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 Le prince, le corbeau et les pouilleux [Ferdi]

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« s i . v e r s a i l l e s »
Côté Coeur: Il a été brisé, piétiné et maintenant celui qui était à mes côtés est devenu mon ennemi. Quelle cruelle destinée !
Côté Lit: Le lit de mon palais est si confortable et accueillant !
Discours royal:



ADMIN TRAVESTIE
Monsieur fait très Madame

Âge : 27 ans
Titre : Prince de France, Monsieur le frère du Roi, Duc d'Orléans, de Chartres, d'Anjou, seigneur de Montargis
Missives : 9954
Date d'inscription : 03/01/2007


MessageSujet: Le prince, le corbeau et les pouilleux [Ferdi]   27.03.12 0:11


« Qui accepte de se frotter aux renards pouilleux consent déjà à se gratter. »

Il y a des soirs que l'on pense tranquille tellement on a l'habitude de les vivre. Ce soir, c'était fête pour le Prince de France. Invité par la comtesse de Soissons avec ses célèbres réceptions, il était évident que Philippe soit des leurs, il y avait tout ce qu'il aimait : du luxe, du beau monde, des jeux avec de l'argent à perdre (ou gagner), des petits fours et des ragots à profusion. Bref, le gratin de la haute société s'y rassemblait pour s'amuser jusqu'à pas d'heure ! Toujours dans la discrétion, Philippe avait sorti quelques beaux bijoux, tout en rubis, excepté une bague en diamants, offerte par Lorraine il y a quelques années de cela. Cela allait à merveille avec ses habits blancs et corail, histoire de mettre un peu de gaieté dans l'automne qui se refroidissait et l'hiver qui arrivait. Cette soirée était des plus parfaites, l'alcool y coulait à flot et on y riait à gorge déployée, surtout face à aux pires horreurs de chacun et des ragots plus croustillants les uns que les autres. Monsieur n'était pas le dernier à en raconter, il avait une dizaine de personnes autour de lui lorsqu'il raconta cette drôle d'histoire où une comtesse anglaise s'était retrouvée dans les écuries avec un palefrenier, ce dernier était connu pour sa maîtrise du dressage et à l'aide d'un instrument ''intéressant'', comme l'avait si bien dit le Prince. Et même mieux, il lançait un début de débat :

Même avec cela, je ne comprends pas comment peut on coucher avec homme d'écurie ! lâcha t'il, l'air dégoûté.
Ne me dites pas, Monsieur, que cela ne vous est jamais arrivé ! ricana une marquise.
Les miens étaient bien éduqués et prenaient des bains, je ne pioche pas chez les pouilleux, ni dans le petit personne, comme elle et comme vous madame. répondit le Prince avec un sourire mauvais sur les lèvres.

Cette réponse eut pour effet de faire éclater de rire l'entourage, sauf cette marquise qui mit son éventail devant son visage, rougi par la honte, et s'éclipsa de la conversation. Il ne fallait pas s'attaquer au Prince, il aurait presque toujours le dernier mot, du moins saurait toujours comment vous mettre à terre tandis qu'il arriverait à se relever. Il n'était jamais bon de méchamment taquiner le frère du Roi, la marquise en était la preuve vivante. Puis il était l'heure de rentrer pour le Prince, il fallait toujours partir quand la soirée commence à être sur le déclin et entendre les autres supplier de rester. Mais non, Philippe quittait l'hôtel particulier, non sans saluer la maîtresse de maison. Après avoir enfilé son manteau de fourrure, il passa la porte avec André, un de ses mignons qu'il avait emmené en guise d'espèce de chaperon et surtout larbin. Ils montèrent dans le carrosse aux armoiries de son propriétaire, entouré de deux gardes à cheval et tout le petit cortège partit en direction du Palais-Royal, là où Monsieur avait établi ses quartiers pour quelques jours, pour profiter du tumulte de Paris.

Le voyage se passa sans encombre, mis à part un bruit lourd. Puis tout à coup, le carrosse s'arrêta au milieu de la route et un hideux visage fit son apparition à la porte du carrosse. D'instinct, Monsieur cacha quelques bagues dans ses poches sans que les deux hommes qui montèrent dans la voiture ne le remarque. Ils étaient hideux avec leurs barbes hirsutes et surtout quelle odeur immonde !

Sortez de mon carrosse ! hurla Philippe
T'as pas d'ordre à me donner, ma grande ! répondit l'homme en pointant un pistolet sur lui.

Des bandits ! Philippe pouvait paraître (enfin plutôt être) grande folle, il savait se battre, surtout avec une épée. Mais sans arme face à un pistolet et deux gueux dangereux, il ne fallait pas jouer les casse-cous ! Au contraire, le prince était totalement tétanisé, fixant le bout de l'arme, de peur que celle-ci ne lui tire dessus. Pourtant, il gardait toujours son caractère.

Tes bijoux, très chère !
Et mon coup de pied au derrière, vous le voulez aussi ?
cracha Philippe avec toute sa hargne avant d'avoir l'arme contre son front, ce qui le tétanisa et le fit capituler. … D'accord, d'accord, un peu de politesse ne fait jamais de mal …

Il enleva son collier, ses bracelets et les deux bagues qui restaient à son doigt. L'homme secoua les boucles d'oreilles et à contre cœur, il les lui donna aussi, ainsi que sa montre. Puis, sans ménagement, son mignon et lui furent éjectées du carrosse comme des malpropres ! Aussitôt tombé, Philippe se releva et s'épousseta, détestant la poussière et se salir, surtout avec la terre, cela pouvait tâcher ses vêtements. Vous savez combien sa coûte, un manteau de fourrure ?! Il regarda son véhicule s'éloigner avec les bandits dedans et poussa un cri, énervé d'avoir été victime d'une telle infamie. Ces gueux étaient sans foi ni loi et l'autre avait osé le toucher via son pistolet qui avait traîné on ne sait où ! Puis ses yeux se posèrent sur le décor parisien alentours. Il ne reconnaissait … rien ! Jamais il ne faisait vraiment attention aux rues, observant parfois distraitement le paysage urbain mais sans observer en profondeur, pour lui ce n'était qu'une succession de rues plus ou moins larges, voilà tout !

Mais où sommes nous ? lâcha le prince, au bord de la crise de nerfs.
Rue au ours, Monsieur. répondit le mignon qui lisait le nom de la rue avant de se prendre une claque derrière la tête.
Triple idiot ! A quoi me sert le nom d'une rue aussi stupide si je ne sais pas où nous sommes dans la ville ?!!!!!! hurla t'il

Puis les deux hommes s'engagèrent dans une rue, déambulant, ils tournèrent à droite, à gauche, tentant de rechercher un lieu familier, ou une maison aux habitants connus pour demander un abri et de quoi rentrer. Mais rien, plus les rues se succédaient, plus les lieux semblaient malfamés. Les gens dehors étaient de plus en plus étranges, Philippe ne collaient pas au décor avec ses chaussures à talons – bien qu'elles soient toutes crottées à l'heure actuelle – son beau chapeau à plumes et son manteau de fourrure ! Mais au bout de longues minutes, cela semblait peine perdue. Philippe perdit tout espoir et se mit à pleurer de désespoir et se laissa tomber contre le mur, se laissant glisser jusqu'au sol.

Cette ville est un enfeeeeer ! dit-il en gémissant et pleurant sur son sort. Je veux rentrer à la maison ! Je veux mon palaiiiiiiis !
Allons, Monsieur, relevez vous … Cela pourrait être pire.
dit André, le pauvre mignon semblait dépité.

Pire … Hé bien, il pourrait y avoir la pluie qui se mit à tomber sur eux. Le regard de Monsieur se posa sur son mignon, noir de colère mélange à l'angoisse. Tous deux commencèrent à courir, du moins essayer vu que les talons princiers s'enfonçaient dans la boue. André entraîna le prince à se mettre à l'abri dans le premier endroit venu : une taverne. Tout d'abord réticent, Philippe refusa d'entrer mais cela ne pouvait pas être pire que dehors, si ? En fait si. Philippe se retrouva dans un endroit assez sombre, l'air lourd et à la décoration inexistante. Il fut horrifié par la population qui s'y trouvait : partout, il n'y avait que des gueux, des misérables, des borgnes, des gens sales, mal peignés, pas rasés … Il faisait tellement tâche dans ce décor, même si ses cheveux s'étaient plaqués par la pluie et que ses chaussures étaient recouvertes de boue. André l'attira pour l'asseoir à une table dans un coin. La chaise n'était qu'un tabouret de bois et la table n'avait pas l'air de respirer la propreté. En voulant passer légèrement le doigt pour vérifier la poussière, il fut collé. Philippe se frotta les mains comme pour enlever la crasse qui était sur la main. Son regard ne cessait d'aller et venir sur les gens qui peuplaient la taverne et cela l'horrifiait.

Mais où m'avez vous emmené ? demanda Philippe, tremblant de peur. Regardez ils sont … sales, puants et … et pauvres !

Tout d'un coup, un homme s'approcha vers eux. Il avait un physique particulier avec de longs cheveux sombres, l'air presque fou. Cet inconnu fit peur à Monsieur qui eut un cri étouffé et se mit à pleurer, tout en se cachant derrière son mignon qui lui servait de bouclier face à ce pouilleux qui lui faisait peur et osa s'approcher de sa royale personne. Là c'était trop, il pleurait face à l'accumulation de choses.

Faites le partiiiiiiiiir … murmura t'il, apeuré.

Mais les tavernes n'étaient pas remplies que de gens du peuple, elles pouvaient réserver bien des surprises …


______________________

Joyeux Anniversaire mon Prince <3


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Titre : Fou du Roi, seigneur de la Boissière, baron d'Anglerays.
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MessageSujet: Re: Le prince, le corbeau et les pouilleux [Ferdi]   11.04.12 18:48



« Eh ben le Corbeau, tu fais honneur à ta réputation. L’oiseau de mauvais augure est toujours à l’heure, n’est-ce pas ? »
« Cesse donc la parlotte le Chicaneur, et passons aux choses sérieuses. Où en sont nos affaires ? »
« Décidément, tu n’as pas d’humour… »


Non, de fait, le Corbeau n’avait pas beaucoup d’humour. Voire très peu. Voire aucun. En revanche ce n’était pas le cas de Ferdinand, dont au fond c’était le métier d’avoir le sens de l’humour, mais même s’il avait été lui-même à ce moment-là il n’aurait pas trouvé la blague à son goût. Il n’avait rien contre les gens du peuple en eux-mêmes, mais certains pouilleux n’avaient réellement aucun esprit. Ca en devenait désespérant de devoir marchander avec eux… Et surtout terriblement ennuyeux. Malheureusement, il n’avait pas vraiment le choix, et encore moins ce soir-là. Poussant un soupir, Ferdinand se laissa tomber sur une chaise miteuse dans une pièce sombre chez son contact. Enfin, contact… Celui qui aimerait bien l’être, en tout cas. Le Chicaneur était une petite frappe qui avait pour seule et unique qualité d’avoir des oreilles partout et une sacrée gouaille, ce qui était incroyablement pratique pour faire parler le reste de la populace qui grouillait dans les bas-fonds de Paris… Comme Ferdinand ne pouvait être partout à la fois, il usait avec dextérité de ces « auxiliaires » qu’il payait en échange de leurs services. Comme il les payait bien tout en les terrorisant, leur fidélité lui était assurée. Et s’ils le trahissaient et bien… L’un d’eux s’y était essayé un jour, et l’on n’avait jamais retrouvé le corps. Bon d’accord, en réalité il n’avait rien à voir avec sa disparition, mais c’est fou ce que les rumeurs se répandent vite quand on les lance !

« La Voisin continue à traficoter ses trucs louches… Et apparemment y a eu du mouvement du côté du cimetière des Innocents. On a vu des gars encapuchonnés en sortir et fouiller le quartier, ils avaient pas l’air contents hein… »
« Je le sais déjà ça. »
Evidemment qu’il le savait, puisque c’était lui, Colonna et une jeune fille que ces encapuchonnés avaient poursuivis. « Continue. »
« Ah, le p’tit gars dont je vous ai parlé là, il a vu du mouvement du côté de l’hôtel de Bourgogne. Il connaît du monde à l’intérieur et trouve qu’une des couturières est pas comme d’habitude. »


Tiens tiens, enfin une information intéressante. Depuis que Racine lui avait donné l’autorisation d’enquêter sur cette histoire de vers trafiqués, il n’avait pas chômé mais pour l’instant ses recherches s’étaient montrées plutôt infructueuses. Enfin il tenait peut-être quelque chose ! Il allait pouvoir se rendre sur place lui-même pour mener sa petite enquête. Si les choses bougeaient enfin, il n’en serait pas mécontent, ne serait-ce que pour savoir à quel genre de poisson il avait affaire. En silence, il laissa quelques pièces sur la table qui aussitôt disparurent dans les poches du jeune homme crasseux, et le Corbeau sortit en silence de la misérable maisonnette. Etape suivante : la taverne.

Elle n’était qu’à quelques rues de là, cette vieille taverne qui tombait presque en ruines, l’une des moins bonnes de tout Paris probablement, une de celles où l’on trouvait la crème des personnes les moins fréquentables de la ville. C’était bien pour ça qu’il s’y rendait régulièrement : il y avait toujours quelque chose d’intéressant à apprendre, un trafic, un meurtre, un enlèvement parfois quand ils faisaient preuve d’originalité et d’esprit d’initiative. C’était aussi un des établissements les moins chers, donc ceux qui venaient étaient souvent les plus pauvres et les moins fréquentables. En somme, cette taverne près de la rue aux Ours n’était vraiment pas le genre d’endroit où il faisait bon d’aller traîner. Surtout si on n’aimait pas les pouilleux.
Lorsqu’il y arriva, il se dirigea vers l’une des tables où s’étaient déjà installés trois de ses compères d’arnaque, Lebon –qui portait très mal son nom-, Lacruche –qui lui le portait très bien- , et Germinot. Ces trois-là versaient dans le trafic d’opium et surveillaient les allées et venues de la marchandise et des consommateurs avant de faire leur compte-rendu au Corbeau, qui avait la réputation de « s’assurer que personne ne soit grugé dans l’histoire ». La bonne blague. Il récupérait surtout des noms pour les livrer à La Reynie ou remonter jusqu’à la source du trafic, oui. Mais évidemment, personne n’avait assez de jugeote pour s’en rendre compte, et il cachait plutôt bien son jeu, l’animal.
Soudain, leur conversation dut interrompue par Germinot qui désigna la porte d’entrée d’un mouvement de tête avant de cracher par terre.

« Regardez là-bas. On a du beau monde ce soir. »

Par curiosité, Ferdinand leva les yeux vers l’entrée et s’étonna de voir un passant aussi bien habillé dans cet établissement. Deux mêmes. Ils étaient trempés, peut-être qu’ils s’abritaient à cause de la pluie. Pas vraiment l’idée du siècle de venir trouver refuge ici, se dit-il en se balançant sur les pieds arrières de sa chaise. Les deux visiteurs allèrent s’asseoir, et l’un des deux, en manteau de fourrure, enfouit sa tête dans ses mains avant de jeter un regard craintif aux alentours. Mais il connaissait ce vis…
Il dut se retenir à la table pour ne pas basculer et se casser lamentablement la figure devant ces abrutis qui lui servaient de complices et les deux pieds avant de sa chaise claquèrent au sol avec un bruit mat.
Mordious ! Mais QU’EST-CE QUE MONSIEUR FICHE ICI ? avait envie de s’écrier Ferdinand, se retenant juste à temps en songeant qu’annoncer à tout le monde qu’un prince de France était dans le coin était loin d’être une bonne idée. Monsieur le duc d’Orléans, Monsieur le frère de Louis XIV, dans une TAVERNE ? Il ne comprenait pas. Il n’avait pourtant pas bu. Pourtant il y avait autant de vraisemblance à cette vision que s’il avait vu Colonna annoncer qu’il allait chez le médecin. HAUTEMENT invraisemblable, donc. Mais pas impossible, puisque le fait était là.

« Il a peut-être quelque chose d’intéressant sur lui. On va lui dire bonjour ? » siffla Lebon en sortant une dague de sa poche.
« Pas touche au richard, Lebon. Il a l’air d’être de la haute. J’veux pas que mon nom soit associé au tien si ça tourne au vinaigre, les gardes rôdent pas mal dans le coin. » le cloua sur place le Corbeau en faisant volontairement jouer sa voix menaçante.

Comprenant qu’il valait mieux ne pas chercher les ennuis, Lebon grogna quelque chose d’inintelligible et cracha par terre à son tour, avant de se lever suivi par ses acolytes et de quitter la taverne. Ouf, enfin débarrassé d’eux. Au moins, plus personne ne le connaissait maintenant : il allait pouvoir s’occuper du cas Monsieur sans se faire trop remarquer. Enfin, avec Monsieur on se faisait toujours remarquer, mais au moins personne ne le reconnaîtrait, et avec un peu de chance il pourrait garder sa couverture de Corbeau. Il se leva et alla à la rencontre de son prince, qui le vit malheureusement arriver et se tapit derrière celui qu’il reconnaissait maintenant comme André, un des mignons-défouloirs préférés de Monsieur.

Faites le partiiiiiiiiir … gémit le prince en larmes qui n’en menait décidément pas large.

Ferdinand leva les yeux au ciel en voyant le non moins terrifié André se lever pour lui faire face alors qu’il faisait deux têtes de moins que lui et tremblait de tous ses membres. Ferdinand était sûr de pouvoir le faire s’évanouir en une pichenette. Au lieu de quoi, il lui attrapa l’épaule et le força à se rasseoir avec un « Chut ! » autoritaire. André le regarda d’un air à la fois terrifié et horrifié et n’osa piper mot. Pour le récompenser de son silence, Ferdinand lui tapota gentiment la joue –lui arrachant un hoquet de peur et de dégoût- en marmonnant un « brave petit gars » et s’asseyant sur le dernier tabouret à côté de Monsieur. Sitôt qu’il se retrouva face à son prince, ses yeux perdirent leur regard à moitié fou qui était le propre du Corbeau pour retrouver le regard si expressif, mais toujours clair de Ferdinand d’Anglerays, il quitta sa posture raide pour retrouver ses gestes vifs et souples habituels, et surtout il retrouva sa voix normale pour lui parler :

« Monsieur, c’est moi, le baron d’Anglerays ! » lui dit-il à voix basse. « Je sais, je n’en ai clairement pas l’air en ce moment, mais comprenez que je ne puisse pas vraiment retirer cette maudite perruque pour vous le prouver. »

André était si terrifié qu’il claquait maintenant des dents de manière vraiment peu discrète. Exaspéré, Ferdinand roula des yeux et lui intima d’arrêter de geindre sinon il le jetait en pâture aux chiens pleins de puces, de maladies, et surtout affamés qui attendaient dehors. Le stratagème fonctionna à merveille, puisqu’André ouvrit de grands yeux horrifiés avant de les ferma et de ne plus bouger que les lèvres comme s’il marmottait une prière. Ferdinand haussa un sourcil. Bah, tant qu’il était silencieux… Puis il se tourna de nouveau vers Monsieur, reprenant un ton aimable :

« Pardonnez-moi Majesté, mais il vaut mieux ne pas se faire remarquer ici… Mais pardious, que faites-vous avec votre mignon dans une taverne ?! Il y avait quand même plus simple et moins dangereux si vous vouliez échapper à Colbert ! »


Qui a dit que la vie d'espion était simple ?

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Bouffon !

Que d'éternelles et incurables douleurs dans la gaieté d'un bouffon! Quel lugubre métier que le rire!


© belzébuth

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MessageSujet: Re: Le prince, le corbeau et les pouilleux [Ferdi]   29.04.12 15:31

Ah, que l'enfer semblait plus accueillant que ce taudis puants remplis de gens sales et si laids ! Chaque instant depuis que l'imbécile qui l'accompagnait l'avait fait rentrer dans ces lieux, le prince de France les regrettait. Lui ne connaissait pas ce Paris là, sinistre et sans aucun goût. Les seuls gens du peuple qu'il côtoyait était ses domestiques et quand il se rendait avec sa mère lorsqu'elle faisait la charité. Le tout était donc encadré et il n'y avait pas de débordements. Mais ici, dans ce lieu où les gueux sont rois, si quelqu'un venait à lui, voire même le reconnaissait, qu'allait il se passer ? Assis et tout tremblant, le prince ne faisait pas son fier et ne cessait de jeter un coup d’œil dehors, voir si la pluie s'arrêtait pour ressortir aussitôt. Bien sûr, les rues de Paris n'étaient pas mieux, Monsieur ne savait même pas où il se trouvait mais peut être que les rues agresseraient moins son nez qu'ici, où les effluves d'alcool, de tabac froid et de sueur se confondaient, cela était absolument ragoûtant. Il nota tout de même mentalement qu'il prendra un long bain en rentrant et que ses affaires seraient nettoyés deux ou trois fois, surtout cette fourrure à laquelle il tenait, plus rien ne devrait avoir l'odeur de cet affreux lieu.

Puis son regard traîna sur les occupants de cette taverne et personne n'avait l'air d'une bonne âme sympathique pour l'aider. Non pas qu'il irait parler à un gueux, André s'en chargerait, après tout c'était lui qui les avait entré dans cet enfer parisien. Puis, on lui avait si souvent répété qu'il fallait se méfier de la petite population, bien plus fourbes que les hautes sphères car n'ayant rien à perdre. Il s'était fait voler son carrosse et ses bijoux, c'était déjà trop pour ce soir. Cette soirée est un enfer et le prince ne semblait pas être le seul à le penser, il entendit son mignon marmonner des choses incompréhensibles et lui donna un coup sur la cuisse avant de se mettre à parler tout bas.

Vous m'avez emmené dans ce vivier à vérole et à morpions, vous avez intérêt à vous montrer digne car si l'un d'eux s'approchent, ce sera votre faute ! Et s'il m'arrive quoi que ce soit, vous en serez le seul responsable !

Le ton était un mélange de peur et de colère, les traits princiers démontraient bien ces deux émotions au travers des sourcils froncés mais aussi de cette lueur d'effroi dans le regard. Pourtant, il n'oubliait pas de menacer ni de se montrer odieux avec son petit personnel. Ce fut à ce moment là qu'un homme mince mais grand, l'air menaçant et vêtu tout de noir vint se planter devant eux. Mon dieu, un pouilleux venait jusqu'à lui ! Horreur ! Malheur ! Si le mignon était chargé de jouer le rôle de garde du corps, l'horrible personnage eut bien raison de ce pauvre garçon hoquetant sur son siège, tandis que l'homme vint s'asseoir non loin du prince qui eut un réflexe de recule face à cet affreux personnage avec son regard complètement fou. Monsieur dans une taverne, cela était tellement improbable ; Monsieur face à un gueux, cela l'était davantage ; mais ce qui allait arriver dépassait toute la probabilité du monde …

« Monsieur, c’est moi, le baron d’Anglerays ! Je sais, je n’en ai clairement pas l’air en ce moment, mais comprenez que je ne puisse pas vraiment retirer cette maudite perruque pour vous le prouver. »

Alors là ! Jamais, ô grand jamais il n'aurait pu ne serait-ce qu'imaginer ce qu'il venait d'entendre ! Abasourdi, Monsieur cligna plusieurs fois des yeux puis plissa les yeux pour mieux observer son interlocuteur fort laid ! Si on enlevait cette moustache et barbe, ces cheveux informes … D'un coup, les yeux du prince s'ouvrirent tout grands et il dut se retenir pour ne pas laisser échapper un cri de surprise et garder un ton bas.

Ba … Baron ? Mais que … ?

Il ne pouvait pas finir sa phrase, trop surpris et en même temps soulagé qu'il ne s'agisse pas d'un gueux malfamé comme la plupart des autres qui se trouvaient en ces lieux ! Derrière le prince, le mignon était toujours aussi terrifié mais la menace de d'Anglerays déguisé eut l'effet de cesser cet insupportable claquage de dents. Monsieur se retourna vers celui qui lui servait entre autre de larbin pour le regarder un instant, avec un regard menaçant avant de retourner à sa conversation.

« Pardonnez-moi Majesté, mais il vaut mieux ne pas se faire remarquer ici… Mais pardious, que faites-vous avec votre mignon dans une taverne ?! Il y avait quand même plus simple et moins dangereux si vous vouliez échapper à Colbert ! »

Il réussit à tirer un petit sourire, bien bref, sur le visage princier avant que Philippe ne soupire à fendre l'âme, essuyant une larme qui perlait toujours au coin de son œil.

Oh mon cher baron, si cela était cet abruti de comptable, vous savez que je me serais fait un plaisir de l'envoyer paître, voir dans la forêt de Saint-Cloud si j'y suis ! Et si je l'acable de tous les maux du monde, je dois bien admettre qu'il n'y est pour rien cette fois … il se tut un instant avant de reprendre, des larmes dans la voix. A moins qu'il soit assez fou pour engager des pouilleux sans le sou pour … pour …

Et il fondit en larmes et tomba dans les bras du Fou, s'appuyant sur lui pour épancher sa tristesse et de continuer :

On m'a volé mon carroooooooosse ! Et mes bijouuuuuux ! Les vils manants m'ont tout pris et m'ont jeté comme un malpropre dans Paris !

Monsieur venait de connaître sa première expérience de la mauvaise vie parisienne et ne s'en remettait pas. Pauvre prince, il n'est pas évident d'être confronté à la réalité quand on vivait dans des petites prisons dorées au milieu de personnes de sa condition, loin de tout cela et de ces gens. D'ailleurs, rouvrant les yeux pleins de larmes, il se rendit compte que même s'il s'agissait de Ferdinand d'Anglerays, ce dernier était vêtu assez salement et cela eu pour effet sur Monsieur qu'il se redresse et essuya une joue pleins de larmes, mais tenta de chasser la possible saleté sur son visage. Oui, on pouvait être mort de peur et traumatisé mais toujours faire attention à soi ! Il essaya de reprendre un peu de dignité mais continuait à trembler et à hoqueter de temps en temps.

Je ne sais pas où nous sommes ni même si quelqu'un est à ma recherche … Me promettez vous de rester avec moi ? Je vous en prie, je vous en prie baron, me laissez pas au milieu de ces pouilleux sans éducation !

Il lui saisit la main, vraiment suppliant. Il aurait au moins un soutien, car ce n'était pas le mignon, toujours silencieux (sûrement traumatisé), qui allait lui être d'une grande aide ! Au moins, Ferdinand avait l'air comme un poisson dans l'eau dans ce milieu, ce concept échappait totalement au prince de France, mais passons. Mais une question lui brûlait les lèvres, il fallait avouer que c'était compréhensible de la personne d'un homme comme Monsieur, mais ce n'était pas vraiment le moment de la poser, il devrait plus penser à comment avertir sa garde. Mais non :

Mais … et vous, que faites vous ici et … dans cet accoutrement ? Je suis désolé de le dire mais vous êtes bien laid ainsi !

Là encore, on pouvait avoir peur, être dans un endroit qui n'était absolument pas le nôtre et continuer d'avoir l’œil sur les tenues d'autrui !

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MessageSujet: Re: Le prince, le corbeau et les pouilleux [Ferdi]   17.05.12 15:09

En près de dix ans de carrière chez les espions de sa Majesté, Ferdinand en avait vu des choses surprenantes et invraisemblables. Entre ses collègues parfois plus excentriques que lui, voire complètement fous pour certains (ceux-là en général ne faisaient pas bien long feu), ceux qui avaient leurs bizarreries ou des raisons complètement absurdes de rejoindre leurs rangs ; entre ces collègues-la d’un cote et les personnages ou situations complètement farfelues qu’il était amené à rencontrer, Ferdinand n’était décidément pas en reste d’aventures étranges. Mais celle-ci, apparemment, devait battre toutes les autres, car c’était bien la première fois de mémoire d’espion qu’on croisait un membre de la famille royale dans une taverne. L’aventure avait déjà quelque chose de surprenant, mais elle devenait proprement ahurissante lorsqu’on connaissait un tant soit peu le caractère de Monsieur, qui était bien la dernière personne au monde que Ferdinand se serait attendu à croiser ici. Croiser Louis XIV dans cet établissement lui aurait paru a la limite moins étonnant.
Ceci dit, vu l’expression de franche surprise qu’il lisait désormais sur le visage pale du Prince, il n’était pas le seul a avoir encore quelques difficultés a… Assimiler cette rencontre. Il est vrai que maintenant qu’il y pensait, Monsieur ne devait pas comprendre grand-chose a sa présence a lui, le fou du roi, déguisé en gueux dans l’une des pires tavernes de Paris. Sur le coup, il n’y avait pas pense, songeant d’abord qu’il valait mieux aller le rassurer… Et maintenant ? Monsieur paraissait en état de choc, mais l’heure des comptes allait bien finir par sonner et il allait devoir trouver une sacrement bonne excuse pour lui expliquer cet accoutrement sans lui révéler la vraie raison de cette mascarade… Heureusement, Monsieur paraissait trop occupe a réfléchir a son sort, revenir de sa surprise, et exprimer son dépit et son soulagement pour prêter attention a ce genre de détail pour le moment.

Oh mon cher baron, si cela était cet abruti de comptable, vous savez que je me serais fait un plaisir de l'envoyer paître, voir dans la forêt de Saint-Cloud si j'y suis ! Et si je l'accable de tous les maux du monde, je dois bien admettre qu'il n'y est pour rien cette fois …

Bon, au moins n’assisterait-on peut-être pas a une exécution en rentrant a Versailles. Ferdinand avait sciemment évoqué Colbert, sachant que ce nom produisait toujours un effet sur Monsieur, quel qu’il soit : colère, fureur, déception, indifférence, mépris, haine pure… Ce soir-la, le baron s’en était servi comme baromètre, ayant remarque qu’il pouvait mesurer l’humeur de Monsieur en fonction de sa réaction, et celle qu’il venait de lui offrir avait tout lieu de l’inquiéter. Comment, a peine un petit « abruti », pas de rictus cynique, et en plus il admettait qu’il n’y était pour rien ? Pour le fou, il ne faisait plus aucun doute que la situation était critique. Il redoubla donc d’attention, encourageant son prince a poursuivre son récit d’un hochement de tête.

A moins qu'il soit assez fou pour engager des pouilleux sans le sou pour … pour …

… Pour ? L’oreille aux aguets, Ferdinand se pencha légèrement en avant pour mieux entendre les paroles du Prince dont la voix se faisait de plus en plus basse, et selon lui dangereusement voilée de larmes. Pleurer dans une taverne n’était jamais quelque chose de bien prudent a faire, et a quiconque lui ferait remarquer qu’il n’a jamais vu personne pleurer dans une taverne, il répliquerait que c’était bien le signe que ce genre d’endroit n’était pas fait pour ca. Mais ce soir-la, Monsieur avait l’air fortement résolu a battre tous les records d’invraisemblance possibles, et l’inimaginable se produisit : Monsieur s’effondra en larmes dans ses bras.

On m'a volé mon carroooooooosse ! Et mes bijouuuuuux ! Les vils manants m'ont tout pris et m'ont jeté comme un malpropre dans Paris !

A cet instant précis, Ferdinand hésita très fortement entre se pincer pour s’assurer qu’il n’était pas juste en train de faire le rêve le plus stupide de sa vie et la réaction qu’en tant que serviteur de sa Majesté il se devait d’avoir, a savoir consoler et protéger le Prince, si bien qu’il resta quelques secondes en état d’immobilité complète, le temps que son cerveau assimile ce qui était de train de se passer. Il était dans une taverne, habille en canaille finie, en mission pour le roi, et il se retrouvait toujours dans une taverne, a consoler Monsieur qui y était arrive comme par magie. Sérieusement, qui avait décidé de lui faire cette mauvaise blague ? Heureusement, Monsieur parut se préoccuper plus de sa tenue de pouilleux que de sa capacité à jouer les bonnes épaules consolatrices et s’écarta promptement.

Je ne sais pas où nous sommes ni même si quelqu'un est à ma recherche … Me promettez vous de rester avec moi ? Je vous en prie, je vous en prie baron, me laissez pas au milieu de ces pouilleux sans éducation !
« Ne vous inquiétez pas Monsieur, tant que je suis la vous n’avez rien a craindre d’eux, je réponds de votre sécurité. Quelque chose me dit que votre royal frère m’en tiendrait rancune si je vous abandonnais seul dans cette jungle hostile. » plaisanta Ferdinand en retrouvant, la surprise enfin passée, son insouciance habituelle.

Il jeta un regard au mignon qui accompagnait Monsieur, et sa conviction que le Prince ne survivrait pas longtemps ici avec juste ce freluquet tremblotant a ses cotes s’en trouva renforcée. Il soupira en se demandant pourquoi Diable le prince était sorti sans escorte, mais n’eut guère le temps de réfléchir à la question que déjà Monsieur en avait une nouvelle pour lui.

Mais … et vous, que faites vous ici et … dans cet accoutrement ? Je suis désolé de le dire mais vous êtes bien laid ainsi !

LA question fatidique à laquelle non, il n’avait toujours pas trouve de réponse toute faite à faire avaler au duc. Et Ferdinand connaissait Monsieur : tant qu’il n’aurait pas répondu, même une ânerie, il ne le lâcherait pas, sauf si une horde de malfrats sales et puants les attaquait en meute. Et comme cet incident n’avait pas l’air de vouloir se produire, il se contenta de rire :

« Tant mieux si je vous apparais si laid, c’était bien le but de ce costume. Pour tout vous dire je cherchais a suivre le comte de Méridor, qui m’a joue un mauvais tour que je cherche a lui faire payer. J’escomptais lui faire une petite frayeur, puisqu’il déteste ces gens autant que vous, mais il semblerait que ce soit vous qui en ayez fait les frais il y a cinq minutes. »

Improvisation complète, mais pas trop bancale. La première idée qui lui était venue avait été de lui dire qu’il venait voir sa maitresse ainsi déguisé pour ne pas se faire agresser dans la rue, mais il doutait sérieusement que Monsieur lui aurait garde son estime en apprenant l’existence de cette pseudo-amante issue du peuple. Se détournant de lui la fois pour rompre la conversation qui risquerait de devenir glissante et pour regarder autour de lui, Ferdinand se mit à réfléchir. Initialement, il était ici pour raisons professionnelles et avait promis à la Reynie de lui ramener quelques informations d’ici le lendemain matin. Mais l’apparition soudaine de Monsieur avait quelque peu compromis ses plans, et il était temps maintenant de s’interroger sur la suite des événements. Emmener Monsieur avec lui dans Paris a la chasse aux infos ? Hors de question, ils se feraient repérer a des kilomètres a la ronde et mettre un prince de sang royal en danger n’était pas vraiment ce qu’on pouvait appeler une idée brillante. Il fallait donc trouver un moyen de ramener Monsieur a Versailles et en sécurité, mais comment faire sans carrosse ? Il avait bien un cheval, mais il imaginait mal Monsieur chevaucher seul de nuit à travers Paris et la campagne, c’eut été suicidaire. La seule alternative restait donc de trouver un moyen d’alerter la garde de Monsieur afin qu’on vienne le récupérer.

« Voyons voir… Pour répondre a votre question de tout a l’heure, nous sommes dans la rue aux Ours, au beau milieu d’un des quartiers les plus vivaces de Paris des que la nuit vient a tomber, pas un endroit vraiment recommandable en somme. Je vous aurais volontiers prêté mon cheval, mais nous sommes au nord-est de Paris et Versailles est au sud-ouest, et il me parait trop risque de vous faire traverser la ville seul, sans compter le chemin restant en sortant de la ville. » réfléchit-il a voix haute.

Il jeta un nouveau coup d’œil au mignon dont il avait décidément oublie le nom et qui semblait prêt a tourner de l’œil d’un instant a l’autre. Envoyer ce guignol a Versailles prévenir la garde ? Même pas en rêve. Il leva les yeux au ciel et l’oublia tout à fait pour ne plus mener la conversation qu’avec le prince qui, bien que terrifie, semblait encore disposer de facultés de raisonnement.

« Nous pouvons toujours partir a la recherche d’un mousquetaire, ils sont plusieurs à résider dans Paris et l’un d’eux pourra partir chercher votre garde pendant que nous resterons a l’abri. Il me semble que Senlis habite dans les parages, s’il n’est pas de sortie lui aussi nous devrions le trouver facilement. Qu’en pensez-vous ? Vous sentez-vous de taille a affronter Paris la nuit pour un petit quart d’heure ? » demanda-t-il avec une lueur amusée dans le regard.

Finalement cette soirée s’annonçait plus sympathique que prévu. Restait a espérer que, si Monsieur acceptait, ils ne fassent pas de mauvaises rencontres en chemin…

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MessageSujet: Re: Le prince, le corbeau et les pouilleux [Ferdi]   17.06.12 16:40

Peu importe ce qui avait mis Ferdinand sur le chemin princier mais Philippe remercierait tous les dieux de la Terre pour cette rencontre, ce soutien dans cette épreuve. Non, on ne comptait pas le pauvre André tremblant comme une feuille sur son tabouret, qui dévisageait chaque personne présente dans la taverne et se retenait de pleurer de voir des visages aussi effrayants les uns que les autres. Et pendant que l'un retenait ses larmes, Monsieur les laissait couler en racontant ses malheurs à ce pauvre Ferdinand qui se devait de consoler le prince d'avoir perdu bijoux et carrosse, et surtout d'avoir été lâché en plein Paris sans avoir aucune idée d'où il se trouvait ! Le prince clamait souvent que, contrairement à son royal frère, il adorait la capitale du royaume de France, ses animations, tout ce bruit de vie qui rythmait le quotidien. C'est qu'il ne mettait jamais un pied dehors sans prendre carrosse pour aller d'une destination à une autre, qu'il ne s'était jamais promené dans les rues de Paris pour côtoyer la population. Pourquoi faire, aurait-il répondu si on lui avait soumis cette proposition. Techniquement, il était le troisième homme du royaume, après son frère et son neveu, un probable héritier de la couronne, même si voir Monsieur monter sur le trône était assez invraisemblable. Tellement que Louis XIV n'avait pas voulu soulever une armée pour mettre son frère sur le trône de Naples, ce qui aurait pu être techniquement possible … Mais là n'était pas la question, Philippe ne voyait du peuple que les serviteurs de ses demeures et quelques silhouettes de ses fenêtres, c'était tout. Pas besoin de s'approcher d'eux, ces gueux devaient être sales, puants et un poil sauvages. Ces préjugés se confirmaient ce soir entre le voleur de ses biens et la population de cette taverne. Heureusement qu'il y avait le Fou, toujours le bon mot pour détendre l'atmosphère.

Ne vous inquiétez pas Monsieur, tant que je suis la vous n’avez rien a craindre d’eux, je réponds de votre sécurité. Quelque chose me dit que votre royal frère m’en tiendrait rancune si je vous abandonnais seul dans cette jungle hostile.

Enfin, Ferdinand eut le droit à un petit sourire. Ce n'était pas encore tout à fait cela mais le prince se sentait un peu plus en sécurité avec son ami. Mais s'il y avait vraiment un danger, le Fou pourrait-il vraiment le protéger ? Il valait mieux penser que oui pour éviter de se faire trop peur et tenter de se calmer. C'est ce que faisait Monsieur en séchant un peu ses larmes et prenant une bonne inspiration, tout en cherchant de quoi l'occuper. Cela était limité vu les lieux mais une chose sauta aux yeux de Philippe : pourquoi Ferdinand était-il là ? Et dans cette tenue ! Et n'ayant pas sa langue dans sa poche, il posa la question sans détour.

Tant mieux si je vous apparais si laid, c’était bien le but de ce costume. Pour tout vous dire je cherchais a suivre le comte de Méridor, qui m’a joué un mauvais tour que je cherche à lui faire payer. J’escomptais lui faire une petite frayeur, puisqu’il déteste ces gens autant que vous, mais il semblerait que ce soit vous qui en ayez fait les frais il y a cinq minutes.
Méridor ? Il est bien dommage que ce ne soit guère pour ce soir. Mais j'espère que vous me raconterez comment s'est passé votre drôle de plaisanterie.
répondit Monsieur, un petit sourire aux lèvres mais les yeux trahissant toujours une appréhension. Quoiqu'il en soit, vous êtes tombé du ciel pour que je vous rencontre … même si vous avez un goût douteux pour votre costume.

Chassez le naturel, il revient au galop. Même au milieu de pouilleux, Philippe avait toujours la critique facile sur les tenues vestimentaires ou quoi que ce soit sur quoi se défouler et mener sa lutte contre le mauvais goût, alors que ce n'était absolument pas le bon moment ! Il fallait trouver une solution pour ramener le prince chez lui.

Voyons voir… Pour répondre a votre question de tout a l’heure, nous sommes dans la rue aux Ours, au beau milieu d’un des quartiers les plus vivaces de Paris des que la nuit vient a tomber, pas un endroit vraiment recommandable en somme. Je vous aurais volontiers prêté mon cheval, mais nous sommes au nord-est de Paris et Versailles est au sud-ouest, et il me parait trop risque de vous faire traverser la ville seul, sans compter le chemin restant en sortant de la ville.
Il est hors de question que je rentre à Versailles ainsi !
s'indigna Monsieur, pensant plus à ce qu'on dirait si on le voyait à cheval un soir. Il n'y a pas que Versailles … Je rentrais chez moi mais Paris est si grand que je ne saurais même pas dire où cela est.

Si, le Palais Royal était à côté du Louvre, voilà tout ce qu'il savait, vu qu'il faisait toujours les mêmes trajets et que le prince ne s'attardait pas à regarder le paysage parisien, entaché par des gueux sans aucun goût et d'une saleté remarquable. Mais attention, ce n'était pas parce que Monsieur faisait la conversation qu'il était rassuré, il ne faisait pas le fier et jouait nerveusement avec les poils de son manteau de fourrure et la dentelle de ses manches, à défaut de jouer avec ses bagues qui ont toutes été volées, à l'exception de celle cachée dans sa poche.

Nous pouvons toujours partir a la recherche d’un mousquetaire, ils sont plusieurs à résider dans Paris et l’un d’eux pourra partir chercher votre garde pendant que nous resterons a l’abri. Il me semble que Senlis habite dans les parages, s’il n’est pas de sortie lui aussi nous devrions le trouver facilement. Qu’en pensez-vous ? Vous sentez-vous de taille a affronter Paris la nuit pour un petit quart d’heure ?

Monsieur le regarda de travers l'espace de quelques secondes mais on pouvait lire dans ses yeux davantage de peur que de colère.

Vous … vous voulez me faire sortir ? Dans Paris ? A cette heure ? Au milieu de … de ces gens ? Mais baron, vous êtes encore plus fou que votre charge ! lâcha le prince, effaré et ne s'imaginant pas remettre les pieds dans ces rues.

Puis il regarda autour de lui. Cette concentration de population infecte le terrorisait, cela ne pouvait être pire dehors … Il soupira en levant les yeux au ciel.

Cela ne pourrait être pire, dehors.
Nous … nous sortons ?
parla enfin André en hoquetant.
Vous n'avez qu'à rester là si cela vous chante.

Le mignon ne bougea pas de son tabouret tandis que Philippe et Ferdinand se levèrent pour affronter le Paris nocturne. Ils n'avaient pas fait dix pas que le mignon courut jusqu'à eux, toujours avec un hoquet de peur qui ne cessait de le coller. Le prince regarda chaque recoin, chaque silhouette et ses grands yeux à moitié démaquillé par les larmes ne cessaient de s'agrandir de terreur. Il ne quittait pas le Fou d'une semelle jusqu'à la demeure du mousquetaire … qui ne semblait pas être là après plusieurs coups donnés à la porte.

Personne, il serait étonnant qu'un mousquetaire reste pantouflard chez lui ! hurla le Prince, toujours indigné d'être dans Paris.

Mais la colère redescendit bien vite. Désespéré, Monsieur s'assit sur les marches et prit la tête dans ses mains.

Cette soirée est un enfer … et même l'enfer doit être plus sympathique. Personne ne me cherche …

Et le revoilà à pleurer. Pauvre Ferdinand, gérer Monsieur en pleine crise était pire que de s'occuper d'enfants !


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MessageSujet: Re: Le prince, le corbeau et les pouilleux [Ferdi]   30.07.12 19:14

Mais que diable était-il venu faire dans cette galère ? Cette jolie réplique pouvait s’appliquer aussi bien à Ferdinand qu’à Monsieur : l’un se retrouvait sans le vouloir à gérer un prince de France en crise, et l’autre qui n’avait jamais quitté ses châteaux se retrouvait perdu dans le Paris le plus pouilleux qu’on puisse trouver. Qui des deux était le plus malchanceux ? C’était bien difficile à dire. Heureusement, Ferdinand était quelqu’un d’adaptable qui avait depuis longtemps renoncé à comprendre certaines facéties du destin. Rencontrer Monsieur et son mignon dans une taverne parisienne ? Bah, pourquoi pas ? Après tout, le Seigneur là-haut avait eu l’idée saugrenu de créer des personnages comme l’abbé de Choisy, alors à partir de là… Tout était possible, tout était réalisable, monsignor. Le tout était de résoudre la situation sans que cela ne parte complètement en aventure rocambolesque improbable et surtout dangereuse qui risquerait de priver la France d’un de ses princes et héritiers. Il était certain que le roi n’apprécierait pas. Il était déjà d’une humeur massacrante ces derniers temps à cause de l’enlèvement de la favorite et la gaffe de Racine à qui il ne l’avait toujours pas pardonné, autant éviter de s’attirer ses foudres en perdant son frère cadet en chemin…

Vous … vous voulez me faire sortir ? Dans Paris ? A cette heure ? Au milieu de … de ces gens ? Mais baron, vous êtes encore plus fou que votre charge ! s’exclama le prince.

Comme s’il venait de recevoir un compliment, Ferdinand lui dédia un sourire rayonnant, avant de lui décocher un regard un poil plus sérieux qu’on pouvait traduire par « comme si t’avais le choix, mon ami… ». Et de fait, Monsieur n’avait guère le choix. C’était ça, ou rester là jusqu’au petit matin ou jusqu’à ce qu’un mousquetaire désoeuvré ne franchisse les portes de l’établissement. Cas peu probable, les mousquetaires se rendaient d’habitude dans de meilleures tavernes que celles-ci… A moins d’être déjà bien ivres, auquel cas il ne leur servirait pas à grand-chose, ce providentiel mousquetaire. Puisqu’ils ne pouvaient compter que sur eux-mêmes, alors hauts les cœurs ! Et visiblement, Monsieur avait eu la bonne idée de suivre le même raisonnement au même moment :

Cela ne pourrait être pire, dehors.
Nous … nous sortons ?
Vous n'avez qu'à rester là si cela vous chante.

Décidément, Ferdinand aimait vraiment l’esprit de répartie de Monsieur ! Faussement compatissant, il tapota l’épaule du pauvre André et suivit Philippe qui était prêt à sortir, une résolution nouvelle dans le regard. A la bonne heure ! Ferdinand précéda donc Monsieur dans la rue, bien plus habitué que lui à circuler dans le dédale que constituait la capitale. Un véritable caméléon qui se serait fondu à merveille dans la foule, s’il n’avait pas été suivi par un type en manteau de fourrure et un mignon tremblotant –pourquoi n’était-il pas resté à la taverne, celui-là ? Au détour d’une rue déserte, il se débarrassa de sa perruque noire et de son manteau de la même couleur, et les dissimula dans un buisson dont il nota mentalement l’emplacement. Il serait toujours temps de revenir les chercher plus tard, ou d’en faire refaire. En attendant, mieux valait éviter que le Corbeau ne soit vu en compagnie d’un prince ou même simplement d’un type d’allure un peu trop noble pour être honnête. Il passa une main dans ses cheveux châtains afin de leur rendre leur aspect en bataille habituel et enleva fausse barbe et fausse moustache pour les enfouir dans sa poche. Ferdinand d’Anglerays était certes habillé en gueux, mais enfin, c’était bien lui ! C’est donc avec cette apparence qu’il entraîna ses deux compagnons à sa suite jusqu’au domicile d’un mousquetaire de sa connaissance, un certain Raymond de Senlis dont Froulay lui avait une fois parlé. S’il était chez lui, il pourrait ramener Monsieur en toute sécurité au palais, ou au moins y aller pour chercher un carrosse. Mais comme rien ne se passe jamais comme prévu dans la vie, lorsqu’ils frappèrent à la porte, ils n’obtinrent aucune réponse…

Personne, il serait étonnant qu'un mousquetaire reste pantouflard chez lui ! s’écria Monsieur furieux alors que Ferdinand se passait une main sur la nuque, désappointé par la tournure que prenaient les évènements. Ce n’était pas prévu au programme ça ! Que faire alors ? Il aurait bien été chercher Elodie de Froulay, mais la Couronne de Blé, ce n’était pas vraiment la porte à côté… Que faire que faire que faire… Et pendant ce temps-là, Monsieur désespérait…

Cette soirée est un enfer … et même l'enfer doit être plus sympathique. Personne ne me cherche …

Le spectacle de Monsieur assis sur le perron d’une maison la tête entre les mains et le visage baigné de larmes avait quelque chose de… Touchant ? Un peu comme voir un enfant perdu qui n’arrive pas à retrouver ses parents. Il en avait presque mal au cœur. Presque, parce qu’il s’agissait quand même s’un supposé adulte…

« Ils ne savent pas que votre carrosse a été attaqué. Mais rassurez-vous, dès qu’on s’apercevra que vous êtes trop long à rentrer, toute la garde sera sur votre piste ! Et dans le pire des cas, dès que le jour sera levé, je vous ramènerai en personne à Versailles, quel que soit le moyen à emprunter… Mais ne désespérez pas, vous êtes en sécurité avec moi ! » s’exclama Ferdinand d’un ton enthousiaste. Puisqu’il ne pouvait pas compter sur André pour remonter le moral de son maître, il allait s’y coller lui-même ! N’était-ce pas son travail, après tout ? « Allons regardez, en levant les yeux vous voyez les étoiles, en regardant à droite vous voyez votre mignon… Bon d’accord, ne regardez pas à droite, c’est un spectacle effrayant, regardez plutôt à gauche, vous me voyez moi ! Ca c’est tout de suite plus réjouissant non ? D’accord, je ne corresponds pas au portrait-type de vos mignons habituels, mais honnêtement, en voyant André en ce moment, je ne comprends absolument pas pourquoi je vaudrais moins que lui… »

D’accord, Ferdinand n’avait AUCUNE envie de faire partie des mignons de Monsieur, mais aux grands maux les grands remèdes hein… L’important, c’était de lui remonter un minimum le moral afin qu’il tienne le coup jusqu’à trouver une solution satisfaisante. Emmener Monsieur au pied-à-terre du Corbeau aurait été trop dangereux ; le prince ne devait pas savoir que Ferdinand était plus qu’un simple fou de cour, et en le voyant sous les traits du Corbeau, il en savait déjà plus qu’il ne devrait… Mais sans le savoir. Et mieux valait qu’il en reste ainsi, car Monsieur devait être la dernière personne au monde à qui il était bon de confier un secret !
Ferdinand s’étira, puis réfléchit un instant en scrutant l’obscurité. Il n’y avait plus grand-chose à faire à part trouver un endroit où passer la nuit en sécurité jusqu’au lever du jour.

« Restez ici Monsieur, je vais voir à l’auberge au coin de la rue s’ils ont de la place pour trois personnes cette nuit… »

Mais hélas, le destin semblait avoir décidé de ne pas les laisser dormir en cette nuit-là. A peine avait-il fait trois pas qu’il s’immobilisa en voyant quatre hommes, en ligne, se diriger vers eux en lui barrant le passage. De simples passants ? Vu leur formation, il en doutait sérieusement. Son visage s’assombrit. Sa main alla se poser sur le pommeau de son épée, et il recula de quelques pas en direction de ses deux pupilles du jour.

« Monsieur… Si vous savez manier l’épée aussi bien que les moqueries, je pense qu’il est temps de le montrer… Ca m’étonnerait que je puisse compter sur votre André pour me prêter main forte ! »

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MessageSujet: Re: Le prince, le corbeau et les pouilleux [Ferdi]   04.09.12 22:52

Si ça n'aurait tenu qu'à lui, le prince se serait terré dans un coin à pleurer et espérer que personne ne le voit. Ou alors qu'on le hisse sur les toits de Paris pour hurler à la mort sa désolation. Mais vu que Ferdinand ne lui laissait pas le choix, Philippe devait sortir de cette immonde taverne pour les immondes rues de Paris. Immonde pour immonde, il n'était plus à ça près. Tant que les pauvres ne le touchent pas ni ne s'approchent de lui à nouveau ! C'était la seule condition mais son sauveur du soir ne pouvait pas prévoir une possible attaque de gueux sur son altesse princière. En attendant, s'emmitouflant dans son manteau de fourrure, Monsieur décida d'affronter la cage aux fauves, c'est à dire Paris, véritable nid à pouilleux et à fourberies.

Ferdinand connaissait un mousquetaire vivant pas loin qui pourrait aider le prince à rentrer. Mais un mousquetaire pantouflard n'était pas un véritable mousquetaire aux yeux de Philippe qui ne se faisait pas beaucoup d'illusions quant à la présence de l'homme à son domicile. C'était au choix, soit il était à la caserne, en patrouille ou alors dans une taverne, peut être un peu mieux fréquentée que celle dont il venait de sortir. Et ne pas avoir de réponse à la porte ne faisait de confirmer ses dires et le plonger dans la désolation. Et quand Monsieur pleure, il pourrait rivaliser avec les fontaines de Versailles, croyez moi sur paroles. Puis sa voix devenait plus aigu, assez peu supportable sur le long terme. Tout ce qu'il voulait c'était son palais, ce n'était pas bien compliqué ! Surtout que cela ne l'était pas du tout : en effet le Palais Royal ne se trouvait qu'à cinq cents mètres de la rue aux ours, là où se trouvait la taverne malfamée ! Sans le savoir, Monsieur avait son palais à portée de main et ne s'en doutait pas un instant ! Il faut dire qu'il ne faisait jamais attention aux rues, se laissant bercer dans son carrosse pour aller d'un point A à un point B, c'était tout. Le Palais Royal était à côté du Louvre et non loin de la Seine, voilà tout ce qu'il savait pour situer géographiquement sa demeure parisienne ! Mais en attendant, il continuait de pleurer tel un enfant, apeuré par une ville qu'il ne connaissait finalement pas et où il ne retournerait pas avant quelques temps ! Heureusement que d'Anglerays se trouvait avec lui, il avait toujours le mot réconfortant et la bonne humeur à toute épreuve :

Ils ne savent pas que votre carrosse a été attaqué. Mais rassurez-vous, dès qu’on s’apercevra que vous êtes trop long à rentrer, toute la garde sera sur votre piste ! Et dans le pire des cas, dès que le jour sera levé, je vous ramènerai en personne à Versailles, quel que soit le moyen à emprunter… Mais ne désespérez pas, vous êtes en sécurité avec moi !
Vous feriez cela ?
demanda le prince en essuyant une larme.
Allons regardez, en levant les yeux vous voyez les étoiles, en regardant à droite vous voyez votre mignon… Bon d’accord, ne regardez pas à droite, c’est un spectacle effrayant, regardez plutôt à gauche, vous me voyez moi ! Ca c’est tout de suite plus réjouissant non ? D’accord, je ne corresponds pas au portrait-type de vos mignons habituels, mais honnêtement, en voyant André en ce moment, je ne comprends absolument pas pourquoi je vaudrais moins que lui…

Le prince sourit enfin, un petit sourire triste mais en même temps chaleureux, de ceux qu'on a quand on ne se sent pas totalement seul, qu'il y a une bonne étoile qui veille sur nous. Drôle d'étoile quand on sait qu'il s'agit de Ferdinand mais Philippe savait que le Fou ne le laisserait pas tomber.

Je vous rassure, vous valez bien mieux que lui à toute heure. Quant à vous jeune homme, il pointa du doigt le mignon. Je tiens à vous dire que je n'oublierais pas votre couardise. J'aurais préféré me retrouver avec Colbert, il aurait pu assommer ces pauvres avec sa comptabilité.

Autant dire qu'André était dans le collimateur du prince, il ne valait pas que ce dernier préfère être avec Colbert plutôt qu'avec vous, cela sent le roussi ! Pauvre garçon, lui non plus ne connaît pas Paris et avec son petit gabarit, ne pouvait pas faire grand chose. Il était habitué au grand monde, accompagner le Prince pour lui garder son manteau, lui apporter à boire et écouter un peu les histoires du monde, pas pour se battre ou le sauver des voleurs, ça c'était les gardes du corps de Monsieur ! Chacun son rôle, pensait le mignon tout en continuant de trembler, n'étant pas à l'aise ni bien rassuré, redoublant de peur après la menace princière. Enfin, ces trois là, quoi qu'il en soit, n'allaient pas coucher là !

Restez ici Monsieur, je vais voir à l’auberge au coin de la rue s’ils ont de la place pour trois personnes cette nuit…
Attendez, je vous …


Il l'aurait bien accompagné mais le Fou ne fit pas plus de trois pas. AH ! Encore des brigands ! Mais Paris en regorgeait tant que cela, d'ailleurs Monsieur s'exclama :

Grand Dieu ! Mais cette ville fait un élevage de voleurs, ce n'est pas possible !

Ils étaient menaçants avec leurs épées pointées vers les trois hommes. Sûrs qu'ils ne venaient pas les saluer ni taper la causette. Sauf que cette fois, le prince en avait assez de se faire prendre pour une truffe. De toute manière, on ne pouvait plus rien lui voler, il ne lui restait de précieux que ce qu'il portait sur lui et la dernière bague bien cachée dans son pourpoint. Ils n'auraient rien de tout cela.

Monsieur… Si vous savez manier l’épée aussi bien que les moqueries, je pense qu’il est temps de le montrer… Ca m’étonnerait que je puisse compter sur votre André pour me prêter main forte !

Il ne fit qu'acquiescer. Manier l'épée il savait, Philippe avait un excellent maître d'armes et cela faisait partie de son éducation. Mais l'épée à sa hanche était plus décorative qu'autre chose, il n'y avait qu'à voir la poignée sculptée finement. Et jamais il ne s'était battu en dehors de ses cours, ce serait une grande première ! Alors puisqu'il n'avait pas le choix, Monsieur tira son épée et tenta de se battre. Lui y arrivait bien malgré la très mauvaise technique des hommes face à lui. Assurément, ils étaient trop pauvres pour prendre des cours avec un maître d'armes ! L'un d'eux fut assommé par André qui n'ayant pas d'arme, avait trouvé une fine bûche pour frapper dans le dos et la tête de ses adversaires. Sur les quatre, un seul s'était écroulé à terre et les autres s'étaient enfuis sans demander leurs restes. Soudain, sans doute du à la situation, Monsieur eut un rire nerveux, incapable de s'arrêter. A le voir comme ça, on le prendrait presque pour un dément.

Si un jour, quelqu'un m'avait dit que je me battrais contre des voleurs, dans Paris, avec vous baron déguisé en affreux manant, je l'aurais envoyé loin de moi à coups de talons dans le derrière. Cette soirée est le comble de l'absurde !

Mais quand on rit nerveusement, c'est surtout quand le situation nous désespère et donc la rigolade ne dure jamais longtemps. Après ce petit moment d'euphorie, Monsieur se laissa à nouveau tomber sur les marches, tout triste d'un seul coup. Revenu au point de départ.

Je veux rentrer à la maison …

Il eut la voix d'un petit garçon perdu loin de sa maman. Sauf qu'à la place d'une mère, il voulait son palais. Et que Philippe avait tout de même vingt-six ans !


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MessageSujet: Re: Le prince, le corbeau et les pouilleux [Ferdi]   01.10.12 23:58

Décidément, la soirée ne se déroulait vraiment pas comme prévu ! Son épée sortie de son fourreau et pointée vers leurs assaillants, Ferdinand commençait sérieusement à se demander ce qu’il avait bien pu faire pour offenser Dieu pour qu’il lui colle autant d’ennuis dans les pattes. Surtout à un moment où il était supposé servir un de ses grands serviteurs sur Terre, en la personne de son pauvre roi qui ne devait pas se douter un seul instant de ce qu’il se passait à Paris ni même de la disparition de son frère ! Et peut-être valait-il mieux qu’il en reste ainsi. Louis avait sûrement assez de soucis à l’esprit pour en plus apprendre que son frère fricotait avec les gueux, perdu dans Paris avec son mignon et livré à la merci du premier truand qui pointerait le bout de son nez. Diable, c’était un coup à lui donner une attaque ça ! Décidément, non, Ferdinand ne piperait mot de cette histoire à son roi. Certains contes étaient faits pour rester secrets, et celui-là en faisait définitivement partie ! Reculant à pas lents, Ferdinand se retrouva aux côtés de Monsieur qui avait également tiré l’épée, son expression de peur de quelques instants plus tôt ayant laissé la place à une détermination sûrement à mettre sur le compte d’une profonde lassitude. Bah, tant qu’il tenait le temps de la bataille, c’était tout ce que Ferdinand lui demandait. Et l’assaut fut donné. Alors que les deux premiers se jetaient sur Ferdinand –plus grand que Monsieur donc plus solide ?- un autre s’élançait sur Monsieur, et le dernier sur ce pauvre André et son manteau de fourrure. Parade, riposte, attaque au corps, parade, retraite, Ferdinand gagnait du terrain sur ses assaillants tout en se retenant désespérément de se retourner pour vérifier si Monsieur allait bien. S’il se retournait, c’en était fini de lui, certainement. Mais d’un autre côté, s’il arrivait quelque chose à Monsieur alors qu’il était sous sa surveillance, il ne se le pardonnerait jamais. Décidant de faire un compromis, un coup de pied dans le plexus lui permit de se débarasser momentanément de son deuxième assaillant, juste à temps pour tourner la tête et voir que son « protégé »… Ma foi ne se débrouillait pas mal du tout ! Rassuré, il fit de nouveau volte-face juste à temps pour parer une attaque et se fendre pour toucher son adversaire à l’épaule, lui arrachant un cri. Et d’un ! Un « BONG ! » attira son attention et il vit qu’André s’était débarrassé du sien… Efficacement. Il remontait légèrement dans les sondages. Enfin, la dernière chose qu’il vit fut Monsieur esquiver une attaque et répliquer d’une adroite botte qui blessa son adversaire au bras qui tenait l’épée. Comprenant que l’issue devenait de plus en plus incertaine, les trois malfrats encore debout choisirent l’option la plus raisonnable : la retraite. Il s’enfuirent sans demander leur reste, à la grande satisfaction du Fou qui rengaina son épée avec un large sourire aux lèvres.

« Voilà ce que j’appelle une affaire rondement menée ! Toutes mes félicitations Monsieur, vous êtes l’un des plus habiles bretteurs qu’il m’ait été donné de voir à la cour de votre roi de frère… » commenta-t-il en toute sincérité. Et avec tous les duellistes que, malgré les interdits des décrets, ses moqueries continuaient d’attirer, il en avait vu passer un certain nombre. Mais il se garda bien de signaler ce détail à Philippe d’Orléans et s’apprêtait à ajouter quelque chose quand un rire, nerveux, inquiétant venant de la part de son propriétaire, s’éleva dans les airs. Etonné, il se retourna pour voir Monsieur rire d’un rire qui sonnait aussi faux que la perruque de Colbert et échangea même un regard perplexe avec André.

Si un jour, quelqu'un m'avait dit que je me battrais contre des voleurs, dans Paris, avec vous baron déguisé en affreux manant, je l'aurais envoyé loin de moi à coups de talons dans le derrière. Cette soirée est le comble de l'absurde !

Ferdinand rit à son tour, bien que tout à fait normalement pour sa part.

« Là je ne peux que vous donner raison, Monsieur. Et encore, je vous trouve trop aimable avec cette hypothétique personne. Pour ma part je l’aurais traité d’imbécile sans cervelle n’ayant guère plus d’imagination qu’un Colbert devant ses comptes avant de lui donner ce fameux coup de pied. Ou un coup sur la tête avec les dossiers de notre surintendant des finances bien aimé. »

Une boutade sans grand intérêt pour un Ferdinand dont les neurones s’étaient surtout remis à fonctionner pour trouver une issue de secours à toute cette infernale affaire. Le plus ironique étant que, comme Monsieur, il n’avait pas compris que le Palais Royal se trouvait à peine quelques centaines de mètres plus loin. Pour quelqu’un supposé connaître Paris comme sa poche, c’était un comble, et il ne devrait pas en tirer une grande fierté par la suite, mais il fallait bien avouer qu’il avait quelques circonstances atténuantes pour excuser le manque de fonctionnalité de son GPS interne. Entre autres être interrompu en pleine mission, s’être éloigné dudit palais et se battre avec une bande d’enragés aux côtés de Monsieur et d’un mignon armé d’une bûche, le tout en protégeant son identité d’espion. Mais quelle soirée, mes amis. Il se passait une main dans les cheveu, un air perplexe peint sur le visage, quand un sanglot se fit entendre.

Je veux rentrer à la maison … lâcha Philippe en se laissant retomber sur une marche, la tête entre les mains. Un spectacle à fendre le cœur, même d’un vieux loup de ville comme Ferdinand. Enfin, le vieux loup de ville avait surtout de plus en plus envie de lever la tête vers le ciel et de poser la question existentielle : POURQUOIIIII ? Mais puisqu’il y en avait déjà qui craquait, le deuxième qui n’en était sûrement pas très loin, il n’allait peut-être pas en rajouter. Pitié, pas lui. Et puis mordious, il s’était institué chaperon de Monsieur, non ? Alors haut les cœurs, et hisse et oh ! Fort d’une détermination nouvelle à sortir tout le monde sain et sauf de ce pétrin, Ferdinand s’agenouilla devant Monsieur et affirma, sûr de lui :

« Allons Monsieur, ne pleurez donc pas ! Foi de d’Anglerays, je vais vous sortir de là. Laissez-moi cinq minutes, cinq brèves, petites minutes, et foi de Gascon, je vous jure que… »

Ce disant, il n’avait pu s’empêcher de se relever et de faire les cent pas, absorbé dans une profonde concentration, et c’est lorsqu’il releva les yeux que la solution apparut. Simple. Miraculeuse. Enfantine. Au sens propre du terme. Parce que le Seigneur avait dû finir par avoir pitié de lui, il venait de lui envoyer le meilleur des émissaires ! Rapidement, il enjoignit à Philippe et André de ne pas bouger, son visage illuminé par la perspective d’avoir enfin trouvé une solution à leur problème, et il s’élança au bout de la rue.

« Héla ! Petit ! Dis-moi, veux-tu gagner quelques sous en allant porter un message chez les mousquetaires ? » demanda-t-il à un gamin haut comme trois pommes, maigre comme un clou, mais aux yeux verts brillants d’intelligence. Un gamin dont il avait déjà plusieurs fois croisé la route et qui, pour une raison qu’il ignorait, le suivait partout discrètement dès qu’il était déguisé en Corbeau. Peut-être parce que le Corbeau s’était occupé d’une bande de gamins qui l’avaient martyrisé et lui avaient volé ses maigres économies. Mais tout de même, s’attacher au Corbeau restait un concept assez incompréhensible. En tous les cas, l’enfant opina du chef, et le prenant par l’épaule, Ferdinand le ramena auprès de leur petit groupe.

« Monsieur, auriez-vous par hasard sur vous un objet qui permettrait à François de Froulay de vous identifier à coup sûr ? Si je lui envoie un gamin sans rien d’autre, j’ai peur que me connaissant il ne croit à la plaisanterie et reste à la caserne… Ne vous inquiétez pas, je connais bien cet enfant, il est fiable. Faites-moi confiance. » ajouta-t-il avec le sourire le plus confiant du monde, de celui qui sait que plus rien ne peut s’opposer à sa volonté. Vainquant la réticence de Monsieur, un mouchoir aux initiales et aux armoiries du prince fut remis au bambin, à qui Ferdinand confia le nom de François de Froulay, et ceci fait, l’enfant détala à la vitesse de l’éclair.
« Froulay doit bien être le seul mousquetaire de ma connaissance qui ne passe pas ses nuits à écumer les tavernes et autres endroits peu recommandés. J’ai bon espoir qu’il vienne à votre rescousse. De plus il doit être inquiet de ne pas vous voir revenir, je vous parie qu’en voyant votre mouchoir il bondira aussitôt sur son cheval et sera ici en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire ! Attention les yeux, la cavalerie arrive ! » s’exclama-t-il joyeusement. Après tout, tout serait bien qui finirait bien !

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Bouffon !

Que d'éternelles et incurables douleurs dans la gaieté d'un bouffon! Quel lugubre métier que le rire!


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Côté Coeur: Il a été brisé, il va falloir le recoller
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MessageSujet: Re: Le prince, le corbeau et les pouilleux [Ferdi]   03.10.12 18:01

Même si je n’étais pas vraiment rassuré à l’idée de laisser le Duc d’Orléans partir sans moi à la tête de son escorte – ne m’avait-il pas assuré que rien ne pouvait lui arriver sur une distance aussi courte et pour une soirée aussi banale et habituelle ? – Je devais avouer que les quelques heures de relative tranquillité dont je profitais à l’instant même me paraissaient délicieuses. J’aurais pus en profiter pour courir à Versailles moi aussi et embrasser Claire, mais je ne l’avais pas fais. L’envie ne me manquait pas, bien au contraire, mais le devoir avant tout, et la tonne de paperasse accumulée sur mon bureau me donnait le tournis d’avance. Au moins pouvais-je mettre à jour mes rapports et la liste d’aspirants à entrer dans la garde de Monseigneur sans y passer les quelques heures que j’aurais dus consacrer à un sommeil réparateur, et dans le silence de l’étage du Palais Royal. Heureusement, ici, je n’étais pas déranger par des bruits plutôt inconvenants, contrairement à Saint-Cloud. Je préférai nettement le Palais Royal, pour de nombreuses raisons. Déjà parce que Paris était une ville que j’aimais énormément et avais appris à connaître dès mon arrivé à la cour lors de mes quelques moments de temps libre, et aussi parce que l’immensité de la demeure citadine de Monseigneur était bien plus propice à un peu d’intimité que Saint-Cloud où l’occupation principale de tout le monde – ou plutôt des mignons – était d’épier tout ce qui se passait. Ici, ils avaient mieux à faire, comme courir les boutiques avec le Prince.

Le froid de l’extérieur m’avais fait fermer la fenêtre, bien que j’étouffais au début de l’après midi avec le feu ronflant à plein volume dans ma cheminé, me forçant à déposer pourpoint et justaucorps, défaisant le premier bouton de ma chemise. La tenue n’était pas vraiment réglementaire, il fallait bien le dire, mais qui s’en souciait ? Pour absorber la montagne d’informations que contenaient ces feuillets il me fallait au moins pouvoir me mettre à mon aise. J’avais commencé par mes rapports de la semaine passée et de celle-ci. Je n’aimais pas être en retard. Heureusement, aucun évènement d’importance, négative ou positive, n’était advenu ces derniers jours, ne me forçant pas à me précipiter à le consigner par écrit. Ce qui fit que ces petites mises à jours des archives de la garde de Monsieur furent rapidement mis à jour, et sans aucune difficulté. Je les rangeai soigneusement avec les autres, par ordre chronologique, dans l’étagère pourvue à cet effet, avant de m’attaquer à la liste des jeunes nobliaux visant à entrer dans la garde du frère du Roi, espérant se faire remarquer à son service, ou peut être voulait tout simplement être proche de lui lors de la guerre qui s’annonçait, pour récolter quelques lauriers. Parfois, je me trouvais un peu jeune pour une telle responsabilité… La lumière du jour déclinant, j’avais fais une petite pause pour allumer les bougies et, croisant mon reflet dans le miroir, j’eus un soupir. J’étais fatigué, cela se voyait. Le teint pâle et des cernes sous les yeux… La simplicité me manquait.

Me remettant à mon bureau, je continuais la paperasse, étudiant chaque demande avec la plus grande attention, les commentant, mettant d’un côté celles qui me paraissaient judicieuses, écartant les inconvenantes, et préparant les favorables pour une rapide présentation au prince. Ce serait toujours ça de fait. Je n’avais absolument aucune notion du temps qui passait, concentré dans ma tâche, aussi quand on frappa fortement à la porte, je sursautais.

-Entrez ! m’exclamai-je, remis de la surprise, continuant à feuilleter les documents.

-Monsieur, pardonnez-moi de vous déranger, un enfant vient d’apporter ceci, à vous remettre immédiatement, nous avons d’abord pensé à une plaisanterie, mais au vu des armoiries, j’ai jugé utile de vous prévenir...

Je fronçais les sourcils, attrapant le bout de tissu blanc que le garde en faction, plus âgé que moi, ce qui conforta mon sentiment de malaise vis-à-vis de ma place, me tendait. En dépliant le carré blanc, qui s’avéra être un mouchoir, j’oubliais toute gêne, fatigue, et tout ce qui pouvait aller avec, un sentiment d’effroi me saisissant. Les armoiries du Duc…

-Où est l’enfant ? demandai-je en me dressant sur mes pieds, renversant à moitié la chaise, froissant le mouchoir dans une main, saisissant mon pourpoint de l’autre avant de l’enfiler à la va-vite.

-Dans la salle des gardes.

-Amenez-le-moi, faites seller les chevaux pour une douzaine d’hommes, je crains le pire.

Fronçant les sourcils, le garde s’exécuta. J’attachais mon baudrier, l’épée au côté, enfila gants, cape et feutre, et m’apprêtais à sortir quand je remarquai le petit, en haillon, le nez couvert de morve, et qui aurait bien eut besoin d’un bain et de vêtements chauds, qui me regardait intensément de ses deux grands yeux. Le garde, lui, n’était pas revenu. M’accroupissant pour être à son niveau, je lui souris :

-Où as-tu eus ce mouchoir ?

-C’est le monsieur qui ressemble à une dame qui l’a donné au Corbeau qui a dit de vous le remettre. Vous êtes François de Fourlès ?

Je souris en l’entendant faire la description du Prince et écorcher mon nom, mais ne jugeais pas utile de le reprendre maintenant, le temps était compté. Mais le Corbeau… ? Avais-ton enlever le prince ? Non, sinon, c’est une demande de rançon qu’on aurait amené avec le mouchoir.

-Dis-moi, ce monsieur qui ressemble à une dame, et le Corbeau, où sont-ils ?

-Oh ! Pas très loin ! s’exclama-t-il en riant, Je vais vous montrer.

Me redressant, nous nous dirigeâmes vers les escaliers, puis dans la cour, où les hommes étaient prêts. Je me mis en selle sur Soraya qui ne semblait pas fâchée de cette sortie inattendue, avant de hisser le petit devant moi. Le groupe se mit en marche. L’enfant nous guida jusqu’à la Rue aux Ours. Effectivement, pas très loin…

-C’est là ! s’exclama le petit en pointant l’établissement du doigt.

Je mis pied à terre, confiant la bride de ma jument à l’un des hommes, intimant au petit de rester là.

-Trois hommes avec moi, ordonnais-je, un rien méfiant.

Et tous les quatre de nous avancer en direction de la taverne. Je poussais la porte, ce qui eut pour effet de calmer un instant l’atmosphère à l’intérieur, mais l’instant fut bref. Tous replongèrent rapidement le nez dans leurs choppes. Le tavernier s’approcha avec moult courbettes à l’intention des uniformes, pour se faire bien voir, mais je l’ignorais royalement, cherchant le Duc du regard. Il ne fut pas très difficile à trouver, dénotant par sa tenue dans cette ambiance bien plus pauvre que son décor habituel.

-Monseigneur, vous allez bien ? m’écriai-je en avançant vers lui, rassuré. Il ne semblait pas blessé

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MessageSujet: Re: Le prince, le corbeau et les pouilleux [Ferdi]   08.10.12 23:58

Pourquoi, mais pourquoi était-il là ? Pourquoi le Bon Dieu s'était acharné sur lui de la sorte ? Tout d'abord cet horrible vol où ce mécréant lui avait pris de magnifiques bijoux de sa collection avant de le jeter comme un malpropre dans les rues des la capitale insalubre, sans même savoir où il était et qui il allait rencontrer ! Et cet idiot d'André l'avait emmené dans une taverne, ces endroits dégoûtants peuplés de pauvres qui l'avaient fixé comme s'il était une bête de foire ! Il faut avoir qu'avec son manteau de fourrure et sa posture princière, Philippe d'Orléans dénotait sérieusement du reste de la population locale. Mais finalement, c'était un mal pour un bien puisqu'au milieu de ses gueux répugnants avait surgi Ferdinand d'Anglerays, le Fou du Roi et un de ses bons amis pour cracher sur le reste de la population versaillaise. C'était un vrai miracle, autant que si un ange était descendu du ciel, là un noble surgissait de la populace.

Mais ce n'était pas parce que le prince avait trouvé quelqu'un à qui se raccrocher qu'il avait moins peur. Le Fou réussissait à lui fournir plus d'adrénaline que le prince ne pourrait supporter en une seule vie. Il l'avait fait sortir dehors, non mais rendez vous compte ! Un prince de France au milieu de ces rues qui sont de véritables coupe-gorges ! Tout ça pour aller voir un mousquetaire résidant dans le coin qui ne prenait même pas la peine de se reposer, sans doute trop occupé à courir les filles pleines de puces et boire de la piquette qui pouvaient servir à laver les sols. Et voilà comment un prince et un baron, accompagné d'un mignon apeuré (il était devenu tellement silencieux qu'on aurait pu croire qu'il avait disparu) s'étaient retrouvés dans les rues à se battre contre des voleurs prêts à tout pour détrousser d'honnêtes gens. Bien qu'élevé différemment que son frère, Philippe dut bien pratiquer les armes mais ne fut jamais amené à mettre cela en pratique sur le terrain. Heureusement que le maître d'armes était bon, Monsieur ne manquerait pas de le féliciter lors de leur prochaine séance.

Seulement voilà, même s'il était montré courageux, Philippe d'Orléans n'était toujours pas chez lui, son cher Palais Royal qui se trouvait si près sans qu'aucun des trois hommes ne le sachent. Et après la peur et l'euphorie voici maintenant l'abattement. Son chez lui, il voulait chez lui, comme un enfant qui avait perdu son doudou ou cherchait sa maman. Pauvre d'Anglerays, il voyait ce que cela faisait d'avoir un prince hypersensible sur le dos. D'ailleurs André lança un regard au baron pour montrer ce qu'il subissait au quotidien.

Allons Monsieur, ne pleurez donc pas ! Foi de d’Anglerays, je vais vous sortir de là. Laissez-moi cinq minutes, cinq brèves, petites minutes, et foi de Gascon, je vous jure que…
Que vous allez me sortir de là, j'espère !
lança le prince, désespéré.

Philippe avait l'impression de toucher le fond du gouffre et se serra davantage dans sa fourrure. Non pas qu'il avait froid, l'air de novembre restait supportable, mais parce qu'il tremblait sur son devenir. Et si des brigands revenaient, plus nombreux ? Et si des loups envahissaient Paris et le dévoraient comme s'il était un faon effarouché ? Cela lui fit ouvrir de grands yeux écarquillés de terreur à imaginer les différentes façons dont il allait finir sa vie tristement dans une rue nommée stupidement rue aux Ours, comme s'il y avait des ours dans Paris ! C'était du grand n'importe quoi, ces parisiens étaient idiots, la plupart d'entre eux n'avaient jamais même du voir un ours ! Après tout, les ours ne vivaient par ici et … Tout d'un coup, on le tira de sa réflexion où il imaginait André contre un ours éméché sorti d'une taverne. Ferdinand d'Anglerays lui parlait, un gamin à ses côtés.

… vous un objet qui permettrait à François de Froulay de vous identifier à coup sûr ?Si je lui envoie un gamin sans rien d’autre, j’ai peur que me connaissant il ne croit à la plaisanterie et reste à la caserne… Ne vous inquiétez pas, je connais bien cet enfant, il est fiable. Faites-moi confiance.
Attendez, je … non, pas la bague de Lorraine, je ne veux pas qu'un gueux miniature la touche …. alors … Ah ! Voici un mouchoir avec mes armoiries, Froulay ne pourra que les reconnaître !


Il remit du bout des doigts le tissu au bambin et le vit partir en courant. S'il avait été plus téméraire, Philippe l'aurait suivi en courant sur ses hauts talons pour retrouver sa maison le plus vite possible, mais il resta prostré sur ses marches, terrifié par ce qui se pourrait se passer en attendant l'arrivée de Froulay et ses hommes. Heureusement que son ami baron était toujours là.

Froulay doit bien être le seul mousquetaire de ma connaissance qui ne passe pas ses nuits à écumer les tavernes et autres endroits peu recommandés. J’ai bon espoir qu’il vienne à votre rescousse. De plus il doit être inquiet de ne pas vous voir revenir, je vous parie qu’en voyant votre mouchoir il bondira aussitôt sur son cheval et sera ici en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire ! Attention les yeux, la cavalerie arrive !
J'espère que vous dites vrai,
répondit Monsieur d'une petite voix. C'est un bon garçon, un soldat de valeur, je ne regrette pas de l'avoir recruté ! C'est le moment pour lui de prouver ce qu'il vaut vraiment.

Mais la pluie revenait. C'était vraiment une bien mauvaise soirée, il fallait en plus que l'eau leur tombe sur la tête, et Philippe détestait cela, il n'aimait pas être mouillé ni que ses beaux cheveux prennent la pluie. Il frisottait après et cela l'insupportait. Pourtant, le seul abri autour d'eux était cette taverne miteuse et impossible pour lui d'y retourner. Après deux minutes à supporter ce calvaire, il se leva d'un bond et fut prit d'un frisson de dégoût.

Cela me tue de le dire mais … nous devons retourner dans cet … endroit sordide, cet abri à pauvres. Allons, baron.

Il eut une démarche déterminée pendant environ … cinq pas avant de se rendre compte qu'il devait retourner dans cette taverne qu'il avait très mal jugée au premier abord. Mais au second, ce ne fut pas mieux, c'était toujours sale, noir et répugnant, il y avait toujours des gueux mais personne ne semblait faire attention à eux. Vite, Philippe, avec André collé à ses chausses, puis Ferdinand, ils se mirent dans un coin de la taverne et attendirent, lâchant quelques paroles par-ci par-là mais rien de bien intéressant, Philippe n'attendait que ses hommes. Tout à coup, quatre hommes firent leur entrée, un semblait leur chef et se tourna vers le prince qui reconnut aussitôt son capitaine des gardes, François de Froulay. A cet instant, dans l'esprit de Philippe, son capitaine était tel un prince venant le délivrer, si chevaleresque et fort alors qu'il s'avançait vers eux.

Monseigneur, vous allez bien ?
Froulay !
s'écria Monsieur.

Puis se levant d'un bond de son tabouret, il avança vers lui, claquant des talons et dans un élan de joie, le prit dans ses bras pour le serrer. Enfin, un morceau de normalité dans ce monde de brutes. Froulay était le chevalier servant venant au secours d'une demoiselle – enfin d'un damoiseau plutôt – en détresse. De joie de se savoir sauver, Philippe se mit même à verser quelques larmes. Image bien étrange pour un endroit si sordide mais une véritable délivrance. Même André fit une petite prière silencieuse de remerciement. Puis Monsieur se reculant, tenant toujours François par les épaules, ému comme s'il lui avait vraiment sauvé la vie.

Froulay, vous êtes mon héros, vous ne pouvez pas imaginer à quel point je suis heureux que vous soyez là ! Si vous saviez les malheurs qui me sont arrivés ! On m'a volé mes bijoux et mon carrosse ! Et c'était reparti pour quelques larmes. Puis on m'a jeté dans Paris comme un malpropre, un misérable avec cet idiot, il montra André du doigt, incapable de retrouver notre chemin et m'a emmené ici. Moi, prince de France au milieu de … de … de ça ! Heureusement, le baron m'a été d'un grand soutien sinon qui sait ce qui me serait arrivé. Peut être dévoré par un ours …

Ah, la rue aux Ours l'avait marqué ! Mais, trop heureux, il serra à nouveau le pauvre Froulay dans ses bras, sûrement gêné par tout cela.

Vous allez me ramener dans mon palais n'est-ce pas ?

Avec ce ton suppliant, il ressemblait à un grand enfant, ses yeux brillaient de tellement d'espoir et un sourire illumina enfin son visage lorsque la réponse fut positive. Il se tourna vers Ferdinand, enfin heureux.

Je vais rentrer dans mon palais ! Mais merci, merci d'avoir été là malgré votre tenue déplorable. Vous êtes un grand homme, pour un baron ! Et un héros.


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Joyeux Anniversaire mon Prince <3


OH YEAH:
 


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MessageSujet: Re: Le prince, le corbeau et les pouilleux [Ferdi]   04.11.12 17:08

Décidément, quelle aventure ils avaient vécu ce soir-là ! Jamais Ferdinand, malgré son imagination débordante, n’aurait imaginé devoir venir au secours d’un prince de France perdu dans une taverne et encore moins devoir se battre à ses côtés contre des brigands. Heureusement ils s’en étaient sortis sans dommage et à la réflexion, l’aventure était pour le moins cocasse, mais ça n’avait pas l’air d’être l’avis de Monsieur qui menaçait de fonder en larmes à nouveau d’une seconde à l’autre. Morbleu, Froulay avait intérêt à se dépêcher s’il ne voulait pas trouver un Philippe d’Orléans en pleine crise de nerfs dans la prochaine heure. Il croisait les doigts pour que le mousquetaire n’ait pas dérogé à ses habitudes de petit garçon sage et se trouve bel et bien à la caserne ou tout autre endroit où le gamin pourrait le trouver facilement. Après tout, Froulay faisait désormais partie de la garde rapprochée de Monsieur, qu’il se montre à la hauteur de la tâche, mordious ! D’ailleurs que faisait Monsieur dans Paris sans son escorte ? Décidément, l’imprudence dont les princes pouvaient faire preuve l’étonnerait toujours. A croire qu’ils avaient envie de se faire agresser dans la rue par une bande de manants en mal de diamants.

J'espère que vous dites vrai. C'est un bon garçon, un soldat de valeur, je ne regrette pas de l'avoir recruté ! C'est le moment pour lui de prouver ce qu'il vaut vraiment. Renchérit Monsieur d’une voix chargé d’espoir. Ferdinand, peu désireux de voir Monsieur rechuter, se contenta d’acquiescer, sans faire remarquer qu’un soldat efficace n’aurait pas laissé son maître s’aventurer tout seul dans Paris, mais passons… Voilà qui pourrait toujours être un sujet de moquerie sympathique pour plus tard. Froulay n’était une cible difficile, et en plus il était un peu susceptible (moins que lui, certes) malgré l’air impassible qu’il s’efforçait de garder lorsqu’ils se croisaient. Tout ce qu’il fallait pour lui plaire, en somme.

Une goutte d’eau tombé du ciel lui fit lever la tête, juste à temps pour voir que la pluie recommençait à tomber dru. Décidément, ils étaient vernis ce soir. S’il avait été tout seul c’aurait été un problème mineur, mais avec Monsieur et son crétin de mignon… C’était une autre paire de manches.

Cela me tue de le dire mais … nous devons retourner dans cet … endroit sordide, cet abri à pauvres. Allons, baron.

Ferdinand leva les yeux au ciel devant tant de coquetterie –car il se doutait bien des raisons qui poussaient Monsieur à retourner vaille que vaille dans la cage aux loups mais obtempéra. Après tout, c’était lui qui le demandait, hein…

« Allons-y Monsieur ! Froulay ne devrait de toute façon pas tarder, s’il ne s’est pas perdu en route. » répondit-il joyeusement en ouvrant la porte de la taverne pour laisser passer le prince. De nouveau, la chaleur moite et étouffante de la taverne, le brouhaha des conversations avinées, les exclamations de voix rauques, les rires gras. Malgré l’heure tardive, le lieu ne désemplissait pas, au contraire. Ferdinand se prit à penser qu’il aurait pu apprendre bien des choses intéressantes ce soir… Mais que le bon Dieu avait jugé utile de lui envoyer Philippe et André dans les pattes. Mais pourquoi ? Décidément, le Ciel et ses volontés resteraient toujours un mystère opaque pour lui. Il se laissa tomber sur une chaise à côté de Monsieur et tapota des doigts sur la table, signe qu’il avait bien hâte que Froulay arrive pour résoudre cet imbroglio magistral. Il fallait qu’il retourne au travail et apprenne quelque chose de nouveau avant le lever du jour, sans quoi, sauvetage ou pas sauvetage, il aurait l’impression d’avoir perdu une nuit de sommeil pour rien. Sentiment qu’il détestait au moins autant que celui de l’ennui. Heureusement, toutes les mauvaises choses ont une fin, ainsi que le baron en était intimement persuadé ; et les évènements ne tardèrent pas à lui donner raison. La porte de la taverne s’ouvrit, laissant place à quelques hommes en uniforme ; un uniforme qu’il aurait reconnu entre mille.

« Ah, regardez Monsieur qui vient d’ar… »
Froulay ! s’exclama Monsieur en bondissant de son tabouret pour se précipiter vers son sauveur du jour et se jeter dessus… Provoquant chez Ferdinand un irrépressible fou rire qu’il ne chercha même pas à dissimuler. La tête que tirait Froulay était impayable !

Froulay, vous êtes mon héros, vous ne pouvez pas imaginer à quel point je suis heureux que vous soyez là ! Si vous saviez les malheurs qui me sont arrivés ! On m'a volé mes bijoux et mon carrosse ! Puis on m'a jeté dans Paris comme un malpropre, un misérable avec cet idiot, incapable de retrouver notre chemin et m'a emmené ici. Moi, prince de France au milieu de … de … de ça !

La longue tirade de Monsieur avait décidément quelque chose de hautement comique, et alors que Ferdinand se disait que Molière saurait certainement en faire une scène intéressante, il repartit pour rire de bon cœur face à cette scène totalement absurde et inconcevable, d’un prince de France enlaçant son preux chevalier dans une taverne mal famée. Oh non, décidément, il ne regrettait finalement pas cette drôle de mésaventure, ne serait-ce que pour cette conclusion tellement drôle et inattendue !

Heureusement, le baron m'a été d'un grand soutien sinon qui sait ce qui me serait arrivé. Peut être dévoré par un ours …
« Ah ça, les ours sont féroces dans les parages m’a-t-on dit, surtout après avoir abusé de la vinasse qu’ils vendent ici. » renchérit Ferdinand avec hilarité. Non décidément, la farce était trop belle. Enfin, il finit par recouvrer son sérieux, bien que ses yeux brillaient toujours d’un franc amusement et qu’un large sourire éclairait son visage.

Monsieur et Froulay échangèrent quelques mots, que Ferdinand ne saisit pas, trop occupé qu’il était à se lever en rajustant son manteau miteux, sentant bien que son rôle ne tarderait pas à lancer sa dernière réplique. Il était temps de laisser la place au preux chevalier venu à la rescousse de son damoiseau, et il serait bien désolé de troubler de si touchantes retrouvailles. Pourtant, Monsieur le retint encore un dernier instant :

Je vais rentrer dans mon palais ! Mais merci, merci d'avoir été là malgré votre tenue déplorable. Vous êtes un grand homme, pour un baron ! Et un héros.

Suspendant son geste, Ferdinand resta interdit un bref instant, avant de dédier un sourire radieux –et comme toujours légèrement teinté de dérision- à son prince et s’inclina profondément devant lui avec tout le zèle dont le meilleur des serviteurs était capables. Voire peut-être un peu trop, mais il fallait bien que l’artiste salue correctement son public avant de quitter la scène, non ? Il se redressa et, mettant la main sur le cœur, répliqua :

« Hé parbleu, je le sais bien ! Mais il est bon de se l’entendre dire de temps à autre, merci votre Altesse. Et puis il faut bien un grand homme pour servir un grand prince. » ajouta-t-il d’un air complice. Après tout, Philippe avait bien prouvé sa vaillance ce soir… « Vous êtes maintenant entre de bonnes mains, je n’ai plus qu’à tirer ma révérence. Majesté, je vous souhaite la bonne nuit. Quand à vous Froulay, je vous souhaite la bonne chance, je vous offre ce guignol en supplément de notre prince. » conclut-il en tapotant gentiment l’épaule de Froulay et en désignant André toujours tremblotant à côté. Chacun son tour de s’amuser, après tout ! Saluant une dernière fois ses trois acolytes, il lança au duc d’Orléans un judicieux conseil : « Et si l’envie vous reprenait de faire un petit tour dans Paris, avisez-en Froulay au préalable, cela nous évitera certainement bien des déboires ! Messieurs, à la revoyure ! »

Et, avec un dernier salut théâtral, il disparut dans la rue. Aussitôt il fila là où il avait laissé perruques et postiches, fut ravi de constater qu’ils étaient toujours là, et les remit en place. Le Corbeau était enfin de retour ! Satisfait, il avisa son reflet dans le verre d’une vitre sale, parut trouver le résultat à son goût, et s’engouffra dans une rue adjacente, s’éloignant du théâtre de cette nuit surréaliste. Le jour commençait doucement à pointer à l’horizon. Quelle nuit, mille diables, quelle nuit…

« Hélà ! Le Corbeau ! Arrête-toi mécréant, qu’on te fasse un peu la peau ! »

Se retournant, Ferdinand avisa quatre hommes armés d’épées et de poignards. Après une rapide évaluation de la situation, et devinant qu’il n’aurait pas l’avantage dans cette étroite ruelle, il prit alors l’option la plus raisonnable : courir ! Et il détala, sous les cris indignés de ses poursuivants qui s’élancèrent à leur tour. Les affaires pouvaient reprendre !

FIN DU TOPIC (au moins pour Ferdi)

______________________

Bouffon !

Que d'éternelles et incurables douleurs dans la gaieté d'un bouffon! Quel lugubre métier que le rire!


© belzébuth

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Côté Coeur: Il a été brisé, il va falloir le recoller
Côté Lit: vide, au désespoir des mignons de Monsieur
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Fuis les honneurs et l'honneur te suivra
Convoite la mort et la vie te sera donnée


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MessageSujet: Re: Le prince, le corbeau et les pouilleux [Ferdi]   14.11.12 5:09

Ce n’était pas vraiment le genre de choses que je m’attendais à faire en devenant mousquetaire du roi, il fallait bien l’avouer. D’une part, passer des mousquetaires à la garde de Monsieur, bien qu’il s’agisse d’une belle promotion, n’était pas à la base prévue dans mon programme et bien que la place fût prestigieuse, quand on voyait ce qu’il fallait faire quand on était au service du Duc d’Orléans, on se serait bien passé de la place. N’allez pas vous méprendre, j’aimais énormément Monseigneur, c’était un homme attachant, je serais d’ailleurs allé me faire tuer pour lui sans la moindre hésitation, mais mon travail auprès de lui ressemblait plus à … de la garde d’enfant capricieux. C’était du moins l’impression que j’avais la plupart du temps. Je comprenais parfaitement qu’en tant que prince de France, il ait été surprotégé, n’ait jamais confronté à la réalité de la vie la plupart du temps, à part la peur qu’il avait put vivre au temps de la Fronde, mais de là à aller se perdre tout près du Palais Royal, il fallait tout de même le faire. Je ne jugeais pas, je ne jugeais jamais mon maître, au contraire, l’inquiétude que j’avais de sa disparition dès que celle-ci m’était arrivée aux oreilles me faisait aller encore plus vite pour le retrouver, mais enfin tout de même ! Un vol de carrosse était vite arrivé, mais en plein Paris, aux armes de la France ? Non mais vraiment, qui avait bien pus oser, et surtout, pourquoi fallait-il que ça tombe sur lui ?

Mais ces questions là n’étaient que subsidiaires, je m’occuperai personnellement des imbéciles qui avaient osés faire une chose pareille une fois le prince de nouveau en sécurité dans son palais, et ils allaient se souvenir d’avoir voulut tourner en ridicule un prince de France. Je n’aimais ni être cruel, ni être dur, mais il fallait bien se rendre à l’évidence, on ne touchait pas aux personnes royales et pour avoir osé le faire, il fallait être puni. Le roi et sa famille étaient sacrées, Dieu l’avait voulu ainsi, comment pouvait-on oser toucher à leurs majestés ? Je ne comprenais pas qu’on puisse même y penser. C’était pire qu’un sacrilège. Et si on ne le retrouvait pas ou qu’il lui était arrivé quoi que ce soit, le roi lui-même ne le pardonnerait pas. Il fallait se rendre à l’évidence. Maintenant, il était d’importance de retrouver le prince et de le ramener chez lui. Et je me jurai que c’était bel et bien la dernière fois qu’il était autorisé à sortir sans une escorte digne de ce nom ! Cela n’aurait d’ailleurs jamais dus avoir lieu, hélas, on ne va pas contre la volonté des puissants, et celui-ci était du genre particulièrement capricieux. Heureusement que certains étaient encore fidèles, comme ce petit bonhomme que j’avais pris en selle avec moi et apparemment le Corbeau, cet homme dont j’avais déjà lu le nom sur quelques rapports, mais que je ne connaissais pas encore. Le mystère allait être levé.

Entrant dans la taverne pour sécuriser les lieux, le silence s’était fait un instant, avant que les conversations ne reprennent, alors que nous cherchions le prince, qui ne tarda pas à se faire connaître de lui-même :

-Froulay !!! s’écria-t-il, avant de me sauter dessus et de… m’enlacer ?

J’ouvris de grands yeux surpris, crispé, levant mes bras pour ne pas toucher le prince, cela ne se faisait pas, enfin ! Et si quelqu’un nous voyait ? Je veux dire, quelqu’un d’important. Ah, justement, le Corbeau… Le Corbeau ? Le baron d’Anglerays ? Ce clown qui amusait le roi à chacune de ses soirées ? Eh bien, on aura tout vu… Mais en attendant, c’était lui qui riait de moi. Lentement, je repoussais le duc

-Monseigneur… Je vous en pris, marmonnai-je, mal à l’aise, en le faisant reculer, sous le regard moqueur du fou du roi. Lui, il ne l’emporterait pas au paradis…

-Froulay, vous êtes mon héros, vous ne pouvez pas imaginer à quel point je suis heureux que vous soyez là ! Si vous saviez les malheurs qui me sont arrivés ! On m'a volé mes bijoux et mon carrosse ! Puis on m'a jeté dans Paris comme un malpropre, un misérable avec cet idiot, incapable de retrouver notre chemin et m'a emmené ici. Moi, prince de France au milieu de … de … de ça !

Je jetais un coup d’œil à l’entour, c’était vrai que d’Angerlays – ça ne pouvait être que lui – n’avait pas choisit la meilleure taverne du quartier, c’était certain, mais enfin, il pouvait y avoir pire. Mais il était temps de le rassurer, plutôt que de critiquer le « corbeau ».

-Je sais, monseigneur, je vais donner des ordres pour qu’on les retrouve et qu’ils soient punis et que… mais le prince me coupa

-Heureusement, le baron m'a été d'un grand soutien sinon qui sait ce qui me serait arrivé. Peut être dévoré par un ours …

-Ah ça, les ours sont féroces dans les parages m’a-t-on dit, surtout après avoir abusé de la vinasse qu’ils vendent ici, ajouta l’autre, hilare.

Je lui décochai une œillade peu amène, inutile de conforter le prince dans ses angoisses, il ne manquerait plus que ça. Si ce soir il me demandait de dormir au pied de son lit pour le protéger – et il en était capable – je me vengerai.

-Un ours à Paris ? Mais non, voyons… Ils sont domestiqués. Monseigneur, un cheval vous attend à l’extérieur, je vais vous ramener au Palais Royal, où vous pourrez vous remettre de vos émotions. Quand aux ordres, je les donnerai dès que vous serez en sécurité.

Cela sembla mettre le prince en joie, car immédiatement, il s’écria à l’intention du baron :

-Je vais rentrer dans mon palais ! Mais merci, merci d'avoir été là malgré votre tenue déplorable. Vous êtes un grand homme, pour un baron ! Et un héros.

Oui, oui, on avait comprit…

-Hé parbleu, je le sais bien ! Mais il est bon de se l’entendre dire de temps à autre, merci votre Altesse. Et puis il faut bien un grand homme pour servir un grand prince. Vous êtes maintenant entre de bonnes mains, je n’ai plus qu’à tirer ma révérence. Majesté, je vous souhaite la bonne nuit. Quand à vous Froulay, je vous souhaite la bonne chance, je vous offre ce guignol en supplément de notre prince. Et si l’envie vous reprenait de faire un petit tour dans Paris, avisez-en Froulay au préalable, cela nous évitera certainement bien des déboires ! Messieurs, à la revoyure !

On ne pouvait pas dire que c’était la modestie qui l’étouffait, celui-là. Je levais les yeux au ciel, avant de marmonner :

-Merci, Baron, je suis votre débiteur.

Et celui-ci n'en demanda pas plus avant de détaler. Je m'effaçais pour laisser le prince sortir en premier, André se leva, lentement mais surement, et nous emboita le pas, presque surement aussi ravi que le prince de quitter cet endroit. Et je devais avouer que je n’en étais pas fâché non plus. Restait à savoir les angoisses qui resteraient au duc après cette journée pour la moins mouvementé.

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ANYTHING COULD HAPPEN  


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MessageSujet: Re: Le prince, le corbeau et les pouilleux [Ferdi]   27.11.12 21:02

Enfin, la délivrance ! Bien qu'il se sentait en partie en sécurité avec le baron d'Anglerays, Philippe avait hâte de voir arriver la cavalerie qui le ramènerait dans son palais chéri. Il n'imaginait pas un instant n'être qu'à cinq-cent mètres de son chez lui bien-aimé, il ne pensait rien à dire vrai, le prince avait juste peur d'être au milieu de la plèbe qu'il ne côtoyait jamais, qu'il voyait lors de grandes cérémonies dans Paris. Et encore, ils étaient assez loin, les gardes permettaient à ce que la populace ne se jette sur lui et le reste de la famille royale. Qui sait, ils seraient peut être capable de les déchiqueter d'un seul coup de croc … Ah non, ils n'avaient plus de dents à ce que Philippe pouvait voir autour de lui, avec toutes ces bouches gâtées et ces sourires édentés. C'était véritablement affreux à regarder et le prince préféra tourner la tête pour regarder Ferdinand. Lui au moins avait une bouche saine, cela changeait grandement.

Il ne tourna à nouveau la tête que pour regarder ceux qui entraient dans la taverne et reconnut de suite sa compagnie de gardes du corps avec Froulay à leur tête. Un miracle, le bon Dieu avait reçu les prières princières qui lui avait demandé de sortir de cet enfer. Si Froulay avait su le trouver, il le ramènerait sans encombre jusqu'au Palais-Royal dont il ne sortirait plus pour les jours à venir ! Alors sans demander son reste, Monsieur courut jusqu'à son capitaine pour le prendre dans ses bras. Certes, ce n'était pas bien conventionnel mais la joie était trop intense pour garder un peu de contenance. Au diable l'étiquette et de toute façon personne ne parlerait de cette histoire, chacun ayant conscience qu'un prince dépouillé dans Paris et caché dans une taverne faisait mauvais genre !
Il était tellement heureux que le prince en disait n'importe quoi à commencer à parler d'ours dévoreur d'hommes.

Ah ça, les ours sont féroces dans les parages m’a-t-on dit, surtout après avoir abusé de la vinasse qu’ils vendent ici !
Quoi ?
Un ours à Paris ? Mais non, voyons… Ils sont domestiqués. Monseigneur, un cheval vous attend à l’extérieur, je vais vous ramener au Palais Royal, où vous pourrez vous remettre de vos émotions. Quand aux ordres, je les donnerai dès que vous serez en sécurité.

François savait employer les mots pour rassurer et le visage princier arborait un sourire plus serein. Enfin, en cet instant, toute bonne parole l'aurait mis en joie. Il allait enfin quitter cet endroit sordide, pleins de gueux et de pauvres qui pourraient le dépouiller. Ou pas, il hurlerait puis savait se défendre. Mais vu leur crasse sur leurs visages, qui ne dit pas que la lame pourrait ne pas fondre ou alors s'enfoncer dans cette saleté sans trouver la moindre parcelle de peau à toucher ? Non, Philippe ne voulait pas y penser, à présent, il était totalement en sécurité, mais remercier une nouvelle fois son héros de la soirée, le baron d'Anglerays, ce cher baron dont rien ne perturbait sa bonhommie.

Hé parbleu, je le sais bien ! Mais il est bon de se l’entendre dire de temps à autre, merci votre Altesse. Et puis il faut bien un grand homme pour servir un grand prince. Vous êtes maintenant entre de bonnes mains, je n’ai plus qu’à tirer ma révérence. Majesté, je vous souhaite la bonne nuit. Quand à vous Froulay, je vous souhaite la bonne chance, je vous offre ce guignol en supplément de notre prince. Et si l’envie vous reprenait de faire un petit tour dans Paris, avisez-en Froulay au préalable, cela nous évitera certainement bien des déboires ! Messieurs, à la revoyure !

Philippe regarda le Fou s'en aller tout guilleret à son habitude. A peine fut-il sorti que Froulay, Monsieur, André et le reste des officiers sortirent de cet endroit hideux. Il était temps, Philippe aurait suffoqué à force de sentir ces odeurs nauséabondes. Et en chemin, il compta son aventure à François.

Je passais une excellente soirée chez la comtesse de Soissons, une femme tout à fait délicieuse mais cela doit être de famille, ils le sont tous, sûrement le sang italien qui fait cela. D'ailleurs elle m'a racontée ….

Évidemment son histoire n'en finissait pas car le prince racontait avec précision toute sa soirée du haut de son cheval. Comme à son habitude, il tirait dans les pattes de tout le monde. Puis enfin il raconta sa mésaventure.

… C'est alors que ce paysan pourri à la moelle est entré dans mon carrosse et m'a dépouillé comme un vulgaire bourgeois, emportant en même temps mon carrosse ! Et ce n'est certainement pas cet imbécile, il désigna André du menton d'un air méprisant, qui aurait faire quoi que ce soit. Vous vous rendez compte, moi, un prince de France, perdu dans Paris à la merci du moindre sauvage pouvant sortir de nulle part pour me faire du mal ! Sait on jamais avec ces gens là, ils sont nés avec un couteau entre les dents, ce sont des vermines. Exagération ? Oh, si peu ! Tout ce que je voulais c'est … Mon palais !!

Au lieu de geindre encore sur son sort, Philippe poussa un cri de joie à la vision du Palais-Royal ! Enfin chez lui, sa maison, son coin de paradis, sa forteresse loin de cette population puante et sans le sou ! A peine passé les grilles qu'il sauta de son cheval, bien trop heureux d'être rentré chez lui. A l'intérieur, tout était calme et pourtant, le prince ne lésina pas sur le bruit pour rameuter une meute de mignons à moitié endormi, les visages défaits.

Vite, un bain, tout de suite ! Je sens … oh je sens cette odeur des bas-fonds c'est insupportable ! Allez, bougez vous un petit peu !

Il était tard mais les appartements du Prince s'agitèrent alors que Froulay se retirait comme il se devait. Mais le prince l'arrêta d'une parole.

Froulay, attendez ! Cette nuit, vous serez posté devant mes appartements. Sans cela je ne pourrais pas dormir. Sait on jamais, il parla plus bas, si on a été suivi.

Pauvre François, obligé de rester devant les appartements du Palais-Royal entièrement sécurisé par des gardes, tandis que le prince, après une toilette dans les règles, put se coucher. Non sans aller vérifier que son capitaines des gardes se trouvaient bien là ! Là seulement il put se coucher serein. Quelle soirée, il ne referait pas ça tous les jours ! Et si possible, il ne ferait plus JAMAIS ça !!

FIN


______________________

Joyeux Anniversaire mon Prince <3


OH YEAH:
 


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MessageSujet: Re: Le prince, le corbeau et les pouilleux [Ferdi]   Aujourd'hui à 15:16

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