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 La clef du secret ➳ Ferdinand

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Côté Coeur: Fermé à double tour depuis qu'un ex-mousquetaire l'a brisé
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MessageSujet: La clef du secret ➳ Ferdinand   28.02.12 10:54




-Que monseigneur se rassure, le baron ne lui devra plus jamais rien.

Assise dans cette taverne plus que sordide, en face de ce coupe jarret à la mine patibulaire qui venait de s’assoir, je devais bien avouer que je me finissais pas me demander ce que je faisais là. L’homme était grand, tailler comme une armoire normande, crasseux, mal rasé, et la rapière qui pendait négligemment à sa ceinture finissait d’achever le tableau. Vraiment, je n’aurais pas aimé le croiser en robe de cour. Sauf que je n’étais pas en robe de cours. Toute de noir vêtue, dans mes bottes de cavalier salies de la boue des chemins, et mon pourpoint en cuir noir sentant de plus en plus l’usure, j’aurais presque pu passer pour l’un de ces bandits qui grouillaient dans la capitale, bien loin de l’inquiétude plutôt dérisoire du guet. Mes mains gainées de mes gants en cuir noir faisaient tourner entre elles une petite dague. La seule chose qui aurait pu trahir mon véritable statut social était la lame de mon père, dument nettoyée et astiquée, qui était attaché à ma ceinture. Je préférai risquer de la porter ici et d’être certaine de mon arme pour pouvoir me défendre plutôt que de risquer ma vie avec une épée bon marché qui ne tiendrait pas deux minutes face à l’assaut d’un adversaire acharné. Je souris pourtant à l’annonce de cette nouvelle qui égayait la fin de ma soirée. Comme quoi, il ne fallait pas me sous-estimer et encore moins se moquer de moi.

L’argent ouvre bien des portes. Ce petit baronnet stupide avait cru qu’on pouvait se jouer de moi. Des mois qu’il me devait une somme plutôt importante. Mon honneur de … gentilhomme dirons-nous, m’avait interdit de réclamer cette somme directement, mais il ne fallait pas me prendre pour une imbécile. Certes, payer ce coquin me revenait au final presque aussi cher que ce que me devait le baron, mais cela en valait la peine, c’était un investissement sur la durée. Cela empêcherait d’autres d’avoir envie de se jouer de moi de la même manière. Une petite menace qu’on murmurerait d’un bout à l’autre du monde de la nuit, je n’en doutais pas. J’aurais aussi bien pu m’en charger moi-même, mais j’avais une sainte horreur de me salir les mains. Là où Isabelle aurait sans doute freiné des quatre fers, Etienne n’hésitait pas à plonger dans les ennuis jusqu’au cou. L’avantage de cette double personnalité qui me protégeait. Je retins un sourire satisfait, qui se mua en grimace de dégoût en voyant mon interlocuteur avaler d’un coup la petite cruche contenant du vin, qui n’avait de vin que le nom. La fille qui servait était venu m’en proposer, je l’avais royalement envoyée promener, hors de question de toucher à cette chose, je ne voulais pas risquer d’être malade d’ici quelques heures. D’ailleurs, le spadassin la regardait avec des yeux gourmands, la fille en question. Celle-ci sembla s’en rendre compte, et voulant surement me faire payer le désintérêt que je lui avais témoigné quelques instants plutôt elle revint vers nous, faisant jouer son décolleté outrageux, qui fit rire grassement mon compagnon. Levant les yeux au ciel, je la pris par le bras, tenant toujours fermement ma dague dans l’autre main.

-Nous sommes en pleine discussion, la fille. Repasse plus tard.

Le ton était glacial, le regard noir, mais je pense que c’est plutôt la lumière jouant sur ma dague qui la fit déguerpir, au grand désespoir de mon compagnon qui émit un grognement désapprobateur. Ce même grognement disparut au moment même où ma bourse faisait son apparition. Je la lui lançai et il la rattrapa au vol, avec un grand air goguenard sur le visage.

-Où l’as-tu laissé ?

-Dans une ruelle, au Faubourg Saint-Martin. Si on le trouve, il devrait s’en sortir. Mais je doute qu’il ait envie de vous dénoncer…

Je souris. Me dénoncer ? Pour quoi faire ? Ca serait dénoncer une ombre vouée à disparaitre dans la nuit.

-Parfait.

Mon interlocuteur me considéra étrangement. Je pouvais presque deviner qu’il se demandait ce qui avait poussé un monsieur de ma mine à en arriver là. S’il avait su… Mais il sembla y renoncer car il haussa les épaules, avant de claquer de la langue contre son palais, signe évident qu’il avait soif, et pas forcément que de vin, vu comment son regard cherchait la petite serveuse qui avait décidé de se faire discrète jusqu’à ce que nous en ayons fini. Cela ne devrait plus être très long. Je me levais, empoignant le col du coupe jarret, et lui mettant ma dague proche de la gorge.

-N’oublie pas, tu ne m’a jamais vue, est-ce clair ? Sinon il pourrait me prendre l’envie de venir te raser de beaucoup plus prêt…

-Que mon seigneur se rassure. Il est préférable d’être de votre côté.

N’est-ce pas… ? Je le relâchai et il se laissa tomber contre son dossier, sa bourse bien serrée contre lui. Je me fichais royalement de comment il dépensait son argent, mais je ne doutais pas que d’ici demain, elle serait vide.

-C’est toujours un plaisir de travailler pour vous, Monseigneur.

-Ne quitte pas Paris, je pourrais avoir besoin de toi ce tantôt, conclu-je en m’éloignant pour m’installer à une table plus en retrait où je serais tranquille.

Ce soir pas de partie fine, rien d’autre que les affaires, cette affaire, ne m’avait amenée à Paris. J’aurais préféré rester dans mon lit, mais les portes de la capitale étaient fermées à cette heure-ci, et le laissé passer que je m’étais fabriqué sur le bureau de la reine commençait à se faire un peu vieux. Il me faudrait le refaire d’ici peu. Mieux valait donc attendre les premières lueurs du jour pour regagner Versailles. Attrapant le bras de la fille au passage, je lui ordonnai de m’apporter à boire, et quelque chose de meilleur que cette horreur qu’elle servait à son chaland habituel. Puis, sur une petite table dans un recoin, les pieds sur la chaise d’à côté, j’entrepris de prendre mon carnet et de calculer, puis de noter les pertes que cet imbécile de baron m’avaient occasionnées. Au moins, l’affaire rondement menée n’avait-elle pas été si handicapante. J’étais tellement prise dans mes calcules que je ne fis même pas attention qu’on s’approchait de moi. Ce n’est que quand la deuxième chaise, sur laquelle étaient étendus mes pieds, fut violemment tirée en arrière que je me rendis compte qu’il y avait un problème…

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MessageSujet: Re: La clef du secret ➳ Ferdinand   04.03.12 23:24

Spoiler:
 

Y a comme un os. Se disait Ferdinand en considérant un à un les quatre hommes qui l’encerclaient et dont la mine patibulaire n’annonçait probablement rien de bon. Depuis qu’il avait sauté de la selle de son cheval et qu’il avançait dans les rues, ce qui équivalait à à peu près un quart d’heure, il avait remarqué ces lascars qui s’approchaient mine de rien et avaient fini par l’encadrer. Pas dupe, le Fou avait bifurqué dans une ruelle déserte où ses suiveurs peu discrets allaient probablement lui emboîter le pas… Bingo. Esquissant un sourire satisfait sous sa fausse moustache noire, il avait fait volte-face pour faire face à ceux qui semblaient en avoir après lui, et en moins de temps qu’il n’en fallait pour le dire il s’était retrouvé encerclé. Un contre quatre ? Faisable. Surtout face à de gros balourds comme ces oiseaux-là.

« Te voilà coincé, l’Corbeau ! Cette fois tu nous échapperas pas ! » « Ai-je l’air de quelqu’un qui a envie de s’échapper ? » sourit Ferdinand en étendant les bras comme pour souligner l’évidence de ses dires et inviter son adversaire à se jeter sur lui.

Les truands échangèrent un regard hésitant face à la confiance évidente du Corbeau. Cet hurluberlu leur avait fait suffisamment de crasses par le passé pour qu’ils s’en méfient comme de la peste ! Quelle que soit la situation, il semblait toujours avoir un atout dans sa manche, un sale coup en réserve, bref tout ce qu’il fallait pour s’en sortir d’une pirouette et échapper en permanence à la revanche de ses détracteurs ! Par contre, quand lui prenait quelqu’un en chasse… On échappait rarement à ses filets. On l’appelait le Corbeau, mais on aurait aussi bien pu l’appeler l’Araignée… Sournois, méticuleux, et aussi impitoyable. Dieu qu’il aimait jouer ce personnage.

« Allons mesdames. Je suis pressé, si nous pouvions en finir… » susurra-t-il en roulant des yeux.

Seul quatre grognements de fureur simultanés lui répondirent, et un sourire carnassier se dessinant sous ses postiches alors que d’un geste sec il sortait sa dague de son fourreau à sa ceinture.

« Tous sur lui ! » cria l’un des quatre affreux. « C’est ça, taïaut les belles ! » répliqua-t-il sur le même ton avant d’esquiver un coup de poignard.

Un autre suivit et il dut se baisser vivement pour éviter de se faire scalper, avant de faucher les jambes de son adversaire d’un mouvement de balayage. Se relevant d’un bond, il repoussa un deuxième d’un coup de pied dans thorax et fit volte-face pour parer un coup de rapière qui lui aurait fendu le crâne en deux s’il n’avait pas eu d’aussi bons réflexes. Il lui porta aussitôt un coup de poing à l’estomac avant d’enchaîner avec un coup de la garde de sa dague dans la mâchoire. Knocked-out, un de moins. Sans perdre une seconde, il s’empara d’une planche de bois qui traînait sur un tonneau et s’en servit pour frapper à la tête le premier de ses assaillants qui revenait à l’attaque, la force du coup l’envoyant rouler par terre avant que Ferdinand n’enchaîne aussitôt avec celui qui suivait. Un à droite, un à gauche, symétrie parfaite ! Le dernier encore debout sortit un poignard à son tour et visant le flanc du Corbeau, mais celui-ci fit un pas de côté, et glissant habilement à la gauche de son adversaire s’empara de son bras d’une main, le tendit en le tordant légèrement, et avec le tranchant de l’autre main frappa de toutes ses forces à la jointure entre le bras et l’épaule. Un cri de douleur et de rage retentit dans la nuit alors qu’il achevait de l’envoyer rejoindre ses camarades au sol d’un coup de poing à la tempe. Il s’écroula dans un bruit sourd, et le silence le plus complet retomba dans la petite ruelle. Impassible, il regarda à droite, à gauche. Personne. Ni vu ni connu. Rangeant sa dague dans son bourreau, il tourna les talons et disparut dans l’ombre, comme il était venu.
Il reparut quelques minutes plus tard dans un de ces quartiers mal famés dont son personnage, le Corbeau, était l’une des figures les plus connues de la population locale. La rue était grouillante de monde, et pourtant sa haute silhouette se faufilait partout avec la discrétion d’une ombre. Avec ses longs cheveux noirs corbeau, ses cernes profonds, sa mine méfiante et ses vêtements plus sombres que la nuit, nul n’aurait de toute façon eu envie de l’arrêter pour lui faire la conversation. Il faisait partie de ces forbans des rues qui traînaient leurs guêtres partout en fomentant un combine destinée à arranger leurs affaires ou leur remplir les poches, une vermine de la pire espèce, et comme ce rôle lui était utile pour glaner des informations, surtout dans les cercles de jeux clandestines, la spécialité du Corbeau ! Il savait tout ce qu’il y avait à savoir, connaissait tous les joueurs, se rappelait de chaque partie avec une exactitude déconcertante et pourrait réciter les dettes des uns et des autres de tête. Pas étonnant qu’on vienne le trouver pour vérifier qu’on ne s’est pas fait arnaquer, et si c’était bien la cas, qu’on demande son aide pour coincer le débiteur…
Poussant la lourde porte d’une taverne encore plus mal famée que le reste, Ferdinand fut aussitôt happé par l’ambiance avinée et enfumée de l’endroit. Laissant ses yeux sombres errer de visage en visage pour repérer certaines « connaissances » plus ou moins ravies de le voir débarquer, oiseau de mauvaise augure, il finit par aller jusqu’au comptoir où le tenancier lui tendit sans un mot une chope de bière douteuse. Puis il se pencha vers son client et marmonna sans que personne d’autre ne puisse les entendre :

« La Tour est passé il y a une heure. Il a dit que le compte y était et que la prochaine partie serait la bonne. » « Parfait. » répondit Ferdinand en contrefaisant sa voix pour adopter le timbre rauque et railleur de son personnage. Si tout se poursuivait selon ses plans, La Reynie aurait un nouveau visiteur dans ses geôles d’ici deux ou trois jours… Voilà qui devrait le réjouir !

Accoudé au comptoir, il scruta de nouveau la salle avant que ses yeux ne s’arrêtent sur une silhouette familière. Un éclair passa dans ses iris bruns. Louvel ! La belle coïncidence ! Le souvenir de leur dernière rencontre passa devant ses yeux en un flash et un sourire mauvais éclaira son visage d’une manière inquiétante. Délaissant le patron et sa chope imbuvable, il s’approcha à pas de loups de l’insolent chevalier, tel une ombre tout droit venue du royaume des morts, et ne se trouva plus qu’à quelques centimètres de Louvel, debout dans son dos. Celui-ci était si absorbé dans ses comptes qu’il ne le remarqua même pas. Et s’il l’étranglait, là tout de suite ? Pour le coup qu’il lui avait fait la dernière fois, il le méritait bien ! Voler un espion, quelle idée ! Il s’amusa de cette perspective quelques secondes, riant intérieurement de voir Louvel à sa merci sans que celui-ci ne le sache, puis à la vitesse de l’éclair le contourna et s’empara du dossier de la chaise ou reposaient ses pieds et la fit pivoter pour dégager ces pieds et s’asseoir à son tour, se retrouvant d’un seul coup face à face avec son « adversaire ». Il lui adressa un sourire infiniment sarcastique avant de lui lancer de sa voix de fumeur :

« Bonsoir Louvel. Vous faites le compte de vos victimes à ce que je vois ? Ca tombe bien, je viens réclamer mon dû. »

Avant que le chevalier n’ait le temps de faire un mouvement, Ferdinand tendit la main avec l’agilité d’un serpent et amena le carnet à lui avant d’y jeter un coup d’œil rapide et de le rejeter sur la table.

« Je ne suis pas sur votre liste visiblement… Mais vous avez quelque chose qui m’appartient, et je n’aime pas qu’on me fasse les poches sans me prévenir. Alors ? »

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Bouffon !

Que d'éternelles et incurables douleurs dans la gaieté d'un bouffon! Quel lugubre métier que le rire!


© belzébuth

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MessageSujet: Re: La clef du secret ➳ Ferdinand   07.03.12 20:58

L’art de tromper et tout aussi subtile que l’art de séduire. On n’imaginait pas une femme derrière ces traits fins qui suggéraient « juste » un jeune homme à peine sorti de l’enfance. L’âge de Louvel était d’ailleurs plutôt difficile à deviner. Il ne semblait pas vraiment vieillir ni se buriner avec le temps, alors qu’il était dans le circuit des jeux depuis quelques années maintenant. Il y avait de quoi rire. Bien évidement que non, je n’allais pas faire de la musculation exprès pour les curieux. J’avais de la chance d’être grande, cela achevait le stratagème. Et à une force que mes adversaires pouvaient avoir, je substituai une rapidité et une précision qui, si elle n’était pas parfaite, était toujours efficace face à celui qui venait de passer la nuit à s’enivrer. L’intelligence que mon père avait toujours louée et que les sœurs – et surtout la mère supérieure – qui avaient été chargées de mon éducation pendant ces quelques mois de tortures avaient toujours assimilée à de l’impertinence m’était réellement précieuse dans cette situation dans laquelle je m’étais enlisée. Au point que j’en oubliais les faiblesses possibles, me pensant totalement intouchable, et mes stratagèmes indétournables. Le gros défaut des « self made man » - ou plutôt woman dans mon cas – comme le disent nos amis anglais, c’est qu’ils ont un égo surdimensionné et ont besoin de reconnaissance. Je ne faisais pas exception à la règle après tout. Même si je m’en défendais. Ma reconnaissance, je la voyais dans les yeux jaloux et envieux des hommes qui voulaient me mettre dans leur lit, et dans celui envieux et détestable de ceux dont j’avais vidé la bourse.

Vraiment, tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes ! A ceci près que mon père se serait peut-être, voir même surement retourné dans sa tombe en voyant ce que sa précieuse petite fille était devenue et à quoi elle était réduite. Sauf qu’à y bien réfléchir, c’était de sa faute si j’étais tombée si bas, je me relevais avec les armes que la nature avait donnée aux femmes. J’aurais pu, à l’image d’Elodie, sous une fausse identité, m’engager dans un corps armée, mousquetaire ou autre, sauf que l’idée ne m’était pas venue, et même si ça avait été le cas, la femme de caractère, cynique et cassante que j’étais maintenant, je ne l’avais pas toujours été. A mes seize ans, j’étais atrocement naïve, totalement candide et surtout, j’étais faible. Ce pire défaut, cette faiblesse, je l’avais oubliée dans les bras de mon premier amant. Une vie totalement différente d’un jour à l’autre. Et quand je pensais à celle que j’étais avant d’arriver à Versailles, j’essayais de ne pas me demander comment j’avais fais pour en arriver là, dans cette taverne sordide, à réfléchir à comment regagner la somme que cet imbécile m’avait fait perdre. Ce n’était pas un gros trou dans mes finances plutôt fleurissantes depuis qu’Etienne était invité dans toutes les parties fines, et surtout celles où on jouait très gros, mais sur le principe, j’avais horreur de ce genre de contretemps. Tout était totalement calé, cadré, réfléchit, et cet affront demandait réparation.

Il l’avait déjà été en parti, et j’imaginais sans peine la tête de ce petit prétentieux de baron, qui avait surement cru que toute la misère du monde lui était tombée sur la tête en la personne de ce coupe-jarret qui me servait à ce genre de besogne. A quelle période de ma vie étais-je devenue aussi cruelle ? Etait-ce lors des premières années, ou un peu plus tard, quand… Je secouai la tête pour chasser ces pensées qui me revenaient et que je ne voulais nullement avoir pour le moment. Aucun point faible, ni talon d’Achille, c’était le secret de la réussite. Pas de sentiment plus que de raison, et surtout pas quand je portais ce masque masculin qui m’assurait un certain confort de vie dont j’avais appris à ne plus me passer. Versailles coûte cher, l’entretien de mon domaine, aussi petit soit-il, aussi. J’avais beau ne pas y avoir mis les pieds depuis que nous l’avions quitté, il y a bien des années, avec mon père, je me refusais à m’en séparer. On ne peut pas définitivement tout effacer de son passé comme on le fait d’un message écrit sur le sable… C’est dommage. L’attachement a perdu bien des grands de ce monde et cela arrivera encore, il n’y avait pas à en douter. Mais, hélas, trois fois hélas, ma perte était peut être un peu plus proche de moi que je le croyais. Et j’entrais sans le savoir encore dans une période de ma vie où une à une, toutes les barrières que j’avais montées en moi allaient s’effondrer. La fin d’une vie pour en commencer une autre… ?

Mais pour recommencer, il faut de l’argent, et je m’assurais que j’en avais suffisamment pour continuer celle que j’avais en ce moment, quand je fus déséquilibrée par le semblant de chaise en bois brute sur laquelle reposaient mes pieds qui fut brutalement tirée en arrière. Un instant déséquilibrée, je dus me tenir à la table pour ne pas tomber en arrière, avant de lentement relever la tête vers l’impudent qui venait me déranger. Qu’elle ne fut pas ma surprise quand je reconnus le Corbeau. Mais qu’est ce qu’il venait faire ici ? Nul doute qu’il avait comprit le petit tour que je lui avais joué ce tantôt. D’ailleurs, qu’avais-je fais de ces maudites clefs ? Ah oui, elles étaient quelque part dans mon bric à braque, à Versailles. Et dire que je m’étais dis que je les vendrais… Tant pis, une autre fois. Mais il n’attendit pas que je sois disposée à converser – ou plutôt à m’enfuir, mais dans cette taverne, ça allait être difficile – pour embrayer la conversation :

-Bonsoir Louvel. Vous faites le compte de vos victimes à ce que je vois ? Ca tombe bien, je viens réclamer mon dû.

Et d’un geste vif il s’empara de mon carnet pour le parcourir. Un éclair de rage passa dans mon regard. Il avait l’intention de mourir ce soir ? Parce que si c’était le cas, il était plutôt bien tombé. Heureusement pour lui, il le rejeta sur la table et je le récupérai d’un geste lent, sans le quitter des yeux, avant de le glisser dans ma poche.

-Je ne suis pas sur votre liste visiblement… Mais vous avez quelque chose qui m’appartient, et je n’aime pas qu’on me fasse les poches sans me prévenir. Alors ?

Décidant de ne surtout pas me presser, je me fendis d’un sourire à mi chemin entre le cynisme, l’ironie et la plus parfaite hypocrisie de cours, et prit le temps de mettre l’un de mes pieds contre le plateau de la table pour me balancer sur les deux pieds arrières.

-Monsieur du Corbeau ! Mais quel plaisir de vous revoir. Votre compagnie m’avait atrocement manquée. Décidément je n’aurais pas cru que ce genre de lieu serait à votre convenance, mais il faut bien avouer que pour une fois, toute la raclure de France s’y retrouve.

J’englobai la salle d’un grand geste, en profitant pour faire signe à la fille de salle que j’attendais toujours mon verre.

-Votre dû ? Je ne vois pas du tout à quoi vous faites allusion. Attendez que je me souvienne…

Je fis mine de réfléchir, croisant les bras, avant de poser mon index sur mon menton comme en intense réflexion, puis laissais tomber les quatre pieds de la chaise sur le sol de terre battu, abordant une mine outrageusement inspirée, comme si je venais de retrouver la mémoire.

-Ah mais vous parlez sans doute de vos clefs ! Malheureux que vous êtes de les avoir égarées à notre dernière rencontre ! Figurez-vous que j’ignorais totalement que c’était les vôtres quand je les ai ramassées à terre. Mais de là à savoir ce que j’en ai fais, mystère…

Et j’accompagnais cela d’un nouveau sourire alors que la fille semblait s’être rappelé que j’avais commandé quelque chose. Et suprême lueur d’initiative, elle apportait deux gobelets en bois en forme de coupe. Miracle ! Elle les posa sur la table, ainsi que le pichet, avant de filer sans demander son reste. Je jetais un bref coup d’œil au vin, avant de juger qu’il était potable, et de servir les deux coupes.

-Vous êtes bien pâle tout à coup, buvez ça vous fera du bien.

Même si, vu l’établissement, ça risquait plutôt de l’empoisonner. Ce qui pour le coup n’était pas totalement pour me déplaire.

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MessageSujet: Re: La clef du secret ➳ Ferdinand   21.03.12 16:03

Se faire passer pour un gueux, arnaqueur et truand sévissant dans les bas-fonds de Paris n’attirait jamais les sympathies du reste du monde. Une mauvaise réputation, deux-trois coups tordus au détriment de pauvres victimes qui l’avaient pourtant bien mérité, et vous voilà avec une ribambelle d’ennemis sur le dos. Heureusement, disparaître était d’une facilité déconcertante quand la peau qu’on a sur soi n’est qu’un déguisement. Plusieurs fois, Ferdinand avait fait l’expérience de la détestation qu’inspirait le personnage qu’il s’était fabriqué, et plusieurs fois il avait eu maille à partir avec des détracteurs comme ceux qu’il avait envoyé au tapis quelques instants avant d’arriver dans cette taverne. Ils n’étaient pas les seuls, loin de là ; le Corbeau était discret, mais partout, efficace, et surtout particulièrement casse-pieds. Son rôle exact au sein des cercles de jeux qu’il fréquentait restait flou au commun des mortels, de même que les coups qu’il orchestrait dans Paris même, mais une chose était sûre : il avalait mieux l’avoir dans la poche ou s’en méfier comme de la peste. Ou les deux. Et on s’étonnait encore que ce grand gaillard sombre comme la mort fut le rôle préféré du Fou ? Sous ses traits, Ferdinand ne s’ennuyait jamais !
Mais bien sûr, déchaîner méfiance et antipathie n’avait pas que des avantages ; car si la plupart des joueurs qui le connaissaient le redoutaient plus qu’ils le haïssaient, il n’en allait pas de même pour tout le monde. Témoin ce petit impertinent de Louvel ! Pourtant, le Corbeau aurait mérité des remerciements pour une fois ! Ne l’avait-il pas généreusement tiré d’un mauvais pas face à cette brute de la Roche et ses acolytes qu’il avait envoyé dormir pendant que le fluet chevalier s’occupait de son principal adversaire ? Et comment l’avait-il remercié ? En l’envoyant paître, se montrant plus insolent que nature, et comble du comble, en fanfaronnant. Non, décidément ce Louvel ne lui plaisait pas. Une tête à claques comme il ne les supportait pas. Pour peu, il aurait regretté de ne pas l’avoir laissé se débrouiller avec la Roche et ses sbires – tout en appréciant le spectacle de la déconfiture du haut des marches. Leur rencontre de la dernière fois s’était donc plutôt mal terminée, d’autant plus que l’impertinent avait osé lui faire les poches… Si le Fou était généralement beau joueur, il avait salué la maestria du geste tout en se jurant de prendre sa revanche un jour ou l’autre. Fair play, mais affreusement tenace et revanchard. Louvel ne savait pas à quel genre de personnage il avait affaire… Puisque sans le savoir il en affrontait deux. Comme quoi, jongler entre plusieurs identités pouvait être distrayant ET utile ! Quoi de mieux pour déstabiliser un adversaire que de jongler entre l’une et l’autre ? Que Louvel continue de le sous-estimer, au fond ça lui servait plus qu’il ne le pensait, pour le moment…

Ses yeux déjà sombres rendus pratiquement noirs par le khôl qu’il appliquait pour modifier son regard dévisageaient Louvel avec insistance, le scrutant de la tête aux pieds comme s’il pouvait voir au travers de son corps. Finalement ses prunelles se fixèrent sur son visage fin, juvénile et même efféminé, guettant sa réaction à sa petite provocation. Au moins avait-il eu le bonheur de voir son visage tordu par la surprise et la colère lorsqu’il était apparu, sortant de nulle part et lui subtilisant son précieux carnet l’espace de quelques secondes. Et s’il l’avait déchiré ? Pardious, c’eut été là un cop très amusant, même s’il lui aurait sûrement valu une bagarre ou un duel avec son adversaire du jour ! Finalement, Louvel retrouva contenance et poussa le vice jusqu’à sourire avec une belle hypocrisie. Pour un peu, Ferdinand aurait éclaté de rire.

-Monsieur du Corbeau ! Mais quel plaisir de vous revoir. Votre compagnie m’avait atrocement manquée. Décidément je n’aurais pas cru que ce genre de lieu serait à votre convenance, mais il faut bien avouer que pour une fois, toute la raclure de France s’y retrouve.

Il n’éclata pas de rire, mais se fendit d’un sourire au moins aussi hypocrite que celui de son interlocuteur, en plus carnassier. Le grand méchant loup des contes pour enfants. Il faudrait qu’il songe à changer de pseudonyme, tiens, mais le Corbeau lui plaisait aussi… Quel cruel dilemme.

« Monseigneur est trop aimable de me considérer comme son égal. » se contenta-t-il de susurrer d’une voix suave et rauque qui aurait mieux convenu à un ivrogne ou un fumeur d’opium invétéré.

-Votre dû ? Je ne vois pas du tout à quoi vous faites allusion. Attendez que je me souvienne…

Patiemment, Ferdinand garda le silence pendant que Louvel poursuivait son ridicule petit numéro. Espérait-il lui faire perdre patience ? Il en resterait pour ses frais. Maintenant qu’il avait un peu mieux cerné le personnage, il savait à peu près à quoi s’en tenir et comment réagir. Louvel n’était rien d’autre qu’un gamin qui voulait jouer dans la cour des grands et avait jusqu’ici eu la chance de ne pas tomber sur les gros bras ou les plus sournois. Il s’était bien débrouillé, mais il était temps que quelqu’un le remette à sa place. Et s’il pouvait s’en charger, il le ferait volontiers. Ne serait-ce que pour lui taper sur les nerfs.

-Ah mais vous parlez sans doute de vos clefs ! Malheureux que vous êtes de les avoir égarées à notre dernière rencontre ! Figurez-vous que j’ignorais totalement que c’était les vôtres quand je les ai ramassées à terre. Mais de là à savoir ce que j’en ai fais, mystère…

Ferdinand, qui regardait en l’air en suivant la trajectoire d’une mouche qui venait de se poser sur le nez d’un pochtron endormi, tourna de nouveau la tête vers Louvel en haussant un sourcil et lâchant un « Hm ? » apathique. Il voulait la jouer au plus finaud ? Fort bien, il ne serait pas déçu. Lui aussi adorait ce petit jeu-là.
Leur conversation fut interrompue par l’arrivée d’une serveuse à laquelle il ne prêta aucune attention. Ce qui l’intéressait, c’était Louvel et essayer de savoir ce qu’il avait fait de cette clé. Non que cette perte soit gravissime, il avait chez lui un double de toutes les clés de ses différentes planques, et après avoir constaté la disparition de celles-ci, il avait délocalisé la planque du Corbeau. Si Louvel trouvait l’appartement qui correspondait à la clé en sa possession, il ne trouverait que deux pièces vides. Mieux valait être prudent, les sangsues qui couraient Paris étaient loin d’être rares.

-Vous êtes bien pâle tout à coup, buvez ça vous fera du bien.

C’est du maquillage, plutôt réussi n’est-ce pas ? se retint-il de répondre à Tom Pouce. Au lieu de quoi, il repoussa sur le côté le verre que Louvel avait posé devant lui, bien peu désireux de goûter à la vinasse du coin. Non seulement il était assez mal venu pour un espion de s’enivrer pendant les heures de travail, mais avec un breuvage de ce standard on avait une chance sur deux de tomber malade dans les deux heures qui suivaient… Ce qui pour un espion était tout aussi mal venu que d’être ivre. Un de ses collègues en avait une fois fait l’expérience et en avait gardé un très mauvais souvenir. On le comprenait, et le Fou n’avait aucune envie de tenter le Diable sur ce point. Croisant à son tour les bras sur la table, il considéra son vis-à-vis d’un œil torve.

« Voilà qui est bien dommage. Je vais donc devoir casser une fenêtre pour entrer, laissant les affaires de ma pauvre grand-mère à la merci des courants d’air… La pauvre femme est morte il y a deux semaines. Une attaque fulgurante. » Il accompagna ses dires d’une grimace exagérée et d’un geste comme pour se tenir le cœur, le tout souligné d’un « aaargh » d’agonie peu réaliste. Puis il retrouva son sérieux. « Si vous retrouvez ces clés, je vous offrirai son vieux bonnet de nuit. Elle y tenait beaucoup. »

Conversation absurde qui n’avait ni crédibilité ni intérêt. Mais à mythomane, mythomane et demi. Et moins Louvel le prendrait au sérieux, plus ça l’arrangerait. Quitte à être le Fou, autant s’amuser en se faisant passer pour un vrai fou quand il le pouvait. Louvel n’aurait pas été le premier à se dire que quelque chose ne tournait pas rond dans la caboche du Corbeau.

« Je suis sûr qu’elle vous aurait apprécié. Elle aimait beaucoup les petits gabarits dans votre genre et… »

Quelques voix à l’entrée de la taverne lui firent tourner la tête. Aussitôt un sourire sauvage éclaira sa figure sous sa moustache et barbe noir d’encre, et lorsqu’il reporta son regard sur Louvel on y pouvait voir danser une flamme légèrement démente ; celle de la hyène avant le carnage.

« Oh oh ! Il semblerait que nous ayons de la visite Louvel… Regardez qui vient d’arriver ! Un vieil ami à vous ! »

Désignant l’entrée d’un geste de la main, Ferdinand lui montra ce cher vieux la Roche qui venait de faire son apparition, talonné par deux de ses sbires, différents de la dernière fois. L’air sombre, la mine patibulaire, il avait l’air vraiment mécontent et ne retira pas son chapeau, probablement pour ne pas révéler la bosse que Petit Poucet lui avait faite lors de leur dernière entrevue ! Ferdinand fit claquer sa langue contre ses dents et regarda de nouveau Louvel avec l’air de quelqu’un qu’un spectacle divertit follement.

« Et si nous l’invitions à boire avec nous ? Il ne nous a pas encore vus, mais ça ne saurait tarder… Eh bien Louvel, qu’allez-vous faire ? Appeler, pas appeler ? Provoquer, ou vous planquer sous la table ? »

La soirée s’annonçait nettement plus intéressante que prévu.

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MessageSujet: Re: La clef du secret ➳ Ferdinand   25.03.12 18:52

Les hommes sont des créatures prévisibles, stables, faciles à prendre au dépourvu et à tromper. Et il n’était absolument pas exclu qu’une fois de plus je réussisse à en duper un de plus. Le Corbeau était certes légèrement différent, mais ce n’était pas assez significatif pour risquer de me faire avoir. Il fallait se lever tôt pour passer à travers le masque que je portais et qui me collait tellement bien à la peau qu’il paraissait en faire parti dès le début. Je ne me laissais jamais prendre au moindre hasard, contrôlant chaque situation. La vie m’avait apprit à réagir assez vite pour ne pas avoir à risquer de la perdre par une quelconque embrouille. Sous les traits d’Etienne, je n’étais pas du tout la même. Plus froide, plus calculatrice… A croire que j’enfermais toute la rage et toute la douleur que j’avais sous les traits d’Isabelle dans une douce vengeance contre le monde que j’exécutais en me faisant passer pour un homme. Une thérapie souveraine car personne ne s’était jamais rendu compte de rien jusque là, et je ne savais que trop comment réagir avec ceux qui perceraient mon secret, pour leur plus grand malheur. Heureusement je n’avais encore jamais eus à arriver aux extrémités auxquelles je pensais, même si ça ne m’avait jamais empêché de tuer quelqu’un, une fois, et d’en faire … bousculer, dirons-nous, d’autres par l’espèce de soudard qui cuvait maintenant son vin. Je ne doutais pas qu’il finirait par avaler la totalité de sa paye dans une bouteille de vin frelaté.

Je n’avais d’ailleurs pas touché au mien, de peur de finir empoisonnée, mais le meilleur moyen d’être tranquille dans ce genre d’endroit était de faire semblant de consommer, on nous fichait la paix tant qu’on payait. Ce n’était certes pas le vin que l’on servait à Versailles, et encore moins dans les soirées que j’avais l’habitude de fréquenter, et où je gagnais plutôt bien ma vie d’ailleurs, au point d’avoir pu m’assurer un peu d’argent de côté – assez pour acheter l’un des plus beaux hôtels particuliers du Marais, en vérité, mais il fallait croire que la pauvreté et ma vie de débauche obligée par les conséquences passées m’avaient rendue avare – et il n’avait définitivement rien à voir. Je me gardais donc de le gouter, et ne serait-ce que de toucher le broc en terre cuite vulgaire qui me paraissait lui aussi tout autant contaminé que le reste, même à travers mes gants j’aurais pu attraper quelque maladie. Les bruits gras de la salle ne me parvenaient qu’à peine tellement j’étais concentrée sur ce que je faisais. Je n’avais pas l’intention de passer la totalité de ma nuit ici, mais c’était mieux qu’ailleurs. Il faisait encore trop froid dans Paris pour se risquer de nuit là dehors. Il faudrait vraiment que j’investisse dans un petit logement ici, un de ces jours, ça peut toujours être utile. Quelque chose de coquet et de pratique, mais aussi discret et peu cher. J’en étais là de mes réflexions quand le Corbeau s’installa à mon côté.

Oiseau de mauvais augure qui porte malheur, et encore, j’étais bien au dessous de la réalité. Je ne me doutais même pas de comment, après cette soirée, mon destin et celui de cet homme seraient désormais liés irrémédiablement, et pour mon plus grand déplaisir. Je ne voulais qu’une chose, qu’il s’en aille et me laisse en paix. S’il m’avait laissée régler mes affaires dès le début de cette histoire, nous n’en serions pas là. Pourtant, sure de moi, je ne doutais pas de pouvoir m’en débarrasser le plus simplement du monde, et ce le plus rapidement possible. Ses clefs ? Que voulait-il que j’en fasse ? Si mon premier réflexe avait été de les vendre, j’avais abandonné l’idée dès le lendemain matin, les oubliant dans un coin, mais si cela paraissait sérieusement l’ennuyer, surtout s’il venait m’en reparler plusieurs semaines après. C’était donc un mal pour un bien et ma petite vengeance puérile et mesquine n’était pas passée si loin de son but initial, parfait. Après avoir récupéré mon carnet – se rendait-il seulement compte de ce qu’il pouvait avoir entre les mains ? J’en doutais bien ! – je réussis à récupérer un semblant de calme et de confiance en moi qui me permit de remettre de l’ordre dans mon jeu et donc dans mon attitude, me permettant de redevenir aussi exécrable que possible à son encontre. Je ne l’avais pas remercié la dernière fois ce n’était pas pour le remercier aujourd’hui ! Il n’avait servit qu’à risquer de se mettre en travers de mes affaires.

Aussi me montrai-je tout aussi peste et désagréable que lui. Mais il ne fut pas en reste et ses insultes en réponse aux miennes me laissèrent froidement indifférente. Je lui proposais même un peu de vin pour se remettre de ses émotions, ce qu’il déclina :

-Voilà qui est bien dommage. Je vais donc devoir casser une fenêtre pour entrer, laissant les affaires de ma pauvre grand-mère à la merci des courants d’air… La pauvre femme est morte il y a deux semaines. Une attaque fulgurante.

Je levais les yeux au ciel, gardant toujours ce même sourire suffisant aux lèvres.

-Mes condoléances… La pauvre femme. Et pauvre de vous, agneau égaré sans repère.

Je n’étais absolument pas dupe de son bavardage inutile mais faisait semblant d’y porter intérêt tout en cherchant un moyen de me débarrasser de lui. La chose ne serait pas aisée hélas.

-Si vous retrouvez ces clés, je vous offrirai son vieux bonnet de nuit. Elle y tenait beaucoup.

-Vous êtes trop bon, mon cher, répondis-je d’une voix lasse…

-Je suis sûr qu’elle vous aurait apprécié. Elle aimait beaucoup les petits gabarits dans votre genre et…

Il se tut soudain, comme ayant vu quelque chose à l’autre bout de la salle. Je ne me retournais pas, craignant une ruse de sa part, restant exactement dans la même position qu’auparavant, pourtant ce n’en était pas une.

-Oh oh ! Il semblerait que nous ayons de la visite Louvel… Regardez qui vient d’arriver ! Un vieil ami à vous !

Et il fit un signe de tête dans la direction en question. Je tournais rapidement la mienne, pour voir La Roche qui venait d’entrer. Paris n’était pas assez grand comme ça ? Il fallait vraiment croire qu’un malheur n’arrive jamais seul. La Roche ET le Corbeau dans la même soirée, décidément, je suis gâtée.

-Et si nous l’invitions à boire avec nous ? Il ne nous a pas encore vus, mais ça ne saurait tarder… Eh bien Louvel, qu’allez-vous faire ? Appeler, pas appeler ? Provoquer, ou vous planquer sous la table ?

Il essayait de me faire peur là, ou c’est juste une impression. Plissant les yeux, je me mis à réfléchir à toute vitesse. Ici il n’y avait pas assez d’espace pour que je risque de pouvoir m’en sortir indemne. Et puis je me tournais vers le Corbeau… Je venais juste de trouver la solution. Après tout notre table – ou plutôt la mienne, mais c’est un détail – était située sur une légère estrade, il fallait monter deux marches pour l’atteindre, et il était au bord de celles-ci. Un léger sourire machiavélique s’étira sur mes lèvres à l’intention de mon interlocuteur.

-Je suis navrée, vraiment… Mais je vais devoir vous abandonner en sa compagnie. Vous allez tellement bien ensemble.

Et, joignant le geste à la parole, m’enfonçant dans le fond de mon siège, je plaçais un de mes pieds sur le socle de la chaise, entre ses deux jambes, et prenant l’impulsion, poussait violemment sa chaise en arrière. Il alla s’écraser au sol en arrière, sur deux ivrognes, qui firent ricochet sur la table d’à côté, où on jouait une partie de dé. Quel magnifique effet domino… Mais je ne pris pas le temps d’admirer mon œuvre. Me levant, je saisis mon manteau, jetais deux pièces sur la table et, dans la panique générale, me dirigeais vers la sortie, sans que La Roche ne me vit, ni que le Corbeau se soit relevé. Adieu ma résolution de ne pas passer la nuit dehors à cette saison…

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MessageSujet: Re: La clef du secret ➳ Ferdinand   02.05.12 16:24

Qui était le petit génie qui avait dit, avec une extraordinaire justesse pour laquelle Ferdinand avait une grande admiration, que le monde n’était qu’une vaste scène sur laquelle chacun devait jouer son rôle ? En cet instant précis, le nom lui échappait, mais la pensée n’en restait pas moins juste. Combien de rôle endossait-il lui-même tous les jours ? Espion, bouffon, baron, Corbeau, et tant d’autres encore qu’il créait au fil de ses envies, de ses missions et de son inspiration, puits intarissable d’identités nouvelles dans lequel il piochait allègrement dès que les circonstances l’exigeaient, changeant de masque comme certains changent de chemise. Le monde était une vaste scène sur laquelle il tenait une multitude de rôles, ne se souciant guère de retourner de sitôt à sa véritable identité, celle de Ferdinand d’Anglerays. Il jonglait entre lui et tout le reste, passant de l’un à l’autre sans se mélanger les pinceaux, tant il connaissait bien ses personnages et les traits qu’il leur avait attribués à chacun. Ils n’étaient que des manteaux dont il changeait à volonté au gré des évènements, en un claquement de doigts, en un changement de costume. Le reste reposait sur ses capacités de comédien, non-négligeables. S’il n’avait pas été espion et fou du roi, il aurait sans difficulté pu intégrer une troupe de théâtre mais… La vie n’en avait pas décidé comme ça. Qu’importait : ses fonctions actuelles le comblaient au-delà de toute espérance malgré tous les risques qu’elles impliquaient !
L’un des risques du moment s’appelait Etienne de Louvel. Il ne le connaissait ni d’Eve ni d’Adam, mais leur dernière rencontre lui avait appris qu’il fallait de méfier de cette teigne dont les coups bas semblaient être la spécialité. Une petite frappe comme on en faisait tant dans Paris, Ferdinand se demandait juste comment il avait fait pour se faire appeler « chevalier » de Louvel quand il n’avait rien de chevaleresque… Ou bien la nature était rudement mal fichue, ou bien il n’était pas le moins du monde chevalier et ne se faisait appeler ainsi que pour impressionner la galerie. Quelle galerie ? Celle des bas-fonds puants de Paris ou celle des dépravés de ces cercles de jeux clandestins sur lesquels il gardait un œil attentif ? Dans tous les cas, Louvel était de ces êtres qui se perdaient dans la misère parisienne pour une raison qui lui échappait complètement. Louvel était-il ruiné ? Ou bien juste un inconscient qui n’avait rien de mieux à faire de son temps que flirter avec les plus belles crapules de la ville ? Dans tous les cas, là n’était pas la place d’un « de » quelque chose. Encore moins d’un chevalier. Encore moins d’un gamin impertinent. Ceux-là connaissaient leur heure de triomphe, puis rapidement, se faisaient dévorer par des vautours plus gros qu’eux, vautours qui ne manquaient pas dans les parages. Si Louvel n’y prenait pas garde, c’était sûrement là le destin qui lui serait réservé… Et Ferdinand n’irait pas pleurer sur son sort. Lui-même était toujours d’une extrême prudence, évitait de faire des remous qui n’étaient pas nécessaire et savait disparaître au moment propice ; il doutait que Louvel maîtrisât ces principes de base. Preuve en était de la manière dont il réagissait à l’apparition de La Roche.

-Je suis navrée, vraiment… Mais je vais devoir vous abandonner en sa compagnie. Vous allez tellement bien ensemble. susurra-t-il avec un sourire mauvais qui ne lui plaisait pas du tout. Il avait bien raison.

Avant qu’il n’ait le temps d’esquisser la moindre réaction, les pieds de Louvel virent pousser sur sa chaise. Il n’eut pas le temps de se retenir à la table et bascula dans le vide derrière lui, écrasant au passage un ou deux poivrots qui avaient eu le malheur de se trouver là-dessous. Ce fut un concert de protestations et de cris de douleur, alors que Ferdinand se débattait pour sortir de ce fatras de corps avinés et voyait Louvel s’échapper du désordre général.

« Bon sang l’Corbeau ! Qu’est-ce que tu fabriques ?! » protesta quelqu’un qu’il sentait remuer sous son poids.
« C’est Louvel ! Mordious, il ne l’emportera pas au paradis celui-là ! » s’exclama Ferdinand en se relevant d’un bond, une lueur enflammée dans les yeux. Puis, sans se soucier du bazar qu’il laissait derrière lui, il s’élança à la poursuite de ce maudit gamin. Il se ficherait de lui une fois, mais pas deux ! Foi de gascon !

Bousculant les poivrots qui, curieux de voir leurs congénères entassés, lui barraient le passage, il sortit de la taverne et regarda vivement à droite, puis à gauche, avant de voir la silhouette de Louvel qui tournait au coin de la rue. Vu ! Aussitôt, il lui courut après, son manteau noir se mouvant comme les ailes sombres et inquiétantes du corbeau à l’affût de sa proie, effectuant son dernier tour de piste avant de fondre sur sa cible. Il fila dans la rue qu’il venait d’emprunter, sautant au-dessus des flaques d’eau pestilentielles et repoussant les passants aveugles d’un rude coup de coude, ignorant les exclamations indignées qui se faisaient entendre sur son passage. La seule chose qui comptait, c’était que Louvel ne lui échappe pas ! Voyant qu’il bifurquait dans une autre rue, il eut une idée : avec l’agilité d’un chat, il s’accrocha à une gouttière et se hissa sur un toit et jeta un œil rapide en contre-bas. Bingo, Louvel avait pris la rue Saint-Simon, ignorant sans doute qu’il s’agissait là d’une impasse ! Aussitôt, il traversa le toit et, arrivé de l’autre côté, attendit que Louvel ne se retrouve face au mur, ne tente de faire demi-tour… Pour sauter et atterrir sous son nez.

« Vous me faussez déjà compagnie, Louvel ? Quelle dommage, nous passions une si bonne soirée ! » lança-t-il avec sarcasme, appréciant l’expression de surprise qu’il vit passer sur le visage de son interlocuteur. Chacun son tour, n’est-ce pas ?

Aux aguets, il remarqua l’infime mouvement que fit Louvel vers la droite, et au moment où ce dernier donnait l’impulsion à ses pieds pour tenter de fuir par le côté, Ferdinand l’empoigna fermement par le bras et le força à s’adosser au mur avant d’immobiliser son autre bras en lui enserrant le poignet. Louvel était enfin à sa merci !
Mais au moment même où il lui avait attrapé le bras, il avait senti que quelque chose clochait. Sur le coup, il eût été bien incapable de dire quoi, mais il n’arrivait pas à se débarrasser de cette tenace impression. Qu'est-ce que c’était ? Pourquoi avait-il cette impression bizarre et dérangeante alors qu’il n’aurait dû éprouver que la joie de tenir enfin ce sale gamin entre ses mains ? Il fronça légèrement les sourcils, scrutant le visage de Louvel comme si celui-ci contenait une réponse à ses interrogations. Son trouble était sûrement visible : il ne faisait rien pour le cacher, inspectant le chevalier et guettant la moindre de ses réactions. Puis, enfin, il put mettre un nom sur ce qui le dérangeait tant chez Louvel, alors que celui-ci tentait se débattre sous sa poigne.

« Vous êtes bien maigrichon Louvel. » lança-t-il avec amusement avant d’ajouter, avec un sourire un fou qui était la marque de fabrique du Corbeau : « Il n’y a rien sous ces frusques. On dirait des bras de femme ! »

Si Ferdinand ne savait pas encore à quel point il avait raison, il n’allait pas tarder à le savoir ; et cette découverte serait pour lui un nouvel atout pour le moins considérable dans la partie acharnée qu’il menait avec le chevalier !

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MessageSujet: Re: La clef du secret ➳ Ferdinand   07.05.12 15:24

Disons que mes plans ont été légèrement modifiés mais heureusement, tel le chat, je sais toujours rebondir sur mes pattes. Heureusement d’ailleurs, sinon j’aurais de sérieux problèmes. D’ailleurs, cette petite altercation avec le Corbeau ne me faisait pas plus peur que cela. Grosse erreur me diraient certains, mais l’habitude de me sortir sans problème de chaque situation parlait pour moi. Ce n’était qu’un petit contre temps de plus, et d’ailleurs, le temps qu’il se remette sur ses pieds, je serais bien loin. J’aurais d’ailleurs préféré rester pour contempler mon œuvre, rire était tellement rare que je n’aurais pas pu résister à l’idée d’en profiter, hélas, il y avait trop de gens qui ne m’aimaient pas dans cette taverne. Cela me rappelait une situation similaire quelques mois plus tôt, c’est fou le nombre de gens qui n’aiment pas Etienne de Louvel, le pauvre… Heureusement qu’il n’existe pas pour être aimé. Il y avait une énorme différence entre lui, hautain, provocateur, ironique et aimant ridiculiser les gens, et Isabelle, souriante, agréable, aimant être belle, donner des conseils… Le jour et la nuit. Voilà pourquoi on ne pouvait pas faire le lien, outre le fait qu’il fallait être folle pour se travestir en homme alors que les lois l’interdisaient. Folle ? Je l’étais sans doute. Une folie qui me poussait à rester en vie et à passer mon temps à louvoyer en eaux troubles en me méfiant de tout et de tous. A vrai dire, les gens à qui je faisais vraiment confiance se comptaient sur les doigts d’une main, et le nombre ne risquait pas d’augmenter.

Ce qui était dommage en soi, car je ne serai pas obligée de passer la nuit dehors par ce froid glacial. Il faudrait vraiment que j’envisage de me trouver une chambre quelque part, pour dissimuler quelques affaires. A force, passer de Paris à Versailles était de plus en plus embêtant. Surtout quand mes laissez-passer n’étaient plus d’actualité. La reine était une personne très serviable et très gentille, mais elle restait une personne de haut rang qui ne faisait que ce à quoi elle pensait, sa simple priorité. En attendant grâce au Corbeau, au lieu de pouvoir passer une soirée tranquille, je me devais de rester là, à attendre que les portes de la ville ne s’ouvrent pour rentrer et prendre mon service à l’heure. Et le tout en étant parfaite, souriante et à la dernière mode, c’était ce qu’on attendait d’une dame de la maison de la Reine, après tout. Versailles et ses apparences… Je me demandais s’il en était de même dans toutes les cours d’Europe ? Ne rien montrer, toujours faire comme si rien n’atteignait personne. Et passer son temps à critiquer les autres, bien sur. C’était la seule chose à peu près amusante qu’il nous restait à faire. Il fallait bien trouver à se divertir, dans ce palais magnifique où il n’y avait rien faire. Hélas, d’après les bruits qui courraient, le temps de l’oisiveté serait bientôt terminé. Ce n’était encore que des rumeurs, mais elles étaient persistantes.

Heureusement tout le monde ne les avait pas encore entendues. Il suffisait de voir l’ambiance du lieu peu fréquentable que je venais de quitter. Ce serait le premier lieu où les agents recruteurs viendraient faire leur marché. Il me faudrait être prudente à ce moment là. Je me voyais mal finir en première ligne, au grand regret de certains qui auraient bien voulu que je cesse d’avoir la main heureuse. Comme quoi le malheur a aussi sa dose de chance. Pourtant, la chance à parfois ses revers. Je me serais bien passée de ma rencontre avec le Corbeau ce soir, il fallait bien le dire. Et encore, il aurait pu arriver plus tôt et entendre ma discussion avec l’autre imbécile. Sur lui aussi, beaucoup de rumeurs courraient, et certaines n’étaient pas très rassurances. Mais de là à savoir démêler le vrai du faux… Les renseignements que j’avais eus sur lui, l’air de rien, ou en faisant sonner des pièces d’or, douce musique qui déliait des langues bien plus efficacement que la menace, et j’avais horreur de me salir les mains. Et c’était de l’argent bien mal dépensé à la vérité, vu les choses extravagantes que j’avais apprises. Le commun des mortels est tout de même d’une crédulité affligeante. Une chose était sur, Le Corbeau, ou quel que soit son vrai nom, avait sut entourer son personnage d’un brouillard bien utile. Il était doué pour la dissimulation, et en tant que dissimulatrice, je ne pouvais que l’admirer pour son travail.

La nuit semblait bien calme et froide après l’ambiance bruyante et tiède de la taverne. Ma cape noire rabattue sur mon visage, je pris à main droite, puis à main gauche. Hélas, je ne connaissais que trop mal le quartier, mais le temps qu’il se dépêtre de sa maladroite petite chute, j’espérai avoir disparue dans la nuit déserte. A ceci près que la rue dans laquelle je m’étais engagée était un cul de sac. Jurant entre mes dents, j’allais faire demi-tour quand une ombre me barra le passage. Encore lui !

-Vous me faussez déjà compagnie, Louvel ? Quel dommage, nous passions une si bonne soirée !

-Vous êtes collant, mon cher, ça en devient lassant ! Nous n’avons visiblement pas la même notion d’une « bonne soirée », maintenant excusez-moi, je suis pressée !


J’allais forcer le passage par une feinte à gauche quand il me saisit par le bras, assez fort je devais bien l’admettre, ce qui ne me rassura pas vraiment. Je n’avais pas tout à fait la véritable corpulence qu’il fallait pour les vêtements que je portais, hélas….

-Vous êtes bien maigrichon Louvel. Il n’y a rien sous ces frusques. On dirait des bras de femme !

Instantanément, je me raidis, sur la défensive. Avait-il deviné ? Etait-ce possible ? Depuis le temps que je maintenais le secret, mais mieux valait prévenir que guérir. J’essayais de garder mon sang froid, hélas, ma voix me trahie légèrement quand je lui ordonnais :

-Lâchez-moi, tout de suite !

Cela n’avait rien d’une supplique, pourtant, à la lueur de la lune, je vie qu’il eut un instant de flottement. De mon bras libre, je portais ma main à la garde du poignard que je portais dans mon dos, à ma ceinture, pour me débarrasser de lui. La lionne n’avait pas encore perdu ses griffes !

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MessageSujet: Re: La clef du secret ➳ Ferdinand   25.05.12 16:38



Le dénouement approchait. Ce n’était certes pas le dénouement auquel ni Ferdinand ni Louvel ne s’attendait, mais la situation ne laissait place à aucun doute : d’ici quelques instants, leur duel serait terminé et l’un ou l’autre en sortirait vainqueur et l’autre à terre. Evidemment, ni l’un ni l’autre n’avaient envie de se retrouver dans le second cas de figure, Ferdinand peut-être moins que son plus qu’irritant adversaire. Après tout, il lui devait bien deux revanches pour le vol de sa clef et la manière dont il l’avait envoyé valdinguer à la taverne, non ? Jamais deux sans trois, disait le proverbe : Ferdinand comptait bien faire exception à la règle et remporter la troisième manche, la finale, la belle. L’important n’était pas combien de fois l’on gagnait : c’était de remporter la manche décisive qui comptait, et cette manche avait commencé dès qu’ils avaient franchi la porte de la taverne en courant pour finir dans cette ruelle, théâtre de leur affrontement final. Le plus curieux ? Ni l’un ni l’autre ne doutait de sa victoire. Ferdinand ne doutait pas de pouvoir reprendre le dessus, ni Louvel de pouvoir lui échapper une deuxième ou troisième fois. Pour un spectateur extérieur, le mystère restait donc complet, et Ferdinand en était parfaitement conscient, ce qui ne l’amusait que d’autant plus. Le Corbeau, Louvel ? Louvel, le Corbeau ? Mordious, la belle bataille qui se livrait là ! Il y avait un moment qu’il n’avait pas eu affaire à un adversaire aussi coriace, ni aussi agaçant, et son envie de le coincer n’en sortait que décuplée. Il lui semblait que même son corps répondait à cette poussée d’enthousiasme : lui déjà agile s’envolait littéralement sur les toits pour le poursuivre, et les pans de son long manteau noir claquaient derrière lui, se déployant comme deux véritables ailes, dessinant dans la nuit l’ombre glauque d’un immense corbeau. Il espérait que les enfants étaient bien couchés, donner des cauchemars à un pauvre gosse aurait bien été le comble. Mais heureusement, les rues étaient à peu près désertes, et sa proie avait eu l’excellente idée de n’emprunter que des ruelles plus obscures et vides que les autres, espérant le semer dans le labyrinthe que pouvait représenter Paris pour un novice. Heureusement, depuis dix ans qu’il jouait les espions pour sa Majesté et était régulièrement amené à parcourir la ville de long en large et en travers, il avait fini par très bien en connaître la topographie. Connaissance qui, il le savait, lui servirait dans sa lutte contre Louvel et cette course-poursuite qui touchait à sa fin maintenant qu’ils étaient dans cette impasse. Le derneier acte pouvait commencer.

- Vous êtes collant, mon cher, ça en devient lassant ! Nous n’avons visiblement pas la même notion d’une « bonne soirée », maintenant excusez-moi, je suis pressée !

Exclamation agacée à laquelle Ferdinand ne répondit que par un sourire sardonique avant d’immobiliser enfin son adversaire. Ce n’était pas trop tôt ! La maigreur de Louvel le frappa cependant, et il lâcha une remarque sarcastique à ce sujet. Il ne se doutait pas que ce faisant, il activait le déclencheur du quatrième acte de cette drôle de comédie qu’ils jouaient là, et que ce ne serait pas en une, mais en deux victoires qu’il remporterait la partie. Attraper et neutraliser Louvel en était une première qu’il avait pratiquement achevée. Le rideau s’ouvrirait bientôt sur un nouveau retournement de situation qui assurerait un peu plus son avantage sur le chevalier, une situation qui lui serait étrangement familière puisqu’étonnamment similaire à celle qu’il avait vécu quelques temps plus tôt avec Eric de Froulay…

-Lâchez-moi, tout de suite ! s’écria Louvel.

Le fou, sans relâcher sa prise, s’immobilisa néanmoins, une expression de surprise passant sur ses traits déguisés. C’était bien Louvel qui avait parlé, et pourtant, il aurait pu jurer que ça n’était pas lui. Ou en tout cas, ce n’était pas sa voix. Même modifiée sous le coup de la panique et de la colère mélangées, il aurait pu jurer que ce timbre de voix n’était pas celui d’Etienne de Louvel, il en eu la conviction instantanément, ne cherchant même pas à se demander comment il le savait. Il avait l’oreille trop exercée et maîtrisait lui-même trop bien l’art de modifier sa voix pour s’y tromper. On n’apprend pas au vieux singe à faire la grimace n’est-ce pas ? La voix de Louvel lui avait toujours paru un peu différente, mais il avait mis ça sur le compte de sa jeunesse apparente. Il comprenait maintenant que son instinct premier ne l’avait pas trompé : comme lui, Louvel modulait le ton de sa voix pour masquer son identité. En d’autres termes, Etienne de Louvel n’était pas Etienne de Louvel. Une lueur de satisfaction passa dans ses yeux bruns alors qu’un sourire carnassier venait éclairer son visage de manière inquiétante. La donne changeait de nouveau, en sa faveur.

« Intéressant… Il semblerait qu’Etienne de Louvel ait plus de choses à cacher que prévu. » commenta-t-il d’une voix doucereuse teintée du venin dont le Corbeau pouvait faire preuve –et Ferdinand aussi à l’occasion.

Nouvelle pique, après laquelle il guetta la réaction du faux Louvel en scrutant son visage bien trop fin, bien trop élégant pour un homme. Les pièces du puzzle se mettaient en place. Soudain un éclat brilla et attira son attention. Mû par un réflexe salvateur, il recula vivement et la lame de la dague ne fit que déchirer le tissu de son vêtement. Aussitôt, sa poigne de fer s’empara du poignet qui tenait l’arme et le tordit vivement, forçant son propriétaire à lâcher l’arme qui chuta au sol avant qu’il ne la dégage d’un coup de pied. Sans laisser le temps à Louvel de répliquer, il lui attrapa l’autre bras, et ils se débattirent quelques secondes jusqu’à ce qu’il ne parvienne à l’immobiliser tout à fait après avoir ramené ses deux bras dans son dos et l’avoir plaqué contre la paroi d’une maison. Ferdinand n’était peut-être pas bien épais, mais il l’était plus que le faux Louvel et des années de bagarre lui avaient appris la base de la défense… Et puis l’heure n’était plus vraiment à la délicatesse, se disait-il en ne ménageant pas sa victime.

« Fais attention avec ce genre de jouet, tu risquerais de te faire mal… Ce serait dommage d’abîmer un si joli visage. » marmonna-t-il avec un sourire en coin.

Empoignant Louvel par une épaule, il le fit pivoter pour le plaquer cette fois dos au mur et lui faire face, tout en continuant de l’empêcher de se débattre. Il scruta le visage de Louvel, se demandant de plus en plus comment il avait pu se faire avoir par des artifices somme toute basiques. N’était-il pas lui-même un maître dans l’art du déguisement ? N’avait-il pas démasqué Elodie de Froulay pratiquement au premier regard sous les frusques d’Eric ? Décidément, Louvel, ou quel que soit son nom, avait très bien combiné son coup. Chose qui ne pouvait qu’aviver l’intérêt de l’espion à son encontre.

« Qui donc es-tu ? » demanda-t-il autant à Louvel qu’à lui-même. « Pour te déguiser en homme et courir les endroits les plus mal famés de Paris, je pencherais soit pour une parfaite inconsciente, soit pour quelqu’un qui a fortement besoin d’argent… Ou bien les deux. Curieusement, ils vont souvent de pair. »

Il la regarda encore, cette femme qui avait quelques jours réussi à le rouler dans la farine, avant d’éclater de rire comme s’il s’agissait là de la chose la plus amusante du monde. Ses épaules étaient secouées d’un fou rire incontrôlable, et sur son visage se lisait une franche hilarité. Si elle ne le prenait pas pour un malade, c’est vraiment qu’elle avait un grain.

« Roulé le Corbeau ! Comme un débutant ! Un peu de poudre aux yeux, et hop je me fais avoir comme un bleu… Joli coup maître Louvel, ou quel que soit ton nom d’ailleurs… Le maître s’incline, il est beau joueur. Mais un peu mauvais perdant aussi. Dis-moi maintenant la belle… » En ce nouveau début de phrase il retrouva brusquement une expression sérieuse. « Qu’est-ce qui m’empêche de t’emmener au poste et de te laisser te dépatouiller avec nos amis les gardes ? Sûr qu’une demoiselle qui se fait passer pour un chevalier pour détrousser les honnêtes gens –et les malhonnêtes d’ailleurs-, ça risque de les intéresser… »

Mais peu à peu, une idée mûrissait dans son esprit… Peut-être pouvait-il encore tirer avantage de cette situation. Après tout, qui ne tente rien n’a rien !

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MessageSujet: Re: La clef du secret ➳ Ferdinand   30.05.12 15:25

Comme une débutante ! Il prêchait le faux pour savoir le vrai, et j’étais tombée dans le panneau. Un piège grossier, le genre de piège que j’évitais depuis des années et des années, mais non, il fallait tout de même que je me retrouve à me laisser avoir comme une enfant que je n’étais plus, comme une idiote que j’étais toujours apparemment. Trop d’assurance… Trop d’année à me surveiller, j’avais fini par croire que j’étais inatteignable. Grossière erreur hélas. Moi qui continuais à prendre mille précautions, j’avais joué avec le feu, et je venais de me bruler, un peu trop fort d’ailleurs. Il avait comprit, bien sur. Ma voix m’avait trahie. Des lustres que je la modifiais pour la rendre plus masculine, plus dure… Et pourtant, chassez le naturel, et le voilà qu’il revient au galop. C’était vraiment idiot. Pourquoi m’avait-il prise pour cible ? N’avait-il pas mille et un imbéciles à persécuter plutôt que moi ? Il avait commencé, en se mêlant de mes affaires à la soirée où La Roche avait décidé de me chercher querelle parce qu’il avait besoin d’un responsable pour sa manière de jouer qui était tout simplement déplorable. Certes, à trois contre une, je ne m’en serais sans doute pas sortie indemne. Mais je ne lui avais rien demandé, ni son aide, ni son espèce de fausse compassion. J’avais appris à me débrouiller toute seule et je n’avais pas l’intention de changer cela ! Je n’avais besoin de personne ! Je m’en sortais très bien toute seule.

La preuve, après que Cédric m’ait abandonnée, et avant de rencontrer Nicolas, Paul, ou encore Elodie, je m’étais toujours très bien débrouillée. Alors quelle folie avait frappé ce corbeau de mauvais augure pour me prendre comme proie, telle le charognard qu’il était ? Mais je n’étais pas morte et je ne lui ferai pas le plaisir de me laisser dépouiller mon cadavre – métaphoriquement parlant. Après tout, il ne savait rien de moi, si ce n’était ce pseudonyme que j’utilisais dans ces soirées si peu fréquentables en temps normal. Bien sur, il pouvait me griller, griller Etienne qui était de toute façon amené à disparaître, il me fallait juste en avoir le courage, mais il ne pouvait pas abattre Isabelle, quand bien même il l’aurait voulu. La stratégie était trop bien menée. Rien ne reliait l’un à l’autre, ces deux personnalités étaient totalement différentes, aucune relation d’importance ne me connaissait sous les deux identités et ne pouvait faire un rapprochement quelconque. C’était une force, une garantie. Ne pouvait-il pas rester cuver son vin avec les gens de son espèce. La Roche et lui allaient très bien de concert, de toute façon. Je pouvais toujours essayer de le tuer, mais il était sur ses gardes, et nous ne nous étions pas cachés, à la taverne, quelques instants auparavant, quand il m’avait rejoint. Si on le retrouvait raide dans une ruelle adjacente, il ne faudrait pas longtemps avant que certains remontent jusqu’à Louvel. Dilemme… Surtout que j’avais horreur de tuer de sang froid, ce n’était pas pour rien que je payais des personnes peu fréquentables pour faire le rançonnage de ceux qui me devaient de l’argent.

Et dire que je pensais m’en être débarrassé, de cet oiseau de mauvaise compagnie. Ca avait été plutôt simple de l’envoyer promener dans la taverne, et décidément, le voir les jambes par-dessus la tête, tomber sur un tas d’ivrognes, et ça avait été très drôle. Hélas j’avais plutôt l’impression que ça ne lui avait pas plus, nous n’avions certainement pas le même sens de l’humour. Quel dommage, nous n’avions vraiment rien à partager, tous deux. C’était presque désolant. J’aurais préféré ne pas me perdre dans ce quartier que connaissais mal, plus habituée aux beaux quartiers parisiens où s’enchainaient des soirées pas toujours très autorisées qui ne se terminaient pas de la manière dont notre Sainte Mère l’Eglise l’aurait accepté. Prise au piège, j’avais dus lui faire face, après une énième joute verbale dont je me serai bien passé. Joute à laquelle j’avais essayé d’échapper, mais il ne m’en avait pas laissé la possibilité. A distance, je savais bien que je pouvais encore faire illusion, mais ce n’était pas le cas lors d’un contact physique, comme, par exemple, le fait qu’il saisisse mon bras. Mes membres étaient bien trop fins pour qu’on puisse croire un instant que j’étais celui que je prétendais être, et il ne s’y était pas trompé, jusqu’à ce que je m’écris qu’il me lâche, sans vraiment savoir ce qu’il avait deviné ou non, et rien qu’à l’expression de son visage, je me savais trahie.

Je me débattis du mieux que je pus, mais il était plus fort que moi malgré sa corpulence, et parvint plus ou moins à me maîtriser.

- Intéressant… Il semblerait qu’Etienne de Louvel ait plus de choses à cacher que prévu.

Sans répondre, je saisis la dague dans mon dos et tentais de lui assener un coup qui aurait pu, si non lui être fatal, au moins me permettre de déguerpir, mais rapide comme l’éclair, il l’esquiva, et je n’entendis que le bruit de la déchirure de son vêtement sous ma lame. J’étouffais un cri de rage en essayant encore une fois de lui échapper, mais rien à faire, il me fit lâcher mon arme en me tordant le bras, et le cri de rage se transforma en un gémissement de douleur, et je me retrouvais face au mur sans avoir le temps de comprendre, la morsure de la pierre contre ma joue. J’espérai pour lui que cela n’avait pas laissé de marque…

-Fais attention avec ce genre de jouet, tu risquerais de te faire mal… Ce serait dommage d’abîmer un si joli visage.

Me retenant de lui cracher au visage, je répliquai sèchement :

-Je ne savais pas que nous étions assez intimes pour nous permettre les joies du tutoiement…

Bravade de celle qui se sait condamnée et fichue. D’une impulsion, il me fit me retourner pour que je sois face à lui, me plaquant brutalement contre le mur, serrant les dents à la douleur du mur dans mon dos.

- Qui donc es-tu ? Pour te déguiser en homme et courir les endroits les plus mal famés de Paris, je pencherais soit pour une parfaite inconsciente, soit pour quelqu’un qui a fortement besoin d’argent… Ou bien les deux. Curieusement, ils vont souvent de pair.

Il voulait savoir, il n’avait qu’à deviner. Détournant les yeux, butés, je serrai les lèvres, m’enfermant dans un mutisme que je n’avais pas l’intention de quitter. Son rire me surprit, je relevais les yeux. Il était fou… ?

- Roulé le Corbeau ! Comme un débutant ! Un peu de poudre aux yeux, et hop je me fais avoir comme un bleu… Joli coup maître Louvel, ou quel que soit ton nom d’ailleurs… Le maître s’incline, il est beau joueur. Mais un peu mauvais perdant aussi. Dis-moi maintenant la belle… Qu’est-ce qui m’empêche de t’emmener au poste et de te laisser te dépatouiller avec nos amis les gardes ? Sûr qu’une demoiselle qui se fait passer pour un chevalier pour détrousser les honnêtes gens –et les malhonnêtes d’ailleurs-, ça risque de les intéresser…

-« La belle » ? répliquai-je froidement. Me prendriez-vous pour la première putain venue que vous pourriez avoir pour trois sous dans le bordel du coin de la rue ? C’est la preuve que vous n’entendez rien à la vie, monsieur le Corbeau. Quand à mon nom, puisque vous êtes si fort, vous n’avez qu’à le deviner. Les gardes ? Mais appelez-les. Avant l’aube, je serai libre. Avec quelques justifications peut être, mais je m’envolerai comme une colombe, à l’égal de ce nom de Corbeau dont vous vous êtes affublé. On ne me laissera pas croupir derrière les barreaux plus de quelques heures, je connais trop de personnes bien placées pour cela.

C’était présumé de l’intérêt que Derek de Saxe avait pour moi, mais il fallait bien que le fait d’être la maîtresse de l’héritier du duché de Saxe serve à quelque chose.

-Maintenant laissez-moi partir !

La manière de parler était bien lointaine de celle des femmes de bas étages, c’était certain, et je n’avais jamais cherché à dissimuler ma naissance. Essayant une dernière fois de m’échapper, une lettre, adressée à mon véritable nom, et que j'avais amené pour tromper mon ennui, écrite par un admirateur, glissa du pourpoint que je portais, ayant surement été arraché de la poche où je l’avais rangée dans la lutte qui m’avait opposé à ce diable nocturne.

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MessageSujet: Re: La clef du secret ➳ Ferdinand   29.06.12 13:13

Finalement, après ces longues minutes de bataille acharnée, le couperet était tombé. Le masque d’Etienne de Louvel n’était plus qu’un lointain souvenir, tandis que celui du Corbeau restait bien en place, greffé à même la peau et à même l’esprit d’un propriétaire trop habitué à changer de peau pour ne pas savoir se défendre des attaques extérieures visant à les lui retirer. Il ne doutait pas une seule seconde que l’ex-Louvel était aussi très talentueuse, puisqu’elle avait réussi à le berner depuis leur première rencontre, mais il était satisfait d’avoir réussi à inverser la tendance, même si le hasard l’y avait un peu aidé. Mais ne disait-on pas que le hasard est l’ami des fous ? Ca tombait bien, il en était un. Et de la plus belle eau, encore. Mais diable qu’est-ce qu’elle lui avait donné du fil à retordre, celle-là ! Au final, il n’était pas mécontent de pouvoir la malmener un peu : après un vol en règle et un roulé-boulé dans une taverne, c’était la moindre des choses, qu’il puisse prendre une petite revanche ! Oui, Ferdinand était assez mauvais perdant, et il aimait ajouter ce trait de caractère à la liste non-exhaustive de ses défauts. Enfin, il était surtout mauvais perdant quand on le défiait sur son propre terrain, et là, Etienne de Louvel ou quel que soit son nom avait réussi à mettre les pieds en plein dedans…

-Je ne savais pas que nous étions assez intimes pour nous permettre les joies du tutoiement…

Il ricana. Bien sûr qu’il se permettait les joies du tutoiement, surtout si ça lui arrachait des grognements de rage. Attitude certes très enfantine de la part de l’espion, mais il avait la rancune tenace ! Il n’était pas gascon pour rien ! Il aurait été mal vu de le dire à voix haute, mais en son for intérieur, il jubilait de la tenir enfin à sa merci. Après tout, elle lui avait causé assez de souci pour qu’il puisse se le permettre, et elle lui avait assez cassé les pieds à lui échapper avec son insolence qui avait le don de lui hérisser le poil. Mais puisqu’enfin c’était elle la perdante désormais, elle allait pouvoir expérimenter la chose d’elle-même et subir ses sarcasmes et son triomphe. Il n’oubliait pas qu’elle était habile et qu’un retournement de situation n’était jamais à négliger, mais à cet instant précis, il ne voyait pas comment la jeune femme pouvait reprendre le dessus. La victoire était pratiquement assurée, il ne manquait plus qu’un tout petit quelque chose pour la sécuriser… Mais quoi ?
Soudain elle reprit la parole, une lueur de haine brillant dans ses yeux bleus glacés, haine qui ne fit qu’augmenter le plaisir à la tenir à sa merci. Si elle était restée indifférente, où aurait été l’intérêt ?

-« La belle » ? Me prendriez-vous pour la première putain venue que vous pourriez avoir pour trois sous dans le bordel du coin de la rue ? C’est la preuve que vous n’entendez rien à la vie, monsieur le Corbeau.

Un éclat de rire monta dans sa gorge, qu’il réprima bien vite sans pour autant chercher à cacher son hilarité qui se manifesta par un sourire terriblement amusé et arrogant. Si pour elle la vie se résumait à courir les rues pour détrousser ses pairs, alors effectivement ils n’avaient pas la même conception de la vie. Et puis, pour qui se prenait-elle, cette aventurière inconsciente ? Cependant, il choisit de ne pas répliquer et écouta la suite.

-Quand à mon nom, puisque vous êtes si fort, vous n’avez qu’à le deviner. Les gardes ? Mais appelez-les. Avant l’aube, je serai libre. Avec quelques justifications peut être, mais je m’envolerai comme une colombe, à l’égal de ce nom de Corbeau dont vous vous êtes affublé.
« Je proteste, je ne me suis pas affublé de ce surnom, on me l’a attribué. J’ai postulé pour celui de colombe, mais on a trouvé que je n’avais pas la tête de l’emploi. La discrimination est partout de nos jours ! Je ne suis pourtant que paix et amour ! » déplora-t-il en levant les yeux au ciel.
-On ne me laissera pas croupir derrière les barreaux plus de quelques heures, je connais trop de personnes bien placées pour cela.

Un sourire énigmatique se dessina sur les lèvres du Corbeau. Voilà qui sonnait déjà comme plus intéressant à ses oreilles. Des amis haut placés, hein ? Il se demandait bien quel genre de personne pouvait protéger une femme qui n’hésitait pas à se déguiser en homme pour courir les clubs clandestins et truander ses adversaires ou créanciers. Nul doute que de telles informations pourraient intéresser la Reynie, et le roi par la même occasion. Il n’était pas sûr que le roi encourage ce genre de pratique au sein de son Royaume, et encore moins à Versailles… Puisque les seules personnes qui pourraient la sortir de l’emprisonnement avaient de grandes chances d’être puissants et fortunés, donc nobles. Cela vaudrait le coup de creuser un peu plus le sujet lorsqu’il rentrerait au palais…

-Maintenant laissez-moi partir ! s’exclama-t-elle en se débattant brusquement, obligeant Ferdinand à resserrer sa prise sans aucun scrupule. Hors de question qu’elle s’échappe une nouvelle fois, la bougresse !

Mais alors qu’il la maîtrisait de nouveau, il perçut un froissement de papier qui guida ses yeux vers le sol. Une enveloppe ? Relevant les yeux, les siens croisèrent ceux de la jeune femme… Et il se baissa avec une vivacité stupéfiante pour ramasser la lettre et immobiliser sa proie de son bras libre, un sourire narquois aux lèvres. Merci le hasard ! Peut-être bien que ce vieil ami venait tout juste de lui offrir la chance de remporter définitivement la victoire, comme il l’avait souhaité quelques instants plus tôt… D’un coup sec, il l’ouvrit et, la tenant à l’écart de l’enragée, la parcourut rapidement. A mesure qu’il lisait, la lueur dans son regard se transformait…

« ‘Ma chère Isabelle’… C’est donc ça ton vrai nom, Isabelle ? » Il retourna la lettre pour voir le nom du destinataire. « Isabelle de Saint-Amand, même… Comme quoi, je n’aurai pas besoin de le deviner ton nom, on me le livre sur un plateau. Si ce n’est pas fantastique, ça… Que demande le peuple ? »

Il replia la lettre et la glissa dans la poche de son pourpoint, la gardant en otage pour le moment. Maintenant qu’il connaissait le nom de la demoiselle, elle n’avait plus de moyen de lui échapper. En ces temps durs, il savait que la Reynie ne ferait aucune difficulté s’il lui indiquait qu’une certaine Isabelle de Saint-Amand méritait qu’on s’intéresse à elle… Le policier était trop consciencieux et trop droit dans ses bottes pour laisser filer l’occasion. En somme, le fou avait toutes les cartes en main. Echec et mat.

« Personne n’est invincible Isabelle, ni moi, ni toi. La différence, c’est que toi, tu semblais l’ignorer… Retiens bien cette leçon, elle te sera sûrement utile un jour ou l’autre. Néanmoins… Tu as de la chance ce soir, je suis de bonne humeur malgré toutes les crasses que tu m’as faites. A tel point que je serais presque prêt à me montrer clément… »

Baratin que tout ça, mais le baratin était un excellent moyen de meubler le silence qui lui aurait fait comprendre qu’il réfléchissait. Il réfléchissait depuis qu’il l’avait coincée, en réalité : fallait-il réellement l’amener aux gardes ? Une femme déguisée aussi habilement, qui s’infiltre si facilement dans les bas-fonds de Paris et semble en contact avec toutes les crapules qu’il faut, n’était-ce pas un atout à considérer ? A force de conviction, il avait réussi à rallier Elodie de Froulay à sa cause, à force de chantage, il pourrait peut-être bien se mettre aussi le chevalier de Louvel dans la poche… Elle était partout, devait en savoir beaucoup. Elle pouvait lui être utile dans cette affaire de cercles de jeux clandestins.

« Et si on passait un marché, Isabelle ? Je me doute que d’habitude, c’est toi qui embêtes les autres avec des propositions peu honnêtes auxquelles ils n’ont pas les moyens de résister, mais inverser un peu la tendance ne fait jamais de mal à personne. Je connais ton nom, j’ai ta lettre : les gardes sont tellement méfiants qu’ils n’hésiteront pas à enquêter sur toi… Tu as donc le choix : ou bien tu acceptes le marché, ou bien tu finis au poste. Mais comme je suis bon prince, je vais quand même te laisser choisir après t’avoir expliqué ce que j’attends de toi… »

Il n’était plus temps de plaisanter, et ce fut avec un visage et un ton sérieux qu’il s’adressa désormais à elle :

« Comme tu le sais, j’aime garder un œil sur plusieurs petites affaires dans Paris, surtout ces cercles de jeux clandestins que j’affectionne particulièrement. Pourtant, il s’y passe parfois des choses pas nettes, qui pourraient compromettre certaines personnes… Parfois très haut placées. Je ne me mêle pas vraiment de ces histoires, mais je tiens à savoir tout ce qu’il s’y passe… Au cas où. Une bonne information au bon moment, c’est toujours utile, n’est-ce pas Isabelle ? Mais comme je ne peux pas être partout à la fois, j’aurais besoin d’un auxiliaire… Toi. »

Il marqua une courte pause, le temps de la laisser digérer ces informations. Elle le prendrait certainement pour un maître-chanteur confirmé, et c’était exactement ce qu’il recherchait. Il ne fallait pas qu’elle le prenne pour un espion, mais pour une pourriture qui ne pensait qu’à sa pomme.

« Ce que je te propose en échange de mon silence, c’est d’être mes yeux et mes oreilles partout où tu traîneras, et de me faire un compte-rendu de ce que tu découvres disons… Une fois par semaine, ou toutes les quinzaines. Toi et moi, on peut faire une bonne équipe… Mais pour ça, faut que tu me suives. Alors, Isabelle ? Marché conclu ? » interrogea-t-il en relâchant légèrement sa prise. De toute façon, elle était prise au piège. Si elle avait un minimum de jugeotte… Elle accepterait, et lui aurait gagné une nouvelle informatrice, et d’une sacrée trempe.

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MessageSujet: Re: La clef du secret ➳ Ferdinand   23.07.12 14:55

Vous avez déjà vu ce que cela fait de voir un château de carte s’effondrer avec une petite brise ? C’était exactement ce que j’étais en train de ressentir à l’instant présent. J’étais totalement prise au piège, sans possibilité de m’échapper et de faire face à la situation, et toute ma petite stratégie pourtant parfaite révélait toutes ses fragilités et venait de s’effondrer, comme un château de carte donc. Et cela ne me rassurait pas du tout. J’avais l’impression que tout allait de travers en ce moment et que je ne contrôlais plus rien. Plus j’essayais de rattraper mes erreurs, et plus les problèmes s’empiraient. Je ne me sentais pas capable de tout laisser aller, il fallait toujours que je fasse quelque chose pour essayer de trouver une solution et palier au problème, mais il semblait qu’il n’y avait rien à faire. Tout m’échappait, et j’avais horreur de ça. Jusqu’à mon arme que je me laissais arracher telle une débutante. Vraiment ! Il y avait de quoi avoir honte ! Et surtout de quoi s’inquiéter. Seule dans cette ruelle face au Corbeau qui était bien plus dangereux que ce qu’il n’y paraissait et que j’avais eus la mauvaise idée de sous estimer, je n’en menais pas large, surtout maintenant qu’il avait décidé de mettre la main sur mon courrier personnel. J’aurais voulu me débattre, le tuer, l’étrangler, faire quelque chose pour me débarrasser de lui, mais il fallait se rendre à l’évidence, je n’avais jamais été un assassin très efficace, ce n’était pas pour rien que je passais par des intermédiaires pour faire ce genre de travail.

Il devait être satisfait de lui, maintenant qu’il avait percé mon secret… Et comment m’en défaire désormais ? Je n’avais plus d’arme, le chemin m’était bloqué, je ne pouvais pas m’échapper, et un peu trop de bruit alerterait le guet, ce qui n’était pas vraiment une bonne idée ni une bonne solution pour mes affaires. Je ne pouvais plus me permettre de faire ce genre de bêtise. Le mieux était d’attendre encore un peu. Et maintenant qu’il m’avait à sa merci, je ne pouvais pas faire autrement que d’attendre qu’il me dicte ses conditions. Mais qu’il prenne garde, le serpent finit toujours par mordre. Et je n’étais pas du genre à baisser la tête sans rien dire et à obéir sagement au moindre commandement. Tout en attendant sa réaction alors qu’il se penchait pour lire la lettre, je continuais de réfléchir à toute vitesse, sans savoir vraiment quoi faire de plus, j’étais totalement dans sa main et il le savait très bien. Pourtant je ne me laisserai pas faire pour autant, c’était mal me connaître. Et lui ne me connaissais pas du tout. Je me retins de lui lancer sèchement de ne pas toucher à ma lettre alors qu’il se baissait pour la ramasser, cela aurait été le pousser encore plus vite à la lecture, qu’il en ferait de toute façon. Je ne pouvais pas faire autrement que de le laisser faire et d’attendre qu’il décide ce qu’il allait faire de moi.

-‘Ma chère Isabelle’… C’est donc ça ton vrai nom, Isabelle ? Isabelle de Saint-Amand, même… Comme quoi, je n’aurai pas besoin de le deviner ton nom, on me le livre sur un plateau. Si ce n’est pas fantastique, ça… Que demande le peuple ?

Je serrais les mâchoires en le regardant mettre ma lettre dans sa poche. Ce n’était pas qu’elle m’était précieuse, mais je n’aimais pas qu’on mette son nez dans mes affaires.

-Personne n’est invincible Isabelle, ni moi, ni toi. La différence, c’est que toi, tu semblais l’ignorer… Retiens bien cette leçon, elle te sera sûrement utile un jour ou l’autre. Néanmoins… Tu as de la chance ce soir, je suis de bonne humeur malgré toutes les crasses que tu m’as faites. A tel point que je serais presque prêt à me montrer clément…

J’eus un rictus, profitant de la liberté qu’il me laissait pour croiser les bras devant ma poitrine. Si j’avais momentanément oublié cela, lui devrait penser à toujours se méfier de moi s’il ne voulait pas finir avec un poignard entre les épaules. Ou pire.

-Et si on passait un marché, Isabelle ? Je me doute que d’habitude, c’est toi qui embêtes les autres avec des propositions peu honnêtes auxquelles ils n’ont pas les moyens de résister, mais inverser un peu la tendance ne fait jamais de mal à personne. Je connais ton nom, j’ai ta lettre : les gardes sont tellement méfiants qu’ils n’hésiteront pas à enquêter sur toi… Tu as donc le choix : ou bien tu acceptes le marché, ou bien tu finis au poste. Mais comme je suis bon prince, je vais quand même te laisser choisir après t’avoir expliqué ce que j’attends de toi…

Je plissais les yeux, attentive, toujours pas décidée à lui faire l’honneur de lui adresser la parole. Mais prête à saisir n’importe quelle occasion de me tirer de cette histoire le plus vite et le mieux possible.

-Comme tu le sais, j’aime garder un œil sur plusieurs petites affaires dans Paris, surtout ces cercles de jeux clandestins que j’affectionne particulièrement. Pourtant, il s’y passe parfois des choses pas nettes, qui pourraient compromettre certaines personnes… Parfois très haut placées. Je ne me mêle pas vraiment de ces histoires, mais je tiens à savoir tout ce qu’il s’y passe… Au cas où. Une bonne information au bon moment, c’est toujours utile, n’est-ce pas Isabelle ? Mais comme je ne peux pas être partout à la fois, j’aurais besoin d’un auxiliaire… Toi.


Je haussais les sourcils. Il était sérieux ? C’était tout ce qu’il me demandait ? Ce que je faisais pour moi-même depuis des années ? Je me serais attendue à pire. Du style devoir à nouveau coucher avec tous les hommes qui le voudraient pour lui apporter je ne sais quel chantage croustillant sur un plateau en argent.

-Ce que je te propose en échange de mon silence, c’est d’être mes yeux et mes oreilles partout où tu traîneras, et de me faire un compte-rendu de ce que tu découvres disons… Une fois par semaine, ou toutes les quinzaines. Toi et moi, on peut faire une bonne équipe… Mais pour ça, faut que tu me suives. Alors, Isabelle ? Marché conclu ?

Une « équipe » ? Il était sérieux ? Pourtant, je ne dis rien, réfléchissant, pesant le pour et le contre. Pour le moment je n’avais pas vraiment d’autre choix que celui d’accepter hélas, mais je me laissais un peu de temps pour réfléchir à une autre solution, un plan de secours, quelque chose qui me permettrait de me tirer de ses griffes. Le mieux à faire était pourtant de dire oui.

-Et si je me fais tuer d’une balle dans la tête pour avoir fouiné trop profond ? Nous serions alors perdant tous les deux, rétorquai-je placidement.

Je connaissais assez ce milieu pour savoir quand il y avait danger ou pas, et qui étaient les personnes à ne pas approcher de trop près. Pourtant je n’avais pas le choix, il fallait que je me tire de cette situation à meilleur compte et pour le moment, c’était le seul qui m’était proposé. Je poussais un profond soupir.

-De toute façon vous ne me laissez pas vraiment le choix, Monsieur du Corbeau… Je ne peux qu’accepter.

Je me penchais pour récupérer ma dague, glaciale, et la remis dans son fourreau derrière ma cape.

-Je vous laisse la lettre, ça vous fera un souvenir de moi. Comment saurais-je où vous trouver ?

S’il me fallait fournir des informations, autant que je sache où les donner. Mais je m’attendais à une réponse énigmatique, il fallait bien qu’il cultive son mystère, il semblait adorer ça…

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MessageSujet: Re: La clef du secret ➳ Ferdinand   22.08.12 23:49

A dire vrai, la victoire était belle. Quoi, après avoir passé plusieurs jours à fouiller Paris à la recherche de cette punaise de Louvel, réussir à la coincer dans cette ruelle après une jolie course poursuite, il y avait de quoi jubiler ! Surtout en en apprenant plus, bien plus que tout ce qu’il aurait espéré au sujet de son adversaire. Alors que ce dernier restait dans l’obscurité la plus complète quant à son identité, Ferdinand avait lui, découvert le nom réel de Louvel. Et bien plus encore. Le redoutable Etienne de Louvel, une femme ! Une femme hargneuse, mordante, une vraie peste, certes, mais tout de même… Une femme ! Il était obligé de réprimer une terrible envie de rire. Si les victimes du chevalier savaient par qui ils avaient été roulés, ils en tireraient, une belle tête… Et auraient probablement encore plus envie de prendre leur revanche ! Diable, dupés par une championne du travestissement et de la cavale, quelle humiliation ! L’expert du déguisement qu’était Ferdinand ne pouvait que saluer la performance, mais il ne pouvait pas non plus la laisser impunie. On ne froissait pas l’orgueil d’un Gascon sans en garder quelques séquelles, mordious ! Isabelle de Saint-Amand, car tel était son nom, devait l’apprendre à ses dépens. Quand on cherche la bagarre, on la trouve… Et quelque chose lui disait, vu la tête de vingt pieds de long qu’elle tirait, que la pilule était bien amère à avaler. Tant mieux, sa revanche n’en avait que plus de piquant !

-Et si je me fais tuer d’une balle dans la tête pour avoir fouiné trop profond ? Nous serions alors perdant tous les deux.
« Soyons optimistes voyons, si vous vous faites trouer le crâne pour avoir trop fouillé, ça voudra dire que nous avons tapé là où c’est intéressant… Bon, vous vous ne seriez plus là pour voir la suite du spectacle mais promis, je laisserai un petit mot sur votre tombe que vous pourrez lire de là-haut, qui sait. » rétorqua-t-il avec un sourire goguenard. Non, en aucun cas de figure le Corbeau ne serait perdant. D’abord parce qu’il disposait d’autres informateurs dont Isabelle ignorait l’identité autant que l’existence, et ensuite pour la bonne et simple raison que le Corbeau n’était qu’un personnage fictif. Un personnage né de l’imagination du Fou, qui n’existait que par et pour lui, et que d’un claquement de doigts il pouvait faire disparaître. Contrairement aux acteurs de la Comedia dell’Arte qui incarnaient leur rôle même hors de la scène, ses personnages étaient nombreux et n’existaient que quand il le désirait. C’était là son point fort, tant en tant qu’espion qu’en tant que personnage de cour aussi controversé que versatile. Des peaux dont il se débarrassait au besoin, comme des costumes de théâtre et qu’il laissait brûler dans l’arrière-cour pour effacer toute trace de leur existence…

-De toute façon vous ne me laissez pas vraiment le choix, Monsieur du Corbeau… Je ne peux qu’accepter.

Le sourire s’étira sous la barbiche noire. La partie était gagnée, l’armistice était signé. Il n’y avait plus qu’à conclure l’acte final et le rideau pourrait se baisser sur la pièce étrange qui venait de se jouer dans une des rues les plus mal famées de Paris. Au final, il avait réussi à prendre sa revanche sur une adversaire tenace et avait même réussi à en faire une alliée. Forcée, certes, mais alliée quand même. Et tant qu’il pourrait maintenir la pression, quelque chose lui disait que les talents d’Isabelle de Saint-Amand pourraient lui être très utiles, aussi bien à Paris qu’à la Cour, aussi bien en homme qu’en femme. Il relâcha complètement sa pression sur la jeune femme, qui put récupérer son arme sans tenter quoi que ce soit contre lui. Elle aurait eu trop à perdre et probablement compris qu’il ne se laissait pas faire si facilement. C’est donc sur ses gardes, mais sans hostilité qu’il la dévisagea alors qu’elle se relevait et se préparait à partir.

-Je vous laisse la lettre, ça vous fera un souvenir de moi. Ferdinand haussa les sourcils avec un sourire sardonique, le tout lui donnant un air légèrement vicelard. En général, les réactions des autres à cette expression le faisaient beaucoup rire. Comment saurais-je où vous trouver ?
« Ne vous souciez pas de savoir où me trouvez. Maintenant que je connais vos deux noms, je n’aurai pas de mal à savoir moi où vous trouver. Continuez de traîner dans vos cercles habituels et nous devrions nous en sortir. » dit-il en repassant au vouvoiement comme s’il ne l’avait jamais quitté et comme si tous deux étaient de vieux comparses sur le point de se dire bonne nuit. Et de fait, il était grand temps de tirer sa révérence.
Ferdinand recula de quelques pas, un sourire toujours aussi insolent aux lèvres, et salua son interlocutrice avec cette théâtralité bâclée qui était l’une des marques de fabrique du Corbeau.

« Sur ce, chère mademoiselle de Saint-Amand, je dois vous laisser. D’autres affaires plus importantes m’attendent et parbleu ! Je n’ai pas toute la nuit devant moi ! Prenez garde sur le chemin du retour, les rues sont plutôt mal famées dans le coin. On y croise de drôles d’oiseaux, paraît-il. » lança-t-il de sa voix contrefaite et nasillarde. « J’ai été ravi de faire plus ample connaissance avec vous… Mais je doute que le plaisir soit réciproque. A très bientôt, chère demoiselle ! »

Et il disparut au coin de la ruelle. Il s’éloigna à grands pas, sans regarder derrière lui, sachant très bien que non seulement elle ne le suivrait probablement pas mais qu’en plus, il serait trop rapide pour elle. Zigzaguant entre les passants, il disparut dans la foule et s’éclipsa dans un coup de vent. Il se retrouva dans la cour arrière d’un hôtel miteux et y retrouva son cheval, qui n’en avait pas bougé. Il l’attrapa par la bride et l’emmena aussitôt dans un tunnel qui passait sous la muraille et débouchait sur un petit canal. Là, à l’abri des regards, il enfourcha sa monture et le talonna pour partir au triple galop, passant à gué, et s’élança en direction de Versailles. Au moins, il aurait des choses bien amusantes à raconter au roi pour le distraire, même sans l’informer de l’identité réelle de sa nouvelle informatrice. Mais en ces temps de plus en plus sombres, une bonne nouvelle faisait toujours plaisir à recevoir… Surtout quand on était roi de France. Ah, les affaires de l’Etat, quel casse-tête passionnant !

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Bouffon !

Que d'éternelles et incurables douleurs dans la gaieté d'un bouffon! Quel lugubre métier que le rire!


© belzébuth

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