu’elle appréhendait avec beaucoup de défiance.
Ils arrivèrent en Normandie et furent immédiatement conduits à l’embarcation. Le « baron » alla à la rencontre d’un autre homme, vêtu d’un uniforme qu’elle ne parvenait à identifier.

« Vicomte de Lévis je présume ? » lança le baron.
« En personne. Et vous devez être le baron d’Anglerays. Voici donc nos invitées… »

Celui qui se faisait appeler Lévis les considéra toutes, alors qu’Isabeau le dévisageait d’un œil sombre, comme si elle reportait sur lui la responsabilité de ce qui lui arrivait. Son regard tomba sur elle, et ils se dévisagèrent quelques instants avant qu’elle ne détourne les yeux, de plus en plus en proie à l’anxiété alors qu’elle sentait l’heure du départ se rapprocher. Un départ sans retour possible...

[...]

Spoiler:
 

Dans la maison Saint-Gabriel à Montréal, la réception battait son plein ; les Filles du Roy fraîchement débarquées de leur long voyage à travers l’Atlantique avaient eu le temps de se reposer un peu et de revêtir des robes spécialement préparées à leur intention, inclues dans la dot que leur accordait Sa Majesté, et devisaient maintenant agréablement pour la plupart avec les hommes conviés pour la soirée. Il y avait là des gens de toutes les classes : des agriculteurs qui étendaient leurs terres jusqu’à l’horizon, des commerçants dont la notoriété montait en ville et allait parfois jusqu’en France car ils vendaient des produits qu’on ne trouvait pas en Métropole, les politiciens du Québec, et quelques gens avec lesquels il fallait compter si l’on voulait s’assurer une place dans cette colonie nouvelle. Pratiquement tous les hommes s’étaient vite trouvé une cavalière, qui s’efforçait alors de retenir leur attention et déployait tous ses charmes pour ne le voir point échapper ; après tout, elles étaient bien venues ici pour se marier ! Isabeau, ses cheveux bruns attachés en un chignon élégant et vêtue d’une robe qui, sans être luxueuse, dépassait de loin tout ce qu’elle avait porté au long de sa vie, observait tout ce petit monde d’un œil critique en se demandant ce qu’aurait pensé Nanette à sa place. Probablement se serait-elle mêlée à la foule et trouvé un cavalier mais… Oh, c’est vrai. Nanette était restée en France, elle. L’ayant amère, elle porta son verre de vin qu’elle n’avait pas encore touché à ses lèvres, goûtant sans joie le nectar qui constituait lui aussi une découverte, pourtant. Mais rien n’avait de couleur, rien n’avait de goût : elle était larguée et perdue dans un monde qui n’était pas le sien. Elle soupira, ne songeant qu’à une chose : combien elle voulait rentrer chez elle, retrouver sa petite chambre, et recommencer à travailler pour Courtenvaux. Au lieu de quoi, elle était à l’autre bout du monde et devait chercher à se marier pour peupler la colonie. Elle commençait sérieusement à se demander si Dieu ne faisait pas exprès de s’acharner sur elle en la poussant toujours un peu plus dans ses retranchées.

« Voilà une bien triste mine, mademoiselle. Qu’est-ce qui peut bien assombrir un joli visage comme le vôtre alors que tout un chacun n’est que rire et bonne humeur ? »

Haussant un sourcil, Isabeau tourna les yeux vers l’homme qui venait de s’adresser à elle. Elle fut surprise de découvrir un homme d’âge déjà mûr –il devait bien approcher des cinquante ans, s’il ne les avait pas déjà- aux cheveux et à la barbe grisonnants, doté d’yeux bruns rieurs encadrés de pattes d’oies bien marquées. Elle fut frappée par la douceur de sa voix, qui contrastait avec sa stature imposante, et la discrétion qui semblait envelopper toute sa personne.

« La France me manque, monsieur. Je n’ai pas le cœur à rire, je voudrais juste rentrer chez moi. » soupira-t-elle.
« Phénomène bien naturel, mon enfant. Mais qu’y a-t-il en France que vous ne puissiez retrouver ici, dites-moi ? »
« Ma vie. Je veux ma vie d’avant, même si elle était loin d’être réjouissante, au moins c’était la mienne. C’était moi qui décidais de ce que j’en faisais et de ce que je n’en faisais pas. »
« Dans ce cas, il ne vous reste qu’à recommencer ici. Bâtissez la vie que vous désirez, et donnez-lui le sens que vous voudrez. Vous savez, je ne pense pas qu’il soit nécessaire de voir les choses avec tant de noirceur. Dites-vous que c’est là une chance de tout recommencer du début ; que votre vie d’avant était un brouillon pour celle que vous allez maintenant pouvoir mener ici, dans ces terres nouvelles. Ne trouvez-vous pas que ce soit une chance ? »


Discours auquel elle ne s’attendait pas. Discours chargé d’un optimisme qu’elle n’avait jamais rencontré auparavant, d’un espoir qu’elle n’avait jamais osé formuler ne serait-ce que dans son esprit ; et voilà qu’un parfait inconnu le disait tout haut pour elle, de sa voix grave mais voilà, profonde mais si douce qu’on dirait presque un murmure. Les yeux brillants, le cœur serré par une étrange émotion dans laquelle cohabitaient reconnaissance et mélancolie, elle rencontra de nouveau le regard de l’homme qui lui sourit avec une gentillesse comme on ne lui en avait jamais témoigné auparavant.

« Quel est votre nom, belle enfant ? »
« Isabeau Veemersch, monsieur… »
« Lacassagne. Théophile Lacassagne, pour vous servir. »


Théophile, cher Théophile. En vingt-et-un ans d’existence, Isabeau n’avait jamais été en contact avec la gentillesse sous quelque forme que ce fut –excepté en la personne de Benoît de Courtenvaux. Et en quelques phrases, cet homme-là avait enclenché le grand changement dans la vie de la jeune femme ? Mieux, il était le grand changement.
Après cette rencontre pour le moins étrange à cette soirée qui s’annonçait pourtant ennuyeuse à mourir, Théophile était venu rendre visite à Isabeau le lendemain, et le surlendemain, et tous les jours suivants de la semaine. Il venait systématiquement à dix heures, après que les femmes aient achevé leur petit-déjeuner et de s’habiller, et si le temps était clément, il l’emmenait visiter le voisinage, et si le temps n’était pas avec eux, ils s’asseyaient dans la bibliothèque et pouvaient y passer des heures à discuter de tout et de rien en attendant que ne passe l’orage. Bien qu’elle n’eut jamais été douée dans l’art de faire la conversation –après tout, elle était fille de paysans et avait grandi dans le foin, ou pas loin…- jamais elle ne se sentait mal à l’aise, car il était capable de tenir la conversation à flots pratiquement seul et savait poser les bonnes questions, faire les bonnes remarques afin qu’elle ne soit ni perdue ni mal à l’aise. Il lui parlait de son métier –il était musicien et luthier-, de sa province natale, la Provence, son accent encore chantant et l’émotion qu’il arrivait à mettre dans chacun de ses mots soigneusement choisis faisaient presque sentir à Isabeau le doux parfum des champs de lavande, il lui parlait de son arrivée en Nouvelle-France six ans plus tôt, avec sa famille composée de sa mère et ses deux frères aînés qui se désolaient de son célibat, à son âge –il souriait toujours avec amusement lorsqu’il évoquait sa famille. Les filles, elles, se moquaient plus ou moins gentiment d’Isabeau, lui répétant à quel point elle avait de la « chance » d’avoir tapé dans l’œil du vieil homme. A ces remarques, Isabeau haussait les épaules. Il était vrai que l’intérêt que lui portait ce monsieur la laissait perplexe, et pourtant il n’avait jamais eu un mot plus haut que l’autre ni le moindre geste déplacé ni même évocateur envers elle. Il s’était toujours comporté en parfait gentilhomme, à tel point qu’elle en restait encore surprise. Alors imaginez quelle ne fut pas sa surprise le jour où Théophile, dans cette même petite bibliothèque, la demanda officiellement en mariage…

Si Isabeau avait redouté le mariage, non seulement elle l’accepta parce qu’elle n’avait pas vraiment le choix et ne trouverait sûrement pas mieux que lui, mais de plus il déjoua toutes ses craintes et toutes ses attentes. Si la famille de Théophile émit quelques réserves quant à ce mariage avec une fille de bas-étage, lui en revanche ne dissimulait à personne son bonheur d’avoir enfin trouvé « une compagne avec qui il s’accordait si bien, tant que les goûts que sur leurs caractères ». A vrai dire, Théophile devait avoir eu quelque prémonition de ce côté-là, car Isabeau ne connaissait pas encore les plaisir de la lecture ou de la musique, qui étaient ses passions et qu’il lui transmit au cours de leur année et demi de mariage. Mais il était vrai que de caractère, leurs natures réservées trouvaient l’une dans l’autre un écho différent mais pas dissonant : la bonté naturelle de Théophile, sa gentillesse et sa douceur étaient comme tout autant de rayons de soleils qui l’avaient tout d’abord éblouie avant de réchauffer peu à peu l’être ayant grandi dans le froid le plus complet qu’elle était. Quant à Isabeau, c’était sa franchise, sa débrouillardise et ses inépuisables ressources d’énergie qui venaient compléter le caractère de son époux ; au magasin, elle lui était d’une aide précieuse, sachant toujours comme s’y prendre avec tel ou tel client, trouver d’elle-même les renseignements nécessaires et gérer la caisse, et même sans parler du commerce, il aimait la vivacité d’esprit de sa toute jeune épouse et la fraîcheur qu’elle apportait sans même s’en rendre compte dans son foyer. Bien entendu, il fallait l’apprivoiser, car Isabeau n’était encore qu’un produit brut de la rue en quelque sorte, mais Théophile avait un sens aiguisé de la psychologie et savait très bien s’y prendre pour l’amener peu à peu à d’adoucir, se débarrasser des impulsions de colère qui l’avaient suivie depuis l’enfance, et surtout, il sut gagner sa confiance. Un cadeau que la jeune fille avait si peu fait dans sa vie que ça relevait du miracle.

La confiance, voilà bien quelque chose qui, très vite, unit les deux époux, et pour une raison bien simple : peu de temps après leurs noces, Isabeau s’étonna que Théophile n’ait toujours fait aucun pas vers elle afin d’accomplir ce rite obligatoire qu’était le passage dans le lit nuptial. Le soir de leurs noces, il lui avait souhaité bonne nuit comme tous les autres soirs, et les soirs d’après il en fut de même. Cela ne manqua pas d’intriguer la jeune femme, qui se posait de plus en plus de questions. Théophile était visiblement ravi de cette union, n’économisant jamais ses témoignages d’affection envers elle, lui assurant sans cesse son amitié et son dévouement, ainsi que la certitude qu’il avait fait le mariage le plus heureux possible. Pourquoi donc ne cherchait-il pas à accomplir son devoir conjugal ? Non mais qu’elle-même soit ravie à cette idée, au contraire –elle avait pour lui beaucoup de respect et d’admiration, mais l’accueillir dans son lit était une épreuve qu’elle redoutait- mais cela forçait sa curiosité. Finalement, elle prit son courage à deux mains, et un jour qu’ils n’étaient que tous les deux, lui posa la question. Après avoir hésité, pris au dépourvu, il avait pris une grande inspiration et lui avait expliqué… Explications pendant lesquelles elle n’avait cessé d’ouvrir de grands yeux. Explications pendant lesquelles, avec beaucoup de tact, il lui dit ne pas être attiré par les femmes, qu’il avait toujours préféré les hommes, que sa famille n’en savait rien et l’avait toujours poussé à se marier ; qu’il avait réussi à repousser l’échéance jusqu’à aujourd’hui et qu’il s’était décidé en la rencontrant, voyant en elle quelqu’un de sûr, de discret, d’agréable, quelqu’un avec qui il s’entendrait assez pour avoir une vie commune. Il était sincèrement désolé de lui apprendre ça de cette manière, il en avait honte, il avait bien essayé de venir la voir pour lui en parler mais n’avait jamais pu s’y résoudre jusqu’à aujourd’hui… Honteux, il avait levé les yeux vers elle, et elle, s’étant remise de sa surprise, avait posé sa main sur son bras et l’avait remercié de sa confiance. Ce jour-là, un pacte inébranlable s’était noué entre eux.
C’est ainsi que les mois s’écoulèrent, paisibles, rassurants. Peu à peu, elle s’était faite à cette nouvelle vie et y avait même pris goût : elle vivait bien mieux qu’à Paris même si les Lacassagne ne roulaient pas non plus sur l’or, son travail à la lutherie était bien plus gratifiant et stimulant, elle mangeait toujours à sa faim, s’habillait, sinon avec richesse, du moins avec élégance. Sitôt qu’elle lui appris de quel milieu elle venait, Théophile s’était mis en tête de lui apprendre à lire et à écrire comme une vraie dame, car selon lui « c’était une punition inhumaine que de ne pouvoir avoir accès aux innombrables merveilles que contiennent les livres ». Il y parvint, et aujourd’hui encore elle garde ce goût de la lecture même si ses activités ne lui en laissent guère le temps. Elle apprit à mieux parler, à mieux se tenir, elle quittait cette chrysalide de misère qui l’avait toujours entourée. Deux mois après leur mariage, Théophile fit venir chez eux un de ses amis, Daniel Durand, un peintre amateur à qui il demanda de lui apprendre l’art. Bien que perplexe au début, elle prit rapidement goût au dessin et suivait ses leçons avec Daniel avec un plaisir toujours grandissant, d’autant plus que ce dernier était d’une compagnie aussi agréable que celle de son mari. Elle le soupçonna d’ailleurs d’être son amant, ayant surpris des regards, des gestes discrets, mais jamais elle ne l’interrogea sur ce sujet. Si Théophile s’en rendit compte, il lui en sut gré et leur complicité n’en sortit que renforcée.
Leur mariage dura un peu plus d’un an. Un peu plus d’un an durant lequel Isabeau goûta au véritable bonheur : une vie sans problèmes, sans malheurs, sans misère. Elle vivait bien, elle avait des loisirs qu’elle affectionnait, retrouvait goût à la paix et avait même réappris à sourire. Tout ça grâce à cet homme qui, en l’épousant par amitié, lui avait offert le plus beau des cadeaux. Il était son compagnon de tous les jours, son confident, son meilleur ami. Aujourd’hui encore, lorsque les temps sont durs, elle ferme les yeux et rappelle à son souvenir l’image apaisante de son mari, son regard tranquille, sa barbe argentée de lettré, ses manières apaisantes et sa voix calme qui lui disait que même quand on touchait le fond, il fallait voir les choses du bon côté : la seule direction possible était de remonter. Immuable optimisme qu’elle-même applique encore aujourd’hui.

Pourtant, c’est bien connu. Avant la fin de l’histoire, il faut toujours de nouveaux malheurs pour entretenir le suspense.




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Dernière édition par Isabeau Lacassagne le 26.04.12 14:19, édité 13 fois
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Côté Coeur: Bof, on l'a déjà pas mal piétiné, alors un peu plus un peu moins, on s'y habitue vous savez !
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MessageSujet: Re: "Affaires" est un mot féminin. Coïncidence ? Je ne pense pas. | Isabeau   17.04.12 22:47


BIOGRAPHIE

VERSAILLAISE

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Chapitre 5 : « Le bonheur est toujours compté. » (23 ans début 1665 – 24 ans 1666).

Le 3 Janvier 1665à dix heures du matin, Théophile Lacassagne décédait d’une tumeur au cerveau, bien entendu non-diagnostiquée. La mort fut si foudroyante qu’on crut à une attaque d’apoplexie. Le brave homme avait été fauché en plein vol, comme un oiseau tiré à la carabine. Les médecins assuraient qu’il n’avait pas souffert, ou très peu ; comme si cela pouvait consoler la veuve qu’était devenue Isabeau. Bien qu’elle ne nourrisse pas de sentiments amoureux pour son mari, comment ne pas souffrir de la perte de cet être cher, son plus précieux ami, son pilier de chaque instant. Sans que ni lui ni elle ne s’en aperçoivent, il lui était devenu indispensable ; elle avait pendant plus d’un an senti sa présence rassurante dans son dos en permanence, ombre réconfortante qui semblait vouloir lui dire que même si elle tombait, il y aurait quelqu’un pour la rattraper. Pour la première fois de sa vie, elle avait pu se reposer sur quelqu’un plutôt que prendre les poids des autres sur ses épaules, pour la première fois elle s’était sentie légère, soulagée. Il ne l’avait pas seulement soutenue, il l’avait élevée, lui avait permis de se construire, l’avait fait grandir. Il était ce qu’elle avait de plus cher. Et lorsque Daniel arriva, pâle comme un mort, pour lui annoncer que Théophile s’était écroulé pendant une promenade, elle sut qu’elle était de nouveau seule. Une énorme chape de plomb s’était abattue sur ses épaules, et tout était devenu gris. Théophile n’était plus là.

Et ce fut le début des ennuis. L’enterrement eut lieu trois jours plus tard, au cimetière à la sortie de la ville. Il y avait du monde, car Théophile était quelqu’un d’apprécié. Isabeau, toute de noir vêtue, ne pleura pas. Face à cette tombe de pierre, elle sentait que son cœur s’était asséché comme une feuille d’arbre en automne. C’était ça, tout ce qui resterait de lui ? Une bête stèle grise ? Elle avait serré les poings, s’était mordu l’intérieur des joues. Elle ne comprenait pas pourquoi lui, pourquoi maintenant, pourquoi comme ça. Elle ne le comprendrait jamais, et ces questions resteraient pour toujours d’amers points d’interrogation dans son cœur.
Quelques jours plus tard, elle reçut la visite du notaire, qui à son ahurissement le plus complet, lui remettait un ordre de quitter la maison sous une semaine, sans quoi elle en serait expulsée. Quand elle s’était insurgée et avait demandé au nom de quelle loi, il lui avait répondu que tous les biens de Théophile revenaient à sa famille et qu’elle n’y avait aucun droit. Elle protesta, rappela qu’elle était sa veuve, mais la famille de Théophile avait réussi là un coup de maître en rappelant que cette femme, qui avait été envoyée spécialement pour procréer, n’avait pas tenu sa part du marché et n’avait pas eu d’enfant. Par conséquent, le pacte était nul, et tout ce qu’elle avait gagné dans cette nouvelle vie lui était retiré. On l’autorisa juste, pour plus de facilité, à garder le nom de Lacassagne car il s’agissait là d’une autre affaire –et surtout la famille s’en fichait, ne voulant que les biens de leur défunt parent. Isabeau chercha secours du côté de Daniel, mais elle apprit avec effroi que celui-ci avait été arrêté et jeté en prison après qu’on ait découvert chez lui des lettres témoignant plus ou moins clairement qu’il pratiquait « le pêché de Sodome »… Seule et démunie, Isabeau désespérée chercha une solution toute la semaine. Elle n’en trouva pas. Une semaine, la dernière, elle se démena, négocia, parlementa, supplia même, mais rien à faire : personne ne voulait rien entendre, et elle allait se retrouver à la rue. Retour au point de départ. La nuit précédant son expulsion, elle s’était enfermée dans la bibliothèque où elle et Théophile avaient passé tant de temps à discuter, et pour la première fois de sa vie elle avait pleuré toutes les larmes de son corps. Jamais, même au plus profond de sa campagne du Nord, elle ne s’était sentie aussi seule.

La situation était grave. Nous étions en hiver, et l’hiver était rude en Nouvelle-France. Si jamais elle devait se retrouver à la rue, elle ne passerait pas la nuit. Elle n’avait rien, ni argent, ni endroit où aller. Il fallait trouver une solution, et très vite. Et finalement, elle prit la plus folle, mais la seule à tenter…

« Capitaine ! Capitaine Roberval ! »
« Que se passe-t-il ? »
« Regardez ce qu’on a trouvé à la cale ! »
« Lâchez-moi, espèce de brute à pattes ! »


Sans ménagement, Isabeau fut ceinturée par l’un des matelots qui la força à l’immobilité alors qu’elle se débattait comme une belle diablesse. Il tenta de lui plaquer une main sur la bouche pour la faire taire mais…

« Aïe ! C’est qu’elle m’a mordu la bougresse ! »
« Je vous ai dit de me relâcher ! »


Trois jours plus tôt, le navire avait quitté la côte, faisant voiles vers la France afin de livrer des denrées du Nouveau Continent à Paris. Ils étaient supposés amarrer en Normandie, comme lorsqu’elle était partie deux ans et demi plus tôt, et elle avait escompté faire le reste du trajet à pied ou trouver une monture avec le peu d’argent qu’elle avait réussi à prendre dans la maison avant d’en être expulsée. Ayant entendu parler de cette expédition, elle avait décidé d’y embarquer, clandestinement bien sûr, afin de rallier la France et de regagner Paris… Mais on l’avait débusquée plus tôt que prévu. Et maintenant, sa situation passait de très précaire à fortement compromise.

« Qui êtes-vous madame ? Et de quel droit êtes-vous montée sur ce bateau sans consulter le capitaine avant ? Vous devriez savoir que c’est un grave manquement à la loi maritime ! Si je le voulais, je pourrais vous faire jeter par-dessus bord en un claquement de doigts… C’est ça que vous voulez ? » martela le dénommé Roberval d’une voix dure, et surtout furieuse.

Isabeau se sentit blêmir. Elle savait très bien qu’en mer, il n’y avait qu’un seul maître à bord après Dieu. Les lois terrestres n’avaient plus le moindre effet, et seule comptait la parole du capitaine. Si cet homme décidait de la jeter en pâture aux poissons, il en aurait parfaitement le droit… Bon Dieu, quelle idée avait-elle eue là ! Mais elle n’avait pas le choix, c’était ça ou mourir de froid là-bas, à cinq mètres de ce qui avait été sa maison… Elle répliqua donc avec énergie :

« C’est ça, jetez-moi à la mer si vous voulez ! Ca ne peut pas être pire que là-bas ! Vous ne vous êtes pas demandé pourquoi je me suis embarquée sur votre fichu rafiot ! Vous croyez que ça m’amuse moi de voyager à fond de cale au milieu des rats et de vos matelots puants ? Je préfère de loin ça plutôt que crever de froid dans une rue de Montreal ! »

Cette tirade eut au moins pour effet de faire réfléchir le capitaine. Le souffle court, le cœur battant la chamade, Isabeau guettait sa décision, tout mouvement entravé par les mastodontes qui l’encadraient. Finalement, il fit un geste de la main, comme s’il chassait une mouche.

« Mettez-la dans une pièce où elle ne nous dérangera pas. Je déciderai de son sort quand nous arriverons. »

Soulagée, mais toujours inquiète, Isabeau se laissa conduire à son cachot provisoire. Une fois enfermée, elle se mit à réfléchir intensément : et si jamais il la livrait aux autorités ? Deux options : soit ils la renverraient là-bas, soit ce serait la prison. Et elle ne désirait ni l’un ni l’autre. Que faire alors ? En poussant un soupir, elle se prit la tête à demain. Réfléchir, réfléchir encore… Quand on a touché le fond, on ne peut que remonter. Restait à trouver comment.

[...]

« Capitaine Roberval ! »
« Que se passe-t-il encore ? »
« C’est la prisonnière ! Elle s’est échappée ! »
« Quoi ?! »


Roberval se rua à la balustrade et scruta la foule sur le quai pour repérer, au bout de quelques secondes, la silhouette de la jeune femme qui s’éloignait à toutes jambes. Brièvement, oh très brièvement, l’ombre d’un sourire éclaira son visage, avant qu’il ne retrouve son sérieux et aboie :

« Si je la retrouve, je la livrerai aux autorités ! En l’y traînant par les cheveux s’il le faut ! »

Voilà des mots qui ne tombèrent pas dans l’oreille d’une sourde. Alors qu’elle courait pour s’éloigner de ce maudit navire enfin arrivé à quai, Isabeau entendit les paroles du capitaine Roberval, sans se douter une seule seconde qu’il avait lui-même pris garde « d’oublier » de fermer le verrou de sa cellule, de même qu’il avait fait exprès de parler à ses matelots au moment où la jeune femme passait sur le pont pour s’échapper… Non, elle était bien loin de se douter de tout ça, et elle n’avait qu’une envie : s’éloigner le plus vite possible, et ne jamais recroiser sa route ! Essouflée, épuisée, pratiquement sans ressources, en fuite : la situation n'était pas au mieux mais au moins... Elle était vivante. Et surtout : elle était de retour.

Avec le peu d’argent qu’elle avait, elle paya une troupe de marchand pour l’emmener jusqu’à Paris. Sur la route, elle réfléchit à la suite : où aller ? Chez qui trouver refuge ? Le premier nom qui lui vint à l’esprit fut celui de Courtenvaux, mais elle le chassa bien vite de son esprit : il avait déjà fait beaucoup pour elle, elle n’allait pas aller lui demander une nouvelle faveur. Le problème, c’était que sa liste d’ »amis » à Paris était excessivement courte… Et que les deux noms restants pouvaient être réunis en un seul : Nanette et son mari, Loïc Cixous. Rien que cette perspective lui nouait la gorge. Elle en voulait toujours à sa sœur de l’avoir plantée comme ça presque trois ans plus tôt, de cette rancune amère et dépitée qui prend la place de la rage pure après quelques temps passés à digérer. Elle savait où elle habitait, puisque Nanette lui avait envoyé une telle à laquelle elle n’avait jamais répondu. Mais comment réagirait-elle en la revoyant ? La mettrait-elle dehors ? La prendrait-elle en pitié ? Lui donnerait-elle de l’argent ou lui offrirait-elle le logis ? Elle n’en savait rien : elle n’était plus sûre de rien avec sa sœur. Malheureusement, elle n’avait pas vraiment le choix… C’est donc l’esprit agité de doutes qu’en arrivant à Paris quelques jours plus tard, éreintée et affamée, elle se rendit à l’adresse indiquée sur l’enveloppe qu’elle avait soigneusement conservée dans sa robe et… Ouvrit de grands yeux surpris. Cette belle maison était celle de sa sœur ? Il était vrai qu’elle avait écrit dans son unique lettre que les affaires de Loïc étaient florissantes, mais tout de même ! C’est donc hésitante qu’elle frappa à la porte, avant que celle-ci ne s’ouvre sur un domestique.

« Vous désirez, madame ? » demanda-t-il poliment quoiqu’en la dévisageant de bas en haut.
« Je viens voir Mme Cixous. C’est une affaire urgente. »
« Qui dois-je annoncer ? »
« Isabeau Lacas.... Vermeersch. »


Lui lançant un dernier coup d’œil soupçonneux, le domestique s’éloigna et monta les escaliers. Pendant ce temps, Isabeau attendait, regardant autour d’elle avec curiosité et scepticisme. Quand soudain, elle entendit une voix en haut des marches.

« Zabo ! Mon Dieu c’est vraiment toi ! »

Isabeau leva la tête et, interloquée, reconnut Nanette. Nanette qui avait si peu changé… Si l’on exceptait son ventre bien rond de femme enceinte. Elle dévala les escaliers et se jeta dans les bras de sa cadette, la serrant à l’en étouffer. Isabeau, elle, ne réagit pas. Elle ne pouvait pas. Elle était comme tétanisée, sans pouvoir s’expliquer pourquoi. Le soulagement ? La rancœur ? Un peu des deux ? Toujours est-il que, face à la démonstration d’affection de Nanette, elle resta sans réaction. Ce qui n’eut pas l’air de la déranger plus que ça.
Nanette l’amena à l’intérieur, montrant une volonté de la ménager et de la mettre à l’aise. Elle paraissait sincèrement heureuse de la revoir malgré son silence radio pendant deux ans et demi, et peut-être même… Désireuse de se faire pardonner de l’avoir laissée partir seule. Quelle que fut l’explication finale, Isabeau n’en avait cure : elle avait un toit. C’était bien là tout ce qui comptait.

Isabeau fit enfin la connaissance de son beau-frère, Loïc Cixous. Il était à peine plus âgé que Nanette, et c’était un drôle de personnage : à tendance hyperactif, intelligent, mais qui avait fortement tendance à se disperser. Son talent pour les affaires lui avait bien servi des deux dernières années, et il prenait plaisir à discuter avec Isabeau de l’expérience qu’elle avait acquise aux côtés de Théophile. Elle leur parla de sa vie en Nouvelle-France, de la malchance qu’elle avait eue, et de son retour, aussi brièvement que possible. Elle préférait ne pas s’étendre sur les détails : encore une fois, Théophile était le seul à qui elle avait accordé sa confiance absolue. Il y avait longtemps qu’elle ne faisait plus confiance à Nanette, et elle connaissait à peine Loïc. Ils surent donc son histoire, mais le strict minimum seulement. Le reste devait rester bouclé encore un moment…
Pour gagner sa vie et pouvoir rester chez sa sœur et son beau-frère, Isabeau s’engagea comme l’assistante de Loïc, lui tenant ses comptes et le conseillant sur ses affaires. Ce qu’elle avait appris sur la manière de tenir un commerce, l’économie et la clientèle chez Théophile lui était décidément d’une grande utilité : Loïc était entrepreneur et avait fondé quelques commerces sur lesquels il touchait maintenant un pourcentage, et il s’avérait qu’Isabeau avait le flair pour dénicher les bonnes affaires et les idées qui marcheraient. Avec l’appui de sa belle-sœur, les affaires de Loïc prirent un nouvel essor, et bientôt, il lui confia de plus en plus de responsabilités : alors que lui restait dans son bureau à tout superviser de loin, elle se rendait directement chez les commerçants afin de vérifier que tout se passait bien et émettre des suggestions pour attirer plus de clients encore. Avec son caractère bien trempé, ferme, mais assez souple pour ne pas braquer clients ou subalternes, elle faisait de véritables merveilles. Peu à peu, Isabeau devint indispensable à son beau-frère, qui l’appelle « sa main de fer dans un gant de velours ». Et les mois s’égrenèrent ainsi, tranquillement.

Puis ce fut au tour de Nanette de les quitter. Un mois avant d’accoucher, elle fut prise de violentes crampes à l’abdomen et accoucha prématurément d’un enfant mort-né. Elle rendit son dernier soupir dans les bras de sa sœur, alors qu’une hémorragie impossible à arrêter avait laissé son corps désormais sans vie aussi blanc que de la porcelaine. Isabeau avait contemplé son visage inerte avec tristesse, songeant à quel point la vie avait pu gâcher une relation qui, dans leur enfance, avait été si soudée… Qu’était-il advenu d’elles ? Elles étaient devenues deux parfaites étrangères, et malgré leurs tentatives maladroites pour recoller les morceaux, leur temps de parole était désormais révolu… Ne restaient plus que les souvenirs.
Isabeau resta vivre avec Loïc. Elle lui était devenue irremplaçable et il avait insisté pour qu’elle restât dans la maison, afin de continuer leur formidable travail d’équipe. Ne sachant où aller ni que faire, et ayant pris goût à ce métier, Isabeau accepta et gagna tant de crédit auprès de ses clients qu’elle ne fut bientôt plus seulement l’assistante mais bel et bien l’associée de Loïc Cixous. En moins d’un an, elle monta sept commerces qu’elle gère d’une main de maître, aussi bien de derrière son bureau qu’en se rendant sur le terrain. Elle force le respect et l’admiration des gérants qu’elle lance, n’a pas de difficulté à se faire obéir, et lorsqu’elle s’occupe en personne des plus gros clients, son sens de la diplomatie, du commerce, et son tact font des merveilles. Ses domaines de compétence sont variés : elle gère actuellement une armurerie, une imprimerie, un apothicaire, une entreprise d'armateurs, un magasin de tissus et couture, la boutique d'un maréchal-ferrant et une parfumerie. Mais Isabeau n’oublie pas d’où elle vient ni ce qu’elle a traversé, et s’investit dans l’entretien et la bonne gérance d’un orphelinat où elle se rend une voire plusieurs fois par semaine. Les choses semblent enfin s’être stabilisées pour la jeune femme, qui s’est constituée de solides économies grâce à ces commerces, et se trouve maintenant largement à l’abri du besoin. Elle est même de nouveau fiancée : lors d'une soirée mondaine, Loïc lui a présenté M. Pisdoe, un banquier avec qui il avait déjà fait des affaires, qui lui rappela par certains aspects son cher Théophile. Ils se revirent plusieurs fois, jusqu'à ce qu'il ne la demande en mariage. Point d'amour entre eux, mais une sincère affection les lie, bien qu'encore superficielle. Pisdoe espère qu'elle lui donnera des enfants ; elle veut juste avoir un foyer au sein duquel il n'y ait pas de tensions, alors pourquoi pas lui, avec qui elle s'entend à merveille ?

Reste à savoir combien de temps sa bonne étoile veillera sur elle avant de se remettre à faire sa capricieuse…







BIOGRAPHIE

VERSAILLAISE

_________________________________________________

Epilogue : « Autant en emporte le vent ».

Voilà. Ainsi s'achève ce chapitre de notre histoire. D'Isabeau Veermersch, notre héroïne est devenue Isabeau Lacassagne, de fille de paysans elle est devenue femme d'affaires réputée en passant par tous les travaux possibles et imaginables, elle a dormi dans la rue avant de trouver à se marier puis de tout perdre à nouveau... Qui a dit que la vie était un long fleuve tranquille ? Pas Isabeau en tout cas. Une fois lui a servi de leçon : ne comptez plus sur elle pour se laisser bercer par l'illusion que "tout va bien". Il n'y a pas plus trompeur que ça...



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Côté Coeur: Bof, on l'a déjà pas mal piétiné, alors un peu plus un peu moins, on s'y habitue vous savez !
Côté Lit: Moi, mes comptes et mes dossiers. Pas ou peu de place pour un homme !
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MessageSujet: Re: "Affaires" est un mot féminin. Coïncidence ? Je ne pense pas. | Isabeau   26.04.12 22:35

Et j'ai même pas dépassé les 30 pages ! (juste 26 PTDR)

A vous les studios ! cheers

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« s i . v e r s a i l l e s »
Côté Coeur: Il baigne dans la colère et la frustration maternelle mais puisqu'il ne s'est pas laissé abattre, il continue de battre.
Côté Lit: Le Soleil s'y couche à ses côtés.
Discours royal:



♠ ADMIRÉE ADMIN ♠
Here comes the Royal Mistress

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MessageSujet: Re: "Affaires" est un mot féminin. Coïncidence ? Je ne pense pas. | Isabeau   26.04.12 23:07

TU N' ES PAS VALIDÉE !
Tu es validée que si tu caftes qui est Benoît !
BIENVENUE A DEGAGE DE VERSAILLES

Qu'est ce que c'est que cette fiche minable ??? Shocked On te demande 50 lignes MINIMUM pas MAXIMUM ! Je suis déçue, de ta part je m'attendais à ce que tu fasses mieux que Marie avec Christine, . C'est bâclé ... NON * mode garce off*
* Mode traumatisée on * C'EST QUOI CE ROMAAAAAN ??? affraid Vous voulez nous tuer avec vos pavés à la Proust ou quoi ? PTDR Heureusement que vous les postez petit à petit pour nos pauvres yeux. J'envisage de commander des lunettes. * Mode traumatisée off *
*Mode admin déesse on * Ma foi ... ce roman fut un régal pour les yeux en fait. What a Face Nouvelle France, femmes d'affaires, beauf crapuleux, bref un personnage haut en couleurs qui promet beaucoup de choses et une gueuse qui plus est ! Nous qui en manquions cruellement ! cheers C'est parfait, tu viens de remporter le ticket gagnant avec tout ça. Razz On va pouvoir te martyriser un peu Tu as choisi ton équivalent Disney j'espère. Breeeeeeeef, je n'ai plus qu'à te souhaiter pour la 4ème fois et avec le même plaisir à chaque fois (quand tu veux pour le CC PTDR ) bienvenue parmi nous ! Éclate toi bien avec Zabo ! cheers Didine te salue malgré tout aussi What a Face Tu connais le chemin jeune padawanette Very Happy
PENSE PAS BÊTE ; Qui est qui ? Petit topo des personnages sur le forum.Fiches de liensFiche de rpsDemandes de rangs et de logementsProposer un scénario.


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La duchesse de Fer
" Je vois en toi quelque chose qui offense le vulgaire. L'envie et la calomnie te poursuivront. Alors dans ce désert égoïste qu'est la vie, ne pense plus qu'à toi. "

Le rouge et le noir
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Côté Coeur: Bof, on l'a déjà pas mal piétiné, alors un peu plus un peu moins, on s'y habitue vous savez !
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MessageSujet: Re: "Affaires" est un mot féminin. Coïncidence ? Je ne pense pas. | Isabeau   26.04.12 23:10

Héééééééé pourquoi qu'elle est toute raturée ma fiche ? C'est pas parce que je suis une gueuse qu'il faut tout se permettre hein !! PTDR *ZBAF*

Merciiiiiiiiiii ô déesse adorée pour cette validation efficace qui roxe sa mère What a Face Attention Versailles, ME REVOILA ! cheers

Besoin de fric ? Besoin de trucs et autres plus ou moins disponibles sur le marché ? Venez voir tata Zabo What a Face On a plein de choses en arrière-boutique aussi *ZBAF*

Et nan, j'balancerai pas pour Benoît What a Face

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MessageSujet: Re: "Affaires" est un mot féminin. Coïncidence ? Je ne pense pas. | Isabeau   26.04.12 23:27

ZABOOOOOOOOOOOOO Héros (Ferdigi) (oui, c'est LE smiley du jour)
Ta fiche déchire, Zabo déchire, sa vie... déchire (du point de vue de la joueuse quoi What a Face ) BREF : tu déchirs ** **

Encore une fois bienvenuuuue ! Et j'avoue, tu pourrais cracher pour Benoît Boude

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Côté Coeur: Après mon pays et un souverain, vient le visage d'un français un peu trop maniaque.
Côté Lit: Après le passage d'un souverain, je suis devenue bien difficile. N'espérez rien de ce côté!
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MessageSujet: Re: "Affaires" est un mot féminin. Coïncidence ? Je ne pense pas. | Isabeau   27.04.12 14:07

Je lirais toutes ces nouvelles fiches avant de m'endormir What a Face

Mais r'bienvenue schizotte I love you

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MessageSujet: Re: "Affaires" est un mot féminin. Coïncidence ? Je ne pense pas. | Isabeau   27.04.12 14:28

Merci les fiiiilles I love you (et nan, je cracherai pas pour Benoît What a Face *bis*)

Cie, t'es pas obligée de lire si t'as pas le temps ou l'envie hein PTDR Mais je vais réfléchir à un ou deux petits liens, j'aime trop tes persos pour ne pas t'en demander What a Face

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MessageSujet: Re: "Affaires" est un mot féminin. Coïncidence ? Je ne pense pas. | Isabeau   27.04.12 14:34

Merci I love you

Après si tu résumes la vie de Zabo sur ta fiche de liens, je vais aller zieuter ça ^^


Et pour Benoît... Siffle

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MessageSujet: Re: "Affaires" est un mot féminin. Coïncidence ? Je ne pense pas. | Isabeau   27.04.12 14:38

C'est fait, fiche de liens + résumé, si ça t'intéresse quand tu auras un peu de temps ^^

Benoît, Benoît ? Connais pas What a Face

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MessageSujet: Re: "Affaires" est un mot féminin. Coïncidence ? Je ne pense pas. | Isabeau   27.04.12 14:47

J'viens de voir ça, et l'affaire de l'imprimerie peut être tentante en effet, car Meg "bosse" sur ces dossiers pour Loulou... *hum* j'y réfléchis ^^

Benoît j'ai une petite idée, mais j'attends de voir si c'est confirmé Razz

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MessageSujet: Re: "Affaires" est un mot féminin. Coïncidence ? Je ne pense pas. | Isabeau   28.04.12 18:13

Je disais que j'étais venue avec un personnage neutre... Mais en fait, non What a Face ... Twisted Evil


Bienvenue très chère Zabo Very Happy (ouais, je sais, c'est mal, je lis des fiches au lieu de réviser... Mais je m'endormais sur mes bouquins, on se distrait comme on peut Razz ).

J'aime beaucoup cette présentation et le personnage d'Isabeau, je sais, je ne t'apprends rien ( Razz ) mais voilà, c'est dit ** . Et comme je n'ai pas eu l'occasion de te donner mon avis, le passage avec Tutur est parfait ! J'ai hâte de jouer nos retrouvailles !

Oh et un petit message de Gabie : Twisted Evil
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MessageSujet: Re: "Affaires" est un mot féminin. Coïncidence ? Je ne pense pas. | Isabeau   Aujourd'hui à 7:16

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"Affaires" est un mot féminin. Coïncidence ? Je ne pense pas. | Isabeau
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