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 RICHMOND ϟ Un anglais à deux visages

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« s i . v e r s a i l l e s »
Côté Coeur: Cela peut vous paraître étrange mais j'en ai un. Il est bien caché, je le réserve à qui m'aimera vraiment. Et pour mes enfants.
Côté Lit: Vous voulez une liste ? Ce sera même un recueil !
Discours royal:



ϟ TURN OUT THE LIGHT ϟ
show me your dark side

Âge : 30 ans
Titre : Duc de Richmond, de Lennox, de Gloucester, Comte de March, cousin de Charles II d'Angleterre
Missives : 715
Date d'inscription : 15/02/2012


MessageSujet: RICHMOND ϟ Un anglais à deux visages   15.02.12 20:44





Morgan James


of Richmond




(ORLANDO BLOOM)




« Un prince qui peut faire ce qu'il veut est un fou. »

    ► 30 ans
    ► Duc de Richmond, Duc de Lennox, Comte de March
    ► Anglais
    ► Marié à Rebecca of Rosyth, père d'une fille légitime (et plusieurs bâtards)
    ► Catholique
    ► Hétérosexuel


♕ PROTOCOLE ♕
VERSAILLES : PARADIS OU ENFER ?

Un infernal paradis, voyons ! Ici, Morgan peut vivre sa vie libertine en toute impunité. C'est un peu comme à Londres, mais avec des demoiselles qu'il ne connaît pas encore ! Son but premier n'était pas de visiter Versailles et de jouer au courtisan au sein de la plus grande Cour d'Europe, mais bien un but plus sombre et sérieux : retrouver son épouse pour la ramener de gré ou de force en Angleterre et la jeter dans un couvent. Mais en attendant d'atteindre ce dessein, Morgan profite des plaisirs de la vie. Il a beau avoir trente ans, le duc n'est absolument pas un homme posé, il est un terrible libertin, un horrible fêtard et un coureur de jupons des plus actifs. Autant dire que Versailles est le lieu parfait pour vivre comme un pacha ! Et puis ici, il s'y fait de nouveaux amis mais aussi retrouve de vieux ennemis. Le monde est petit en somme et Versailles est une sorte de centre du monde pour l'époque, un aimant pour chacun. Tout le monde y trouve son compte. Morgan mène ses deux vies en parallèle, celle du libertin et du mari à la recherche de sa femme, au cœur de la Cour de France et de ce château qu'il adore et n'a plus envie de quitter !

COMPLOT : VÉRITÉ OU FANTASME PUR ?

Étant cousin d'un Roi, il sait tout à fait que les monarques sont les plus grandes victimes de complot. Après tout, quand on complote, c'est toujours contre le Roi. Morgan n'aurait aucun intérêt à tremper dans de sombres affaires contre le Roi de France, mis à part compromettre son propre Roi et sa propre nation. Les temps sont assez troublés pour ne pas aller réveiller de vieilles tensions entre royaumes ! Alors si Morgan ne sait rien à propos de la Main de l'Ombre, de son chef et de ses comploteurs, il devine encore moins que son épouse en fait parti ! S'il l'apprenait, il en ferait sans doute une syncope (ce qui ne déplairait sans doute pas à son épouse).

L'anglais se voit mal tremper dans ce genre d'affaires, mais la curiosité pourrait le pousser à creuser un peu pour découvrir ce qui s'y cache. Pour l'amour de l'intrigue et parce qu'il est toujours bon d'avoir le Roi de France dans la poche.

COLOMBE OU VIPÈRE ?

Les ragots, les rumeurs, les histoires des autres sont les principales conversations que les courtisans ont. Et comme Morgan est sans doute le parfait courtisan, il les écoute avec plaisir, en rit parfois, s'en moque, y fait de bons mots, parfois les rapporte quand il y trouve un intérêt mais c'est tout. Il faut dire aussi que le duc de Richmond est souvent au cœur des histoires de Cour, il y a toujours quelqu'un qui l'a vu avec une jeune femme ou à faire la fête jusqu'à en tourner la tête. Des dossiers, il y en a sur Morgan et il les assume, les autres n'ont qu'à faire autant !

DES LOISIRS, DES ENVIES A CONFIER ?

Les femmes : Une grande faiblesse de sa part, Morgan se sent incapable de résister à une femme, elles sont son point faible. Il les aime belles, malicieuses, un peu intrigantes … faciles aussi, il faut l'avouer, même s'il n'est pas contre des challenges pour avoir celle qu'il désire. Voilà comment il s'est retrouvé marié à Rebecca. Et voilà pourquoi il veut en divorcer pour en épouser une autre … On ne change pas un homme !
Les fêtes : Il est l'homme de tous les événements ! Excellent danseur, Morgan passe son temps à inviter les jeunes femmes et leur faire tourner la tête, au sens propre comme au figuré. Il aime les événements mondains où les gens viennent sur leur trente et un pour s'amuser, loin de la guerre et des tourments des révoltes.
La chasse : Morgan est un excellent tireur, il a une passion pour les armes à feu et la met à profit lors des longues parties de chasse qu'il faisait autour d'Hampton Court puis maintenant en forêt de Versailles. Il rate difficilement sa cible, le gibier n'a qu'à bien se tenir. Et pour aller plus loin, ses ennemis aussi …
L'alcool : C'est pas vraiment une passion, c'est une addiction. Il tient bien l'alcool mais en use et abuse. Si vous ne le voyez pas à la Cour plusieurs jours de suite, vous saurez qu'il noie son chagrin ou qu'il décuve ...
Les enfants : Cela peut être assez étrange quand on le sait aussi instable avec les femmes mais Morgan adore les enfants, il s'en est rendu compte le jour où il a tenu sa fille Roxanne la première fois dans ses bras. Bon, il ne s'est pas arrêté là, Morgan a plusieurs enfants illégitimes à travers l'Europe, il n'en connaît même pas la moitié, il n'en connaît véritablement que deux en plus de sa fille issue de son union avec Rebecca. Le séducteur se transforme en papa poule dés qu'il se trouve en présence d'un de ses enfants, un drôle de changement quand on ne connaît que la facette du fêtard.

♕ HOP, RÉVÉRENCE ! ♕
► Jean Moultrois What a Face
► 2* ans
► … Je suis enchaînée à ce forum XD
► Code bon by Lisa
► Par l'opération du Saint-Esprit:siffl*:
► Eheh:face:



______________________

I've lost a lot a in this game. Another everyday face with no name, I'm not selling misery, so would you stay around with me. I know that you are afraid, the traces of war linger on my face but I'm not selling misery, maybe some day I'll feel home again.


Born to be a Stuart:
 




Dernière édition par Morgan of Richmond le 01.03.12 0:13, édité 1 fois
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« s i . v e r s a i l l e s »
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MessageSujet: Re: RICHMOND ϟ Un anglais à deux visages   15.02.12 20:45


BIOGRAPHIE

VERSAILLAISE

_________________________________________________

Il y a des histoires et des familles qui viennent des plus hautes sphères des royaumes d'Europe un magnifique mélange, pas toujours bien catholique, des plus grandes Maisons que le Vieux Continent ait supporté. Morgan en est un parfait exemple. Son grand-père est Jacques Ie d'Angleterre et d’Écosse, un Stuart, et sa grand-mère Anne du Danemark, une Oldenbourg. De cette union naquit Robert Stuart, duc de Kintyre et Lorne. De l'autre branche, Eleonor Maurícia, princesse du Portugal, est la fille de Don Manuel de Portugal, fils du roi du Portugal, et d'Émilie d'Orange-Nassau, princesse d'Orange. Que de belles dynasties, de grandes personnalités ! Et quand Robert Stuart fut en âge de se marier, il refusa toute princesse qui n'était pas catholique. Eleonor, qui avait été en exil à Genève avant de devenir dame d'atours d’Élisabeth de France, semblait un parfait parti. Ce fut un nouveau déchirement pour la jeune femme mais on ne lui demandait pas son avis. La chance voulut que ce mariage soit réussi dans sa globalité. Non, je ne vous parle pas d'un grand amour, de champs de fleurs ou de petits oiseaux, mais une certaine tendresse, une amitié entre les deux époux et surtout, un grand respect. De cette union naquit six enfants, trois garçons et trois filles, dont cinq atteignirent l'âge adulte : Andrew, Morgan, Catherine, Henry et Mary.

L'histoire pourrait s'arrêter là, elle serait simple et passionnante pour les généalogistes de l'époque. En effet, Robert Stuart était le frère cadet de Charles Ie d'Angleterre, les enfants cousins de Charles II d'Angleterre. Mais dans cette Angleterre du XVIIe siècle troublée par les guerres et les révoltes, rien n'est vraiment simple, en particularité pour Morgan. Voici, son histoire.

CHAPTER ONE :
l'enfance dans la tourmente
1636 - 1649




« L'enfance est un voyage oublié. »
Mai 1640 ▬ Londres, Palais de Whitehall

« Madame, qu'avez vous ? Vous semblez bien maussade. »
« C'est que Londres commence à s'agiter. Et je crains pour nos enfants. »
« Ainsi vous avez entendu la nouvelle. »
« Que le Roi votre frère a convoqué le parlement pour de nouveaux impôts et l'a dissout ? Tout Whitehall ne parle que de cela. On dit que le Roi Charles veut continuer la guerre contre l’Écosse et ce, sans financement ! Dites moi que son projet n'est pas aussi. »


L'homme détourna les yeux de son épouse pour regarder dehors. La princesse portugaise avait raison, ce n'était plus un secret pour personne. Robert Stuart, frère cadet de Charles Ie, n'approuvait pas ce règne absolutiste, son aîné se prenait pour le Roi de France à agir de la sorte ! Mais que pouvait-il faire ? Charles voulait tout faire selon son bon vouloir et cela lui retomberait dessus. Nous étions en mai 1640 à Londres. Certains membres de la noblesse, en particulier la famille royale, ne sortait presque plus de l'immense palais de Whitehall. La population grondait dehors, on se plaignait des nouveaux impôts, des guerres et de ces sombres histoires de religion. L’Angleterre se devait d'être anglicane à tendance protestante. Charles avait épousé une française catholique et avait demandé à son frère d'épousé une princesse portugaise, catholique elle aussi. Cela commençait bien mal pour plaire aux anglais. Rien n'allait sous le ciel de Londres donc, mais le duc de Kintyre et son épouse attendait un heureusement événement, un quatrième enfant né de leur union. Ils avaient appris à s'apprécier depuis ces huit années de mariage, il n'y avait qu'à voir les regards qu'ils se lançaient, les mots semblaient tellement superflus. C'est à ce moment là que deux enfants entrèrent : il s'agissait d'Andrew, l'aîné de sept ans et Morgan, âgé de quatre ans. Eleonor ouvrit ses bras pour que les deux garçons puissent se blottir contre le ventre arrondi. Il ne manquait plus que Catherine pour que la famille soit complète mais celle-ci dormait paisiblement dans la pièce d'à côté.
« Ce sera une sœur ou un frère ? » demanda Morgan en posant sa petite main innocente sur le ventre de sa mère.
« Que préférerais tu, Morgan ? »
« Un frère ! Andrew n'est pas toujours gentil avec moi … »


La sincérité du garçon encore bien innocent fit sourire ses parents. Il fallait bien ce genre de moment de calme car les années suivantes seraient bien sombres et allaient déstabiliser la monarchie et les Stuart. Cela commença avec l'accouchement d'Eleonor : l'enfant, un garçon, ne survit que quelques semaines avant de rendre l'âme. Et cela n'était que le commencement d'une longue série noire …



« L’enfance. Elle n’est donnée qu’à quelques-uns. »
Juillet 1643 ▬ Londres, Hampton Court

« Les enfants ! Votre père nous a écrit ! »

Eleonor avait enfin des nouvelles de son mari partit combattre la guerre civile. Celle-ci faisait rage depuis plus de deux années. Charles Ie ne pouvait plus dissoudre le Parlement qui commençait à étendre son influence et les clans se formaient : les Parliamentarian, ou Têtes Rondes, avec Cromwell en guise de chef, et les Royalists, appelés aussi les Cavaliers, qui étaient du côté du Roi d'Angleterre. Le royaume était un véritable chaos car l'Angleterre vivait une guerre civile, mais l'Ecosse s'était soulevée en 1640, l'Irlande avait tenté un coup d’État pour se séparer des anglais il y a deux ans déjà et cela continuait encore. Robert Stuart était monté sur le front écossais avant de partir pour l'Irlande, mais son frère le rappela bien vite pour l'aider en Angleterre. Avec tous ces voyages, les enfants n'avaient pas pu voir leur père, mais l'épouse avait accouché d'un petit Henry et la voilà encore une fois enceinte jusqu'au cou. Cet enfant qu'elle attendait était tout ce qui la reliait à son époux, ils l'avaient conçus avant son départ.

Et en ce jour, Eleonor vit accourir Andrew, Morgan et Catherine, les trois aînés âgés de dix, sept et quatre ans, ils tournaient tous les trois autour de leur mère, impatients de savoir ce que leur père pouvait leur raconter ce qu'il se passait au front. Les premières guerres furent mitigées, tout le monde espérait que les Cavaliers allaient enfin battre ces parlementaires.

Ma chère épouse, mes enfants,

Voici de nombreuses semaines que je devais vous écrire, je m'excuse de ce retard. Mais de grandes choses se sont passées ici, à Bradford, que je veux vous conter.

Nous avons gagné Adwalton Moor ! Il faut bien sûr remercier Cavendish, ce fabuleux duc de Newcastle qui est un formidable militaire. Avec dix mille soldats anglais et fiers de leur Roi, nous avons pu vaincre face à cette armée de scélérats à la solde du Parlemeny, Fairfax n'a rien pu faire contre nous. Nous célébrons cette victoire tout en sachant que cette bataille n'est que la première, il ne faut pas se réjouir. Néanmoins, nous nous octroyons le plaisir d'avoir cinq prisonniers qui seront pendus sous peu.

Je pense à vous chaque jour que Dieu fait dans l'attente de pouvoir un jour vous serrer à nouveau dans mes bras.
Avec tout mon amour,

Robert


« Pendu ! Pendu ! Pendu ! » cria Morgan après un silence.
« Voyons Morgan, un peu de tenue. »
« Quand je serais plus grand, pourrais-je y assister ? »
« Quand vous serez grand alors. »


Cela ne servait à rien de le contrarier, l'enfant était dans sa période des « pourquoi ». Si elle lui disait non, il lui aurait poser la question du pourquoi et aurait enchaîné sous tout un tas de sujets divers où il était trop jeune pour comprendre ce qui se passait véritablement dehors. Les guerres civiles ne faisaient que commencer mais la famille royale restait à l'écart, quittant Whitehall pour Hampton Court où ils ne seraient pas en sécurité bien longtemps encore. Eleonor soutenait Henriette, la reine d'Angleterre bien impopulaire, et les enfants Stuart grandissaient encore. D'ici une heure, tous se retrouveraient. Morgan jouait davantage avec Jacques, le frère cadet mais il voyait en Charles une aura de futur monarque qu'il ne voyait nul part ailleurs. Ce cousin de six ans son année le fascinait par son caractère et le destin qu'il devrait se forger.

Puis Morgan avait regardé sa mère avec ses grands yeux. Sa mère devinait sa question rien qu'en le regardant, elle voulut le rassurer avant que les mots dépassent sa bouche mais le petit garçon fut le plus rapide.

« Quand reviendra papa ? Il me manque …  » Les trois derniers mots ressemblaient à un murmure, comme dans un souffle. Eleonor lui caressa doucement ses boucles brunes.
« Bientôt, je l'espère. Quand nous aurons gagné sur les méchants. »
« Quand je serais grand, j'irais aussi me battre contre les méchants ! Comme papa. »
« J'espère que tu n'auras pas besoin de faire la guerre. »


Pour les enfants, la guerre faisait partie de leurs jeux. Hier, Morgan et Andrew, accompagné de Jacques, faisaient une guerre fictive où ils se battaient face à des ennemis imaginaires, aucun ne voulant jouer un soldat de Cromwell. Ils comprendraient tous les trois que la guerre n'était pas un jeu, ils l'apprendraient à leurs dépens. Et aujourd’hui encore, leur enfance restait presque intact car Andrew donna un coup de coude à son frère.

« Le dernier qui arrive au lit de Henry sera un soldat du Parlement ! » et l'enfant se mit à courir, suivit de près par Morgan.

Rapide et agile, Morgan était très rapide et eut la chance de toucher le lit de son dernier frère avant son aîné. Andrew croisa les bras et arbora une mine renfrognée pendant que Morgan leva les bras au ciel, s'auto-congratulant avant reporter son attention sur son frère.

« Puisque tu joues un traître, tu mérites une punition. commença t'il l'air malicieux avant de prendre un air sérieux. Tu seras pendu ! »



« Jamais l'exil n'a corrigé les rois. »
Juin 1646 ▬ Saint-Hélier (Jersey), Château Elisabeth

Qu'il est triste de quitter son pays pour une petite île loin de l'agitation. Si Henriette-Marie, la reine, avait pu gagner la France voilà deux années, le reste de la famille royale s'était réfugiée sur l'île de Jersey, notamment Charles, le prince de Galles, et la famille de Morgan. Le petit garçon avait dix ans et n'avait revu que brièvement son père. La situation se compliquait de jour en jour. Le Parlement perdait progressivement le contrôle de la guerre civile, l'armée commençait à dominer ces insurrections. On ne savait pas grand chose de tout cela, juste que les batailles rangées se mélangeaient avec les guérillas, les petits assassinats entre ennemis consentants. Robert Stuart fut blessé légèrement à plusieurs reprises mais restait sur le pied de guerre sans toujours plonger dans la bataille. Les nouvelles se faisaient rares, les lettres aussi, beaucoup vivaient dans l'attente, en particulier Eleonor qui passait son temps à la chapelle pour prier de garder son mari en vie et que toute cette folie ne soit que passagère.

Pendant ce temps là, Morgan s'ennuyait. Un petit garçon de dix ans ne pouvait que trouver le temps long dans ce château du temps d'Elizabeth Ie. Et ce jour là autant que les autres, il était assis dans son fauteuil, les genoux recroquevillés sur lui-même, fixant un point invisible sur le sol, attendant que le temps passe, comme les autres jours. Il sursauta quand une voix s'adressa à lui.

« Alors, on s'ennuie ? »

L'enfant tourna la tête pour voir un jeune homme aux cheveux bruns bouclé, un petit air malicieux sur le visage. Il s'agissait de Charles, le prince de Galles, son cousin. Ils avaient six années d'écart, Morgan n'avait jamais eu véritablement de conversation avec ce garçon qui serait amené un jour à monter sur le trône. Morgan le regarda de longues secondes sans dire un mot, eut juste le réflexe de hocher la tête de haut en bas pour dire oui. L'adolescent s'approcha du fauteuil, un petit sourire au coin des lèvres.

« Nous sommes deux alors.»
« Vous aussi ? »
« Il n'y a rien à faire sur cette île, nous ne devons pas être les seuls. Qu'aimes tu faire, Morgan ? »


L'enfant réfléchit puis haussa les épaules.

« Aimes tu la chasse ? »
« Je n'y suis jamais allé. »
« Sais tu tirer ? »
« Non, père n'a pas pu m'apprendre avant son départ à la guerre, il m'a dit que j'étais trop petit. »
« Nous avons trouvé notre activité de l'après midi ! Viens Morgan, je vais t'apprendre à tirer ! »


Autant dire que le jeune Stuart ne se fit pas prier ! Sautant de son fauteuil, Morgan suivit son cousin Charles qui saisit deux armes à feu, quelques accessoires et tous deux sortirent sur les rochers. Le prince de Galles installa des cibles fixes à différentes distances avant de tendre le fusil à son cousin.

« Déjà, comment tiens tu un fusil? Morgan se mit en position, Charles corrigea la posture. C'est comme que tu dois te mettre en joug. Garde bien tes yeux ouverts et vise sur ta cible, je vais te montrer.

A son tour, il se mit en position de tir et un coup de feu partit, touchant la deuxième cible, en retrait par rapport à la première. Les deux s'approchèrent, Charles avait visé un peu trop à droite, mais avait tout de même transpercer la panière. Puis ils retournèrent à leur point de départ, au tour de Morgan de viser le premier objet, une bouteille en verre. Les deux premières coups ne l'effleurèrent même pas. Au troisième essai, la bouteille explosa par le projectile. Morgan l'avait touché en plein milieu. Les deux cousins poussèrent tous deux un cri de joie. C'est à cet instant précis que leur complicité naquit pour jamais se défaire. L'après midi fut amusant, Morgan se monta rapidement doué pour le tir et les deux garçons remirent ça les jours suivants.

Mais les cibles fixes ont ce déplaisir de ne pas bouger, il fallait augmenter la difficulté. Moins d'une semaine après avoir commencé les leçons, Charles décida d'une autre tactique.

« Morgan, je t'emmène à la chasse demain à l'aube. »
« Vraiment ? Mais où ? »
« L'île à le bonheur de connaître une petite forêt, nous devrions avoir de quoi faire ! »


Finalement, la forêt de Jersey fut décevante. Mais une forêt dans une île, il ne fallait pas s'attendre à des ours ou des chevreuils. Heureusement, quelques lapins montrèrent le bout de leurs museaux. Et Morgan eut la joie d'en avoir trois en quatre coups ! Pas mal du tout pour un débutant.

« Pourrions nous aller à la chasse toutes les semaines ? Cela nous occupera, même si nous n'attrapons que des lapins. »
« Cela ne nous laisse pas beaucoup de semaines. »
« Je ne comprends pas, nous ne sommes pas prêts de repartir. »
« Je pars dans deux semaines. »
« A la guerre ? »
« Non, en France. »


Morgan ne comprenait pas. Charles avait commandé, à quinze ans, l'armée à l'ouest de l'Angleterre avant de partir ici rejoindre sa famille. Mais la France ? Certes, Henriette-Marie, sa mère, et donc la tante de Morgan, s'y trouvait mais il n'avait pas d'autres attaches.

« Je dois trouver des appuis pour que cette guerre cesse. La France sont nos cousins, ils nous aiderons ! »
« Puis-je dire quelque chose ? »
« Je t'écoute, Morgan. »
« Tu ne parles pas français, ni ne le comprend. »
« Ma mère fera l'intermédiaire, elle qui aime tant se mêler de tout ! »
« Puis-je venir ? »
« Non, Morgan, j'y vais seul. Mais je t'écrirais et je ne vais pas y rester éternellement, ne t'en fais pas. »
« Et avec qui vais je chasser ? »


Charles se mit à rire en regardant la bouille du petit garçon. Morgan ne comprenait encore rien à la politique, il n'avait que dix ans après tout, mais son innocence touchait le futur roi qui chiffonna les boucles brunes de son jeune cousin.

Et en effet, Charles prit le bateau deux semaines plus tard, laissant le petit duc de Richmond au port. Morgan allait donc replonger dans l'ennui. Heureusement il restait son frère Andrew, de trois ans son aîné, pour s'amuser de temps en temps. Mais il attendait principalement les nouvelles de France, savoir comment cela était et ce qui s'y passait.


]Paris, le 28 août 1646

Mon cher cousin,

J'ai tardé à t'écrire mais je tiens promesse et je prends ma plume pour te donner des nouvelles de la France. Je dois avouer que la Cour de France est somptueuse et pleine de charme, il y a de nombreuses choses plaisantes à faire. Seulement, pour en apprécier la plupart, il faut savoir parler et comprendre le français, ce que je ne sais faire. On peut être prince et avoir des lacunes dans certains domaines. Alors je ne me sens pas à ma place.

Quant à ma mère, dieu que j'avais oublié son caractère. Toujours aussi exécrable et à chercher à étendre son influence sur moi comme elle le faisait sur mon père. Quant à Minette, ma sœur est un véritable don du ciel, elle m'aide à tenir dans ces moments difficiles.

Je ne sais pas si je vais rester. Je pense repartir, selon comment l'avancée des guerres en Angleterre. Je te préviendrais et vous viendrez tous me rejoindre. L’Écosse, l'Irlande, la Hollande, le Danemark, je ne sais pas encore. Où que nous irons, je t'emmènerais chasser, pour voir si tu as fait des progrès en mon absence.

Porte toi bien mon cousin.
Affectueusement,

Charles




« Dans une guerre civile, la victoire même est une défaite. »
Septembre 1648 ▬ La Haye

Après la déroute de la bataille de Preston, ainsi que les insurrections royalistes ratées dans le Surrey et le Kent, dans la deuxième guerre civile, le retour en Angleterre se devenait de plus en plus un rêve inaccessible. Davantage quand les écossais livrèrent Charles Ie ! Le prince de Galles avait finalement quitté la France pour la Hollande retrouver sa sœur Marie-Henriette, l'épouse du prince d'Orange et logeait à La Haye. Il était venu dans l'espoir d'avoir un soutien de son beau-frère. Mais le prince d'Orange était en mauvais termes avec les États généraux, il avait d'autres chats à fouetter que d'envoyer des troupes pour se battre sur les terres anglaises. Alors Charles avait demandé à son cousin et sa famille de le rejoindre. Il avait besoin de sa famille, même si sa mère était à Paris avec Minette, Jacques les avait rejoint déguisé en fille, mais il restait Élisabeth et Henry à Londres, ainsi que Catherine et un autre Henry, la sœur et le frère de Morgan.

Morgan grandissait, il avait douze ans, il commençait tout doucement à perdre ses rondeurs juvéniles et prenait quelques centimètres. Il comprenait un peu plus le monde autour de lui, comme par exemple que son cousin ne pouvait pas être toujours à sa disposition, Charles passait son temps avec des jeunes femmes. Morgan passait beaucoup de temps avec Andrew son frère et c'est souvent tous les deux qu'ils allaient à la chasse, parfois Charles les rejoignait, ainsi que quelques membres de la Cour en exil. Morgan s'améliorait de jour en jour et ratait rarement ses cibles. Son cousin Charles lui avait offert sa propre arme pour son douzième anniversaire, un magnifique cadeau même si Eleonor avait vu cela d'un mauvais œil. Mais que voulez vous dire au futur roi d'Angleterre ? Et puis voir son petit Morgan tout souriant la rendait heureuse à son tour. Les jours étaient si sombres pour les Stuart. Elle n'avait pu prendre tous ses enfants. Catherine était restée avec la princesse Élisabeth à Londres, les deux Henry aussi se trouvaient ensemble. Y penser à chaque fois lui fendait le cœur et plus personne n'avait de nouvelles des membres de la famille. On ne savait plus ce que faisait Robert Stuart, on avait que quelques informations et très peu de bonnes nouvelles, et de moins en moins avec le temps. Et on pouvait être un enfant et penser à tout cela de façon mélancolique, comme le faisait Morgan, posait des questions existentielles parfois. Si sa mère tentait de ne pas paraître trop brusque, Charles prenait beaucoup moins de gants.

« Charles, crois tu que nous allons rester à La Haye encore longtemps ? »
« J'aimerais te dire que nous allons rentrer bientôt mais cela est bien mal parti. »
« As-tu appris de mauvaises nouvelles ? »
« Le Parlement a perdu de son influence au profit de l'armée, et un général de cavalerie, Oliver Cromwell a pris les rênes. La suite s'annonce sombre … »
« A quel point ? »
« Je crains pour mon père. Depuis sa tentative de fuite avec ces imbéciles de Berkeley et Ashburnham, ce n'est plus comme avant. Et il est impossible de lui envoyer des lettres. »
« Tout comme à mon père qui est avec lui. »


Voilà ce qu'ils savaient, que les deux frères Stuart étaient ensemble, qu'ils se portaient globalement bien malgré la lassitude de Charles Ie pour les négociations, mais les deux hommes ne pouvaient pas donner de nouvelles à leurs enfants. Morgan et Charles étaient comme abandonnés de leurs pères. Heureusement, Morgan avait toujours sa mère et Charles était harcelé de lettres de la sienne mais n'y répondait que rarement. Le peu de famille qu'ils avaient à La Haye devait se soutenir, comme quand les deux cousins allaient à la chasse. Puis Charles s'étourdissait dans les conquêtes féminines en attendant des jours meilleurs. Qui n'arriveraient pas …



« Un mort qu'on abandonne est mort deux fois. »
30 janvier 1649 ▬ Londres

Dix jours auparavant s'ouvrait le procès de Charles Ie à Londres. Robert Stuart avait pu écrire à son fils pour lui faire part de la nouvelle. Morgan et Eleonor prirent le bateau pour tenter de regagner Londres, on leur avait permis de rentrer. Il faisait mauvais temps pour naviguer mais ils arrivèrent à rejoindre la côte anglaise avant de prendre le carrosse jusqu'à Londres. Les retrouvailles furent tendres entre ces trois là qui ne s'étaient pas vu depuis presque quatre années.

« Quel bonheur de vous voir tous les deux ! »
« Oh Robert, que tu as maigri. Mais je suis si heureuse de te savoir toujours vivant. »
« Et toi Morgan tu as grandi ! Tu deviens un jeune homme. »


Robert Stuart avait maigri, il avait l'air fatigué et boitait légèrement mais son sourire illuminait son visage.

« Je ne pouvais qu'emmener Morgan, Andrew est malade, Mary est trop jeune. »
« Ce n'est rien, voir mon fils en pleine santé me fait le plus grand plaisir. »
« Pourra t'on voir Catherine et Henry ? »
« Oui, selon la tournure du procès. Bien que je pense déjà connaître la décision. »


Son air grave n'annonçait rien de bon. Et ce fut le cas, Charles Ie d'Angleterre fut reconnu coupable, reconnu comme tyran et ennemi public avec comme sentence, la mort. Ce fut un coup dur pour les Stuart présents à Londres, tous se mirent à pleurer de cette injuste sentence. Robert avait assisté à tout le procès qu'il qualifiait de grande mascarade, avait tout consigné dans des carnets, toute les notes qu'il prenait pendant l'audience.

En la journée du 29, on installait l'échafaud devant la salle des banquets de Whitehall. Robert et Morgan passèrent devant en carrosse, aucun d'eux ne parlaient mais chacun avait une boule à la gorge, connaissant d'avance le sort funeste du futur ex-roi d'Angleterre. On leur avait autorisé à rendre visite à Charles Ie, tout comme ses enfants Élisabeth et Henry. Les retrouvailles familiales furent riches en pleurs et en émotions. Les deux frères s'étreignirent une dernière fois, puis le monarque regarda son neveu et filleul.

« Mon cher filleul, promets moi de toujours servir ton cousin, de te battre pour lui et de rester fier de ta famille. »
« Je le promets, mon parrain. Rien ne m'empêchera d’honorer les Stuart, ma famille et celle de mon Roi. »
« Je suis heureux que mon fils ait un garçon aussi brave à ses côtés. »


Ce fut la dernière conversation que Morgan aura avec son oncle qui se retira pour prier. Élisabeth et Henry repartirent pour Sion House tandis que Robert et son fils repartirent chez eux, déboussolés, toujours cette boule dans la gorge.

En cette journée du 30 janvier, le père et le fils se trouvaient dans la foule. Morgan ne voulait pas voir l’exécution mais son père l'y avait entraîné presque de force. Ils étaient trop loin pour entendre ce qu'il pouvait dire mais le virent mettre son bonnet, poser ensuite la tête sur le billot et étendre les bras, paré à mourir. Morgan n'eut pas le temps de tourner la tête que celle de Charles Ie d'Angleterre roulait sur le sol. Ses yeux s'ouvrirent en grand, horrifié de voir le bourreau exhibé la tête de son oncle détachée de son corps. La foule se dispersait mais lui était incapable de bouger, son regard noisette désespérément rivé sur l’échafaud où il n'y avait plus que des chasseurs de souvenirs, le corps et la tête ayant été emmené.

« Viens Morgan, nous n'avons plus rien à faire ici. »
« Nous n'avons plus rien à faire nul part. »
murmura l'adolescent, toujours sous le choc.

Cette nuit là, il n'arriva pas à dormir, revoyant inlassablement cette horrible scène. Et dire que le lendemain, il dut se rendre au palais St James pour la veillée funèbre. Cela fut d'autant plus choquant qu'on avait recousu la tête sur le corps. Morgan regardait cet oncle qu'il avait peu connu finalement, la guerre civile les ayant rapidement séparés, mais il était son roi, son parrain, son oncle, son sang. Il l'avait vu mourir, il voyait à présent une personne endormie pour l'éternité. A l'intérieur de lui, Morgan ressentait un mélange de dégoût et de rage.

Le soir même, il fallut repartir. Mais s'il était simple d'être accueilli sur le territoire, le quitter fut tout autre chose. Eleonor dut quitter sa fille Catherine à regret, elle aussi enfermée à Sion House avec la princesse Élisabeth, Henry rejoint son homonyme aussi. Tous les trois partirent de Londres vêtus comme des paysans et gagnèrent le port où un bateau ami les attendait. Direction : La Haye. Là-bas, Morgan annonça à son cousin la nouvelle. Il avait essayé de trouver les mots durant le voyage et lorsqu'il se trouva devant lui, Morgan posa un genou à terre, baissa les yeux et dit tout bas :

« Le roi est mort, vive le roi. »

Tout allait changer, il était le cousin d'un roi sans couronne, d'un homme de dix-neuf ans dont les yeux noirs s'embuèrent. Et tout roi qu'il était, il pleurait la mort de son père en prenant son jeune cousin dans ses bras. Les pires jours arrivaient, car si avant il pouvait rester une lueur d'espoir, aujourd’hui il n'y avait que le noir …



______________________

I've lost a lot a in this game. Another everyday face with no name, I'm not selling misery, so would you stay around with me. I know that you are afraid, the traces of war linger on my face but I'm not selling misery, maybe some day I'll feel home again.


Born to be a Stuart:
 




Dernière édition par Morgan of Richmond le 09.09.12 19:50, édité 1 fois
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« s i . v e r s a i l l e s »
Côté Coeur: Cela peut vous paraître étrange mais j'en ai un. Il est bien caché, je le réserve à qui m'aimera vraiment. Et pour mes enfants.
Côté Lit: Vous voulez une liste ? Ce sera même un recueil !
Discours royal:



ϟ TURN OUT THE LIGHT ϟ
show me your dark side

Âge : 30 ans
Titre : Duc de Richmond, de Lennox, de Gloucester, Comte de March, cousin de Charles II d'Angleterre
Missives : 715
Date d'inscription : 15/02/2012


MessageSujet: Re: RICHMOND ϟ Un anglais à deux visages   18.02.12 20:43


BIOGRAPHIE

VERSAILLAISE

_________________________________________________

CHAPTER TWO
les années noires
1650 – 1659




« Si j'étais roi, je me méfierais des As. »
Octobre 1651 ▬ Ouest de l'Angleterre

Aucun garçon de quinze ans ne devrait s'engager dans la guerre, mais quand le choix vient à manquer, il faut bien que des gens se dévouent. Morgan, après la mort de son oncle, avait réussi à repartir pour La Haye avec son père et sa mère. Robert Stuart était fatigué de toutes ces guerres et tomba gravement malade avant de s'éteindre courant 1650. Quelques semaines plus tard, on apprenait que la princesse Elizabeth était décédée aussi, à l'âge de quinze ans, de la tuberculos. Une nouvelle période sombre pour la famille … Mais Charles, désormais Charles II se ressaisit et avec quelques personnes, dont Morgan, ils partirent pour l’Écosse. Morgan avait quinze ans et avec Andrew, dix-huit ans, ils laissèrent leur mère avec Mary. Le monarque sans terre avait bien l'intention de regagner son trône et l’Écosse serait le point d’ancrage. Quel honneur d'assister au couronnement de Charles à Édimbourg en ce 1e janvier 1651 ! Un grand moment d'émotion pour toute la famille, un espoir de renouveau, de jours meilleurs.

Pourquoi parlait-on d'un garçon de quinze ans dans une guerre ? Car la reconquête de l'Angleterre passait par les armes ! Morgan s'était illustré à la chasse, excellent tireur, il ferait un bon militaire. Après tout, Charles II avait dirigé les armées à quinze ans, Morgan pouvait bien être un excellent soldat. L'armée écossaise, Charles et ses fidèles descendirent vers le sud, avec la conviction de gagner Londres. Mais tous découvrirent une campagne anglaise hostile, des villes qui refusaient l'entrée à leur roi, des sujets apeurés de représailles par Cromwell. Seule Worcester, cette ville loyaliste, avait accueilli son roi et ses proches dans les fortifications. Mais la bataille fut rude en cette journée de septembre. Morgan fut impressionné par le courage de son cousin dans cette bataille, davantage quand il vint sauver son jeune cousin qui manqua de mourir sous la lame d'un ennemi. Cet acte héroïque, Morgan s'en souviendra toute sa vie et ne manquera jamais de rappeler le courage à son cousin ce jour là ! Mais malgré toute leur bonne volonté, la défaite de Worcester fut cuisante. Heureusement la confusion de la bataille permit au monarque et ses amis de s'enfuir.

Ils se retrouvèrent dans un ancien monastère isolé d'une famille partisane. Ils purent se reposer quelques jours, certains se remettaient de leurs blessures. Si certains croyaient le monarque mort, un avis de recherche fut émis malgré tout. Et ce matin là, Morgan en lisait la description :

« … homme de grande taille, cheveux noirs, fils de l'ancien tyran et dangereux traître. lut-il avant de relever la tête. Sûr qu'avec une telle description, tout le monde vous reconnaîtra ! »

La remarque était des plus sarcastiques. Morgan était repassé au vouvoiement avec son cousin dés lors qu'il était devenu roi, comme une marque de respect. Mais avoir du ''mon cousin'' et un tutoiement de la part du roi d'Angleterre, même s'il n'avait pas ses fonctions, était le plus belle des récompenses.

« Peut être mais je ne veux pas que l'on me reconnaisse. Il se leva et tout le monde fit de même. Messieurs, nous allons devoir nous déguiser. Grey, allez chercher des ciseaux. Lauderdale, des vêtements de paysans. »

Tout le monde s’exécuta et voici comme un Roi et des ducs se transformèrent. On se coupa les cheveux, les boucles brunes et blondes de ces hommes tombèrent au sol, on abandonna son or et ses vêtements pour enfiler des costumes de paysans en toile grossière. Tout le monde se regarda et un rire les prirent tous. Imaginez trois Stuart, un de Kent, un Buckingham – entre autre – vêtus comme des gueux. Mais ce fut de courte durée, il fallait se séparer pour mieux se rejoindre après. Charles II était avec Morgan, Brandon of Kent et Lord Wilmot. Plus tard ils apprendront que certains furent capturés, que Derby fut pendu et Lauderdale jeté en prison, heureusement Buckingham et Andrew purent s'échapper. Les quatre hommes, ayant même changé leurs identités (Morgan s'appelait James Sullivan), continuèrent leur route durant six semaines de péril.

Un des souvenirs les plus mémorables fut à Boscobel. Accueillis par des familles catholiques, Charles et Morgan durent un jour se cacher car une troupe de soldats fouillèrent les environs. Morgan entraîna son roi non loin de là.

« Grimpez dans le chêne, Charles. »
« Quoi ? Mais je … »
« Avec tout le respect que je vous dois et l'affection que je vous porte, grimpez nom de Dieu ! »


Le ton était impérieux mais ils n'avaient pas le temps de réfléchir davantage ! Rapidement Charles grimpa à l'arbre, suivit de Morgan. Tous deux, cachés par les branches et les feuilles, restèrent plusieurs heures sans bouger, juste à se lancer des regards pendant que les soldats passaient et repassaient. Pas un eu l'idée de lever juste un peu les yeux. En même temps, qui aurait pu penser que le Roi d'Angleterre se cachait dans un chêne ? Lorsque Brandon of Kent les appela par leurs faux noms, les deux redescendirent et se retrouvèrent face à leur ami qui fut surpris de cette cachette.

« Diantre, je n'aurais jamais pensé vous chercher dans les airs ! »
« Morgan en a eu l'idée. Merci à toi, mon cousin de cette brillante initiative. »
« Je n'allais tout de même pas les laisser vous capturer. »
« Vous irez loin, Richmond ! »


Mais dés le lendemain, ils durent reprendre leur route. Le long périple dura six semaines, pleine d'imprévus et d'embûches. Ils changèrent plusieurs fois de noms et de costumes. Les quatre hommes vivaient une grande épopée qu'aucun d'eux n'auraient imaginé encore quelques mois auparavant. Charles II n'était pas abattu, donnait le moral à ses trois compagnons qui le suivaient gaiement. Tantôt palefreniers, serviteurs, paysans, jamais roi et cousin de roi n'avaient pu autant de fois changer de costumes.

Et quand Brighton fut enfin à portée, ils se savaient enfin libéré de cette vie d'aventuriers. Le bateau s'appelait The Surprise, un nom qui les amusa ! Quand le marin vit le roi, il le reconnut immédiatement et prit même le plaisir de plaisanter.

« J'espère que je serais fait Lord pour cet acte héroïque quand vous remonterez sur le trône ! »
« Et moi chevalier de l'Ordre de la Jarretière ! »
« Comme Richmond ! »
« Et vous ne voulez pas mon trône tant que vous y êtes ? »


Et après cet amusant voyage, tous arrivèrent en France à la mi-octobre 1651. S'ils s'attendaient à un eu de répit, c'était raté. L'agitation était aussi en France, les anglais arrivaient en pleine Fronde. Décidément, les rois étaient bien malmenés par leurs sujets, quelque soit le royaume …



« Il n’y a pas de petit ennemi. »
1653 – 1654 ▬ Copenhague, Palais royal

« Le duc de Richmond, Morgan Stuart ! »

Dans de beaux habits, Morgan apparut à la Cour du Danemark, après avoir demandé audience de Frédéric III. En France depuis dix-huit mois en pleine Fronde, il ne fallait pas s'attendre à un soutien français. Les Provinces Unies étaient tenues par Jean de Witt après la mort de Guillaume II d'Orange, les exilés royalistes semblaient abandonnés de tous pendant que Cromwell dominait l'Angleterre sous le nom de Lord Protecteur. Alors il fallait chercher d'autres contacts. Le Danemark faisait partie de la famille proche : Frédéric III, l'actuel roi, était le fils de Christian IV, dont la sœur avait épousé Jacques Ie d'Angleterre. L'Angleterre et le Danemark étaient liés depuis plusieurs générations, Charles espérait désespérément un soutien de leur part. Il envoya donc Morgan et quelques amis en mission à Copenhague. Morgan représentait la famille Stuart du haut de ses dix-sept ans, une bien lourde tâche mais il serait plus à même d'expliquer la situation. Il ne fallait pas croire : malgré son air juvénile, ses yeux trahissaient son air grave, il restait sérieux pour son jeune âge. Si son cousin Charles se perdait dans l'affection féminine – il avait un tableau de chasse impressionnant et déjà deux enfants naturels à son actif – Morgan préférait encore la chasse, bien qu'il ait connu les plaisirs dans les bras d'une jeune femme.

Et là, il se trouvait face à Frédéric III, le roi du Danemark, réputé réservé et énigmatique qui riait rarement, parlait peu, écrivait peu. Morgan avait tenté de faire abstraction de ces rumeurs mais il dut bien reconnaître que le monarque ne transpirait pas la sympathie. Le jeune Stuart, dont la vie avait endurci le caractère, ne se laissa pas impressionné tout en faisant une révérence en marque de respect, attendant que le monarque lui laisse la parole.

« Sire, je viens au nom de Charles II, roi d'Angleterre, d'Irlande et d’Écosse … »
« Roi, bien grand mot. »


Touché. Mais le jeune duc de Richmond ne se laissa pas démonter par une remarque du genre.

« Il a été reconnu Roi en Écosse et en Angleterre voilà deux années. Il est reconnu en tant que tel par ses peuples mais Cromwell et ses hommes empêchent l'accès au trône. »
« Que voulez vous de moi, Richmond ? »
« Mon cousin le Roi attend du soutien de votre part, en tant que roi mais aussi en tant que cousin. »
« Le problème est que nous sommes tous cousins, même nos ennemis peuvent être nos cousins. »
« Je suis d'accord, mais une alliances entre nos deux royaumes ne peuvent être que profitable. Si Charles Stuart remonte sur le trône, il pourra s'engager auprès de vous contre la Suède. »
« Vous proposez une guerre en temps de paix ? »
« Tout le monde sait que la paix n'est qu'une interlude entre deux guerres. »


Frédéric III regarda avec surprise le jeune homme face à lui, fier sans être arrogant. Ses dix-sept années ne transparaissait pas dans ses paroles, lui laissant un léger avantage, même si la décision finale revenait au danois.

« En prenant en considération votre proposition, il faudrait que votre roi remonte sur le trône avant une prochaine guerre de la part de la Suède. En attendant, qu'avez vous mis à part une poignée de fidèles ? Pourquoi ne confluerais-je pas une alliance avec le Lord Protecteur ? »
« Parce qu'un homme d'honneur ne pactise pas avec les traîtres. »
« Alors pensez vous que le roi de France et le prince d'Orange n'ont pas d'honneur ? »
« Pas eux, mais leurs proches conseillers, si. »


Frédéric III hocha de la tête, trouvant du tempérament à ce jeune homme.

« Vous avez du culot Richmond. Mais avec ma bonne volonté, je cherche avant tout à protéger mon royaume. Ce que je peux vous proposer, c'est d'accueillir votre Cour ici. Cela vaudra mieux que vivre en pleine révolte française. »

Morgan ne put que faire une révérence en guise d'acceptation. Avoir un refuge au Danemark était à prendre. Peut être que Charles réussirait à convaincre le monarque en discutant seul à seul. Puis il se retira, écrivant de suite la nouvelle à son cousin. Lui resterait là quelques temps, il ne pouvait pas vivre encore sous le signe des révoltes, cela lui donnait des sueurs froides et des insomnies, se rappelant trop bien les agitations londoniennes de son enfance.

Les semaines défilèrent à Copenhague et Morgan découvrit la face cachée de la famille Oldenbourg. Il ne connaissait pas vraiment cette famille mais comprit bientôt à quel point Christian IV avait semé la zizanie dans sa descendance. Il apprit tout cela de la bouche de Waldemar Munk, le demi-frère de Frédéric III, lui était le fils de la seconde épouse et lui expliqua les complexité familiale. Mais ce garçon était louche, l'anglais le gardait proche de lui, croyant que Waldemar aurait de l'influence sur son royal demi-frère mais il n'en était rien, le monarque n'appréciait guère cet homme qui était, avouons le, un gros con. Mais le plus dur était de s'en débarrasser, Waldemar se croyait le grand ami d'un proche du roi d'Angleterre. C'est là aussi où Morgan vit enfin Ulrich de Sola dont Waldemar parlait avec tant de dégoût. Le garçon n'avait que deux ans de plus que lui, le regard aussi sombre que l'anglais mais quelque chose de malsain rôdait autour de lui. Décidément, cette famille était encore plus étrange que les Stuart ou que les Bourbons ! Pourtant ces deux là étaient assez gratinés. Et un soir de fête, lassé d'avoir Waldemar lui collait aux chausses …

« Munk, n'avez vous donc aucun ami pour me suivre à la trace ainsi ? »
« Comment osez vous me parler de la sorte ?! »
« Je parle comme on le fait à un chien, ce que vous êtes à me suivre dans tous vos mouvements ! »


Munk fut si surpris qu'il ne sut quoi répliquer. Et les deux se retournèrent en entendant un sinistre rire, et virent Ulrich amusé de la situation.

« Et cela vous amuse, Sola ? »
« Ce qu'il vient de dire n'est pas faux, Munk. »
« Monsieur, je ne vous permets pas de nous interrompre dans notre conversation. »
« Sinon quoi ? Allez vous me frapper Richmond ? »
« Non, je me bats que contre des soldats, pas avec un bâtard qu'une putain a engendré. »


Avec une impressionnante vitesse, Ulrich saisit Morgan par le col, le visage rouge de colère et un regard de tueur. Si Morgan avait peur ? Absolument. Mais il ne montra rien, gardant un air presque méprisant sur le visage.

« Avisez encore une fois de répéter cela Richmond et je vous fait ravaler votre chère Angleterre enrobé dans votre bêtise. »

Puis Ulrich le relâcha Morgan en le repoussant violemment contre la table du buffet avant de partir. Morgan tentait de rester impassible mais Sola est un garçon impressionnant, il ne le pensait pas capable d'une telle colère ni une telle force, il le croyait aussi mou que Waldemar. Il était mauvais de se faire des ennemis de la sorte, Sola était de ceux qui avaient la rancune tenace …

Après de nombreuses correspondances avec son cousin Charles, celui-ci conseilla à Morgan de rester au Danemark encore quelques temps, ce qu'il fit avec la bienveillance de Frédéric III. Le problème est quand on se fait des ennemis à un endroit où on reste, c'est que le danger est permanent. Il y eut une guerre froide avec Waldemar, Morgan tenta de rester loin de cet imbécile qui ne savait plus s'il devait insulter le Stuart ou tenter de redevenir son ami. Cela avait de quoi amuser le jeune homme qui trouvait en Munk une distraction quasi-quotidienne ! Mais le pire restait Ulrich. Il n'avait pas digéré l'insulte que Morgan lui avait lancé. Et l'anglais, au lieu de la boucler, le défiait régulièrement. Après tout, il allait sur ses dix-huit ans et avait un caractère emporté, il ne se maîtrisait pas et cela lui causerait des ennuis.

Comme celui de se prendre un coup de poing par Ulrich. Certes, Morgan l'avait un peu cherché. S'il lui fallait une excuse, il avait bu et donc se sentait un peu plus invulnérable dans ces moments là. Mais ce n'était pas une raison pour dire à Sola encore une fois qu'il n'était qu'un bâtard. Mauvaise idée et sa lèvre ouverte s'en souviendrait encore longtemps.

Ca ne l'empêchait pas d'assister au mariage d'Ulrich de Sola avec la jeune Helle. Il n'avait aucun intérêt à y être mais voir son ennemi tirer une sale tête à cause d'un mariage qu'il n'avait pas choisi une telle union. Morgan avait même envoyé une lettre à son cousin pour l'avertir qu'il n'arriverait que plus tard Et en bon effronté, il ne put qu'aller à côté du marié, son verre à la main et dire avec un grand sourire.

« Toutes mes félicitations, Sola. »
« Poussez vous de mon chemin, Richmond. »
« Allez souriez, c'est le jour de votre mariage. »


Il n'eut le droit qu'à un regard le fusillant. Morgan ne se douterait pas que devenir ennemi avec Sola lui provoquerait autant d'ennuis dans le futur. Enfin, parfois il les voudra les ennuis, mais d'autres, beaucoup moins … Enfin, c'est après cette ''joyeuse'' cérémonie que Morgan et ses pairs partirent en direction de Cologne, là où se trouvait à présent Charles II. Une nouvelle ville, un nouvel exil, de nouvelles aventures …



« Le bonheur est une femme. »
1656 ▬ Cologne

Ah, Cologne. L'exil allemand se voulait discret. Les quatre-vingts personnes entourant Charles II, cette petite Cour de fidèles anglais, vivaient comme des bourgeois et avec des moyens modestes. Pas de carrosses, même le monarque devait se déplacer à pied, il n'y avait pas de grands festins ni de grandes fêtes. Tout le monde savait que toute tentative de restauration était finie, on vivait comme on pouvait et si le moral n'était pas au meilleur fixe, chacun s'attelait à ses occupations au quotidien. Jusqu'à ce jour. Charles et Andrew se rendirent dans la chambre de Morgan, qui passait ses journées entre la chasse, les balades et lambiner dans son lit à ruminer ses idées noires. Il en avait oublié quel était ce jour …

« Allez, on se lève Morgan ! Nous avons à faire ! »
« Et ne pose pas de questions, on y va ? »
« Mais où ? »
« L'intérêt d'une surprise est de ne pas dire le lieu ! »


Les trois jeunes hommes, accompagnés de quelques compagnons de route, prirent des chevaux qu'ils avaient pu loué pour la journée. Ils chevauchèrent jusqu'à une vieille maison abandonnée, mais éclairée. A l'intérieur, une table avec quelques alcools et victuailles. Morgan ne comprenait pas.

« As tu oublié le jour que nous sommes ? »
« Je … oh mon dieu, ai-je oublié un anniversaire ? »


Tout le monde se mit à rire et Charles le prit par les épaules et se saisit un verre pour le lever à l'assemblée.

« Je lève mon verre à un garçon courageux … que dis-je, un homme courageux ! Et nous devons fêter dignement cette journée ! Ce n'est pas tous les jours qu'un Suart a vingt ans ! Morgan tu te fais vieux, tu en oublies ton propre anniversaire ! A Morgan ! »

Tous levèrent leur verre en répétant « A Morgan ! » tandis que le jeune homme éclata de rire. Il en avait oublié son propre anniversaire ! Il y avait tant à penser, tant à déprimer que le jeune homme en avait oublié qu'il avait vingt ans aujourd’hui. Il fut touché que son cousin pense à cela, il avait autre chose en tête normalement. La fête fut sobre en décoration et en nourriture mais riche de rires et d'alcool. Alors que la nuit s'entamait, Charles fit signe à Morgan de le suivre à l'étage.

« Vois tu mon cousin, nous pouvons pleurer sur notre sort mais il ne faut jamais oublier que la vie est trop courte et qu'il y a bien des plaisirs pour profiter ! Tu es trop sérieux, je ne te vois jamais avec une fille ! »
« Je vous rassure mon cousin, il y en a. Même si je suis loin d'égal votre record. »
« C'est ça, moque toi de moi ! Mais en attendant …
il ouvrit la porte où deux magnifiques jeunes femmes s'y trouvaient. Joyeux anniversaire. »

Là, Charles avait fait un cadeau de son pur cru. Et si Morgan avait l'aval du Roi, autant en profiter, non ?



« La guerre nourrit la guerre. »
1658 ▬ Bataille des Dunes

« Richmond, cessez de m'importuner avec votre bêtise ! »
« Votre stratégie n'est pas la bonne, vous nous conduisez à la mort ! Vous vous prenez pour un grand capitaine, ce que vous n'êtes pas ! »
« Morgan arrête, s'il te plaît. »
« Jacques, dis leur que j'ai raison. »


Bien que d'accord, le jeune duc d'York baissa les yeux. Morgan semblait seul face au gouverneur des Pays-Bas espagnol, Don Juan d'Autriche, et ses deux cousins. Il avait vingt-deux ans, le jeune Stuart prenait pleinement conscience de la déchéance de sa famille. Il vivait en exil avec son cousin le Roi d'Angleterre, que tout le monde appelait ''le roi d’Écosse'' en se moquant voilà sept années qu'il n'avait pas revu sa chère Angleterre, qu'il dépérissait en Europe. La France s'était alliée à Cromwell, les Provinces Unies ne voulaient plus entendre parler d'eux, les pays du Nord ne cessaient de se faire la guerre. Seuls quelques princes allemands donnaient un faible soutien, et l'Espagne les accueillait poliment. Quand Charles lui avait parlé de l'alliance espagnole et de ces batailles, Morgan avait dit que cela ne serait pas une bonne idée. Ils avaient vécu à Bruges, rongeant leur frein et chacun commençant à mourir à petit feu. Cette bataille devait être l'occasion enfin de montrer leur force à Cromwell, cet éternel vainqueur. Leur faible victoire fut d'avoir rameuté quelques royalistes anglais dans leurs rangs, donc Jacques d'York qui avait quitté Turenne la mort dans l'âme mais le faisait pour son frère. S'ils ne gagnaient pas, ce serait fini.

« Richmond a raison, nous courons à la défaite ainsi. »

Morgan se retourna pour voir Condé juste derrière eux. Quand un homme de sa trempe et de son expérience parle d'avance de défaite, il était plus facile de le croire que l'espagnol qui se croyait tout permis. Pourtant, Don Juan d'Autriche eut le dernier mot, il avait choisi comment faire sa bataille, ce ne serait pas autrement. Agacé, Morgan partit se préparer, le visage fermé. C'est là que son ami Felipe arriva. Les deux garçons se connaissaient grâce à leurs mères mais ne s'étaient rencontrées qu'à l'âge de huit (pour Felipe) et douze ans (pour Morgan), ils ne s'étaient pas revus depuis. Cela faisait plaisir d'avoir un visage amical en dehors du cercle des anglais.

« Le forme ne semble pas au rendez-vous. »
« Nous allons perdre, mon ami. Je ne peux plus perdre et j'en ai assez de vivre dans la défaite et l'exil. Si nous essuyons une défaite, je ne sais pas ce que ma famille adviendra. »


Une main vint se poser sur son épaule, son ami espagnol ne dit rien de plus mais il avait un sourire encourageant, comme un espoir. Peut être que partir positif serait un bon début.

La bataille fut une lourde claque pour le camp espagnol. Comme prévu, Don Juan ne savait pas commander son armée. Morgan était sous les ordres de Jacques d'York avec d'autres royalistes anglais. Il avait comme arme son épée et un pistolet. Il tirait beaucoup mieux qu'il ne se battait mais s'en sortait à merveille dans cette bataille où il donna toute son âme, toute son ardeur. Du monde tombait autour de lui mais après tout, la mort à la guerre n'était-elle pas la plus digne ? Sauf quand celle ci est une cuisante défaite peut être. Car tel était le cas, la bataille n'était en fait qu'une large victoire des français et cromwelliens. Isolés, les 300 anglais royalistes qui restaient, résistèrent seuls, ne finissant par se rendre qu'après avoir constaté que le reste de l'armée avait fui et sous la condition expresse de ne pas être livrés aux cromwelliens.

Au retour du camp, Morgan se traînait, épuisé. Il eut la chance de n'être qu'égratigné, rien de bien méchant mais son moral en avait pris un gros coup. Tout ce qu'il voulait, c'était retourner à Bruges et qu'on le laisse seul. Mais lorsqu'on vint lui annoncer que Felipe venait de perdre son père au cours de la bataille, une partie de l'anglais eut un sursaut de réaction et courut voir son ami. Perdre un parent, lui aussi avait connu. Il n'y avait pas besoin de mot, ils étaient tous inutiles et superflus. Il fallait du soutien, une présence, quelqu'un pour soi, dans le silence. Morgan était donc là pour son ami, s'il avait besoin de hurler, de pleurer ou quoi que ce soit. Pour tous, cette défaite était un gros choc, la défaite fut lourde pour l'armée royaliste. Et alors que son ami lui demanda d'être seul, Morgan respecta sa décision et sortit de sa tente. Mais la série des mauvaises nouvelles ne faisaient que commencer, et c'était Brandon of Kent d'en annoncer une nouvelle à Morgan.

« Richmond ! Il faut que vous veniez avec moi ! »
« Non Grey, je dois aller me rep … »
« Cela concerne votre frère, Andrew. »
coupa Brandon

Le regard de Morgan devint inquiet, qu'est ce qu'il s'est passé ? Mais aucun mot ne sortit de sa bouche, il avait tellement peur d'une nouvelle désastreuse.

« On l'a retrouvé sur le champ de bataille, il … il s'arrêta, voyant le visage de Morgan se décomposer. Il n'est pas mort, mais est blessé. »
« Il va s'en sortir ? »
« Venez avec moi. »


Et Brandon prit le bras d'un Morgan sous le choc pour l'emmener à tente de son frère. Dehors se trouvaient Charles et Jacques. Ce dernier le retint.

« N'y va pas, Morgan. Il n'est pas en état … »
« Laisse moi passer, c'est mon frère. »
et il poussa son cousin princier pour pénétrer dans la tente.

Plusieurs médecins se trouvaient autour d'un lit, Morgan ne vit pas Andrew, puis quand un des hommes bougea, il fut horrifié de cette vision : couvert de sang, les jambes de son aîné n'étaient pas placé correctement, sa cage thoracique était écrasée et son visage semblait défiguré. Aussitôt, il sortit pour aller vomir. C'était trop horrible, trop insoutenable que son propre frère soit dans un pareil état. Ses cousins royaux vinrent le soutenir mais Morgan se sentait plus seul que jamais. Et si on lui arrachait son frère ? Un des médecins accourut vers le Stuart pour voir son état.

« Va t'il survivre ? »
« Si tel est le cas, ce serait un miracle. Ou un cadeau empoisonné. »
« Comment cela ? »
« Il ne pourra plus remarcher et sera défiguré. Il pourrait aussi avoir de grandes séquelles psychiques »
« Alors peut être que la mort est son meilleur destin. »
murmura Morgan.

Morgan se releva, il était en colère, triste, voulant venger son frère mais aussi pleurer toutes les larmes de son corps. Il commença à marcher, voulant être seul mais il ne le fut pas bien longtemps, son ami Brandon, de peur que Morgan fasse une bêtise, vint le rejoindre. Mais Morgan ne prononça pas un mot alors que l'autre tentait de faire la conversation.

« Il va s'en sortir, Richmond. »
« Et il ne pourra plus marcher, peut être ne pourra plus parler ou réfléchir … Il a 25 ans ! »
« Mais Fife n'est pas en meilleur état je pense. »
« Fife ? »
« Celui qui s'est acharné contre Andrew … Richmond ! Où allez vous ? »
« Le tuer! »
hurla t'il en courant.

Morgan n'hésita pas un instant. Aveuglé par la rage et la tristesse, il prit un poignard et son pistolet et disparut du camp espagnol. Agile et discret, il se fondait dans la nuit pour infiltrer le camp français. Pas une seconde, il n'avait réfléchi, son cerveau avait cessé d'émaner la moindre pensée, il n'était animé que par la haine et la tristesse. Dans le camp français, on entendait des chants, ils fêtaient leur victoire sans aucun doute. Et lorsque Morgan entra dans la tente où des hommes se faisaient soigner. Il y avait longtemps que le Stuart n'avait pas vu Fife, depuis Worcester, et l'homme assis lui ressemblait. L'anglais, la dague à la main, ressemblait à un fou avec ses yeux rougis. Alors qu'il allait se jeter sur l'homme assis, deux autres le retinrent.

« Froulay, attention ! »
« Froulay ? Vous n'êtes pas Fife ? »


Il entendit un homme rire et le fusilla du regard. Et en un quart de seconde, Morgan se sentit anéanti. Il n'entendit pas ce Froulay dire aux autres de partir, l'anglais sentit juste qu'on le relâchait. Flanchant quelques instants, il tomba d'un coup à genoux, lâcha son arme et son regard rivé sur le sol semblait ne rien regarder, trop vide. Tout partait, il se sentait … vide.

« Cet homme a massacré mon frère. A cause de lui, je viens à espérer que mon frère ne se réveille jamais, parce qu'il ne sera plus jamais comme avant … Il ne marchera sûrement plus, je ne sais même pas s'il pourra parler, penser, être un tant soit peu le frère que j'ai toujours connu … Cet homme est un partisan de ce chien de Cromwell, il est un des responsables de ce que je vis, lui et ces puritains … sa voix était monocorde mais son regard s'embuaient. Douze années que je me traîne en exil, savez vous ce que c'est. ? »
« Non. »
répondit simplement Froulay.
« Vous voilà bien chanceux. J'ai connu les voyages clandestins, des nuits au Louvre sans chauffage, s'entasser dans des maisons et ne pas savoir de quoi sera fait. J'ai connu la guerre, les défaite, j'aurais toujours la vision d'un roi sans tête, j'ai vu mon roi pleurer, je l'ai pris dans mes bras dans ses moments de désespoir. En neuf années, j'ai vu mon oncle, mon père, ma cousine mourir, j'ai vu ma mère pleurer chaque jour mais garder espoir quand nous autre nous n'en avions plus. Et si je ne croyais pas à cette alliance espagnole, c'était notre dernier espoir … Aujourd’hui, il ne reste me reste plus rien. Je vais devoir regarder chaque jour une mère endeuillée, un cousin qui a changé de camp la mort dans l'âme, un roi sans terre … et peut être un frère qui n'aura de vie que le nom. Je n'ai plus rien, je ne suis plus rien. »

C'était la première fois que Morgan vidait son sac. Et depuis toutes ces années, il en avait gros sur la conscience. Aymeric de Froulay, du même âge que l'anglais, l'avait écouté patiemment, n'avait alerté personne et voyait à présent les larmes coulées sur les joues du Stuart. Là encore, les mots étaient superflus, il lui tendit juste la main pour qu'il se relève.

« Un petit-fils de roi n'a pas à rester à genoux. Relevez vous. »

La voix était douce, presque bienveillante. Poussant un long soupir, Morgan saisit la main et se releva. Il était davantage dans un piteux état.

« Je vais vous aider à repartir dans votre camp. Les vôtres vous attendent. Avec ou sans terre et couronne, vous avez une famille sur qui veiller. »

Morgan acquiesca et serra chaleureusement la main de celui qui avait été dans le camp adverse durant la journée. Aymeric lui indiqua comment repartir. Le jeune Stuart ne sut pas vraiment comment il avait réussi à retourner dans son camp, ce retour de quelques minutes était flou, mais il se retrouva dans la tente d'Andrew. Il le veilla durant la nuit et le jour suivant, incapable de dormir, sursautant dés qu'Andrew faisait le moindre geste, lâchait le moindre gémissement de douleur. Mais il devait l'abandonner quelques jours, Jacques l'avait fait se lever, ils partaient tous deux assister à l'enterrement du père de Felipe. Chacun avait sa peine, Morgan voyait son ami espagnol de dos, il avait l'air fier, devait se contenir de toutes ses forces pour ne pas craquer. Et quand ce même ami décida de tout claquer pour partir voir le monde, Richmond le rattrapa pour un dernier conseil d'ami.

« Où que vous alliez, vous me donnez des nouvelles. Et n'allez pas chercher la mort dans de sordides recoins. »
« Vous n'êtes pas mon … »
« Je suis votre ami et au nom de cette amitié, j'exige que vous m'écriviez. Promettez le moi. »
« Et pourquoi ne pas partir avec moi ? »
« Je voyagerais à travers vos lettres. »


Un dernier sourire entendu, une dernière accolade et il fallut rentrer à Bruges. Il retrouva sa mère, plus en pleurs que jamais. La famille Stuart avait touché le fond, l'espoir n'existait plus, il n'y avait que tristesse et désolation. Et puisqu'il fallait trouver un moyen d'oublier, Morgan avait ouvert une bouteille de vin et l'avait vidé. Le jeune homme tombait dans la déchéance la plus totale, avec sa nouvelle amie qui n'allait plus le quitter : l'alcool …



« Partir, c'est mourir un peu, mais mourir, c'est partir beaucoup. »
1659 ▬ Bruges

« Êtes vous sûr qu'ils sont là ? »
« Certain. Et il est là aussi. »
« Juste, avant de continuer : avez vous bu, Richmond ? »
« Pas plus que d'habitude. »
« C'est déjà trop. »
« Je ne vous oblige pas à me suivre. »


En ce mois de janvier 1659, on pouvait voir deux hommes marcher l'un derrière l'autre, le premier titubant légèrement. Depuis la bataille des Dunes, Morgan s'était aller au désespoir, passer ses soirs à boire et ses journées à décuver, ou alors à cultiver l'ennui. Les rares sorties consistaient en des parties de chasse forcée avec Charles et Jacques, ou rendre visite à son frère. Oui, Andrew avait survécu. Ses jambes étaient atrophiées, sa main gauche ne fonctionnait qu'à moitié et il avait le visage légèrement difforme au niveau du côté droit, tout comme il avait perdu la vue de cet œil là. Mais la providence voulut qu'il puisse parler, même si la voix était plus faible qu'avant, et qu'il avait gardé ses facultés mentales. Mais le jeune duc de Richmond éprouvait toujours cette envie de pleurer quand il le voyait. A croire que son aîné vivait mieux son handicap que lui …

L'envie de se venger ne l'avait pas quitté. Et quand certains espions de Charles II lui assurèrent la présence d'espions cromwelliens, Fife parmi eux, le sang de Morgan n'avait fait qu'un tour. Ils se trouvaient dans cette maison à l'extérieur de Bruges, les deux anglais pouvaient voir leurs trois ennemis entrain de discuter dehors. Brandon et Morgan étaient en haut d'une petite colline, cachés par des buissons. Sous alcool mais encore lucide, Morgan se mit en joug pour tirer.

« Vous n'allez tout de même pas tirer ! » murmura Brandon en baissant l'arme de son ami.
« Je vous apprécie, Grey, mais reculez. »

Le regard noir que lançait Morgan dut être suffisamment dissuasif pour que Brandon s’exécuta. Le jeune anglais visa deux fois, tuant sur le coup deux des cromwelliens et laissant Fife paniqué comme un chiot apeuré. Puis il descendit de la colline et l'autre se mit à courir. Sans sourciller, le Stuart visa la jambe gauche de son ennemi et tira, le faisant tomber au sol dans un cri de douleur.

« Ca c'est pour mon frère. »
« J'espère que ton frère brûle en enfer Stuart. »
cracha Fifa avant de se prendre un coup de crosse en pleine tête.
« Espion à deux sous, il est vivant ! »
« Et pourquoi le petit frère est fâché alors ? Parce que j'ai fait bobo à son grand frère ? »


Morgan tira dans l'autre jambe, arrachant un autre cri à Fife. Brandon, resté à l'écart, accourut et arracha l'arme à feu des mains et de le réprimander.

« Il suffit, Richmond. Vous ne pouvez pas vous proclamer bourreau de la sort. »
« Et pourquoi ? Vous avez vu ce qu'il a fait à Andrew ! Il ne mérite pas de vivre et je dois faire justice à mon frère. »
« Et vous abaissez à leur niveau ? Hors de question ! Que dirait notre roi ? »
« Roi ? Quelle bonne plaisanterie, Grey ! »
« Mais tu vas la fermer, toi !
et Morgan lui donna un coup de pied dans le ventre avant de se retourner vers Brandon. Charles me soutiendra ! Rendez moi mon arme. »
« Non. »


Sans réfléchir, Morgan donna un coup de poing à son ami – geste pour lequel il s'excusera maintes fois après – puis se saisit de son fusil et visa la tête de son ennemi au sol pour le tuer. De Fife, il ne restait qu'un cadavre étendu sur le sol, mais la rancœur restait toujours dans le cœur de Morgan. Et le lendemain, Charles le convoqua. Contrairement à ce qu'il avait prétendu, son royal cousin n'acceptait pas cet acte barbare. Si Morgan en fut sincèrement désolé, il savait qu'il avait bien agi. Et le soir dans sa chambre, après avoir bu encore une fois plus que raison, il se disait encore qu'il avait raison.

Sans le savoir, Morgan vivait les derniers mois sombres. Oliver Cromwell était mort, son fils ne semblait pas vouloir de ce pouvoir et bientôt, on demandera à Charles de rentrer. Mais Richmond ne vivait plus dans cette réalité, la sienne était à base de mélancolie, de tristesse, de rancune et d'alcool …



______________________

I've lost a lot a in this game. Another everyday face with no name, I'm not selling misery, so would you stay around with me. I know that you are afraid, the traces of war linger on my face but I'm not selling misery, maybe some day I'll feel home again.


Born to be a Stuart:
 




Dernière édition par Morgan of Richmond le 09.09.12 19:52, édité 1 fois
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« s i . v e r s a i l l e s »
Côté Coeur: Cela peut vous paraître étrange mais j'en ai un. Il est bien caché, je le réserve à qui m'aimera vraiment. Et pour mes enfants.
Côté Lit: Vous voulez une liste ? Ce sera même un recueil !
Discours royal:



ϟ TURN OUT THE LIGHT ϟ
show me your dark side

Âge : 30 ans
Titre : Duc de Richmond, de Lennox, de Gloucester, Comte de March, cousin de Charles II d'Angleterre
Missives : 715
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MessageSujet: Re: RICHMOND ϟ Un anglais à deux visages   23.02.12 1:23


BIOGRAPHIE

VERSAILLAISE

_________________________________________________

CHAPTER THREE
Les années fastes
1660 - 1665




« Le roi qui règne est toujours le plus grand. »

1660 ▬ Londres

De Morgan of Richmond
A Felipe de Palma
18 juillet 1660

Mon cher ami,

Que de rebondissements depuis ma précédente lettre. Me revoilà à Whitehall, en plein cœur de cette bonne vieille ville de Londres. Depuis de longues semaines, nous nous étions installés à Breda pour des négociations et la Convention a officiellement proclamé Charles Stuart roi d'Angleterre. Nous sommes partis par le premier bateau, trop heureux de pouvoir fouler cette bonne vieille terre anglaise. Nous fûmes accueillis comme des seigneurs à Douvres, nous qui avions du fuir habillés en paysans neuf années auparavant. Londres ne fut que fête et joie à notre passage, quel bel anniversaire pour le roi Charles, puisqu'il fêtait ses trente ans ce même jour. Il me confia même que cela était le plus beau cadeau que l'univers aurait pu lui offrir. Tout n'était qu'acclamation, fêtes et sourires. A croire que le peuple n'attendait que nous depuis des années ! Nous avons sûrement fait la plus belle fête que nous ayons connu ! Imaginez toute une Cour réunie dans Whitehall avec de la nourriture à foison, du vin plus que de raison, des verres levés au nom du Roi par centaines, et plus de jolies filles dans une même pièce que je n'ai jamais vu. Je dois vous avouer que je ne me souviens plus de cette fabuleuse nuit, mis à part d'avoir dansé avec Jacques sur une chanson bien de chez nous et rire à en pleurer avec lui sur des choses stupides.

Mais le rétablissement de la monarchie distribue son lot de punitions. Si mon cousin a accordé l'amnistie à bon nombre d'anciens partisans du tyrans, certains furent condamnés à la prison à vie, d'autres furent exilés et les pires d'entre eux … Connaissez vous le supplice du hanged, drawn and quartered ? C'est à dire être traîné par une claie jusqu'à la potence, puis pendu mais pas jusque la mort, vient ensuite le démembrement et la décapitation. Neuf d'entre eux subirent ce sort, coupables de haute-trahison. Nous voici entièrement débarrassés de ce tyran de Cromwell et de ses partisans. La vie peut enfin recommencer !

Vous voici donc le bienvenu à Londres, Whitehall est assez grand pour accueillir un ami, surtout quand il est de votre qualité.

Au plaisir de vos nouvelles,
Morgan


La Restauration anglaise fut un total succès ! La famille Stuart retrouvait enfin son statut d'antan et occupait à nouveau l'immense palais de Whitehall. Morgan avait pu obtenir de grands appartements et en avait profité pour acheter un grand manoir non loin de Londres pour y installer sa mère et son frère. Peu de monde connaissait le vrai sort d'Andrew Stuart, duc de Kintyre et Lorne, la plupart le pensaient défigurer mais Morgan protégeait farouchement son aîné et empêchait tout le monde de l'approcher. Il voulait qu'on oublie ce frère pour qu'il puisse vivre en paix, sans raillerie ni quoi que ce soit. Bientôt, plus personne ne pensera à Andrew, comme l'avaient prévu sa mère, Morgan, Charles et Jacques. En bon frère, Morgan se rendait régulièrement dans ce manoir pour lui raconter ce qu'il se passait à la Cour.

Il est intéressant de noter le changement dans l'attitude de Morgan. En 1659, il était au bord du gouffre, ayant plusieurs attenté à sa vie et se laissait consumer à petit feu par la mort, grâce à l'alcool notamment. Il avait perdu le goût en tout et s'était renfermé. En l'espace de quelques mois, il était redevenu un jeune homme plein de vie, souriant et dynamique. Peut être trop, pour le dynamisme. Comme pour rattraper ces années perdues, il passait son temps à faire la fête, à s'amuser. Certains diront que c'est de son âge, puisqu'il venait d'avoir vingt-quatre ans, d'autres parleront de la dépravation Stuart car Charles n'était guère mieux : à trente ans, il traînait trois enfants naturels et sa nouvelle maîtresse, Barbara Palmer, était enceinte. Morgan avait la fureur de vivre, il voulait tout, tout de suite, il voulait s'amuser jusqu'à l'épuisement, boire jusqu'à s'écrouler, rire jusqu'à en pleurer. Cette Restauration était sa résurrection et il voulait profiter de chaque seconde de cette vie qu'il aurait pu rater si une de ses tentatives de suicide avait réussi. A coté de cela, il était toujours le conseiller de son royal cousin et continuait de remplir sa mission à ses côtés. Mais il s'était découvert une nouvelle addiction en plus de l'alcool : les femmes. Il était toujours beau garçon et en prenait conscience, doublé de cousin du Roi et bien vu à la Cour, il n'en fallait pas moins pour avoir toutes les femmes à ses pieds. Alors pourquoi ne pas en profiter ? Et voilà comment Morgan le sérieux devenait ce salaud que l'on connaissait de nos jours.

Pourtant, il avait des sursauts de lucidité, heureusement pour lui ! Le premier fut la mort de son cousin Henry, le frère de Charles II. Il n'avait que vingt ans et la mort l'avait fauché. Cela donna une grande claque à Morgan qui perdait encore une fois un membre de sa famille. A l'automne 1660, Charles II voulut officiellement remercier ceux qui l'ont soutenu. Il fit de Morgan chevalier de l'Ordre de la Jarretière, et lui donna de nombreux titres, comme celui de duc de Gloucester, en hommage à Henry. Ce moment fut d'une émotion rare pour le duc de Richmond qui pouvait garder en mémoire son cousin. Mais le temps des joies fut encore une fois balayée par la mort d'une Stuart, Marie-Henriette, la princesse d'Orange qui les avait suivi à Londres lors de la Restauration. Le moral de Morgan retomba au plus bas, ne se relevant que pour boire et lever quelques demoiselles.

Son moral fluctuant atteint des sommets le 30 janvier 1661, anniversaire de la mort de Charles Ie. On ouvrit les tombeaux d'Oliver Cromwell, Henry Ireton et du juge John Bradshaw pour leur infliger une décapitation post mortem et les jeter dans la Tamise. Intenable, Morgan était parmi la foule, bouteille à la main et hurler des insultes sur Cromwell, qu'on appelait à son tour le tyran. Pour tenter de le canaliser, Charles II lui proposa des missions diplomatiques, ce que Morgan accepta avec grand plaisir. Sans que cela ne le calme véritablement …



« Qu'une âme généreuse est facile à séduire !  »
février 1661 ▬ Suède

« Et que s'est-il passé quand vous avez quitté l'Ecosse pour marcher sur Londres ? » demanda la demoiselle, les yeux pleins d'étoile.
« Beaucoup d'ennuis, de la malchance, une bataille et des aventure rocambolesque. »
« Mais encore ? Je vous en prie, cher duc, de ne point me faire languir de la sorte. »
« Je ne veux point vous incommoder avec des détails. »
Mais les détails font toute l'histoire ! »
« Voudriez vous aussi l'histoire du roi Charles caché dans un chêne ? »
« Je voudrais surtout cette histoire ! »


Alors Morgan continua son récit, racontant leur périple sans omettre aucun détail. La jeune Helle l'écoutait d'un air particulièrement attentive, pendue au moindre mot du Stuart. Il était venu pour négocier quelques alliances au nom de Charles II qui n'allait pas tarder à être couronné officiellement roi d'Angleterre, d'Irlande et d’Écosse. Puis Morgan songeait à marier sa sœur Catherine, il avait quelques noms à la Cour de Suède et comptait bien profiter de ce voyage pour tenter de caser sa jolie sœur en lui trouvant un parti convenable. Et dans cette Cour, Morgan avait tout d'abord rencontré la princesse Gisela, tout juste âgée de dix-sept ans mais déjà fort belle. Mais on lui avait présenté la jolie Helle, grande femme de la lettre à la Cour malgré son jeune âge. Morgan eut le plaisir de lui faire la conversation, elle avait entendu parler des drôles d'aventures de Charles II durant son exil et avait profité d'avoir un Stuart à la Cour avoir plus de détails, démêler le vrai du faux. Tous deux assis au coin d'un feu, le duc de Richmond continuait son récit, trop heureux de raconter cette partie de sa vie qui fut à la fois le début de la déchéance et en même temps un incroyable périple.

« … et là je lui ai dit : Avec tout le respect que je vous dois et l'affection que je vous porte, grimpez nom de Dieu ! »
« Et il est monté ? »
« Heureusement que oui ! Imaginez, un roi et son cousin dans un chêne alors que les soldats passaient juste en-dessous sans nous voir ! »


Les deux jeunes gens rirent de bon cœur. Ce moment était toujours aussi incroyable, beaucoup pensaient qu'il s'agissait d'une simple légende mais Morgan pouvait témoigner que tout cela était bien vrai, tout autant que le reste du voyage vécu comme des paysans et le reste du voyage. Le visage du Stuart changeait selon les événements, souriant lorsqu'il se remémora Cologne malgré la maigre vie qu'il menait, bien sombre lors de la Bataille des Dunes. Il ne parla pas de son frère ni de la période bien sombre qu'il avait vécu après, cela n'était point glorieux, et on ne racontait pas cela à une jeune femme. Car, s'il avait la fierté de raconter son histoire, Morgan avait aussi pour ambition de mettre Helle dans son lit. Même loin de Londres, il ne changeait pas, même s'il se montrait sous un meilleur jour à la Cour suédoise, ne courant pas après toutes les filles ni à boire jusqu'à se rouler sous une table. Charles avait raison, voyager lui faisait du bien, changer d'air l'empêchait de trop s'embuer l'esprit avec l'alcool et ressasser ses idées noires de temps à autre. On pouvait être coureur de jupons, grand fêtard et faire toujours des cauchemars sur son passé … Mais revenons à nos deux protagonistes. Morgan passa la main dans ses cheveux noirs en souriant.

« Mais je ne veux point vous ennuyer avec mes histoires, Madame … Enfin, Mademoiselle. »
« Non, vous aviez juste, c'est madame. »
« Oh et quel est le chanceux qui partage votre vie ? »
« On ne peut point dire qu'il partage ma vie, voici plusieurs années qu'il est parti sans donner de nouvelles. »
« Et cet homme sans cœur ni goût a-t'il un nom ? »


La jeune Helle baissa les yeux, hésitante, et lâcha le nom du bout des lèvres.

« Le baron de Sola. »

Ce nom fit l'effet d'une bombe dans le cerveau de Morgan. Ulrich de Sola, ce bâtard, ce fils de rien qui l'avait frappé il y a quelques années. Le Stuart l'avait mauvaise encore … Et un éclair démoniaque passa l'espace d'un instant dans le regard marron du garçon. Après tout, sans savoir qui elle était, Helle était déjà désirable, mais en sachant qui elle l'était, cela lui permettait d'enclencher l'étape supérieure dans la séduction. Et voilà comment Helle et Morgan furent amants le temps du voyage de l'anglais. Là encore, il avait satisfait son côté séducteur mais aussi une petite rancune, sans deviner qu'il allait revoir un jour ce vieil ennemi …



« Le bonheur forcé est un cauchemar. »
juin 1661 ▬ Londres

Un sommeil agité, des vieux démons revenaient dans ses rêves, ou plutôt dans ses cauchemars, Morgan se retournait dans son lit, prit dans ses mauvais rêves : un croisement entre Worcester, les Dunes, son frère, Fife et beaucoup de mauvaises choses qui le poursuivaient en rêve. Sa maîtresse à ses côtés, hésitante, finit par tenter de le réveiller en posant sa main sur lui. Ni une ni deux, Morgan sursauta et, plus vif que l'éclair, pointa son pistolet sous le menton de sa belle qu'il cachait sous l'oreiller. Tremblant, les yeux injectés de sang, le Stuart fit peur à voir et la belle retint un cri d'effroi.

« Vous …. vous aviez l'air de faire un cauchemar …. dit-elle, terrifiée avant de poser la main sur l'arme. S'il vous plaît. »

Ayant repris un peu repris ses esprits, Morgan reposa l'arme sur le lit mais son regard noisette semblait perdu. Ce n'était pas la première fois que cela lui arrivait mais le duc de Richmond ne voulait pas en parler, ni en entendre parler. Pourtant, ce n'était pas anodin de pointer son arme sur une de ses maîtresse, presque à en presser la détente ! Mais plutôt que de parler, Morgan se leva, chercha ses vêtements tandis que la maîtresse tentait de le calmer.

« Je m'inquiète pour vous. Nous en avons parlé avec Jane ... »
« Qu … Quoi ? Vous vous parlez et discuté de moi ? »
lâcha Morgan, tendu et surpris que deux de ses maîtresses fassent le brin de causette à son sujet. Vous n'avez pas à parler de moi ! » continua t'il tout en cherchant quelque chose.
« Que cherchez vous dans mes placards ? »
« N'avez vous pas à boire dans vos appartements ? J'ai besoin de me détendre. »
[b] « J'ai une meilleure idée pour vous détendre … et non, je ne suis pas de ces gens qui cachent des bouteilles dans les placards tels des pochtrons … »
elle s'arrêta net.

Elle savait que les derniers mots furent de trop et le regard noir de Morgan le confirma. Excédé, il ramassa sa chemise et sans dire un mot, se dirigea vers la porte. La jeune femme s'enroula dans le drap et courut vers son amant pour l'empêcher de s'en aller.

« Je vous en prie, ne partez pas fâché avec moi. »
« Laissez moi passer. »
« Acceptez mon pardon. »
« Si vous ne me laissez pas sortir, j'aurais une autre véritable raison de me mettre en colère. »


Le ton était froid mais toute son attitude indiquait qu'il se contrôlait pour ne pas hurler. Alors la jeune femme s'écarta et Morgan quitta sa chambre, déambula dans Whitehall jusqu'à ses appartements un peu plus loin. Quelques verres plus tard, on cogna à sa porte. Un page venait lui demander s'il allait à la chasse avec le duc d'York. Il était trop tard pour se recoucher et il n'avait pas encore assez bu pour tituber, une partie de chasse lui ferait le plus grand bien. Avec son cousin, dans la campagne anglaise à l'heure de la rosée, ainsi qu'avec quelques autres courtisans, la chasse faisait du bien, elle aérait l'esprit totalement embuée de Morgan qui rata la biche.

« Quand tu rates, c'est signe que tu as bu, mon cousin. »

Morgan visa une deuxième fois et eut la bête alors qu'elle s'enfuyait.

« Je déteste rester sur un échec. Et je n'ai pas bu. »
« Et comment vas ta belle ? J'ai entendu dire que tu l'avais demandé en mariage. »
« J'ai juste émis l'hypothèse qu'elle pourrait devenir duchesse de Richmond. Rien n'est décidé mais tu seras mis au courant. »
« Avant de passer devant l'autel, viens plutôt ce soir au bal. Il y a certaines qui pourraient te faire changer d'avis. »


Les deux cousins s'échangèrent un sourire entendu. Jacques connaissait les goûts de son cousin et n'hésiterait pas à lui montrer différentes demoiselles. Sans savoir que, ce soir là, Morgan tomberait sous le charme de l'une d'elle …



« Le mariage est un duo ou un duel. »

fin 1661 ▬ Londres

« Qu'avez vous ? Vous semblez tendu. »

Assise sur le lit, ses bras frêles entourant le cou de Morgan, la jeune femme s'inquiétait de voir son amant si pensif. Morgan n'avait pas daigné répondre à ses billets doux ni n'était venu la voir ces dernières semaines, elle avait pris l'initiative de rendre visite à son amant qui n'avait pas voulu la toucher, perdu dans ses pensées. D'ailleurs, il ne lui répondit pas, ne semblant même pas remarquer la présence de la demoiselle, qui s'offusqua et s'assit sur le lit et croisa les bras.

« C'est à cause d'elle. C'est forcément la faute de cette écossaise. »

Morgan tourna la tête pour regarder sa maîtresse, il semblait impassible à sa remarque et haussa les épaules, mais elle avait raison. Le Stuart avait un sacré béguin pour Rebecca of Rosyth et lui faisait la cour assidûment depuis de longs mois. Au départ, il voulait la mettre dans son lit et prenait tout cela comme un jeu, elle s'amusait à lui résister mais céderait tôt ou tard. Mais voilà, Rebecca ne cédait pas malgré les cadeaux, les promenades, les chastes baisers et tout ce que Richmond pouvait lui apporter. Le comble fut quand elle lui annonça qu'elle l'aimait, de façon si sincère qu'il en fut touché. On pouvait penser ce que l'on voulait du cousin du roi d'Angleterre, il cumulait les vices mais il était humain malgré tout, et avait un cœur. Vous pouvez rire, vous moquer, beaucoup en doutait et Morgan n'y avait plus pensé depuis bien longtemps. S'il lui arrivait d'avoir des petits coups de cœur pour les demoiselles, ce n'était pas grand chose, et on ne lui avait jamais dit qu'on l'aimait. Alors quand Rebecca lui avait dit, cela l'avait chamboulé, il se souvenait distinctement de la conversation :

« Non non non ! Comprenez-moi, je suis une femme respectable ! Tous nos petits jeux sont bien amusants mais ils n’iront pas plus loin ! Faites-vous une raison et retournez auprès de votre amante ! »
« Vous êtes adorable lorsque vous êtes jalouse ! »
« Bien sûr que je le suis ! Puisque je vous aime … Enfin … je veux dire … »


Si la surprise s'était lue sur son visage, elle n'était pas feinte. Et il était loin de se douter que tout n'était d'un stratagème de la part de Rebecca ! Cela l'avait changé au niveau du comportement, délaissant progressivement ses maîtresses et même la plus importante d'entre elle : l'alcool. Mais de là à l'épouser … Il avait beau être cousin du roi, on ne le poussait pas vraiment au mariage, il se savait bien mauvais mari d'avance ! Si on lui proposait un bon parti, elle lui plairait quelques temps et il la délaisserait. Alors que s'il choisissait … Mais Morgan ne s'était aventuré qu'une fois à penser union matrimoniale et c'était avec sa maîtresse qui lui parlait sans qu'il écoute le moindre mot.

« M'écoutez vous ? » fit la voix de sa maîtresse.
« Hum ? Pas le moins du monde. »
« Je le savais, cette écossaise vous a véritablement ensorcelée ! Comment allez vous vivre sans elle ? »
« Mais que racontez vous comme sottise encore ? » lâcha sèchement Morgan.
[b] « Votre chère Rosyth s'en va avec la jeune Anne Scott en Ecosse. Vous allez pouvoir vous libérer de ces chaînes et reprendre votre … Mais où allez vous ? »
« Il n'est peut être pas trop tard … »


Morgan se leva et se dirigea vers la porte en saisissant une veste au passage. La maîtresse ne voulut apparemment pas le laisser partir puisqu'elle se plaqua contre la porte.

« Je vous en prie, n'y allez pas. »
« Laissez moi passer, vous savez que je déteste qu'on me barre le passage. »
« Quoi que vous fassiez, vous allez le regretter. »
« On ne donne pas d'ordre à un cousin du roi. Et, pour votre dignité, dégagez vous de cette foutue porte avant que je vous y déloge moi-même. »
« Vous m'aviez promis le mariage ! »
« Je vous en avais simplement parlé ! C'est un sujet qui n'est plus d'actualité car je refuserais d'épouser une femme qui ne sait pas se comporter correctement en société ! »


Lorsqu'il put enfin sortir de ses appartements, Morgan courut dans Whitehall pour tenter de retenir Rebecca. Mais elle n'était déjà plus là, c'est un page qui signala que la comtesse de Rosyth s'apprêtait à partir, que son carrosse était en bas. Et voilà le Stuart se dépêcher avant qu'il ne soit trop tard. Elle ne pouvait pas partir, elle ne pouvait pas le laisser ! Il ne savait pas quoi faire pour la retenir, surtout face à une charge d'Anne Scott mais il improviserait, il trouverait. Elle devait rester ! Rebecca se trouvait encore dans la cour, prête à partir, Morgan l'arrêta, la supplia de rester.

« Dans ma situation Morgan, comment puis-je refuser une telle faveur? »
« Je comprends … Mais vivre sans vous … »
« Vous devez m’oublier, il y a des dizaines de jeunes femmes dignes de votre intérêt ! »
« Si j’y pensais, je n’y pense plus ! Je ne veux que vous ! »


Si cette remarque pouvait prêter à sourire, il était sincère ! Rebecca l'avait complètement envoûtée, il n'avait jamais autant voulu une femme à ses côtés que depuis qu'elle est entrée dans sa vie. Plus tard, il comprendra la manipulation de celle-ci alors que lui était tout à fait honnête. Il n'y avait qu'à voir comment il s'était comporté avec sa maîtresse – qu'il n'avait même pas touché – et la façon dont il réagissait en cet instant. Alors qu'elle lui avait dit adieu et que le carrosse allait partir, il avait bondi tel un diable sur le siège du cocher pour le faire déguerpir, avant de redescendre pour ouvrir la porte.

« Mais que faites-vous ? »
« Je ne veux pas que vous partiez ! »
« Je ne vois hélas pas comment éviter mon départ … »
« Épousez-moi ! »


C'était sorti tout seul. Il n'avait pas prémédité cette demande mais c'était le seul argument qu'il avait pour la retenir, son dernier atout. Voilà Morgan, duc de Richmond, cousin de Charles II, totalement à nu face à une jeune femme qui n'avait fait que feindre l'amour à son égard …

De Morgan of Richmond
A Felipe de Palma
2 janvier 1662

Mon cher ami,

Je tenais vous annoncer moi-même une grande nouvelle ! Me voilà marié ! J'imagine votre visage surpris face à cette nouvelle, croyez le ou non, mais je suis aussi surpris que vous de ce changement de situation. Je vous avais parlé de Rebecca, cette charmante écossaise. La voici désormais duchesse de Richmond, celle qui partagera ma vie. Je ne me sentais pas capable de vivre sans elle, le mariage fut ma dernière chance de la retenir et je fus le plus heureux des hommes qu'elle accepte. Je vous présente toutes mes excuses de ne pas vous avoir invité à la cérémonie mais nous avons tout préparé en vitesse, Rebecca semblait des plus emballée de passer devant l'autel, nous avons eu une cérémonie intime, seulement avec quelques amis et proches. J'espère que vous aurez l'occasion de vous arrêter en Angleterre pour vous présenter, que vous contiez vous-même vos aventures.

Au plaisir de recevoir de vos nouvelles,

Morgan


Ainsi commençait l'aventure matrimoniale pour Morgan. Un conte de fée qui allait rapidement tourner au cauchemar, voire même un véritable naufrage …



« Un enfant est le plus grand cadeau. »
Novembre 1662 ▬ Londres

Pas encore un an de mariage que Morgan était redevenu l'égal de lui-même. Quelle déception de savoir que sa désormais épouse ne voulait en lui que son titre et sa richesse, sa place à la Cour ! Il n'avait pas voulu le croire au départ mais il avait senti cette distance entre eux, qu'elle se crispait quand il posait les mains sur elle, comme s'il pouvait la dégoûter … Il avait recommencé à boire et, comme la débauche engendre la débauche, il était reparti dans les fêtes et les filles à foison. Comme une vengeance, mais aussi une moyen de soigner sa déception, de la noyer en tout cas. Cela ne l'avait pas empêché de mettre son épouse enceinte. Si elle ne voulait l'aimer, qu'elle lui donne une famille ! Morgan ne s'est jamais véritablement préoccupé des enfants auparavant et se moquait de la grossesse de sa femme. Mais toujours pour le tempérer, Charles II avait envoyé son cousin sur les routes et même faire un tour en mer en lui disant que l'air marin le calmerait un peu !

Et aujourd’hui, dans les bras d'une de ses maîtresses, il ne savait pas qu'à cet instant précis, Rebecca allait mettre au monde leur enfant. Il n'était pas rentré de la nuit, ne savait pas vraiment ce qui se passait dans ses appartements, bien qu'il entendait des cris déchirants. Lorsqu'on l'avertit que sa femme accouchait, il ne se pressa pourtant pas le pas, sa maîtresse l'accompagna jusqu'à sa porte et il lui déposa un dernier baiser avant d'avancer vers sa femme. Être père, il ne s'était jamais posé la question des répercussions sur sa vie. Mais lorsqu'il arriva dans la chambre, l'enfant arrivait aussi. Il est difficile de décrire ce que Morgan ressentit à ce moment. Ce fut une véritable claque, mais une claque de bonheur. Cette petite fille était son sang, une partie de lui. Il restait toujours en retrait à admirer la scène mais ce fut une véritable tempête de bonheur dans son cœur. Il ne s'avança enfin que lorsque Rebecca eut la petite dans les bras.

« Puis-je … ? »

Il tendit les bras pour prendre l'enfant, la sage-femme l'aida à bien porter le bébé. Silencieux durant un long moment, Morgan regardait cet enfant, son enfant. Il avait un sourire presque imbécile sur les lèvres. Comment imaginer qu'un si petit être pouvait apporter autant de bonheur ? Il ferait tout pour être un bon père, du moins il l'espérait. En tout cas, il lui apporterait tout l'amour qu'il pouvait donner. Détachant le regard de sa petite fille pour regardant son épouse, il lui fit un sourire sincère et attendri. Sûrement le premier depuis des mois.

« Merci. Merci du fond du cœur. »

Pour une fois qu'il n'y avait aucun reproche ou quoi que ce soit. Morgan avait désormais sa fille comme raison de vivre. Sa petite Roxanne Stuart.



« Tu ne commettras pas l'adultère, à moins d'en avoir envie. »
1664 ▬ Suède & Angleterre

« Vous êtes un excellent danseur, cher duc ! On ne m'avait plus fait danser ainsi depuis mon départ de Suède ! »
« Pas même votre époux ? »
« Disons qu'il danse différemment ! »
« Je prends cela pour un compliment. »


Les deux se mirent à rire. Morgan était en déplacement au Danemark, royaume où il n'avait pas remis les pieds depuis la période de l'exil. Étrangement, l'accueil fut plus chaleureux. Le Stuart fut traité comme son rang l'exigeait et arrivait en grande période de fête alors il en profitait pour s'amuser. Quand on lui annonça qu’Édouard n'était pas là, il en fut bien déçu car il apprécie ce cousin plein de vie et au destin à part, un peu comme lui. Il eut la surprise d'apprendre la mort de Waldemar Christian, ce qui n'était pas une grande perte soit dit en passant … Il eut surtout le bonheur d'avoir en guide de charme la belle Gisela. Ils s'étaient déjà rencontrés quand le Stuart passa par la Suède, à l'époque où la demoiselle n'était pas encore mariée. Aujourd’hui, elle était encore plus jolie, plus enjouée … et plus attirante.

Morgan refréna ses ardeurs dans les premiers jours, il s'agissait d'une princesse de rang, femme de son cousin et future reine du Danemark, autant d'interdit que le sourire de Gisela balayait à chaque fois qu'il tentait de rester dans les rangs. Les deux allaient de bals en discussions, mais aussi de balades en chasse, les deux s'entendaient à merveille. Voilà une femme qu'il aurait préféré épouser, que son acariâtre épouse avec qui il ne cessait de se déchirer. Les reproches étaient toujours les mêmes : aux yeux du Stuart, elle était la vénalité incarnée ; l'écossaise disait à son mari qu'il était la débauche même ! Un véritable dialogue de sourds, un mariage échoué, où le seul bonheur était sa petite Roxanne. Il en serait même jaloux de voir son cousin Édouard aussi heureux en ménage, sa raison l'empêchait de conduire un si joli couple dans la même dérive que la sienne. Et pourtant … En ce soir d'avril, après quelques verres et quelques danses leur faisant tourner la tête, Morgan raccompagna la princesse jusqu'à ses appartements.

« J'ai envie de faire une chose totalement inconsidérée … »

Et Morgan déposa délicatement ses lèvres sur celles de Gisela qui ne le repoussa, elle l'encouragea même en serrant ses bras autour de son cou. Était-ce l'envie ou l'alcool ?

« Restez … » prononça t'elle dans un murmure.

Et voilà comment Morgan et Gisela devinrent amants. Et réitérèrent cela la nuit suivante, après une énième soirée de bal à la Cour du Danemark. Puis Morgan dut repartir pour l'Angleterre. Il ne sut donc pas quand Gisela tomba enceinte exactement, ni même qu'il était le père car quand il appris la naissance de l'enfant, on lui dit qu'il était né avant terme. Il envoya même une lettre de félicitations … sans savoir que si on comptait bien les neuf mois, il était impossible qu’Édouard soit le père. Le petit héritier Oldenbourg était en fait un Stuart …

Et, la même année, à la Cour d'Angleterre.

« Il paraît que votre mari est encore en mer ? »
« Comme toujours, je suis lasse d'un mari absent. »
« Heureusement, il y a ses amis. »
« Surtout vous. Si vous êtes un bien piètre ami pour Seymour, vous êtes une merveilleuse compagnie pour moi. »
« Je viendrais ce soir, sur les coups de minuit. »


Ces derniers mots furent prononcés dans un murmure durant le baise-main. Morgan entretenait une liaison avec la belle Élisabeth de Somerset. Il l'avait aidé, sur demande de sa sœur Catherine, à trouver un mari pour que l'on oublie qu'elle avait été mariée à un cromwellien. Après avoir refusé de jouer les entremetteurs, Morgan avait fini par présenté William Seymour, duc de Somerset, et aussi un ami, à la belle Élisabeth. Par chance, ou malchance pour le mari, Seymour était dans la Royal Navy et passait beaucoup de temps en mer. Morgan avait le loisir d'aller discuter avec la nouvelle duchesse de Somerset, et la trouvait incroyablement belle. De fil en aiguille, ils tombèrent dans les bras l'un de l'autre et devinrent amants. Mais bien loin des maîtresses qu'il avait pu avoir, il revenait voir Élisabeth souvent, comme un besoin. Pour la première fois, il se sentait apaisée dans les bras d'une femme, il était juste Morgan, pas le duc de Richmond ni le cousin du Roi. Elisabeth se donnait corps et âme et, tant pis pour son ami Seymour, mais la belle duchesse le rendait plus humain, moins salaud. Loin du monstre de colère qu'il était face à son épouse aux mains pleines d'or, puisqu'elle ne pensait qu'à cela.

Et ce soir, quittant discrètement ses appartements, il se rendit jusqu'à chez Élisabeth qui l'attendait. L'enserrant dans ses bras, il l'embrassa passionnément. Elle se blottit contre lui.

« Morgan, j'ai quelque chose à vous annoncer … Je suis enceinte. »

Il se recula, la regardant, interdit. Après tout, il y avait deux hommes dans la vie d'Elisabeth et la logique voudrait que le mari soit le père.

« Je suis certaine qu'il est de vous. Cet enfant sera le nôtre. »
« C'est le plus beau cadeau que vous puissiez me faire. »


Et il l'embrassa à nouveau. Un garçon naquit en mars 1665, un beau petit Andrew, nom que Morgan avait suggéré à Élisabeth. Cette naissance provoqua autant de bonheur que de tumultes. Rebecca, lassée d'être trompée, lui avait fait une scène monstrueuse. Les noms d'oiseaux avaient volé, elle ne voulait pas qu'il parte sans avoir fini cette dispute. Quelle était cette manie des femmes de se plaquer contre les portes pour empêcher l'homme de passer ! Comme si cela allait le retenir ! Elle fut plus garce que jamais, crachant au visage de Morgan qu'elle l'avait trompée. L'avait-elle fait ? Là n'était pas la question, il haïssait sa femme et il serait bien heureux qu'elle attrape une de ces maladies d'adultère et qu'elle en crève ! Elle avait voulu duchesse de Richmond, elle l'était et puisqu'elle ne voulait aimer son mari, il faisait de sa vie un enfer ! Et quand elle parlait qu'elle ne l'avait jamais aimé, Rebecca enfonçait une nouvelle fois un poignard dans le cœur de Morgan qui se sentait chaque jour plus stupide de n'avoir rien vu à son petit manège. Elle l'avait manipulée, lui avait retourné la tête pour avoir la bague au doigt, pour accéder aux sommets de l’État en se mariant avec le cousin du Roi ! Dans le couple, si Morgan était loin d'être un saint dans sa débauche et son alcoolisme, Rebecca était bien loin d'être la petite sainte que certains s'obstinaient à protéger. Elle n'était pas une victime ! Et Morgan n'était pas le grand méchant loup de l'histoire ! Qu'on ne lui mette pas tout sur le dos … Quant au mari trompé, William Seymour, il s'était fait une joie de mettre une bonne droite dans le visage de Richmond. Cela n'avait pas empêché Morgan de reconnaître l'enfant. Mais se faire un ennemi marin alors qu'une guerre maritime s'engageait, cela n'était pas bon …



« Même la guerre est quotidienne. »
1665 ▬ Bataille de Lowestoft & Londres

On dit que l'air de la mer pouvait redonner des forces. On disait aussi que la guerre le meilleur sport au monde. Alors que pouvait bien donner une guerre en mer ? En avril 1665, l'Angleterre et les Provinces Unies se faisaient une guerre maritime sans merci, dont la bataille de Lowestoft où Morgan, sous les ordres du vice-amiral Dawson à bord du HMS Charles. Il y eut aussi de lourdes défaites mais comme celle de Vågen. Loin de la Cour, Morgan n'avait que des nouvelles d'Elisabeth, et elles étaient rares car Seymour interceptait le courrier. Puis ce n'était pas Rebecca qui allait prendre la plume. Il ne l'avait pas revu depuis leur dispute à la naissance d'Andrew. Ce jour là, il avait frappé sa fille et s'en était voulu immédiatement. Il était parti dans la maison où vivait sa mère et son frère, toujours caché du monde. Dans cette maison, il redevenait un garçon sage, un brin mélancolique et passait ses journées à parler à son frère. Jamais il n'avait emmené son épouse dans cette maison, mais sa fille oui. Son fils aussi. D'eux, il avait quelques nouvelles aussi. Mais un pli changea son humeur lorsqu'il reconnut l'écriture de son vieil ami Grey, Brandon of Kent durant l'automne 1665

Mon ami,

Je tiens à vous donner de mes nouvelles depuis la France où je suis parti. Je ne vous savais pas le pied marin, vous ne cesserez de m'étonner au fil des années ! Mais la guerre a au moins le bonheur de vous éloigner de la peste londonienne, en espérant que Dieu préserve notre Roi.

Mais si je vous écris en ce jour est pour vous annoncer une nouvelle. Votre épouse Rebecca se trouve à la Cour de France, je l'ai aperçu voilà quelques jours et elle semblait couler des jours heureux, loin de vous. Personne ici ne semble être au courant de sa fuite, beaucoup pensent qu'elle fait une simple visite de courtoisie à la putain qui me servit de belle-sœur, Whitney of Dover. Je ne serais donc pas surpris si vous vous rendez en sol français, malgré les tensions.

Amicalement,
Brandon


Ainsi donc, elle était en France ! Elle avait fui comme une lâche, il l'avait appris par des lettres de sa famille. Qu'elle parte, qu'elle aille au diable ! Mais elle avait emmené leur fille ! Ça non, il était hors de question de laisser ce genre de crime impuni. Mais il ne pouvait rentrer, la guerre faisait rage en mer mais la trêve hivernal lui permis de rentrer sur Londres où l'épidémie de peste avait fait des ravages, la famille royale avait été obligé de s'exiler à Salisbury. Morgan avait demandé à parler à son cousin le roi.

« Je demande votre autorisation, Sire, de me rendre en France pour ramener mon épouse, et ma fille, sur les terres anglaises qu'elle n'aurait jamais du quitter. »
« Naturellement Richmond. Et vous en profiterez pour tenter de rallier la France à notre cause dans cette guerre maritime, autant que nous leur apporterons le notre contre le Saint-Empire, étant donné les relations entre ces deux royaumes voisins. »


Début 1666, Morgan partit donc vers la France et plus précisément vers ce fameux château de Versailles dont on vantait la beauté. En poche, plusieurs lettres : certaines lui étaient destinés, dont une faisant office d'une mission, il jouerait le nouveau contact de Megan Campbell, une vieille amie à lui. D'ailleurs, certains plis lui étaient destinés. Voguant vers la France, Morgan était bien décidé à ramener son épouse en prison et la faire enfermer dans un couvent ou n'importe où pour le restant de ses jours …




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MessageSujet: Re: RICHMOND ϟ Un anglais à deux visages   29.02.12 2:26


BIOGRAPHIE

VERSAILLAISE

_________________________________________________

CHAPTER FOUR
Les années Versailles
1666 - …


« Ce qu’il y a de plus beau à Paris, c’est Versailles. »

« Et n'oubliez pas Richmond, pas de coup bas ! »
« Voyons mon ami, nous sommes des gentilshommes … Oh, mademoiselle d'Argourges ! »


Les deux hommes firent une belle révérence à la jeune femme et lui offrirent leurs plus beaux sourires. L'anglais et l'espagnol s'étaient bien trouvés à Versailles, ils avaient la meme vie. Tous deux bons partis, ils ont fait l'erreur d'épouser une femme vénale et sans cœur qui leur faisait vivre un enfer. Alors pour compenser, ils allaient courir les demoiselles et faire la fête ensemble. Deux bons amis en somme. Mais lorsqu'Aline d'Argouges, cette jolie colombe, avait fait son apparition voilà quelques semaines, chacun la voulait. Les deux coqs ne voulaient pas s'enguirlander pour jeune femme, ils ont décidé … d'un pari ! Le premier qui la mettait dans son lit avait gagné. Chacun devait montrer ses atouts, se mettre en avant et tacler son ennemi, mais tout en restant dans les règles du jeu.

« Et qu'avez vous à me raconter aujourd’hui, messieurs ? »
« Connaissez vous la bataille de Worcester, mademoiselle ? »
« Et voilà qu'il nous ressort sa bataille. Voyons, Richmond, choisissez une victoire ! »
« Mais l'on peut être brave dans une défaite. Les plus beaux faits d'armes s'inscrivent dans les pires instants. »
« En plus d'être militaire, vous voici philosophe, monsieur le duc. »
« Voyez vous, mademoiselle, je n'avais que seize ans lors de cette bataille … »


Et le voilà encore à raconter la bataille de Worcester. Il préférait parler de cette bataille que celle des Dunes. Mais ce fut Paolo qui mit celle-ci sur le tapis.

« Richmond n'est pas le seul à s'être illustré à la guerre. Je combattis à la bataille des Dunes. »
« Ah non, pas les Dunes, ne vous ridiculisez pas mon ami. Vous étiez sous les ordres d'un imbécile et vous vous êtes blessé ! »
« Une blessure de guerre. »
« Il s'est pris les pieds dans le sable mouillé. »
« Richmond, vil menteur ! »


Morgan se mit à rire accompagné de la jolie Aline. Et il suffisait que l'un des deux s'éclipse un instant pour que l'autre en profite. Aujourd’hui, l'anglais marquait un point car la diabolique épouse de Paolo fit son entrée dans la pièce. Richmond invita donc la jeune femme à danser, ne cessant de faire des compliments et de la charmer. Mais elle n'était pas la seule. Il y avait aussi cette française, Andréa de Bellevue, qui l'envoyait sur les roses. Mais si sa voix disait non, son sourire semblait dire oui. Voici un autre défi pour l'anglais, sans savoir qu'il aurait un autre espagnol, Felipe cette fois, dans la compétition ! Sans oublier la jolie Elisabeth qu'il n'avait jamais oublié ...

Une autre femme était dans la vie de l'anglais. Elle s'appelait Elsa, elle était la duchesse-héritière du Luxembourg, de famille Habsbourg et surtout, elle était terriblement belle ! Mais diablement inaccessible, jamais elle n'a voulu céder aux avances de Morgan. Il en était fou, elle avait une classe folle et elle avait ce côté beauté froide qui attirait le duc. Et s'il ne pouvait la toucher, ils passaient leurs heures à discuter, elle avait un esprit qu'il n'avait jamais vu chez une autre femme. Elsa gouverne son esprit, l'éclaire dans ses décisions et l'influence, du moins elle essaye en tout point. Il aime l'inviter dans les soirées mondaines et personne ne semble choqué de voir ces deux là ensemble, voir Morgan caresser la main de la Habsbourg et la dévorer des yeux. Mais lorsqu'il tentait d'aller plus loin, elle s'échappait.

« Je vous l'ai dit, monsieur. La porte de ma chambre passe par la chapelle. »

En entendant cette phrase la première fois, Morgan était parti en claquant la porte, refusant de se faire avoir encore une fois ! Mais il était revenu à la charge, toujours à espérer qu'elle céderait mais elle était coriace ! Et quoi de mieux qu'un cousin pour y voir plus clair. La réponse de Charles II ne se fit pas tarder.

Mon cousin,

Voilà bien un projet épineux. L'alliance d'un Stuart et d'une Habsbourg ne serait que profitable pour nos royaumes, surtout pour le notre, je ne vous le cache pas. Et l'on me dit beaucoup de compliments sur la luxembourgeoise.

Mais je tiens à vous rappeler un détail de taille : étant donné votre mode de vie, je doute que l'Empereur puisse apprécier que la future duchesse du Luxembourg soit cocue à travers l'Europe par le cousin du roi d'Angleterre. Réfléchissez avant de vous emballer à nouveau. On sait tous ce qui s'est passé la première fois.

Charles II


Ah, Versailles ! Morgan Stuart s'y sentait comme chez lui, tout n'était que luxe et magnificence, fêtes et jolies filles ! Il lui arrivait parfois d'arriver à oublier ses véritables missions en France. Heureusement que son amie Megan le rappelait à l'ordre, mais Rebecca était introuvable, à croire qu'elle se terrait dans un trou en attendant le départ de son mari en colère. Mais il l'aurait, il avait des alliés de choc : Megan of Scotland et Brandon of Kent, deux amis et compatriotes. A eux trois, ils allaient la voir et Morgan l'expédierait manu militari dans un cloître ! Et bien sûr s'empresserait d'annuler son mariage, coûte que coûte ! Cela le rongeait, il lui arrivait de boire jusqu'à oublier sa nuit et continuer de courir les filles comme on court après la vie ! Mais attention à rester lucide, Ulrich est aussi à Versailles …



« Celui qui boit perd au jeu. »

« Vous avez une sacrée descente, Richmond ! »
« Je bois, pour oublier ! »
« Que voulez vous oublier ? »
« Beaucoup de choses mais surtout une sorcière ! »


Dans une taverne, trois grands hommes, le verre à la main, passaient une soirée arrosée. Mais pas n'importe qui : Aymeric de Froulay, Louis de Mortemart et Morgan of Richmond. Heureusement qu'il y avait les amis ! Entre ces deux là et les retrouvailles avec son ami Felipe, Morgan se sentait bien entouré ! Ils étaient bien éméchés et le nombre de verres ingurgités n'aidaient pas dans les conversations. Alors quand on lance Morgan saoul sur son épouse, il pouvait se montrer colérique. Jetant violemment son verre sur la table, le Stuart se lâcha.

« Cette garce m'a menti ! Elle m'a parlée d'amour, m'a dit qu'elle m'aimait ! Elle a joué la comédie pour que je l'épouse ! Enfin pour que le duc de Richmond l'épouse ! Elle ne me voulait pas ! Cette sorcière voulait mon argent et faire partie de la famille royale ! »
« Mais … Richmond, vous n'êtes pas un saint ! »
« Là est la différence entre elle et moi. Je n'ai jamais prétendu être un autre ! Rebecca connaissait mes travers, mes vices et mes penchants ! Moi j'ai épousé une parfaite inconnue … Une fausse colombe, une véritable madame Lucifer ! »


Il se rassit sur sa chaise, reprit son verre pour le remplir et boire à nouveau. Après s'être lâché, il pouvait passer à autre chose.

« Le plus chanceux d'entre nous, c'est Vivonne ! »
« Oui ! A Vivonne … Ah bah il dort ! »


Froulay et Richmond firent tinter leurs coupes et burent tandis que leur ami en commun dormait sur la table.

Ainsi allait la vie d'un Stuart à Versailles. Chaque jour était différent, tantôt festif, tantôt sombre, avec ou sans femme, avec ou sans alcool, mais toujours dans la fierté de son royaume et de son Roi !




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MessageSujet: Re: RICHMOND ϟ Un anglais à deux visages   01.03.12 0:14

J'ai fini Heuuu

Merci à toutes les personnes pour leur aide et leurs idées **

Ce n'est plus une fiche mais un roman, mais Morgan méritait bien cela !

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Côté Coeur: Il baigne dans la colère et la frustration maternelle mais puisqu'il ne s'est pas laissé abattre, il continue de battre.
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MessageSujet: Re: RICHMOND ϟ Un anglais à deux visages   01.03.12 0:56

TU ES VALIDE !
BIENVENUE A VERSAILLES

Dis moi que tu as pas fait 30 pages comme moi ? Razz A croire que pour les Richmond, ils méritent pas moins qu'un roman ! Bref euh que dire à part ça ? Becky te veut pas, elle a le droit de passer admin juste 5 minutes ? * SBAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAF ! * Bon d'accord j'arrête de dire des conneries ! Encore une fois une fiche digne de toi chère inconnue qui ne l'est plus pour moi ! Razz Mais je laisse encore le suspense pour certains qui auraient pas encore deviné ! Sinon, chouuuuuette t'as changé de visage, finalement tu veux vraiment plus de Becky, car Bloom est vraiment pas mal ! * SBAAAAAAAAAAAAAAAAF * Razz Allez j'arrête de blablater une bonne fois pour toutes et te souhaite la bienvenue parmi nous pour la ... euh ... je sais plus ... ènième fois on va dire, ça ira plus vite. Tu connais le chemin pour intégrer au mieux la maison ! BON JEU PARMI NOUS ! cheers
PENSE PAS BÊTE ; Qui est qui ? Petit topo des personnages sur le forum.Fiches de liensFiche de rpsDemandes de rangs et de logementsProposer un scénario.




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" Je vois en toi quelque chose qui offense le vulgaire. L'envie et la calomnie te poursuivront. Alors dans ce désert égoïste qu'est la vie, ne pense plus qu'à toi. "

Le rouge et le noir
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MessageSujet: Re: RICHMOND ϟ Un anglais à deux visages   01.03.12 9:10

Non je n'ai pas intentionnellement changé de compte pour venir te souhaiter ... une ÉNIÈME BIENVENUE, comme le dit bien Lisa What a Face
Bref... bah du coup, bienvenue, cher anglais-qui-a-couché-avec-ma-femme-et-fait-un-gosse-à-ma-soeur-non-sans-m'avoir-insulté What a Face Evil or Very Mad

Comme j'ai hâte de te rencontrer en rp What a Face
Bon, Aymeric est content pour de vrai, si ça peut te rassurer *sbaf* Superbe fiche, comme toujours **


cheers
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Côté Coeur: Après mon pays et un souverain, vient le visage d'un français un peu trop maniaque.
Côté Lit: Après le passage d'un souverain, je suis devenue bien difficile. N'espérez rien de ce côté!
Discours royal:



    Caledonia you're calling me
    And now I'm going home


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MessageSujet: Re: RICHMOND ϟ Un anglais à deux visages   01.03.12 9:49

Mon coupain Amour

Bienvenue à Versailles, monsieur-qui-change-toujours-de-tête!! Razz
*va encore devoir mettre sa fiche de liens à jour*

Super fiche, superbe fin, même si je savais pas que Vivonne s'endormait dans les tavernes PTDR

Bref, hâte de vous revoir à Paris cher Stuart What a Face A nous deux nous vaincrons la sorcière What a Face

______________________


«


scottish girl:
 
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MessageSujet: Re: RICHMOND ϟ Un anglais à deux visages   01.03.12 12:03

Bon je suis venue avec Racine, il est neutre, lui Razz

Rah, cette fiche est vraiment très réussie ** , tu vas bien t'amuser avec ce Morgan, il est très sympathique Razz . Et franchement, tu aurais pu prendre un autre acteur qu'Orlando, je vais avoir des remords à essayer de le tuer PTDR

Re-bienvenue à toi cheers Et au plaisir de te détester/chercher à t'assassiner What a Face
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MessageSujet: Re: RICHMOND ϟ Un anglais à deux visages   01.03.12 12:25

hiii je surveillais ta fiche depuis que tu avais ouvert ce poste.

Je suis ravie que Richmond soit des nôtres.

Je pense qu'on va pouvoir faire des choses assez drôle entre Rebecca, toi et moi (sans oublier Megan, Aymeric, qu'Alaina compte parmi ses liens)

de croustillants rp en perspective

bref, bienvenue !
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MessageSujet: Re: RICHMOND ϟ Un anglais à deux visages   01.03.12 12:58



Rebienvenue Razz


très très jolie fiche drunken
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« s i . v e r s a i l l e s »
Côté Coeur: Cela peut vous paraître étrange mais j'en ai un. Il est bien caché, je le réserve à qui m'aimera vraiment. Et pour mes enfants.
Côté Lit: Vous voulez une liste ? Ce sera même un recueil !
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MessageSujet: Re: RICHMOND ϟ Un anglais à deux visages   01.03.12 13:01

Merci merci Fleurs

Lisa ► une fiche de 36 pages Razz Pas ma faute si l'exil de Charles II est digne d'un roman à lui tout seul Razz Ah, et pour que Morgan reprenne Rebecca, il le fera ... et la jettera dans un cloître. Imbécile une fois mais pas deux Razz

Han mon beau-frère-que-je-sais-pas-encore-qu'il-est-le-frère-de-ma-maîtresse What a Face Non, j'ai pas peur ... content de vous revoir *fuit* Help

Pour Vivonne à la taverne, on avait cette image en tête PTDR Promis on sera crédible après PTDR

Merci à vous pour les compliments, je suis fière de mon petit anglais ** Et qui vous promet des rp rocambolesques Razz

______________________

I've lost a lot a in this game. Another everyday face with no name, I'm not selling misery, so would you stay around with me. I know that you are afraid, the traces of war linger on my face but I'm not selling misery, maybe some day I'll feel home again.


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« s i . v e r s a i l l e s »
Côté Coeur: Ce n'est pas l'amour, mais l'amitié qui le déchire.
Côté Lit: Souvent vide. Les exigences du métier...
Discours royal:



    Bouffon, donc...
    Intouchable.


Âge : 36 ans
Titre : Fou du Roi, seigneur de la Boissière, baron d'Anglerays.
Missives : 1835
Date d'inscription : 24/08/2011


MessageSujet: Re: RICHMOND ϟ Un anglais à deux visages   01.03.12 13:46

J'ai hésité à venir dire bonjour avec Helle, mais elle aurait probablement essayé de t'empoisonner, et Léandre n'est définitivement pas bavard, tu vas devoir te contenter de ton allié anti-Sola / futur amoureux de ta femme PTDR Avoue t'es contente PTDR

Bref, encore une fois, bieeeeeeeeeeeeeeeeeeeeenvenue parmi nous, ravie de voir la bobine de Bloom avec ou sans brushing, amuse-toi bien avec ce nouveau perso' qui promet d'en voir des vertes et des pas mûres What a Face Je sens que ça va devenir bigrement intéressant dans le coin ! HAVE FUUUN ! I love you

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Bouffon !

Que d'éternelles et incurables douleurs dans la gaieté d'un bouffon! Quel lugubre métier que le rire!


© belzébuth

Spoiler:
 
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Côté Coeur: Cela peut vous paraître étrange mais j'en ai un. Il est bien caché, je le réserve à qui m'aimera vraiment. Et pour mes enfants.
Côté Lit: Vous voulez une liste ? Ce sera même un recueil !
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show me your dark side

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MessageSujet: Re: RICHMOND ϟ Un anglais à deux visages   01.03.12 20:16

Oui je suis contente quand même PTDR je prends juste la partie allié anti-Sola, beaucoup plus sympathique ! PTDR
J'ai promis de sortir le brushing de temps en temps, promis Razz

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MessageSujet: Re: RICHMOND ϟ Un anglais à deux visages   Aujourd'hui à 15:18

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