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 Pardonnez ma maladresse [Frances&Maryse]

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MessageSujet: Pardonnez ma maladresse [Frances&Maryse]   04.03.12 15:54

&

« Je crains votre silence, et non pas vos injures. »
Jean Racine


Citation :
Monsieur le duc de Calenberg, j’ai l’honneur de vous inviter, vous et votre épouse, la semaine prochaine. Une soirée en petit comité sera l’occasion pour nous de faire plus ample connaissance.
Avec tout mon respect,
Mme la marquise de Sévigné


« Je n’irai pas, un point c’est tout. Maryse tourna le dos à son époux pour lui montrer son mécontentement.

-Maryse, vous m’accompagnerez, et j’utiliserai tous les moyens nécessaires pour vous trainer à cette soirée.

-Et si je me tiens aux colonnes de mon lit ? ne put s’empêcher de rétorquer la princesse. De toute façon, vous ne me persuaderez pas. Allez-y seul, je ne vous suis guère indispensable pour vos soirées.

-Cessez vos enfantillages ! Vous êtes invitée, tout comme moi. Ne pas y aller serait un outrage. La marquise de Sévigné est très influente.

-Je ne l’apprécie guère. Je vous ai déjà expliqué pourquoi je n’aime guère les Précieuses.

-La marquise est bien plus qu’une Précieuse ! Et même si vous ne l’appréciez pas, ce n’est pas là une raison suffisante. Vous savez tout comme moi que l’hypocrisie règne dans toutes les relations publiques. Alors venez, souriez, et faîtes semblant d’apprécier tout ce qu’elle fait. C’est l’affaire de quelques heures.

-Non.

Le lendemain, Matthias et Maryse de Calenberg étaient dans leur carrosse et traversaient la ville pour se rendre chez la marquise de Sévigné. La mine renfrognée, Maryse regardait défiler les pavés de la rue et écoutait le bruit des sabots des chevaux. On aurait pu penser qu’elle avait l’habitude de se rendre chez des personnes qu’elle n’appréciait guère. Certes, elle souriait souvent quand elle avait envie de laisser des grossièretés traverser la barrière de ses lèvres. Seulement, l’invitation de la marquise de Sévigné lui rappelait des souvenirs douloureux. Cette journée où les Précieuses l’avaient fait pleurer s’imposait à elle dans ses pensées. Maryse ne voulait plus voir les femmes de ce cercle. Elle supportait déjà difficilement qu’on parle des Précieuses, alors les voir, imaginez donc ! L’humiliation que la jeune femme avait vécue, quelques années plus tôt, lui était toujours insupportable. Matthias se permit alors un geste dont il avait peu coutume. Il prit la main de son épouse et la serra doucement. Puis il lui chuchota, pour la rassurer : « Tout ira bien. » Maryse leva les yeux vers lui puis sourit tristement. Le devoir avant tout, comme d’habitude. Sa vie était un perpétuel devoir. Matthias n’aurait pas honte d’elle, non, elle savait parfaitement se tenir. Mais elle aurait aimé pouvoir être elle-même, pouvoir rire à gorge déployée en société, pouvoir courir dans les campagnes environnantes et pouvoir monter à cheval tous les jours. Parfois, Maryse était déçue de la vie qu’elle menait en France. A vrai dire, elle avait cru que vivre à Paris la libérerait de ses obligations. Elle croyait pouvoir échapper aux regards scrutateurs de Matthias et pouvoir mener la vie qu’elle désirait de son côté. Elle avait oublié les obligations, les invitations des grandes familles de la capitale, et les devoirs dus à son rang de princesse d’Empire. Mais chacune de ses journées était gâchée par ses devoirs, et elle n’entendait que ce mot à longueur de journée. Il n’y avait que ses devoirs d’espionne qu’elle appréciait, bien qu’ils fussent souvent ennuyeux, du moins lui permettaient-ils d’oublier le temps de quelques heures ses devoirs d’épouse. Toute à ses pensées, Maryse ne put retenir un soupir de dépit. Une soirée passée à lire les pièces de Racine eut été moins pire. Matthias la regarda. Il n’avait pas lâché sa main. Il restait encore du chemin pour que le couple vive en parfaite harmonie. Les efforts de Matthias n’étaient pas minces, mais Maryse avait l’esprit bien trop occupé ces derniers temps pour s’en rendre compte. Un autre homme avait prit la première place dans ses pensées.

Les chevaux ralentirent puis s’arrêtèrent. Le couple était arrivé devant l’hôtel particulier de la marquise de Sévigné. Ils furent accueillis par les serviteurs de la marquise qui les menèrent à l’étage où se tenait la réception. La marquise avait dit n’accueillir que ses amis les plus proches, mais les pièces étaient remplies, si bien que l’on avait du mal à se déplacer. Matthias glissa à l’oreille son épouse : « Voyez, il y a tellement de monde qu’il vous sera aisé de vous éclipser si une personne ne vous plait pas ». Maryse ne put réprimer un sourire, le premier de la soirée. Ils allèrent présenter leurs hommages à l’hôtesse, qui les accueillit avec force compliments et sourires, hypocrites ou non. La soirée s’annonçait longue, très longue. La marquise de Sévigné invita Maryse à participer à l’un de ses fameux salons. La duchesse de Calenberg remercia poliment son hôtesse, alors que dans sa tête, les récriminations fusaient. Puis le couple abandonna la marquise pour se diriger vers des amis de Matthias. Maryse se retrouva entre deux épouses qui parlaient de l’éducation de leurs enfants. La jeune femme sentait leur regard scrutateur qui s’arrêtait sur son ventre.

« Et vous, très chère, quand offrirez-vous le plaisir au duc de Calenberg de devenir père ?

-J’ai bien peur de ne pouvoir contrôler la nature, ma chère amie. J’attends ce jour avec impatience, mais je ne peux le prévoir, malheureusement. Répondit Maryse, un sourire de circonstance aux lèvres.

-J’ai entendu dire que ne manger que des légumes et des aliments issus du lait de vache aidait à provoquer l’heureux événement. Vous devriez essayer.

-Oh merci beaucoup pour le conseil. Je vais essayer ce régime, en espérant que cela marchera. Dit Maryse avant de porter un verre de vin à ses lèvres. Boire pour passer le temps n’était pas une très bonne idée, mais c’était la seule qui venait à l’esprit de la jeune femme.

Alors qu’elle posait son verre vide sur un guéridon, à côté d’un vase de fleurs, quelqu’un bouscula la jeune femme. Elle ne dit rien pour ne pas se faire remarquer, mais cela faisait au moins la troisième fois que quelqu’un la poussait. Pourquoi, se demandait-elle, inviter tant de gens si l’on n’a pas de place chez soi ? D’ailleurs, était-cela ce que la marquise de Sévigné appelait une soirée en petit comité ? Maryse s’était attendue à trouver une dizaine de personnes, et au lieu de cela, il y en avait…la jeune femme n’avait même pas envie de compter. Faire plus ample connaissance ? Cela avait consisté en cinq minutes de conversation futile sur les histoires de la Cour. Il s’avérait, en réalité, que la marquise avait invité le tout Paris. Tous les grands noms étaient présents, grands noms de la France mais, à entendre certaines conversations, certains nobles d’Angleterre étaient également invités. Maryse détestait déjà cette soirée. Se déplacer d’un groupe à l’autre était difficile : il fallait éviter de marcher sur les robes des femmes et les réflexes étaient indispensables pour éviter un bras ou un coude. Décidément, cette soirée n’annonçait rien qui vaille…


Dernière édition par Maryse d'Armentières le 17.07.12 11:09, édité 2 fois
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« s i . v e r s a i l l e s »
Côté Coeur: Certes, mon époux y occupe une place, mais le reste est tout entier dévoué à ma vengeance.
Côté Lit: Personne, hormis mon époux, à l'occasion, en Angleterre. Mais comme je suis en France à présent...
Discours royal:



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MessageSujet: Re: Pardonnez ma maladresse [Frances&Maryse]   17.04.12 1:16

‘Lord Talbot, please allow me to introduce you… Lucy of Longford. She comes from Ireland, but has the most delicate English manners…’

La jeune femme en question exécuta une gracieuse révérence face à Lord Talbot, lâchant quelques secondes le bras de Lord Henry, après que celui-ci l’eut présentée à son ami. Vêtue d’une robe de taffetas à la dernière mode de Londres –une ‘bagatelle’ que Lord Henry lui avait rapporté d’Angleterre—et coiffée à l’anglaise de ces deux chignons retombant en cascades de boucles et de perles sur les côtés de son visage, Lucy of Longford, ou plutôt Frances Cromwell, avait bien conscience de l’effet provoqué sur Lord Talbot. Et tandis qu’elle se relevait, elle croisa brièvement son regard, mais suffisamment longtemps pour y lire le soupçon d’intérêt qu’elle voulait apercevoir.

‘My Lord’ fit-elle simplement par politesse en guise de salutation, sans chercher à séduire. Il fallait se la jouer fine cette fois, car elle n’assistait point à un bal masqué mais à une réception à visage découvert où le tout Paris se retrouvait réuni—ou plutôt confiné—à la demande de la Marquise de Sévigné. D’ailleurs, Frances se demandait encore comment son personnage de petite comtesse irlandaise avait pu être convié à un tel évènement. Mais apparemment, Lord Henry, qui pour l’heure lui tenait toujours le bras, comme si la savoir près de lui en cet instant le remplissait de joie—une joie qui disparaîtrait comme neige au soleil s’il venait à apprendre que l’objet de ses attentions était une Cromwell—avait d’autres pouvoirs que celui d’offrir des robes de taffetas à une petite comtesse désargentée puisqu’il avait joué de ses relations et influences pour obtenir une invitation pour cette même petite comtesse, un carton écrit de la main même de la Marquise de Sévigné. Ah, s’il avait su que de son côté, Frances planifiait de supprimer Lord Talbot—ce Lord Talbot qu’il venait juste de lui présenter—au cours de la réception ! Mais comme toujours, le sourire de Lucy of Longford suffisait amplement à éloigner tout soupçon de sa personne. Une empoisonneuse derrière ce joli minois ? Allons-donc !

‘An Irish lady ? Then I hope I did not meet your husband on the battlefield…’ répondit Lord Talbot avec une pointe d’humour. Un humour douteux il fallait l’avouer, étant donné le context actuel. Mais Frances, ou plutôt Lucy, décida de passer outre. Il fallait bien gagner la confiance de son interlocuteur pour mieux le faire trépasser. Et tuer un homme au milieu de tout ce beau monde relevait de l’art de la discrétion, alors mieux valait endormir sa méfiance en jouant la carte de la pauvre veuve repentie.

‘Alas my Lord, my husband has been dead for more than a year. He died at home, peacefully, and not in the war… Mais le passé est le passé, my Lord, et je suis en France à présent…’

Touché. A l’instant où elle prononça ses dernières paroles dans un français agrémenté d’un petit accent anglais, Frances sut qu’elle venait de faire mouche en éveillant la curiosité de Lord Talbot. Après tout, ‘un homme étonné est à moitié empoisonné’, était un proverbe qu’une empoisonneuse de sa trempe aurait pu inventer. Mais il n’était pas l’heure de s’essayer aux proverbes et déjà, l’esprit calculateur de la jeune femme échafaudait un plan pour glisser la poudre qu’elle avait emportée avec elle—une petite fiole nichée dans son corset, près de son cœur—dans le verre de vin ou de thé, peu importait, de sa cible. L’idée était simple : éloigner Lord Henry, se proposer d’aller chercher un quelconque breuvage pour Lord Talbot, le lui rapporter, lui faire boire et… trouver un prétexte pour se sauver discrètement avant que le poison ne fasse effet. D’après ses calculs, il ne lui faudrait que cinq minutes pour ralentir et arrêter le cœur de sa cible. Cinq petites minutes qu’elle devrait mettre à profit pour filer à l’anglaise—un comble pour son personnage de Lucy—et ainsi éviter d’être accusée. Mais pour que son plan soit parfait, il fallait bien sûr un témoin qui assurerait avoir vu Lucy of Longford se sentir mal et quitter la réception avant le meurtre de Talbot.

Toute entière perdue dans ses pensées, Frances s’était laissée guidée dans un coin de l’un des salons, toujours au bras de Lord Henry. La conversation entre les trois anglais s’était poursuivie en français, suivant l’exemple donné par la comtesse de Longford, et s’attardait à présent sur les derniers potins de la Cour d’Angleterre. De toute évidence, les ‘exilés’ qu’ils étaient avaient renoncé pour un temps à se mêler aux discussions plus littéraires que les français autour d’eux pouvaient avoir, et tandis que Frances écoutait poliment les dernières aventures de Charles II et de ses maîtresses, se retenant d’étrangler ses interlocuteurs, les deux hommes s’animaient quant à eux, comme si chacun espérait gagner l’approbation de cette petite comtesse aux jolies boucles blondes. Mais au bout d’un moment, Lord Henry partit d’un grand rire qui fit se retourner plusieurs courtisans et donna à Frances l’envie de disparaître sous terre. Décidément, agir en toute discrétion avec ce joyeux luron relevait de l’impossible. Ah, si l’on ne pouvait même plus empoisonner les gens avec autant de facilité !

Au bout de quelques minutes, elle se décida néanmoins à passer à l’étape supérieure de son plan. Avisant trois fauteuils près d’une fenêtre, elle y entraîna les deux compères d’un air presque aguicheur qui lui aurait attiré les foudres des Puritains, et d’un air malicieux, se proposa d’aller leur chercher du vin pour étancher leur soif.

‘My Lady, this is not the duty of a sweet nymph, I would rather…’ protesta son admirateur.
‘I insist, Lord Henry. To thank you for that invitation you obtained for me’ répondit la comtesse aux boucles blondes. Et dans un tourbillon de perles et de taffetas, Frances se dirigea vers la table la plus proche—et désertée depuis un moment—pour y quérir la boisson… et glisser le poison dans le verre de Lord Talbot. D’un geste gracieux et rapide, elle tira de son corsage la fiole, la déboucha et versa dans une belle coupe de cristal la poudre blanche, avant de noyer cette dernière dans un flot de vin au milieu duquel elle se dissout sans laisser de trace suspecte. Sans attendre, Frances rangea la fiole et versa du vin dans la deuxième coupe. Pour Lord Henry. Il ne fallait pas qu’il meure, non ; il avait son utilité pour le moment. Fournisseur officiel d’informations en provenance d’Angleterre. Et il était loin d’imaginer que Lucy, son cher ange, utilisait son savoir pour faire tomber un à un les partisans de Charles II.

Se saisissant des coupes, Frances vit volte-face et se prépara à affronter la foule de courtisans qu’elle avait dû traverser quelques instants plus tôt. Mais un imprévu allait bientôt contrecarrer ses plans…

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MessageSujet: Re: Pardonnez ma maladresse [Frances&Maryse]   02.05.12 22:03

Maryse prit un nouveau verre de vin. C’était le troisième. Ou le quatrième. Maryse n’en avait que faire, à vrai dire. Elle s’ennuyait. Cela faisait deux ou trois heures qu’elle était arrivée avec Matthias, et elle s’ennuyait à mourir. Pourtant, ce n’était pas la compagnie qui manquait. Le salon était rempli d’invités. Presque toutes les nationalités de l’Europe se mélangeaient dans l’hôtel de la marquise de Sévigné. La jeune femme avait fait la connaissance de certains amis de Matthias (heureusement, Racine n’avait pas l’air d’être invité !), s’était bien tenue face à eux et avait même eu des conversations intéressantes. Mais son époux l’avait abandonnée pour discuter avec un ambassadeur du Saint Empire. De toute manière, les discussions politiques n’intéressaient guère la jeune espionne. Elle s’était donc éloignée d’eux, virevoltant entre les groupes de personnes qui discutaient. Maryse cherchait désespérément une tête connue, quelqu’un avec qui passer ce temps qui paraissait si long. Puis, sans le vouloir, Maryse se retrouva entourée de personnes qui discutaient du Misanthrope. Grande admiratrice de Molière, Maryse apporta sa contribution à la discussion, le sourire aux lèvres. L’on parlait de l’interprétation du dramaturge, habitué à jouer les rôles ridicules, et qui s’était une nouvelle fois surpassé. Maryse acquiesça lorsque l’un des invités qualifia le jeu de Jean Baptiste Poquelin de « magistral ». Enfin des personnes avec qui Maryse était réellement d’accord, et avec qui elle n’avait pas besoin d’être hypocrite ! Tous s’accordaient en effet à dire que le personnage d’Alceste était détestable. Briser ainsi l’harmonie qui régnait, dans le seul but d’être honnête, était tout bonnement inacceptable ! Il peut sembler étrange que Maryse partage cette opinion, elle qui déteste être hypocrite, mais justement, c’était pour cela qu’elle n’aimait pas Alceste. Au moins, elle, se disait-elle, faisait un effort pour maintenir la cohésion au sein d’un groupe. Le personnage mis en scène par Molière ne prenait pas sur lui et laissait aller sa langue à dire ce qu’il pensait. C’était un exemple d’égoïsme.

Maryse commençait à s’amuser, enfin !, lorsque la marquise de Sévigné interrompit la conversation pour présenter sa dernière protégée : une jeune fille de seize ans, les cheveux blonds comme les blés, qui avait lu L’Astrée et Clélie. La jeune protégée venait d’une bonne famille, avait une dot incroyable, et était prête à se marier. Bref, la jeune fille parfaite dont rêvait tout célibataire. Agacée, Maryse quitta le groupe en prétextant une grande soif. Elle alla se servir un nouveau verre de vin puis se promena de nouveau dans le salon. Quand les choses devenaient intéressantes, il fallait que cette Sévigné vienne de nouveau embêter le monde. Décidément… Au passage, Maryse prit quelques gâteaux. Au moins, la marquise offrait à ses invités des gâteaux délicieux. C’était l’un des points positifs, peu nombreux à vrai dire, de cette soirée.

Une connaissance de Maryse l’invita à la rejoindre, elle et ses amis. Maryse s’empressa d’avaler le dernier gâteau qui était dans sa main avant de se présenter au groupe. On y parlait de la disparition de la favorite royale. La princesse de Calenberg ne tenait pas vraiment à aborder ce sujet. Le roi était vraiment affecté par cet enlèvement, et les répliques ironiques des invités ne plaisaient pas vraiment à l’espionne. Elle en profita néanmoins pour récolter quelques informations qui pourraient être utiles. Malheureusement, ceux qui prenaient plaisir à critiquer la favorite n’avaient rien à voir dans cet enlèvement. Ils profitaient juste de la situation pour dire ce qu’ils pensaient. La jeune femme retenait ses soupirs et ses protestations. Il fallait faire bonne figure. Défendre corps et âme la favorite au nom du roi aurait pu paraître suspect.

« Enfin, je trouve que le plus regrettable dans cet enlèvement, c’est que la nouvelle a gâché l’anniversaire du roi ! Je m’y amusais tant. A votre avis, Racine a-t-il réussi à se faire pardonner ? »
Les invités partirent dans un éclat de rire général. Maryse rit de bon cœur avec eux. Ce n’était pas la mention de l’enlèvement qui l’amusait, ça non, elle avait plutôt envie de gifler le médisant pour ses paroles. Mais la mention de Racine eut le don de lui faire oublier sa colère. Heureusement pour elle, Matthias n’était pas dans les parages. Un rapide coup d’œil lui apprit que son époux parlait toujours avec l’ambassadeur. La politique…Il semblait inquiet depuis quelques temps, mais Maryse n’osait pas lui demander l’objet de ses angoisses. Un instant, elle se perdit dans ses pensées et se demanda si Matthias avait appris pour Nicolas…Non, non. Cela était impossible. D’ailleurs, il ne s’était rien passé…

« Maryse, vous n’avez pas l’air d’aller bien. Matthias, comme s’il avait entendu les pensées de Maryse, était arrivé comme par enchantement. Allez vous assoir, je vais vous apporter quelque chose à manger.

-Non ca va aller, merci. Je vais y aller moi-même, j’ai besoin de bouger un peu. Ne vous inquiétez pas, je vais très bien. Maryse sourit à Matthias pour le rassurer. Elle se sentit coupable de penser autant à Nicolas, quand son mari s’avérait être un véritable ami. Je vous rejoins dans deux minutes. »

Maryse chercha la table où se trouvaient le vin et les gâteaux. Elle dut demander pardon à une dizaine de personnes avant d’apercevoir la table convoitée. Une connaissance l’interpella, et la jeune femme tourna la tête vers la voix qu’elle avait entendue. Maryse leva le coude pour faire signe, mais celui-ci toucha quelque chose de froid et Maryse eut tout juste le temps de se tourner vers l’objet qu’elle avait touché pour voir le vin se verser sur la robe d’une obscure inconnue.

« Oh non ce n’est pas vrai ! Je suis vraiment désolée ! Pardonnez-moi ! »
Maryse ne savait pas quoi faire. Voilà qu’elle avait renversé le verre d’une jeune femme qu’elle ne connaissait pas. Le tissu allait bientôt être imprégné de vin, et Maryse paniquait trop pour réagir à temps. Elle se demandait avec quoi elle pouvait tenter d’essuyer le tissu de la robe. L’espionne ne savait pas qu’elle venait de se faire une ennemie. Une terrible ennemie.


Dernière édition par Maryse d'Armentières le 17.07.12 11:08, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Pardonnez ma maladresse [Frances&Maryse]   27.06.12 18:37

Toute entière à sa vengeance, Frances ne doutait pas un seul instant d’atteindre sa cible. Le poison qu’elle avait glissé dans le verre de Talbot s’était parfaitement dissout dans le vin et n’altérait en rien la couleur ou le goût du breuvage. Une douce mort en réalité que ce funeste plaisir. Dans quelques minutes, Lord Talbot aurait avalé suffisamment de poison pour que le sort en soit jeté. Et là-dessus, Frances s’éclipserait, tout en sachant que le décès ne surviendrait que plus tard dans l’après-midi, étant donné la dose. L’affaire serait donc rondement menée. Dans sa main gauche, le verre de vin inoffensif destiné à Lord Henry, dans la droite, celui pour Lord Talbot. C’était presque jubilatoire d’être la seule de l’assemblée à connaître cela, mais ce plaisir n’atteignait pas le tiers de celui que Frances ressentirait en croisant une dernière fois le regard de Talbot. Elle allait lui donner cette coupe, lui apporter la mort, elle, une Cromwell pour qui les royalistes n’avaient plus aucun respect alors que quelques années plus tôt, l’Angleterre acclamait son père, le Lord Proctector. Et Talbot la remercierait du regard, peut-être même lui ferait-il un énième et dernier compliment avant de s’éteindre, ignorant que la jolie jeune femme blonde qu’il dévorait du regard était celle qui avait causé sa perte. Oh oui, ce serait une grande joie pour Frances !

Mais cette pensée ne fut que de courte durée. Il y eut un tintement de verre, une chute et cette sensation d’humidité sur sa main. Deux secondes suffirent à Frances pour la sortir de ses rêveries et la ramener à la réalité, cette réalité où le verre de poison venait de rencontrer la main d’une princesse du Saint-Empire, ce jour funeste où Lord Talbot eut la vie sauve.

'Oh non ce n’est pas vrai !' s’écria alors l’inconnue, à mille lieues de se douter de la plus grande portée de son geste. 'Je suis vraiment désolée ! Pardonnez-moi !' s’empressa-t-elle d’ajouter, visiblement paniquée par le désastre qu’elle venait de causer. Lui pardonner ? Frances en était bien incapable. Cette maladroite venait de réduire à néant ce qu’elle avait mis des jours à bâtir. Des jours pour réunir les ingrédients nécessaires à la confection du poison, des après-midi entières passées au bras de Lord Henry, à écouter son bavardage incessant et ses compliments douteux dans l’espoir d’obtenir les informations qu’elle souhaitait. Lui pardonner ? Certainement pas ! Mais avant qu’elle n’ait pu répondre à l’inconnue—sans doute un chapelet de jurons bien anglais—elle fut interrompue par... Lord Henry. Alerté par le bruit et par la vingtaine de paires d’yeux qui s’était à présent tournée vers les deux jeunes femmes, il avait trouvé judicieux de ramener sa fraise pour éviter à son 'amie' toute bévue.

'Good Lord, my dear !' s’écria-t-il en rejoignant Frances et en lui prenant le deuxième verre demeuré intact pour le poser sur la table la plus proche. 'Let me help you' fit-il en attrapant une serviette pour essuyer la main et le poignet de la jeune femme, et accessoirement, dissimulé au reste de l’assemblée la fureur de Frances qui transparaissait à travers son poing fermé. La jeune femme eut alors envie de gifler son 'protecteur', ou l’inconnue maladroite, ou les deux, elle ne savait plus très bien, mais là encore, elle fut prise de court par quelques paroles que lui murmura Lord Henry, toujours aussi diplomate : 'Moderate your temper, she is the Duchess of Hanover, and also the Princess of Calenberg. A quarrel with her could provoke your disgrace...'

Piquée au vif, Frances eut presque envie de crier haut et fort qu’elle était la fille de Oliver Cromwell, Lord Protector, et par conséquent, qu’elle était bien l’égale d’une princesse. Heureusement, la raison eut le pas sur la colère et elle se souvint juste à temps qu’elle était Lucy of Longford, une obscure petite comtesse irlandaise. Autrement dit, absolument rien face à cette princesse maladroite. Néanmoins, elle ne put s’empêcher de répondre à la remarque de Lord Henry : 'I know perfectly what the place of a poor, plain and little countess is at Court, I give you thanks for that' fit-elle à mi-voix. Ses yeux foudroyèrent un instant le courtisan, mais leur éclat violent disparut quelque peu lorsqu’elle s’adressa finalement à la princesse de Calenberg. Cependant, elle ne put se départir de sa froideur et de son dépit face à ce désastre. Elle entrouvrit les lèvres comme pour parler, mais s’aperçut au même instant qu’une partie du verre de vin avait éclaboussé le corsage de sa robe, offrant la vision d’une coulée rouge sang ressortissant à merveille sur le tissu clair de ce vêtement à peine porté. Vraiment, c’en était trop et les nerfs de Frances étaient encore une fois soumis à une rude épreuve.

'Madame, nous n’avons ce me semble, point eu le plaisir d’être présentées...' commença-t-elle sur un ton qui se voulait dégagé, du moins aux yeux des spectateurs de la scène. Il fallait se la jouer fine face à cette inconnue aux illustres titres. 'Je suis la comtesse Lucy de Longford' poursuivit Frances en effectuant une légère révérence polie en réponse à son interlocutrice. En réalité, elle rêvait de la voir morte à ses pieds ou en train d’agoniser après avoir bu l’un de ses poisons. S’efforçant de faire bonne figure, Frances attrapa à son tour une serviette pour essuyer ce qu’elle pouvait—sachant pourtant pertinemment que la robe serait fichue—et fut bientôt aidée par une domestique qui avait accourue à son tour. Très vite, les débris de verre au sol furent ramassés, et l’assemblée commença à reprendre les conversations qui avaient été interrompues par l’accident. Enfin, en apparence. Du coin de l’œil, Frances aperçut quelques regards de certains courtisans, curieux de voir comment une petite comtesse offensée allait ravaler son orgueil pour ne point froisser une princesse du Saint-Empire.

'Puisque les circonstances semblent avoir décidé de nous réunir,' poursuivit la comtesse en question d’un ton légèrement ironique, 'je suggère que nous fassions plus ample connaissance, si toutefois vous ne voyez point d’inconvénient à fréquenter une petite comtesse.' Elle aperçut le regard inquiet de Lord Henry, déjà bien au courant de la froideur occasionnelle de son amie, mais elle anticipa sa réaction : 'that gown is ruined Lord Henry, it is hopeless.' Au moins pensait-elle pouvoir se débarrasser de sa présence pendant quelques instants, même si elle savait qu’il serait bien moins agaçant pour elle d’avoir à le tolérer lui plutôt que Lord Talbot, sa cible qui ne devait finalement point succomber en ce jour. Mais à présent, une nouvelle victime potentielle venait de s’ajouter à sa liste, une certaine princesse du Saint-Empire...

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MessageSujet: Re: Pardonnez ma maladresse [Frances&Maryse]   17.07.12 11:21

La situation était on ne peut plus problématique. Maryse était là, face à une inconnue dont la robe était couverte d’un liquide rouge qui imprégnait le tissu. La princesse d’Empire se confondait en excuses, ne savait que faire ni que dire à part des « toutes mes excuses » ou « mille pardons ». La soirée de révélait être un vrai fiasco et Maryse en voulu à Matthias de l’avoir obligée à y venir. Elle n’avait pas voulu prendre part à ce salon de Mme de Sévigné, elle savait que ce n’était pas une bonne idée, et maintenant, son époux en avait la preuve devant les yeux. En quelques secondes, tous les regards s’étaient tournés vers l’étrange duo que formaient maintenant la princesse germanique et la comtesse anglaise. Maryse ne savait pas encore qu’elle était face à une Anglaise. Elle ne savait pas non plus que cette Anglaise était une empoisonneuse et n’avait pas froid aux yeux. Espérons que notre Maryse ne goûtera jamais aux poisons concoctés par la fille de Cromwell. Quoi qu’il en soit, la princesse ne savait pas comment réagir. Sa maladresse avait encore frappé. Elle avait envie de crier à tous ceux qui la regardaient de partir, de la laisser tranquille. Après tout, il n’y avait rien d’extraordinaire à avoir renversé un verre sur une dame. C’était tout simplement très embêtant. Mais pas exceptionnel. Alors que les pensées de Maryse se bousculaient dans son esprit, elle vit un homme les rejoindre. C’était la première fois qu’elle le voyait. Il s’adressa à la jeune femme qui faisait face à Maryse et c’est alors que cette dernière put apprendre qu’elle était anglaise. A vrai dire, Maryse ne maîtrisait pas parfaitement la langue de Shakespeare. En essayant de comprendre ce que se disaient ces deux personnes, Maryse regretta de ne pas avoir plus étudié cette langue. Sa mère l’avait obligée à avoir une bonne éducation. Mais Maryse avait adoré le latin…et détesté l’anglais. Et maintenant, elle peinait à comprendre les significations des mots qui se succédaient dans cette langue presque inconnue. L’homme entreprit de faire ce que n’avait osé Maryse : tenter d’essuyer le liquide sur la robe de l’Anglaise. En voyant le regard noir de cette dernière, la princesse eut peur. Que devait-elle faire ? Il semblait clair que l’étrangère prenait très mal la petite maladresse de la Flamande, qu’elle ne lui pardonnerait pas. D’ailleurs, Maryse entendit ses titres prononcés par l’inconnu. Ainsi, son interlocutrice avait une longueur d’avance, car Maryse n’avait aucune idée de qui pouvait être l’Anglaise. Elle ne pouvait ainsi prendre les devants tant qu’elle ne connaissait pas les titres de cette femme. Si cela ne tenait qu’à Maryse, elle l’aurait prise par le bras, l’aurait amenée à l’écart, et l’aurait invitée chez elle pour se faire pardonner. Mais Maryse devait respecter les règles qui régissaient les rapports humains dans la haute société. Par ailleurs, voir le poing rageusement fermé de la jeune femme ne lui donnait pas envie de l’amener à l’écart. Peut-être était-elle impulsive… Maryse ne disait toujours rien et attendait. Avaient-ils oubliés qu’elle était là. Devait-elle prendre une grosse voix et crier « Je suis là ! » ? Mais après tout, elle pouvait aussi se faire oublier et disparaître discrètement…Avec la foule qui se pressait entre les murs de cet hôtel particulier, Maryse pourrait facilement se cacher. La princesse jeta discrètement un regard derrière son épaule et aperçut les yeux qui s’attardaient sur elle. Toute tentative de fuite était de toute façon impossible puisque son époux s’approcha d’elle. Il lui glissa à l’oreille : « Tout va bien ? Je peux leur parler, tout va s’arranger. » Mais la jeune femme en fut agacée. Elle pouvait se débrouiller sans l’aide de Matthias. « Non tout va bien. Laissez-moi me défaire de cette situation. » Elle avait chuchoté pour ne pas se faire entendre de l’Anglaise. Pendant que les époux Calenberg avaient échangé ces mots, les Anglais discutaient toujours, et Maryse put entendre le son de la voix de la femme. Cette voix froide trahissait la colère qui était en elle. Matthias laissa alors Maryse seule, visiblement vexé. Puis, enfin, l’Anglaise s’adressa en Français à Maryse :

« Madame, nous n’avons ce me semble, point eu le plaisir d’être présentées... La manière dont cette femme accentua sur le mot « plaisir » ne plut pas à Maryse, mais celle-ci se dit, pour se rassurer, que son imagination et sa paranoïa devaient lui jouer des tours. Elle sourit pour se donner du courage.

- Je n’ai en effet pas eu ce plaisir, madame. Maryse était sincère. Elle devait parfois être hypocrite alors qu’elle détestait cela, mais à ce moment précis, ces mots traduisaient bien sa pensée. Si elle avait un peu peur de son interlocutrice, il n’en restait pas moins qu’elle n’avait aucune animosité envers elle.

- Je suis la comtesse Lucy de Longford. Maryse avait enfin sa réponse. Cette jeune femme était une comtesse. Ce devait être la raison pour laquelle l’Anglais lui avait énuméré les titres de la princesse. Malgré le rang inférieur de son interlocutrice, Maryse n’en ressentit aucune fierté et ne voulut pas paraître hautaine. La comtesse s’inclina alors et la princesse en fut gênée. Elle sentit le poids des regards de ceux qui attendaient sa réaction.

- Je suis enchantée. Je suis pour ma part la princesse Maryse de Calenberg. Alors qu’elle avait pris la parole, Lucy of Longford prit une serviette et tenta d’essuyer sa robe. Puis des domestiques vinrent ramasser les débris de verre qui témoignaient de l’incident qui venait d’avoir lieu. Comme si ces débris symbolisaient la fin de cet incident, les spectateurs se dispersèrent dans le salon. Pourtant, les deux interlocutrices n’en avaient pas fini…

- Puisque les circonstances semblent avoir décidé de nous réunir, je suggère que nous fassions plus ample connaissance, si toutefois vous ne voyez point d’inconvénient à fréquenter une petite comtesse. Maryse sentit poindre une nouvelle fois l’ironie sous les mots de la comtesse. Comment pouvait-elle lui dire ça, sur ce ton ? Maryse faisait sûrement partie des femmes les plus naturelles de la cour. Elle ne s’intéressait que rarement aux rangs de ses connaissances et ne prenait jamais une attitude hautaine. Mais tout cela, la comtesse ne pouvait pas le savoir puisqu’elles ne se connaissaient pas. C’est pourquoi Maryse répondit d’une manière un peu sèche :

- Madame, avant de faire plus ample connaissance comme vous le dîtes, sachez que je ne m’attache jamais au rang et aux titres de mes connaissances. La princesse que je suis peut donc tout à fait s’adresser à la comtesse que vous êtes. Puis elle prit une voix plus douce, plus naturelle : au risque de vous agacer, je souhaiterais une nouvelle fois vous présenter mes excuses. Il était impossible ici de faire deux pas sans se faire bousculer. Malheureusement, vous en avez subi les frais.

Maryse sourit avant de balayer le salon du regard. Les invités étaient toujours aussi intéressés par les deux jeunes femmes. La princesse en fut une nouvelle fois agacée. Elle s’adressa alors plus discrètement à Lucy of Longford : Ces vautours m’agacent. Voulez-vous bien me suivre dans un coin plus tranquille ? Quelques minutes plus tôt, Maryse aurait eu peur de s’éloigner avec la comtesse. Mais maintenant que la colère semblait avoir disparue (semblait !), la princesse se sentait plus à l’aise. Elle espérait que la comtesse n’userait plus d’ironie pour s’adresser à elle. Elle entreprit alors de traverser le salon tout en s’adressant à Lucy. Vous parlez très bien le Français. Etes-vous ici depuis longtemps ? »

Maryse sentait que l’Anglaise était plus réservée qu’elle, et plus froide. Mais elle profitait de l’occasion pour rendre la soirée plus intéressante. S’étant ennuyée durant des heures, elle profitait maintenant d’avoir cette inconnue à ses côtés pour discuter. Elle ne se doutait pas qu’elle l’agaçait au plus haut point. Et Maryse était loin de se douter que cette inconnue, empoisonneuse, aurait tout donné pour la punir de sa maladresse…
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MessageSujet: Re: Pardonnez ma maladresse [Frances&Maryse]   22.08.12 17:55

Si jusqu’ici les premiers échanges entre la princesse de Calenberg et la comtesse de Longford s’étaient avérés désastreux, l’une jouant avec sa réputation tandis que l’autre risquait sa vie, ils pouvaient néanmoins devenir fort utiles par la suite pour Frances. Ce fut du moins l’une des pensées qui l’assaillit alors qu’elle tentait par tous les moyens de garder son calme. Peu à peu, l’idée se fit plus claire dans son esprit, et le plan commença même à se mettre en place. Bien sûr, il lui faudrait toujours trouver une autre occasion pour supprimer Talbot, et ce le plus rapidement possible, car ses sourires et ses plaisanteries—loin d’être puritaines—commençaient sérieusement à énerver Frances, mais d’un autre côté, sa rencontre fortuite avec Maryse d’Armentières pouvait l’aider à s’introduire dans des sphères qui demeuraient pour le moment hors de la portée de la petite comtesse de Longford. Qui sait, en gagnant la confiance de la princesse de Calenberg, Frances pourrait peut-être espérer atteindre l’antichambre de la duchesse d’Orléans, et un jour, si tout se passait comme prévu, elle aurait alors la possibilité d’assassiner la petite sœur de l’ennemi juré de sa famille. Ah, la digne fille de son père ! Le dernier rampart pour soutenir l’honneur du clan Cromwell, dont les membres s’étaient peu à peu dispersés, morts, en fuite, ou ayant rejoint la cause de Charles II. Frances ressentait une certaine fierté à l’idée d’être celle qui rétablirait le prestige passé des Cromwell, ou tout au moins, celle qui rendrait justice face à ce tyran de Stuart. Elle avait l’orgueil de son sang, bien que celui-ci ne soit point noble, et la détermination sans faille de son père. Le courtisan qui aurait considéré comme une femme ordinaire cette petite personne aux allures de coquette avec ses jolies boucles blondes et ses perles aurait commis une grave erreur. Mais n’était-ce point-là tout le succès de l’entreprise de Frances ? Se faire passer pour un ange, une muse que le poète—ou le soudard—irait comparer à quelque demoiselle issue de la mythologie ?

Dommage pour Maryse, mais la jeune Cromwell avait décidé de la tromper elle aussi, de lui servir cette comédie de la jeune veuve fréquentant depuis peu la Cour du Roi de France pour mieux la manipuler par la suite. Et puis, lorsqu’elle se serait lassée, ou qu’elle se serait aperçue que sa relation avec la duchesse de Hanovre ne la mènerait point à Madame, elle passerait alors à sa vengeance, en bonne et due forme. Un peu de poison versé dans une tasse de thé, et la princesse disparaîtrait. L’idée du thé n’était pas mauvaise, et puis, ce serait comme un clin d’œil au vin que Maryse avait renversé sur Frances. A cette pensée, un léger sourire s’étala sur le visage de la comtesse de Longford, sourire qui s’effaça cependant bien vite, laissant place à une expression de surprise.

‘Madame, avant de faire plus ample connaissance comme vous le dîtes, sachez que je ne m’attache jamais au rang et aux titres de mes connaissances. La princesse que je suis peut donc tout à fait s’adresser à la comtesse que vous êtes.’

Diantre ! Le ton et les paroles que son interlocutrice venaient d’employer ne laissaient guère à penser que celle-ci était sotte, bien au contraire. Une femme qui savait à ce point se détacher de certaines convenances serait sans nul doute plus difficile à manipuler que la vaine courtisane toujours prête à exhiber ses titres de noblesse. En temps normal, Frances aurait presque pu apprécier Maryse, puisqu’elle aussi accordait plus de valeur aux actions des courtisans qu’à leurs titres, mais la situation n’avait rien d’ordinaire.

‘Au risque de vous agacer, je souhaiterais une nouvelle fois vous présenter mes excuses. Il était impossible ici de faire deux pas sans se faire bousculer. Malheureusement, vous en avez subi les frais,’ continua la princesse, d’une voix plus douce, un détail qui n’échappa point à Frances. Au fond, Maryse d’Armentières semblait avoir un bon cœur, ce serait presque dommage de devoir un jour interrompre ses battements.

‘Vos excuses sont toutes acceptées,’ mentit Frances, ‘si toutefois vous acceptez les miennes. Mon emportement a dû vous surprendre, mais je vous prie de croire que mon impolitesse était en partie causée par l’agacement que j’ai eu face à tous ces regards. Je n’y suis point accoutumée.’ Elle prit soin de ne pas mentionner la robe—une splendide importation de Londres que ses revenus seuls n’auraient point suffit à faire acheminer jusqu’en France—afin d’éviter de souligner le fait qu’elle n’était qu’une petite comtesse, pauvre qui plus est. Elle ne voulait pas que son interlocutrice ne vienne à penser qu’elle n’était qu’une gourgandine vivant aux crochets de quelques nobles britanniques attirés par son joli visage et ses boucles blondes. Croyant en avoir fini avec ce sujet, Frances aperçut néanmoins des regards, parfois amusés, voire anxieux, que certains courtisans s’échangeaient en désignant les deux femmes. Savoir que plusieurs paires d’yeux se fixaient tour à tour sur elle et son interlocutrice lui donnait l’impression désagréable de recevoir des petits coups d’aiguilles au visage, dans la nuque, ou dans le dos. Aussi ne fût-elle point fâchée d’entendre la princesse de Calenberg lui murmurer à mi-voix : ‘Ces vautours m’agacent. Voulez-vous bien me suivre dans un coin plus tranquille ?’ Sa réponse ne se fit point attendre et, ironiquement, s’avéra être des plus sincères : ‘Ils se demandent sans doute ce qu’une princesse peut avoir à dire à une petite comtesse.’ Puis elle ajouta d’un air malicieux : ‘si vous souhaitez préserver votre réputation, s’éloigner est la chose la plus sage.’ Et dans un sourire de complicité—hélas, il s’agissait bien d’un nouveau mensonge—elle entraina sa nouvelle connaissance vers l’autre bout de la pièce, où personne ne pourrait percevoir leur conversation.

‘Vous parlez très bien le Français. Etes-vous ici depuis longtemps ?’ lui demanda en chemin la princesse. Surprise, Frances ralentit le pas quelques secondes. Puis, reprenant son masque, elle répondit par un semi mensonge : ‘Je vous remercie. J’ai appris cette langue durant mon enfance et je dois avouer qu’avant ma venue en France, je n’en avais point eu l’utilité, mon époux et moi parlions l’anglais. Il me reste encore du vocabulaire à travailler, ainsi que ma diction, mais je progresse en écoutant les vers de Monsieur Racine…’ Frances espérait que la conversation prendrait un tournant favorable, et que peu à peu elle gagnerait la confiance de Maryse, mais elle ignorait les relations que cette dernière entretenait avec le dramaturge. Elle se disait que parler de théâtre briserait un peu la glace—et puis, cela lui changerait des derniers potins londoniens—sans pour autant se douter que le nom même de Racine pourrait avoir un autre effet sur la princesse de Calenberg.

D’ailleurs, elle ne remarqua pas tout de suite l’expression de cette dernière. Les deux jeunes femmes étaient à présent arrivées dans un coin près d’une fenêtre, légèrement en retrait par rapport au reste de l’assemblée, et par conséquent, des regards et oreilles indiscrètes. Par chance, deux fauteuils semblaient les attendre, et Frances les désigna d’un geste de bienvenu à Maryse, avant d’ajouter : ‘désirez-vous du thé ? Je ne sais si les français en sont aussi friands que nous, mais j’ai ouï dire que ce breuvage était également apprécié par-ici…’

Bien évidemment, elle n’allait pas réitérer une tentative d’empoisonnement aujourd’hui. Elle n’avait pas de ‘cordial funèbre’ sur elle—cette tendance parfois fâcheuse qu’elle avait à ne jamais prendre quoique ce soit pour se défendre lorsqu’elle sortait—et même si cela avait été le cas, il aurait été stupide de vouloir se venger sur la princesse de Calenberg en ce jour. Tous les soupçons se seraient portés sur elle, et Frances risquait de passer à côté d’une potentielle ‘alliée’ dans sa lutte pour approcher la duchesse d’Orléans. Tandis qu’elle préparait le breuvage—totalement inoffensif, soulignons-le—elle se hasarda à demander innocemment : ‘cet homme qui s’est adressé à vous pendant que je séchais ma robe, était-ce votre époux ?’ Quoi de mieux que des banalités pour endormir la méfiance…

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I met a lady in the meads,/Full beautiful, a fairy's child;/Her hair was long, her foot was light,/And her eyes were wild. ⌘ John Keats

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MessageSujet: Re: Pardonnez ma maladresse [Frances&Maryse]   03.09.12 21:21

    La comtesse of Longford accepta les excuses de Maryse, et celle-ci parvint à retenir un soupir de soulagement. Le scandale venait d’être évité, à la satisfaction de la princesse et sûrement à celle de son époux également, qui l’observait du coin de l’œil. Maryse lui avait demandé de la laisser se sortir de cette affaire seule, mais nul doute qu’il se tenait prêt à intervenir au moindre cri ou geste désobligeant. Cependant, chacun semblait étonné de voir les deux jeunes femmes discuter calmement, sans se crêper le chignon. Cela aurait été bien honteux, mais aurait pu offrir de beaux ragots à divulguer à la cour. Fort heureusement, la réputation de la princesse de Calenberg était sauve. Quant à sa vie…elle était sauve aussi. Pour le moment. Maryse sourit en entendant les excuses de Lucy. En se souvenant de l’air agacé qu’elle avait eu en voyant sa robe tachée, la duchesse de Hanovre réalisa quel effort faisait la comtesse pour s’excuser ainsi, et elle en fut d’autant plus touchée. Les deux jeunes femmes agissaient en adultes. Maryse en était réjouie. Dans sa naïveté, elle pensait déjà se faire une nouvelle amie. Comme cela serait amusant de se rappeler leur rencontre autour d’une tasse de thé ! Et toute croyante qu’elle était, Maryse se prit à croire que c’était Dieu qui avait envoyé sur son chemin cette comtesse fraîchement débarquée en France.

    «Disons alors que ce verre renversé, tout comme votre agacement à mon égard, est de l’histoire ancienne. J’étais moi-même peu habituée aux regards que l’on me portait à mon arrivée en France. Je sais comme il est difficile de se savoir au centre des attentions. Mais oublions toute cette affaire ! Nos sourires feront un joli pied de nez à ces hypocrites, qu’en pensez-vous ? Tout en prononçant ces derniers mots, Maryse tourna légèrement la tête et sourit à ceux qui les regardaient. Seules les apparences comptaient dans de telles assemblées. Heureuse d’avoir ainsi apaisé les choses, Maryse demanda en chuchotant à Lucy si elle souhaitait se retirer dans un coin plus tranquille pour qu’elles puissent converser librement. Mais la réponse de son interlocutrice l’étonna : si vous souhaitez préserver votre réputation, s’éloigner est la chose la plus sage. La princesse fut toutefois rassurée par le sourire que lui adressait Lucy. Elle ne put cependant s’empêcher de répondre : Si ma réputation repose sur mes fréquentations, je préfère alors la détruire plutôt que la préserver. Moi seule peux décider à qui je dois adresser la parole.Et, souriant tout en se laissant entrainer par sa nouvelle amie, Maryse poussa la familiarité jusqu’à prendre le bras de la comtesse, apercevant au passage Matthias qui l’observait d’un œil inquisiteur. Qu’importe ! La soirée était enfin devenue intéressante !

    Tout en marchant, Maryse fit remarquer à Lucy qu’elle parlait plutôt bien le Français. Celle-ci ralentit alors le rythme de ses pas mais Maryse n’y prêta pas attention. Son interlocutrice expliqua alors qu’elle avait appris le Français dans son enfance mais qu’elle ne le parlait vraiment que depuis son arrivée en France. Mais Maryse ne s’attendait pas à entendre les mots suivants. Il me reste encore du vocabulaire à travailler, ainsi que ma diction, mais je progresse en écoutant les vers de Monsieur Racine… Cette fois, ce fut Maryse qui s’arrêta. Devant l’air étonné de la comtesse, elle eut un sourire crispé et reprit sa marche. Pardonnez-moi, entendre le nom de monsieur Racine me fait toujours un effet désagréable. J’avoue apprécier beaucoup plus monsieur Molière, qui a le don de me faire rire. Les pièces de monsieur Racine peuvent être d’un ennui ! Tentative ratée pour la comtesse qui espérait engager la conversation ! Maryse coupa court : il n’était pas question de parler de ce satané Racine ! Surtout si c’était pour lui faire des compliments. Un coin qui offrait deux fauteuils sembla tomber du ciel. Ainsi retirées du monde, les deux jeunes femmes pouvaient parler à loisir sans risquer d’être entendues. Elles s’installèrent chacune dans un fauteuil. Alors que Maryse lançait un regard discret vers la fenêtre, Lucy reprit la parole : désirez-vous du thé ? Je ne sais si les français en sont aussi friands que nous, mais j’ai ouï dire que ce breuvage était également apprécié par ici…

    -Je ne refuserai pas une tasse de thé. En effet, de ce côté de la Manche, nous apprécions aussi cette boisson. Quant à moi, j’aime découvrir les coutumes des pays étrangers. Maryse observa Lucy qui préparait le thé. Tout était nettement plus calme, ici. Le son des voix mélangées était assourdi. La princesse ferma les yeux et apprécia le silence. Mais la voix de Lucy la sortit de ses pensées. Elle ouvrit les yeux et la vit qui versait le thé dans deux tasses. cet homme qui s’est adressé à vous pendant que je séchais ma robe, était-ce votre époux ?

    -Vous avez vu juste. Cet homme est bien mon époux, Matthias de Calenberg. Maryse sourit tendrement en pensant à lui. Vous savez surement ce que sont les mariages arrangés. Mais je n’ai pas à me plaindre du choix que l’on a fait à ma place. La jeune femme prit la tasse que lui présentait Lucy. Elle porta la tasse à ses lèvres et but une gorgée de thé. Elle se prit alors à penser à Nicolas de Ruzé, le beau mousquetaire. Quelle hypocrite elle faisait, à parler ainsi de son époux alors qu’elle croyait en aimer un autre ! Mais il n’était pas question de l’avouer à quelqu’un, ça non ! Elle tenta alors de faire disparaître le mousquetaire de ses pensées en posant des questions à Lucy. Les banalités se suivaient : on croyait apprendre à connaitre la personne face à soi mais on ne parlait en fait que de choses et d’autres. Choses banales. Ordinaires. Maryse ne connaissait en réalité pas plus Lucy maintenant que lorsqu’elle avait renversé un verre sur elle. Pourtant, elle appréciait la jeune femme qu’elle croyait apprendre à connaitre. Elle ne se doutait pas qu’elle s’appelait en réalité Frances Cromwell et que son but était de mener sa vengeance à son terme. Non, jamais Maryse n’aurait pu le découvrir en discutant simplement avec cette nouvelle amie qui paraissait si posée, si calme. Alors qu’elles parlaient de tout et de rien, Matthias approcha de ce coin où la sérénité semblait régner. Après s’être excusé, il informa Maryse qu’ils allaient partir. Puis il se retira, laissant Maryse dire au revoir à Lucy. La princesse de Calenberg finit sa tasse de thé à la hâte puis se leva.

    -Ainsi voilà la fin d’une soirée bien mouvementée ! Même si je suis navrée de vous avoir importunée, je suis ravie d’avoir pu faire votre connaissance. Je craignais de m’ennuyer, je n’aime pas trop ce genre de société, avoua la jeune femme. Mais une fois à vos côtés, je n’ai pas vu le temps passer. J’espère sincèrement vous revoir, et je puis assurer que ce ne sont pas des paroles jetées en l’air. Un sourire sincère se dessina sur ses lèvres. A bientôt, Lucy. Maryse quitta le coin calme où elles s’étaient parlé. Elle rejoignit Matthias, salua la marquise de Sévigné puis quitta l’hôtel particulier dans lequel elle n’avait pas voulu aller. Ce ne devait être qu’une soirée parmi d’autres. Mais la rencontre qu’elle y avait faite changerait bien plus de choses dans sa vie qu’elle n’osait le croire.

    Une fois rentrée dans son hôtel particulier, allongée sur son lit, Maryse pensa à la soirée qui venait de s’achever. Aurait-elle cru, quelques heures plus tôt, qu’elle y ferait une telle rencontre ? Non. Dans le carrosse, Matthias s’était inquiété. La comtesse s’était-elle vraiment excusée pour son attitude ? Il était attendrissant lorsqu’il s’inquiétait ainsi. Maryse ferma les yeux. Avoir Lucy comme amie serait si bien ! Mais la princesse oubliait qu’elle accordait sa confiance un peu trop facilement. Et si Matthias avait raison de se méfier ? Une telle idée ne venait pas à l’esprit de Maryse. Une bonne nuit s’annonçait, pleine de beaux rêves. La princesse ne savait pas qu’elle devrait à l’avenir faire attention à ses verres… ou à ses tasses. De thé.



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MessageSujet: Re: Pardonnez ma maladresse [Frances&Maryse]   28.10.12 23:22

Comme il était amusant de se lier d’amitié avec une princesse du Saint-Empire en une après-midi chez la marquise de Sévigné ! Et dire que tout cela avait commencé par une tentative d’empoisonnement qui avait tourné au fiasco, quelle ironie ! Mais pouvait-on seulement parler d’amitié ? Certes, la comtesse de Longford s’appliquait à montrer tous les signes d’une politesse entendue en vue d’indiquer la naissance—ô combien artificielle—d’une future complicité avec la princesse de Calenberg. Si seulement cette dernière avait aperçu la lueur sombre qui brillait à certains moments dans les yeux de son interlocutrice ! Mais Maryse semblait bien trop ravie du tournant que prenait cette étrange rencontre. Et malheureusement pour elle, Frances avait bien compris cela. Aussi souriait-elle à certains moments de la conversation ou lorsque leurs regards se croisaient. Elle lui servait ce sourire innocent, un sourire que chacun aurait crû sincère, un sourire qui illuminait le visage de la pauvre veuve qu’était la comtesse de Longford. Et les boucles blondes qui encadraient le visage de Frances adoucissaient encore les traits de son ‘personnage’. Qui donc aurait pu deviner que derrière cette façade artificielle se cachait une froide empoisonneuse déterminée à achever la mission qu’elle s’était assignée ? Sûrement pas la princesse de Calenberg. Son bavardage innocent prouvait bien le contraire.

‘Vous avez vu juste. Cet homme est bien mon époux, Matthias de Calenberg’ répondit-elle à la femme qu’elle prenait pour la comtesse de Longford. Frances jeta un rapide coup d’œil à ce dernier et d’après ce qu’elle put en juger, l’homme semblait sérieux et légèrement préoccupé. Il pouvait en effet ! Son épouse prenant le thé avec une empoisonneuse. Mais la demoiselle Cromwell perçut également une lueur de méfiance dans le regard de Calenberg, et son instinct lui suggéra de ne pas essayer de s’approcher trop près de cet homme, car contrairement à son épouse, il ne semblait pas aussi réjoui à l’idée de cette nouvelle ‘amitié’.

Reportant son attention sur Maryse, elle écouta la suite de la conversation, un sourire bienveillant accroché au visage. ‘Vous savez surement ce que sont les mariages arrangés. Mais je n’ai pas à me plaindre du choix que l’on a fait à ma place.’ ‘Bien sûr que je connais cette situation, puisque j’ai moi-même été mariée. Comme vous, mon époux m’a été imposé, mais nous nous sommes entendus. Hélas, il n’a point plu au Seigneur de combler notre mariage par la venue au monde d’enfants avant le décès du comte. Paix à son âme,’ compléta la veuve éplorée. Mais en disant cela, Frances sentit son estomac se nouer. Veuve, elle ? Veuve de son premier époux, certes, mais le deuxième était bien vivant, et probablement désespéré de retrouver son épouse. A l’heure qu’il était, il avait probablement organisé des battues pour retrouver sa pauvre Frances qui s’était ‘égarée’ en pleine nuit. Peut-être même avait-il cherché à joindre Thomas Belasyse, l’époux de Mary Cromwell, espérant que celui-ci hâterait les recherches ou fournirait plus de moyens de par sa position auprès du roi Charles II.

Et tandis que la princesse de Calenberg songeait à son charmant mousquetaire, la demoiselle Cromwell, quant à elle, avait devant les yeux le visage de celui qu’elle avait épousé quelques temps auparavant : John Russell, baron de Chippenham. Ils étaient liés par les liens sacrés du mariage depuis le 7 mai 1663 et que dire, si ce n’est que le mariage n’avait pas été si triste que cela ? Frances aurait peut-être même fini par aimer son époux si elle n’avait été obnubilée par sa vengeance. John Russell était un homme bon, qui se souciait tant du bonheur de son épouse ! Il ne visitait sa couche qu’avec sa permission, et si au cours de leurs années de mariage Frances n’avait jamais été enceinte, il ne lui en avait jamais fait le reproche, comme l’auraient pu certains époux trop empressés d’avoir une descendance. Non, en vérité, c’était Frances la coupable. Elle avait fui ce qui aurait pu se transformer en bonheur pour tous les deux. Et pourquoi ? Une vengeance. Et dire que ce pauvre baron s’inquiétait à son sujet.

Frances but une longue gorgée de thé pour dissimuler son trouble. A chaque fois qu’elle mentionnait son statut de ‘veuve’, il lui semblait qu’elle tuait un peu plus son époux. Heureusement pour elle, la princesse ne remarqua rien et la conversation suivit son cours, à l’image des flots calmes et paisibles d’une rivière. Ah bon, ce monsieur Molière écrivait des comédies ? Oh, mais il faudrait que la comtesse de Longford s’y rende un jour, cela lui changerait des tragédies de monsieur Racine ! Comment, on jouait encore les pièces de ce William Shakespeare ? Et certains auteurs les réécrivaient ? Oh cela devait être amusant. Mais oui, bien sûr que les femmes pouvaient monter sur scène, et ce depuis des années. Comment ? C’était encore récent en Angleterre ? Quel étrange coutume cela était, de faire tenir à de jeunes garçons les rôles féminins d’une pièce !

Le temps passa tandis que les deux jeunes femmes sirotaient leur thé tout en discutant des coutumes de la France et de l’Angleterre. Frances s’amusa presque de cette conversation, peut-être même jusqu’à en oublier sa culpabilité. Au fond, cette princesse de Calenberg était bien sympathique, bien que trop naïve. Quelle tristesse de devoir l’empoisonner elle-aussi. Mais il ne faudrait prendre aucun risque. Une poudre versée discrètement dans un verre, ou une tasse de thé—à cette pensée, Frances but une nouvelle gorgée—et hop, tout serait fini. Hélas, pauvre princesse ! Mais l’heure de sa mort n’était pas encore venue, puisque Frances n’avait pas ses poisons avec elle, quelle… chance ! Maryse avait encore du temps devant elle. Néanmoins, cette conversation si ‘amicale’ qu’entretenaient les deux jeunes femmes finit par être interrompue par le prince de Calenberg en personne, venu chercher son épouse. Aux yeux de tous, il venait tranquillement récupérer Maryse, la priant de bien vouloir abandonner son amie, mais en réalité, cette réalité que la demoiselle était la seule à connaître, il venait plutôt de sauver son épouse des griffes d’une empoisonneuse trop rancunière. Cela dit, l’empoisonneuse en question resta bien dissimulée derrière le masque de la douce Lucy of Longford qui salua d’une révérence polie le nouveau venu avant de faire ses adieux à son ‘amie’.

‘Ainsi voilà la fin d’une soirée bien mouvementée ! Même si je suis navrée de vous avoir importunée, je suis ravie d’avoir pu faire votre connaissance. Je craignais de m’ennuyer, je n’aime pas trop ce genre de société,’ confia la princesse. ‘Mais une fois à vos côtés, je n’ai pas vu le temps passer. J’espère sincèrement vous revoir, et je puis assurer que ce ne sont pas des paroles jetées en l’air,’ poursuivit-elle. C’était vrai, elle avait l’air réellement sincère. Frances aurait dû en être bouleversée, peut-être même changer d’avis et décider de ne pas vouloir empoisonner Maryse. Après tout, celle-ci était loin de se douter qu’elle avait compromis un empoisonnement. Hélas, le cœur d’une Cromwell était fait de glace. Le moment qu’elle avait passé—et apprécié—avec la princesse de Calenberg n’était qu’une petite bougie dont la chaleur n’était point parvenue à faire fondre le givre autour de ce cœur gangréné par la vengeance. Peut-être n’était-ce point la bonne personne ?

‘Vous m’en voyez ravie. J’ai passé un très bon moment en votre compagnie, et il me plairait fort de pouvoir poursuivre une autre fois notre conversation. C’était très… enrichissant. J’avoue que ce monsieur Molière m’intrigue et que je serai curieuse de suivre votre conseil en allant voir l’une de ses pièces…’ répondit Frances sur le ton naturel de la conversation.

‘A bientôt, Lucy,’ acheva Maryse dans un sourire, avant de s’éloigner en compagnie de son époux. La demoiselle Cromwell murmura une réponse brève, et toutes les deux se séparèrent, bonnes amies. En apparence du moins. Restée seule, Frances finit sa tasse de thé et la reposa silencieusement sur la petite table tandis qu’elle se prit à contempler le paysage extérieur par la fenêtre la plus proche. Ses yeux se posaient sur les visages et les carrosses qui se pressaient en bas, mais ne voyaient rien. Son esprit entier était tourné vers le souvenir de cette rencontre, bien singulière. La prochaine fois serait peut-être la dernière, elle ne savait. Au bout de quelques minutes, elle se faufila discrètement vers la sortie, croisant au passage Lord Talbot. Elle lui jeta un bref regard signifiant qu’elle était pressée, puis récupéra sa cape et remonta dans le carrosse après que son fidèle—et unique—serviteur lui eut ouvert la porte. Et tandis que le carrosse s’ébranlait en direction du couvent de Longchamp, Frances songea qu’elle aimerait bien voir une pièce de ce monsieur Molière, un jour.

FIN DU TOPIC

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La Belle Dame sans Merci
I met a lady in the meads,/Full beautiful, a fairy's child;/Her hair was long, her foot was light,/And her eyes were wild. ⌘ John Keats

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