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 Et le loup rencontra une louve qui pour lui se fit brebis ...

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Amy of Leeds

« s i . v e r s a i l l e s »
Côté Coeur: Mère enfin apaisée et femme comblée mais pour combien de temps encore ?
Côté Lit: Le Soleil s'y couche à ses côtés.
Discours royal:



♠ ADMIRÉE ADMIN ♠
Here comes the Royal Mistress

Âge : A l'aube de sa vingt septième année
Titre : Favorite royale, comtesse of Leeds et duchesse de Guyenne
Missives : 7252
Date d'inscription : 10/09/2006


Et le loup rencontra une louve qui pour lui se fit brebis ...  Empty
MessageSujet: Et le loup rencontra une louve qui pour lui se fit brebis ...    Et le loup rencontra une louve qui pour lui se fit brebis ...  Icon_minitime29.03.12 17:51

Et le loup rencontra une louve qui pour lui se fit brebis ...  Arthur10 Et le loup rencontra une louve qui pour lui se fit brebis ...  Amy17

1660

C’était le comble ! Après des mois à ruser et à batailler dans l’ombre, la jeune Amy of Leeds avait enfin réussi à rompre ses fiançailles avec Brandon of Kent, mais malheureusement tout l’écheveau restait à recommencer. On la promettait à un autre. Illustre inconnu de la famille de Cresacre. Cette fois ci, la comtesse se doutait bien que le promis ne serait pas aussi conciliateur que le précédent, il ne fallait pas y compter ! Pourtant, elle avait espéré, ce voyage en France auprès du jeune roi en exil, Charles II, ne se présentait-il pas sur les meilleures auspices, loin, très loin d’un projet de mariage ? Amy, qui avait constamment un coup d’avance, boudait clairement bien qu’avec dignité d’avoir été ainsi mise en échec. Son père, le bras et la poitrine bandés après un énième duel dont il avait été victime, demeurait assis et assez contrarié de la réaction de sa fille. Elle-même arpentait la pièce de ce modeste manoir français, fruit de l'héritage de sa mère.

- Voyons Amy, je vous croyais plus sage. Vous n’êtes plus une enfant. Vous allez atteindre vos dix-neuf ans en octobre, vous devez prendre mari ! Maintenant plus que jamais d’ailleurs. Dois-je vous rappeler la situation exceptionnelle que nous vivons. Le fils Cromwell a été déposé et a été forcé à abdiquer. Ce n’est plus qu’une question de mois, grâce au général Monck pour que notre souverain légitime retrouve son trône. Notre famille le soutient dans les épreuves cruelles que sa famille a traversées. Il veut aujourd’hui nous récompenser en nous titrant davantage, et en vous offrant à un des plus beaux partis. Les Cresacre éblouissent de par leur nom. Vous serez traitée en véritable reine à Philadelphie, on prétend que le père a été victime d’une attaque, je gage qu’il ne tardera guère à passer. Vous hériterez d’une fortune considérable et d’une position que l’on vous enviera.

Ce discours éveilla l’intérêt d’Amy. Cette dernière avait bien trop souffert au cours de son enfance, pour dédaigner complètement l’offre. Déshéritage et abandon infâmes de la part de ses grands-parents, à cause de sa moitié de sang français, procès de famille, duels incessants de son père pour laver l’honneur de sa mère, la mort de cette dernière, la naissance d’une sœur aveugle sur laquelle veiller constamment, Amy ne savait que trop bien que la tête de cette famille, n’était autre qu’elle-même. C’était son devoir d’accepter cette union! Mais à quel prix encore une fois ? Un énième sacrifice ! Elle bouillonnait intérieurement mais ne pouvait que s’y plier. Dans leur situation encore bien précaire, où ses deux plus proches parents étaient handicapés soit à vie, soit pour une durée encore indéterminée, il ne fallait pas froisser le futur maître de l’Angleterre. Leur roi ! Que dire donc hormis amen ?

- Si j’accepte, me laissez-vous libre de mes futures relations et de mon corps ?

Car oui, Amy of Leeds fleur épanouie, n’ignorait pas l’effet qu’elle provoquait chez les hommes, et de tout âge. Elle les séduisait un par un comme pour venger sa mère, femme si méprisée, si écartée de tous les cercles mondains, par les parents de ces mêmes nobles qu’elle menait par le bout du nez. Combien d’argent ne lui avait-on pas offert pour qu’elle disparaisse de la vie de certains, Amy était une menace sérieuse pour cette caste se pensant supérieure de par son sang purement anglais. On voulait à tout prix éviter une demande en mariage. Elle en riait à gorge déployée et faisait monter les enchères petit à petit. D’ailleurs, le vent qui tournait en faveur de Charles II s’en ressentait bel et bien en effet, car il était curieux qu'en un si court laps de temps, deux grands noms du pays lui demandent sa main. Les Leeds avaient su miser sur le bon choix en restant loyaux envers le descendant Stuart, ça serait leur force désormais. Le sourcil de la comtesse s’arqua tandis qu’un sourire prenait place sur ses lèvres. Oui, elle accepterait ce mariage mais elle ne comptait pas pour autant arrêter là, l’art de la séduction, dans lequel elle était passée maître. Son père devrait céder sur cela.

- Je pensais que vous ne faisiez que provoquer ces jeunes imbéciles, ma fille ! Vous me choquez !
- Mais c’est le cas, mon cher papa ! Les séduire ne signifie pas qu’ils se glissent dans mon lit ! Oh mon Dieu non, comment pourrais-je faire cet affront à mère ? Ils me rebutent tous autant qu’ils sont ! Cependant, il faut bien céder parfois quelque peu, pour qu’ils continuent de manger dans ma main … et que leurs familles continuent à voir en moi un véritable danger.
- Certes, néanmoins à présent vous allez vous marier !
- La belle affaire, je ne sais rien de cet époux qui peut mourir de maladie demain, ou me répudier si je ne lui donne guère d’enfants. Il faut toujours assurer ses arrières mon père. Or si je tiens mes promesses de fidélité à la lettre, comment faire ?

Aux pieds du fauteuil où Harry of Leeds siégeait, Amy avait posé ses bras sur les accoudoirs et suppliait son père de ses yeux de biche. A ce regard-là, elle qui était sa préférée en toute chose pour une raison inconnue, il n’avait jamais résisté. Cela ne serait pas différent aujourd’hui.

- Je vous le permets Amy, tant que cela reste discret, cela va de soi et que vous m'en épargnez les détails !

Bien, elle avait pu tout au moins négocier un avantage de poids. Elle ne serait pas liée tout à fait à cet homme.

****************************************************

Homme dont elle reçut le portrait très flatteur, il fallait bien l’avouer trois semaines plus tard. Le fringant baron de Plymouth se présenta à elle pour tenir son rôle « d’époux » comme le voulait la tradition, lors de l’union par procuration. La cérémonie du contrat de mariage, eut donc lieu quelques jours après son arrivée, le temps des préparations d’usage. Lorsqu’Amy fut sur le point d’apposer sa signature en bas du document, sa main s’arrêta et se mit à trembler curieusement. Ce geste la faisait propriété d’un homme dont il pourrait user comme bon lui semble. Bon nombre de femmes étaient passées par ça, sans jamais se plaindre. Amy ne se plaignait pas ou du moins pas encore, mais l’appréhension la tenaillait malgré tous les avantages de l’union, malgré toutes ses bonnes résolutions. Sauter dans un abysse n’aurait pas moins signifié pour elle, ce n’était ni plus ni moins que de plonger consciemment dans le néant le plus complet. Son père s’étant aperçu de son hésitation se racla soudain la gorge et lorsqu’elle rencontra ses yeux, elle eut la force d’enfin parapher. Le peu d’invités retenait encore leur souffle, lorsqu’elle reposa la plume dans l’encrier. A présent que le plus difficile était fait, il était dans son droit le plus légitime d’en connaître davantage sur son mari. Elle alla donc trouver au buffet, un Plymouth déjà bien grisé par l’alcool.

- Ah ma chère, c’est vous ! Vous êtes splendide vraiment ! Tenez ça me fait encore plus pitié lorsqu’on le sait à qui on vient de vous unir ! Vous ne méritiez pas ça ! Je vous plains sincèrement !

Amy blêmit et son sang se figea tant dans ses veines, qu’elle ne sentit plus du tout le contact du verre aussi froid que sa main.

- Que voulez-vous dire ? Que devrais-je savoir sur James ?
- Chuuuuuuuuuuuuuuuut, je dois garder le secret sur tout ça ! Ne me faites pas parler, parce que j’ai bu un peu trop … Je connais les ruses des femmes !

La comtesse aurait volontiers secoué comme un pommier l’individu pour le faire passer aux aveux, mais elle devait ne pas se montrer en spectacle. Cependant elle enrageait de ne pas en connaître davantage et ses avertissements ne lui disaient rien qui vaille. La partie serait donc plus difficile qu’elle ne le croyait, son mari se révèlerait donc un adversaire en fin de compte ? De quelle façon ? L’incertitude, les questions qui l’assaillaient étaient pires que tout ! Ne s’avouant pas vaincue, elle se promit de soutirer de précieuses informations sur l’homme qu’elle venait d’épouser, sur le navire qui allait la conduire à Philadelphie.

******************************************************

Lorsque ce jour vint, les adieux furent déchirants bien qu’elle ne versa aucune larme. Son éducation, et sa condition le lui défendaient. Ce fut donc le silence le plus brut qui régna, à l’intérieur du carrosse qui la conduisait à Saint Malo. Pas un mot ne fut échangé avec ce Plymouth qui se plaignait lors des haltes, du mal de mer qu'il allait subir une fois à bord. Il s’agit sans doute de la seule chose qui lui arracha un sourire jusqu'à la ville de l'embarquement. Elle savait que ça ne serait certainement pas son cas de vomir par-dessus bord, durant tout le voyage. Son père, soldat émérite avait été entre autre capitaine de navire lors des terribles batailles qui avaient opposé Espagnols et anglais pour la conquête de la Jamaïque. Quant à son grand père, bien que détesté avait participé à l’anéantissement de l’Invincible Armada. Elle avait la mer dans le sang et d’ailleurs pas une seule nausée l’avait habitée sur le trajet de l’Angleterre à la France. C’était bon signe !

La chose ne tarda pas à se confirmer, lorsque l’immense navire leva l’ancre et déploya ses voiles. Après avoir suivi du regard, les côtes françaises qui ne furent bientôt qu’un point sombre à l’horizon, elle passa plus de deux jours dans son étroite cabine, à tenter d’apaiser son cœur lourd. Elle ne réalisa qu’au matin du troisième jour, que si elle se sentait tanguer en effet, rien ne lui semblait différent de la terre ferme. La comtesse décida par conséquent de chasser ses pensées noires et sortit sur le pont, afin de humer à plein poumons l’air maritime. Tous les marins présents, la fixaient d’un œil noir. Encore cette stupide superstition qui voulait que femme à bord, signifie une série de catastrophes en perspective ! Elle ne s’en offusqua pas, l’idiotie des hommes et de ces faces patibulaires en particulier lui était bien trop connue, pour en prendre ombrage. Quelques heures plus tard, malheureusement, elle dut bel et bien faire face à la stupidité du second, lorsqu'après avoir constaté que le vent changeait de direction et le navire également, elle alla donner lui donner un conseil sur la question.

- Monsieur, pourquoi changer de cap, nous devrions continuer à bâbord et non prendre à tribord !

L’homme la toisa avec mépris et ricana même sans prendre la peine de lui répondre. Attitude qui n’allait pas l’arrêter pour autant. Ils couraient droit à la catastrophe.

- Écoutez, le vent du sud qui souffle alors que nous sommes au nord de l’océan ne signifie rien de bon. Alors n’allez donc pas plus au nord, enfin ! C’est inutile et la tornade sera cette nuit ou demain inévitable ! Est-ce cela que vous souhaitez ?
- Vous êtes mignonne petite lady, mais retournez à votre broderie, si vous le voulez bien ! Je ne suis pas l’homme de confiance du capitaine de Roberval pour rien, rassurez-vous, vos précieuses robes ne prendront pas l’eau avec moi.

Estomaquée par tant de condescendance et de paternalisme en un seul individu, la comtesse en resta bouche bée, tandis qu’une gueule cassée remplie de cicatrices, s’approchait d’eux. L’homme était réellement repoussant. Elle ne fit attention à lui que trop tard, cette dernière encore portée toute entière au second qui tournait la barre dans la mauvaise direction. Le breton, l’arracha donc à ses idées et à son supérieur en la prenant par le bras. Acculée contre le bois du grand mât, celui-ci put à son aise lui mettre la main aux fesses et tenter de libérer sa poitrine du corset bordé d'une gracieuse mousseline, qu'il mit à mal.

- La petite lady devrait en effet faire ce à quoi servent habituellement les femmes. Je parle pas de broderie comme mon ami, bien sûr. Elles nous ennuient alors beaucoup moins ! Et toi tu commençais un peu trop à nous taper sur les nerfs ! C’est dommage, tu m’as l’air bien comestible !

La gifle qu’elle lui assena dut plus claquer que la grande voile au-dessus d’eux.

- Je suis heureuse de vous taper autrement que sur les nerfs croyez-le bien !

- Petite pimbêche ! Tu vas voir ce que tu vas prendre !

Amy of Leeds allait sans aucun doute possible, se retrouver couverte d’hématomes dans les secondes à venir, si un miracle ne la sauvait pas de la main vengeresse de l’affreux personnage.

______________________

La duchesse de Fer
" Je vois en toi quelque chose qui offense le vulgaire. L'envie et la calomnie te poursuivront. Alors dans ce désert égoïste qu'est la vie, ne pense plus qu'à toi. "

Le rouge et le noir


Dernière édition par Amy of Leeds le 14.11.12 21:27, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Et le loup rencontra une louve qui pour lui se fit brebis ...    Et le loup rencontra une louve qui pour lui se fit brebis ...  Icon_minitime18.04.12 17:06

Et le loup rencontra une louve qui pour lui se fit brebis ...  Bale4110Et le loup rencontra une louve qui pour lui se fit brebis ...  Mimi210

«  Une vraie rencontre, une rencontre décisive, c'est quelque chose qui ressemble au destin »

Arthur de Roberval, les bras croisés, regardait en silence ses hommes monter les provisions dans le navire. Le Téméraire mouillait tranquillement dans le port de Saint-Malo et tanguait au rythme lent des vaguelettes causées par la rentrée et la sortie des légers bâtiments de pêche. Les voiles claquaient au vent, le bois émettait un horrible grincement tandis que les mouettes piaillaient au-dessus de sa tête mais ces sons étaient devenus si habituels au jeune homme qu'il n'y prêtait plus aucune attention. Détournant son regard des marins qui ahanaient sous l'effort, il fit quelques pas sur l'embarcadère, appréciant pour la première fois depuis des mois la sensation de terre ferme mais non sans jeter quelques coups d’œil suspicieux autour de lui. Cela faisait déjà quinze ans qu'il avait rompu ses vœux monastiques et s'était enfui sans regarder derrière lui mais il n'avait jamais l'esprit totalement tranquille lorsqu'il jetait l'ancre dans le royaume de France. Son père était-il capable de venir le chercher pour le forcer à respecter son serment ? Quel sort les moines réservaient-ils aux parjures ? Il lui semblait parfois être poursuivi par cette figure blafarde aux yeux vitreux qui voulait l'enfermer, le priver sa liberté et qui avait le visage de sa mère mourante. En passant une main dans son front mouillé de sueur à cause de l'effort qu'il avait fourni jusque-là pour charger des caisses de viande salée, il se demanda pendant combien de temps il ferait encore ce cauchemar, combien de temps ses souvenirs continueraient à le hanter. Mais le soleil levant l'éblouit de ses rayons et chassa toutes les brumes de son esprit. La journée promettait d'être belle et chaude, c'était un temps idéal pour prendre la mer. Bien sûr, les semaines qui venaient s'annonçaient longues et particulièrement peu remplies mais Arthur se sentait dans son élément sur un bateau. C'était même étrange de constater comme il se sentait gauche lorsqu'il faisait trois pas sur terre. Alors il avait hâte de voir s'éloigner les rives de la France pour retrouver le grand large. Un vieux proverbe disait que la mer enseignait des rêves aux marins mais que les ports se hâtaient de les assassiner. C'était exactement cela : tout devenait possible sur le pont d'un bateau, même pour les plus humbles des matelots. Les ports imposaient des contraintes sociales, des marchandages sordides, laissaient apparaître des hommes enchaînés à leur sort misérable et que l'on méprisait. Sur les mers, on était libre.

Et puis, au port, il y avait les armateurs. Arthur détestait cette engeance autant qu'il en avait besoin. Les riches actionnaires qui donnaient des fonds pour payer le navire avaient pour principale caractéristique de n'être jamais contents des efforts du capitaine-corsaire. L'argent n'était jamais assez rapide à arriver dans leurs coffres. Et ils n'en avaient jamais assez. C'était à cause d'eux que Roberval allait entreprendre cette traversée de l'Atlantique pour atteindre les côtes du Nouveau Monde. Certes pas pour aller piller Hispaniola ou attaquer les bateaux pirates de Tortuga à son grand dépit. Cela aurait été la promesse d'un peu d'action au moins. Non, au lieu de cela, les armateurs avaient décidé que Le Téméraire irait transporter une future mariée jusqu'à son époux qui vivait à Philadelphie dans la colonie de ces couards d'Anglais. Le père payait bien et par avance, c'était tout ce qu'ils désiraient. Arthur n'avait jamais connu de mission aussi peu enthousiasmante et laissa échapper un soupir en se détournant du spectacle qui s'offrait à lui. Il avait bien tenté de protester quand cet imbécile de Mézec lui avait donné l'ordre en question mais celui-ci n'avait que faire des réticences du capitaine. Le commerce, c'était le commerce et selon eux, on pouvait tout aussi bien négocier avec les Français ou avec les traîtres anglais tant que l'argent rentrait dans leurs coffres. Les armateurs se fichaient bien de savoir qu'Arthur détestait les perfides habitants de cette île, ils voulaient juste qu'il se contente d'obéir sinon ils arrêteraient de financer ses expéditions, c'était aussi simple que ça. Ils n'avaient déjà que peu apprécié de voir que le jeune Roberval s'était imposé à la tête de l'équipage à la mort de Baert sans leur demander leur avis alors il n'avait pas intérêt à leur refuser quoi que ce soit. Malgré lui, alors qu'il faisait tant d'efforts pour ne pas penser à elle, le visage souriant de sa chère Militaw lui passa devant les yeux. Il aurait aimé pouvoir l'oublier mais comment faire quand on vous a arraché la personne que vous aimiez et l'enfant que vous aviez d'elle ? Parfois, quand il lui arrivait d'être nostalgique, Arthur se prenait à rêver de la vie qu'il aurait pu avoir si les Anglais n'avaient pas massacré la tribu micmac à laquelle appartenait la belle Indienne. Mais il n'avait que trente et un ans et il n'était guère de nature mélancolique. Il préférait laisser les regrets à plus tard, quand la vieillesse le pousserait à se pencher sur ses jeunes années pour voir ce qu'il avait fait de l'existence que lui avait donné Dieu. Cela faisait cinq ans qu'elle était morte, était-ce la peine de se complaire encore dans sa tristesse ? Non, sans nul doute, il devait passer à autre chose, avancer. C'était après tout la seule promesse qu'il ait jamais faite à Militaw. Que ce qu'il ressentait pour elle ne brimerait pas son envie de liberté comme lui ne lui couperait pas les ailes. Elle aurait détesté le voir ressasser ses souvenirs. Chaque jour est un présent de la terre, lui disait-elle, profite de ce cadeau et ne te retourne pas.
Alors pour elle bien plus que pour ces idiots d'armateurs, il se montrerait courtois avec les porteurs de ce sang de traîtres. C'était bien la seule arme qu'il avait, la seule façon de les humilier car ils ne le méritaient en rien.

- Cap'taine, l'interpella l'un de ses marins avec un fort accent breton, le tirant de ses pensées, nous avons terminé de charger le ravitaillement ! Vot' s'cond vous fait dire que le b'teau est prêt à appareiller !
- Très bien, nous n'allons pas tarder à lever l'ancre. La future mariée est bien installée dans sa cabine ?
- Oui, cap'taine, elle et son escorte sont arrivés p'dant que vous étiez chez le bon sieur Mézec. La donzelle s'est barricadée, on l'a à peine vue, nous autres.

Le capitaine Roberval acquiesça et songea qu'il aurait quand même bien aimé la saluer par simple politesse avant de partir mais cela confirmait ses craintes. Elle n'était sans doute qu'une demoiselle effarouchée à l'idée de passer des jours entiers en mauvaise compagnie et on la verrait à peine sortir le bout de son nez. C'était en quelque sorte une déception, si elle avait été agréable, le trajet aurait paru beaucoup plus court à Arthur. En même temps, il n'aurait pas besoin de faire des ronds-de-jambe par bienséance, ce n'était pas plus mal. Quant aux salutations d'usage... Bah, il aurait bien l'occasion de se présenter au cours du voyage si elle daignait descendre de son trône pour se mêler au bas peuple qui l'entourait ! Pourquoi serait-ce à lui de faire des efforts avec elle après tout ? Secouant la tête, le jeune homme fit encore quelques pas sur la terre ferme comme pour s'imprégner de cette sensation puis se dirigea vers son navire. Plus vite on était parti, plus vite cette corvée serait terminée !

***

Roberval avait malheureusement oublié qu'il ne faisait pas traverser l'Atlantique qu'à la demoiselle de Leeds mais aussi à son chaperon, le baron de Plymouth. C'était typiquement le genre d'homme qu'il détestait. Plymouth ne cessait de le suivre pour l'abreuver de pseudo conseils et lui tapotait le bras comme s'ils étaient amis. Arthur se forçait à rester calme mais son air sombre ne trompait aucun de ceux qui le connaissaient et qui le savaient au bord de l'explosion. Sa patience fut néanmoins récompensée quand l'océan se mit à ondoyer. Plymouth avait le mal de mer et passait son temps au bastingage sous les moqueries de l'équipage dont les estomacs étaient bien accrochés. Le teint verdâtre du baron était la petite vengeance d'Arthur qui connaissait assez la mer pour savoir que les vents allaient sans doute bientôt se déchaîner et qui espérait que Plymouth tomberait par-dessus bord au milieu de la tempête sans qu'il n'eut besoin de le pousser. Parfois, il pensait à la jeune fille toujours dans sa cabine et se demandait si elle aussi souffrait des mêmes désagréments. Mais à vrai dire, même la curiosité ne l'avait pas mené jusqu'à l'espace privé de celle-ci et pour le moment, il avait bien d'autres choses à gérer. Le troisième jour, il était penché sur les calculs que venait de lui apporter l'un des anciens du bateau, un vieux qui ne s'en laissait pas compter et qui parlait de la mer comme d'une épouse capricieuse.

- Vous dites qu'une tornade se prépare, Bequel ?
- Pour ce que j'en dis, moi, capitaine, elle fait bien ce qu'elle décide, la mer, si elle veut nous couler, qui peut bien l'en empêcher ? Mais ce vent du sud n'apporte rien de bon.
- J'aurais voulu éviter les mers du sud, ça pullule de pirates... Virer au sud serait aller de Charybde en Scylla.
- Au moins, vous avez une épée pour défendre votre peau face à ces pirates, que pourrez-vous faire face à une tempête sinon prier ? Et je suis pas certain que Dieu nous entende à cause du fracas des éclairs.
- Vous avez raison, Bequel, je ne peux pas prendre le risque de perdre le bâtiment, pas avec son chargement précieux...
- Vous parlez de la gamine ? Au moins, elle a du nez celle-là, en venant jusque chez vous, elle parlait justement à votre second à propos de ce vent du sud... Autant dire que Vauquelin l'a renvoyée à ses broderies, je vous ai toujours dit que votre second était un imbécile...

Arthur releva si vite la tête qu'il faillit se faire une élongation. Ainsi, elle avait fini par sortir de ses quartiers ? Bien plus, elle avait chercher à converser avec son second qui n'était pourtant pas connu pour sa gentillesse et son humilité ? Évidemment qu'il n'avait pas accepté les conseils d'une jeune personne. La surprise était si grande qu'il resta bouche bée pendant quelques secondes puis se redressa :

- Je vais justement demander à Vauquelin de virer au sud. Et au passage, Bequel, je n'ai pas besoin de votre avis sur les capacités intellectuelles de mon second. Il m'est dévoué, c'est tout ce dont j'ai besoin de sa part. Alors, abstenez-vous de faire des commentaires.

Quand il sortit de sa cabine, la plus spacieuse du bateau, rien ne lui paraissait pourtant changé. Les marins s'activaient sur le pont comme à leur habitude, Arthur n'acceptait pas que l'on se tourne les pouces sous son commandement. Il chercha du regard la jeune femme mais il ne la vit pas tout de suite. Ce fut le bruit d'une gifle monumentale qui le fit tourner la tête vers elle. Elle s'était écartée de la barre tenue par Vauquelin et venait de frapper un vieux matelot soudard... Arthur était persuadé de connaître son nom mais la scène à laquelle il assista le rendit si furieux qu'il l'oublia momentanément. La gueule cassée s'était approchée de la demoiselle de Leeds et s'apprêtait à la malmener. Incapable de réagir autrement, Roberval s'approcha à grands pas en rugissant et saisit son homme par sa chemise pour le détacher de sa jeune victime avant de le projeter sur le pont. Le malotru glissa sur plusieurs mètres à cause de la violence du geste et à cause du bruit et de l'horrible craquement qu'avait fait l'un des os de l'homme, tout le monde se retourna vers eux.

- Je vais te tuer, tonna Arthur, comment as-tu osé ne serait-ce que t'approcher de notre invitée ?

Dans un geste large, il dégaina son épée et la tendit en direction du matelot qui s'était à moitié relevé en grimaçant de douleur. Tout l'équipage s'était figé dans l'attente du verdict du capitaine mais Arthur vit distinctement à travers le regard de ses hommes que tous ne partageaient pas son indignation. Cela le rendit fou de rage :

- Tu as de la chance que je sois un gentilhomme qui ne souhaite pas tuer un homme sous les yeux d'une demoiselle que nous avons l'honneur d'escorter jusqu'à ses épousailles. Qu'on le mette donc en fond de cale afin qu'il réfléchisse à ses actes. Nous l'abandonnerons sur la prochaine île. Mais je ne montrerai pas la même clémence si un tel incident se reproduisait, est-ce bien clair ? Le prochain qui ose s'approcher à moins d'une coudée de mademoiselle, je le passe sur le fil de mon épée. Quant à vous, Vauquelin, vous serez aimable de m'avertir de vos changements de cap ! Mettez donc la barre à bâbord avant de rejoindre ce misérable en fond de cale !

Voyant que le petit discours était terminé, tous se remirent au travail alors que deux d'entre eux entraînaient la gueule cassée. Arthur se tourna enfin vers la jeune fille et put enfin l'observer de près. La première chose qu'il remarqua chez elle, ce ne fut pas sa splendide chevelure blonde ou sa peau si blanche, non ce fut son regard flamboyant et farouche. Cette demoiselle n'avait rien d'une jeune fille timide et effrayée, elle venait de parler au second sur la manière de conduire un navire et avait frappé un homme qui l'avait malmenée. Quel caractère ! En voilà une qui ne s'en laissait pas compter ! Quelque chose qui ressemblait à de l'admiration commençait à naître chez Arthur. Mais il remarqua sa mousseline sortie de son corsage et fronça les sourcils en s'inclinant devant elle :

- Mademoiselle, veuillez me pardonner cet incident, je puis vous assurer que cela ne se reproduira plus. Je suis le capitaine Roberval et je suis tout entier à votre service.

Il allait ajouter qu'il allait se faire un devoir de veiller sur une aussi charmante personne mais il ne put empêcher ses lèvres de s'écarter en un demi-sourire :

- Toutefois, je vois que vous savez vous défendre par vous-même, en voilà une qualité rare et utile pour une jeune fille. Mais si vous avez un quelconque problème, adressez-vous directement à moi. Savez-vous où se trouve ma cabine ?

Il croisa son regard et ses yeux se mirent à pétiller. Finalement avec une demoiselle telle que cette Amy of Leeds, le trajet risquait bien d'être plus mouvementé que prévu !
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Amy of Leeds

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MessageSujet: Re: Et le loup rencontra une louve qui pour lui se fit brebis ...    Et le loup rencontra une louve qui pour lui se fit brebis ...  Icon_minitime04.05.12 16:38

Et dire que Plymouth se trouvait à quelques pas seulement. Pouvait-on faire homme plus lâche que ce dernier ? Il n’était ni sourd, ni aveugle. Certes, la tête renversée par-dessus bord, il ne cessait de vomir à cause du mal de mer. Mais tout de même … où était le gentilhomme qui sommeillait en lui ? Tel le fauve dans la savane, ce côté-là hélas devait être bien endormi. La jeune comtesse of Leeds le foudroya donc, un instant, du regard tandis qu’il levait les bras en signe d’impuissance. Elle allait donc subir les mains baladeuses de ce rustre et surtout à en juger par sa colère, son poing sur son visage. La gueule cassée en était parfaitement capable. Elle ferma dans un réflexe tout naturel les yeux, avant de de se sentir proprement battue !

Néanmoins, un rugissement paraissant venir de la gueule d’un fauve, parfaitement éveillé celui là, résonna à ses oreilles. Était-ce, ce malotru ? Le second du navire qui en plus d’être stupide, allait verser lui aussi dans la lâcheté ? Deux hommes contre une femme ! Voguait-elle en direction d’une lune de miel ou bien de l’enfer ? A cette seconde, elle osa maudire son père, car son mariage commençait réellement sous les pires auspices par ce voyage. Ce qu’elle aurait à lui raconter, tout en soignant ses pommettes meurtries, serait édifiant ! Sans doute que lui-même s’en mordrait les doigts, elle ne lui épargnerait aucun détail dans ce but. Ses paupières toujours closes, elle ne vit guère l’homme se faire épingler par son supérieur. Elle sentit que sa poigne n’écrasait plus sa gorge, c’est tout, sa première réaction fut donc de respirer profondément. Puis enfin toute son attention fut portée à la scène surréaliste qui se déroulait sous ses yeux. Qui était donc cet homme brun d’une trentaine d’années ? Fort séduisant aurait été un euphémisme pour le décrire. Il fit craquer l’un des os du matelot et le menaça de mort … Pour elle ? Un sourire timide se dessina sur ses lèvres. Beau et chevaleresque. Amy osa alors s’avancer et retenir discrètement son bras. Elle ne prononça pas un mot, mais son regard et ceux de l’équipage qui convergeaient tous sur l’humiliation de leur coéquipier, parurent le dissuader de commettre pareille extrémité. L’inconnu baissa son épée.

A le voir ainsi donner des ordres, elle ne put que se rendre évidence. Le capitaine lui-même était venu à son secours ! ça tombait vraiment bien, la jeune anglaise profiterait de l’occasion pour lui exposer son hypothèse sur le changement de cap. Peut-être ce dernier lui ferait-il l’honneur de ne pas la juger mauvaise géographe malgré son sexe. Peut-être l’écouterait-il. Peut-être qu’un homme sur ce navire était-il finalement galant et sensé ? Elle osait l’espérer. Amy ouvrait déjà la bouche afin de le remercier et de lui faire part de sa théorie de cataclysme imminent, mais il ne lui en laissa guère le temps. Avait-il lu dans ses pensées ? Toujours est-il qu’après avoir menacé, averti l’ensemble des mousses présents sur le pont, il demanda à son second de virer à bâbord. Elle resta bouche bée un instant, puis en faisant valser sa chevelure d’or triompha sans retenue, en haussant les sourcils. Le second obéit et lui accorda un rictus assez teigneux. Qu’importait à la jeune femme, elle l’emportait et jubilait que ses paroles de misogyne restent ancrés au fond de sa gorge ! Ce n’était que justice.

Décidément le maître du navire avait dû être envoyé par le ciel pour être aussi plaisant. Peut-être qu’au final, la traversée ne serait pas aussi mauvaise qu’elle l’envisageait quelques minutes plus tôt. Ils paraissaient déjà bien s’entendre sans avoir échanger une seule parole. Elle devait pourtant dire quelque chose …

" Mademoiselle, veuillez me pardonner cet incident, je puis vous assurer que cela ne se reproduira plus. Je suis le capitaine Roberval et je suis tout entier à votre service. "

Elle aurait pu éclater de son rire cristallin. Allait-il la laisser enfin parler ? L’homme était véritablement charmant. Elle lui présenta aussitôt sa main à baiser et adopta une attitude taquine et un tantinet séductrice. Pour cette fois, sans aucun plan à mûrir dans son esprit d’ailleurs.

- Vous pardonner de quoi donc monsieur de Roberval ? D’être un homme d’honneur venant au secours d’une dame, ou de lui avoir donné raison sur ce chemin à ne pas emprunter ?

Un sourire mutin s’afficha sur ses lèvres.

- Je suis ravie de faire votre connaissance. Vous devez connaître la liste de tous vos passagers, mais la courtoisie m’oblige à me présenter moi-même. Je suis Amy of Leeds, ou plutôt Amy of Cresacre …

Sa voix ne put que vibrer d’appréhension au propre rappel de son esprit. Mais cela fut fugace.

" Toutefois, je vois que vous savez vous défendre par vous-même, en voilà une qualité rare et utile pour une jeune fille. Mais si vous avez un quelconque problème, adressez-vous directement à moi. Savez-vous où se trouve ma cabine ? "
- En Angleterre, surtout dans les provinces reculées du nord, lorsqu’on a point de frère ou de cousin, on développe très vite ce trait de caractère … Je vous remercie cependant de votre aide monsieur, je ferais appel à vous en cas de difficultés. Mais j’ignore en effet où se trouve votre privé.

Arthur de Roberval lui offrit le bras afin de l’y conduire apparemment. Sans doute les yeux de la demoiselle scintillaient tout autant, voire plus que ceux de son défenseur.

****************************************

Le moins que l’on puisse dire, c’est que ces deux-là ne virent certainement pas le temps passer, tant leur compagnie mutuelle semblait agréable. Pour Amy, la présence d’Arthur était sans métaphore, une véritable bouffée d’air pur. Chaque matin, elle se levait de sa couchette, en songeant à lui et se couchait dans le même état d’esprit. L’anglaise n’avait qu’une hâte, c’était de le retrouver pour converser avec lui ou se promener à son bras. Loin, très loin était la perspective du mariage religieux. James of Cresacre paraissait s’être perdu dans les confins de sa mémoire. L’homme lui plaisait, l’homme l’attirait, l’homme lui provoquait parfois même des frissons tout le long de l’échine. Elle ne se dissimulait en aucun cas la vérité à elle-même. Sans doute, cette alchimie devait-elle d’ailleurs se lire sur son visage. Mais pourquoi donc en aurait-elle rougi ?

C’est ainsi qu’au commencement de la troisième semaine de périple, elle désira offrir un présent original et unique au capitaine du vaisseau ! A son insu lorsqu’il devait faire ses rondes et s’assurer du bon fonctionnement des opérations, elle peignait. Elle avait toujours peint ! Bien entendu, la comtesse ne se prétendait pas artiste, mais sur ses toiles se lisait un vrai don. Ce qu’elle dessinait ? Le Téméraire, tout simplement. Avec ses voiles claquant au vent, sa barre majestueuse, sa proue magnifique. Sans nul doute, ce petit portrait plairait au corsaire. Après trois jours de labeur et un jour de séchage, elle recouvra la toile d’un drap blanc et attendit l’heure du rendez-vous quotidien. Une fois encore, très certainement, ils ne se quitteraient qu’à la nuit tombée. Elle le souhaitait de tout cœur.

C’est ce moment précis, que choisit Plymouth pour faire son apparition sur le pont. Amy s’était levée, le cœur tambourinant, persuadée qu’il s’agissait d’Arthur. Elle ne cacha pas sa déception. Il faut dire que Plymouth était également ivre mort.

- Je vous choque, madame ? Je n’en pouvais plus … Le rhum m’aide … vous comprenez ?

Les lèvres de la comtesse se retroussèrent machinalement de dégoût.

- Ma pauvre lady … si vous faites cette tête pour m'avoir vu dans cet état … je voudrais pour rien au monde manquer, celle que vous ferez … une fois mariée.

Le corps d’Amy se tendit violemment à cette remarque. Qu’est –ce que ça signifiait exactement ?

- Que voulez-vous dire ?
- ... Ce cher Cresacre ... C’est un buveur invétéré … Mais s’il n’y avait que ça … Si vous saviez …

Qu’avait-elle à savoir ? Ses craintes recommençaient à former un étrange nœud à son estomac ? Mais elle ne put rien tirer de lui. Après avoir laissé échapper un rire moqueur à son encontre, l’homme tomba dans un sommeil idyllique. Elle le questionnerait davantage au cours de la traversée. Elle se le promettait. Cet épisode lui ayant quelque peu glacé le sang, elle n’entendit guère les bruits de bottes du capitaine Roberval. Sans doute la vit-il blême et décomposée ! Aucun sourire n’éclairait son visage. Elle le salua sans l’effusion qu’il lui connaissait. Le tableau ? Était-ce le bon moment ? Le vent décida apparemment pour elle, car il fit voler le drap du chevalet.

- J’espère que cela vous plait, monsieur. Je ne prétends pas rivaliser avec les meilleurs peintres, mais je voulais vous en faire la surprise.

C’est tout ce qu’elle trouva à dire. Quelle déception de lui offrir ce travail de plusieurs jours, avec si peu d’enthousiasme. Elle devait se ressaisir ! Elle devait profiter de ces jours de liberté en la compagnie de cet homme agréable ! Mais plus facile à dire qu’à faire …

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La duchesse de Fer
" Je vois en toi quelque chose qui offense le vulgaire. L'envie et la calomnie te poursuivront. Alors dans ce désert égoïste qu'est la vie, ne pense plus qu'à toi. "

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MessageSujet: Re: Et le loup rencontra une louve qui pour lui se fit brebis ...    Et le loup rencontra une louve qui pour lui se fit brebis ...  Icon_minitime30.10.12 13:00

Pourquoi le père d'Amy of Leeds avait-il choisi Le Téméraire pour faire faire la traversée de l'Atlantique à la jeune promise ? Quelle entité supérieure avait-elle décidé de mettre cette jeune fille aux cheveux d'or, charmante et taquine sur le chemin d'un homme déjà endurci par les épreuves que lui avait imposé l'existence ? Dieu s'amusait-il à jouer avec eux, les considérait-Il comme de simples marionnettes pour pouvoir ainsi se divertir de leurs sentiments et de leur confusion ? C'étaient des questions qu'Arthur de Roberval avait été amené à se poser lors du court voyage que la demoiselle avait passé à se promener sur les ponts et sur les coursives de son navire. Il y avait quelque chose qui ressemblait au destin dans leur rencontre. Car jamais il n'aurait dû poser les yeux sur cette noble anglaise – anglaise en plus ! - et encore moins espérer attirer son attention. Et pourtant... Longtemps après ces quelques semaines, Arthur devait avoir de temps en temps l'impression d'apercevoir sa silhouette solitaire sur le parapet, les coudes appuyés sur le bastingage et et penchée en avant pour observer le reflux des vagues sur la coque, vagues qui les avaient menés sans discussion possible vers les côtes du Nouveau Monde. Là où vivaient les colons britanniques sur les terres où ils avaient fait couler le sang des autochtones. Cette traversée avait été une courte parenthèse enchantée dans un monde cruel et sans pitié où l'on massacrait pour des croyances religieuses et où on mariait des jeunes fille innocentes à des inconnus sans visage et à la réputation désastreuse, les condamnant à des années au mieux d'ennui au pire de souffrances. Mais on leur avait accordé un instant de répit. Des années plus tard, quand Arthur retrouverait Amy dans un tout autre endroit, tout aussi improbable toutefois, dans de toutes autres circonstances, elle ne serait plus cette jeune fille un peu effarouchée mais qui n'avait pas hésité à gifler un marin expérimenté sur un bateau où elle ne connaissait personne. Mais pour lui, elle resterait le symbole de tout ce qu'il n'avait jamais eu l'occasion de vivre : l'insouciance, la légèreté. Le sentiment de devoir profiter de ce que le hasard offrait avant que le voyage ne parvienne à son terme.

Arthur passait beaucoup plus de temps avec la petite Amy que ne l'aurait demandé sa charge de capitaine. Certes, il était sensé bien l'accueillir, la faire se sentir à l'aise, lui montrer qu'elle était en sécurité mais il avait bien conscience de prendre cela beaucoup trop à cœur. Il avait le sentiment de devoir lui montrer qu'il pouvait se comporter comme un véritable gentilhomme et sentir le même regard méprisant sur lui qu'elle lançait parfois à ses gueules cassées de marins était ce qu'il craignait le plus au monde. Mais étrangement, malgré leurs différences de conditions, malgré sa jeunesse et son éducation sans doute adaptée à celle d'une lady, elle ne paraissait pas détester les moments qu'ils passaient ensemble, au contraire. Arthur, s'il ne comprenait pas ce qu'elle pouvait lui trouver, se levait tous les matins avec l'image de la jeune fille en tête et avec l'idée de passer du temps avec elle, ce qui ne lui était plus jamais arrivé depuis la mort de la femme qu'il avait si passionnément aimée, Militaw. Comme si les Anglais cherchaient à se faire pardonner de lui avoir brisé le cœur en lui envoyant l'une de leurs messagères capable de le reconstruire. Chaque jour donc, il prenait son bras et lui montrait comment fonctionnait un navire, la menant partout, de sa cabine au pont, jusqu'au gouvernail, au grand déplaisir de la plupart des marins qui considéraient qu'une femme portait malheur en ces lieux. Ils avaient été bien détrompés car le voyage s'était déroulé dans la plus parfaite félicité. Bien que les bateaux pirates infestassent les mers des Caraïbes et toute l'Atlantique de manière générale, ils n'avaient pas été attaqués une seule fois. Le vieux Bequel plaisantait en disant que le nom du Téméraire était désormais connu partout et qu'il effrayait tandis que son second Vauquelin grommelait que le pire restait à venir et que la mer pour les punir leur réservait la plus mauvaise des surprises pour le dernier jour et déchaînerait sa colère sur eux. Roberval, lui, n'avait jamais pris cette superstition au sérieux et pensait au contraire qu'Amy était comme une bonne étoile qui leur portait chance et les guidait vers des mers non troublées.

Ce soir-là, il devait la retrouver dans sa cabine pour lui tenir compagnie jusqu'à la nuit tombée et s'en réjouissait d'avance. Il attendait ces rendez-vous avec une certaine impatience et se termina de finir ses relevés météorologiques pour la rejoindre sous le regard moqueur de Bequel qui n'était pas dupe. Certes, peut-être avait-il des pensées peu catholiques lorsqu'il se retrouvait si tard le soir chez elle, quand il la voyait mordre sa lèvre inférieure et baisser les yeux ou quand au contraire, elle le fixait avec toute la force de caractère dont elle était capable comme ce premier jour de leur rencontre. Mais elle lui semblait si fragile, si pure que jamais il n'aurait osé la toucher combien même il le désirait. Il avait été élevé comme le noble qu'il était, dans le respect de la bienséance. Aussi se contenta-t-il de lever les sourcils devant le clin d’œil du vieux alors qu'il prenait congé. Il allait descendre dans une petite salle commune aménagée tout spécialement pour Amy mais s'interrompit en entendant des bruits de voix. Il tendit l'oreille pour comprendre ce qui pouvait bien se dire et rien que la phrase qu'il parvint à saisir le fit bouillonner de rage.

- Ma pauvre lady … si vous faites cette tête pour m'avoir vu dans cet état … je voudrais pour rien au monde manquer, celle que vous ferez … une fois mariée.

Il sentit ses muscles se tendre mais se força à rester calme. De toute façon, rien que cette voix parvenait à lui faire perdre sa bonne humeur. Il haïssait littéralement Plymouth, plus que toute autre personne au monde. Cet homme lui semblait la quintessence de l'Anglais : il prenait tout le monde de haut et surtout n'avait aucun respect pour Amy of Leeds qu'il semblait considérer comme un simple paquet à transporter jusqu'à destination où il la livrerait à son mari. Les marins eux-mêmes se plaignaient de le trouver dans leurs pattes quand ils remplissaient leur office et de le voir vider les réserves de rhum.

- ... Ce cher Cresacre ... C’est un buveur invétéré … Mais s’il n’y avait que ça … Si vous saviez …

Prenait-il donc un tel plaisir à l'effrayer ? Quel homme digne de ce nom pouvait se comporter ainsi ? Cette fois-ci, Arthur n'y tint plus et descendit les escaliers qui menaient dans les cabines avec toute la force de ses bottes pour signaler son arrivée. Il eut un instant d'arrêt à la porte pour jauger la situation. Sur la table, Plymouth s'était endormi dans la béatitude de l'alcoolique tandis qu'Amy, debout, semblait parfaitement décomposée, vision qui l'indigna tant qu'il n'en vit pas le chevalet devant elle. Roberval eut même l'impression de voir son menton trembler. Elle le salua sans sourire ce à quoi il répondit avec politesse avant de considérer l'homme qui commençait à ronfler. Pas question de passer la soirée avec ce parasite à leurs côtés !

- Pardonnez-moi, dit-il à Amy en allant prendre l'Anglais par le col, lequel se réveilla en sursaut et en l'obligeant à quitter les lieux.

Parvenus sur le pont, Roberval serra un peu plus le cou de Plymouth qui commençait à devenir rouge et lui expliqua d'un ton menaçant et plein de dégoût :

- Pour qui vous prenez-vous pour effrayer ainsi une demoiselle ? Vous n'êtes qu'un misérable, la lie de l'humanité. Mais vous êtes ici sur mon bateau et si vous vous adressez encore une fois à mademoiselle, je vous fais passer par dessus bord et croyez-moi, je n'ai rien à faire que vous soyez de haute naissance en Angleterre. Ici, vous n'êtes rien. Maintenant, retournez dans votre cabine et n'en sortez plus jusqu'à notre arrivée. Si vous désobéissez à mes ordres, je vous le ferais regretter.

Sans un mot de plus, le capitaine le lâcha et alla rejoindre la jeune fille qui l'attendait. Il n'avait aucune idée de comment la rassurer et se sentait bien démuni mais pour rien au monde, il n'aurait voulu être ailleurs. Comment pouvait-on marier une perle pareille avec un homme à la mauvaise réputation et pire encore, la faire accompagner par un incapable ? Il allait tenter de parler quand un souffle d'air releva le drap qui se trouvait sur le chevalet et laissa voir un tableau qui représentait Le Téméraire.

- J’espère que cela vous plaît, monsieur. Je ne prétends pas rivaliser avec les meilleurs peintres, mais je voulais vous en faire la surprise.

Arthur en resta muet de surprise. Il ne fallait pas mentir, il n'était pas sensible à l'art et n'y connaissait que fort peu de choses car on trouvait peu de toiles dans la château familial de Roberval. Mais c'était l'intention qui le touchait infiniment. Elle avait trouvé le temps de lui faire une surprise, elle avait passé des heures sur une toile... Pour lui, pour lui faire plaisir. Et il devait reconnaître qu'elle avait parfaitement représenté le Téméraire, voiles au vent, fier et altier comme le capitaine imaginait lui-même son bateau. Ne sachant comme réagir, il s'approcha doucement et admira de plus près l’œuvre avant de se tourner vers elle :

- Comment vous remercier de tout ce que vous faites pour moi ? Je vous promets que j'en prendrais grand soin... Ne serait-ce qu'en mémoire de vous. Je...

Les mots lui semblaient soudain inutiles et pris d'une pulsion subite, il leva la main pour lui caresser tendrement la joue. Elle était si douce et ses lèvres lui semblaient si désirables... ! Mais elle était bouleversée, il aurait été honteux d'abuser de sa situation, aussi retira-t-il sa paume et le cœur un peu battant, comme un jeune homme qui découvrait le désir, il recula :

- Si je le pouvais... Je ne vous conduirais pas jusqu'en Amérique.

Il n'était pas bavard, il ne fallait pas lui demander d'en dire plus mais il se sentit soudain incapable de rester plus longtemps à ses côtés. Lui jetant un dernier regard, il recula et sortit pour retrouver sa cabine, se maudissant intérieurement d'avoir gâché une belle amitié par ce demi-aveu.

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Amy of Leeds

« s i . v e r s a i l l e s »
Côté Coeur: Mère enfin apaisée et femme comblée mais pour combien de temps encore ?
Côté Lit: Le Soleil s'y couche à ses côtés.
Discours royal:



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Here comes the Royal Mistress

Âge : A l'aube de sa vingt septième année
Titre : Favorite royale, comtesse of Leeds et duchesse de Guyenne
Missives : 7252
Date d'inscription : 10/09/2006


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MessageSujet: Re: Et le loup rencontra une louve qui pour lui se fit brebis ...    Et le loup rencontra une louve qui pour lui se fit brebis ...  Icon_minitime17.04.13 16:48

Amy pourtant assez peu impressionnable quel que soit le sous-entendu ou quel que soit la menace, qualité qui devait lui rester bien des années plus tard lorsqu'elle atteindrait les sommets à la cour de France, était restée sur le pont comme tétanisée. Son teint était quant à lui blême, semblable à celui d'une mourante. Sa gorge était serrée, sa bouche sèche, ses mains quant à elles se faisaient moites. Elle avait peur, peur de l'avenir. L'intervention chevaleresque du capitaine Roberval l'avait réconfortée certes et même faite sourire, mais elle ne se sentait pas vraiment rassurée. Déjà peu enchantée à l'idée d'épouser cet homme à des milliers de lieues de sa famille, il avait fallu qu'on lui en dresse ce portrait fort peu flatteur et même effrayant. Ce haut le cœur qu'elle ressentit à cet instant ne fut pas causé par la houle de la mer, mais bien par la seule pensée de se glisser dans les draps de cet inconnu débauché et ivrogne. Si son regard était resté fixé sur la silhouette musclée du marin breton, son esprit était tout ailleurs malheureusement. Elle voyait sans le voir Plymouth, malmené par le col et entendait sans écouter les recommandations ou plutôt les avertissements du capitaine. Et il ne serait pas dit, malgré le présent du tableau, que l'anxiété la quitterait ce soir là, ni les jours suivants. Cela s'annonçait de pis en pis.

" Comment vous remercier de tout ce que vous faites pour moi ? Je vous promets que j'en prendrais grand soin... Ne serait-ce qu'en mémoire de vous. Je..."

Tous deux semblaient avoir perdus leurs mots, elle à cause de l'angoisse qui l'étreignait. Mais lui, pourquoi bredouillait-il ainsi ? Serait-il possible que ... ? Qu'elle lui plaise et peut-être même beaucoup, autant que lui même lui plaisait ? Amy voulut chasser cette idée qui lui paraissait saugrenue, mais durant un instant fugace elle s'imagina dans les bras d'Arthur de Roberval et cette pensée fut très agréable. Oui cette pensée fut telle un baume sur une blessure encore à vif. Et si ? S'ils osaient se toucher, s'enlacer, s'embrasser ? Amy aurait dû avoir le rouge aux joues de penser à ces affaires de chair que l'on concrétisait une fois mariée. Elle aurait dû avoir honte de ses pensées inavouables, mais son regard ne pouvait se détacher de celui du marin, qu'elle cherchait à sonder désormais. Non, elle n'avait pas honte d'avoir envie de lui.

Avait-il lu dans ses pensées ? L'attirance quasi magnétique, qu'elle éprouvait pour lui était-elle donc réciproque ? Voilà qu'il lui caressait avec une douceur sans pareille, la joue. Le contact établi désormais entre eux, même si cela n'avait été qu'un frôlement pouvait-il si vite disparaître ? Amy ne le voulait pas, elle voulait connaître à nouveau cette tendresse quitte à faire une véritable folie, quitte à goûter au courroux de son père s'il l'apprenait, quitte à être déshonorée publiquement aux yeux de tous avant que l'on lui passe cet anneau au doigt ... D'ailleurs, elle n'en voulait décidément plus de cette alliance. A cette minute précise, elle aurait tout donné pour partir au gré du vent et des caprices de la mer, en compagnie du marin. Elle aurait été aventurière et cette vie ne lui aurait pas déplu, elle le savait ! Mais sa raison, toujours sa raison la retenait enchaînée à ce Cresacre. Sa soeur, son père avaient besoin qu'elle convole. L'héritage familial dont elle avait tant manqué lorsqu'elle n'était qu'une enfant serait renfloué, et par conséquent la fortune que cette union lui apportait n'était pas à dédaigner. Les Leeds ne seraient plus que de simples comtes loyaux et assez haut placés à la cour, mais aussi une famille à nouveau riche et digne de paraître devant son roi. Ce n'était plus son avenir mais également l'avenir de sa bien aimée Joan, qu'Amy se devait d'écrire. Ce n'était pas que son ambition qui parlait mais aussi son sens du devoir et son affection pour cette soeur aveugle, qu'elle protégeait contre tous. Elle voulait lui offrir ce qu'elle n'avait jamais eu.

Mais au delà de ses élans de raison, Amy se devait de se taire car elle ne voulait pas effrayer Arthur de Roberval par de telles propositions, il se serait sans doute enfui bien vite. Il est hélas bien connu qu'un marin n'appartient à aucune femme mais seulement à la mer ... Aussi, elle se tut et goûta pleinement au toucher de cette main sur sa peau, plus agréable encore qu'une brise légère aux premières heures du jour.

" Si je le pouvais... Je ne vous conduirais pas jusqu'en Amérique. "

Il ne fallait pas tenter le Diable, mais pourtant Dieu sait qu'il venait de terriblement la tenter par cette simple phrase! Il en fallait de si peu pour que ses résolutions ne soient plus rien. Loin des leçons de morale de son père, elle pouvait à tout moment le prendre au mot et lui demander de virer à bâbord ou à tribord, qu'importe ! Elle aurait refait sa vie n'importe où, loin des Amériques, loin de son fiancé ! Elle allait répliquer ou plutôt encore une fois bredouiller lamentablement quelques mots, mais il ne lui en laissa ni le temps ni l'occasion. Il venait de reculer et sans rien ajouter, il quitta soudain le pont en direction de sa cabine. Amy demeura quelques minutes ainsi, seule. Elle déambula et ses réflexions la faisaient à la fois frissonner de désir mais aussi de timidité exacerbée. Jamais elle n'oserait descendre le retrouver et pourtant l'envie était grande. C'est faisant appel à tout son courage, qu'elle regagna sa propre cabine et ferma la porte à clef pour ne pas se laisser tenter à rouvrir cette porte.

Néanmoins la nuit, les démons sont encore plus vivaces et c'est le front baignant de sueur qu'Amy s'éveilla d'un court mais terrible cauchemar. Son promis la violentait et la forçait à boire sans répit, tandis qu'il faisait rentrer d'autres hommes pour abuser d'elle. Amy ne connaissait encore que peu de choses au sujet de l'amour corporel, voire rien, mais elle en savait ce que sa nourrice lui en avait dit. Et il suffisait de s'imaginer nue sous le poids de son fiancé, fiancé auquel elle avait donné des traits de dément, pour être horrifiée. Elle s'était redressée et restait assise au bord de sa couchette, lorsqu'elle eut un besoin quasi vital d'eau. Elle se dirigea vers sa bassine et s'aspergea le visage et le cou avant de respirer plus calmement. Puis, elle arpenta sa cabine. Elle ne pouvait pas se donner à cet homme, elle ne voulait pas être dégoûtée de l'amour ... Soit ! Elle devait se soumettre aux volontés de son père, mais elle pouvait connaître un amant avant de subir pour toute une vie, son futur mari. Sa première fois devrait être mémorable mais dans le bon sens du terme. Cependant, Arthur de Roberval voudrait-il d'elle ? Allait-il la penser putain pour avoir osé le rejoindre ? Elle devait prendre le risque ...

Remettant la clef dans la serrure, elle la tourna et sortit de sa minuscule chambre. Amy longea alors un petit couloir et son attention se porta un instant sur le ciel menaçant, un éclair venait de l'aveugler. Raison de plus pour profiter de la vie, si cette tempête devait se révéler fatale, elle aurait connu les bras protecteurs d'un homme. Parvenue à la cabine du capitaine, elle hésita tout de même quelques secondes avant de gratter à sa porte. Elle ne portait plus que sa chemise de nuit et son déshabillé qui humectés par l'eau dont elle s'était servie pour mouiller son visage, pouvaient laisser apercevoir certaines de ses formes généreuses. En temps ordinaire, elle se serait cachée, mais pas ce soir ... Elle désirait être audacieuse, peut-être seraient-ils en Amérique dans à peine quelques heures et là l'enfer s'ouvrirait à ses pieds. Cette nuit là devrait être synonyme de paradis et de rien d'autre ! Elle priait, oui elle osait prier, pour qu'il ne la rejette pas. Et la porte s'ouvrit faisant place au capitaine, elle dépassa le seuil à pas de loups, le coeur battant et rentra dans la "tanière" du maître de ce navire.

- Pardonnez-moi de venir si tard ...

Il fallait hasarder un geste qui ne lui laisserait aucun doute sur ses désirs. Parler, lui demander de faire d'elle sa maîtresse d'une nuit, sans doute cela serait trop difficile ...

- Je ne voudrais pas que vous me jugiez mal mais ...

Les yeux d'Amy s'étaient faits suppliants, elle baissa la tête car ce n'était pas une démarche habituelle en effet, mais elle la releva d'un seul et même geste. Puis sans ajouter quoi que ce soit, elle fit glisser à terre son déshabillé de dentelle avant de s'approcher de lui. Tremblante comme jamais, elle entoura son cou de ses bras.

- J'aimerais que vous soyez le premier, j'ai peur ... j'ai peur de l'autre et puis ... je vous désire depuis longtemps.

Jamais Amy ne serait crue capable d'un tel aveu, allait-il la repousser à présent qu'elle était allée aussi loin ? Si jamais c'était le cas, la jeune comtesse se sentait capable d'en mourir sur place. Elle n'avait jamais autant appréhendé la réponse de quelqu'un.

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MessageSujet: Re: Et le loup rencontra une louve qui pour lui se fit brebis ...    Et le loup rencontra une louve qui pour lui se fit brebis ...  Icon_minitime01.05.13 19:08

Cette nuit-là, Arthur de Roberval fut incapable de fermer l’œil. Pourtant, de manière générale, ce n'était pas la promesse d'une tempête à venir car il était désormais certain qu'ils n'allaient pas échapper à l'orage dont les éclairs zébraient déjà le ciel à intervalles réguliers, grondant à des lieues de leur position et se rapprochant petit à petit du navire, qui l'empêchait de dormir. Au contraire, il avait pris l'habitude de somnoler même dans les endroits les plus improbables – au hasard la cale d'un bateau, au milieu des cordages, le nez dans ses cartes alors que le navire tanguait ou le pont lui-même quand il n'était que jeune matelot – pour reprendre des forces avant de se lancer dans les batailles qu'il avait appris à mener contre les pirates, les marins ou contre l'océan lui-même. Non, la seule chose qui pouvait le troubler assez pour que le sommeil lui échappe, c'était ses propres sentiments et la confusion de son esprit. Depuis qu'il avait fait ce demi-aveu à la jeune fille qu'ils conduisaient jusqu'en terre d'Amérique, plus tôt dans la journée, il ne parvenait pas à trouver le repos. Et même la perspective probable de passer la nuit voire une partie de la journée du lendemain à trimer sur le pont pour maintenir le cap face aux vagues déchaînées qui chercheraient à les emporter vers les fonds marins ne parvenait pas à le distraire. Il avait presque hâte de retrouver ce monde connu et dangereux, de quitter les affres du doute pour retrouver des choses certaines et assurées, ce qu'il faisait quotidiennement depuis des années désormais. Il valait mieux pouvoir occuper ses mains et savoir qu'on comptait sur vous pour que les questions que l'on se pose sur soit prennent une importance toute secondaire. Assis sur son lit, dos contre le mur, les paupières obstinément ouvertes tandis que la chandelle vacillait au fur et à mesure de la houle et que la pièce s'éclairait comme en plein jour de manière régulière, il repensait à cette malheureuse phrase qu'il avait dite à Amy. Il aurait voulu pouvoir revenir en arrière pour l'effacer, pour en détruire même le souvenir qui le tourmentait. Il n'était qu'un capitaine, il ne devait pas avoir de sentiments, surtout pour une jeune marquise anglaise sur le point d'être mariée. Il aurait dû se contenter de faire le travail qu'on lui avait commandé et de se montrer rigide comme le fer à son habitude. Et pourtant, pire que de ressentir ce désir, il le lui avait laissé entendre. A vrai dire, cette sorte de proposition n'en était pas une. Contrairement à ce que l'on pouvait croire, Arthur n'était pas un aventurier prêt à défier toutes les lois pour vivre d'amour et d'eau fraîche selon ses coups de cœur, à l'image du capitaine Sforza qu'il serait amené à rencontrer quelques temps plus tard. La seule fois qu'il l'avait fait, c'était pour fuir le monastère dans lequel on l'avait enfermé mais il était jeune et il n'avait tout simplement pas eu le choix. Enlever une femme, vivre en concubinage avec elle ? C'était ridicule. Peut-être l'avait-il pensé à ce moment où on avait dit que le promis était un homme détestable mais il n'aurait jamais dû prononcer ces mots.

Le jeune homme se leva et alla jusqu'à la bassine qui lui servait pour ses ablutions quotidiennes et trempa ses mains pour se rafraîchir ensuite le visage et la nuque dans l'espoir vain que cela lui permettrait d'avoir des pensées plus claires. De sa petite fenêtre, il ne voyait rien sinon d'épais nuages noirs qui paressaient dans le ciel et recouvraient les étoiles. Étrangement ce fut un tout autre visage que celui d'Amy qui s'imposa à lui. Cela faisait maintenant plus de cinq ans qu'il avait perdu Militaw et qu'elle avait rejoint les Anciens comme cela se disait chez les Micmacs. Il n'était pas un sentimental, c'était peu de le dire mais elle avait su le frapper en plein cœur. Ils ne s'étaient rien promis sinon de se laisser leur liberté. Militaw n'était de toute façon pas un oiseau que l'on enfermait dans une cage. Cinq après sa mort et celle de l'enfant qui avait sans doute été le leur, elle continuait à lui manquer. Pas de façon permanente, c'était terminé le temps où il devait se mordre la langue avant d'aller d'ordonner un voyage en Acadie. Depuis, ces terres étaient d'ailleurs repassées à la France. Mais durant toutes ces années, il n'avait plus aimé personne. Il n'avait pas été abstinent évidemment mais ce n'était que des relations d'un soir, au port, avec la certitude qu'il ne reverrait plus jamais le visage de cette femme et que de toute façon, il finirait par l'oublier. Parfois, ils ne parlaient même pas la même langue. Si les sentiments qu'il avait éprouvé pour Militaw seraient à jamais uniques, Amy se démarquait. Il éprouvait un véritable désir pour elle, la beauté de son visage, sa gentillesse, son sourire l'avaient subjugués. Sans être une passion, ce n'était pas l'aventure d'un soir. Ce ne devait être rien du tout à la réflexion, elle allait se marier, elle était encore jeune et innocente, ils avaient réussi à construire une amitié, ce n'était pas pour la gâcher. Il espérait de tout cœur qu'il ne venait pas de perdre l'estime de la jeune fille. Un miaulement interrompit le cours de ses pensées. Le chat blanc adopté par l'équipage venait de sauter sur l'encadrement de la fenêtre il avait posé ses paumes et essayait d'attirer son attention. Distraitement, Arthur lui accorda quelques caresses en songeant qu'il lui fallait peut-être essayer de dormir quelques dizaines de minutes.

Un grattement se fit attendre à la porte. Un instant, le capitaine pensa avoir rêvé mais il se répéta et Lys sauta à terre pour aller miauler devant la porte close. Qui venait le déranger ? S'il ne se hasarda pas à des hypothèses, il n'aurait pas parié sur le fait de voir Amy lui rendre visite à une heure aussi tardive et demeura même incapable de dire quoi que ce soit quand elle profita de l'ouverture de la porte pour se glisser dans la pièce, porte qu'il referma derrière elle. C'était elle ! Venait-elle lui dire qu'elle était choquée des libertés qu'il avait prises à son égard ? Mais il n'y pensa bientôt plus, fixant son regard bleu, sa moue à la fois mutine et gênée, ce déshabillé qui ne dissimulait pas grand chose de son corps parfait aux courbes généreuses. Il n'avait qu'une envie, déposer ses lèvres sur les siennes, laisser courir ses mains sur cette peau si blanche et si douce. Mais il n'était pas l'un de ces loups à l'image du promis, il ne voulait en aucun cas l'être.
- Pardonnez-moi de venir si tard... Je ne voudrais pas que vous me jugiez mal mais...
Les mots mirent un certain temps avant d'arriver jusqu'à la conscience d'Arthur qui fronça les sourcils, sans comprendre. Comment pouvait-elle se montrer si charmante, si embarrassée dans son audace même ? Il allait dire un mot, faire un geste plus hardi mais il ne voulait en aucun cas l'effrayer comme si le rêve qu'il était en train de vivre allait lui échapper au moindre mouvement déplacé. Et ce fut la brebis, la jeune fille innocente qui fit le premier pas. Laissant tomber à terre son déshabillé, coupant un instant le souffle d'Arthur, elle s'approcha doucement et entoura le cou du capitaine de ses bras.
- J'aimerais que vous soyez le premier, j'ai peur... J'ai peur de l'autre et puis... Je vous désire depuis longtemps.
Tout ceci lui coûtait visiblement mais elle n'avait plus l'intention de reculer. C'était trop tard. Roberval eut vaguement l'idée qu'il pouvait profiter d'elle, de la peur qu'elle ressentait devant ses épousailles et que ce n'était pas bien moral mais il n'était pas un gentilhomme après tout. Et il lui fallait assouvir son désir. Avec un rugissement, il plaqua ses lèvres sur les siennes, l'embrassa avec ferveur, savourant chaque instant de ce baiser tout en passant les bras dans le dos nu de la jeune fille, seulement caressé par quelques mèches blondes pour la serrer contre lui. Quittant un instant sa bouche, il déposa ses lèvres plus tendrement sur son cou pour ses épaules tout en murmurant :
- N'ayez plus peur, n'ayez jamais peur...
Puis il la repoussa contre le mur, l'aida à ôter sa propre chemise sans perdre un instant du regard le visage rond si désirable et désormais illuminé par un sourire avant de se remettre à l'embrasser. Il en avait tellement rêvé et maintenant tout devenait si réel ! Sous ses doigts, c'était bien sa peau à elle qu'il sentait et ses caresses créaient des frissons dans tout le corps de la jeune fille.

Arthur avait pourtant toute notion du temps et ne savait pas combien de minutes avaient défilé depuis l'entrée d'Amy dans sa cabine mais cela importait peu car il lui semblait qu'ils avaient toute l'éternité devant eux pour apprendre à s'aimer. Il allait passer à des choses plus sérieuses quand des grands coups furent donnés sur la porte – coups qui n'avaient plus rien à voir avec la délicatesse de ceux d'Amy.
- Capitaine ! Capitaine ! S'éleva la voix de Bequel, la tempête vient de nous tomber dessus, vous devez venir !
Arthur qui était en train d'embrasser Amy s'interrompit, le souffle court, et ferma les yeux quelques secondes. Comme il ne répondait pas, Bequel réitéra ses appels jusqu'à ce que Roberval finisse par dire qu'il arrivait. Tout lui paraissait s'être suspendu à cet instant, tout était figé et même Amy le fixait droit dans les yeux sans dire un mot. Seuls les éclairs et les grondements du tonnerre qu'il n'avait pas entendu jusque-là le ramena à la réalité alors que le navire était secoué de plus en plus violemment.
- C'était un beau rêve..., murmura-t-il avant de lui accorder un dernier baiser et de la relâcher.
Il se rhabilla rapidement, retrouvant sa chemise non loin et lui tendit son déshabillé, un peu gêné de la quitter aussi vite. Mais l'urgence de la situation leur apparut pleinement quand des craquements effrayants retentirent à leurs oreilles. Il ne fallait plus traîner.
- Rentrez vite jusqu'à votre cabine et restez-y le temps que va durer la tempête. Ne prenez pas le risque de sortir, je vous en prie, insista Arthur en la regardant droit dans les yeux, je viendrais vous chercher quand tout sera terminé. J'ai promis que je vous conduirais jusqu'en Amérique, je vais le faire.
Au moment de quitter la chambre, alors qu'il avait la main sur la poignée, il se retourna une dernière fois vers elle :
- Je suis désolé.
Puis il monta jusqu'au pont où ses hommes avaient besoin de lui.

***

L'orage dura deux longs jours pendant lesquels Arthur ne quitta un seul instant le pont, régulièrement traversé par de grosses vagues qui emportèrent deux de ses matelots dans les ondes funestes. Au bout du troisième jour, néanmoins, les côtes américaines étaient en vue et il n'était plus qu'une question d'heures avant que l'on parvienne à destination. Le capitaine, épuisé, envoya Bequel prévenir la jeune fille qu'il fallait qu'elle se prépare à quitter définitivement le Téméraire. Il ne voulait pas penser à ce que cela impliquait.

Spoiler:
 
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Amy of Leeds

« s i . v e r s a i l l e s »
Côté Coeur: Mère enfin apaisée et femme comblée mais pour combien de temps encore ?
Côté Lit: Le Soleil s'y couche à ses côtés.
Discours royal:



♠ ADMIRÉE ADMIN ♠
Here comes the Royal Mistress

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Titre : Favorite royale, comtesse of Leeds et duchesse de Guyenne
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MessageSujet: Re: Et le loup rencontra une louve qui pour lui se fit brebis ...    Et le loup rencontra une louve qui pour lui se fit brebis ...  Icon_minitime09.10.13 16:07

Quiconque connaitrait Amy of Leeds des années après cette traversée, n'aurait pu l'imaginer hésitante, tremblante, fébrile.  Des années plus tard, elle serait cette femme tenant sa position de favorite d'une main ferme, écartant les inopportunes de son chemin et ayant entamé un bras de fer féroce avec la pire d'entre elles : Athénaïs de Montespan. Elle serait celle qui se tairait sur la disparition d'un de ses enfants à son amant, elle serait cette femme amère rejetant sa meilleure amie et qui emploierait à son service des personnes douteuses, comme bras armés. D'ailleurs, souvent, il arrivait à la duchesse de Guyenne de songer à ces temps là où l'insouciance était maîtresse de sa vie et plus particulièrement à cette soirée là précisément ... Jamais elle n'oublierait le regard du capitaine de Roberval, un regard à la fois doux et passionné.  Jamais elle ne chasserait de sa mémoire, leurs étreintes fugaces certes mais ô combien merveilleuses. N'entendez pas par là, que le roi n'était pas un merveilleux amant, mais toujours autour d'eux existaient Versailles, la cour et le protocole. Tandis qu'au cours de cette tempête, il n'y avait eu qu'Arthur et elle.

Il n'y avait eu que ce baiser fougueux et presque sauvage qui lui avait coupé net la respiration.  Il n'y avait eu que les mains du marin parcourant son dos jusqu'à sa chute de reins.  Ce soir là, ils auraient pu faire ne faire qu'un.  Elle ne l'avait pas enlacé, non elle s'était quasiment accrochée à son cou comme une noyée à la perche qu'on lui aurait tendu. Répondant à la passion du capitaine, elle s'était même enhardie à saisir une poignée de ses cheveux pour l'obliger à venir jusqu'à son cou et ses épaules dénudées. La tête renversée en arrière, elle voulait goûter pleinement à ses baisers. Elle voulait être dévorée de caresses de sa part. Quelques soupirs timides s'échappaient déjà de ses lèvres.  

" N'ayez plus peur, n'ayez jamais peur... "

Elle ne ressentait plus aucune crainte en effet. Enfin dans ses bras virils, tout autre sentiment que le désir et l'affection sincère qu'elle lui portait l'avait quittée. Poussée contre la porte en bois, elle ne répondit rien, elle acquiesça simplement. Ses doigts se faufilèrent sous la chemise du capitaine et parcoururent le torse musclé du marin, avant de presser son dos pour l'amener d'autant plus contre elle. Il l'aida à se débarrasser du vêtement. Tous deux quasiment nus, il ne se passerait que très peu de temps avant qu'ils ne soient tous deux allongés sur ce lit à leur côté, enfin devenus amants. Amants d'une nuit sans doute mais qu'importe ! Hélas, le destin ou plutôt un marin qu'elle maudissait encore aujourd'hui, en décida autrement.

" Capitaine ! Capitaine ! "

Contrariée de cet appel soudain et en particulier des coups que Bequel assenait à cette malheureuse porte contre laquelle elle se trouvait, Amy grogna avant de sceller à nouveau ses lèvres à celles d'Arthur.

- Ne répondez pas, je vous en supplie ...

Mais il était dit qu'on ne les laisserait pas en paix. L'autre persista et tambourina à n'en plus finir jusqu'à ce que le capitaine finisse par lui faire savoir, qu'il montait sur le pont. Déçue comme rarement, frustrée et encore un peu haletante sous ce désir qu'elle ressentait encore, Amy s'efforçait de ne pas se montrer capricieuse. Le devoir appelait le marin, mais malgré tout, ses yeux plantés dans les siens ne purent que transmettre son désappointement.

" C'était un beau rêve..."

Un dernier baiser beaucoup moins fougueux pour ne pas se laisser tenter à nouveau fut échangé et il lui tendit son déshabillé.  A cet instant, elle se sentit si proche du tonnerre qui faisait rage au dehors, qu'elle aurait pu crier à en couvrir l'écho. Elle ne serait donc pas à Arthur et sa première fois appartiendrait à ce misérable alcoolique qu'elle allait devoir épouser !

" Rentrez vite jusqu'à votre cabine et restez-y le temps que va durer la tempête. Ne prenez pas le risque de sortir, je vous en prie, je viendrais vous chercher quand tout sera terminé. J'ai promis que je vous conduirais jusqu'en Amérique, je vais le faire."

Elle hocha la tête, que pouvait-elle faire d'autre que d'obéir ? Mais le fait qu'il veuille absolument la conduire aux Amériques pour honorer une stupide promesse la vexa presque. Ils auraient pu se perdre sur les océans, elle aurait été l'une des femmes d'un corsaire et était prête à le devenir ! Pourtant, imaginer son père déshonoré, ses grands parents trop heureux de l'avoir déshéritée un temps à cause de sa mère, la retint de le supplier de n'en rien faire.  Elle avait failli céder à ses pulsions, mais ne devait pas faillir concernant cela. Son sang, sa fierté lui ordonnaient de ne pas s'enfuir et de ne pas amener la honte sur son nom.

" Je suis désolé."

Elle lança un ultime regard à Arthur de Roberval, un regard triste.

- Et moi donc ...

Et il sortit pour rejoindre ses hommes. Furieuse encore contre le destin et contre Bequel, elle frappa plusieurs coups de poings contre cette porte qui s'était refermée, puis après avoir remis son déshabillé sur les épaules, elle regagna sa cabine complètement trempée par les flots d'eau de la tempête. Si Amy avait espéré jusqu'au bout qu'avant la fin du voyage, ils pourraient se livrer l'un à l'autre, ses espérances furent une fois de plus déçues. Le mauvais temps dura deux jours et c'est deux jours plus tard exactement, qu'elle dut débarquer. En milieu de matinée, on avait frappé à sa porte.

- Terre à vue mademoiselle ! Le capitaine m'envoie vous prévenir.

C'était le fameux Bequel envers qui elle n'avait plus aucun courroux. Après tout, pouvait-il savoir qu'il avait plus que dérangé ? En outre le navire avait failli sombrer il avait été somme toute, tout naturel pour lui d'en alerter le capitaine afin de prendre des décisions importantes.

- Merci, je vais faire le nécessaire.

Quelques heures plus tard, qu'elle avait passé à rassembler ses toilettes et à faire ses malles, le Téméraire jetait l'ancre et le pont était hissé. Le coeur en berne, elle se tourna vers le capitaine et lui tendit la main. Ses yeux étaient empreints d'émotion, elle n'aurait jamais pensé s'attacher à quelqu'un de cette façon. Le fait d'être sur un navire les avait certes rapprochés tout naturellement, mais également leur caractère et leur attirance l'un pour l'autre. Il lui manquerait plus qu'elle ne l'aurait cru !

- Je vous remercie d'avoir pris soin de moi capitaine. Vous êtes vraiment le meilleur marin que je connaisse. Je souhaite vous revoir un jour, sur les mers ou sur terre.  Vous serez le bienvenu chez moi, je dirai à mon époux tout ce que je vous dois et il devrait être aussi enchanté que moi de vous recevoir, dès que bon vous semblera.

Déjà les matelots prenaient ses bagages afin de les descendre à sa suite et les hisser sur un équipage qui patientait sur les berges. Il fallait presser les au revoir, car elle  priait pour que ce ne soit pas des adieux. Elle lui sourit alors pour ne pas montrer davantage sa tristesse, qui aurait pu le mettre  mal à l'aise.

- A bientôt. Que Dieu vous garde.

Se détournant assez brusquement pour ne pas céder à son chagrin, elle fit quelques pas en direction du pont et le descendit à grands pas. C'est elle qui posa la première, un pied sur la terre d'Amérique.  Encore titubante après des semaines de traversée, elle vacilla légèrement. Mais ce malaise ne l'empêcha pas de se retourner une dernière fois pour saluer à l'aide de son mouchoir en dentelle, le Téméraire et en particulier son vaillant capitaine.  Une dernière fois, car oui, elle ne devait plus perdre de vue cette union si arrangeante pour son père, et elle devait rassembler tout son courage pour s'y soumettre. Nul doute que cela l'occuperait assez jusqu'à son arrivée à Philadelphie.

______________________

La duchesse de Fer
" Je vois en toi quelque chose qui offense le vulgaire. L'envie et la calomnie te poursuivront. Alors dans ce désert égoïste qu'est la vie, ne pense plus qu'à toi. "

Le rouge et le noir
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MessageSujet: Re: Et le loup rencontra une louve qui pour lui se fit brebis ...    Et le loup rencontra une louve qui pour lui se fit brebis ...  Icon_minitime11.10.13 18:46

Jamais Arthur de Roberval n'aurait pu penser retrouver la jeune fille qu'il avait conduite jusqu'aux Amériques, des années plus tard, dans les allées du château somptueux du roi de France que ni elle ni lui n'étaient destinés à habiter. A proprement parler, il n'avait pas retrouvé celle qu'il avait connue, elle semblait avoir disparu derrière le masque de la favorite souriante mais froide, aimée du roi mais détestée des ambitieux, la jeune fille timide et hésitante qui avait osé rejoindre un corsaire de mauvaise vie comme lui, qu'elle connaissait à peine, dans sa cabine. Non, elle n'était alors plus cette fiancée tremblante qu'il avait prise dans ses bras comme pour la soustraire au fil de leurs existences qui allait les séparer, qu'il avait désirée avec une passion douloureuse et qu'il avait serrée contre lui pour qu'elle ne puisse plus jamais avoir peur, en s'étourdissant de la douceur de sa peau diaphane sur son torse, de l'odeur de sa chevelure blonde qui tombait en cascade sur ces épaules qu'il avait embrassées en traçant des sillons de chair de poule sur son passage et des frissons qui la secouaient qui n'avaient plus rien à voir avec l'effroi de ce qui l'attendait mais qui traduisaient son plaisir. Lui-même n'était plus ce jeune homme inconscient qui avait sans doute aperçu à cet instant la possibilité de fuir avec elle, de passer hors-la-loi pour faire un pied de nez au destin, dans un court moment où il s'était refusé à penser aux conséquences sur leurs vies d'un tel choix. Et pourtant, en se souvenant de cette traversée, Arthur devait admettre qu'il y avait dans l'Amy du passé un écho de la femme qu'elle allait devenir, déjà une beauté qui ne demandait qu'à s'épanouir et cette force de volonté qui pourrait briser bien des résistances qui s'était traduit dans son aplomb lorsqu'elle s'était défendue face aux marins qui l'avaient interpellée sur le pont ou celui avec lequel elle s'était présentée à lui cette nuit-là et avait ôté sa chemise avant de l'embrasser en une danse enivrante. Comme si certains étaient taillés dans une étoffe exceptionnelle et qu'il ne leur manquait qu'une circonstance favorable pour donner leur pleine mesure. Que restait-il en revanche de cette Amy du passé derrière cette femme qui régnait sur la cour de Versailles, qui avait accumulé les titres et les faveurs et que l'on qualifiait bien souvent d'orgueilleuse ? Arthur n'aurait su le dire avec certitude, il avait bien conscience qu'elle avait considérablement changé et s'il l'appréciait de toute l'affection de celui qui avait désiré la dévorer de caresses, il la respectait trop pour songer à l'aimer, mais il savait intuitivement qu'il y avait bien quelque chose qui n'avait pas été modifiée pour elle car il partageait cette caractéristique-là : qu'elle fût sur le pont d'un navire ou dans un salon de Versailles, elle était toujours et tragiquement seule.

Mais en cette année 1660, le capitaine Roberval était bien loin de se douter ce que l'avenir lui réservait et lorsque l'on vit sur un bateau à se livrer à des actes de piraterie, chassé par son propre père, on ne cherche pas à savoir quels desseins impénétrables Dieu avait tracé pour soi. Pris dans une terrible tempête qui semblait comme les poursuivre jusqu'à leur arrivée à vue des côtes américaines, Arthur n'aurait pas donné très cher de sa peau et de temps à autre, à la faveur d'un rugissement de vent, d'immenses vagues traversaient le pont du navire pour frapper de plein fouet mât et matelots, emportant parfois ces derniers dans la mer déchaînée pour les engloutir à jamais. Les ordres qu'il ne cessait de hurler, sa lutte acharnée contre les forces de la nature pour maintenir la barre et les empêcher de briser son Téméraire en mille morceaux, tout cela l'empêchait de songer qu'on l'avait défendu d'emporter le corps si désirable, si frêle d'un côté mais empli et éclatant de vie, d'Amy de Leeds vers sa couche pour l'y aimer autant qu'il l'aurait voulu. Et le jeune homme, au bout du deuxième jour passé dans cette bataille, en voyant les lourds nuages gris enfin se dégager et les reflets miroitants au loin des terres de la Nouvelle-Angleterre, comprit très vite que l'occasion était passée et qu'il allait devoir remettre la jeune femme qu'on lui avait confiée aux mains de son fiancé. Il n'avait pas su la protéger et la grande roue du destin continuait de tourner sans qu'il n'ait su comme la stopper. Peu lui importait les tapes dans l'épaule, les exclamations de ses marins survivants ou même la mine défaite de Plymouth qui avait dû passer de très mauvais jours dans sa propre cabine comme le prouvait son teint verdâtre et qui n'osait pas approcher le capitaine, tout ce qu'il attendait, c'était de voir réapparaître la jeune femme pour guetter il ne savait quoi dans son visage ou son expression qui aurait diminué ses regrets.

Amy attendit que le bateau fut entré dans le port, sous l’œil méfiant et plein de haine des Anglais – la réciproque était vraie –, pour revenir à l'air libre, sa beauté non altérée par les jours qu'elle avait dû passer à s'inquiéter. Roberval, occupé à faire jeter l'ancre, l'observa d'abord de loin, admira sa silhouette puis constata qu'elle n'avait pas porté le regard vers lui mais sur cette terre qui allait désormais être la sienne. Elle était déjà passée à autre chose, et si cela serra le cœur du capitaine, il en fut également soulagé car cela rendait les choses plus faciles pour lui. On descendait déjà la passerelle quand Arthur s'approcha d'elle d'un pas léger mais elle dut sentir sa présence car elle se retourna brusquement et leurs yeux emplis d'émotion se croisèrent. Le jeune homme ne les baissa pas pour s'imprégner une dernière fois du bleu de ce regard, non sans songer qu'il le reverrait sans doute dans les ondes et que cela ferait courir ses pensées vers elle, sauf pour observer sa fine main qui se tendait vers lui et la saisit dans sa propre paume.
- Je vous remercie d'avoir pris soin de moi capitaine. Vous êtes vraiment le meilleur marin que je connaisse.
- C'est un honneur, répliqua-t-il avec un sourire amusé.
- Je souhaite vous revoir un jour, sur les mers ou sur terre. Vous serez le bienvenu chez moi, je dirai à mon époux tout ce que je vous dois et il devrait être aussi enchanté que moi de vous recevoir, dès que bon vous semblera.
Arthur ne répondit pas à ce souhait car il savait fort bien qu'il ne s'enfoncerait jamais dans les terres appartenant à ses ennemis anglais et il n'imaginait guère quelles circonstances pourraient replacer la jeune femme sur son chemin. Pourtant, il n'avait pas le cœur à la contredire et à prononcer les mots d'adieux qu'il aurait dû mais qui les blessaient trop, aussi se contenta-t-il de s'incliner devant lui en portant la main d'Amy à sa bouche pour y déposer un baiser, en une parfaite révérence digne du gentilhomme qu'il avait été dans sa jeunesse et qu'il n'avait guère l'occasion de pratiquer sur les mers. Baisemain chaste aux yeux de leur public affairé, elle était la seule à pouvoir sentir la douceur avec laquelle il avait pris sa main et la tendresse avec laquelle il avait effleuré sa peau de ses lèvres rugueuses. En un instant, il s'était redressé et c'était terminé. Il aurait voulu pouvoir la retenir plus longtemps mais avec un sourire elle lui souffla quelques derniers mots avant de se retirer :
- A bientôt, que Dieu vous garde.
- J'espère vous revoir un jour... Amy, prenez soin de vous et si vous avez le moindre problème, faites appel à moi, je vous en prie, murmura-t-il avant d'ajouter d'une voix plus claire : cette traversée fut un plaisir, j'espère que vous l'avez apprécié et sachez que si vous souhaitez revenir en Europe, je pourrais toujours vous y conduire !
Il avait fait des efforts pour retrouver son masque de sévère capitaine mais son sourire se figea quand elle descendit de la passerelle pour être prise en charge par les gens de son futur époux. Que l'attendait-il sur cette terre d'Amérique ? Plymouth, qui lui avait emboîté le pas, avait-il tort ou raison à propos de son destin malheureux ? Au moment où il adressa un dernier salut à la voiture qui partait, Roberval se rendit compte qu'il ne le saurait probablement jamais.

Mais le destin lui réservait pourtant bien des surprises dont il n'avait pas conscience et ce serait à Versailles, dans le palais du roi soleil qu'il la reverrait, triomphante des épreuves et de ses rivaux. Elle n'avait été alors qu'un passage de son existence, un instant où il avait perdu de vue son rêve absolu de liberté pour s'attacher à une jeune donzelle avec laquelle il n'avait pas grand-chose en commun mais qui lui avait rappelé que la vie comptait des tourments et des plaisirs innombrables et qu'il ne servait à rien de se complaire dans ses souvenirs ou ses malheurs. Mais s'il y avait une chose pour laquelle il était reconnaissant à cette nymphe enchanteresse, c'était de lui avoir montré que même après la disparition de sa belle Indienne, la seule femme qu'il avait aimé, il était encore capable de laisser s'affoler son cœur.


FIN
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