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 Le souvenir est le parfum de l'âme ... et la renaissance du coeur ? [Isa]

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MessageSujet: Le souvenir est le parfum de l'âme ... et la renaissance du coeur ? [Isa]   26.02.12 17:37


« Tout le temps qui n'est pas consacré à l'amour est perdu. »

Il y a des soirs où on pouvait se demander ce que l'on faisait dehors. Cédric se posait pile cette question à ce moment là. Depuis que son visage avait retrouvé sa couleur originelle, loin des bleus que Du Perche lui avait fait, il pouvait recommencer ses missions comme avant, ou presque. Le souvenir de la mort de Victoire, enfin surtout la réaction de son chef Hector, lui restait en travers de la gorge. Connaissant le Valois depuis toutes ses années, Portau savait très bien qu'il était capable de donner la place de bras droit à cet incapable de Contarini. Si cela arrivait, Cédric ne le supporterait pas et devrait se partager entre tuer le vénitien et tout faire pour retrouver sa place … En attendant la prochaine réunion de la Main de l'Ombre, il continuait ses missions habituelles comme si de rien n'était. S'enfermer chez soi n'était pas la meilleure idée, ressasser ses idées noires était une très mauvaise idée et il fallait se concentrer sur des choses plus importantes que soi-même. Et ce soit, il réfléchirait à travers les cartes. Sur son cheval, le comte leva les yeux au ciel : il n'était pas le meilleur joueur du monde, ni le pire bien sûr mais pas de quoi gagner des sommes folles. Et plutôt que d'aller quémander de l'argent au vénitien, il se souvint qu'il avait quelques bourses d'avance que son ennemi lui avait donné, cela suffirait pour ce soir. L'important n'était pas de gagner, mais d'écouter, d'observer et d'éliminer. Un des membres participants était dans le collimateur de l'assassin, il serait plus facile à attraper une fois que ce marquis serait ruiné et saoul, Cédric n'avait pas envie de se prendre la tête avec le travail difficile ce soir. Rien de mieux qu'une mission rapide, efficace !

Portau s'amusait rarement avec ses victimes, il ne s'encombrait pas à les faire tourner en bourrique, surtout quand le travail devait être exécute rapidement. Le reste du temps, c'est vrai qu'il ne disait pas non à une petite distraction. Cela lui rappelait qu'il ne devrait plus tarder à retourner voir Philippe en face à face. Passer des heures dans les buissons à l'observer l'amusait, il voyait le d'Artagnan à sa fenêtre, chercher un ennemi que tout le monde penserait imaginaire. Philippe était un garçon lucide, le plus intelligent de sa famille car il voyait clairement dans le jeu de Portau … Mais seul contre tous, il serait le grand perdant. Cédric en repensant à cela eut un sourire mauvais alors qu'il lançait sa monture au galop. Il irait sûrement dans la semaine, continuer d'alimenter la haine de son ennemi. Mais ce soir, le seul jeu qu'il ferait, ce serait avec les cartes.

La partie se jouait ce soir dans un bel hôtel particulier, pas vraiment le genre d'endroit que Portau fréquentait habituellement. Il était de la noblesse certes, mais trop petite pour avoir ses entrées partout. Il n'était pas non plus un gueux, contrairement à ce que certains pouvaient penser, il savait juste où était sa place en société, qu'il ne pouvait pas être dans les plus grandes réceptions – a moins qu'on l'y invite – ce qui n'était pas courant. Versailles apparaissait devant lui, les premiers bâtiments se détachaient grâce à l'éclairage des grandes rues. Pour une fois qu'il ne devait pas se rendre jusqu'à Paris pour mener sa mission, il n'allait pas se plaindre. Déjà qu'il s'était obligé à s'habiller convenablement, du moins en habit de Cour, cela faisait plus présentable, à condition de ne pas les tâcher avec sa future victime. A force, il avait appris à tuer proprement, au marquis de ne pas être stupide au point de se battre pour survivre, autant mourir dignement. Que les gens pouvaient être stupides, pensaient Cédric alors qu'il arrivait à destination. Descendant de sa monture et lissant ses vêtements, puis les époussetant pour enlever les poussières accumulées par la route.

On sentait que le propriétaire des lieux avait du goût, et aussi de l'argent. Les grands tableaux, le marbre au sol, les lustres en cristal et les domestiques à n'en plus finir. Cela changeait de la demeure que Portau habitait. Sans être une cabane en pleine forêt, sa maison n'était pas aussi bien arrangée. Il avait un manoir de campagne, assez grand, trop grand pour lui, mais n'y avait pas mis le moindre luxe, il ne recevait personne et, de toute façon, il n'en avait pas les moyens. Et puis, il n'avait aucune raison d'impressionner ses invités. Quant aux autres, il les impressionnerait avec une arme sous la gorge, cela suffit en général. Mais ce soir, malgré une épée à sa hanche et une dague dans son pourpoint, il n'y avait aucune raison qu'il dégaine en pleine partie de cartes. Il y avait du beau monde autour de la table, Cédric connaissait tout le monde à vue de nez, sauf un homme. Sa cible était là aussi et c'est tout sourire qu'il alla le saluer. Hypocrite jusqu'aux bouts des ongles, le Portau.

Je ne pensais pas vous voir parmi nous, comte !
Croyez vous que j'aurais raté une aussi belle partie ce soir ? C'est bien mal me connaître !


Ils poursuivaient la conversation en avançant vers la table, quand Portau posa une question à sa future victime.

Dites moi, marquis, qui est l'homme là-bas ?
Étienne de Louvel, joueur notoire. Je le croise souvent dans des soirées comme celle-ci.


Avoir un nom sur un visage était toujours bon signe. Même si certains traits lui rappelaient étrangement quelqu'un. Il secoua la tête, impossible que ce soit la personne auquel son esprit dessinait le visage, il pensait à une femme et se trouvait face à un homme ! Enfin, trêve de pensées, la partie pouvait s'engager tranquillement, avançait au fil des cartes et des conversations qui s'engageaient sur tout et rien. Cédric écoutait, observait, misait, jouait, perdait mais arrivait à récupérer ses mises de temps en temps. Une bonne soirée pour l'instant. Jusqu'à ce moment.

Profitez de votre bonne étoile, cela n'arrive pas tous les soirs, Portau !

A peine eut-il le temps de rire qu'un bruit de verre brisé se fit entendre. Ses yeux bleus se tournèrent vers Louvel, surpris. Et ce qu'il vit face à lui … ces deux yeux azurs le fixant. Deux saphirs pénétrants, comme deux poignards en plein cœur et un passé qui refaisait surface avec une violence inégalée. Isabelle …



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MessageSujet: Re: Le souvenir est le parfum de l'âme ... et la renaissance du coeur ? [Isa]   27.02.12 22:36




Il faut bien trouver une motivation à tous les actes. La mienne, c’est l’argent. Il mène à tout et n’est donc à ne jamais négliger bien évidemment. Tous ceux qui dénigrent ce que représente une bourse bien remplie de pièces sonnantes et trébuchantes, brillantes comme des soleils, étaient les nantis qui avaient eu la chance de n’en jamais manquer. Ils étaient peu, certes, mais assez détestables à cause cela, pour le coup. Ils perdaient des sommes mirobolantes là où d’autres auraient été malades de perdre un sol. Mais puisqu’ils avaient de l’argent à ne pas savoir quoi en faire, autant en faire profiter ceux qui en avaient besoin. Ce n’était plus vraiment mon cas, depuis le temps que je faisais ce que je faisais. Un temps que je préférai ne pas calculer, de peur d’avoir le vertige. Mais mieux valait prévenir que guérir. La précarité m’avait frappée de plein fouet, et à force de manipulations et de sacrifices bien plus grands que ceux qu’on pouvait bien imaginer de la part de la « jolie brune de la ménagerie de la reine » comme j’avais entendu qu’on m’appelait parfois, j’avais réussi à retourner le mauvais sort. Ce n’était plus par besoin pur et dur que je jouais – entre autres choses que je faisais pour m’assurer un revenu substantiel, l’argent de ma charge médiocre n’y suffisant pas vraiment – mais plus par vengeance, vendetta personnelle contre ces courtisans qui s’ennuyaient et qui ennuyaient le monde, avec leur argent à ne plus savoir quoi en faire. Qu’ils se rassurent je trouverai bien.

Une invitation… Etienne de Louvel n’en manquait aucune. Joueur notoire, mais surtout vainqueur notoire, ici et, quand il le fallait, sur le pré. J’avais eus la chance de n’être amenée à me battre qu’une fois. Une seule et unique fois, qui avait laissé un souvenir atroce dans ma mémoire au point de m’en laisser des cauchemars pendant plusieurs semaines. Aussi évitais-je désormais d’en arriver à ce genre d’extrémité, préférant essayer de terminer un duel par une blessure – celle de mon adversaire, cela va sans dire. Heureusement pour moi, les gens d’honneurs étaient bien peu là où les larrons étaient légions, et depuis que j’avais inventé cette identité de toute pièce, je n’avais été amenée à me battre que trois fois. Trois fois de trop sans doute. Trois fois qui m’avaient à chaque fois fais reconsidérer l’utilité d’user de cet alias pour quelque chose dont, au fond, je ne pouvais retirer que des ennuis, et encore, j’ignorais à quel point, mais à chaque fois, les gains que je ramenais me confortaient dans l’idée que finalement, j’étais intouchable. Qui aurait pu y penser, à cette double personnalité ? Personne, jusque-là, n’avait été amené à trouver la faille. J’avais appris à segmenter ces deux parties distinctes de ma vie, pour ne pas avoir à me justifier. Les personnes que je croisais dans les deux domaines de ma fausse vie étaient rares, et pour celles qui auraient pu être amenées à le faire, elles n’avaient pas fait le lien. Après m’avoir tourné le dos de manière aussi cruelle, ma bonne étoile pouvait bien me faire une fleur, non ?

C’était donc plus l’appât du gain qu’un réel besoin qui m’avait amenée ici ce soir, dans l’un de ces magnifiques nouveaux hôtels versaillais. Ces courtisans… Toujours plus proches du roi, mais pas trop non plus. Si avoir une chambre à Versailles – ou ne serait-ce qu’un placard à balai – était une chance sans comparaison car elle assurait la marque d’estime du monarque, quel manque de confort ! Nombreux étaient ceux qui avaient pris soin de se faire faire construire un « petit » pied à terre sur les domaines marécageux entourant le château. Et c’était à qui aurait le plus avantageux, bien évidemment. Mais surtout, ne pas dépasser le roi. Fouquet restait encore bien présent dans les mémoires. Il ne fait pas bon vouloir éclipser le soleil. Versailles n’était pas mon terrain de jeu habituel, mais je n’avais pas pu résister à l’invitation, vu les personnes invités et les sommes sous-entendues, cela aurait pu paraitre étrange. Au moins n’aurais-je pas trop de problème pour rallier mes appartements de Trianon dans les plus brefs délais une fois la soirée terminée. C’était toujours un avantage, plutôt que l’heure entière nécessaire pour faire Paris-Versailles. Et encore, en pleine nuit, il m’arrivait de mettre un peu plus de temps, je préférai alors rester chez mes hôtes jusqu’aux premières heures du petit jour en général. Mais la soirée ne faisait que commencer et était plutôt prometteuse, si j’en jugeai par les personnes conviées.

Un silence concentré et circonspect entourait la table, qu’il s’agisse des joueurs ou des spectateurs. La main n’était pas spécialement importante, mais décisive. Je venais d’abattre mes cartes, comme mes trois autres adversaires mes deux yeux bleus fixés sur le dernier, qui ne laissait rien trahir de son émoi. Il finit cependant par retourner ses cartes, affichant une paire de rois, là où je n’avais pour ma part qu’une dame et un neuf. Des applaudissements fusèrent, et je saluais le coup d’un bref hochement de tête. J’avais perdu cette bataille, mais il n’avait pas gagné la guerre. J’avais appris que l’intelligence de garder ses réserves pour la fin valait parfois mieux que jeter toutes ses forces dès les premiers instants d’un affrontement.

-Un verre, monsieur ? Me demanda un valet en livré.

Je tendis le bras vers le plateau et me servit, alors que les perdants s’éloignaient, laissant place à de nouveaux arrivants. Ces messieurs se saluèrent. Je me contentais de prendre une gorgée de mon verre en les évaluant chacun. Mon regard restait un instant fixé sur l’un d’entre eux. Jeune… blond… sa silhouette me parue étrangement familière. D’une familiarité troublante pour avoir été extrêmement proche. Trop proche peut-être… Je secouai la tête, me concentrant sur la nouvelle main qui venait d’être distribuée. Je rêvais… La pénombre et la fatigue sans doute. N’y pensant plus, ou plutôt essayant, je laissais les cartes défiler. Une nouvelle fois, la chance, si elle ne m’abandonnait pas, ne se décidait pas non plus à m’aider tout à fait. Ce fut l’homme qui m’avait interloquée qui remporta la main. Je repris mon verre, encore plein aux trois quarts, pour en reprendre une gorgée – l’alcool et la concentration ne faisant pas souvent bon ménage, un verre me faisait souvent une soirée entière – quand l’un des observateurs s’exclama :

-Profitez de votre bonne étoile, cela n'arrive pas tous les soirs, Portau !

Et le dénommé de se mettre à rire. Je redressai vivement la tête. Ce nom… ce rire… je les aurais tous deux reconnus entre mille… Et pourtant, je n’osais y croire. Non ! Venait-il vraiment de…

Sans que je m’en rende compte, mon verre me glissa des mains, son contenu trempant au passage le tissu blanc de mes gants fins que j’utilisais pour dissimuler la finesse de mes mains, avant d’aller se briser au sol, dans un fracas qui me parut assourdissant. Pourtant, je ne pensais même pas à regarder ce que je venais de faire. Mon regard croisa celui de l’homme. Plus aucun doute n’était permit. Cédric… C’était bien lui. Ca ne pouvait être que lui… Sans m’en rendre compte, c’était des années de détachement qui volaient en éclat. Nos regards se croisèrent, et le mur en pierre que j’avais dressé autour de mon cœur reçu son premier impact. Un impact violent, qui le faisait trembler jusque dans ses fondations. Combien de temps dura cet échange de regards ? Une seconde ? Une heure ? J’aurais été totalement incapable de le dire. Il me fallut pourtant la réaction d’un jeune homme dans mon dos pour me ramener à a réalité.

-Chevalier, vous allez bien ?

Je mis un léger temps à répondre, le temps de rassembler mes esprits.

-Une maladresse, bredouillai-je, essayant de dissimuler mon trouble. Moi si maîtresse de mes émotions en temps normal, il y avait de quoi pester. Je passe ! Prenez donc ma place, baron. Vous en serez peut être plus chanceux.

Jamais je ne quittais une partie en cours. Jamais je ne me laissais perturber. Mais Cédric… Quand ? Comment ? Fuyant son regard qui me transperçait, je me retins de ne pas courir pour quitter la pièce par une petite porte transversale menant à l’escalier de service, et de descendre un étage pour mettre de la distance entre moi et celui qui avait changé ma vie bien plus qu’il ne l’aurait cru. Comment s’était-il retrouvé là ? Savait-il que j’y serai ? M’avait-il reconnue ? J’en étais certaine, et pourtant, ma panique me criait que non, c’était impossible, qu’il ne pouvait pas venir tout gâcher… Encore… D’un geste brutal, je retirais mes gants trempés, rageant, manquant d’en déchirer un, avant de les jeter à terre. Ils étaient fichus. J’essayais de respirer plus calmement, essayant de récupérer mon sang froid. Je ne pouvais pas rester là. Il fallait que je rentre au château, maintenant. Pourtant, la porte de l’étage qui claqua me certifia que je ne serais plus seule très longtemps, et quelque chose en moi hurlait que ça ne pouvait qu’être lui. Non… Non ! NON !! Pas après tout ce temps… Pitié …

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MessageSujet: Re: Le souvenir est le parfum de l'âme ... et la renaissance du coeur ? [Isa]   28.02.12 16:44

S'il avait su … Tout se passa si vite. A peine quelques rires sortirent de sa gorge que le bruit du verre brisé résonna dans la pièce. Intrigué, Portau avait posé son regard sur le fameux Louvel et y découvrit, ou plutôt redécouvrit, la personne face à lui. Le prénom d'Isabelle faisait écho dans sa tête et d'une manière violente, comme un lointain souvenir qui remontait à la surface, un souvenir du passé que Cédric avait voulu oublié. C'était une autre vie, une autre époque, un autre lui. Et dans cette vie, il y avait Isabelle … Ce regard, il l'aurait reconnu entre mille, peu importe les années qui se sont écoulées, les saphirs de Saint-Amand restaient intacts. Cédric ne pouvait quitter ce regard, comme hypnotisé comme il l'était autre fois. A présent, malgré les efforts pour paraître un homme, il ne pouvait que voir la jeune femme revenue des temps passées. Tous les deux se retrouvaient et se regardaient en chien de fusil durant quelques secondes tout au plus, mais cela semblait durer des heures.

Cédric n'en revenait pas. Il avait vu Paris en long et en large, avait eu l'occasion de passer à la Cour et jamais il n'avait pu voir la jeune femme. Disons qu'il ne l'avait pas cherchée non plus, mais qu'il était étonnant de la retrouver ce soir, travestie en homme ! Il sembla impossible au comte de prononcer le moindre mot pour casser ce silence, un homme pourtant le fit à leur place.

Chevalier, vous allez bien ?
Une maladresse. Je passe ! Prenez donc ma place, baron. Vous en serez peut être plus chanceux.


Et elle se leva de sa chaise, quitta la table, Cédric ne cessant de poser ses yeux sur elle. Tant de questions se bousculaient, un parfum de passé l'envahit et il lutta intérieurement pour que cela n'arrive pas. Cette vie d'avant n'existait plus, c'était définitif. Tentant tant bien que mal de se concentrer sur son jeu, cela lui était impossible. Une envie, une irrépressible envie le poussait à partir à sa poursuite, même si sa raison le voulait clouer sur sa chaise. L'éternel combat entre le cœur et la raison, du présent et du passé. Il aurait du se concentrer sur la partie, mener à bien sa mission. Mais quand le marquis, sa cible, lui adressa la parole, Cédric ne savait toujours pas quoi faire.

C'est à vous de miser, comte.
Je … Je me couche, je ne me sens pas en chance sur cette partie. Je reviens.


Il fit tous les efforts du monde pour ne pas courir, se leva normalement et emprunta à son tour la porte et l'escalier de service et descendit à toute vitesse. Il voulait être certain que ce n'était pas encore un fantôme du passé, une idée folle créée par son cerveau annihilé par la charité humaine. Mais, à l'intérieur, on lui hurlait qu'il s'agissait bien d'Isabelle, cette mémé jeune femme qu'il a connu des années auparavant. Cette incroyable beauté qu'il avait aimé d'une force, à tel point qu'il pensait cet amour indestructible … et que son père avait brisé en mille morceaux, comme il avait fait avec sa vie en général. Le souvenir de leur dernière entrevue passait en boucle dans sa mémoire tandis qu'il pensait cet escalier interminable et qu'il pensait ne jamais le revoir. L'étage descendu, il l'aperçut un peu plus loin. Sans avoir le temps de réfléchir, ses jambes se mirent à courir après cette ombre, il avait besoin d'en avoir le cœur net. La rattrapant en un rien de temps, Cédric se mit face à elle, posa ses mains sur ses épaules pour la retenir. Puis d'un geste bref, il ôta le chapeau du ''jeune homme'' face à lui et comprit qu'il n'avait pas fait fausse route.

Isabelle …

C'était tout ce qu'il avait pu dire, dans un souffle. Les voilà face à face, des années plus tard. Elle n'avait pas véritablement changé, était devenue une femme voilà tout. Mais elle était toujours aussi belle, Cédric ne pouvait pas le nier un instant. Et voilà le flot de souvenirs submerger cet être qui avait décidé de ne plus penser au passé, d'y avoir tiré un trait bien gros et avait vendu son âme pour la Main de l'Ombre ! Il n'avait jamais pensé que cela soit aussi fort, aussi violent et que ces souvenirs auraient les traits d'Isabelle.

Son regard ne pouvait la quitter, il la fixait comme une chose curieuse, ou davantage comme une personne qu'on ne penserait jamais revoir ! La dernière fois qu'ils s'étaient vus, c'était le jour où Porthos était monté sur Paris ramener son fils sur leurs terres. Cédric avait réussi à négocier de revoir sa belle quelques minutes, ne pas partir comme un voleur, lui faire des promesses qu'il pensait véritablement tenir … La vie est cruelle parfois et, loin de tout, Cédric avait senti son cœur se briser, sa vie se fracturer, ce qui l'avait conduit à devenir en partie ce qu'il était devenu. Durant des mois, le jeune homme de l'époque avait imaginé les retrouvailles, les mots qu'il aurait pu dire à Isabelle. Et maintenant qu'il l'avait face à lui, Portau ne savait plus quoi dire, il en perdait ses mots.

Que … Que fais tu dans cette tenue et … ici ?

Sous-entendu à Versailles … Quelle question idiote ! Voilà la seule question qui lui passait par la tête ! Cédric avait connu Isabelle avec un certain caractère, il ne savait pas qu'aujourd'hui, cela était pire. Ces retrouvailles allaient faire des étincelles, mais pas forcément dans le bon sens …

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MessageSujet: Re: Le souvenir est le parfum de l'âme ... et la renaissance du coeur ? [Isa]   28.02.12 22:09

Si le temps est censé faire cicatriser toutes les blessures, il en est qui mettent plus de temps que d’autres. Celle-ci, en particulier, celle de l’âme et du cœur, ne voulait pas se refermer. Je la pensais guérie, anesthésiée, et l’avais tout simplement oubliée, alors qu’elle était à peine recouverte d’un fin tissu et prête à se rouvrir au premier choc. Celui-ci n’avait pas été des moindres. Violent. Pire que ce à quoi j’aurais pu m’attendre. Et je ne m’attendais à rien. Pour cause ! J’avais beau essayé de faire barrière à ces souvenirs qui remontaient en mois par vague, rien à faire. Ils étaient là, bien présents, s’encrant en moi alors que j’avais voulu les oublier, les effacés, et que j’étais certaine d’y avoir réussi. Mais rien à faire. Je me revoyais, vingt ans à peine, quittant en larme ou presque la couche d’un homme qui m’utilisait pour rejoindre la compagnie de l’homme que j’aimais. Il savait tout de moi… Mes secrets, mes mensonges, mes sacrifices et mes blessures, et les avaient acceptés. Il m’avait tout donné, tout promis, pour finalement tout me retirer, dans un départ qui m’avait déchiré le cœur. Je m’étais promis de ne plus aimer à nouveau. C’était à cette période, maintenant que j’y repensais, que j’avais commencé à être Etienne. Un alter égo masculin que rien ne pouvait atteindre. Une manière comme une autre de s’en sortir. Finalement, je n’avais eus besoin de personne, et surtout pas de lui. Il m’avait tout prit une fois déjà, et le voilà qui revenait pour recommencer. Je ne pouvais pas le laisser faire…

Mais comment lutter quand un seul des regards de Cédric – qu’il m’était douloureux de formuler ce prénom à nouveau… Je pensais ne jamais avoir à le refaire – me faisait perdre tous mes moyens, il n’y avait qu’à regarder ce qui venait de se passer. Je n'étais pas moi-même en face de lui. Ou alors si, justement, j’étais bien trop moi-même et n’avait aucun moyen de continuer à faire semblant face à ces yeux qui savaient tout ou presque de moi. Pas de ce que j’étais devenue, mais qui en savait bien assez pour me détruire. Si jamais il parlait… J’étais perdue. Mon cœur s’emballait à cette simple pensée. J’étais perdue, paniquée. Il ne me semblait pas avoir perdu le contrôle de moi-même de la sorte depuis des années. Comment un seul être peut réussir là où de nombreux autres ont échoués ? Je me souvenais encore de son rire, de ses sourires, de sa tendresse… Cruel manque réveillé par un seul nom prononcé devant cette table de jeu qui n’aurait pas eu le droit d’être dit. Quand était-il revenu ? Pourquoi ? Etait-ce une chance de ne le croiser que maintenant alors que jusque-là, le hasard avait fait que nous nous évitions sans le savoir, ou alors venait-il seulement de revenir à Versailles ? Je ne le savais pas, et essayais de me persuader que je ne voulais pas le savoir. Mais au fond de moi, c’était le contraire qui se produisait.

Il fallait que je me reprenne. Il le fallait absolument ! Ce n’était qu’un souvenir ! Il ne pouvait pas, ne devait pas m’avoir reconnue. Et pourtant, vu le regard qu’il m’avait jetée, j’en étais presque certaine. Tout aussi surprit que moi de me voir en face de lui. C’était pour l’éviter que j’avais quitté la table. Le revoir signifiait bien trop, trop de choses, trop de changements. C’était me mettre face à la jeune femme encore pleine de rêves et d’espoirs que je n’étais plus. Toutes ces idioties d’enfance brisées par un seul et unique homme, celui-là même. J’avais l’impression que mon petit monde fait de mensonges et de faux semblants était en train de voler en éclat. Et pour cause. Les fondations avaient beau être solides, ce n’était que des mensonges qui s’effritaient si on creusait un peu trop en profondeur. Et il suffisait de croiser Cédric pour que tout s’effondre. Sauf que personne sauf lui ne semblait avoir compris ce qu’il venait de se passer, c’était toujours une assurance de plus. Si ça avait été n’importe qui d’autre que lui, j’aurais payé quelqu’un pour m’en débarrasser, ça n’aurait pas été mon coup d’essai. Mais c’était lui. Et je ne pouvais tout simplement pas m’imaginer lui faire le moindre mal. J’avais changé… Lui aussi, bien évidemment, même si j’ignorais encore à quel point. Le souvenir des semaines qui avaient suivis son départ était sans doute encore pire que celui des jours que nous avions vécus à peu près heureux. Cela m’avait replongée bien plus bas que je n’aurais jamais cru.

Ma respiration me revenait peu à peu. Je me trouvais soudain stupide d’avoir quitté les lieux ainsi. Je ne connaissais pas cet hôtel particulier. Pour retrouver le rez-de-chaussée, il allait me falloir un certain temps, alors que tout ce que je voulais, c’était sortir d’ici. L’air frais me ferait le plus grand bien, et une fois dans mes appartements à Trianon, je pourrais enfin réfléchir plus sereinement à ce qui venait de se passer. Pourtant, la porte qui s’ouvrit à l’étage supérieur ne m’annonçait rien de bon, et je préférai largement la fuite à la confrontation. Aussi, ni une ni deux, je commençais à avancer dans la pénombre du couloir. Sortir était la seule chose que je voulais. Mais il ne m’en laissa pas la possibilité, me rattrapant en courant à travers le petit couloir.

-Isabelle…

Je fermai les yeux, refusant de le laisser avoir une quelconque emprise sur moi. Mais cette façon dont il disait mon prénom… Le timbre de sa voix quand il le prononçait, je ne pouvais tout simplement pas l’assumer. Je fus pourtant obligée de les rouvrir en sentant mon feutre glisser de ma tête. Ses mains sur mes épaules me firent me crisper. La rancune n’est pas un sentiment qui s’efface si facilement. C’était lui, sans être lui. Même visage, même sourire, même regard… Mais en plus dur. Plus homme… Je n’aurais pas sus dire exactement ce qu’il était devenu, mais quelque chose l’avait profondément changé. Et je sentis mon cœur en faire un bond dans ma poitrine. Ses mains sur mes épaules me faisaient penser à deux enclumes qui m’empêchaient de bouger. J’en aurais eus les larmes aux yeux, mais un sursaut d’orgueil m’empêchait de pleurer encore une fois à cause de lui. Il m’avait bien trop fait verser de larmes… Notre dernière entrevue, où il jurait de revenir, faisait partie de mes plus horribles souvenirs. Il n’était jamais revenu…

-Que … Que fais-tu dans cette tenue et … ici ?

Cette question me fit l’effet d’un bain glacé. D’un coup, tous mes moyens me revinrent. Je me débâtis pour échapper à son étreinte, refusant qu’il s’approche encore de moi.

-Ne me touche pas ! sifflai-je froidement entre mes dents, avant de reculer d’un pas pour être certaine qu’il ne pourrait plus m’atteindre.

Ce que je faisais là ? Mais exactement la même chose que ces dernières années… Suis-je bête ! Il n’était pas là pour le voir. Heureusement que le couloir était noir, car malgré mes résolutions, je ne pouvais empêcher les larmes de venir inonder mes yeux.

-Ce que je fais ici ? Mais exactement la même chose que ce que je faisais lors de notre dernière entrevue, comte.


Le vouvoiement était une manière comme une autre de mettre de la distance entre nous. Il n’avait pas le droit de revenir comme ça, même sans le savoir.

-J’ai tenu la promesse que j’avais fait à un jeune et fringant mousquetaire, celle de l’attendre. Mais il a bien fallu que je continue à vivre. Gagner ici est un moyen comme un autre. Bien préférable à ceux que j’employais à une certaine époque même si je les utilise encore. Mais permettez-moi de vous retourner la question ?

Le ton était froid, mais agressif. J’aurais voulu lui faire autant de mal qu’il m’en avait fait à l’époque. Parce qu’on ne peut haïr qu’au même point qu’on a aimé. Et faire semblant de haïr est le meilleur moyen de masquer l’amour que l’on ressent encore.

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MessageSujet: Re: Le souvenir est le parfum de l'âme ... et la renaissance du coeur ? [Isa]   07.03.12 0:27

Il se sentait stupide, idiot, imbécile … et tous les synonymes possibles et imaginable à ces mots. Cédric se sentait happé dans un passé qu'il croyait avoir oublié, refusant d'y repenser, de cette belle et courte période que fut sa vie à Paris chez les mousquetaires. Il suffisait d'une seule personne pour ouvrir cette boîte de Pandore qui faisait si mal, ravivait des douleurs du passé, des passages de désespoir avant de se laisser aller à la colère, qui ne l'avait jamais quitté depuis. Cédric avait haï son père à partir de ce jour là, il l'avait forcé à faire une croix sur une belle vie, une vie juste où il accomplissait un rêve de gamins, entouré de ses amis, d'un modèle sans faille et d'une fille qu'il aimait. Oui, cela pourrait paraître incongru aujourd'hui mais Cédric de Portau aurait pu devenir un homme bien, honnête et rangé. A croire que la vie n'aimait pas ce genre de vie, il fallait perpétuellement du mouvement, des obstacles et des défis impossibles à relever. Comment rivaliser face à un père autoritaire et bien plus imposant que soi ? Cédric avait laissé partir les derniers espoirs qu'il avait en lui, avait fermé son cœur et avait suivi la voie de l'enfer où son ami Hector de Valois l'entraînait, où l'ami devenait le chef, un futur souverain, Cédric s'était toujours montré d'une fidélité sans faille depuis cet instant. Et cela n'avait jamais changé, malgré ce qui s'était passé le jour de la mort de la duchesse de Noailles. Portau se souviendrait toujours de cette gifle, ces insultes et les coups de cravaches mais, plutôt que d'en vouloir à Hector, il s'en voulait à lui-même d'avoir mal agi, d'avoir commis une erreur, lui qui s'était promis de toujours bien agir pour son chef.

Jamais, jamais il n'aurait pensé devoir remettre cela en question, pas une fois depuis ces dernières années. Il avait suffit d'un regard, juste de deux prunelles étincelantes, pour se rappeler qu'il avait une vie avant tout cela. Sa vie se trouvait dans ce même hôtel particulier que lui en cet instant, elle portait le nom d'Isabelle et il l'avait aimé comme un fou à cette époque enfouie au fond de lui. Apparemment, ce n'était pas assez bien caché, elle n'avait eu qu'à le regarder pour qu'un séisme se déchaîne en lui. S'il l'aimait encore ? On hurlait à l'intérieur de sa tête que non. Alors pourquoi ses jambes l'emmenaient jusqu'à elle ? Il y avait tant de mystères à résoudre dans l'esprit d'un être humain impossible à comprendre ou à résoudre …

Voici Isabelle face à lui. Cédric la dévisagea, cherchant à voir si c'était vraiment elle. Il n'y avait rien qui puisse lui prouver le contraire : le même magnifique visage, ces deux yeux tels des pierres précieuses incrustées, cette bouche si bien dessiné qu'il avait embrassé tant de fois … Comment pouvaient-ils croire qu'elle était un homme ? Peut être qu'il la connaissait trop bien, ils s'étaient tout dit à l'époque, Cédric connaissait la vie de sa belle et lui avait promis de l'arracher à tout cela, qu'il l'épouserait et qu'ils pourraient vivre heureux. Quelle stupidité que la jeunesse, à vivre dans une utopie sans penser à ce qui se passait autour. Jamais Portau n'avait imaginé un instant que son père serait venu le rechercher de la sorte, qu'il l'arrache à cette vie. Et il n'avait pas imaginé la revoir un jour, il n'avait plus voulu penser à Isabelle, mais s'il aurait pu le faire un jour, il ne l'aurait pas imaginé déguisé en homme à des tables de jeux. Par contre, il aurait imaginé ce regard, brillant et fier à la fois. En cet instant, il aurait pu tout lui dire, être honnête comme avant. Mais la surprise d'une telle situation lui fit posé des questions stupides où il était certain qu'elle ne répondrait pas. Pire, elle se débattit pour se défaire des mains du comte sur ses épaules.

Ne me touche pas !
Bien, ce n'est pas la peine d'être aussi virulente.
répliqua t'il sèchement.

S'il sentait son cœur battre trop fort par rapport à d'habitude, sa fierté se débattait pour être sur le devant et contrôler Portau, elle lui soufflait de ne pas se faire avoir par les sentiments ni par la femme qu'il avait devant ses yeux. Et s'il fronça les sourcils, ce cœur poussiéreux réapprenait à battre à un rythme effréné. Peut être était-ce par manque d'habitude mais cela faisait si mal !

Ce que je fais ici ? Mais exactement la même chose que ce que je faisais lors de notre dernière entrevue, comte. J’ai tenu la promesse que j’avais fait à un jeune et fringant mousquetaire, celle de l’attendre. Mais il a bien fallu que je continue à vivre. Gagner ici est un moyen comme un autre. Bien préférable à ceux que j’employais à une certaine époque même si je les utilise encore. Mais permettez-moi de vous retourner la question ?

Cette distance lui fit encore plus mal mais, paradoxalement, le mettait encore plus en colère. Comment pouvait-elle parler de la sorte ? Que savait-elle de ce que LUI avait pu endurer aussi ? Il lui avait écrit deux fois et n'avait jamais obtenu de réponse. Il ne savait pas que ces lettres avaient été interceptées, le paternel n'acceptant pas que son unique enfant fréquente une fille payant pour ses charmes. Chacun vivait dans son incompréhension, ce serait un véritable dialogue de sourds puisque chacun n'avait pas tous les éléments. Et plutôt que de préférer une conversation posée et tenter de comprendre, Cédric envenima la situation sur un ton tout aussi dur alors que tout son corps se raidissait.

Vous me demandez des comptes ? Vous voilà bien culottée de me poser la question alors que vous n'êtes pas à votre place. Moi aussi, je gagne ma vie mademoiselle et je suis davantage dans mon droit que vous. Vous devriez être à une place plus digne de votre rang et de votre sexe que de vous travestir.

Quand on pique là où ça fait mal, on rend souvent la pareille, même si on les regrette aussitôt les mots prononcés, comme avec ce qui suit :

Vous feriez mieux de continuer vos activités de courtisane, vous êtes bien plus crédible à retirer vos vêtements qu'à en revêtir des masculins.

Pour la première fois depuis bien longtemps, il regrettait le moindre mot et aurait voulu s'excuser. Mais toujours cette fierté, cette barrière idiote qui l'empêchait d'être un peu plus lui-même. Jamais, il n'avait voulu faire de mal à Isabelle. Trop tard, le mal était fait.

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MessageSujet: Re: Le souvenir est le parfum de l'âme ... et la renaissance du coeur ? [Isa]   12.03.12 22:18

Une blessure, avec le temps, est censée cicatriser, se refermer, et se faire oublier. On y repense au début en grimaçant, et après avec indifférence, teinter parfois d’un peu de nostalgie. J’essayais de ne jamais repenser à Cédric, jamais. Pourquoi ? D’aucun aurait prétendu que je ne voulais pas souffrir, pour ma part je préférai penser que c’était une erreur qui m’avait affaiblie et fait croire en des choses qui n’existaient que dans les histoires que l’on racontait aux enfants. La réalité était toute autre et il ne fallait pas la confondre avec ces contes de fée. Mais la réalité que je me dissimulais était hélas tout autre. Un serment bafoué, une promesse oubliée,… J’avais cru en ses mille serments, et j’aurais été prête à tout pour le garder. Mais il en était advenu autrement, et avec le temps, j’avais enfermé ces sentiments, au grand complet - amour, joie, passion, mais aussi peine, déchirure, abattement et trahison – au fond de mon cœur et de mon âme pour ne plus jamais les laisser ressortir. J’avais voulu devenir intouchable, ou presque, choisissant des hommes riches et puissants, qui étaient connus pour leur manque d’attachement à qui que ce soit, ce qui était vraiment pour me mettre à l’aise et être certaine que je continuerai à les mépriser, même en leur offrant mon corps, au prix de quelque substantielle rémunération que certains trouvaient exagérée, avant d’être entrée dans ma couche. Un moyen de vivre comme un autre quand on ne peut pas faire autrement.

Si au début, je préférai les enchainer rapidement pour éviter de m’attacher, j’avais appris à force que la longévité d’une relation pouvait aussi m’attirer des avantages insoupçonnés et qui me permettaient d’être introduite à des endroits où, en restant sage et respectable, je n’aurais jamais pénétré. Paraitre, sourire, être belle, et se taire… Du moins la plupart du temps, car à Versailles, un bon mot n’est jamais perdu quand il est dit devant les bonnes personnes. L’esprit est la chose la plus importante qui soit, après la richesse, et le nom, mais dans les plus haut cercles, l’un ne va pas sans l’autre, quand il arrive trop souvent que le premier manque cruellement au plus grand nombre sur place. C’était à se demander si le bon sens ne se perdait pas de génération en génération… Et dire que certains avaient des ancêtres tellement élogieux… Non vraiment, c’était une honte de les voir venir se perdre dans des lieux de débauche comme… Eh bien comme ici en fait ! Mais c’était à la plus grande joie de ma bourse qui ne demandait qu’à se remplir de l’or qu’ils ne méritaient pas tout jour et dont, si je n’en avais plus vraiment besoin à force, je pouvais toujours trouver une utilité. Que ça soit maintenant ou plus tard. Argent et esprit, les deux meilleurs alliés que l’on pouvait avoir ici, et qui étaient pour le premier difficile à avoir et à conserver, et le second difficile à prouver sans avoir l’air de se vanter…

Mais à cet instant précis, j’avais un peu de mal à retrouver ma vivacité de langue qui m’avait tant de fois sauvée dans différentes circonstances. Au contraire, comme les grecs face à la Gorgone, j’étais totalement pétrifiée en face de cette vision du passée, sortie tout droit de l’enfer – et je ne savais pas à quel point je voyais juste – qui ravivait en moi mille blessures que je croyais totalement cicatrisées. Force était de croire que je m’étais trompée, et bien trompée. La preuve en était que j’avais perdu tout sens de la contenance, commettant des bévues digne d’une débutante. Il ne manquerait plus que mon secret soit éventé et il réussirait à réaliser l’exploit de ruiner ma vie pour la deuxième fois. Ce que je pensais à l’instant précis, était que la haine seule, la rage et la rancœur avaient pu me faire avoir une telle réaction, c’était être aux antipodes de la réalité qui elle, était bien plus simple que cela, mais pourquoi faire simple quand on peut faire si compliqué ? J’avais abandonné toute croyance en Dieu depuis bien longtemps, on ne précipite pas une enfant de seize ans dans la fausse au lion quand elle est aussi innocente, mais j’aurais presque pu revoir ma position et penser que quelqu’un là haut avait une cruelle envie de se moquer de moi en me faisant endurer toutes les épreuves possibles, et me donner un peu de bonheur pour mieux me l’arracher, avant de me narguer avec le passé.

Je n’avais pas pu m’empêcher de faire éclater le masque d’indifférence et d’ironie que j’abordai quotidiennement ou presque, me rendant compte trop tard que mes pensées et mes sentiments que je gardai sagement derrière un rempart de pierre venaient clairement de s’exprimer par eux-mêmes, ne serait-ce que par le geste brutal que j’avais eus par réflexe en voulant me dégager de son étreinte, si l’on escomptait la fuite que je venais de faire… Mes paroles furent bien plus virulentes que ce que j’avais l’habitude de dire, nouvelle preuve du manque de sang froid qui soudain me tenait. Il fallait que je me reprenne, et tout de suite. Surtout, ne pas regarder son sourire, ses yeux qui mille fois m’avaient dit bien avant ses lèvres à quel point il m’aimait, et était heureux en ma compagnie. Des serments dans le vent… qui me brulaient encore l’âme bien que je m’en défende. Son regard, ses expressions qui avant n’avaient aucun secret pour moi me paraissaient désormais indéchiffrables, plus froides, plus dures… Le temps nous forge à son envie et je me doutais que si je n’étais plus la frêle jeune fille d’auparavant, il n’était plus le jeune homme que j’avais connu, et encore, j’étais bien en dessous de la vérité…

-Vous me demandez des comptes ? Vous voilà bien culottée de me poser la question alors que vous n'êtes pas à votre place. Moi aussi, je gagne ma vie mademoiselle et je suis davantage dans mon droit que vous. Vous devriez être à une place plus digne de votre rang et de votre sexe que de vous travestir.

Je mis à profit les quelques instants que sa leçon de moral d’homme à l’égo blessé me laissa pour me reprendre et me calmer, tout en essayant de ne pas me rendre compte que ses reproches me donnaient une furieuse envie de lui prouver que je pouvais très bien faire autre chose comme les hommes, à savoir l’embrocher, là, tout de suite, s’il le voulait ! Mais c’était sans compter le nombre de choses qu’il savait sur moi et mon passé…

-Vous feriez mieux de continuer vos activités de courtisane, vous êtes bien plus crédible à retirer vos vêtements qu'à en revêtir des masculins.

Je mis cinq bonnes secondes à me rendre compte de ce que je venais d’entendre. Et cela me fit encore plus mal qu’un coup de poing dans le ventre, me coupant la respiration un bref instant. Pourtant, mon orgueil m’interdisait de lui montrer à quel point il venait de me faire mal. Lui plus que tout autre était tellement bien placé pour savoir que je n’avais pas choisis cette vie ! Ma gorge se serra, j’aurais voulu me persuader que c’était de rage, mais il fallait bien avouer que c’était de peine. Il semblait si froid, et si sur de lui désormais, comment peut-on haïr à ce point après avoir aimé ? Allez savoir.... Je serrai les dents, accusant le coup, mais prête à sortir les griffes de manière bien plus virulente, moi aussi.

-C’est que Monsieur parle en connaisseur. Il fut une époque où vous adoriez me regarder retirer mes vêtements, et où vous auriez même été prêt à remuer ciel et terre pour que ça ne soit que pour vous que je le fasse ! Toujours est-il que c’est bien plus lucratif de tirer parti de ses avantages avec d’autres qu’avec vous. Maintenant, laissez-moi passer !

Le fuir, comme il m’avait fuie, mais sur d’autres sentiments et avec d’autres raisons.

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MessageSujet: Re: Le souvenir est le parfum de l'âme ... et la renaissance du coeur ? [Isa]   04.04.12 14:12

Mais pourquoi sa bouche disait exactement le contraire de ce que son cerveau pouvait dire ? La revoir provoquait en lui des sentiments qu'il n'avait plus connu depuis si longtemps … depuis qu'on l'avait forcé à rentrer sur les terres familiales, quitter toute sa vie parisienne, ses rêves de carrière, d'aventure et d'amour. En l'espace d'un instant, son père avait tout détruit, tout piétiner de toute sa carrure et sa colère, ne laissant aucun choix à son fils de décider. Cédric avait du capituler et avait voué une colère non dissimulée envers son paternel jusqu'à que celui-ci ne ferme définitivement les yeux. C'était sa faute s'il était devenu comme cela, toute la vie de Cédric aurait pu être tellement différente … Mais puisqu'on ne pouvait revenir en arrière, il avait suivi la voie du diable, avait été un des premiers à connaître le secret d'Hector, ses racines et sa volonté du trône. Instinctivement, il l'avait suivi, car il avait confiance en son ami – devenu son chef – et en ce destin qui lui était acquis. Cédric exécutait les tâches en se demandant rarement si ce qu'il faisait était mal ou bien. Le jeune homme de l'époque en avait perdu toute notion : était-ce bien ou mal de tuer quelques personnes, maquiller ces crimes en accidents car ces hommes avaient sali le nom de la défunte grand-mère d'Hector ? Et de tuer l'épouse car Hector avait dit « ma femme m'ennuie » ? Et toutes les victimes suivantes ? Il y a bien longtemps que Cédric avait arrêté de se poser la question à partir du moment qu'on l'avait ramené à Gan, dans cette terre au milieu de nulle part, où on brisait ses rêves et ses espoirs.

Et parmi cela, il y avait Isabelle. Il l'avait aimé comme un fou, lui avait promis qu'il l'a sortirait de sa prostitution, il était les bras réconfortants quand elle pleurait, ils étaient jeunes et amoureux, à leurs yeux rien ne pouvait les séparer. Avant que Porthos ne le ramène, Cédric avait supplié de revoir une dernière fois Isabelle, il ne pouvait pas partir comme un voleur. Les négociations avaient duré longtemps avant que le père ne cède. C'était à ce moment là qu'il lui avait promis de revenir, qu'il reviendrait la chercher, que tout reviendrait comme avant … Il y croyait à l'époque, ce n'était point des mensonges. Aujourd'hui, il se rendait compte qu'il était un sacré imbécile d'y avoir cru. Ils avaient bien changé, leur route commune s'était séparée : lui tuait au nom d'un complot, elle devenait un homme certains soirs pour gagner sa vie. Non, ils n'avaient pas prévu cela dans leur plan à deux, à l'époque. Mais cette époque était-elle si loin ? Aux yeux de Cédric, cela remontait comme à des millénaires, volontairement oublié. Mais son cœur ne pensait pas la même chose, il battait trop vite face à Isabelle. Son esprit lui disait que c'était la colère mais il n'y croyait pas vraiment. Mais franchement, Cédric de Portau, assassin et comploteur, avoir un cœur battant pour une femme ? Battant pour n'importe qui, d'ailleurs ! Et pourtant, il fallait bien avouer qu'il ne savait pas comment réagir face à Isabelle. Elle était si belle, et si en colère à la fois. C'est idiot mais cela la rendait encore plus belle … Et pourtant, il lui crachait des horreurs à la figure, sans aucun état d'âme, du moins en apparence. Il n'était pourtant pas homme à dire des méchancetés gratuites mais la froideur de la brune face à lui le poussait dans ses retranchements. Et il avait été particulièrement vil, d'ailleurs il vit bien les quelques secondes de silence de la part d'Isabelle, il se passa même quelque chose dans son regard. Mais telle une lionne, elle répliquait tout aussi violemment.

C’est que Monsieur parle en connaisseur. Il fut une époque où vous adoriez me regarder retirer mes vêtements, et où vous auriez même été prêt à remuer ciel et terre pour que ça ne soit que pour vous que je le fasse ! Toujours est-il que c’est bien plus lucratif de tirer parti de ses avantages avec d’autres qu’avec vous. Maintenant, laissez-moi passer !
C'est bas, même de votre pas …


Il avait dit ces mots tout bas, presque le souffle coupé. Il avait mal, recevoir une pluie de coups n'était rien comparer à un poignard en plein cœur porter par la belle. Bien sûr qu'il avait tout fait pour qu'il ne soit qu'à elle ! Quel homme accepterait que celle qu'il aime aille dans d'autres lits, même si cela n'était que purement monétaire ? Il le tolérait à l'époque, il n'avait pas d'autres choix et n'avait pas les moyens de la garder auprès de lui. Mais cette situation n'était que temporaire dans sa tête, il aurait tout fait pour l'arracher à sa condition et faire d'elle une princesse comblée.

Elle voulait partir, une partie d'elle voulait la retenir. D'ailleurs, son bras s'allongea pour lui saisir le poignet, puis il se ravisa. Et même s'il la retenait, qu'aurait-il à dire, à faire ? Cédric se sentait incapable d’interagir normalement avec un être humain, du moins quand son cœur s'en mêlait. En cet instant, il se sentait faible et plus seul que jamais. Et en même temps, il était en colère. A ses yeux, il n'était pas fautif de la tournure de leur histoire. Il lui avait dit qu'il devait partir, et puis il lui avait écrit. Il n'avait jamais reçu de réponse et n'avait jamais pu retourner sur Paris, son père le surveiller comme un geôlier le faisait avec son prisonnier. Sa plus longue fugue s'arrêtait au niveau de Clermont, ce n'était pas bien glorieux. Et puisqu'Isabelle n'avait pas daigner envoyer la moindre missive, Cédric s'était refermé davantage sur lui-même. Alors quand elle lui tourna le dos pour partir, les mots de la colère sortirent une nouvelle fois de sa bouche :

Allez y, fuyez. Vous n'êtes bonne qu'à cela, fuir ceux qui vous entoure, fuir votre vie et vos responsabilités ! Il est évident que nous n'avons plus rien à nous dire, je n'ai plus rien à faire avec une femme qui trompe son monde sans honte et n'est que froideur …

Il eut un instant de silence avant de reprendre :

... Qui n'a plus rien à voir avec la Isabelle que j'ai connu. Vous n'êtes qu'une étrangère, une fugitive de votre propre vie. Partez, madame, allez mentir ailleurs et retournez voir vos riches amants qui ont l'air de tant vous combler.

Ces mots avaient un goût amer dans la bouche de Cédric. Et si les traits de son visage étaient durs, ses yeux bleus trahirent quelques instants sa tristesse et ses remords. Mais comme déjà dit, il ne pouvait pas revenir en arrière alors il la laissait partir, il ne pouvait rien faire d'autre ...

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MessageSujet: Re: Le souvenir est le parfum de l'âme ... et la renaissance du coeur ? [Isa]   09.04.12 11:22



Une faiblesse est toujours présente, même quand on est persuadés qu’elle n’est plus rien, qu’on a colmaté la brèche. Il suffit d’un minuscule coup à cet endroit précis pour que tout s’effrite et que de nouveau, le sang ne se mette à couler de cette plaie béante. Je ne savais pas quoi faire, ni que dire. Moi toujours si maîtresse de mes sentiments, de mes émotions, restant distante et inatteignable à tous, je n’arrivais pas à endiguer le flot de colère qui ne semblait ni prêt à s’arrêter, ni le vouloir de toute façon. Trop de temps avait passé pourtant. J’avais mille fois imaginées ces retrouvailles les premiers mois… La première année à vrai dire, et y songeait encore parfois, seule dans le noir, quand le froid de la douleur s’insinuait jusqu’à mon cœur et mon âme. Il m’avait manqué, cruellement. Il avait promis. Mille et une choses d’ailleurs. Et j’avais cru à tout parce que je l’aimais. Comme on aime étant encore enfant, sans modération, avec cette notion du toujours qui fait qu’on a l’impression d’être invulnérables, immortels. Et puis il était parti, après une fugitive visite. Rien d’autre que ça. Un regard, un dernier baiser, un dernier serment, et plus rien. Pas même une lettre. J’aurais aimé lui écrire, mais je n’avais jamais su où il était parti. C’était comme si rien n’était jamais arrivé, et je me réveillais d’un rêve délicieux pour replonger dans le cauchemar de la réalité. Sort funeste et cruel. J’avais passé des nuits entières à rêver à son retour, et à pleurer sa perte.

Et maintenant, quoi ? Qu’aurait-il voulu qu’il advienne ? Que je lui saute dans les bras ? Que savait-il de ce qu’était devenue ma vie ? Que savais-je de la sienne ? Il y avait bien d’autres moyens que de se rencontrer ici, et pourtant, c’était là que le destin, ou Dieu, s’il fallait l’en croire, avait décidé que nos chemins ne se rejoignent encore. Pour le meilleur ou pour le pire ? La surprise et la douleur remontant à la surface à sa vue m’avait empêchées de garder un minimum de sang froid pour appréhender la situation sous un meilleur angle. J’étais à vif. A vif de cette colère et de cette peine que je ressentais parfois encore, à mon corps défendant. Il y aurait pourtant eut mille et une choses à se dire, j’en étais certaine. Mais pas ici, pas maintenant. Et il était trop tard de toute façon. Peut être était-il marié ? Ca aurait sans doute été pire que tout. Je n’arriverais pas à pardonner son silence, jamais. Une notion d’absolue, comme jadis. Mais je n’étais plus une enfant prête à me laisser aller dans les bras du premier sans le sous venu, lui livrer mon âme, mon cœur et mes secrets, m’en remettant totalement à lui. Des secrets, depuis lors, il y en avait bien plus. Mais il n’aurait pas le loisir d’y être confronté. Je ne le laisserai pas s’approcher de nouveau de ma vie pour me rejeter plus bas que terre à nouveau. Il en était hors de question.

Il aurait pu arriver mille choses dans ce couloir sombre, à l’abri des regards et des oreilles. Le meilleur comme le pire. Et pourtant, il n’était pas temps pour des règlements de compte. Je ne voulais pas, ne pouvais pas lui parler. Il en savait beaucoup trop, sans savoir le tout. Il était ma faiblesse, une faiblesse que j’avais crue disparue à jamais, et pourtant, il était revenu. Et je ne laisserai pas à l’avenir le temps de décider si c’était pour mon bien ou au contraire… Il y avait longtemps que je ne laissais plus le destin se jouer de moi, et il allait le découvrir à ses dépends. Mais pour cela, il me fallait réfléchir, au calme, loin de lui, et donc lui échapper. Ses piques étaient aiguisées comme des poignards et malgré les apparences, atteignaient leur cible sans aucun problème. Moi qui étais certaine que j’avais réussi à me forger un rempart infranchissable… Bravo, Isabelle. Aucun autre n’avait réussi à atteindre mon cœur de la même manière que lui. Parce que je ne leur en avais jamais laissé la possibilité, et que cela n’arriverait jamais plus. Cédric était une épine dans mon pied dont il allait falloir se débarrasser, laissant ainsi libre cour à la vengeance qui découlait de ma colère, muselant le remord que je pouvais avoir. Il est des choses qu’il fallait faire, avant qu’elles ne vous rattrapent, et Cédric en savait bien trop pour ne pas mettre en péril mes affaires à Versailles.

C’était pourtant plus de l’instinct de survie qu’autre chose qui me poussait à lui échapper à l’instant précis. J’avais du mal à croire qu’il soit réellement en face de moi maintenant. C’était un rêve, ou un cauchemar, et j’allais me réveiller. Pourtant la peine de ses mots était trop réelle pour que ça ne soit qu’une chimère. Hélas pour lui, je pouvais être au moins aussi sèche et il avait eut tort de l’oublier. Cela sembla le surprendre car sa voix baissa d’un ton.

-C'est bas, même de votre pas …

Je reculais d’un pas, plongeant mes yeux dans les siens. Il n’avait pourtant pas changé. Les années avaient à peine marqué ses traits. Et pourtant, c’était comme si un mur nous séparait désormais. Un mur fait de rancœur et d’incompréhension.

-Pardonnez-moi de descendre à votre niveau, rétorquai-je froidement.

La conversation tournait court, et je n’étais pas sure de pouvoir lui échapper éternellement. Retenir le flot de rancœur que j’avais à son égard était difficile et pourtant il fallait que je tienne bon. Ne lui montrer qu’indifférence et ignorance, même si la chose semblait difficile et assez mal engagée. Il me sembla qu’il esquissa un geste dans ma direction, hésitant sur la conduite à tenir, avant de se raviser. Mon cœur battait tellement fort dans ma poitrine qu’il me semblait qu’il allait finir par l’entendre. Sortir au plus vite ! Il fini par céder et s’effaça pour me laisser le passage :

-Allez y, fuyez. Vous n'êtes bonne qu'à cela, fuir ceux qui vous entoure, fuir votre vie et vos responsabilités ! Il est évident que nous n'avons plus rien à nous dire, je n'ai plus rien à faire avec une femme qui trompe son monde sans honte et n'est que froideur … Qui n'a plus rien à voir avec la Isabelle que j'ai connu. Vous n'êtes qu'une étrangère, une fugitive de votre propre vie. Partez, madame, allez mentir ailleurs et retournez voir vos riches amants qui ont l'air de tant vous combler.

Je serrai les dents pour ne pas laisser les larmes percer à mes yeux, et pris le temps de le dépasser, avant de me retrouver à nouveau à proximité des escaliers, loin de son atteinte. J’allais descendre pourtant, je me ravisais, et tournais le regard vers lui alors que déjà, j’avais descendus deux marches.

-Vous parlez en connaissance de cause, Monsieur. Il est amusant de voir à quel point vous avez tendance à oublier vos propres actions en ne vous rappelant que de celles des autres. L’homme que j’ai connu n’a pas plus existé que la femme que vous prétendiez aimer.

Me sentant de plus en plus faible, je dévalais les escaliers pour me retrouver à l’arrière de la maison, par la sortie de service. Il me fallait regagner Trianon, mais savais d’avance que je ne pourrais pas dormir. Il fallait trouver une solution à sa gênante présence, et vite.

FIN DU RP

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