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 Philosophons, parlons donc de votre morale [Grégoire] - Flash back

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MessageSujet: Philosophons, parlons donc de votre morale [Grégoire] - Flash back   29.02.12 23:12

La taverne « La couronne de blée », le 14 Juillet 1665 vers 18h


Il est possible de faire changer les choses, mes amis. Rien n’est immuable. Si tous ici, nous nous levons et parlons d’une voix… Si tout Paris crie son mal-être et sa souffrance, notre bon roi sera bien contraint de nous écouter ! Nous avons droit à la justice. Nous avons droit à l’égalité ! Nous nous tuons à la tâche depuis le jour de notre naissance sans pouvoir profiter de la vie, sans la moindre reconnaissance de la noblesse ! Est-ce normal ? Notre avenir… Non, votre avenir est entre vos mains. Il n’appartient qu’à vous de le rendre meilleur.

Sophie était debout sur le comptoir de la taverne, brandissant un poing revendicateur face aux consommateurs plus préoccupé par leurs chopes vides que de ce qu’elle racontait. En effet, mise à part cinq ou six habitués qui connaissaient déjà son discours plus deux ou trois individus l’observant d’un œil curieux, son public n’était pas des plus attentif. Mais la jeune femme n’en était pas déstabilisée pour autant ! Ses convictions lui tenaient tant à cœur qu’elle mettait toute son énergie à l’œuvre pour convaincre ses quelques auditeurs. Lorsqu’elle commençait à aborder de tels sujets, il était impossible de la faire taire…
Alors qu’elle pensait avoir présenté de la façon la plus avantageuse possible ses arguments, un rabat-joie bien connu dans l’établissement pour sa capacité à démotiver les plus militant pris la parole :

Rappelle-moi ma belle, où est ce que tu travailles déjà ?

A Versailles, pourquoi ? lui répondit Sophie, prenant un air contrarié par cette interruption.

La jeune femme aimait les débats. Ils étaient l’occasion d’échanger des idées et de confronter les points de vue afin de parvenir à créer une représentation plus affinée de la société. Ils étaient également le moment idéal pour convaincre les auditeurs encore récalcitrants. Pourtant Sophie n’apprécia pas l’intervention de l’homme, elle connaissait bien son adversaire du jour. Elle savait à l’avoir écouté à plusieurs reprises déjà qu’il était prêt à tous les coups bas oratoires pour discréditer ses opposants. Il n’avait aucun scrupule à déformer la réalité ou créer des rumeurs pour s’attirer les faveurs de l’opinion publique. Sa spécialité était de s’attaquer à la vie privée des intervenants pour les tourner en ridicule. Sophie le voyait bien, c’était exactement ce qu’il essayait de faire ce soir.

Il facile de nous parler d’égalité et de justice quand on mange bien et qu’on dort au chaud chez les nobles ! reprit-il sur un ton accusateur. Nous n’avons pas tous ta chance petite. Vient passer une journée au bateau lavoir avec ma femme et on verra si après tu as encore la force de révolutionner le monde ! Dit moi ma jolie, tu n’as pas honte de cracher sur la noblesse alors que tu profites de leurs privilèges ?

Je… je…

Il semblerait que notre splendide oratrice ait perdu sa langue ! L’attaqua-t-il sans lui avoir laissé le temps de répondre.

Un ou deux éclats de rire couronnèrent sa bassesse, lui tirant un sourire. Pourtant Sophie ne trouvait rien de drôle à la situation, bien au contraire. Son caractère enflammé était sur le point de refaire surface... Il était si facile de la mettre en colère, un rien la faisait sortir de ses gonds. Au prix qu’un grand effort de volonté, elle parvint tout de même à retenir la flopée de mots grossiers qui lui venaient à l’esprit. Elle aurait pris un plaisir indéniable à balancer ces quartes vérités à la figure de ce vautour… Cependant, elle était bien consciente que ce n’était ni le lieu, ni le moment. Elle prit une bonne inspiration pour remettre ses idées au clair et préparer sa défense.

Les raisons qui m’on menées à travailler auprès des nobles ne te regardent pas, répondit-elle d’une voix calme et détendue. Crois tu vraiment que je ne culpabilise pas quand je pense à mes frères et sœurs parisiens qui n’ont pas de quoi nourrir leur enfants ? Ce monde est dur… et injuste même ! C’est pour ça que je suis ici, devant vous ce soir à vous parler. Je ne peux accepter la situation ! Certain ici ont un cœur, très cher...

Voyant que la situation commençait à devenir tendue, le patron de la taverne insista Sophie à descendre de son estrade improvisée tout en la réprimandant. La jeune femme maugréa mais accepta tout de même de rendre les armes. Le gérant était un homme bon et elle comprenait tout à fait qu’échauffer les esprits n’était pas l’idéal pour le commerce. Elle lui souri gentiment et lui commanda une bière au passage. Après avoir tant parlé, il fallait bien se désaltérer !

S’adossant au comptoir, la jeune militante jeta un coup d’œil à la salle. Tous étaient retournés à leurs occupations. Les conversations avaient reprit leur cours et le maudit rabat-joie avait disparu de son champs de vision. Elle pesta intérieurement contre lui... S'il savait ! Elle n'était à Versailles que pour éclaircir les mystères qui l'entouraient et trouver enfin la vérité qu'on lui cachait. Au fond, une table de joueurs de cartes était occupée par une dizaine d’hommes. Sophie ne s’était jamais intéressée à cette activité, elle préférait discourir avec des inconnus ou encore discuter avec son ami Cécile Codon qui faisait parfois le service. Jouant machinalement avec sa bague lorsqu’elle s’impatientait, elle la faisait tourner autour de son annulaire droit. Il s’agissait de ce qu’elle pensait être l’alliance de sa mère, disparue alors qu’elle n’avait pas encore trois ans. En réalité, l’anneau d’argent surmonté d’un saphir bleu sculpté en forme de fleur avait été un présent d’un haut seigneur à sa mère il y a bien des années…

Le patron revint quelques minutes plus tard avec sa commende, s’excusant de l’attente. Sophie lui adressa un clin d’œil en guise de remercîment puis chercha une table vide du regard où elle pourrait s’installer. Trois de ses amis devaient la rejoindre dans la soirée pour fêter son anniversaire. Pour l’occasion, elle avait sorti sa plus jolie robe de couleur bleu sombre et avait fait l’effort de se maquiller légèrement, ce qui ne lui arrivait jamais. Qu’allait-elle donc pouvoir faire en les attendant ?

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MessageSujet: Re: Philosophons, parlons donc de votre morale [Grégoire] - Flash back   02.03.12 10:57

&

La nuit commençait à tomber, et Grégoire sortait du palais de Versailles. Il y avait passé la journée, une fois de plus, pour espionner les courtisans. Une fois de plus il avait ri des conversations futiles des courtisanes et avait surpris quelques seigneurs faire la cour à des jeunes filles en mal d’amour pendant que les épouses parlaient chiffons. La vie allait son train à Versailles, comme toujours. A les voir vivre si facilement, Grégoire les enviait, parfois. Tout y paraissait si simple. Néanmoins, Grégoire se rendait compte que derrière toute cette richesse se cachaient des hommes qui avaient vendu leur âme au roi. Ces nobles n’avaient plus leur liberté d’expression, et c’était tout juste s’ils possédaient encore leur liberté de penser. Alors oui, tout cela faisait rêver, mais en apparence, seulement. Grégoire préférait vivre dans la rue, plutôt que de se laisser dicter par un autre. Toujours est-il que cette journée avait été bénéfique.Evidemment, le poète avait pris des notes de toutes les discussions qu’il avait entendues, ne pouvant s’empêcher de rire de ces conversations. Occupé par ces considérations, Grégoire prenait le chemin pour rentrer à Paris, et marchait tranquillement lorsqu’il sentit quelques gouttes de pluie. Il accueillit ces gouttes d’eau avec un grand sourire : il aimait la pluie. Bien que parfois la pluie lui rappelait un souvenir assez douloureux, il ne pouvait s’empêcher de l’apprécier. Cependant, le chemin vers Paris n’était pas court, et la pluie se faisait de plus en plus forte, si bien que Grégoire ne pouvait plus ouvrir les yeux ni respirer. La tempête s’annonçait, et il fallait trouver un abri. Grégoire dut se rendre à l’évidence : il ne pouvait pas rentrer à Paris et devait attendre la fin de la tempête. Regardant autour de lui, il vit que le village de Versailles était moins loin que Paris. S’il marchait vite, il pourrait vite l’atteindre et trouver refuge dans une taverne. Ce serait alors l’occasion, se disait-il alors qu’il marchait à grandes enjambées, tête baissée, de découvrir l’ambiance des tavernes de Versailles.

Un quart d’heure plus tard, Grégoire était bien au chaud dans la taverne La Couronne de Blé, installé dans un coin sombre, seul à une table. Il tentait de se réchauffer quand une serveuse, l’air aguicheur, vint lui demander ce qu’il voulait. « Une bière » fut sa réponse. La serveuse partit, déçue du désintérêt que lui avait porté le jeune homme. Celui-ci était encore plongé dans ses pensées, pensées noircies par les souvenirs qu’avait réveillés la pluie. C’était pour ça qu’il aimait la pluie. Elle le ramenait directement à ce jour où il avait failli mourir. Oui, il avait besoin de ce souvenir, et trouvait une sorte de jubilation morbide à penser à ce jour. La serveuse lui claqua une chope de bière avant de tourner les talons, vexée. Tant mieux, se dit Grégoire, il n’était pas d’humeur à séduire, ce soir. Seul, dans l’ombre, il observait les habitués des lieux. La taverne paraissait vivante, avec plusieurs clients qui parlaient gaiement de leur journée. Pour le moment, les esprits ne s’échauffaient pas et une bonne ambiance régnait. Jusqu’à quand ? se demandait Grégoire. Il se faisait observateur de ces lieux qu’il ne connaissait pas très bien. Il vit soudain une jeune femme monter sur le comptoir, et leva la tête, intrigué. Allait-elle se déshabiller pour le plaisir des clients ? Mais au lieu d’enlever ses vêtements, elle prit la parole. Grégoire la regardait. Alors qu’elle était passée inaperçue dans la taverne (la preuve : il ne l’avait pas vue marcher jusqu’au comptoir), elle prenait une réelle assurance lorsqu’il s’agissait de parler debout sur un comptoir. Quelques hommes entrèrent et prirent place à la même table que Grégoire. Celui-ci les salua rapidement avant de se tourner de nouveau vers la jeune femme. Son discours l’intriguait. Elle appelait à la révolte et emblait persuadée du bienfondé de son entreprise. C’était la première fois que Grégoire entendait le discours d’une femme pour la liberté. Cependant, elle fut rapidement coupée par un homme à l’autre bout de la taverne. Tout cela devenait intéressant, se disait Grégoire. Grâce à cette intervention, Grégoire appris que la jeune femme travaillait à Versailles, au palais. Un sourire se dessina lentement sur les lèvres du poète. Grégoire voulait intervenir dans la conversation, mais il se contenait. Il était agréable d’être inconnu de tous et d’écouter sans être observé. Il ne devait pas se faire remarquer, pas tout de suite. Le poète la voyait qui s’énervait. Elle se contenait, il le voyait à l’inspiration qu’elle prit avant de répondre à son détracteur. Elle n’avait pas la langue dans sa poche, c’était le moins que l’on puisse dire. Mais le patron fit descendre la jeune femme du comptoir, à la grande déception de Grégoire. La soirée s’annonçait mouvementée, tout ce qu’aimait Grégoire pour qu’il oublie, le temps d’une soirée, qu’il était seul. Il continuait pourtant à observer la révoltée, qui à ce moment commandait une bière. Parce qu’il était dans l’ombre, elle ne pouvait pas remarquer le regard insistant que Grégoire posait sur elle. Les hommes assis à la table de Grégoire lui parlaient comme s’ils étaient amis depuis toujours. Grégoire les écoutait d’une oreille distraite et répondait par-dessus son épaule. Il avait remarqué, au doigt de la jeune femme, une bague attirante. La révoltée, comme aimait l’appelait Grégoire dans ses pensées, jouait avec cette bague et la faisait tourner autour de son doigt. De cette manière, Grégoire remarqua que c’était une bague d’une grande valeur, et se demandait comment une petite servante pouvait se l’être procurée. On pourrait retirer une grande somme d’argent de cette bague…

La bière à la main, Grégoire la vit qui cherchait une table où s’installer. Sans réfléchir, il l’appela :

« Eh toi ! La petite révoltée ! » Elle posa son regard sur lui. « Oui c’est toi que j’appelle. Viens t’installer avec nous, mes copains et moi seront ravis de t’avoir à notre table, hein les gars ? » Ces hommes qu’il ne connaissait guère il y a dix minutes acquiescèrent. Dans les tavernes, tout le monde se connaissait. Mais Grégoire, voyant qu’elle hésitait, insista : « Tu ne vas pas rester toute seule, quand même ! Viens trinquer avec nous, il y a une place à côté de moi, viens t’assoir. »
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MessageSujet: Re: Philosophons, parlons donc de votre morale [Grégoire] - Flash back   20.03.12 20:16

« Eh toi ! La petite révoltée ! »

Sophie jeta un regard vers la personne qui venait de prendre la parole par pure curiosité. Il s’agissait d’un jeune homme qui semblait avoir peu près son âge. Elle ne l’avait pas remarqué tout à l’heure du haut de son comptoir, probablement parce qu’il était installé dans un coin sombre de la taverne. Malgré le fait que l’inconnu la regardait, elle ne pensait pas pour autant qu’il s’adressait à elle. A la couronne de blé, tout le monde connaissaient son prénom. D’ailleurs, elle avait déjà rencontré certains des hommes qui étaient assis à la même table que lui. Ils n’étaient pas réputés pour être des enfants de cœur mais Sophie savait qu’ils avaient malgré tout un bon fond. Ses jugements étaient toujours empreins d’une naïveté candide. Toujours à vouloir regardé le bon côté des choses, elle idéalisait beaucoup l’Homme et sa capacité à faire preuve d’altruisme. Alors qu’elle allait se perdre dans ses pensées sur le sujet, l’inconnu insista :

« Oui c’est toi que j’appelle. Viens t’installer avec nous, mes copains et moi seront ravis de t’avoir à notre table, hein les gars ? »

Finalement la proposition lui était bien destinée. Dans un premier temps, cela la surpris. Pourquoi cet inconnu voudrait-il qu’elle vienne boire un coup avec lui ? Le fait que ses camarades acquiescèrent lorsqu’il leur demanda leur avis sur la question la surpris encore davantage. D’habitude les hommes ne veulent pas qu’une femme se joigne à leur table. Les sujets de conversation deviennent moins libres. La sensibilité et la pudeur des demoiselles imposent une certaine retenue. De plus les femmes ont la réputation de répéter à qui veut bien les écouter tout ce qui leur parvient aux oreilles, et cela comprend également les informations qui auraient mérité au contraire de rester tus. Ils n’avaient aucun intérêt à la convier à leur table. Et s’ils avaient dans l’idée de l’inviter à les rejoindre dans l’espoir que l’alcool leur permettrait de finir la soirée avec elle dans un lit, ils se trompaient sur toute la ligne ! D’une part, la jeune femme était déjà fiancée et d’autre part, il lui fallait bien plus que quelques verres pour être ivre. A force de passer ces soirées à la taverne, il faut bien avouer que Sophie commençait à avoir de l’entrainement en la matière.

Dans un second temps, Sophie fut intriguée. Le surnom que le jeune homme lui avait attribué indiquait qu’il l’avait écoutée lorsqu’elle prêchait du haut du comptoir la liberté, l’égalité et toutes les autres valeurs qui lui tenaient à cœur. Peut-être que son point de vue l’intéressait. Peut être partageait-il ses idées de changement, de révolution… Ou peut-être était-ce justement l’inverse ! En effet, il se pouvait aussi qu’il trouve son discours scandaleux. A plusieurs reprises Sophie s’était attiré des problèmes à exposer ainsi les vices de la société. Il est arrivé certains soirs que deux ou trois nobles se soient mêlés à la populace pour des affaires sans doute peu glorieuses et aient assisté à une de ces représentations revendicatrice. Ses paroles n’ont pas été vue d’un très bon œil… et c’est par la porte de derrière qu’elle avait du sortir de la taverne pour éviter de tomber sur ces messieurs armés et de fort mauvaises humeur. Mais cela ne semblait pas être le cas de l’inconnu, il ne paraissait pas spécialement hostile au premier abord…

« Tu ne vas pas rester toute seule, quand même ! Viens trinquer avec nous, il y a une place à côté de moi, viens t’assoir. »

Sophie jeta un coup d’œil vers la porte d’entrée de la taverne, ses amis avec qui elle avait rendez-vous n’étaient pas encore arrivés. D’ailleurs, étant donné la tempête qui s’abattait dehors, ils auraient sans doute pas mal de retard. Ne voyant aucune raison de se soustraire à l’invitation, Sophie rejoignit donc le groupe à la table, sa chope à la main et s’assis à la place proposée par le jeune homme qui l’avait interpelée. Le plus naturellement du monde, elle salua ses nouveaux compagnons :

Bonsoir messieurs ! Je m’appelle Sophie. C’est tout de même mieux que « la petite révoltée », vous ne croyez pas ?

Elle attendit patiemment que ses interlocuteurs en face autant. Non pas qu’elle soit particulièrement curieuse, mais de son point de vue cela était une marque de respect et de politesse de se présenter face à une personne qui ne vous connait pas. Sophie n’avait pu s’empêcher de lancer la remarque sur le surnom attribué par Grégoire, dont elle ignorait encore le nom. Elle n’avait jamais été une grande adepte des surnoms : déjà enfant, elle s’était défendue avec acharnement contre des « Soso » et autres diminutifs qu’elle qualifiait elle-même d’agaçants et exaspérants. Bien qu’elle doive reconnaitre que celui que Grégoire avait trouvé lui convenait parfaitement, elle ne l’appréciait pas pour autant. Sans doute Sophie avait-elle agit motivée par un élan de fierté inconscient. Il lui fallait montrer à la bande de compères qu’elle avait du caractère et qu’elle n’était pas du genre à se laisser marcher sur les pieds. Son tempérament ne manquait pas de piquant pour une jeune femme de sa génération.

Au bout d’un petit moment, un silence s’installa à la table. Comme elle l’avait imaginé, les hommes ne semblaient plus savoir quoi dire en sa présence. Sophie en profita donc pour orienter la conversation vers le questionnement qui l’avait poussée au départ à rejoindre la table : que pensez le jeune homme qui l’avait interpelée de ses idées ?

Mon discours vous a-t-il plu ? lui demanda-t-elle autant qu’à l’ensemble des hommes de la table.

Elle les écouta répondre à sa question tout en sirotant une ou deux gorgées de sa bière. La conversation avait toujours été un de ses passe-temps favoris. Les sujets ne lui manquaient jamais, ils se bousculaient même souvent dans son esprit. Elle pouvait parler pendant des heures que ce soit de sujets bateaux comme la météo ou plat du jour de la taverne ou de thèmes lui tenant plus à cœur tels que ses idées sur la société ou encore de ses livres préférés… Sa nature plutôt joviale invitait d’ordinaire à la discussion, tout autant que sa bonne humeur bien souvent au rendez-vous. Cependant, ses proches appréciaient encore davantage son cœur empreint d’altruisme qui incitait aux confessions.

Sophie porta son regard sur chacune des personnes assise autour de la table, elle se demanda qui pouvait-il bien être réellement. Elle ne connaissait rien d’eux alors qu’à l’inverse eux en avait déjà en avoir appris pas mal en l’écoutant. Tous étaient facilement cernables en quelques minutes, des lascars appréciant les plaisirs simples sauf justement le jeune homme qui l’avait invitée à s’assoir à côté de lui. Aucune émotion n’était déchiffrable sur son visage, comme si son âme avait été prématurément usée par la vie. Curieuse de nature, Sophie se rendit compte qu’elle aimerait bien en apprendre plus sur lui.

De quoi parliez-vous donc avant que j’arrive ? Je ne vous ai pas interrompus j’espère, reprit-elle sur un ton plus détaché, histoire de faire la conversation.

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MessageSujet: Re: Philosophons, parlons donc de votre morale [Grégoire] - Flash back   12.04.12 21:04

    Après quelques secondes d’hésitation, pendant lesquelles Grégoire se demandait si la jeune femme oserait les rejoindre, elle finit finalement par accepter l’invitation et rejoignit la tablée. Grégoire n’avait pas perdu de vue la bague qui brillait à son doigt. C’était comme si le bijou l’appelait et demandait à être dérobé. Mais patience…Il fallait d’abord que la révoltée se sente à l’aise, avant de voler la bague. Souriante, elle s’installa à côté de lui. La main sur sa chope de bière, elle était particulièrement bien placée, oui, Grégoire ne regrettait pas de l’avoir appelée. A peine assise, elle prit la parole, selon cette habitude qu’ont les femmes de vouloir se présenter officiellement. Du moins Grégoire le pensait-il.

    "Bonsoir messieurs ! Je m’appelle Sophie. C’est tout de même mieux que « la petite révoltée », vous ne croyez pas ?

    Grégoire sourit. Elle ne manquait pas de répondant et d’esprit. Il l’observait en coin pendant que les autres hommes de la table se présentaient, pas très enthousiastes. Grégoire se demandait si, comme certains des domestiques, elle ne prenait pas les habitudes de ses maîtres. A vivre avec des nobles, certains domestiques prenaient les mêmes manies et les mêmes manières de se comporter. Si ce n’était cette respectable façon de se présenter, Sophie semblait ne pas oublier son rang, et même, être à l’aise avec des personnes de leur condition. Quand leurs compagnons eurent fini de se présenter (au bout de quelques minutes à peine, cela était bien suffisant), Grégoire prit la parole.

    Quant à moi, je m’appelle Grégoire. Je trouve que le surnom que je t’avais attribué te va bien, « la petite révoltée », c’est bien ce que tu es, non ? En tout cas, ton discours appelait bien à la révolte, et si tu me réponds le contraire, c’est que je n’ai rien compris à tes paroles.
    Le poète prit sa chope à la main.
    « Allez, trinquons ! Trinquons à la révolution à Versailles ! Appelons à la liberté avec ma nouvelle amie, Sophie ! » En riant, Grégoire claqua sa chope contre celle de Sophie puis de leurs compagnons.

    A cette parole, les deux autres hommes rirent et prirent la parole. Ils parlèrent du comportement des nobles et des dernières humiliations qu’ils leur avaient fait subir. Pendant ce temps-là, Grégoire regardait tour à tour Sophie et sa bague. La jeune femme l’intriguait. Pourquoi avait-elle une bague d’une telle valeur ? Pour avoir grandit parmi la famille d’un seigneur, Grégoire se rendait bien compte que ce n’était pas une imitation. Sophie l’avait-elle volée à la femme chez qui elle travaillait ? A voir son visage, la petite révoltée ne paraissait pas être une voleuse. Mais lui-même ne semblait pas être un meurtrier et un voleur, et pourtant…Grégoire sourit à cette pensée. Il attendait le moment propice pour dérober la bague mais l’occasion ne se présentait toujours pas. Les deux hommes parlaient encore et encore sans que Grégoire ne les écoute. Quant à Sophie…Elle souriait et acquiesçait en silence. Ceci dura plusieurs minutes qui semblèrent des heures aux yeux de Grégoire. Puis le silence s’empara de la table. Grégoire ne s’en aperçut pas tout de suite. Il était plongé dans ses pensées, et ses yeux se promenaient dans la salle. Puis Sophie brisa le silence qui devenait sûrement trop lourd pour elle.

    Mon discours vous a-t-il plu ?

    La voix de Sophie eut le mérite de sortir Grégoire de ses pensées. Les deux autres répondirent en trois mots qu’ils avaient aimé son discours, et qu’ils voulaient se révolter eux aussi, et appelez-nous, disaient-ils, dès que vous comptez franchir les grilles du palais ! Grégoire s’amusait de la situation. On se révoltait en paroles, mais jamais en actes. Comme à son habitude, il observait et écoutait avant de prendre la parole. Une fois que ses compagnons eurent fini, il se tourna vers Sophie :

    Je ne saurai dire si ton discours m’a plu ou non. Il y a des points intéressants. Quand tu dis que notre avenir est entre nos mains, qu’il n’appartient qu’à nous de changer notre condition. Mais le problème, c’est que le roi, dans son petit paradis qu’est Versailles, n’a pas grand-chose à faire de nos récriminations. Et puis, comment veux-tu pousser le peuple contre le roi ? Jusqu’ici, je n’ai croisé que peu de personnes qui en voulaient vraiment à notre cher Louis. Il est aimé, même parmi le peuple. Même si Grégoire avait appelé Sophie pour lui voler sa bague, il se surprenait à prendre au sérieux les paroles de la jeune femme. Lui-même voulait que le peuple prenne conscience de sa condition, et du pouvoir qu’il pourrait avoir. Mais il n’était pas dupe. Et contrairement à la jeune femme, sa tête n’était pas emplie d’idéaux. Voies-tu, Sophie, Louis-Dieudonné comme on l’a appelé, a réfréné les nobles pendant leur révolte. En faisant ça, il a montré qu’il n’hésitera pas à s’en prendre à quiconque s’oppose à son pouvoir. Noble ou pas noble. Riche ou pauvre. Du moins, c’est ce que le peuple en a conclut. Et puis, il faut avouer que la Bastille, ça freine les ardeurs. Mais si cela ne tenait qu’à moi, nous serions à ce moment-même devant les grilles de Versailles pour demander audience au roi. Je n’ai rien à perdre. Mais d’autres ont une famille, des enfants, une place chez des nobles…Grégoire lui fit un clin d’œil. Il but une gorgée de bière puis reprit : Mais toujours est-il que oui, nous avons droit à l’égalité et à la justice. Le jour où j’aurai une solution pour les avoir, je te ferai signe, petite révoltée.

    Grégoire ne savait pas pourquoi il avait tant dévoilé sa pensée. Il aurait pu se contenter de dire que le discours de Sophie lui avait plu, et en finir. Mais il ne voulait pas bercer la jeune femme dans ses illusions. Dire aux autres de se révolter ne suffirait jamais. Il fallait leur trouver des raisons concrètes pour faire entendre leur voix. Grégoire, s’étant lancé dans ce sujet, en avait oublié son but principal : la bague. Cette pensée ressurgit : la révolution, oui, mais avant tout, il fallait continuer de vivre, et pour vivre, ou plutôt survivre, Grégoire avait besoin de cette bague. Il ne savait pas encore comment il allait faire pour la prendre, mais de toute façon le moment n’était pas venu. Sophie était encore bien trop concentrée. Il fallait la mener sur un sujet qui la révolterait, et là peut-être…Mais la jeune femme reprit la parole :

    De quoi parliez-vous donc avant que j’arrive ? Je ne vous ai pas interrompus j’espère.

    Cette fois-ci, Grégoire ne laissa pas le temps à ses compagnons de prendre la parole. Il répondit, sur le ton de la conversation :

    Oh, nous parlions de choses et d’autres. Jean me racontait comment une femme avait failli finir à la Bastille parce qu’elle avait volé du pain. Heureusement pour elle, une bourgeoise passait par là et a donné de l’argent au boulanger qui a arrêté de crier. La routine…Tu sais, on a l’habitude. Il se passe toujours ce genre de choses, à Paris. Tout en parlant, Grégoire regardait ses ongles, se donnant une attitude nonchalante. Il s’attendait à ce que Sophie, impulsive comme elle semblait l’être, prenne la défense de cette pauvre femme, avec énervement. Evidemment, Grégoire venait d’inventer cette petite histoire. Il savait que les deux hommes face à lui ne nieraient pas ce qu’il racontait.

    Il vit Sophie ouvrir la bouche pour répondre mais il la coupa net en se levant. Qui veut une autre bière ? Je vais en chercher ! Bien sûr, Grégoire aurait tout simplement pu appeler le patron pour se faire servir à table. Mais il voulait faire attendre Sophie à leur table. Elle attendrait son retour pour prendre la parole. En attendant, elle bouillonnait, enfin, Grégoire se l’imaginait, et l’espérait secrètement. Accoudé au bar, il observait discrètement sa petite révoltée. Il demanda alors au patron ce qu’il savait de Sophie. Celui-ci répondit :
    « Oh, je la vois souvent ici. On dit qu’elle travaille pour la favorite royale, et qu’elle lui est dévouée. Je n’en sais pas plus, si ce n’est ce que t’as sûrement deviné : elle veut la révolution.

    Une fois servi, Grégoire retrouva sa table. Le patron de La Couronne de Blé n’avait fait qu’accentuer sa curiosité. Il s’assit, but une gorgée. Où en étions-nous ?


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MessageSujet: Re: Philosophons, parlons donc de votre morale [Grégoire] - Flash back   26.07.12 16:10

Finalement, Sophie avait fait le bon choix en venant s’assoir parmi le groupe d’homme. La soirée promettait d’être intéressante et peut-être même amusante. Le jeune homme qui l’avait invitée à les rejoindre semblait être plein d’esprit et avait de la répartie. Il venait de se présenter et déjà il la menait vers une joute oratoire inévitable en évoquant son discours revendicateur. Ils trinquèrent à son initiative puis elle lui répondit :

Je te l’accorde, tu sembles m’avoir bien cernée à travers mon discours… Mais vois-tu, j’ai horreur des surnoms. Et puis résumer tout ce que j’ai dit tout à l’heure à un simple appel à la révolte, c’est quand même assez réducteur tu ne penses pas ?

Certain auraient pu prendre comme une atteinte à l’ego l’attitude si désinvolte du jeune homme. Il semblait prendre à la rigolade des sujets qui importaient beaucoup à Sophie. Mais la petite révoltée n’était pas de ce genre là. Elle avait un sens de l’humour assez poussé qui lui permettait d’accepter la dérision. Les hommes évoquèrent les abus de la noblesse dont ils avaient été témoins. Elle se rendit compte qu’elle avait au moins déjà convaincu la moitié de la tablée que l’organisation de la société en trois ordres était loin d’être idéal. Cela mettait à terre le principe d’égalité entre les hommes qui semblait primordial aux yeux de Sophie. Ils étaient d’accord pour affirmer que la noblesse et les privilèges n’avaient plus leur place en France.

Alors que le tour de table des opinions sur le sujet allait s’achever, Sophie remarqua que Grégoire, le seul à n’avoir pas encore pris la parole, ne semblait tout à coup plus vraiment concerné par la conversation. Il était comme perdu dans ses pensées. Elle demanda aux hommes ce qu’ils avaient pensés de son discours pour le faire entrer dans la conversation. La réponse qu’il lui fit lui tira un sourire teinté de tristesse. Elle apprécia qu’il exprime ses opinions de manière si ouverte contrairement aux autres qui avaient acquiescé en quelque mots mais elle était déçue de constater que ses réflexions étaient durement ancrées dans la réalité. Elle se rendit compte qu’il ne partageait pas son utopie d’un monde où les hommes seraient enfin libres et égaux. Sophie ne pouvait s’empêcher de rêver d’un monde meilleur où la justice et l’égalité de tous régneraient.

Sophie savait bien que le peuple avait beaucoup trop à perdre pour prendre le risque de s’opposer au Roi de France. Des centaines de fois déjà, on lui avait servit cet argument. Elle avait réfléchi de nombreuses heures à ce problème. Bien sur que les hommes du peuple avaient tout à perdre en s’engageant sur le chemin de la révolte. Se lever face au Roi n’était pas une chose anodine et les conséquences pouvaient en être désastreuses. Elle était consciente du risque et elle ne demandait jamais dans ses discours aux hommes de prendre les armes. Parfois, elle s’emballait peut-être un peu trop comme ce soir du haut de son comptoir, mais c’était juste pour que ses idées marquent les esprits. Au fond d’elle-même, elle ne souhaitait pas vraiment que son auditoire aille chercher les fourches et prenne le chemin de Versailles. Elle voulait semer l’idée simple dans les esprits que tous les français avaient droit eux aussi de profiter de leur vie. Il n’était pas juste que certaines personnes soient condamnés depuis leur naissance à exécuter des travaux pénibles jusqu’à la fin de leur jour alors que d’autres en étaient dispensés. La base de toutes ses revendications reposait sur la conviction que le hasard de la naissance ne devait pas influencé la vie des hommes. Elle voulait en convaincre chacun car elle était sure du bienfondé de cette thèse.

Il ne faut pas prendre tout ce que je dis au pied de la lettre. Je parle de changement et même de révolte mais pas de prendre les armes ce soir et de se rendre à Versailles. J’essaye de transmettre des idées qui valent le coup d’être retenues. Si personne ne les clameraient sur les comptoirs des tavernes, les hommes finiraient par oublier qu’ils peuvent faire changer le monde.

Sophie n’essayait pas vraiment de convaincre Grégoire. Elle s’apercevait bien que comme beaucoup trop de personnes avec qui elle discourait, il avait les pieds trop ancrés sur terre. A sa mine réticente, il devait imaginer que cela ne servait à rien de perdre ses soirées à revendiquer le droit du peuple. Mais pour elle, c’était important. Ces idéaux étaient sa bouée de sauvetage qui lui permettait de supporter la vie quotidienne. Les regards méprisants des nobles s’allégeaient lorsqu’elle se perdait dans les rêveries d’un monde où ils descendraient enfin du piédestal depuis lequel ils vivaient.

Par la suite, Grégoire raconta sa touchante anecdote à propos d’une bourgeoise venant au secours d’une pauvre femme qui avait volé un boulanger sans doute parce qu’elle n’avait pas de quoi se nourrir. Quelle tristesse de voir où devait en venir les parisien pour survivre ! Elle-même avait connue la misère il y a quelques années… Elle avait eu de la chance de s’en sortir après le décès de son père. Beaucoup trop de chance d’ailleurs… Une chance qui avait suscité de nombreuses questions restées encore sans réponses aujourd’hui. Si elle était à Versailles, c’était pour les obtenir, ces fameuses réponses. Mais tout ça, le jeune homme l’ignorait. Il lui parlait comme si elle ne connaissait pas la vie dure des pauvres de Paris. Quelle tête ferait-il s’il savait qu’un temps, elle n’était qu’une pauvre orpheline volant sa pitance dans la capital ?

L’attristement de Sophie laissa place à de la rancœur. Comment pouvait-on condamner une personne aussi sévèrement pour un vol si insignifiant ? Il était évident que sans l’intervention de la bourgeoise, la femme aurait payé très cher son impudence. La justice était tellement mal faite dans la société… Tout n’était qu’une mascarade dont le but était de préserver les apparences. La sentence était prise avant même d’avoir entendu la version de l’accusé. Cela allait d’autant plus vite qu’une grande partie des les magistrats étaient corrompus. La faim du peuple ? On s’en fiche. Les pots de vins d’un boulanger, ça c’est intéressant !

La jeune femme en était là dans ses réflexions, elle voulu prendre la parole pour présenter son point de vu sur l’histoire. Elle voulu dire que cette anecdote illustrait parfaitement la raison pour laquelle il fallait œuvrer pour un changement du fonctionnement de la société. Les faits divers de la sorte se faisaient de plus en plus fréquents. Si personne ne se souciait des problèmes du peuple, tout allait finir par s’effondrer.

Elle n’eu pas le temps d’en placer une. Grégoire se leva et alla chercher des bières au comptoir. Frustrée, elle garda pour elle sa réplique, profitant ce l’attente pour peaufiner ses réflexion sur le sujet. Comme toujours lorsqu’elle s’impatiente, Sophie se mise à jouer avec sa bague un peu trop grande pour ses doigts fins. Naïve, elle n’avait pas du tout remarqué que depuis le début de leur conversation Grégoire s’intéressait à sa bague. D’ailleurs jamais elle n’aurait imaginé qu’elle puisse avoir une valeur autre que celle sentimentale qu’elle accordait au bijou.

Le jeune homme revint avec une boisson pour chacune des personnes à leur table. Il tendit une bière à Sophie qui approcha ses deux mains pour attraper la choppe sans en renverser. C’était le moment idéal pour le voleur d’exercer ces talents. Leurs mains entrèrent en contact, Grégoire feint une maladresse et avec un tout de passe-passe, la bague disparue sans que personne ne s’en rende compte.

Une fois tout le monde servi et après avoir remercié leur serveur improvisé, Sophie repris la parole :

J’allais dire avant que tu partes que c’est tout de même triste de constater à quoi en sont réduites certaines personnes pour vivre. Voler pour ce nourrir est une chose normale qui ne devrait même pas être cause de sanction. Voler pour ces propres profits en est une autre. Les autorités devraient faire une distinction entre ces différents cas de figure.

Le nouveau sujet de conversation fit polémique à la table, chacun argumentait. Sophie ne pouvait pas imaginer à quel point cette petite leçon de morale tombait à pique. Dire à un voleur que son activité est mal est une situation des plus comiques, encore plus quand on est la victime du vol…

Un homme entra à cet instant dans la taverne, trempé. C’était toujours le déluge dehors. Il vint rejoindre la tablé et salua les deux hommes assis. Ils étaient tous les trois de la même bande de compère. Sophie l’avait déjà rencontré, habituée de la taverne elle connaissait un peu tout le monde. Pendant que les trois hommes se saluaient et que le nouveau venu s’installait elle porta sa main vers sa bague comme à chaque fois qu’elle attendait… Enfin là où la bague se trouvait précédemment… Elle avait disparue !




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MessageSujet: Re: Philosophons, parlons donc de votre morale [Grégoire] - Flash back   15.08.12 22:22

    Grégoire donnait l’impression de se moquer de Sophie. Il prenait un ton désinvolte lorsqu’il lui parlait, et aimait dénigrer ses revendications. Pourtant, il se sentait attiré…Non pas attiré au sens sensuel du terme, mais il se sentait attiré par son esprit. La jeune femme ne se contentait pas de sa situation et voulait que les choses changent. Tant d’ambition rendait Sophie incroyablement intéressante. Elle pouvait mener des discussions sans se départir de son assurance et elle parvenait à démontrer ses opinions avec une force d’esprit que Grégoire avait rarement vue chez une femme. Il était donc à la fois amusé de son attitude, et curieux d’en savoir plus sur elle. Avant qu’il ne quitte la table pour réclamer de la bière, ils avaient eu une discussion pour le moins intéressante. Sophie savait parfaitement qu’il se moquait d’elle, mais elle n’avait pas hésité à remettre Grégoire à sa place. Amusé par sa répartie, il ne pouvait s’empêcher de la taquiner, désirant la faire sortir de ses gonds. Revenant à la table, il savait qu’il était parvenu à son but. En quelques minutes, il avait compris comment réagirait cette nouvelle amie. Nouvelle amie, vraiment ? Peut-être pas. Certes, elle l’amusait et il trouvait ses idées intéressantes, mais s’il s’était intéressé à elle, c’était tout d’abord à cause de sa bague. La pierre précieuse qui brillait à son doigt avait attiré le jeune homme. Avoir cette bague lui serait vraiment bénéfique. Il vivait au jour le jour et parfois il devait se passer de nourriture. Cette bague serait sa garantie de survie. Mais comment Sophie pouvait-elle posséder une telle bague ? Elle n’était qu’une femme du peuple, certes au service de la favorite royale, mais jamais la maîtresse du roi n’aurait fait à Sophie un tel présent. Sa petite révoltée aurait-elle volé le bijou ? Il fallait avouer que ce serait dans ce cas amusant…La bague serait ainsi dérobée pour la deuxième fois. A quelques pas de la table, le poète remarqua que la révoltée jouait avec sa bague. Tant mieux. Il avait pu voir que la bague tournait facilement autour du doigt fin de la demoiselle. Cette dernière semblait d’ailleurs s’agiter en attendant qu’il revienne. Un sourire se dessina sur les lèvres de Grégoire. Son plan se déroulait comme il l’espérait.

    Une fois à table, il donna aux hommes présents leur bière, posa la sienne sur la table et servit Sophie en dernier. Pas très galant, mais un gueux tel que lui devait-il se comporter comme un être serviable et bien élevé ? Non. D’ailleurs Sophie sembla ne pas lui en tenir rigueur. Tant mieux. Une femme vexée n’arrangerait rien à ses affaires. Sophie tendit ses deux mains pour bien tenir la chope. Grégoire fit exprès de laisser glisser la chope à quelques centimètres de ses doigts, feignant de la faire tomber. Il profita alors de l’occasion pour saisir la main de la révoltée et alors que celle-ci ne pensait qu’à tenir sa chope, il fit glisser la bague autour du doigt de Sophie et la prit. Il observa le visage de la jeune femme qui semblait ne pas avoir remarqué son geste. Parfait. Il mit alors la chope entre les mains de Sophie et d’une main libre, glissa la bague dans sa poche.

    « Je suis désolé, la chope a glissé. Heureusement qu’elle n’est pas tombée. Ta dextérité m’étonne, Sophie. Alors tranquillement, Grégoire s’attabla et porta sa propre chope aux lèvres. Le goût du liquide mousseux le calma. Certes, il était habitué à voler et s’en sortait généralement plutôt bien. Mais chaque vol était différent, et chaque fois, il craignait de se faire attraper. Personne ne le connaissait à la Couronne de Blé, contrairement à Sophie qui était une habituée. Si jamais elle s’était rendue compte de son vol, il était sûr que les autres clients auraient défendu la petite révoltée et s’en seraient pris à Grégoire. Heureusement, cette alternative pouvait maintenant être écartée. La bague était bien au chaud dans sa poche. Grégoire passa la main sur la poche, et sourit en sentant le bijou. Cette soirée était décidément pleine de surprises. Le hasard l’avait mené ici. Quel heureux hasard ! Grégoire eut un rictus lorsque la petite révoltée le remercia pour le service. Il but une longue gorgée pour le cacher. Si elle savait ! Heureusement, elle reprit la parole :

    J’allais dire avant que tu partes que c’est tout de même triste de constater à quoi en sont réduites certaines personnes pour vivre. Voler pour ce nourrir est une chose normale qui ne devrait même pas être cause de sanction. Voler pour ces propres profits en est une autre. Les autorités devraient faire une distinction entre ces différents cas de figure.

    Sophie prononçait ces mots alors que Grégoire buvait. En entendant les paroles de la jeune femme, qui s’accordaient parfaitement à la situation, il s’étouffa. Il lâcha son verre et, alors qu’il toussait sans pouvoir s’arrêter, Sophie lui tapa le dos. Se calmant peu à peu, et reprenant sa respiration, il eut un sourire : Cette bière est bien plus forte que je ne le pensais. Il valait mieux se faire passer pour un petit joueur en matière d’alcool (ce qui était bien évidemment un mensonge ) qu’avouer son vol. Pendant quelques minutes, alors que les autres hommes disaient leur opinion, Grégoire se demanda si Sophie avait remarqué son vol et souhaitait le lui faire savoir. Mais en l’observant, il put voir qu’elle était sincèrement intéressée par la question et semblait sérieuse. Cela valait mieux pour lui. Ces paroles n’étaient pas tombées dans l’oreille d’un sourd. Voler pour se nourrir, d’accord. Voler pour en tirer profit, non. Dans quelle catégorie de voleur se trouvait Grégoire ? Il volait pour manger, cela était sur. Il n’avait pas d’autre moyen pour manger. Mais il volait beaucoup. Beaucoup trop. Et ses vols n’étaient pas tous destinés à le nourrir. Il tirait profit de ses vols, faisait du chantage, du troc, et parfois il volait même pour le plaisir. Lorsqu’il commettait l’acte, lorsqu’il était sur le point d’être découvert, une décharge d’adrénaline l’envahissait et l’encourageait à voler de nouveau. Sophie désapprouverait donc son mode de vie, si elle savait… Pour faire bonne mesure, Grégoire prit part à la discussion. Il prétendait être de l’avis de la petite révoltée. Il disait même que les voleurs qui tiraient profit de ces vols donnaient une mauvaise image des gens du peuple, qui pâtissaient de cette réputation. La venue d’un nouveau client coupa court à la conversation. Tous se dirigèrent vers la porte où se dessinait la silhouette d’un homme. Derrière la porte encore entrouverte, on pouvait apercevoir la pluie qui tombait encore et toujours. Grégoire retint un soupir. Il allait encore être bloqué ici un bout de temps. Il aurait voulu disparaitre rapidement pour s’éloigner de Sophie. Celle-ci allait se rendre compte à un moment ou à un autre de l’absence de sa bague. La demoiselle semblait futée. Loin d’être idiote, elle pourrait faire le rapprochement entre la prétendue maladresse de Grégoire lorsqu’il lui donnait la chope, et la disparition de sa bague. Heureusement, la venue du nouveau client attira l’attention de tous. Il était trempé, tout comme Grégoire l’avait été en arrivant à la Couronne de Blé. Il semblait connaitre les hommes attablés avec Sophie et Grégoire puisqu’il les salua et s’installa avec eux. Grégoire faisait mine de s’intéresser à lui alors qu’il n’avait que faire de son identité. Etonné du silence de Sophie, il se tourna vers elle. Il vit alors qu’elle avait remarqué la disparition de sa bague. Remarquant l’air paniqué de la jeune femme, il détourna le regard et but une gorgée de bière pour masquer son intérêt. Il devait avouer qu’il ne savait pas quoi faire. Il se tourna alors de nouveau vers Sophie et eut soudain un soupçon de honte. La jeune femme était vraiment touchée par la disparition de la bague. Parce qu’ils avaient parlé auparavant et qu’il avait senti que la jeune femme était d’un naturel sincère, il regretta quelques secondes son geste. Mais ne pouvant retourner en arrière, il décida d’ajouter au péché de vol celui de mensonge.

    -Un problème, petite révoltée ?» Mais Grégoire eut un geste malheureux. Il passa machinalement la main sur sa poche, ce qui n’avait peut-être pas échappé à Sophie. Le voleur voulait éviter un scandale dans la taverne. Il prit alors la décision de quitter l’endroit. Il salua ses compagnons le plus naturellement du monde et évita le regard de Sophie. Quelque chose lui disait qu’elle avait remarqué son petit manège. Il se trouvait lâche de prendre ainsi la fuite, mais il n’avait pas le choix. La pluie était préférable à une bagarre dans la taverne. D’habitude, Grégoire n’évitait pas les bagarres. Mais en cette soirée, il préférait être raisonnable. Si l’on considère le fait que voler une bague soit raisonnable. Pour Grégoire, ça l’était.

    Il sortit et se trouva sous la pluie. Heureusement, elle était moins violente qu’au début de la soirée. Mais Grégoire ne savait pas où aller. Il pouvait certes rentrer à Paris mais le chemin serait long. Grégoire aimait la pluie. Lorsqu’il était trempé, il se sentait purgé de tous ses péchés. Il n’était pas un fervent catholique, mais il croyait en Dieu. Mais il y avait une différence depuis la mort de Catherine. Il y avait une différence depuis que, désespéré sous la pluie et souhaitant mourir, il avait été sauvé et en était sorti vivant. Depuis ces événements, il croyait toujours en Dieu, mais le détestait. Il détestait Dieu pour lui avoir sauvé la vie. Il aurait préféré mourir plutôt que d’être toujours sur Terre. La tête en arrière, bouche entrouverte, il goûtait la pluie. Il entendit alors la porte s’ouvrir, puis des bruits de pas dans son dos. C’était elle. C’était Sophie, il le savait. Il avait été assez lâche pour quitter la taverne, mais pas assez pour s’enfuir vers Paris. Il se retourna et la vit. Comment allait-elle réagir ? Grégoire s’attendait à une folle colère. Il s’attendait à ce qu’elle le gifle, lui hurle dessus et fasse sortir tous les clients de la taverne.

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MessageSujet: Re: Philosophons, parlons donc de votre morale [Grégoire] - Flash back   07.10.12 14:14

Jusqu’à présent, Sophie s’était bien amusée durant le début de la soirée. Elle ne regrettait en aucun cas de s’être jointe à cette tablée où l’on abordait des sujets à polémiques, où l’on refaisait le monde tout en savourant de bonnes bières. Elle en était même venue à apprécier ce jeune homme qui l’avait abordé en la surnommant « la petite révoltée ». Ses avis étaient réfléchis, il défendait ses points de vus avec habilité et faisait preuve d’une ouverture d’esprit qui incitait au débat. De plus, il ne manquait pas d’humour et de réparti comme il l’avait prouvé en critiquant ses revendications. Sophie était bien contente de constater que tout de même dans le fond, il partageait une grande partie de ses idées. Si cela n’avait pas été le cas, il ne faisait aucun doute qu’une guerre ouverte se serait instaurée entre eux. Les deux n’ayant pas leur langue dans leur poche, des répliques acerbes auraient probablement fusées. Mais il était agréable de voir qu’on n’est pas seule à désirer que les choses changent.

Pourtant en une fraction de seconde, cette ambiance chaleureuse venait de se dissiper. Sophie blêmie en constatant la disparition de cette bague à laquelle elle tenait tant, unique souvenir de sa mère en sa possession ! Elle la chercha désespérément du regard sur la table, par terre et même dans les replis de sa robe. Rien… Rien ! Nulle part … Même si par mégarde elle avait glissée de son doigt, elle ne pouvait pas être bien loin !

Un sentiment de panique commençait à s’emparer d’elle. Bien sur, il n’y avait pas mort d’homme. Sophie était consciente qu’elle pourrait très bien se passer de ce bijou dans la vie quotidienne. Depuis qu’elle avait été embauchée par la comtesse de Leeds, elle ne manquait plus de rien à Versailles. Cependant, elle avait conservé cette bague malgré l’adversité telle une relique de sa mère depuis son enfance. Elle ne se souvenait pas d’elle, elle n’était encore qu’un nourrisson lorsque la maladie l’avait emportée. Cet objet était le seul lien qui la reliait en quelque sorte à la défunte. Lui retirer revenait à lui arracher la chance de la connaitre… C’était un sentiment complexe et inexplicable, si difficile à formuler…
Le deuil d’une mère n’est jamais évident à faire, en particulier lorsqu’on n’a pas eu le temps de la connaitre. Même après des années quand les derniers souvenirs se sont estompés, cette fatalité est toujours aussi difficile à accepter.

Malgré toutes les émotions qui se bousculaient en elle, Sophie tentait tant bien que mal de garder le contrôle d’elle-même. Elle ne voulait pas que les hommes à table se rendent compte de son trouble. Par pudeur ? Par fierté ? Sans doute un mélange des deux. A côtoyer depuis des années un milieu dur et essentiellement masculin, la jeune femme s’était mise pas penser comme beaucoup d’entre eux qu’exposer ses émotions aux yeux de tous était un comportement inadmissible et une preuve indéniable de faiblesse. Seule une agitation trahissait les perturbations auxquelles elle était soumisse.

Cependant, Grégoire sembla se rendre compte que quelque chose n’allait pas chez elle :
« Un problème, petite révoltée ? »

* De quoi se mêle-il donc celui-là ? * s’insurgea-t-elle

Cette agressivité fut la première réaction qui lui vint instinctivement. Cela n’avait rien de surprenant, il s’agissait d’un pur réflexe de défense. Inconsciemment, elle avait perçu la question de Grégoire comme une agression alors que cela était sans doute loin d’être l’objectif souhaité du jeune homme. Sophie était incapable de raisonner logiquement tant elle était bouleversée par le déluge d’émotion auquel elle devait faire face.

Sophie voulu lui répondre mais les mots ne vinrent pas. Qu’avait-elle à dire au final ? Sans s’en rendre compte, la jeune femme lui adresser un regard empli de tristesse. C’était un appel à l’aide muet qui n’obtenu pas la moindre réponse.

Je … j’ai … bégaya-t-elle tout de même.

Sophie ne parvint même pas à finir une phrase. Personne ne pouvait l’aider. Ce constat alourdi d’autant plus la tristesse qu’elle éprouvait face à la perte. Les larmes commencèrent à pointer au bout de ces cils. Ne voulant pas montrer son désarroi, Sophie tourna la tête et fit mine de se mêler à la conversation entre les autres hommes qui continuait. Trop fière pour montrer à quel point elle était touchée par ce qu’il venait de se passer, elle préféra finalement ignorer la question.

Pourtant avant de tourner la tête, Sophie avait remarqué le geste de Grégoire vers sa poche. Quel étrange réflexe ! Cela ne pouvait pas être un acte anodin… Voulant s’occuper les mains pour chasser sa nervosité, Sophie porta sa bière à ses lèvres. Elle repensa à la chope renversée… Mais oui ! …
Sophie n’était pas stupide. Il ne fallu pas très longtemps pour que l’association d’idée s’effectue dans sa tête. Finalement son nouvel ami n’avait pas l’air si innocent que ce qu’il paraissait. Le doute s’immisça peu à peu dans son esprit. La conclusion de ses réflexions la laissa bouche-bée. Elle se tourna de nouveau vers Grégoire cherchant cette fois des signes de culpabilité. Sophie ne parvint par à cacher sa colère qu’elle éprouvait…

Ses doutes se confirmèrent à l’instant où Grégoire salua les hommes et quitta la table. Pourquoi fuyait-il ? Il avait forcément quelque chose à se reprocher. Sophie s’était trahie en affichant si clairement ses suspicions. C’était sans doute la raison qui l’avait poussé à décamper. Sophie ne voulait pas faire de scandale au milieu de la taverne. Elle s’était déjà assez faite remarquée pour la soirée en clamant ses opinions du haut du comptoir tout à l’heure. Elle le laissa donc s’échapper sans réagir… Mais elle le retrouverait. Elle ne le laisserait pas s’en sortir si facilement ! La tête haute, elle le regarda tourner les talons et se diriger vers la sortie.

Par la fenêtre Sophie l’observa discrètement avancer sous la pluie. A sa grande surprise, il n’essayait pas de s’éloigner de la bâtisse, emportant avec lui son larcin. Il restait sur place sous le déluge, comme s’il attendait qu’elle le rejoigne. Sans prendre le temps de réfléchir, Sophie se leva et sorti à son tour.
Alors qu’elle parcourait les quelques mètres qui les séparaient, la colère de Sophie ne cessait de croitre. A ses yeux, l’honnêteté et la confiance étaient des valeurs fondamentales, elle les arborait tel des principes de vie. Un de ses rêves serait de voir que tous, pauvres autant que riches seraient un jour capable de voir le monde avec autant d’innocence et de naïveté qu’elle. La jeune femme souhaiterait vivre au sein d’une société où la parole d’un homme à toujours une réelle valeur. Sophie est une idéaliste jusqu’au bout des ongles. Même face à la bassesse dont l’Homme peut faire preuve par de multiples occasions, elle ne perdait jamais espoir de faire partager ses convictions pour rendre meilleurs les personnes qui l’entourent.

L’acte commis par Grégoire n’était rien d’autre qu’une trahison pour elle. Il avait abusé de sa crédulité, de sa foi en l’humanité. Cela, elle avait beaucoup de mal à l’admettre. Elle ne pouvait accepter qu’on se moque d’elle de la sorte. Il avait par la même occasion piétiné sa fierté. Sophie s’était faite avoir comme une débutante par sa diversion qu’il avait instaurée par la conversation sur ses revendications. Peut-être même qu’il s’était moqué d’elle depuis le début, qu’il lui avait raconté ce qu’elle voulait entendre pour l’amadouer et tromper sa vigilance. Après tout ce n’était qu’un vulgaire voleur attiré par tout ce qui brille. Sophie était tellement en colère qu’elle n’éprouvait plus la moindre sympathie pour Grégoire. Elle ne voyait plus que les mauvais côtés de sa personnalité et seul lui importait de lui rendre la monnaie de sa pièce.

Sophie s’apprêtait à lui administrer une gifle retentissante à ce scélérat. Il méritait bien une leçon ! Elle leva sa main … Elle était prête à laisser exploser toute sa colère sur lui … Mais finalement, au dernier moment, elle renonça à ce geste puéril. Qui était-elle pour se permettre de juger ainsi une personne ? Après tout, elle connaissait le jeune homme que depuis une heure à peine. Il n’y a pas d’excuse à un crime mais il y a toujours une explication. Il fallait qu’elle l’entende avant de porter un jugement sur Grégoire. Elle se retrouver sur le point d’agir de façon identique à celle de toutes ces personnes qu’elle critiquait. Pour qui se prenait-elle à juger si vite une personne ? Bien sûr, elle était dans son bon droit. Cependant cela ne justifiait pas de se comporter comme une sauvage !

Rend-la moi, lui ordonna-t-elle sur un ton sec.

C’était la dernière chance de se racheter qu’elle lui accordait. Il n’avait pas intérêt à l’envoyer paitre sinon il ne faisait aucun doute que cette fois, Sophie n’essayerai même pas de retenir sa colère. Le caractère explosif de la jeune femme assurait que les évènements allaient mal se passer s’il tentait de la contrarier.

Pourquoi tu as fait ça ? Enchaina-t-elle abruptement.

C’était le moment de passer aux aveux. Sophie voulait des explications… et elle les aurait !

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MessageSujet: Re: Philosophons, parlons donc de votre morale [Grégoire] - Flash back   28.12.12 16:07

    Grégoire avait fermé les yeux quelques secondes, s’attendant à une douleur mémorable au niveau de la joue. Mais rien. Pas de bruit retentissant, pas de contact entre la main de Sophie et son visage. Il se demanda si Sophie était là : avait-il rêvé, ou bien était-elle partie ? Il ouvrit les yeux et vit Sophie face à lui. Elle n’avait pas bougé. Elle était là, immobile, comme insensible à la pluie qui s’abattait sur eux. C’était incompréhensible. Que lui arrivait-il ? Pourquoi ne criait-elle pas, pourquoi ne hurlait-elle pas sur lui ? Elle pourrait faire venir les autres clients, ils prendraient la défense de la jeune femme, sans aucun doute. Elle pourrait s’en prendre physiquement à lui, lui donner des coups, des gifles. Et pourtant : rien. Rien de tout cela. Juste un regard où Grégoire put lire une colère sourde. Mais ce regard était pire que tous les coups qu’elle aurait pu lui donner. Ce regard traduisait la déception. La déception d’un comportement auquel elle ne s’attendait pas. Grégoire se demanda si la jeune femme lui avait déjà accordé sa confiance. Elle était, décidément, bien trop idéaliste. Mais cet idéalisme qui s’apparentait à de la naïveté faisait aussi le charme de cette personne. Elle était touchante, même pour l’homme presque sans-cœur qu’était Grégoire. Alors la voix de la jeune femme retentit dans la nuit.

    « Rend-la moi »

    La voix chaleureuse et claire de Sophie avait disparu pour laisser place à une voix dure et sèche. Plusieurs options s’offrirent à Grégoire : mentir, feindre la surprise, refuser de rendre la bague ou dire adieu à tout ce qu’il aurait pu faire avec un tel bijou et le rendre à sa propriétaire. En d’autres circonstances, le jeune homme aurait volontiers fui. Il aurait aussi menti, se serait battu pour garder la bague ou aurait trouvé n’importe quelle solution pour ne pas la rendre. Mais là, c’était différent. C’était Sophie, la petite révoltée qui appelait à défendre la liberté. Il avait vu les larmes naître dans ses yeux clairs lorsqu’elle avait remarqué la disparition de sa bague. Elle avait voulu dissimuler ses larmes, par pudeur et par fierté sûrement, mais le gueux les avait remarquées. Ils partageaient, au fond, les mêmes idéaux, les mêmes rêves de liberté et d’égalité. Il ne devait pas se tromper d’ennemi : Sophie n’en était pas une. Il restait toutefois le mystère de la bague : comment pouvait-elle posséder un tel objet ? Grégoire n’avait rien répondu. La petite révoltée, quant à elle, attendait sans aucun mot. Son air décidé ne souffrirait aucun mensonge. Grégoire mit la main dans la poche et prit la bague entre les doigts. Quelle tristesse de devoir la rendre ! Il sortit lentement la main de la poche puis fit quelques pas pour s’approcher de Sophie. Cette-dernière s’empara de l’objet.

    « Pourquoi tu as fait ça ? »

    Grégoire se sentit agressé par cette question. En quoi cela l’intéressait-elle ? Elle avait sa bague, c’était tout ce qui importait. Le jeune homme n’aimait pas que l’on lui pose des questions. Ses intentions ne concernaient que lui. Certes, il se sentait coupable d’avoir ainsi blessé la jeune femme, mais il ne voulait pas parler de lui. Elle restait avant tout une étrangère, une femme qui était au service de la favorite du roi. Ils partageaient les mêmes convictions, mais ils ne les appliquaient pas de la même manière. Cependant, il devait parler. Après un soupir digne d’un enfant qui se sent obligé de présenter des excuses, il répondit :

    « Je n’aurais pas du te voler cette bague, je l’avoue. Mes instincts de voleur ont pris le dessus sur la bonne impression que tu m’avais faite. Je suis désolé. Mais ne me demande pas pourquoi je l’ai fait. Veux-tu que je te parle de la vie que je mène ? Je suis un voleur, voilà tout. Je fais partie de ceux que tu critiquais il y a quelques minutes. Je vole pour me nourrir, je vole pour survivre, mais je vole aussi et surtout pour le plaisir. Je vis dans la rue, au jour le jour. Je ne travaille pas, comme toi, au service de la putain du roi. Personne n’a pitié de moi, et heureusement. Je n’offre pas ma pauvreté aux regards de nobles hypocrites. Grégoire observait Sophie. Il ne voulait pas la blesser ni s’en prendre à elle. Elle n’y pouvait rien. Mais sa question avait profondément irrité le jeune homme. Ne me demande pas pourquoi j’ai volé ta bague. Il n’y aucune explication rationnelle et argumentée qui pourrait te satisfaire. Un alcoolique ne peut pas expliquer pourquoi il boit. Un séducteur ne peut pas expliquer pourquoi il séduit. Un poète ne peut pas expliquer pourquoi il écrit des poèmes. Et un voleur ne peut pas expliquer pourquoi il vole.

    Grégoire s’arrêta. Il regarda les cheveux ruisselants de Sophie. Ses explications n’avaient aucun sens. Mais c’était tout ce qu’il pouvait répondre.

    Je suis désolé d’avoir dérobé la bague. Je te présente mes excuses. Estime-toi heureuse : jamais un voleur ne s’excuse. C’est la première fois que je demande pardon à la personne que j’ai volée. Mais évite d’offrir à la vue de tous cette bague. Elle peut provoquer la jalousie de n’importe qui. Elle doit avoir une valeur assez importante. Je ne sais pas où tu te l’es procurée, ni comment, mais si tu y tiens autant, ne la porte pas lorsque tu traines dans une taverne. Il est si facile de détourner l’attention des gens, n’est-ce pas ? Peut-être as-tu toi-même eu recours à ce procédé pour t’emparer du bijou. Tu l’as volé à ta maîtresse ? Je ne t’accuse pas, continuait Grégoire sans laisser à Sophie le temps de répondre, qui ne serait pas tenté en voyant tant de colliers, de bagues…Je suis sûre qu’elle n’a rien remarqué tant elle possède de choses.



    Bien, maintenant que tu as ta bague, je pense que je peux partir. Je te souhaite bon courage pour ton combat pour la liberté ! Les clients de cette taverne n’ont pas l’air très enthousiaste à l’idée de se battre, mais peut-être qu’au bout d’une dizaine de bières tu parviendras à les motiver. Adieu, petite révoltée ! »

    Grégoire s’éloigna de la taverne. Il pleuvait toujours, bien qu’avec moins de violence. Il devait chercher un abri pour passer la nuit. Il marcha tout en réfléchissant à ce qu’il venait d’arriver. Le regard de Sophie l’avait bien plus touché qu’il ne voulait se l’avouer. La déception… Cela le touchait parce que c’était la première fois depuis des années que quelqu’un avait osé lui faire confiance. S’il avait ainsi déçu la jeune femme, c’est qu’elle avait compté sur lui. Personne n’avait compté sur lui. Personne, sauf Guillaume et Catherine. Et il avait tué ces deux personnes. Aujourd’hui, Sophie avait cru qu’il était quelqu’un de bien. Mais il avait tout fichu en l’air. Non loin de la taverne, il trouva un abri de fortune où il s’installa pour se protéger de la pluie et dormir un peu, bien que d’un œil. Sans le savoir, Sophie avait déjà commencé ses leçons de morale.


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