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 Quelle joie que celle des retrouvailles ! /Rose/

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MessageSujet: Quelle joie que celle des retrouvailles ! /Rose/   01.03.12 2:40

- Monsieur, il y a quelqu'un qui attend pour vous voir...

Jean Racine eut un geste énervé en direction de Mlle Roussel pour lui commander de garder le silence, arrachant un soupir à cette dernière. Il n'avait même pas daigné tourner les yeux vers elle, conservant son regard fixé sur la petite scène. En effet, sa petite troupe répétait une scène d'Andromaque qu'il venait tout juste de réécrire et Racine tenait à voir que cela pouvait rendre sur les planches. Malgré la présence de sa maîtresse du moment, Whitney of Dover, à ses côtés, le dramaturge était de fort mauvaise humeur et ne cessait de reprendre ses comédiens qui, surpris des réprimandes sévères du maître, accumulaient les fautes. En temps normal, Jean n'aurait jamais accepté que la belle anglaise assiste à ses répétitions mais depuis l'anniversaire du roi, il lui semblait que « le temps normal » était bel et bien révolu. Aussi lorsqu'il s'était réveillé dans sa chambre dans les bras de sa maîtresse et que celle-ci lui avait demandé si elle pouvait rester un peu plus longtemps pour écouter déclamer ses vers, le dramaturge avait répondu par l'affirmative. Il était fasciné par les courbes et la lascivité de cette femme. Il ne pouvait résister à sa voix enjôleuse et à son sourire mutin qui lui donnaient la curieuse impression d'avoir affaire à la fois à une femme-enfant et à une femme fatale. Il savait bien que leur liaison ne durerait pas, qu'il se lasserait vite d'elle comme il s'était lassé de toutes celles qui avaient partagé sa couche. Bien sûr, il l'aimait, elle l'obsédait, il se rendait à Versailles rien que dans l'espoir de la croiser dans les couloirs bondés de courtisans dont sa silhouette se distinguait invariablement. Mais Racine n'aimait jamais bien longtemps. Ironique pour un homme qui écrivait sur la passion indestructible et le malheur que causent les cœurs épris. Encore qu'il pouvait comprendre ce qu'était un désir inassouvi, un amour impossible contre lequel on ne cessait de lutter...
Pour le moment donc, Whitney s'était lovée sur le divan, toute heureuse qu'elle devait l'être à l'idée de partager des instants avec les gens de mauvaise vie qu'étaient les comédiens. Racine avait l'impression d'avoir un chat qui ronronnait auprès de lui et tentait d'ignorer les regards furibonds que Mathilde Even, la comédienne à qui il avait donné le rôle d'Axiane après avoir partagé quelques unes de ses nuits, lui lançait.

- Even ! Respire après ta tirade, tu es à bout de souffle, ça n'a strictement aucun sens !

Racine s'attendait à ce que la jeune femme, toujours furieuse de n'avoir décroché que le rôle d'une confidente répliquât mais devant l'étrangère, elle s'abstint non sans pincer les lèvres à la vue de la main de Whitney qui caressait l'avant-bras du dramaturge. S'il y avait pensé, Racine se serait sans doute rendu compte de l'absolue indélicatesse dont il faisait preuve en exhibant sa nouvelle maîtresse devant l'ancienne. Mais à vrai dire, l'orgueil blessé de Mathilde était le cadet de ses soucis. Lui était passé à autre chose depuis longtemps, il s'attendait à ce que les autres aient fait de même. Délaissant Even, Jean prit une nouvelle cible en la personne de la belle Iole envers laquelle il avait gardé une petite rancune malgré ses dénégations. Il allait accumuler les reproches contre sa posture, sa diction, l'expression de son visage quand Charlotte Roussel fit entendre sa petite voix, coupant net son sifflet :

- Monsieur, désolée d'insister mais la demoiselle ne veut pas partir. Elle dit qu'elle doit absolument vous parler. Je lui ai dit qu'elle pouvait passer à nouveau après la répétition mais elle n'a rien voulu entendre. Faut-il que je l'introduise ici ?
- Sûrement pas ! S'exclama Racine sans même prendre la peine de se retourner vers la jeune femme, faites-la patienter dans l'entrée, elle finira bien par se lasser.

Ayant déjà oublié l'interruption (et ce qu'il comptait dire avant celle-ci), Racine reporta son attention vers la petite troupe qui attendait, crispée, la colère du maître. C'était bien la première fois que le metteur en scène se comportait de cette manière pendant une répétition. Généralement, Jean était plutôt réputé pour être laxiste, surtout face à ses concurrents, Corneille et Molière. Mais regardez où cela l'avait mené ? A une catastrophe digne d'une tragédie. Si cela s'était déroulé dans l'Antiquité, cela fait bien longtemps qu'il aurait été jeté aux fauves pour crime de lèse-majesté. Il était bien temps de sévir. Ceux qui le connaissaient le mieux comme Arnaud Legrand ou Éris d'Orival devaient bien se rendre compte que cela ne durerait qu'un temps et qu'il reprendrait bien vite ses vieilles habitudes. Mais en attendant, il se montrait insupportable. D'ailleurs, ce fut en se retournant vers Éris qu'il lança une nouvelle remarque acerbe, en ignorant la mine désapprobatrice d'Arnaud, le responsable de la troupe :

- T'ai-je demandé de t'arrêter ? Reprenez au cinquième vers de la scène. Et Éris, ce n'est pas avec cette voix de gamine geignarde que les derniers rangs pourront t'entendre !

Whitney eut l'intelligence de ne pas chercher à le calmer tandis que la jeune fille tentait de répondre aux demandes de Racine, un peu tremblante. Mais quelque chose continuait à clocher, jugea le maître en fermant les yeux et en s'accordant un soupir. Juste après son retour à l'hôtel de Bourgogne, n'ayant pas écrit depuis plusieurs jours, il avait laissé courir sa plume sur le papier, grattant frénétiquement des mots en pattes de mouche. Force de constater que ces vers n'avaient aucun rythme, aucune harmonie. Et le manque de grâce et de naturel dont faisaient preuve les comédiens n'arrangeaient rien. Tout était à jeter, encore une fois. Jean avait l'impression de se retrouver des années en arrière lorsqu'il rédigeait déjà des pièces mais que toutes les portes se fermaient devant lui. Il avait proposé ses histoires à la troupe du Marais puis à celle de Bourgogne, ils avaient refusé tour à tour. Alors, il ne lui restait qu'à regarder ses manuscrits se consumer dans la cheminée. Quand il avait accès à une cheminée ce qui n'avait rien d'assuré à l'époque puisqu'il fallait avant tout amuser et charmer les puissants pour avoir le droit de se réchauffer. A chaque fois, il se mettait à douter de son talent. Qui était donc aveugle ? Eux de ne se fier qu'à la façon d'écrire de Corneille ? Lui de croire qu'il pouvait « faire auteur » ? Puis un jour, grâce au soutien de La Fontaine ou Boileau, tout était comme avant et l'enthousiasme pour une nouvelle idée le gagnait. La situation était certes différente. Il était seul face à ses questions, face à celui qui lui en voulait assez pour le ridiculiser en face de la cour entière. Et il ne désirait pas abandonner son projet, ne serait-ce que pour la dame d'Aubigné, cette si parfaite Andromaque. Il avait le sentiment que c'était un sujet absolument parfait pour une tragédie. Et il ne pouvait empêcher les alexandrins de courir dans son esprit.

- C'était une superbe scène, murmura Whitney of Dover à son oreille.

Racine ouvrit les yeux, soudain conscient que les voix s'étaient tues pendant son temps de réflexion. Sa troupe le fixait avec une inquiétude non dissimulée, déroutée par le fait que le maître se soit tu pendant si longtemps alors qu'il n'avait cessé de leur faire des remontrances depuis le début de la répétition. Jean repoussa légèrement sa maîtresse au jugement de laquelle il n'avait aucune confiance et se redressa pour commencer d'une voix sévère :

- Il va falloir que...
- Monsieur Racine ? Voici la personne qui souhaitait vous parler, il semblerait que ce soit important.

Encore Mlle Roussel ! A ce stade-là, Jean la soupçonnait de se venger de toutes les imprécations qu'il avait pu lui lancer pendant sa courte période de déprime où il ne cessait de la houspiller et de gronder derrière elle. D'ailleurs, au sourire apparemment désolé (mais que Racine qualifia aussitôt en lui-même de « mesquin ») qu'elle arborait, c'était sans doute le cas. Il comptait la remettre à sa place proprement pour l'avoir interrompu dans sa tirade (avant de l'étrangler) mais son attention fut détournée par la personne qui suivait sa future ex-comédienne. Il perdit son souffle et sa bouche s'ouvrit en un parfait « o » comme le font les imbéciles. Il avait tout de suite reconnu ce visage affirmé, la beauté de ces yeux, la silhouette volontaire de cette femme. Elle avait juste vieilli de quelques années. Tout comme lui. Puis un cri d'alarme retentit dans l'esprit de Racine. Il n'avait absolument pas l'intention de régler ses comptes avec Rose devant un parterre de spectateurs composé de sa maîtresse actuelle et de sa troupe avide de rumeurs, enfin si comptes il y avait à régler. Que voulait-elle ?

- Finalement, je vais recevoir mademoiselle dans une autre pièce, se releva brutalement Racine, faisait tomber Whitney en arrière sur le sofa. Puis en adressant un geste de la main à ses acteurs, il poursuivit : Continuez à répéter sous la direction d'Arnaud, reprenez, reprenez.

En ignorant la mine stupéfaite de Charlotte Roussel, il se dirigea vers la porte en entraînant Rose. Après avoir traversé une enfilade de pièces, arrivés dans un petit salon où ils seraient tranquilles, il ralentit l'allure, s'arrêta enfin et se tourna vers la jeune femme :

- Que fais-tu ici ?


Dernière édition par Jean Racine le 13.05.12 15:00, édité 1 fois
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« s i . v e r s a i l l e s »
Côté Coeur: Pas de coeur, cela ne cause des troubles de l'humeur et c'est trop fragile. Car quand on le brise, ça fait si mal, un coeur.
Côté Lit: Je ne compte plus les hommes, seulement les pièces qu'il laisse une fois qu'ils ont fait leur affaire.
Discours royal:



    Ô la belle ÉPINE
    pleine de rose


Âge : 24 ans
Titre : Prostituée ; Princesse de Schwarzenberg (faux titre)
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MessageSujet: Re: Quelle joie que celle des retrouvailles ! /Rose/   17.03.12 21:29

Maman doit rentrer, mais je reviens bientôt mon chéri.

Rose quittait la maison de Nanterre où elle laissait Raphaël, son petit ange, à sa nourrice. A chaque fois, c'était un déchirement. Lorsqu'on la voyait, on pouvait penser que la jeune femme était froide, distante et ne semblait pas avoir de cœur. C'était totalement faux mais on ne pouvait pas ouvrir son cœur tout le monde, surtout quand on fait un métier comme le sien ! Imaginez un petit peu une prostituée avec un cœur d'artichaut, ce serait vraiment tendre le bâton pour se faire battre, cela ne servirait qu'à davantage se faire mal, comme si sa situation était avantageuse. Rose n'a jamais été démonstratrice dans ses sentiments, son petit Raphaël est l'unique à bénéficier de tout son amour et son attention, Rose ne voulait pas d'homme dans sa vie, cela n'apportait que des ennuis et il voudrait bien sûr la faire arrêter son métier. Encore, l'homme serait riche, pourquoi pas, mais sinon il ne fallait pas rêver, Rose avait besoin d'argent pour son fils, mais aussi pour financer sa vie à la Cour. Car si le duc d'Islande la payait pour certaines soirées, la jeune femme était bien obligée de revenir de temps en temps pour conforter sa position et qu'on ne découvre pas sa fausse identité. Alors, les économies qu'elle amassait diminuait car il fallait des robes, des accessoires, les bijoux que Jóhann lui offrait, elle les mettait en gage contre d'autres bijoux ou alors de quoi s'habiller à Versailles.

En rentrant dans sa chambre à l'Île d'Or, Rose avait un petit vague à l'âme mais se posait surtout beaucoup de questions. Lorsqu'elle regardait l'état de ses économies, il était évident qu'il y en avait moins que la dernière fois. Le moindre écu gagné, elle le cachait, épargnait et avec Haydée, elle faisait ses comptes. Et si au départ, elle arrivait à se maintenir à flot, là cela commençait à se réduire. Il fallait dire que Rose avait une source de revenus en moins : Charles d'Artagnan ne passait plus demander ses informations et il fallait avouer que l'espion payait très bien pour les paroles de la jeune femme. La solution à ses problèmes se trouvait là, il lui fallait de nouvelles entrées d'argent. Pour commencer, elle avait pensé à se prostituer à Versailles, du moins se faire offrir des cadeaux et bijoux qu'elle revendrait. Mais s'il y a bien un endroit où Rose voulait oublier sa vie de fille de joie, c'est bien à Versailles. Le problème se révélait impossible durant une bonne partie de son temps. Puis la jeune femme se mit à caresser doucement le petit pendentif de baptême qu'elle avait acheté à Raphaël, un médaillon à l'effigie de Saint Nicolas, saint patron des enfants. Pauvre petit garçon, grandir chez une nourrice, ne voir sa mère qu'une à deux fois par semaine et ne pas avoir de père. C'est pile à cette réflexion que Rose releva légèrement la tête, réfléchit un instant. Elle ne s'était jamais posée la question de l'opinion du père car, peu importe qui il soit, il n'aurait pas à participer à la vie de l'enfant. Aujourd'hui, c'était différent, elle avait besoin d'une participation financière. Si elle savait qui c'était ? Quand on fait son métier, on n'est jamais vraiment sûr mais à l'époque où elle était tombée enceinte, elle avait eu un client régulier, un écrivain, ou poète, enfin un homme à la sensibilité artistique. A l'époque cela l'amusait, il était difficile de vive de son art mais il avait une belle plume. Il n'avait voulu qu'elle durant quelques temps avant de passer à autre chose, Rose n'avait eu que peu de clients à cette époque, la probabilité qu'il soit le père était si évidente. Cet homme serait resté un artiste des bas-fonds, elle aurait cherché une autre idée, mais la jeune femme l'avait vu à la Cour et savait qu'il avait réussi à percer. Il était devenu un dramaturge et tout le monde, ou presque, portait aux nues les talents de monsieur Racine. Oui, Jean Racine pouvait être le père du petit garçon de Rose. Il ne restait qu'à le convaincre, ce qui serait le plus difficile, mais qui ne tente rien n'a rien !

La jeune femme se leva de son lit, se recoiffa un peu, s'arrangea et enfila un manteau de laine pour sortir dans Paris. On lui avait souvent parlé de l'Hôtel de Bourgogne, elle savait dans quel quartier il se trouvait, il n'y avait qu'à demander son chemin pour les derniers pas. Rose se risquait à ce qu'on lui refuse l'entrée dans l'hôtel, ou alors à un refus de Racine, mais elle avait besoin de cet argent. Pour elle, pour son fils, pour arrêter. C'est son but : économiser suffisamment pour tout arrêter et enfin élever Raphaël. Et ce n'est pas en piochant dans ses économies qu'elle allait y arriver ! Dans la rue, Rose marchait l'air déterminé, dans toute sa droiture, et un port de tête des plus fier qu'on pourrait presque en oublier le métier qu'elle exerçait. Elle fendait la foule de parisiens et après plusieurs demandes et de rues, elle tomba devant l'Hôtel de Bourgogne. Une peur vint serrer son cœur mais elle l'a balaya instinctivement : un homme, aussi reconnu qu'il soit, ne devait pas lui faire peur. La voilà donc à cogner à la pote de façon énergique pour qu'on l'entende suffisamment. Elle tomba nez à nez avec une jeune femme au visage doux et aimable, une comédienne sans doute.

Bonjour, je viens voir monsieur Racine, je dois lui parler.
C'est que, monsieur est en pleine répétition et …
Je peux attendre dans l'entrée, il ne répétera pas indéfiniment.
répondit Rose, sur un ton posé mais ferme à la fois.

Elle savait se montrer aimable et pouvait parfois ranger sa gouaille pour paraître plus crédible aux yeux de certains. La jeune comédienne hésita, tourna la tête puis finalement ouvrit la porte pour faire entrer Rose. Elle lui fit un sourire et partit chercher Racine. En attendant, Rose regarda autour d'elle, admirant la beauté des lieux. Si elle entrait dans de belles demeures grimée en princesse Marie, c'était sûrement la première fois qu'elle y mettait les pieds en tant que Rose Beauregard. La comédienne revint, l'air désolé.

Monsieur Racine est vraiment occupé, je suis désolée.
J'vais attendre alors !


Mais les minutes passées semblaient bien longues. Alors comme ça, quand on entrait dans la cour des grands, on pouvait se permettre de négliger ses invités ? Rose savait bien ce qu'il s'était passé à l'anniversaire du Roi, elle y était en tant que princesse, elle avait entendu les histoires que Racine n'était plus dans les petits papiers du Roi, il devait redoubler d'efforts en ce moment pour retrouver sa place. Tout de même, où était la politesse ? Rose n'était peut être une fille de rien mais elle savait les bases de la politesse ! Agacée et tapant du pied, elle interpella la comédienne.

Hé, mademoiselle …
Je me nomme Charlotte.
Charlotte, vous pouvez pas retourner le voir car je ne veux pas me transformer en meuble dans le vestibule.


Elle s'impatienta, Charlotte le vit bien et retourna déranger son maître. Cette fois, Rose tendit l'oreille pour savoir ce qui s'y passait et entendit distinctement Racine parler.

Sûrement pas ! Faites-la patienter dans l'entrée, elle finira bien par se lasser.
Alors là, tu peux toujours courir.
murmura Rose.

Elle aurait voulu faire une entrée fracassante mais se retint, sachant pertinemment que ce n'était pas la bonne méthode. Il lui fallut beaucoup de retenu pour ne pas le faire, serrant les poings et se mordant la lèvre inférieure. La dénommée Charlotte réapparut désolée, avant de repartir à ses tâches quotidiennes. Rose avait un sale caractère, du sang gascon coulait dans ses veines et elle ne se laisserait pas abattre, il allait se lasser avant elle ! En ayant assez, elle attrapa au vol Charlotte pour lui parler.

Dites lui que s'il ne veut pas me voir, je fais un scandale comme ces lieux n'en ont jamais vu.

Alors qu'elle allait retenter sa chance, Rose la suivit quelques pas derrière, observant la pièce où se trouvaient Racine et ses comédiens. Elle restait à distance mais pouvait être visible si on regardait dans la direction. Et ce fut le cas, Jean l'avait vue, elle vit son visage surpris et après avoir donné quelques ordres à sa troupe, il se dirigea vers elle et l'emmena avec lui à travers de nombreuses pièces à vive allure. Voilà maintenant qu'il la cachait aux yeux de tous après lui avoir imposé un pied de grue dans l'entrée, cet homme était un goujat, mais la prostituée n'était plus à cela près avec tous les hommes qu'elle avait rencontré dans sa vie. Une fois bien seul, il se retourna pour enfin lui parler.

Que fais-tu ici ?
Quelle amabilité ! On t'a jamais appris la politesse, surtout celle de dire bonjour et de ne pas faire patienter les gens comme des moins que rien.
lâcha t'elle amère avant de reprendre.Bonjour, pour commencer.

Elle n'avait pas vraiment réfléchi à la façon dont elle devait annoncer la nouvelle, ni comment elle allait se justifier du pourquoi maintenant. Elle roula des yeux tout en croisant les bras, puis lâcha un profond soupir avant de reporter son regard sur Racine. Il n'avait pas beaucoup changé depuis la ''liaison'' qu'ils avaient entretenu, et s'il l'avait traitée un peu plus dignement aujourd'hui, elle aurait pu rajouter qu'il était toujours aussi beau. Mais ça, Rose le garda bien au fond d'elle et restait le visage fermé, laissant planer un petit silence avant de se mettre à parler.

Je ne vais pas parlementer des années pour te gâcher ton précieux temps, tu sembles si occupé ! Je me serais bien gardée de venir te voir mais j'ai besoin d'argent. C'est pas pour moi, j'en ai besoin pour mon fils elle se tut un instant puis repris pour expliciter son propos. … Notre fils.

Voilà c'était dit et ses yeux verts observaient la réaction du dramaturge. Elle ne s'attendait pas à de grandes effusions de joie ni à ce qu'il tombe dans ses bras, elle espérait un peu de compréhension. Juste un peu … Mais même là, la jeune femme était persuadée qu'elle en demandait trop !

______________________


Vous les femmes, vous le charme,
vos sourires nous attirent nous désarment.


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MessageSujet: Re: Quelle joie que celle des retrouvailles ! /Rose/   13.05.12 14:56

Spoiler:
 

Quelle était la probabilité pour que, parmi tous ceux qui venaient lui rendre visite dans son hôtel, cette foule d'impromptus qui avaient dans l'idée de lui faire leur cour dans l'espoir d'être dans les petits papiers de celui qui était lui-même dans la faveur du roi (et dont le nombre avait, avouons-le, fortement diminué depuis l'anniversaire du roi), ce soit précisément cette jeune femme qui voulait le voir ce jour-là ? Racine n'aurait jamais parié un seul sou là-dessus et lorsqu'il la relâcha, une fois arrivé dans le petit salon, et recula de quelques pas, la stupéfaction se lisait toujours sur son visage. Pendant quelques dizaines de secondes, il prit le temps de l'observer. C'était comme se retrouver face à un passé que l'on s'était efforcé d'oublier. Non qu'il était spécialement désagréable, au contraire, mais la vie du dramaturge avait tellement changé depuis le temps où il avait fait la rencontre de la jeune Rose qu'il lui semblait qu'il avait connu toutes les personnes qui appartenaient à une époque antérieure au début de sa reconnaissance dans une autre existence. Celle du jeune garçon venu des petites écoles de Port-Royal, ayant presque toujours vécu dans la campagne calme de la vallée de Chevreuse et qui découvrait Paris. Bon pour être parfaitement honnête ce n'était plus vraiment le cas au moment où il avait fréquenté la jeune femme, cela faisait déjà plus de cinq années qu'il habitait Paris et il en maîtrisait les codes. Mais il était encore un pauvre poète sans le sou à la recherche d'un protecteur à cette époque... Et au moment où son regard croisa celui de Rose aux yeux emplis de défi et de fierté, il sentit des souvenirs remonter dans sa mémoire. Un sentiment de déjà-vu s'imposa à lui et pendant un instant, il redevint le jeune homme qu'il avait été, celui qui écrivait des vers à ses bien-aimées, qui envoyait des poèmes à Chapelain, le conseiller artistique du roi pour qu'il lui accorde une pension... Et qui allait aux bordels.

Elle l'avait regardé avec exactement le même air deux ans auparavant quand son cousin et meilleur ami, Antoine Vitart, l'avait entraîné dans cette maison close. Le Vasseur était reparti dans sa cure en province et Boileau avait décliné l'invitation pour passer la soirée avec eux (fort heureusement, il ne se serait jamais remis de la débauche que celle-ci avait été). Racine n'avait jamais aimé les prostituées. C'était honteux de l'avouer mais c'était autant parce qu'elles ne faisaient que leur travail et que Racine, l'orphelin, avait besoin de se sentir aimé que parce qu'il fallait payer. Et le jeune poète avait beau tenter de faire des économies (ce qui était une antithèse le concernant), ses fonds de tiroir et le dessous de son matelas étaient bien souvent vides. Alors il préférait tenter de séduire les jeunes femmes avec sa gouaille et ses alexandrins. Certaines résistaient un peu mais Racine savait se faire charmeur. Et la plupart du temps, il avait une dame ou demoiselle en tête et elle lui occupait assez l'esprit pour qu'il ne lui fasse la cour qu'à elle. Mais le soir de la rencontre, Racine suivait son cousin, Antoine n'avait jamais eu de problème d'argent et ce n'était pas le poids de sa conscience qui pourrait un jour le torturer. Ce n'avait pas été réellement le coup de foudre quand il avait découvert Rose mais elle l'avait immédiatement fasciné. Elle n'était pas comme toutes les autres qui se pavanaient devant les clients surtout quand ceux-ci avaient l'air jeunes et bien portants. Elle était dans son coin à les observer avec défi comme si elle n'était autre qu'une princesse qui méprisait ceux qui pensaient pouvoir la posséder même rien qu'une nuit. Ignorant les gamines blondes que la maquerelle lui mettait sous les yeux, Jean l'avait choisie, elle. Ils avaient passé la nuit ensemble. Et le jeune homme était revenu. Plusieurs fois, d'abord avec Vitart puis seul. Il avait aimé sa force, sa fierté, sa dignité, il l'avait aimée toute entière jusqu'à en être envoûté, jusqu'à ce qu'elle devienne une obsession. Il lui avait même écrit des poèmes qu'il lui lisait lui-même quand il la retrouvait, avait été jaloux de savoir qu'elle continuait de prendre des clients, avait été jusqu'à la supplier d'être son exclusif. Bref un romantique dans une maison close. Ça ne pouvait pas bien se terminer. Mais quelles étaient les histoires d'amour de Racine qui se terminaient bien ? Ce n'était même le cas dans la fiction, dans ses pièces.

Elle n'avait pas véritablement changé depuis cette époque. Après qu'il se soit lassé d'elle et qu'il avait considérablement espacé ses visites puis y avait mis fin, il ne l'avait plus jamais revue. Il était un amant qui oubliait bien vite ses conquêtes et qui passait rapidement à une autre paire d'yeux brillants et à un autre sourire charmant. Surtout que c'était peu après avoir quitté Rose qu'il avait fait la connaissance de la belle Christine de Listenois dont les histoires lui avaient assez plu pour qu'il continue de penser à elle de temps à autre encore aujourd'hui. Rose était en tout cas toujours aussi jolie et avait gardé sa silhouette fine qui donnait l'étrange impression de se trouver devant une femme volontaire et décidée. Malgré lui et l'agacement qu'il pouvait éprouver à l'idée de devoir faire face à une ancienne maîtresse qui avait visiblement envie de régler des comptes avec lui, il fut heureux de la voir bien portante et toujours aussi culottée. Combien de prostituées devaient-elles arrêter leur difficile métier seulement après quelques années, fanées et flétries autant à l'extérieur et à l'intérieur, ravagées par les maladies et la honte d'elles-mêmes ? Peut-être Rose avait-elle pu arrêter et trouver une profession honnête ? Il l'espérait, c'était une fille qui le méritait.

Mais pour le moment, ce n'était pas la compassion qui dominait l'esprit de Racine, seulement le déplaisir et l'irritation. Cela était une règle pour lui. Une fois que l'histoire était terminée, la femme qu'il avait aimé que ce soit une nuit ou plusieurs mois ne devait pas chercher à le recontacter, à lui demander des privilèges ou des services. Qu'elle ose venir à l'hôtel de Bourgogne, pénétrer ces murs où vivaient les comédiens au moment où il travaillait (au moment même où il avait décidé d'être sérieux!) alors que le dramaturge faisait une nette séparation entre les répétitions et ses débauches, cela avait tout lieu d'une provocation pour Racine. Il ne put s'empêcher d'être grossier et de lui demander d'un ton où se mêlaient surprise et exaspération ce qu'elle faisait là. Dès l'instant où il lâcha sa phrase, il comprit qu'il venait de commettre une faute impardonnable. Il la vit nettement se rembrunir et la jeune femme répliqua d'un ton qui parut assez cinglant à Racine :

- Quelle amabilité ! On t'a jamais appris la politesse, surtout celle de dire bonjour et de ne pas faire patienter les gens comme des moins que rien. Bonjour, pour commencer.

Voilà des retrouvailles qui commençaient mal ! Face à cette remarque pourtant juste (mais ne dit-on pas que l'on blesse d'autant plus que les reproches sont fondés ?), Racine fronça les sourcils et pour se donner une contenance, alla fermer la porte du petit salon d'où on entendait encore les lointaines déclamations des comédiens venues de la salle de répétition où il avait assez lâchement abandonné Whitney face à la tigresse que pouvait être Mathilde Even. En faisant volte-face, il grommela, de très mauvais poil, l'humeur brusquement assombrie :

- Il me semblait que la moindre des politesses était de prévenir de sa venue avant de débarquer chez les gens à l'improviste. D'autant que je ne sais si le « bonjour » est d'usage dans ces circonstances. J'aurais aimé dire que je suis ravi de te revoir mais si tu es là, c'est pour une raison précise, n'est-ce pas ? Vais-je vraiment passer une bonne journée ?

C'était bête, stupide et méchant de la part de Racine mais lui aussi avait sa fierté et il n'acceptait qu'on puisse remettre en cause sa façon de se comporter. Face à lui, elle resta silencieuse, l’œil noir. Quoiqu'elle espérait lui demander, car il était pour le dramaturge qu'elle était venue jusqu'ici dans ce but et pas pour le plaisir de retrouver son ancien amant, cet échange montrait que c'était très mal parti. Il croisa les bras dans une attitude de défi, refusant d'en venir à lui poser une quelconque question sur ses intentions. Qu'elle parle si elle le souhaitait encore ! Pendant qu'elle choisissait ses mots, Racine s'interrogea toutefois. Qu'est-ce qui pouvait bien la conduire à venir voir un amant dont l'histoire datait d'aussi longtemps ? Voulait-elle profiter de sa récente faveur à la cour pour obtenir une place chez lui, parmi les costumières ou dans sa troupe ? Le suspens ne fut pas long car Rose se décida enfin à sortir la bombe qui allait faire voler en éclats toutes les certitudes du dramaturge :

- Je ne vais pas parlementer des années pour te gâcher ton précieux temps, tu sembles si occupé ! Je me serais bien gardée de venir te voir mais j'ai besoin d'argent. C'est pas pour moi, j'en ai besoin pour mon fils...
- Que veux-tu que..
- Notre fils.

Une fois encore, Racine ouvrit grand la bouche en un « o » de stupéfaction, à croire qu'il allait passer la journée avec une tête d'imbécile. Il ne s'attendait vraiment pas à cela. Enfin du moins, à la deuxième partie de la phrase de Rose parce que lorsqu'elle lui avait demandé de l'argent, cela lui avait semblait si évident qu'il avait failli lever les yeux au ciel. S'imaginaient-ils tous qu'il croulait sous l'or parce qu'il avait le droit voire le devoir d'apparaître à la cour ? En tout cas, ils ne pensaient pas aux dépenses que cela pouvait entraîner... Bon d'accord, ce qui dévorait de l'argent, c'était plus ses sorties et sa participation aux fêtes que les costumes de cour... Mais la deuxième partie de la phrase avait momentanément chassé le reste. Ce n'était pas la première fois qu'une fille venait voir Racine en lui disant être enceinte de lui. La plupart du temps, c'était du pipeau, les dates ne correspondaient pas mais elles songeaient sans doute qu'il était bon d'avoir un homme cultivé et plutôt aisé comme père officiel plutôt qu'un pouilleux dont elles avaient eu le malheur de partager une nuit. Parfois, Racine, quand il avait vraiment pitié, donnait une bourse contre la promesse de ne plus revenir. Mais là, c'était vraiment différent. Il avait aimé Rose, pendant un court temps certes, mais assez pour qu'il ne puisse pas la considérer à l'égale de ces filles-là.

- Notre fils ? Répéta-t-il stupidement.

Néanmoins, il avait les nerfs à fleur de peau et les paroles de Rose l'avaient suffisamment blessé pour qu'elle ne s'en tire pas à bon compte. Il se laissa tomber dans un fauteuil qui se trouvait là et releva un regard sombre vers Rose qui attendait sa réaction :

- En parlant d'années, on peut savoir pourquoi tu as attendu si longtemps pour venir me voir ? Crois-tu vraiment qu'il est possible de venir annoncer à quelqu'un qu'il a un fils près de deux ans après la naissance de l'enfant et lui demander de l'argent... Qu'est-ce qui me dit que cet enfant existe réellement et que tu n'es pas en train de me raconter des craques pour obtenir un peu d'argent parce que tu as perdu ton boulot ou je ne sais quoi d'autre ?

C'était désormais la mauvaise foi qui primait :

- Et combien même, comment saurais-tu que je suis le père ? Avec ton métier de l'époque...

Il avait dit cela avec un air de mépris qu'il regretta immédiatement. Il n'avait jamais été cruel et n'aimait pas spécialement frapper là où cela pouvait faire mal sinon lorsque cela concernait ses ennemis. Mais avec Rose... Venait-il définitivement de la perdre et de mettre fin à cette conversation et à leurs retrouvailles en prononçant ces paroles malheureuses ?
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Côté Coeur: Pas de coeur, cela ne cause des troubles de l'humeur et c'est trop fragile. Car quand on le brise, ça fait si mal, un coeur.
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    Ô la belle ÉPINE
    pleine de rose


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MessageSujet: Re: Quelle joie que celle des retrouvailles ! /Rose/   22.05.12 21:31

Il me semblait que la moindre des politesses était de prévenir de sa venue avant de débarquer chez les gens à l'improviste. D'autant que je ne sais si le « bonjour » est d'usage dans ces circonstances. J'aurais aimé dire que je suis ravi de te revoir mais si tu es là, c'est pour une raison précise, n'est-ce pas ? Vais-je vraiment passer une bonne journée ?
Tout dépendra de ce que tu répondras à ma requête.
répondit-elle froidement.

Il y a encore quelques mois, Rose ne se serait jamais abaissée à demander quoi que ce soit à Jean, pour le simple principe de fierté. La jeune femme s'était toujours débrouillée par elle-même, c'était l'archétype même de la femme indépendante. Et son métier n'était pas avilissant à ses yeux, il fallait de tout pour faire un monde, il n'existait aucun sous-métier et vendre son corps était ce que l'on appelait « le plus vieux métier du monde », beaucoup l'ont fait avant elle et beaucoup le feront une fois six-pieds sous terre. Le tout était de savoir faire son métier sans paraître pour une espèce de vulgaire putain, tout l'art était l'art. Rares étaient les fois où elle était comme les autres filles, aguicheuses devant les clients pour qu'ils la choisissent, la belle brune savaient que beaucoup étaient attirés par cet aspect inaccessible et désintéressé du monde autour d'elle. Mieux, elle se permettait de refuser des clients, ce que la plupart des filles ne pouvaient pas faire. Mais elle ne pouvait pas travailler plus pour avoir de l'argent supplémentaire, son corps ne suivrait pas et elle ne voulait pas finir comme d'anciennes filles de joie, toutes défraîchies une fois la trentaine passée et rongées par les maladies. Il fallait donc se résoudre à demander mais l'entrée en matière avec le dramaturge ne fut pas la meilleure choisie à en croire ses bras croisés. Les deux se toisaient, l'air froid. Pourtant, Rose ne pouvait pas faire demi-tour, c'était trop tard et ce n'était pas dans son caractère. Puis elle devait penser à Raphaël, à son petit ange, c'était pour elle que la jeune femme se trouvait là.

Alors elle alla droit au but, sans tourner autour du pot comme certains faisaient et qui avait le don de l'énerver. Elle n'avait pas envie de lui faire la conversation, elle voyait qu'il allait bien, savait ses déboires par rapport à l'anniversaire et devinait qu'il s'en sortirait, du moins elle l'espérait. Rose avait beau ne pas s'y connaître en poésie, elle ne doutait pas de son talent et si Jean s'était hissé si haut, le mieux serait qu'il y reste.

Puis la nouvelle tomba. Elle parla de leur fils, juste deux mots qui suffirent à couper court aux paroles du dramaturge qui tomba dans un mutisme de longues secondes, l'air estomaqué. Il fallait avouer qu'elle n'avait pas pris de gants pour lui annoncer et venait avec un petit temps de retard, le petit avait deux ans déjà mais durant tout ce temps, Rose avait réussi à s'en sortir plutôt bien, ne voyait pas l'intérêt de le lui annoncer. Puis il fallait avouer qu'à l'époque, Jean était bien moins connu et donc sûrement moins fortuné. A quoi cela lui aurait servi de demander de l'argent à un pauvre ? C'était stupide ! Les mains sur les hanches, elle attendait, l'air déterminé, qu'il daigne enfin parler après avoir digéré cette nouvelle.

Notre fils ? réussit-il à dire en fin.

Elle ne fit que hocher positivement de la tête. Elle était certaine que ce n'était pas la première fois qu'une fille venait lui annoncer qu'il était père, avec plus ou moins de vérité et de vénalité selon les femmes, mais Rose n'avait pas fait cette demande à la légère, cela lui coûtait beaucoup à sa fierté d'être ici face à lui et surtout d'écouter les paroles qui suivirent.

En parlant d'années, on peut savoir pourquoi tu as attendu si longtemps pour venir me voir ? Crois-tu vraiment qu'il est possible de venir annoncer à quelqu'un qu'il a un fils près de deux ans après la naissance de l'enfant et lui demander de l'argent... Qu'est-ce qui me dit que cet enfant existe réellement et que tu n'es pas en train de me raconter des craques pour obtenir un peu d'argent parce que tu as perdu ton boulot ou je ne sais quoi d'autre ? Cela lui fit mal mais pas autant que la phrase qui méritait la palme d'or de la mauvaise foi qui suivait : Et combien même, comment saurais-tu que je suis le père ? Avec ton métier de l'époque...
QUOI ?


Ce simple mot était un cri du cœur et surtout d'indignation, de colère même. Il avait … il avait osé lui dire tout cela ? En venant jusqu'à l'hôtel de Bourgogne, bon nombre de scénarios lui étaient passés par la tête mais alors là, c'était au-delà de toutes les pensées qu'elle put avoir. Cela lui fit même mal, son cœur – qui n'était pas totalement de pierre – se serra mais plutôt crever que de le montrer. Au lieu de cela, elle fronça les sourcils et son air se fit plus dur. Jamais elle ne tolérerait qu'on la critique de la sorte, surtout quand la personne en face n'était pas une blanche colombe, et Racine était loin d'en être une. Alors s'il voulait jouer cela, elle allait répliquer et son ton serait aussi dur que la colère qui la consumait.

Tu t'abaisses à critiquer mon métier ? Mais je te signale que tu en étais bien content quand tu passais et que tu me trouvais et, mieux, que tu ne m'avais demandé d'être entièrement à toi ! Alors ne commence pas sur ce terrain là, tu perdrais.

Mais ce n'était même pas la partie la plus importante à ses yeux des insultes de Racine, cela n'était que pour sa fierté. Le reste était beaucoup plus grave puisque cela concernait son fils. Cet enfant qu'elle avait, au départ, refusé d'avoir puis avait fui la faiseuse d'ange pour porter ce petit être. Elle avait appris à l'aimer, s'était découvert un instinct maternel et, mieux, avait découvert une raison de se battre, d'avancer dans la vie et plus seulement pour elle-même. Son petit Raphaël était un véritable rayon de soleil lorsqu'elle accourait jusqu'à Nanterre pour passer quelques heures avec lui, et un déchirement total de l'abandonner à sa nourrice jusqu'à la prochaine fois. Si elle travaillait et tentait d'économiser, c'était pour lui, pour lui offrir une vie décente où ils seraient ensemble. Alors que Jean remette jusqu'à l'existence de son petit garçon, cela la remettait en rogne. S'approchant du fauteuil où le dramaturge s'était laisser tomber, ses yeux émeraudes lançaient des éclairs, elle aurait pu le foudroyer sur place si elle aurait pu.

Comment oses tu parler de notre enfant comme s'il n'existait pas ? Non seulement tu me traites de menteuse mais en plus tu t'imagines que je viens juste pour t’extorquer de l'argent en prenant un prétexte aussi bas. Tu veux que je prouve son existence ? Je te l'emmène quand tu veux, à condition que tu te défiles pas, couard comme tu es ! Elle prit une grande inspiration avant de continuer, toujours indignée. En le voyant, tu te feras une idée sur l'identité du père toi-même. Et si tu veux t'amuser à compter, à la mi-décembre, il aura deux ans, il est facile de savoir avec qui je me trouvais neuf mois plus tôt.

Il l'avait voulu, Rose avait accepté de n'avoir que lui. Si ce n'était pas la technique la plus rentable – sauf si le client est richissime – elle l'avait fait car elle appréciait Jean, sa douceur et ses poèmes. Puis il fallait avouer qu'elle avait adoré se sentir aimée, admirée et avoir un homme qui vous regarde comme il le faisait, avec tellement de douceur et d'amour. Rien que pour ça, elle ne pourrait jamais lui mentir, peu importe ce qu'il devenait aujourd'hui. Levan les yeux au plafond, elle lui tourna le dos et s'appuya contre un mur, passant sa main dans ses longs cheveux bruns. Son ton était plus doux, comme une sorte de confidence forcée qu'elle lui faisait

Si je viens aujourd'hui, c'est parce que je n'ai pas le choix, j'ai eu des dépenses supplémentaires et un de mes revenus qui me permettait de vivre mieux n'est plus. Je ne viens pas pour demander la charité ni pour te voler ton argent. elle tourna son regard presque suppliant. Tout ce que je fais, c'est pour Raphaël, je dois payer sa nourrice et tout le reste. Si tu ne le fais pas pour moi, fais le pour lui.

Elle aurait bien voulu rajouter un ou deux noms d'oiseaux mais elle n'en avait pas le cœur. Par contre, elle le ferait volontiers s'il refusait !

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MessageSujet: Re: Quelle joie que celle des retrouvailles ! /Rose/   02.10.12 18:41

Face à une nouvelle inattendue qui remettait en cause toutes les certitudes que l'on possédait, la meilleure défense restait l'attaque, Rose venait d'en faire l'amère expérience. La jeune femme n'avait jamais été un modèle de tact, c'était d'ailleurs l'un des traits que Racine avait aimé en elle avant de s'en lasser, mais le dramaturge venait de battre tous les records d'indélicatesse. Il ignorait ce qui l'avait conduit à se comporter comme un parfait goujat mais la façon dont elle était réapparue dans sa vie lui avait mis les nerfs à vif. Si Racine avait une règle dans ses histoires de cœur, c'était de ne jamais regarder en arrière. Il n'y avait rien à regretter, ni les moments passés ensemble, ni la façon dont cela s'était terminé. Mais ces derniers temps, le hasard mettait à mal ses plans en remettant Christine puis Rose sur son chemin. A croire que quelqu'un s'amusait à le contrecarrer et à le regarder démêler ses sentiments. Rose n'aurait pu arriver au pire moment pour lui annoncer une telle nouvelle. La vie de Racine s'était fortement compliquée avec l'anniversaire royal, la demande du roi d'intégrer les réseaux de messes noires comme client... Mais combien même le chaos que se trouvait être l'existence de son ancien amant, Rose n'avait pas mérité une telle réception. Après avoir prononcé ces mots pleins de mépris, le dramaturge ne put que baisser des yeux emplis de honte et se détourna alors que l'indignation semblait étouffer la jeune femme. Mais pouvait-elle comprendre qu'apprendre une paternité avait été un choc pour lui ? Que jamais il ne s'était imaginé avec un enfant ? Bien sûr, il avait dû avoir des bâtards mais tout cela restait très irréel pour lui car on ne lui avait jamais demandé d'en assumer la filiation. Il ne s'était jamais considéré comme père. Combien même, quel genre de père ferait-il, à mener une vie dissolue, entouré de maîtresses, d'une troupe de comédiens excommuniés ? L'annonce de Rose avait tout bouleversé à ce schéma simple et la seule réponse avait été de nier. Puis de prononcer des paroles blessantes.

Le jeune homme savait qu'il avait tort et s'attendait à la réplique cassante qu'allait lui apporter Rose. Et cela ne manqua pas. Bien sûr, comment pouvait-il critiquer son métier alors qu'il avait été l'un de ses clients ? Bien sûr, si lui l'avait considérée comme sa muse, s'il oubliait à l'époque qu'il n'était là que parce qu'il avait payé, elle, elle ne l'avait vu que comme un client, peut-être plus sympathique que la moyenne. Mais un client tout de même. Et il lui avait laissé un enfant... Cette pensée frappa Jean et il se recroquevilla dans son siège alors que Rose s'approchait de lui avec une mine furibonde. Il fut obligé de lever les yeux pour la fixer et s'obligea à ne pas baisser le regard :

- Comment oses-tu parler de notre enfant comme s'il n'existait pas ? Non seulement tu me traites de menteuse mais en plus tu t'imagines que je viens juste pour t’extorquer de l'argent en prenant un prétexte aussi bas. Tu veux que je prouve son existence ? Je te l'emmène quand tu veux, à condition que tu te défiles pas, couard comme tu es ! En le voyant, tu te feras une idée sur l'identité du père toi-même. Et si tu veux t'amuser à compter, à la mi-décembre, il aura deux ans, il est facile de savoir avec qui je me trouvais neuf mois plus tôt.

Tout prenait forme dans l'esprit de Racine et l'enfant, au fil des paroles de la jeune femme, devenait de plus en plus réel. Il gagnait en épaisseur, il avait désormais une silhouette d'un petit garçon, des fossettes, un sourire. Il avait même une date de naissance, un âge. Deux ans. Racine était partagé entre l'indignation et la déception d'être prévenu de son existence que si tardivement. On lui demandait d'assumer – car même s'il ne faisait que payer, c'était cela – un garçon qui était déjà vieux. Comment espérait-elle qu'il prenne la nouvelle ? En sautant de joie et en la serrant dans ses bras parce qu'il aurait toujours désiré se découvrir père ? Pourquoi n'était-elle pas venue plus tôt ? Peut-être qu'il aurait mal réagi mais cela n'aurait rien à voir car il aurait cherché à faire quelque chose pour elle, pour l'aider face à l'arrivée d'un petit être dont il était responsable. Mais deux ans plus tard... Bien sûr, il n'était pour elle qu'un père de circonstance, celui que l'on va chercher lorsque l'on manque d'argent, pas le père que l'on a aimé et dont on désiré un enfant. Toutes ces pensées se bousculaient dans le crâne du jeune homme et il crut qu'il allait exploser. Mais fort heureusement pour la suite de la conversation, ce fut Rose qui baissa les armes la première pour montrer qu'elle ne venait là qu'en paix. Racine s'était redressé, prêt à répliquer mais fut désemparé en voyant la jeune femme faire soudain volte-face, s'appuyer contre un mur et poursuivre d'une voix douce qui ne lui ressemblait pas :

- Si je viens aujourd'hui, c'est parce que je n'ai pas le choix, j'ai eu des dépenses supplémentaires et un de mes revenus qui me permettait de vivre mieux n'est plus. Je ne viens pas pour demander la charité ni pour te voler ton argent. Tout ce que je fais, c'est pour Raphaël, je dois payer sa nourrice et tout le reste. Si tu ne le fais pas pour moi, fais le pour lui.

Racine ne savait comment réagir face à cette confidence forcée. Il avait l'impression que Rose venait de se livrer à lui, comme elle ne l'avait jamais fait même pendant les semaines où il avait partagé son intimité. Elle venait de dévoiler ses faiblesses et il ne pouvait décemment pas la frapper encore pour la mettre à terre. Il se releva de son fauteuil et fit quelques pas en sa direction. Il aurait voulu présenter ses excuses, lui dire qu'il n'avait été qu'un idiot à lui parler ainsi mais tous les mots restèrent bloqués dans sa gorge. Au lieu de cela, il la considéra quelques instants et lâcha un faible :

- Je te donnerai la somme dont tu as besoin. Pour lui peut-être mais aussi et surtout pour toi, pour les souvenirs que j'ai gardés et que je chéris toujours.

Tu aurais dû venir plus tôt, hurlait-il mais là encore, il ne parvint pas à formuler les paroles. Le temps des reproches était passé, de toute façon, qu'est-ce que cela aurait changé ? Elle ne voulait pas de lui comme une présence même si elle lui avait proposé d'aller faire un tour chez la nourrice. Il hocha la tête lentement, comme pour assurer qu'il venait de faire un pacte puis tourna les talons en lui commandant de le suivre et en sortant de la pièce dans laquelle ils venaient de s'expliquer. Il ignorait si elle s'étonnait de son revirement brutal, si elle se disait qu'il ne faisait cela que pour s'éviter une nouvelle bagarre, par simple lâcheté, si elle se demandait s'il allait tenir sa promesse. Elle devait en voir des hommes qui manquaient à leur parole ! Il était fort probable qu'elle ne s'imaginait pas la véritable raison du geste du dramaturge, cette volonté de ne pas l'abandonner. Cette responsabilité toute neuve qu'il refusait lui-même de reconnaître pour un enfant qu'il ne connaissait pas quelques dizaines de minutes auparavant. Ils passèrent tous deux devant le théâtre d'où montaient encore des déclamations mais Racine ne s'arrêta pas même s'il dut s'attirer quelques regards interrogateurs, notamment de sa maîtresse actuelle, Whitney et conduisit Rose jusqu'à un bureau où il conservait une bourse aux pièces sonnantes. Il saisit celle-ci et la tendit à la jeune femme :

- Garde tout, utilise cet argent au mieux pour ton enfant. C'est une bonne somme, j'espère que cela te suffira mais si tu reviens, veille à venir à des moments où je suis seul et non occupé... Je... (il hésita un instant)... Je ne veux pas que tu prennes cela comme une invitation à venir avec lui, je ne l'ai pas élevé, je ne suis pas son père, uniquement son géniteur. Je... Je ne veux pas le voir.

Sa décision était en effet prise, il ne serait jamais un père acceptable. Il valait mieux pour tout le monde qu'il se tienne à l'écart. Il eut une moue désolée pour Rose et ferma le tiroir du bureau comme pour signifier que la discussion était close mais alors qu'elle allait tourner les talons, il lâcha :

- C'est un garçon ? Tu as choisi de l'appeler Raphaël comme l'archange ? Et... Il me ressemble vraiment ?

Il regretta immédiatement. Ces questions auraient pu paraître anodines pour quelqu'un qui le connaissait mal. Mais les poser, c'était montrer qu'il s'intéressait au sort de l'enfant, qu'il voulait s'en forger une image exacte et souhaitait le faire entrer dans sa vie. Il se mordit la lèvre en espérant que Rose prendrait cela comme de l'orgueil tout masculin. Avec un peu de chance... Elle l'enverrait bouler, après tout, elle en était capable !
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MessageSujet: Re: Quelle joie que celle des retrouvailles ! /Rose/   05.12.12 22:18

Rose était une femme de caractère, il était bien difficile d'admettre le contraire. Ce côté froid et distant était sa marque de fabrique et il était hors de question qu'elle tende l'autre joue après une gifle. Elle était de ces personnes du beau sexe qui se sont faites seules, à la force de la vie et de leur caractère, sachant encaisser les coups durs pour en sortir plus fortes encore. La jeune femme refusait toujours la charité, ce n'était pas son genre, bien au contraire. Elle était une femme de travail, qui se sacrifierait toute entière s'il le fallait pour gagner plus afin d'élever son enfant. Mais là, ce n'était plus possible. A l' Île d'Or, Rose ne pouvait pas gagner plus, cela la tuerait à la tâche et elle se refusait à être une machine pour faire plaisir à ces messieurs. Aux cartes, les revenus étaient aléatoires mais là encore, elle ne pouvait pas faire plus. Sa pension en tant que dame de compagnie de la favorite était un bon pactole, tout comme ce que le prince de Vik lui payait. Mais son mensonge avait un coût, son client ne pouvait pas payer ses sorties récurrentes à Versailles pour entretenir son identité, il fallait qu'elle le fasse elle-même. Tout était bon pour faire des économies : teindre certaines robes, revendre des bijoux pour s'en racheter des plus discrets et mettre le reste de côté, faire attention au moindre sou dépensé … Cela aussi était épuisant. Et depuis que Charles d'Artagnan avait disparu du jour au lendemain, il n'y avait plus la paie du vieux mousquetaire pour des informations, et cela faisait un trou dans son budget déjà serré. Il lui fallait mettre de l'argent de côté pour s'en sortir un jour, sachant pertinemment, qu'elle ne pourrait pas faire le tapin toute sa vie et qu'il lui faudrait bien élevé un jour son fils correctement. C'est là où Rose avait du mettre sa fierté de côté pour venir voir Racine et lui révéler l'existence d'un enfant.

Mais même la femme la plus forte en ce monde avait des failles, ses faiblesses, Rose n'était pas inhumaine à ce point. Avec toute la bonne volonté du monde, elle ne réussit pas à masquer cette cassure dans sa voix, montrant ce désarroi qui l'habitait. Si cela n'avait dépendu qu'elle, jamais Jean n'aurait été mis au courant de cet enfant, elle l'aurait assumée comme une grande, comme elle l'avait fait depuis deux ans. Il pouvait bien lui en vouloir d'avoir attendu tout ce temps, et il aurait raison sur ce point, mais il connaissait suffisamment la jeune femme pour savoir que ce n'était pas du tout son genre de pratiquer la mendicité pour quelques pièces. Elle se tenait là, dans la pièce, droite comme un i à son habitude, mais le regard bien plus triste qu'il y a quelques minutes. Jean était sa dernière chance de trouver une ressource acceptable pour Raphaël. Cela pouvait paraître totalement intéressé à ne penser qu'à l'argent de la sorte mais ce n'était pas pour elle. Pour elle seule, la jeune femme avait assez pour mener une vie confortable, malgré les dépenses pour vivre à la Cour. Mais quand on a un enfant à charge, c'est une autre paire de manche … Et le silence après cette confidence était insoutenable, c'est comme si le dramaturge se levait au ralenti et pourtant que chaque pas martelait le sol, tandis que Rose en retenait presque son souffle.

Je te donnerai la somme dont tu as besoin. Pour lui peut-être mais aussi et surtout pour toi, pour les souvenirs que j'ai gardés et que je chéris toujours.

Tout d'un coup, l'angoisse se dissipait et elle se retint pour ne pas soupirer de soulagement. Un petit sourire vint enfin étirer ses lèvres et elle répondit tout aussi faiblement.

Merci.

Un simple mot mais qui voulait dire tellement. Rose n'était pas du genre à s'épancher sur les sentiments mais Jean saurait que ce merci n'était pas qu'un mot jeté en l'air, une parole dite pour répondre poliment, mais quelque chose de sincère et de vrai, tout comme l'était la jeune femme. Mais pourquoi changeait-il d'avis tout d'un coup ? Rose ne se le demanda qu'après coup, alors qu'il demandait de le suivre pour quitter cette pièce, en silence. Racine se donnait-il bonne conscience en donnant de quoi vivre à son enfant qu'il venait de découvrir ? Pour se débarrasser de Rose ? Peu importe le pourquoi, la prostituée ne cherchait plus quelles étaient les motivations des hommes, elle en voyait assez passé pour savoir qu'ils ne savaient pas eux-même ce qu'ils voulaient dans leur vie, elle les laissait avec leurs états d'âme, même si elle se posait parfois des questions.

La nouvelle pièce pour leur discussion était sans aucun doute le bureau du dramaturge et par curiosité, Rose regardait un peu partout le décor de la pièce. Il avait tout de même bien réussi sa vie, être protégé par Madame et obtenir une pension du roi n'était pas donné à tout le monde. Elle se souvenait qu'il écrivait des vers avec une facilité déconcertante, elle n'en comprenait pas toujours le sens mais aimait la sonorité, la musique des mots et surtout le voir si emballé et déclamer avec tant de ferveur. Et aujourd'hui, il avait sa propre troupe de théâtre et … pouvait sortir des bourses de pièces de ses tiroirs avec la plus grande normalité.

Garde tout, utilise cet argent au mieux pour ton enfant. C'est une bonne somme, j'espère que cela te suffira mais si tu reviens, veille à venir à des moments où je suis seul et non occupé... Je...Je ne veux pas que tu prennes cela comme une invitation à venir avec lui, je ne l'ai pas élevé, je ne suis pas son père, uniquement son géniteur. Je... Je ne veux pas le voir.
Je ne te forcerais à rien, tu fais déjà beaucoup et …
elle soupesa la bourse en hochant la tête, satisfaite, je pense que tu ne me reverras pas de sitôt. Mais merci en tout cas, je t'en suis reconnaissante. Je ne veux pas te déranger plus longtemps.

Elle rangea la bourse dans son manteau, lui fit un petit sourire et un salut de la tête et allait partir lorsque Jean l'interpella à nouveau. Visiblement, il souciait un peu plus de l'enfant qu'il ne le disait.

C'est un garçon ? Tu as choisi de l'appeler Raphaël comme l'archange ? Et... Il me ressemble vraiment ?

Elle était dos à lui et eut un petit sourire. Elle savait que le dramaturge n'était pas un sans cœur et, même si elle ne l'avouerait pas, elle était contente qu'il pose ces question, même s'il ne voudrait pas le voir. Elle se retourna, prenant un visage plus neutre.

Je croyais que ça ne t'intéressait pas ! Mais oui, je l'ai nommé comme l'archange car c'est ce qu'il est vraiment, un véritable ange, bien loin du comportement de sa mère ! Son fils était tout pour elle, c'était son petit ange, la seule chose véritablement positive dans sa vie. Pour simplifier, il ne tient de moi que mes yeux. Et te revoir confirme bien que j'ai raison … comme toujours.

En effet, le petit Raphaël tenait de son père, elle n'irait pas mentir sur un point comme celui ci, surtout que c'était facilement vérifiable, il suffisait qu'il le voit pour balayer ces soupçons et voir si Rose lui avait menti. Elle continua, lançant une dernière perche pour ne pas qu'il regrette :

Je ne t'oblige à rien mais … si tu veux le voir, tu n'as qu'à me demander. Je ne te dirais pas non, même si tu le mériterais vu comment tu m'as traitée tout à l'heure. Mais je pense que tu es dans ton droit de le voir, même si c'est juste par curiosité. Je ne te demande pas de jouer les pères, c'est trop tard et tu en as fait assez déjà. Elle eut un petit soupir puis se reprit. Je vais pas te retenir davantage. Merci encore.

A nouveau elle tourna les talons pour partir. A moins qu'il ne la retienne une dernière fois. Si non, Rose savait qu'elle avait fait ce qu'elle pouvait, c'était à Racine de choisir en son âme et conscience. Elle a eu ce qu'elle voulait, sans trop hurler et même avec le sourire sur la fin …

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MessageSujet: Re: Quelle joie que celle des retrouvailles ! /Rose/   19.12.12 2:21

Jean Racine ne s'était jamais imaginé en père. C'était bien là une idée qui ne lui avait jamais traversé l'esprit et à laquelle il n'était jamais pris à rêver. Peut-être était-ce dû au fait qu'il avait lui-même manqué de cette figure paternelle dans son enfance qu'il avait tant de mal à se projeter comme faisant partie de sa propre famille qu'il aurait fondé. Après tout il n'avait que trois ans lorsqu'il avait perdu son géniteur à la suite d'une épidémie qui avait touché La Ferté-Milon mais dont lui et sa sœur Marie n'avaient pas été atteints. Car même s'il avait eu des modèles, des silhouettes charismatiques qui s'étaient imposées à lui, son grand-mère Sconin ou l'admirable Antoine Le Maître qui l'appelait son « petit Racine », rien ne pouvait remplacer l'affection d'un père pour son fils, la fierté qu'il éprouvait quand celui-ci apprenait à marcher ou à parler, qu'il faisait ses premières armes dans l'existence ou réussissait à accomplir quelque chose de grand. Personne n'avait jamais dit en désignant le dramaturge « voici mon fils » avec cet accent d'orgueil qui faisait bomber le torse à ces enfants qui rêvaient de voir briller l'admiration dans les yeux de leurs parents. Quel genre de père aurait été le conseiller Racine ? Aurait-il soutenu les ambitions littéraires de son rejeton ou aurait-il préféré qu'il reprenne sa charge au grenier à sel ? Serait-il venu voir les pièces de son fils, aurait-il pleuré à ses mots, aurait-il applaudi après la dernière réplique ? Serait-il allé ensuite en coulisses pour ébouriffer les cheveux de Jean en disant simplement que c'était bien parce qu'il n'aurait pas été très doué pour exprimer ses sentiments ? Le dramaturge n'en saurait jamais rien car tout ce qu'il restait de ce père, c'était un souvenir confus, plus une ombre qu'un homme de chair et d'os. Comment aurait-il donc pu penser qu'il pouvait être un père ? Quelle place pourrait-il occuper dans la vie de son enfant si seulement il y en avait une qui lui était réservée ? Qu'est-ce qu'un père devait réellement à son fils sinon les moyens pour lui permettre de grandir sans connaître la pauvreté ? La réponse aurait peut-être été plus évidente si Jean avait désiré cet enfant, s'il avait sa connaissance dans ses premiers mois. Mais maintenant, le petit Raphaël était bel et bien présent et il lui faudrait plus que quelques dizaines de minutes pour répondre à ces questions de manière satisfaisante. Car pour être tout à fait honnête, Racine n'était pas de ceux qui jettent une bourse au premier venu puis oubliaient tout après. Cet enfant dont il ne connaissait ni le visage, ni le caractère, rien que le prénom, continuerait à lui trotter dans l'esprit. C'était le sien après tout.

- Je pense que tu ne me reverras pas de sitôt. Mais merci en tout cas, je t'en suis reconnaissante. Je ne veux pas te déranger plus longtemps.

De la part de Rose, c'était énorme et Racine hocha la tête devant ces remerciements. Finalement tout se terminait bien. Rose disparaîtrait à nouveau de sa vie comme elle l'avait fait pendant deux années, fantôme du passé toujours aussi réel et impétueux selon le dramaturge. Mais était-ce vraiment ce qu'il souhaitait ? Il l'avait voulu, oui. Quand il l'avait vue apparaître à l'entrée de son théâtre, quand elle lui avait avoué la raison pour laquelle elle était venue, il aurait voulu pouvoir la chasser tout de suite, laisser à l'entrée de son hôtel les souvenirs d'un passé que parfois, quand il se voyait au milieu des Grands au milieu des courtisans poudrés et bien éduqués, il aurait voulu oublier mais duquel il ne s'était pas totalement extirpé – il suffisait de voir les liens qu'il conservait avec les tavernes alentours et ce lien particulier qui le reliait désormais à la jolie Rose, lequel était désormais bien puissant. Pouvait-on vraiment perdre ses souvenirs de jeunesse ? N'y pensait-on pas toujours avec une certaine nostalgie ? Pouvait-on seulement mettre dehors un enfant, certes issu du passé mais qui continuait de grandir en se demandant peut-être où était son père ? Racine avait les pensées trop embrouillées pour formuler tout cela clairement. Tout ce qu'il réussit à demander, c'était des précisions sur le prénom et l'apparence de l'enfant. Il le regretta immédiatement. A quoi bon s'il ne devait jamais le rencontrer ? Il aurait suffi d'attendre que Rose s'éloigne définitivement, ferme la porte derrière elle et tout aurait été fini. Du moins, peut-être qu'il aurait réussi à s'en convaincre. En émettant un intérêt pour Raphaël, il venait de créer un lien avec l'enfant. Encore bien fragile et indicible mais bel et bien existant. Un instant, il espéra que Rose puisse se contenter de hausser les épaules avant de partir mais elle se retourna. Rien dans ses traits n'indiquait ce qu'elle pensait de ce retournement de situation et Racine sentit son pouls s'accélérer un peu en attendant les remarques qui allaient fuser, tout en se giflant mentalement d'avoir ouvert la bouche.

- Je croyais que ça ne t'intéressait pas !...

Racine baissa la tête en se mordant la lèvre, incapable de donner une explications, avant de la relever quand elle poursuivit avec un ton qui indiquait qu'un sourire se dissimulait derrière la neutralité de son visage, comme si elle s'empêchait de le laisser apparaître :

- Mais oui, je l'ai nommé comme l'archange car c'est ce qu'il est vraiment, un véritable ange, bien loin du comportement de sa mère ! Pour simplifier, il ne tient de moi que mes yeux. Et te revoir confirme bien que j'ai raison … comme toujours.


Un mince sourire s'ébaucha sur les lèvres du dramaturge malgré lui. Fierté toute masculine de savoir que l'enfant qu'il avait engendré lui ressemblait, qu'il avait ses traits, peut-être un peu de son caractère. Quelque part, un jeune garçon avait une part de lui-même et il lui semblait que c'était une sorte de miracle et qu'il ne l'avait mérité en rien.

- Il doit être adorable s'il a tes yeux, répondit simplement le dramaturge sans insister davantage mais d'une sincérité absolue alors qu'il fixait la jeune femme et son regard vert perçant. L'enfant avait-il déjà ce regard décidé et assuré ? Il n'avait pas vécu tout ce qu'avait connu sa mère et Racine espérait bien qu'il n'en aurait jamais l'expérience. Grâce à cette bourse, il éviterait déjà la pauvreté, c'était la moindre de choses que son père pouvait lui offrir.
-Je ne t'oblige à rien, insista Rose, mais … si tu veux le voir, tu n'as qu'à me demander. Je ne te dirais pas non, même si tu le mériterais vu comment tu m'as traitée tout à l'heure. Mais je pense que tu es dans ton droit de le voir, même si c'est juste par curiosité. Je ne te demande pas de jouer les pères, c'est trop tard et tu en as fait assez déjà. Je vais pas te retenir davantage. Merci encore.
- Je... Je note ta proposition, répliqua Racine sans savoir comment réellement l'interpréter, et je te remercie de ne pas m'en demander davantage, tu sais qui je suis, je ne suis pas sûr d'être le père idéal, sans doute vaut-il mieux que je ne reste que celui qui a donné de l'argent quand il y en a eu besoin. Ne me demande pas d'être responsable du jour au lendemain et d'assumer un fils que je n'ai pas élevé. Mais si tu as besoin, Rose, quelles que ce soit les circonstances, viens me voir. Je suis parfois sec, je me mets en colère facilement mais je ne pourrais jamais te laisser tomber quand ça va mal.

Il lui adressa un sourire confiant et la regarda tourner les talons et s'éloigner avec sa bourse à la main, encore empli de sentiments confus qui le conduisirent à s'asseoir sur la chaise de son bureau et à prendre la tête entre ses mains. Trop d'idées contradictoires se mêlaient en lui, du soulagement à la voir partir sans rien lui demander de plus à la déception de ne pas en savoir plus sur le petit garçon voire même à l'excitation de se savoir père. Il poussa un profond soupir, encore partagé quand la porte s'ouvrit et une voix chantante claironna :

- Et bien, voilà longtemps que vous avez disparu, mon tendre ami ! Vous m'avez abandonnée au milieu de vos comédiens qui ont commencé à se disputer et...

Racine écarta les mains de son visage pour voir la silhouette de sa maîtresse du moment, Whitney of Dover lui faire face et continuer à babiller. En temps normal, il aurait été ravi qu'elle ait pris l'initiative de le rejoindre mais ce n'était pas le cas ce jour-là, il aurait préféré rester seul pour pouvoir réfléchir à son aise et ne pas devoir adresser des compliments à une femme dont il n'avait que faire pour le moment. Quant à ses comédiens, il les avait même oubliés et laissés à leur répétition. Il reprit sa respiration, adressa un large sourire à Whitney et se leva avec entrain.

- Allons donc régler ces problèmes de diction, c'est sur cela qu'ils se battent n'est-ce pas ? Ma pauvre douce, je vous lâchée sans protection au milieu des fauves ! Mais je saurais me faire pardonner.
- Vous avez intérêt, renchérit la jeune femme avec une moue boudeuse.

Il lui saisit le bras galamment et la conduisit hors de la pièce pour rejoindre le théâtre d'où en effet, on entendait des éclats de voix furieux – qui n'avaient rien à faire dans les scènes écrites par le dramaturge.

- Au fait, qui était cette gueuse, que vous voulait-elle ? Demanda Whitney, comme si cela l'intéressait réellement.

Racine ne releva pas le terme « gueuse » qu'il appliquait pourtant fort mal à Rose et à sa distinction bien naturelle et eut une pensée pour tout ce qu'il venait d'apprendre, pour l'enfant, pour son choc, ses paroles blessantes et eut un sourire tout à fait sincère et presque heureux.

- Oh nous avons une connaissance commune..., il prononça son nom plus bas, comme s'il s'agissait d'un secret, un certain Raphaël.

L'enfant venait bel et bien de rentrer dans sa vie. Et Racine ignorait encore qu'il n'était pas près d'en sortir.

FIN


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