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 ‘And thy secret shall I have, if thou dare to save thy life’ (Helle)

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Frances Cromwell

« s i . v e r s a i l l e s »
Côté Coeur: Certes, mon époux y occupe une place, mais le reste est tout entier dévoué à ma vengeance.
Côté Lit: Personne, hormis mon époux, à l'occasion, en Angleterre. Mais comme je suis en France à présent...
Discours royal:



La B e l l e D a m e sans Merci

Âge : 28 ans
Titre : Comtesse de Longford
Missives : 716
Date d'inscription : 06/06/2008


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MessageSujet: ‘And thy secret shall I have, if thou dare to save thy life’ (Helle)   ‘And thy secret shall I have, if thou dare to save thy life’ (Helle) Icon_minitime11.02.12 15:33

‘And thy secret shall I have, if thou dare to save thy life’ (Helle) Scaled.php?server=193&filename=icne1 ‘And thy secret shall I have, if thou dare to save thy life’ (Helle) Scaled.php?server=580&filename=icne2
‘My tongue should stumble in mine earnest words;
Mine eyes should sparkle like the beaten flint;
Mine hair be fixed on end, as one distract;
Ay, every joint should seem to curse and ban:
And even now my burthen'd heart would break,
Should I not curse them. Poison be their drink!’

Henry VI Part 2,William Shakespeare



Le claquement sec d’un éventail que l’on replie. Les tressautements du carrosse sur les pavés. Le froissement d’une robe et la clarté de la lune argentée. A l’heure où se réunissaient sorcières et démons, deux jeunes femmes se faisaient conduire à une réception qui ne comptait pas moins de diables que l’enfer de Milton renfermait. Il y aurait là tout le beau monde que la petite cour d’un comte anglais en visite de l’autre côté de la Manche pouvait abriter. Quelques parlementaires, deux ou trois marquis avec leurs épouses, plusieurs comtes aux revenus modestes qui espéraient ce soir augmenter leurs gages en jouant aux cartes, quelques élégantes dissimulées derrières leurs éventails. Tous, sans exception, portaient un masque. Leur hôte, le comte de Worton, avait en effet décrété qu’il transposerait le temps d’une soirée cette coutume du masque qu’il avait pu apprécier au cours d’un bal organisé par Charles II. Trop heureux en cet instant de pouvoir compter autour de lui quelques amis et autres curieux dissimulés sous un masque, il en était même venu à apprécier ce clinquant grotesque qui faisait briller momentanément ses salons aux sinistres boiseries datant d’une autre époque que la sienne. Et bien évidemment, il se trouvait à mille lieues de se douter de l’arrivée imminente de deux invitées qu’il n’oublierait pourtant point de sitôt.

Justement, le carrosse qui devait amener les deux retardataires s’approchait des abords du manoir de ce petit nobliau britannique en brinquebalant sur les pavés. A l’intérieur se trouvait Helle de Sola et son amie Frances Cromwell, ou plutôt Lucy of Longford, obscure petite comtesse irlandaise. Toutes les deux étaient élégamment parées et masquées, si bien que l’observateur discret n’aurait vu là que deux jeunes femmes venues passer la soirée chez un ami. Mais il n’en était rien, comme le prouvait la lueur étrange qui brillait dans les yeux de Frances à mesure que le carrosse approchait de son point d’arrivée. Elle n’avait presque pas parlé de tout le trajet, ouvrant simplement la bouche pour délivrer en anglais des instructions à son cocher, ou échanger quelques mots avec son amie. Non point qu’elle se trouvait fâchée, mais l’excitation du moment transparaissait plus dans ses actes que dans ses paroles. Elle fixait tantôt ses mains, vérifiant que les petites aiguilles métalliques recouvertes de poison se trouvaient bien dissimulées sous l’amas de perles à son poignet, tantôt le paysage extérieur en fronçant les sourcils, comme si elle essayait d’apercevoir les rondes des fées aux pieds des arbres. A un moment, la vue se dégagea et Frances put apercevoir la lune, ronde, lumineuse et aussi pâle que la peau d’un cadavre.

‘This night methinks is but the daylight sick. It looks a little paler…’ murmura-t-elle sans vraiment se rendre compte qu’elle citait Shakespeare. C’en était presque une habitude ces temps-ci, bien que le cynisme de Marlowe eut été parfois plus approprié. Frances replaça distraitement quelques perles qui descendaient le long de ses innocentes boucles blondes et lorsqu’elle reparut à la fenêtre du carrosse, ce fut pour apercevoir le manoir de cette crapule qu’elle comptait faire parler avec l’aide de son amie. Déjà, les rires des courtisans parvenaient à ses oreilles dans une cacophonie détestable. Des noms de poisons défilèrent devant ses yeux tandis que l’idée d’un empoisonnement collectif s’attarda furtivement dans son esprit, bien vite balayée par celle de son objectif de la soirée : obtenir le renseignement qu’elle voulait, à savoir si oui ou non le Duc d’York, frère cadet de Charles II, allait se rendre en France prochainement. Frances avait entendue cette folle rumeur à Versailles, en épiant la conversation de deux courtisanes anglaises qui passait en revue les derniers potins de la cour d’Angleterre, et si cette extravagance du Duc d’York était vraie, alors cela aurait pu s’avérer d’un intérêt certain pour l’empoisonneuse qu’elle était. Assassiner le frère du roi qu’elle haïssait, quelle merveilleuse idée de vengeance ! Mais la rumeur pouvait aussi s’avérer fausse, et plutôt que de fonder de faux espoirs, Frances avait préféré vérifier auprès de ce misérable comte arrivé d’Angleterre depuis peu. Un modeste parlementaire n’allait sûrement point lui mentir, surtout si sa propre vie se trouvait menacée.

Mais tandis que Frances ressassait ces dernières pensées, le carrosse s’était arrêté près des marches de l’escalier qui conduisait à l’entrée du manoir. Sans un mot, elle réajusta son loup de velours noir, descendit après que son valet lui eut ouvert la porte et se tourna vers son amie tandis que cette dernière s’extirpait à son tour du carrosse. ‘Etes-vous certaine de vouloir m’accompagner ?’ demanda-t-elle. ‘Si vous refusez, je ne vous en voudrais point…’ Mais au fond d’elle, une petite voix lui affirmait que Helle ne dirait pas non. Peut-être était-ce la folie de l’entreprise, l’esprit d’aventure ou la simple excitation de pouvoir posséder un instant tout contrôle sur la vie d’un homme, de décider s’il allait vivre ou mourir, qui poussait Helle à s’allier à Frances. Cette dernière lui avait servi de mentor dans l’apprentissage de la fabrication de potions et avait décelé chez son élève des talents de guérisseuse, talents qu’elle-même ne possédait point. Frances Cromwell séduisait et empoisonnait ceux qui avaient participés à la déchéance de sa famille en œuvrant pour la renaissance de ce traître de Stuart, mais jamais ne soignait. Ce don là n’était point le sien, mais celui de son amie, une amie qui avait pourtant décidé de se tourner vers les poisons et la mort et qui, ce soir-là, avait accepté de la suivre et de l’aider dans cet ignoble chantage d’un misérable petit nobliau anglais…

Spoiler:
 

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MessageSujet: Re: ‘And thy secret shall I have, if thou dare to save thy life’ (Helle)   ‘And thy secret shall I have, if thou dare to save thy life’ (Helle) Icon_minitime24.02.12 18:18

‘And thy secret shall I have, if thou dare to save thy life’ (Helle) 263dno7 && ‘And thy secret shall I have, if thou dare to save thy life’ (Helle) Zl4qxd

Un coude posée sur le rebord de la fenêtre du carrosse, le menton négligemment posé dans la main, Helle laissait son regard glisser sur le paysage qui défilait sans jamais se fixer sur un point particulier, si bien qu’elle avait l’air de ne regarder qu’une ombre fantomatique qui cheminerait à leur côté comme un avertissement quant à ce qu’elles projetaient de faire ce soir-là. La nuit était dégagée, la lune claire, et le silence au dehors était seulement dérangé par le cahotage des sabots sur la route. Une nuit très calme, tranquille, presque réconfortante. Drôle de pensée quand on savait ce qui se tramait dans l’esprit des deux jeunes femmes et la tournure qu’allaient prendre les évènements en ce soir de fête. Fête qui allait rapidement tourner à la farce et même à la tragédie si elles s’en donnaient les moyens… Mais si Lucy avait demandé son aide à Helle, c’était justement pour éviter une tragédie qui aurait beaucoup ressemblé à celle de Hamlet. L’empoisonneuse et la guérisseuse. Quelle meilleure combinaison pour un chantage, dites-moi un peu ? Dissimulés dans une poche secrète cousue par ses soins sur sa robe, les produits qui serviraient à une éventuelle guérison étaient bien à l’abri et prêts à l’emploi… Si leur homme acceptait de se montrer coopératif. Helle n’éprouvait pas de plaisir particulier à imaginer la mort d’un homme et à choisir préfèrerait de loin qu’il fasse ce que son amie lui demanderait afin qu’elles puissent lui laisser la vie sauve. Mais sans connaître les motifs réels de la comtesse de Longford pour organiser un tel chantage, elle lui avait laissé à penser que c’était là une affaire de famille et qu’un gentilhomme là-haut avait quelque chose à se reprocher… Voilà qui avait suffi à convaincre la danoise. Ne nourrissait-elle pas elle-même une rancune tenace envers la famille royale du Danemark ? Même sans avoir les détails de l’affaire elle ne pouvait que se sentir solidaire, et puis elle et Lucy s’entendaient à merveille même si leurs rapports étaient encore distants. Combinez une sombre affaire familiale et une certaine amitié, et vous pouvez être à peu près certains de pouvoir rallier Helle de Sola à votre cause. Sans compter que l’aventure en elle-même ne manquait pas d’attraits.

‘This night methinks is but the daylight sick. It looks a little paler…’

Les yeux bleu sombre de la danoise dévièrent vers son amie dont la voix basse et délicate venait de citer Shakespeare de manière tellement appropriée que cela en fit sourire Helle. Si bien qu’elle ne put s’empêcher de compléter le vers dans son anglais teinté d’accent nordique si particulier :

« ‘Tis a day, such as a day is, when the sun is hid…’ » murmura-t-elle en souriant, non moins énigmatique que sa camarade.

Du regard elle détailla Lucy of Longford qui semblait absorbée dans ses pensées. Âgée de deux ans de plus qu’elle, elles étaient si semblables physiquement qu’on aurait pu les prendre pour des sœurs. Cependant l’observateur attentif pouvait noter la froideur de Lucy dont Helle était dépourvue, la dureté de son regard couleur glacier, plus bleu et plus clair que le sien, ce flegme tout anglais dont elle savait user mais derrière lequel on devinait une flamme dévorante, inqualifiable mais pourtant bien perceptible et qui avait fasciné Helle dès leur première rencontre. Cette femme l’intriguait au plus haut point, elle ne le cachait pas, tout en l’appréciant. Après tout, n’avait-elle pas accepté de lui enseigner les secrets de fabrication de nombreux poisons et potions dans le plus grand secret ? Les deux femmes étaient liées par un pacte que pour rien au monde la danoise ne voudrait briser. Lucy avait l’air de l’avoir compris ; et elle avait bien raison. Après avoir été élève et professeur, voilà qu’elles s’associaient dans un dessein plus sombre, plus dangereux, mais ô combien troublant et fascinant… Malgré tous les risques qu’il représentait.

Le carrosse s’immobilisa devant la villa qui serait ce soir le théâtre d’évènements bien étranges, et Lucy se tourna vers elle.

‘Etes-vous certaine de vouloir m’accompagner ? Si vous refusez, je ne vous en voudrais point…’

Les yeux sombres de Helle brillèrent dans l’obscurité malgré le loup vénitien qui masquait une partie de son visage et donc une partie de la visibilité de ses émotions. Si elle en était certaine ? Et plutôt deux fois qu’une ! Maintenant qu’elle y était, faire demi-tour serait de la dernière des stupidités… Et n’avait-elle pas promis à son amie de l’accompagner jusqu’au bout ? Helle était peut-être une femme, mais elle n’avait pas moins le sens de l’honneur et l’attachement aux serments qu’un homme ! C’est pourquoi avec un charmant sourire elle prit son alliée par le bras pour l’entraîner vers l’escalier qui menait à l’imposante villa.

«Consummatum est. This bill is ended, and Faustus has bequeathed his soul to Lucifer…’ » chuchota-t-elle en citant cette fois Marlowe qui, elle le savait, était cher au cœur de Lucy peut-être plus encore qu’au sien. « Puisque nous avons commencé ma chère, terminons l’affaire. Entrons ! »

Ceci étant dit, les deux jeunes femmes masquées pénétrèrent la demeure où se trouvait leur future victime. Elles furent immédiatement happées par l’atmosphère festive des lieux, les rires plus ou moins enivrés des convives, la musique de l’orchestre dont elles distinguaient les instruments au fond, la chaleur de la pièce due aux danseurs qui valsaient sans fin au centre. Un bal masqué comme on en trouvait tant ailleurs, en somme. A la différence que ce soir-là, deux petites souris allaient venir perturber quelque peu le cours des évènements pour leur hôte qui ne se doutait même de leur présence en sa demeure. L’espace d’un instant elle se sentit comme Roméo ou Benvolio en s’introduisant incognito chez les Capulet avant de rencontrer Juliette… Sauf qu’en fait de Juliette, c’était bien un Claudius à qui elles rendaient visite ce soir-là. Comme quoi, sur le grand théâtre du monde les pièces et les personnages pouvaient se croiser sans complexe !
Helle laissa son regard errer sur l’assemblée avec un sourire au coin des lèvres. Maintenant qu’elles étaient sur place, il s’agissait d’identifier leur hôte sous cette assemblée de masques, l’isoler et enfin… Faire ce qu’elles avaient à faire. N’ayant jamais vu le comte de Worton que Lucy of Longford avait pris pour cible, Helle s’en remettait à elle pour le trouver et le lui signaler. Ensuite il faudrait s’assurer qu’il se retrouve seul avec Lucy, pendant qu’elle-même s’arrangerait pour que personne ne vienne les déranger. Et au moment crucial, elle la rejoindrait pour le grand final… Ma foi, pour deux innocentes jeunes femmes, leur tour était plutôt bien orchestré.
Devinant l’excitation qui couvait sous le masque de Lucy, Helle attrapa deux coupes de vin et lui en tendit une. Autant se mêler au reste de la foule comme de vrais petits caméléons, songeait-elle en lui portant un toast discret.

« Alors comtesse ? La suite des évènements repose sur vous désormais… Voyez-vous notre hôte bien aimé parmi tous ces gens ? » lui demanda-t-elle ensuite à mi-voix.

The game was on…
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Frances Cromwell

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MessageSujet: Re: ‘And thy secret shall I have, if thou dare to save thy life’ (Helle)   ‘And thy secret shall I have, if thou dare to save thy life’ (Helle) Icon_minitime03.04.12 23:50

Le cœur de Frances battait à vive allure, mais l’expression de son visage ne laissait pourtant rien transparaître de ce trouble. Après plusieurs années passées à mentir et à tromper pour préserver son identité, ce nom à bannir des conversations et des poèmes, il lui était devenu facile de porter le masque de la dissimulation, au sens propre comme au figuré, puisque Worton lui-même avait demandé à ses invités de venir masqués. S’il savait… Frances en avait la conviction : il n’oublierait pas cette soirée ! Elle non plus d’ailleurs. Mais tout comme ce petit nobliau anglais, la demoiselle Cromwell n’en savait rien pour l’instant, et se trouvait à mille lieues de deviner que sa propre existence serait chamboulée. Un maillon de la chaîne serait brisé, tandis que la corde se rapprocherait du petit cou délicat de Frances.

'Consummatum est. This bill is ended, and Faustus has bequeathed his soul to Lucifer… Puisque nous avons commencé ma chère, terminons l’affaire. Entrons !'

Sous son masque, la comtesse de Longford laissa apparaître un sourire à l’évocation de Marlowe. Décidément, elle ne regrettait pour rien au monde cette association avec Helle de Sola. Si cette dernière n’était pas aussi extrême que Frances—puisqu’elle ne s’amusait pas à empoisonner ses ennemis, du moins pas encore—, elle avait au moins le don de citer de bons auteurs. Et quelle meilleure introduction pour un chantage au poison ? Se retournant une dernière fois vers son cocher avant de disparaître à l’intérieur en compagnie de sa complice, la comtesse de Longford donna ses ordres : 'stay close. You shall be needed in a moment.' Les mots avaient été prononcés dans un murmure, mais l’homme les comprit de suite, comme par instinct, et disparût dans le voile épais de la nuit que trouaient ça et là quelques torches enflammées que Worton avaient fait placer.

A l’instant où les deux jeunes femmes pénétrèrent la demeure du comte, Frances se trouva assaillie par cette vie grouillante de courtisans. Certains jouaient aux cartes—de vifs éclats de voix indiquant l’avènement d’un nouveau vainqueur—, d’autres dansaient sur des airs tout droit venus de Londres ; on riait, gloussait, buvait, échangeait des regards entendus, le tout dans ce qui apparaissait comme un désordre infernal, un étalage de débauche qui, même aux yeux de Frances, pourtant habituée à ce genre de débordement pour l’avoir fréquenté à de nombreuses reprises—laissant à chaque fois un cadavre, bien entendu—, offensait gravement la morale. Cela dit, en trouvant Worton et en obtenant de lui l’information qu’il lui fallait, elle n’aurait pas à subir tous ces débordements de vie.

Balayant la foule du regard, elle détailla chaque individu en fronçant les sourcils, et ne vit presque pas le verre que lui tendit Helle. Elle le prit au bout de quelques secondes, trouvant l’initiative de sa complice fort à propos. Il valait mieux en effet se mêler à la foule de courtisans pour éviter de trop attirer l’attention, une chose que Frances parvenait à faire d’ordinaire, mais l’excitation de ce soir la rendait fébrile, et fort oublieuse de ce genre de précautions. Heureusement que Helle était là pour corriger cette maladresse.

'Alors comtesse ? La suite des évènements repose sur vous désormais… Voyez-vous notre hôte bien aimé parmi tous ces gens ?' murmura cette dernière à mi-voix. Frances but une petite gorgée de vin avant de répondre, comme si cela allait lui rendre la parole. Se faisant, elle reprit contenance et son maintient retrouva l’allure d’une élégante courtisane de la cour d’Angleterre : 'Hélas ma chère, il semble que notre bien-aimé s’amuse à nous éviter. Je ne vois que sa cour,' répondit-elle, insistant avec un dédain inhabituel sur le dernier mot. 'L’animal est rusé, l’aurait-on prévenu de notre chasse ?' Mais Frances n’eut pas le temps d’achever sa phrase, que déjà le lièvre, ou plutôt le comte, apparaissait dans l’encadrement d’une porte discrète qui devait probablement mener à ses appartements, comme se l’imaginait l’esprit fiévreux de la demoiselle Cromwell. Enfin. Machinalement, elle porta une main à son poignet, vérifiant une énième fois que les petites aiguilles de poison s’y trouvaient, et indiquant d’un coup d’œil discret l’individu à Helle. 'Le voici. Près de la porte. Mais il n’est pas seul,' s’empressa-t-elle d’ajouter en découvrant avec agacement la figure d’un homme, plutôt âgé, entretenant le comte d’un sujet plutôt grave, au vue de leurs expressions respectives. Un soupçon de paranoïa fit frissonner Frances. Et si cet homme informait Worton du danger qu’il courait en cet instant ? Mais la raison chassa bientôt ce soupçon. Allons donc, qui pouvait bien se douter du projet que les deux jeunes femmes s’apprêtaient à réaliser ?

'Il faut que je parvienne à m’entretenir avec lui,' déclara soudain la Cromwell. Avisant un miroir, elle entreprit de replacer quelques boucles de cheveux autour des deux chignons qui encadraient son visage. Une coiffure qu’elle trouvait ridicule, certes, mais particulièrement anglaise et de mise au milieu d’une cour peuplée de fervents supporters de Charles II. Elle se pinça le haut des joues pour leur donner une jolie couleur rosée et tira un peu sur les manches de sa robe—toujours à la mode de la Restauration—pour faire paraître ses épaules. Tout en effectuant son petit manège à l’abri des regards, elle exposa son plan à Helle : 'Worton est un âne et marchera dans la combine aussi sûrement que si je m’armais d’une carotte. En peu de temps, il m’amènera là où il veut…' Il y eut un silence, Frances fixant son reflet avant de se tourner entièrement vers sa complice : 'Sa chambre. Mais avant cela, j’aurais besoin de vous ma chère. Vous voyez cet homme qui entretient notre comte ?' fit-elle en désignant l’individu qu’elle n’apercevait que de profil, 'j’aurais besoin que vous l’occupiez le temps que j’ensorcelle Worton. Vous en sentez-vous capable ? Lui parler de poésie devrait faire l’affaire, à moins que vous ne choisissiez des civilités. Il vous complimentera sûrement. En français, j’imagine, car il doit probablement le parler. Ils parlent tous cette langue… Il a l’air plus âgé, de la vieille Cour. Un royaliste, vue la couleur de son habit. Il a sans doute connu la guerre contre m…' Frances se tut avant de prononcer les deux mots qui auraient mis fin à sa fausse identité. Lucy of Longford, elle était Lucy of Longford, que diable ! Petite comtesse irlandaise, veuve, appauvrie par la guerre contre l’Angleterre… Sans prêter attention à la surprise de Helle, ou plutôt, prétendant ne pas y prêter attention, elle poursuivit sur sa lancée, comme si elle reprenait la conversation après une erreur grammaticale ou un manque de vocabulaire, ce qui, après tout, restait logique puisque sa langue maternelle n’était pas le français, ce que Helle de Sola n’était pas sans ignorer.

'Je ne pense pas qu’il soit un véritable danger. Peut-être même est-il sourd,' ajouta-t-elle en feignant un sourire décontracté. En réalité, son esprit se trouvait assailli par divers sentiments : la peur, l’excitation, un désir de vengeance et même… la curiosité. Car oui, ce qui motivait Frances en cet instant, c’était de savoir si oui ou non York allait devenir l’une de ses prochaines cibles. Sentant son cœur battre à nouveau à l’idée de cette éventualité, Frances avala d’un trait la coupe de vin que son amie lui avait tendue quelques minutes plus tôt, posa rapidement le verre vide sur la première table qu’elle trouva, aspira une grande bouffée d’air et s’élança dans la foule, à l’image d’une comédienne entrant sur scène. Elle savait que de son côté, sa complice s’en sortirait très bien et que bientôt, elles se retrouveraient toutes les deux auprès de Worton…

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MessageSujet: Re: ‘And thy secret shall I have, if thou dare to save thy life’ (Helle)   ‘And thy secret shall I have, if thou dare to save thy life’ (Helle) Icon_minitime03.05.12 19:20

Arrivée depuis peu à Versailles, Helle n’avait pas encore eu l’occasion d’assister à l’une des fêtes fastueuses qui faisaient la renommée de gens de la Cour. Fraîchement débarquée de Suède où elle ne prenait part qu’aux bals donnés par le roi et aux salons littéraires, et cet étalage de luxe ostentatoire lui était plutôt étranger. Néanmoins, elle ne se sentait guère mal à l’aise, pour l’unique raison que ce soir-là elle ne devait pas jouer son rôle. Pour ce soir-là, elle était dans la peau d’une autre, d’une courtisane supposée apprécier ce genre de soirée, et l’exercice ne lui déplaisait pas même si elle se promettait de ne plus remettre les pieds dans une soirée semblable par la suite. Se conduire différemment de ce que l’on est d’habitude avait toujours quelque chose de grisant et d’enivrant, d’autant plus pour cette demoiselle qui, si elle était loin d’être une débauchée, n’était pas non plus une bigote. Clairement, ce petit jeu l’amusait. S’infiltrer dans cette soirée l’amusait ; participer à cette mascarade l’amusait, leurrer ces gens l’amusait, même si le but final en soi n’avait rien d’amusant. Mais ne pouvait-on pas concilier « travail » et amusement ? Elle était là pour aider son amie Lucy, comme elle le lui avait promis ; autant y aller de bon cœur.
'Hélas ma chère, il semble que notre bien-aimé s’amuse à nous éviter. Je ne vois que sa cour,' répondit d’ailleurs l’anglaise à sa dernière question. 'L’animal est rusé, l’aurait-on prévenu de notre chasse ?'
« Impossible, personne n’était au courant de notre petite escapade, ou du moins de son but. » remarqua la danoise en haussant un sourcil perplexe. Du moins n’avait-elle, elle, parlé de ceci à personne. L’entreprise était suffisamment dangereuse pour ne pas prendre de risque de ce côté-là. Par réflexe, elle chercha des yeux quelqu’un qui, dans l’assemblée, pouvait correspondre à Worton, bien qu’elle ne l’ait jamais vu auparavant. Mais Lucy, bien évidemment, fut plus rapide qu’elle.
'Le voici. Près de la porte. Mais il n’est pas seul.'

Le regard de Helle suivit celui de Lucy et détailla cet homme qui était leur cible de la soirée. Il n’avait rien de particulièrement notable, si ce n’était ses cheveux grisonnants déjà complètement blancs au niveau des tempes, ses yeux futés et sa mine un tantinet chafouine. Elle se dit qu’il ferait un excellent personnage pour une de ses histoires –un des mauvais, évidemment. Peut-être pas une tête de conspirateur, et mais clairement la tête de quelqu’un qui s’y connaît en pirouettes pour échapper à des situations désagréables. Pas étonnant que son amie ait cru un instant qu’il ait devancé leurs plans, mais maintenant qu’elles étaient là et qu’elles l’avaient localisé, il ne leur échapperait plus. Ses yeux passèrent ensuite à l’autre homme, le gêneur : âgé de plus de quarante-cinq ans sans aucun doute, probablement cinquante, il était plus grand que Worton mais arborait le même air dur et méfiant ; était-il un militaire ? Il en avait en tout cas la raideur, et Helle n’avait aucun mal à l’imaginer à la tête d’un régiment pour envoyer ses hommes se faire charcuter.

'Il faut que je parvienne à m’entretenir avec lui' reprit Lucy en vérifiant son allure dans un miroir. Helle lui jeta un coup d’œil, silencieuse. 'Worton est un âne et marchera dans la combine aussi sûrement que si je m’armais d’une carotte. En peu de temps, il m’amènera là où il veut…' Helle devina aussitôt où elle voulait en venir, ce que l’anglaise confirma d’elle-même quelques secondes plus tard.
'Sa chambre. Mais avant cela, j’aurais besoin de vous ma chère. Vous voyez cet homme qui entretient notre comte ?' Les yeux de Helle convergèrent de nouveau vers l’homme aux allures de militaire qui continuait à parler à Worton d’un air bien sérieux comparé à l’ambiance de la soirée. De quoi pouvaient-ils bien s’entretenir ? Détachant son regard de lui, elle se concentra de nouveau sur Lucy qui poursuivait son explication détaillée.
'j’aurais besoin que vous l’occupiez le temps que j’ensorcelle Worton. Vous en sentez-vous capable ? Lui parler de poésie devrait faire l’affaire, à moins que vous ne choisissiez des civilités. Il vous complimentera sûrement. En français, j’imagine, car il doit probablement le parler. Ils parlent tous cette langue… Il a l’air plus âgé, de la vieille Cour. Un royaliste, vue la couleur de son habit. Il a sans doute connu la guerre contre m…'
Cette soudaine pause dans sa phrase étonna Helle, qui attendit la suite de son discours pour réagir… Suite qui ne vint pas, du moins pas comme elle aurait dû venir, mais comment Helle aurait-elle pu se douter de la véritable raison de cette hésitation ?
'Je ne pense pas qu’il soit un véritable danger. Peut-être même est-il sourd,' acheva-t-elle avec un petit sourire satisfait. Helle regarda de nouveau Worton et son interlocuteur, but une gorgée de vin, et dédia à son tour un sourire complice à son associée.

« Toujours est-il que cet homme nous gêne. N’ayez crainte, je saurai vous en défaire pendant que vous traitez avec ce cher Worton. » assura-t-elle. Et ce verre de vin qu’elle tenait dans la main lui serait bien utile pour capter l’attention de son futur interlocuteur… « Je l’entraînerai assez loin pour qu’il ne puisse plus s’occuper de Worton, mais où je pourrai garder un œil sur l’escalier. Dès que je vous verrai monter avec lui, je compterai environ trois minutes avant de me soustraire à sa compagnie, et cinq minutes de plus pour lui faire croire que je suis bien partie et vous rejoindre –juste assez de temps pour que vous puissiez parler en tête-à-tête… Si les détails sont convenus, que la fête commence ! » conclut-elle avec une lueur d’excitation dans le regard.

D’un même mouvement, comme deux danseuses parfaitement synchronisées, elles se séparèrent, et Helle ne prêta plus attention à Lucy. Elle savait que son amie s’en sortirait très bien. Sa tâche à elle était pour le moment de distraire l’autre, son associée ferait le reste. Chacune à sa tâche, et tout fonctionnerait comme réglé par du papier à musique. Alors qu’elle marchait, elle retint sa respiration, afin que le rouge lui monte au visage à la manière des gens qui ont bu un peu trop de vin, et en arrivant près de son homme, elle se mit à rire. En arrivant à sa hauteur, elle rit un peu plus fort, et son hilarité eut pour « malheureuse » conséquence de la faire tituber et… De renverser son verre de vin sur sa cible, qui étouffa une exclamation avant de tourner un regard courroucé vers elle. Contact effectué.

« For God’s sake ! Ne… » Il allait probablement continuer à rouspéter mais Helle le contra aussitôt. Ses yeux s’arrondirent de surprise, et elle porta une main à sa bouche en « réalisant » ce qu’il venait de se passer.
« Oh mon Dieu ! Je suis tellement désolée, je suis si maladroite… Attendez, je vais vous aider… » Ignorant ses protestations, elle sortit un mouchoir de son décolleté –geste qui n’eut pas l’air de déplaire à notre homme malgré son agacement- et entreprit d’essuyer le vin sur sa veste.
« Je vous demande pardon, je crois que j’ai un peu trop bu… »
« Allons, c’est oublié mademoiselle… Ou madame ? »
« Mademoiselle. » répondit-elle sans la moindre hésitation et en lui décochant un sourire radieux. « Mademoiselle Louisa de Saarbrücken. Et vous êtes ? »
« Edward, comte de Lancaster. Seriez-vous germanique, à tout hasard ? »

Décidément, la technique du verre de vin était peut-être un classique, mais elle fonctionnait à tous les coups. Helle triomphait.
Comme elle et Lucy l’avaient prévu lors de leurs rencontres pour préparer cette soirée, où elles avaient imaginé tous les scénarios possibles y compris celui-ci, elle entraîna le comte à l’écart avec forces sourires enjôleurs et remarques futiles auxquelles il pouvait répondre en la taquinant gentiment, persuadé d’impressionner cette frivole demoiselle. A son âge, il ne séduisait plus grand monde, alors pour une fois qu’il avait l’occasion de voir s’il n’avait pas perdu la main, il n’allait pas se priver ! Détourner son attention de Worton fut un jeu d’enfant pour la jeune femme, qui guettait les escaliers en espérant bientôt y voir passer les deux autres… Et comme l’avait prédit Lucy, ils ne tardèrent guère. Un sourire illumina les traits de la danoise, que Lancaster interpréta bien entendu de travers, mais cela n’avait aucune importance.
Elle compta trois minutes, au bout desquelles elle lui annonça qu’elle devait partir –non sans un certain soulagement, car ses mains commençaient à se faire désagréablement baladeuses. Si elle n’avait pas eu Lucy à couvrir, elle l’aurait déjà mordu, mais au lieu de ça elle l’invita à lui rendre visite très prochainement et lui donna une adresse bidon, mensonge qu’il goba sans faire d’histoires. Il la salua en lui baisant la main –trop longuement, selon elle, et la laissa enfin partir. Alors qu’elle s’éloignait, elle soupira. Ce n’était pas trop tôt.

Prenant garde à ce qu’il ne la voie pas en train de monter les marches, elle grimpa rapidement l’escalier et se dirigea vers la chambre où elle avait vu entrer Lucy et Worton. Elle colla son oreille à la porte, entendit des voix dont celle de son amie. De nouveau, ses yeux brillèrent de malice, et elle ouvrit la porte. Aussitôt rentrée dans la pièce, elle la referma derrière elle et y resta adossée, contemplant tranquillement ses deux interlocuteurs.

« Bonsoir comte. Tout est-il prêt, mon amie ? » demanda-t-elle avec un sourire si charmant qu’elle aurait pu parler de tout et n’importe quoi, de tout, sauf d’un chantage au poison…
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Frances Cromwell

« s i . v e r s a i l l e s »
Côté Coeur: Certes, mon époux y occupe une place, mais le reste est tout entier dévoué à ma vengeance.
Côté Lit: Personne, hormis mon époux, à l'occasion, en Angleterre. Mais comme je suis en France à présent...
Discours royal:



La B e l l e D a m e sans Merci

Âge : 28 ans
Titre : Comtesse de Longford
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Date d'inscription : 06/06/2008


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MessageSujet: Re: ‘And thy secret shall I have, if thou dare to save thy life’ (Helle)   ‘And thy secret shall I have, if thou dare to save thy life’ (Helle) Icon_minitime21.06.12 1:28

Un sourire mutin affiché sur son visage, Frances fendait la foule gracieusement, se glissait entre les danseurs, effleurait quelques gentilshommes à la manière d’un feu follet. Certains lui adressaient la parole, l’invitant à les rejoindre. L’un d’eux tenta même de retenir sa main, mais ne rencontra que le tissu de sa robe qui lui glissa entre les doigts. Frances se retourna brusquement pour découvrir l’identité de cet impudent, et ses yeux sombres et froids balayèrent le visage de l’inconnu avant qu’elle ne reprenne sa route. Si la belle dame sans merci qu’elle était avait eu le pouvoir de changer en pierre quiconque l’approchait de trop près, nul doute que le pauvre homme se serait transformé en statue, portant sur le visage les marques de l’étonnement profond de celui qui rencontre le Petit Peuple. Mais pour l’heure, Frances avait décidé de ne point s’attarder. Il lui fallait user de ses ‘pouvoirs’ pour ensorceler Worton et l’amener à faire ce qu’elle désirait. Fort heureusement, la jeune Cromwell n’avait pas perdu de ses charmes malgré son âge. Sa cible succomberait vite mais... où était-elle passée ?

Ah, maudit soit cet inconnu qui avait essayé de la retenir ! Worton en avait profité pour détaler comme un lièvre, la laissant seule au milieu de ces courtisans alcoolisés. Et dire que les anglais avaient la réputation de tenir l’alcool... Soudain, la danse cessa et plusieurs musiciens s’accordèrent quelques minutes de repos pour se rafraîchir. Tandis que les couples de danseurs se séparaient, Worton réapparut dans un coin de la pièce. Bondissant sur l’occasion, Frances accéléra le pas pour le rejoindre, mais fut arrêtée dans son élan par une courtisane, bien décidée à lui bloquer le chemin. La jeune Cromwell lui adressa son regard le plus menaçant, regard qui d’ordinaire dissuadait les gentilshommes de venir lui parler, mais il n’eut vraisemblablement aucun effet sur la femme, qui la dominait de près d’une tête. Grande, vêtue d’une robe de mauvaise qualité aux couleurs criardes et au décolleté plus échancré qu’il n’était permis—et pourtant la Cour de Charles II n’était pas ce que l’on aurait pu qualifier d’austère—, l’inconnue toisa Frances de toute sa hauteur. 'You won’t have 'im, he’s mine,' assura-t-elle d’un ton décidé, catégorique.

Si Frances s’était écoutée, elle aurait probablement bondi sur cette impolie pour l’étrangler. Comment osait-elle se mettre en travers de son chemin ? De quel droit cette, cette... pintade la toisait-elle de la sorte ? Avisant l’allure de l’intruse, la demoiselle Cromwell ne mit pas longtemps à comprendre de quel genre de femme il s’agissait. Une simple courtisane, sans titre, sans fortune, sans aucune importance à la Cour d’Angleterre. Une pauvre idiote qui voulait s’accrocher à Worton pour faire de lui son amant, le bienfaiteur qui, en échange de son corps, la couvrirait de jolies toilettes… Une idiote qu’il lui serait aisé de berner.

'Madam, I do not think we have the pleasure of being acquainted. Pray, what is your name?'
'And yours?' répliqua l’inconnue, visiblement rebelle à toute forme de discussion. Dommage pour elle, car Frances venait de trouver la parade. 'My name has no importance. The question is: what would happen to you if your name were to be mentioned to the King? To our king. I am at his service. To protect and defend his throne,' déclara-t-elle d’un ton froid, détachant chacun de ses mots pour être sûre que l’autre les comprenne. 'Our friend here,' fit-elle en désigant Worton d’un geste de la tête, 'is suspected of treason. Of course, you would not like your name to appear in the report I will send to the King, would you ?'

Echec et mat. La pintade resta sans voix face au mensonge de Frances. Quelle ironie tout de même : une Cromwell qui se faisait passer pour une espionne du roi d’Angleterre, on aurait tout vu ! Mais l’intruse goba le tout sans vraiment se poser de question. Considérant d’un air horrifié la jeune femme aux jolies boucles blondes, elle finit par tourner les talons et disparaître au milieu des autres courtisans. Mais déjà, Frances ne lui prêtait plus attention : Worton était là, en face d’elle, lui tournant le dos. Elle se glissa contre lui dans un bruissement de tissu léger et attrapa son bras pour l’enrouler autour de sa propre taille, comme s’ils avaient été amants de longue date. Titubant légèrement pour donner l’impression que l’alcool avait déjà une emprise sur sa volonté et son esprit, la jeune Cromwell changea de registre pour la comédie qu’elle s’apprêtait à jouer, optant pour un rôle de courtisane aguicheuse.

'Well my lord, you don’t recognise old friends,' commença-t-elle en voyant l’étonnement s’afficher sur le visage—non masqué—de Worton lorsque celui-ci découvrit la jeune femme à son côté. 'I am surprised you are so cold with me… What ? Don’t you remember my face, my voice… Our night,' ajouta-t-elle, lui murmurant ses dernières paroles à l’oreille. En vérité, Worton n’avait aucune idée de l’identité de cette charmante 'conquête' puisqu’il ne l’avait jamais connue. Mais devant l’évidente proximité que Frances montrait, il y avait fort à parier que son esprit allait s’inventer un souvenir, pour lui permettre de convoler pour la soirée avec cette belle inconnue qui jurait le connaître, lui. Et tandis que Frances faisait mine de s’éloigner, boudeuse, elle fut rattrapée par un Worton qui lui jura se souvenir de chaque seconde de cette nuit. Une nuit pourtant imaginaire.

Quelques minutes plus tard et il avait 'retrouvé' toutes ses familiarités d’autrefois, guidant sa conquête d’un soir vers sa chambre tout en la couvrant de baisers. De son côté, Frances jetait des regards d’exaspération au plafond tandis que les mains baladeuses de Worton commençaient à défaire les cordons de sa robe. Lassée par ces caresses qui la dégoûtaient, elle se sépara de ce courtisan trop habile et gravit en courant les dernières marches de l’escalier qui menait à la chambre de Worton. Chambre que ce dernier rejoignit bien vite à son tour, trop heureux de se trouver en compagnie d’une demoiselle si peu farouche. S’il savait...

Mais déjà, le temps filait et Frances craignait que Helle n’arrive trop tôt. Il fallait agir, et vite, pour éviter que le plan ne tombe à l’eau. A quelques minutes près, la catastrophe pouvait arriver. Prenant les devants—et priant intérieurement pour que Oliver Cromwell ne puisse voir ce que sa fille s’apprêtait à faire—Frances poussa Worton sur son lit avant de l’y rejoindre, se postant à califourchon sur sa future victime, victime qui sembla néanmoins apprécier l’initiative. Prenant le prétexte de vouloir l’embrasser, la jeune Cromwell s’approcha alors du visage de Worton.

'I have a secret my lord,' lui murmura-t-elle à l’oreille.
'And what is it?'
'You’ve been fooled,' lâcha-t-elle finalement d’un ton froid en lui plantant dans le cou une fine aiguille enduite de poison qu’elle avait récupérée tandis que Worton relevait ses jupons.

L’effet fut immédiat. L’homme se crispa, incapable de parler sous le coup de la douleur. Quelque chose se déplaçait dans ses veines, quelque chose de violent, qui semblait putréfier son sang. En vain ses yeux fixèrent le plafond où des petits anges le saluaient de leurs sourires taquins. Puis il porta un regard affolé vers cette femme qui le fixait d’un air froid par-dessus lui, cachée derrière son masque. Il n’avait plus aucune envie de plonger ses mains dans ces jolies boucles blondes, ni d’embrasser ces lèvres rouges. Etait-ce la mort qui le chevauchait ? Il n’eut pas le temps de pousser plus loin cette réflexion, car la belle dame sans merci prit à nouveau la parole.

'My dear lord, I am afraid your time on earth is now quite reduced. Yet, I know a good fairy who might be able to restore your health...'

Comme par enchantement, la porte de la chambre s’ouvrit et la bonne fée en question apparut dans une synchronisation parfaite, à l’image de l’un de ces masques de Ben Jonson qui ravissaient tant la Cour de James I d’Angleterre. Mais l’atmosphère sinistre de la pièce et son silence, uniquement interrompu par les paroles de Frances et les halètements de Worton, suffisaient à bannir cette image de l’esprit de tout observateur de la scène.

'Bonsoir comte. Tout est-il prêt, mon amie ?' demanda Helle.

Adressant un large sourire à son amie, la jeune Cromwell, toujours à califourchon sur sa victime, sa robe tombant sur ses épaules, lui fit un signe gracieux lui signifiant d’entrer : 'tout est parfait ma chère, notre ballet était donc parfaitement au point. Vous arrivez juste à temps pour faire la connaissance de notre ami.' Puis, se tournant à nouveaux vers Worton, elle continua d’une voix imperturbable qui dissimulait son excitation, et peut-être même une once d’angoisse : 'par politesse my lord, nous parlerons français. Voici donc votre bonne fée qui, pour des raisons évidentes, demeurera masquée tout comme moi. Il ne faudrait pas bouleverser le monde féérique, n’est-ce pas ?' Worton ne répondit pas. 'Comme je vous le disais, mon amie est ici pour vous guérir, elle a sur elle le remède au poison que je vous ai administré.' Frances se tourna à nouveau vers Helle : 'voudriez-vous bien lui montrer la fiole et lui prouver que je ne mens point ?'

Lorsque son amie eut fini d’expliquer à Worton ce qui lui permettrait de survivre, la jeune Cromwell jugea bon de continuer son chantage.

'Bien sûr, pour obtenir ce remède, il vous faudra d’abord... m’aider. I heard some talks about the Duke of York. Some say he is to come to the French Court and... I was wondering if these rumours were true or pure fantasy.' A nouveau prise par l’excitation de savoir si cet évènement qu’elle attendait tant allait se réaliser, Frances s’était naturellement remise à parler anglais, par réflexe, oubliant pour un temps Helle, même si cette dernière comprenait cette langue. Seulement voilà, la fébrilité de la demoiselle Cromwell ressortait et risquait de tout faire basculer.

'Vous êtes un homme de Cour, mais pas suffisamment haut placé pour bénéficier d’une bonne protection,' parvint-elle finalement à dire en français. 'Vous savez ce qui se dit à Londres, et je gage que vous êtes suffisamment rusé pour deviner le mensonge. D’ailleurs votre position vous a permis d’approcher le frère du roi, n’est-ce pas ? Alors, va-t-il se rendre en France ?'

En face d’elle, ou plutôt en dessous d’elle, Worton articula des paroles inintelligibles.

Spoiler:
 

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La Belle Dame sans Merci
I met a lady in the meads,/Full beautiful, a fairy's child;/Her hair was long, her foot was light,/And her eyes were wild. ⌘ John Keats

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MessageSujet: Re: ‘And thy secret shall I have, if thou dare to save thy life’ (Helle)   ‘And thy secret shall I have, if thou dare to save thy life’ (Helle) Icon_minitime31.07.12 13:32

Adossée à la porte de la chambre dont elle venait de refermer le verrou, Helle considéra la scène qui s’étalait sous ses yeux d’un œil satisfait. Ils étaient désormais seuls tous les trois, elle, Lucy et Worton, et le comte était à leur merci. Dans le silence de la pièce, elle entendait les halètements et les râles de Worton alors que son acolyte lui jetait un regard complice dans lequel elle pouvait lire que leur petite entreprise était un réel succès. Rien n’aurait pu plus satisfaire la jeune danoise. Leur duo était parfaitement réglé, au millimètre, à la seconde près. Elle aurait presque regretté de n’avoir d’autre spectateur que Worton ; le spectacle était si admirablement chronométré qu’elle aurait presque été fière de le montrer à un tiers. Tiers dont il aurait évidemment fallu se débarrasser par la suite, mais puisque cela restait du domaine de l’hypothèse, pourquoi s’inquiéter ? Si tout se déroulait selon leurs plans, même cet imbécile de Worton ne mourrait pas ce soir. Helle n’avait pas hésité une seconde à suivre son amie dans cette drôle d’aventure, mais avait bien stipulé qu’elle préférait qu’il n’y ait pas meurtre ce soir-là. La demoiselle avait encore une conscience, contrairement à moult personnes de son entourage… Pourtant, au fond d’elle, elle savait bien qu’elle n’hésiterait pas, si on ne lui laissait pas le choix. Douze années à se défendre seule contre ses ennemis lui avaient appris à faire parfois preuve d’un égoïsme qui relevait du plus pur instinct de survie. C’est lui ou moi. Et lorsqu’elle avait affaire à un adversaire, le choix était rapidement fait…

'tout est parfait ma chère, notre ballet était donc parfaitement au point. Vous arrivez juste à temps pour faire la connaissance de notre ami.' Lança Lucy avec un sourire charmant, bien que ses prunelles claires brillaient d’une lueur de cruel triomphe. Helle sourit et baissa les yeux sur Worton, qui la regardait en la voyant probablement bien floue. Le poison avait un effet radical. Mais pas trop, juste assez pour qu’il puisse survivre jusqu’à ce qu’elle lui administre l’antidote… Après avoir assez souffert pour céder et livrer ses informations à l’anglaise. C’était tout ce dont elles avaient besoin ; Worton serait bien sot de faire le difficile pour si peu…
'par politesse my lord, nous parlerons français. Voici donc votre bonne fée qui, pour des raisons évidentes, demeurera masquée tout comme moi. Il ne faudrait pas bouleverser le monde féérique, n’est-ce pas ?' Pas de réponse. Le poison devait agir rapidement. A pas de velours, Helle s’approcha tranquillement du lit et considéra leur victime avec un regard calme, mais inquisiteur : elle voulait s’assurer que le comte ne leur claquerait pas bêtement entre les doigts à cause d’une surdose. La poitrine de l’homme se soulevait rapidement, par saccades, comme s’il manquait d’air, et ses yeux exorbités et vitreux allaient de l’une à l’autre en exprimant la détresse et l’angoisse les plus profondes. Elle se demandait ce qu’il pouvait penser à cet instant précis. Deux jeunes femmes sorties de nulle part, masquées, aussi blondes l’une que l’autre et aux yeux tout aussi bleus ; peut-être pensait-il avoir affaire à des sœurs ? Des sœurs maudites, se disait Helle, unies dans les plus noirs desseins, deux anges blonds envoyés potentiellement par la Mort… Décidément, cette petite pièce de leur invention était un régal. Elle espérait que Worton appréciait le spectacle… Puisqu’elle prenait un infini plaisir à jouer l’alter-ego de Lucy of Longford.

'Comme je vous le disais, mon amie est ici pour vous guérir, elle a sur elle le remède au poison que je vous ai administré. Voudriez-vous bien lui montrer la fiole et lui prouver que je ne mens point ?'
« Avec plaisir. » répondit Helle en tirant une petite fiole de son corset. Puis elle s’assit à son tour sur le lit et s’étendit aux côtés de Worton, le bras replié afin de soutenir sa tête, comme si elle faisait sagement la conversation à un amant, tout en tenant la petite fiole entre les doigts de sa main libre. Si quelqu’un forçait la porte, il ne trouverait qu’un homme en très bonne compagnie… Quelle jolie mise-en-scène. « Cette fiole, mon cher ami, contient un concentré de millepertuis, aussi appelé fleur-de-sang. Ironique n’est-ce pas, quand on sait que c’est le nom de la plante qui peut vous sauver… Cette petite potion a la particularité d’annuler les effets du poison, lui aussi à base de plantes, que vous a injecté mon amie ici présente. L’effet est radical : dès que vous en aurez bu, vous vous sentirez presque aussi frais qu’avant d’entrer dans cette chambre. En revanche, si vous n’en prenez pas dans les dix minutes qui viennent… Vous mourrez. » conclut-elle en lui chuchotant ces deux derniers mots au creux de l’oreille. « Dix minutes, n’oubliez pas. »

Un sourire flottant au coin des lèvres, Helle se redressa et rangea de nouveau la fiole là où elle l’avait cachée toute la soirée, puis elle prit place au bord du lit, derrière Lucy, prête à reprendre son rôle d’assistante à tout moment. Pleine lumière, puis à l’arrière de la scène. Back and forth. Ca lui convenait parfaitement. Lucy tenait à merveille le leading role, et elle aimait la liberté de mouvement que lui laissait son supporting role. Décidément, elles formaient un fabuleux tandem…

'Bien sûr, pour obtenir ce remède, il vous faudra d’abord... m’aider. I heard some talks about the Duke of York. Some say he is to come to the French Court and... I was wondering if these rumours were true or pure fantasy.'

Helle releva les yeux sur Lucy, impassible. Elle avait rapidement compris que lorsque son alliée passait d’une langue à l’autre sans s’en apercevoir, c’était chez elle un signe de confusion, d’angoisse ou d’excitation. Dans tous les cas, le signe d’une émotion forte qui prenait le pas sur la raison et la froide détermination qui devrait la guider. Elle baissa les yeux sur Worton, les leva de nouveau sur l’anglaise. Elle ignorait ce qui la poussait à rechercher ainsi le duc d’York, ayant accepté de la suivre sans poser plus de questions que nécessaire, mais elle comprenait maintenant qu’il ne s’agissait pas seulement d’affaires purement politiques. Lucy of Longford avait-elle des comptes personnels à régler avec le duc ?

'Vous êtes un homme de Cour, mais pas suffisamment haut placé pour bénéficier d’une bonne protection. Vous savez ce qui se dit à Londres, et je gage que vous êtes suffisamment rusé pour deviner le mensonge. D’ailleurs votre position vous a permis d’approcher le frère du roi, n’est-ce pas ? Alors, va-t-il se rendre en France ?' martelait encore Lucy.

L’heure du dénouement approchait. Enfin les deux femmes allaient obtenir l’information pour laquelle elles avaient si soigneusement organisé toute cette mascarade. Ensuite, elles pourraient administrer l’antidote à Worton et disparaître aussi discrètement qu’elles étaient arrivées. Elle ne risquaient rien, puisqu’il n’avait pas vu leurs visages, et il avait bu tellement d’alcool qu’il ne serait probablement pas en mesure de donner plus de détails que ‘deux femmes blondes’ aux autorités si jamais il cherchait à les retrouver. Un portrait bien imprécis qui correspondait à des centaines de femmes à Paris comme à Versailles, des milliers dans toute la France, en ne comptant que la noblesse bien sûr… Autrement dit, les chances pour qu’elles se fassent pincer étaient minces, très minces, si minces qu’elles en devenaient négligeables. Tout était parfaitement réglé. Ou du moins le pensaient-elles.
Worton haletait, son teint virait au bleu à cause de l’asphyxie. Helle fronça légèrement les sourcils. Il ne restait plus que quelques secondes avant que Worton ne passe de vie à trépas, et il n’avait toujours pas lâché le morceau. Devait-elle lui administrer une partie de l’antidote maintenant, ou bien Lucy voulait-elle jouer la partie à quitte ou double ? Mais s’il mourrait maintenant, elles auraient fait tout ça pour rien… Les deux jeunes femmes échangèrent un regard, se posant la même question. Moment de distraction qui s’avéra fatal.
Brusquement, dans un dernier sursaut de rage et de vie, Worton se redressa et repoussa Lucy contre une des colonnes du lit. Sous la violence du choc, Helle vit avec effarement le masque de son amie glisser et finir sa course par terre. Son visage était à découvert. Et Worton l’avait vu. Worton avait vu et identifié Lucy of Longford. Aussitôt, Helle sortit la fiole d’antidote et s’apprêtait à la jeter par terre pour la briser, mais mû par une force animale, Worton se jeta sur elle en essayant de la lui arracher des mains. Dieu merci, l’agonie était rapide, et ses forces s’amenuisaient avec la même rapidité qu’elles étaient revenues dans ce brusque revirement de situation. Helle le fit plier en deux d’un coup de genou et le gifla aussi violemment que possible du revers de la main, l’une des bagues qu’elle portait au doigt laissa une estafilade ensanglantée sur le visage de son agresseur, qui vacilla à tomba à moitié sur le sol. C’est qu’il luttait encore contre la mort, le bougre ! Sans perdre de temps, elle jeta la fiole au sol et l’écrasa avec son talon. Terminé, l’antidote. Worton allait mou…
Un bref cri lui fit faire volte-face, et elle ouvrit de grands yeux ébahis face à la scène qui s’offrait à elle. Worton gisait au sol, inerte. Près de lui, Lucy, agenouillée. Pour peu, Helle aurait cru qu’elle vérifiait qu’elle était bien morte. Puis elle distingua l’objet qui luisait dans sa main, et comprit que Lucy ne vérifiait rien du tout. Ce n’était pas le poison qui avait achevé Worton. C’était Lucy elle-même.

Les deux femmes se retrouvèrent là, avec un cadavre à leurs pieds dans une chambre silencieuse, alors que le brouhaha de la fête résonnait à l’étage du bas. Le cerveau de Helle fonctionnait à toute allure. La mort de Worton n’était pas prévue dans leurs plans initiaux. Il fallait faire quelque chose avant que quiconque ne s’inquiète de la disparition du comte et ne se mette en tête de partir à sa recherche. C’était beaucoup, pour une apprentie empoisonneuse… Mais Dieu merci, Helle était une femme de sang-froid. Elle parvint donc à la conserver, et malgré l’urgence de la situation, garda la tête froide.

« Il faut se débarrasser de lui. Ne laissons pas son corps ici, quelqu’un le trouverait trop rapidement. Il va falloir l’emmener avec nous et l’abandonner dans un coin perdu où personne n’ira le chercher. Mettons-lui un manteau et rabattons le capuchon sur son visage, ainsi personne ne le verra ni ne le reconnaîtra. Ensuite, traînons-le jusqu’au carrosse comme s’il s’était endormi à cause de l’alcool… Ils sont tous tellement ivres qu’ils nous croiront sans même se poser de questions… »

Et sans perdre un instant, Helle ouvrit les placards de Worton, à la recherche du manteau qui servirait de diversion. En fouillant, elle tomba sur une boîte. Elle l’ouvrit, et comprit qu’il s’agissait là d’une correspondance. Elle jeta la boîte sur le lit.

« Tenez, fouillez là-dedans pendant que je m’occupe de le déguiser. Vous trouverez peut-être quelque chose sur le duc d’York, voire une lettre de lui… Les tiroirs de son bureau ont l’air ouverts aussi. Hors de question de repartir sans ce que nous étions venues chercher… »

Spoiler:
 
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Frances Cromwell

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MessageSujet: Re: ‘And thy secret shall I have, if thou dare to save thy life’ (Helle)   ‘And thy secret shall I have, if thou dare to save thy life’ (Helle) Icon_minitime14.09.12 2:08

Worton aurait pu vivre. Worton aurait vivre. Malgré sa haine envers les partisans du roi Charles II, Frances Cromwell avait décidé de se montrer clémente avec lui bien avant de se rendre à la soirée avec Helle. Une réponse, c’était là tout ce qu’elle demandait de sa part. Et comme on ne pouvait être sûr de rien avec tous ces royalistes et ces joyeux lurons que la Restauration avaient fait sortir de leur retraite, il fallait bien qu’elle emploie le chantage pour parvenir à son but. Hélas, Lady Fortune avait ce soir décidé de modifier sensiblement les plans de Frances. Et d’ailleurs, le premier bouleversement ne tarderait pas à survenir. Des signes avant-coureurs en présageaient déjà la venue. Frances, ou plutôt Lucy, perdait patience. Suspendue aux lèvres de Worton, comme pour entendre le moindre murmure prononcé entre deux râles, la jeune femme ne prêtait plus attention au rôle qu’elle s’était pourtant promis de jouer. Sa poitrine se soulevait sous une respiration accélérée, celle de l’excitation ou de l’angoisse, elle ne savait, et ses yeux fixaient ceux de sa victime, essayant d’y lire des réponses. Lucy of Longford avait bel et bien disparu, laissant la place à Frances Cromwell et à sa vengeance. Il fallait, il fallait qu’elle sache ! Le Duc d’York serait une cible de choix, au même titre que la Duchesse d’Orléans, et s’il venait en France, elle aurait peut-être une chance de venger les siens. Car si en Angleterre, les Cromwell se cachaient, hormis sa sœur Mary qui jouissait d’un statut certain à la Cour de Charles II de par son époux, en France, ils n’avaient presque rien à craindre. Qui donc pourrait reconnaître les membres de cette illustre famille ? Il y avait bien quelques représentant de la couronne d’Angleterre, dont ce Richmond que Frances ne parvenait à attirer dans ses filets, mais aucun de ces bienheureux ne semblait soupçonner la présence d’une Cromwell à la Cour de France. L’idée était pourtant loin d’être ridicule, puisque Richard, le frère aîné de la jeune femme, voyageait en Europe sous un pseudonyme…

Un long râle émis par Worton inquiéta Frances. Allait-il donc mourir sans avouer ? Mourir bêtement et simplement, ici, dans cette chambre, alors qu’en bas tout le monde s’amusait ? Mourir en protégeant un Duc qui ne lui rendrait certainement point hommage pour cela ? Les partisans de Charles II étaient décidément bien surprenants. Pour un peu, Frances aurait admiré leur fidélité envers leur souverain, mais elle ne connaissait que trop bien ce genre de serviteurs zélés qui retournaient leur veste à la moindre défaite. La Cour du Roi d’Angleterre comptait en ses rangs bien plus d’anciens partisans de Cromwell que le souverain ne pouvait le soupçonner. Laissant là cette amère constatation, Frances fronça les sourcils en voyant la peau de Worton bleuir, signe de l’asphyxie qui entrainerait ce dernier vers une mort certaine. Les battements de son cœur s’accélérèrent. Ah non, il n’allait pas mourir, elle n’avait pas prévu cela ! Elle se tourna vers Helle pour l’interroger du regard, mais ce fut trop tard. Worton, à qui la terreur de mourir devait avoir fourni un regain de force—celle du condamné, il n’y avait aucun doute !—se redressa brusquement, et poussa violemment Frances contre une colonne du lit. La douleur du choc coupa le souffle de cette dernière, et l’homme aurait sans doute pu faire quelques pas avant qu’elle ne le rattrape si sa complice ne s’était point chargée de l’arrêter avec une vivacité redoutable. Malheureusement, si Worton n’était point parvenu à s’enfuir, son geste à l’encontre de Frances venait d’engendrer une catastrophe. Lucy of Longford sentit les rubans de son masque se dénouer, plus encore qu’ils ne l’avaient été alors que le courtisan avait passé ses grandes mains dans les boucles blondes de sa conquête d’un soir, et le dernier rempart dissimulant l’identité de la jeune femme glissa sur le sol. Lucy of Longford venait une fois de plus de disparaître, laissant place à Frances Cromwell. Une identité que Worton connaissait bien mieux, comme pouvaient en témoigner les traits de surprise sur son visage.

Tout sembla s’accélérer. En quelques secondes, le plan de départ de Frances fut anéanti, tout comme les chances de survie de Worton. Bon sang, il l’avait vue ! Il avait vu son visage et savait qui elle était ! Comment pourrait-elle s’en sortir après cela ? La terreur venait à présent de saisir Frances qui, dans un malheureux réflexe, se jeta sur le prisonnier qui tentait de fuir, avec la ferme intention de le réduire au silence. Pour toujours. Et ce que le poison aurait pu faire en quelques minutes, la lame que tenait Frances l’exécuta en une dizaine de secondes. C’était une petite dague, au manche court et à lame fine, l’une de ces dagues qui auraient pu servir dans ces crimes perpétrés à Rome, au sein d’une alcôve ou sous l’ombre d’un balcon, mais qui, par le plus grand des hasards, s’étaient retrouvée dans la main d’une demoiselle Cromwell. La lame s’introduisit dans la poitrine de Worton avec une horrible facilité et bientôt, le sang coula. Frances entendit un bruit de verre brisé—celui de la fiole qu’Helle venait de briser—qui sembla venir de loin, loin… Mais sous ses yeux, le sang ne cessait de couler. Elle posa une main à l’endroit de la blessure, l’autre tenant encore la dague à la lame souillée et accusatrice, comme si elle souhaitait contenir tout ce sang à l’intérieur de ce corps mort. Yet who would have thought the old man to have had so much blood in him…

Frances lâcha brusquement la dague, qui tomba sur le sol dans un sinistre bruit de métal. Elle s’était accroupie près de Worton, et son regard ne cessait d’aller de la blessure au visage de sa victime, dont les yeux fixés vers le plafond indiquaient une marque de profonde surprise. Tout semblait si… irréel. Le temps paraissait s’être arrêté, à moins que le temps lui-même ne soit qu’une donnée inexistante ou fantaisiste. Mais une sensation étrange tira Frances de ses rêveries. Elle sentit sur ses mains un liquide tiède coulant sur son poignet droit et… du sang ! A ce moment, le souvenir de la réalité lui revint brusquement avec la violence d’un soufflet. Elle regarda Worton comme si elle venait de s’apercevoir de sa présence, et la terreur la gagna. Sous la panique, elle sentit son cœur s’emballer, et dans un mouvement de désespoir, elle se tourna vers Helle, et s’aperçut que son geste ne lui avait pas échappé. Comment cela aurait-il pu ? La chemise de Worton était couverte de sang, tout comme les mains de Frances. Il aurait été stupide d’essayer de dissimuler quoique ce soit. Mais la jeune empoisonneuse, cette âme d’ordinaire sans pitié, était sous le choc après avoir tué une énième victime. Chose qui pouvait paraître étrange pour une Cromwell dont le cœur était empli d’un désir ardent de vengeance. Etrange, mais pas illogique, puisque les crimes précédant celui de Worton avaient tous été commis avec des poisons, des breuvages qui arrêtaient le cœur sans effusion de sang. Frances en versaient quelques gouttes dans les verres de ses victimes, celles-ci les buvaient et terminaient raides mortes sur le tapis. Jamais elle n’avait fait couler le sang. Hélas, il fallait bien une première fois, dût-elle être désastreuse.


‘Il faut se débarrasser de lui. Ne laissons pas son corps ici, quelqu’un le trouverait trop rapidement. Il va falloir l’emmener avec nous et l’abandonner dans un coin perdu où personne n’ira le chercher. Mettons-lui un manteau et rabattons le capuchon sur son visage, ainsi personne ne le verra ni ne le reconnaîtra. Ensuite, traînons-le jusqu’au carrosse comme s’il s’était endormi à cause de l’alcool… Ils sont tous tellement ivres qu’ils nous croiront sans même se poser de questions…’

Les mots de sa complice lui parvinrent de loin, comme étouffés par un brouillard épais isolant Frances et Worton du reste du monde. God ! Elle n’avait pourtant point souhaité qu’il meure ! Qu’allait-elle faire maintenant ? Heureusement qu’elle n’était point seule en cet instant, car l’aube l’aurait peut-être retrouvée au chevet du mort, un bien triste tableau qui l’aurait immédiatement envoyée à la potence. Mais voilà que Helle prenait en charge la suite des opération avec un sang froid que Frances ne possédait point. L’anglaise aurait d’ailleurs fort apprécié le côté terre-à-terre de son amie si elle n’avait été si choquée.

‘Tenez, fouillez là-dedans pendant que je m’occupe de le déguiser. Vous trouverez peut-être quelque chose sur le duc d’York, voire une lettre de lui… Les tiroirs de son bureau ont l’air ouverts aussi. Hors de question de repartir sans ce que nous étions venues chercher…’

Obéissant à la manière d’une comédienne qui suit les indications de son metteur en scène, Frances se rapprocha du lit sur lequel s’étalaient les lettres de Worton. Elle eut la présence d’esprit de s’essuyer les mains dans un mouchoir qu’elle gardait sur elle afin de ne pas laisser de trace de sang compromettante et entreprit de trier la correspondance du mort. Ses gestes étaient fébriles, ses mains tremblotantes, mais l’exercice lui permit de focaliser son esprit sur la réalité. Elle mit d’un côté les lettres que la famille de Worton lui avait adressées et chercha celles qui portaient des sceaux un peu plus importants. Elle lisait en diagonale, ses yeux s’attardaient ça et là, cherchant à détecter le nom du Duc d’York quelque part. Mais ce fut un autre patronyme qui parut bientôt sous son regard : Thomas Belasyse, Earl Fauconberg. Diantre, l’époux de sa sœur Mary, et proche de Charles II ! Une boule se forma dans la gorge de Frances tandis qu’elle détaillait le contenu de la lettre. Celle-ci mentionnait les dernières activités du roi Charles II, quelques anecdotes relatives à la vie parlementaire, une dispute que le souverain avait eue avec sa dernière favorite en date… Des détails sans grande importance, jusqu’à ce que surgisse le nom du Duc d’York et que soit mentionné le fait qu’il… ne se rendrait pas en France. Tout cela pour rien ! Worton était donc mort simplement pour ça ! Car la cible de choix de Frances allait rester en Angleterre jusqu’à nouvel ordre… Mais s’il était difficile d’accepter cette nouvelle, se sortir du pétrin dans lequel Frances et Helle s’étaient plongées allait s’avérer une tâche plus ardue encore.

‘J’ai ma réponse,’ déclara Frances d’une voix qui se voulait assurée mais trahissait néanmoins un certain trouble. Se faisant, elle glissa la lettre dans son corsage pour pouvoir la relire plus tard afin de mieux s’enquérir des dires de Fauconberg, rangea le reste de la correspondance dans la boîte et remit le tout dans le placard que Helle avait ouvert. La peur d’être surprise lui insufflait un courage nouveau, il ne fallait point perdre l’occasion de s’en servir. Lorsqu’elle se retourna enfin vers Worton, elle ne vit point la blessure qu’elle lui avait infligée, car son amie avait commencé à l’envelopper dans une longue cape noire. Elle eut une brève vision de son visage figé avant que celui-ci ne soit recouvert d’une capuche. Tremblant légèrement, elle se dirigea à pas légers vers la porte qu’elle entrouvrit pour vérifier que la voix était libre.

‘Il n’y a personne. Nous pouvons nous engager,’ murmura-t-elle à sa complice. ‘Mais avant cela, j’aurais besoin que vous refermiez le dos de ma robe…’ Sa voix se perdit dans le fond de sa gorge. Et dire que plusieurs minutes auparavant, Worton avait délacé le corsage de sa robe, avant de se retrouver terrassé par le poison… Frances tressaillit en sentant Helle remettre en place le tissu, mais étrangement, elle retrouva une certaine contenance lorsqu’il fallut porter le corps. Elle se plaça à la gauche de Worton, le releva pour attraper son bras et le passer le long de ses épaules tandis que sa complice faisait de même de l’autre côté, et dans un merveilleux ouvrage de synchronisation, les Weird Sisters relevèrent le cadavre et le portèrent vers la porte. Quelques pas encore et elles se retrouvèrent à descendre les marches d’un escalier désert, tandis que leur parvenaient des rires en provenance de la salle de réception…

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La Belle Dame sans Merci
I met a lady in the meads,/Full beautiful, a fairy's child;/Her hair was long, her foot was light,/And her eyes were wild. ⌘ John Keats

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MessageSujet: Re: ‘And thy secret shall I have, if thou dare to save thy life’ (Helle)   ‘And thy secret shall I have, if thou dare to save thy life’ (Helle) Icon_minitime16.10.12 0:10

La mort de Worton n’était pas prévu au programme des réjouissances. C’était un accident, un grain de poussière qui avait déréglé la machine et en avait fait sauter les rouages, un dommage collatéral de leur infernale entreprise et surtout des secrets désirs de revanche de Lucy of Longford. Une mort qui n’aurait pas dû arriver, mais qui avait tout de même décidé de se placer sur leur chemin, comme un châtiment destiné à les prendre à leur propre piège. Pour peu, Helle en aurait eu envie d’étrangler à deux mains le Destin avec son bandeau sur les yeux qui devait sacrément ricaner du tour pendable qu’il venait de leur jouer. Ou qui que ce soit d’autre d’ailleurs : elle avait envie de trouver un responsable et de lui tordre proprement le cou pour évacuer la pression qui d’un seul coup s’abattit sur ses épaules. Dommage, Worton –qu’elle tenait pour responsable de son propre sort d’ailleurs- était déjà mort. La vie était décidément mal faite. Enfin, pas tant que ça, car heureusement le sort avait eu l’ingénieuse idée de doter la danoise de nerfs d’acier aussi solides que les rocs qui avaient un jour peuplé l’île de Rügen dont elle était originaire. Le chemin pour y arriver avait été long et ardu, fait d’insultes, d’épreuves et d’exils successifs, et ses nerfs avaient été mis à rude épreuve avant de se consolider pour être aussi tendus, mais résistants que du fer. Un sang-froid à toute épreuve, même à l’épreuve d’un cadavre inattendu dans la chambre d’un parfait inconnu pendant une opération de chantage au poison. Il y avait probablement quelque chose qui ne tournait pas tout à fait rond chez elle, à la réflexion ; mais elle n’avait pas le temps de s’y arrêter pour l’instant. Elle remit donc l’examen de son état mental à plus tard et continua de fouiller les placards de leur victime, cherchant un manteau assez grand pour dissimuler sa blessure malgré les mouvements que le vêtement ne manquerait pas de faire pendant qu’elles déplaceraient le corps. Malheureusement, il semblerait que le triste sire n’ait dans sa garde-robe que des manteaux courts ! Se croyait-il revenu à l’époque d’Henri « Court-manteau » celui-là ? Helle lâcha plusieurs grognements en danois, avant d’ouvrir d’autres portes à la volée et d’enfin tomber sur un manteau qui conviendrait. Elle déposa le vêtement sur le lit et, bien décidée à en découdre, se tourna vers le cadavre toujours au sol. Worton devait facilement faire deux fois son poids avec son embonpoint, le bouger pour le redresser n’allait pas être une partie de plaisir… Mais comme il y avait une centaine d’invités en bas qui pouvaient monter à tout moment, elle décida qu’il n’était le moment ni de paniquer, ni de reculer. Elles étaient allées trop loin pour se le permettre.

‘J’ai ma réponse,’ entendit-elle Lucy déclarer dans son dos alors qu’elle venait d’adosser Worton à son lit et entreprenait de l’envelopper dans son manteau noir. Remarquant une intonation bizarre dans sa voix la danoise tourna la tête et surprit l’ombre qui avait passé sur le visage de sa partenaire. Elle comprit aussitôt que leur expédition n’avait finalement pas porté ses fruits. La réponse que Lucy était venue chercher n’était pas celle qu’elle attendait, et ce constat la contrariait beaucoup. Helle ne fit donc aucun commentaire et retourna à son enveloppage. Raison de plus pour ne pas traîner plus longtemps dans les parages. Elles n’avaient plus rien à faire sur scène, le rideau n’allait pas tarder à tomber. Il s’agissait de ne pas rater leur sortie. Laissant le buste sans vie de Worton tomber contre son épaule pour le maintenir alors qu’elle passait la cape sur ses épaules, elle ne put réprimer une grimace. Elle n’avait pas l’habitude de manipuler des cadavres et l’expérience n’avait rien d’agréable. Une fois la cape passée sur les épaules de leur victime, elle repoussa le buste contre le lit et rabattit le capuchon sur la tête à jamais inexpressive de Worton. Disparu. Elle laissa échapper un bref soupir de soulagement et s’autorisa une pause de quelques secondes avant de reprendre son opération d’arrangement de cadavre. Elle entrouvrit le pourpoint de Worton pour insérer un épais mouchoir en tissu plié en quatre entre la blessure et le tissu, afin d’arrêter l’hémorragie ou du moins de la prévenir suffisamment longtemps pour qu’il finisse de saigner dans le carrosse plutôt que devant les invités. Elle reboutonna le vêtement, rajusta la capuche, puis se releva, les poings sur ses hanches frêles, pour contempler son œuvre. Même les comédiens de Racine n’auraient pu faire si bien illusion. Elle en ressentait même une pointe de fierté, et c’est presque avec un sourire triomphant qu’elle se tourna vers Lucy qui s’adressa à elle :

‘Il n’y a personne. Nous pouvons nous engager. Mais avant cela, j’aurais besoin que vous refermiez le dos de ma robe…’
« Venez-là, je vais m’en occuper. » répondit Helle en se plaçant dans le dos de sa complice. Le corsage était défait pratiquement jusqu’en bas. Soit Worton n’était pas un homme patient, soit elle avait légèrement tardé à venir les rejoindre. Elle se mordit légèrement la lèvre inférieure. Finalement, la perte de Worton était de moins en moins regrettable. Avec toute la délicatesse possible, elle renoua les deux liens jusqu’à la nuque blanche de Lucy et remarqua le tressaillement de son amie. La danoise baissa brièvement les yeux sur le cadavre et lui dédia –inutilement- un regard noir. Les hommes comme Worton la répugnaient. Elle n’était pas une blanche colombe, mais elle n’avait eu dans sa vie qu’une seule histoire extra-conjugale. Elle soupçonnait cet affreux bonhomme d’avoir plus souvent que cela allongé des corps dans ce lit pour s’en débarrasser dès le lendemain comme une paire de gants que l’on n’utilise plus. Elle n’éprouvait pour ce genre d’homme que du mépris, et ne se cachait pas de leur dire. Enfin, celui-là avait eu droit à un sort certainement bien mérité, au final.

« Nous en avons bientôt terminé. Nous l’embarquerons dans le carrosse et le laisserons dans un fossé où personne ne le trouvera avant un certain temps. Et d’ici-là, nous aurons depuis longtemps disparu dans la nature. Worton ne sera plus qu’un mauvais souvenir. » chuchota-t-elle à l’oreille de sa partner in crime en posant délicatement une main sur son épaule. Puis, dans un bruit de tissu froissé, elle se détourna pour se concentrer sur Worton et la dernière partie de leur plan d’évasion. A savoir le faire sortir de là en le faisant passer pour un ivrogne plutôt qu’un macchabé. Plus tôt elles en auraient fini, mieux ce serait pour tout le monde. De concert avec Lucy, Helle se baissa de l’autre côté du cadavre et le chargea sur son épaule, grimaçant sous son poids –elle n’était pas taillée pour la musculation !- et s’assura de leur équilibre général. Elles s’essayèrent à quelques pas, avec succès, et arrivèrent à la porte. Echangeant un regard sans un mot, les Weird Sisters traversèrent le palier. L’aventure reprenait.
Jusqu’à l’escalier, elles n’échangèrent pas un mot, le front plissé, le regard concentré. Mais dès qu’elles commencèrent à descendre les marches et donc à reparaître en public, chargées de leur poids mort, la métamorphose s’opéra. Leurs visages s’illuminèrent, un sourire démontra à quel point elles s’amusaient à cette fête, et des rires complices s’échappaient de leurs blanches gorges pour s’élever dans l’air comme des notes de musique si parfaitement assorties à l’atmosphère. Sans que personne ne se doute de la macabre tragédie dont elles étaient les instigatrices et dont elles portaient la preuve la plus flagrante sur leurs épaules, au milieu d’une centaine d’invités. Elles arrivèrent en bas de l’escalier sans encombres, mais le plus difficile commençait maintenant : traverser la foule sans que personne ne se doute de rien. Elle pria pour que le mouchoir probablement imbibé de sang tienne en place, et le parcours du combattant reprit. Zigzaguant au milieu des invités, en restant aussi synchronisées que possible pour ne pas faire tomber Worton au sol, le tout en prétendant avoir un peu trop bu aussi, l’exercice relevait du véritable exploit.
Elles avaient pourtant presque atteint la sortie lorsque l’homme à qui Helle avait fait du charme tout à l’heure la reconnut et revint à l’attaque.

« My lady ! Vous revoilà, je commençais à me dire que vous m’aviez abandonné ! Allons, laissez-là cet ivrogne et laissez-moi vous inviter à converser autour d’une coupe de cet exquis champagne… »

Si Helle lâcha dans sa tête une ribambelle d’injures en danois, au dehors elle afficha un sourire angélique sans regarder Lucy. Au moins leur stratagème avait l’air de marcher : Worton passait bel et bien pour un ivrogne.

« Oh Sir, je suis absolument navrée, mais il faut que j’aide mon amie à porter son compagnon jusqu’au carrosse. Toute seule, elle n’y arriverait pas ! »
« Qu’à cela ne tienne, je vais vous aider ! Laissez-moi porter ce rustaud, nous nous en sortirons plus vite ! »

Quel pot de colle, celui-là ! Helle se sentit soudain prise au piège. Si elle refusait, voilà qui paraîtrait peut-être louche aux yeux de son galant. Mais si elle acceptait, il risquait de découvrir rapidement qu’il portait un cadavre… Et elle ne pouvait pas courir ce risque. Elle sourit donc de plus belle en affichant une moue désolée.

« Allons sir, soyez raisonnable, vous avez si bien bu que vous ne marchez plus droit ! Tenez, prenez cette bague en gage de mon retour. Elle m’a été offerte par ma propre sœur, soyez donc certain que je reviendrai la chercher ! » improvisa-t-elle en retirant l’une de ses bagues, en réalité offerte par le duc de Luden peut avant son départ du Danemark. Pour sauver sa peau et celle de son amie, elle pouvait bien faire ce sacrifice. Apparemment satisfait par ce marché, l’homme hocha vigoureusement la tête et lui indiqua l’endroit où il l’attendrait avant de s’éloigner d’un air guilleret. Helle soupira de soulagement et rétablit l’équilibre de Worton sur son épaule avant de lancer un regard à Lucy pour reprendre leur marche. Pour une fois, elle aurait presque souhaité que son mari soit là. Avec sa stature de colosse, il n’aurait eu aucun mal à porter Worton, lui !
Enfin, les deux jeunes femmes atteignirent la sortie et affrontèrent le froid mordant de la nuit. Cette fois, ce fut Lucy qui reprit les commandes : elle seule savait reconnaît son carrosse. Helle la suivit donc, et au bout de quelques instants, elles montèrent dans un véhicule en chargent leur colis sur le siège passager comme s’il était encore vivant. Il fallait maintenir l’illusion jusqu’à ce qu’elles soient complètement seules, isolées sur la route. Jusque-là, elles devraient s’accommoder de cette fantomatique vision à leurs côtés. Helle déglutit et passa une main fébrile sur son front avant de retrouver contenance, légèrement mise à l’épreuve par ce chemin de croix.

« Y allons-nous ? » souffla-t-elle à sa partenaire.

Cette mascarade n’avait que trop duré. Il était temps de se débarrasser de Worton.
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Frances Cromwell

« s i . v e r s a i l l e s »
Côté Coeur: Certes, mon époux y occupe une place, mais le reste est tout entier dévoué à ma vengeance.
Côté Lit: Personne, hormis mon époux, à l'occasion, en Angleterre. Mais comme je suis en France à présent...
Discours royal:



La B e l l e D a m e sans Merci

Âge : 28 ans
Titre : Comtesse de Longford
Missives : 716
Date d'inscription : 06/06/2008


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MessageSujet: Re: ‘And thy secret shall I have, if thou dare to save thy life’ (Helle)   ‘And thy secret shall I have, if thou dare to save thy life’ (Helle) Icon_minitime09.12.12 0:25

Un pas, puis deux, puis trois. L’escalier s’étendait là, devant les deux jeunes femmes. Supportant Worton, elles entreprirent de descendre silencieusement les marches qui les ramèneraient à la réalité, à cette foule joyeuse et bruyante, à toute cette… vie. Ce faisant, elles reprirent, à la manière des comédiennes ou des plus fines intrigantes, des mines de circonstance, affichant sur leurs visages une bonne humeur factice. Frances s’efforça d’étouffer la crainte qui tourmentait son cœur. Un pas, un seul faux pas, et la supercherie serait découverte. Le meurtre serait révélé. Le mot serait murmuré, puis reprit dans une clameur sourde. On se saisirait des deux femmes et on les conduirait à la mort. Serait-ce donc la fin de la demoiselle Cromwell ? Et Helle ? Elle était pourtant innocente, ne pouvant se douter que derrière Lucy se cachait Frances, et que le prétexte d’affaires familiales dissimulait une vengeance sordide. Non, le masque ne tomberait pas. Il ne tomberait plus. Scrutant le reste des marches qu’il leur restait à descendre, Frances songeait—non sans frémir—au moment où elle avait entraîné Worton vers son destin funeste. Elle se souvenait encore de son contact, et de ses grandes mains qui défaisaient les cordons de sa robe. Il avait essayé de l’embrasser sur cette marche, elle en avait grimpé trois autres pour éviter ses lèvres, et il l’avait suivi. La Belle Dame sans Merci avait frappé. Si seulement il avait parlé ! Si seulement le masque n’était pas tombé…

La Fortune s’était montrée capricieuse ce soir-là, et se jouait encore des deux jeunes femmes. Sortir un cadavre en traversant une foule joyeuse de courtisans éméchés n’étais guère chose aisée. Etait-ce seulement possible ? On viendrait leur parler, leur proposer de l’aide pour porter ce fardeau d’ivrogne et alors… Frances peinait sous le poids du mort, comme-ci ce dernier ajoutait du labeur à la tâche déjà difficile des deux complices afin qu’on le remarque, et qu’on devine le crime. Pendant quelques secondes, la jeune Cromwell se demanda s’il n’était point en train de leur servir une comédie à sa manière, une farce horrible où il reprendrait vie et s’écrirait : ‘à moi, on m’assassine !’ Mais le bras qu’elle avait fait passer sur ses épaules était bel et bien inerte, les muscles ne répondaient plus, les jambes ne le supportaient plus. Pouvait-on à ce point feindre la mort ?

‘My lady !’ s’exclama soudain une voix sortant de nulle part. ‘Vous revoilà, je commençais à me dire que vous m’aviez abandonné ! Allons, laissez-là cet ivrogne et laissez-moi vous inviter à converser autour d’une coupe de cet exquis champagne…’

Pendant deux secondes, Frances crût que son cœur venait de s’arrêter. Le destin s’acharnait-il à ce point ? La Fortune voulait-elle voir ces deux jeunes femmes pendues pour leur crime—ou plutôt celui de la demoiselle Cromwell— ? Elle ferma les yeux, comme pour chasser de sa vue cet importun, ce courtisan lambda qui dans quelques secondes serait considéré comme témoin clé dans l’affaire du meurtre de Worton. En vain, elle espérait qu’il disparaisse, qu’il tombe raide mort, là, à leurs pieds, pour qu’elles puissent continuer leur route jusqu’au carrosse. Après tout, un cadavre de plus, au point où elles en étaient… Mais ce fut Helle qui reprit la situation en main, et Frances observa, médusée, le stratagème de son amie.

‘Oh Sir, je suis absolument navrée, mais il faut que j’aide mon amie à porter son compagnon jusqu’au carrosse. Toute seule, elle n’y arriverait pas !’

Elle était si convaincante ! Sa voix et le ton qu’elle prenait collaient parfaitement au personnage de la bonne amie qui aidait sa compagne à ramener au bercail son amant qui avait un peu trop forcé sur la bouteille. Un peu plus, et on aurait pu croire à une comédie, ou une scène devenu gênante de par sa fréquence. Frances ne voulait ni ne pouvait contredire Helle. La ruse était habile, et pouvait bien marcher sur ce courtisan. Elle s’efforça de prendre une mine gênée, comme si tout cela la mettait dans l’embarras, mais sur ses épaules, elle sentait peser le poids de Worton. Ou était-ce la culpabilité de ce meurtre non-souhaité qui la tourmentait ?

‘Qu’à cela ne tienne, je vais vous aider ! Laissez-moi porter ce rustaud, nous nous en sortirons plus vite !’

La réponse de ce ‘galant’ faillit mettre à mal les dernières défenses de Frances. Elle était certaine que si le vivant touchait le mort, ses propres nerfs lâcheraient, et elle s’écroulerait sur le sol en avouant haut et fort qu’elle était l’auteure de ce meurtre. Jamais encore le mensonge n’avait été si difficile à supporter. Pendant quelques secondes, elle se demanda s’il ne valait pas mieux tout avouer, pour que le tourment prenne fin. Et si c’était Dieu qui lui envoyait cette épreuve pour la punir de son crime ? Profondément croyante, comme tout Puritaine qui se respecte, la jeune Cromwell redoutait cette issue comme la peste. Avait-elle donc tort de se venger des Stuarts ? Elle avait pourtant lu Milton, qui soutenait qu’un tyrant n’était point un roi, et qu’il appartenait au peuple d’en finir avec lui. N’était-ce pas ainsi qu’il fallait agir ? Pour que brille à nouveau l’âge d’or du Commonwealth ?

‘Allons sir, soyez raisonnable, vous avez si bien bu que vous ne marchez plus droit ! Tenez, prenez cette bague en gage de mon retour. Elle m’a été offerte par ma propre sœur, soyez donc certain que je reviendrai la chercher !’

Beaucoup plus terre à terre et moins défaitiste, Helle venait de rétorquer un nouveau mensonge, et cédait à l’homme l’une de ses bagues pour prouver sa bonne foi. Un présent que l’individu sembla accepter de bon cœur, accordant toute confiance à cette jeune beauté qu’il allait retrouver dans quelques minutes—il en était persuadé. Reprenant leur chemin, les deux complices atteignirent bientôt la porte d’entrée par laquelle elles étaient passées plus tôt dans la soirée. Frances sentait dans son dos le regard du ‘compagon’ d’Helle fixant leur étrange équipée. Elle essaya de ne point y prêter attention, retrouvant à nouveau par petites doses le courage et le sang froid qui lui faisaient défaut mais dont son amie ne semblait point manquer. Quelques pas encore, et elles furent dehors.

Frances repéra au premier coup d’œil son carrosse, probablement guidée par la silhouette de son cocher—en réalité un valet, autrefois au service de son amie Lucy, et à qui elle faisait entièrement confiance—qui se détachait dans la nuit. En un éclair, il sauta sur le sol, et rejoignit en quelques enjambées les deux femmes, afin de leur porter assistance, sans trop s’étonner de voir sa maîtresse traîner un cadavre avec elle. Bientôt, le fardeau de Worton s’allégea sur les épaules de Frances et—elle l’espérait—sur celles d’Helle également. La jeune Cromwell se hissa à la suite de son amie dans le carrosse, avant d’accueillir le cadavre, qui fut adossé sans ménagement contre une paroi du carrosse, assis à même le sol, après qu’il eut été convenu qu’il serait trop peu discret sur le siège passage. Au moment où le cocher allait refermer la porte, Frances lui murmura : ‘we need to hide him.’ L’homme hocha la tête et ferma silencieusement la porte, comme si tout ceci était parfaitement normal.

‘Y allons-nous ?’ lui souffla son amie. Pour toute réponse, Frances hocha la tête. Il ne fallait point s’attarder en ces lieux.

Avant que le carrosse ne s’ébranle, la jeune Cromwell eut le temps d’apercevoir son amie passer sa main sur son front, et son cœur se serra en songeant à tout ce qu’elle avait dû endurer par sa faute. Elle n’aurait jamais dû lui demander de venir. C’était stupide et égoïste de sa part. Mais d’un autre côté, elle ne s’en serait jamais sortie sans Helle. Elle serait encore là haut, seule, avec le cadavre. Le jour l’aurait trouvée, et la potence l’aurait accueillie comme pour les autres criminelles. Elle avait été orgueilleuse de vouloir tenter ce coup-là. N’aurait-elle pu se contenter des potins de la Cour pour se renseigner ? L’humilité la prit, et elle eut au cœur un élan de gratitude pour son amie, cette complice fidèle en qui elle était à présent sûre de placer toute confiance. Elle avait envie de la prendre dans ses bras et de lui dire mille fois merci, mais la tension et la peur dont elle peinait encore à se débarrasser la retinrent de toutes ces effusions.

‘Je vous remercie Helle,’ murmura-t-elle. ‘Pour tout, votre aide votre présence et vos ruses. Sans vous j’étais promise à la potence…’ Il n’y avait que peu de mots, mais le regard que Frances appuyait sur sa complice brillait de par sa sincérité. La scène aurait d’ailleurs était des plus émouvantes, s’il n’y avait eu ce cadavre à leurs pieds et dont la tête cognait de temps à autre contre la porte du carrosse à mesure que celui-ci parcourait les routes de campagne. L’attention des deux femmes fut prise un instant par cette gêne, et Frances finit par se pencher vers le cadavre pour la placer dans une position plus commode. Ses doigts rencontrèrent la peau froide de Worton et elle tressaillit. Puis elle reprit son courage et déplaça légèrement le corps. Enfin, elle reprit sa place contre le dossier de son siège, quand soudain elle… éclata de rire. C’était un rire nerveux à n’en pas douter, un rire plein d’ironie face à la situation dans laquelle les deux femmes s’étaient trouvées quelques instants plus tôt. Elle rit, elle rit… Et dire qu’elles auraient pu finir au bout d’une corde !

Le carrosse s’arrêta enfin, et le rire de Frances cessa aussitôt. Bientôt la porte s’ouvrit et le cocher passa sa tête par l’ouverture. Il croisa le regard de sa maîtresse, et comme si les deux s’étaient concertés, il saisit le buste de Worton et l’attira vers lui, tandis que Frances soulevait ses pieds. Elle sortit du carrosse à son tour, et observa son valet faire basculer le mort sur son épaule et le porter jusqu’à un fossé entouré de hautes herbes. Il faisait nuit, mais les lanternes du carrosse éclairaient suffisamment l’espace pour que la jeune anglaise puisse voir où son valet menait Worton. Elle fit quelques pas timides et eut un léger sursaut lorsque le corps bascula dans le fossé sous l’impulsion de ce mystérieux ‘fossoyeur’. Et puis elle resta là, à contempler la scène, si bien que son cocher vint timidement lui poser une main sur le bras, pour l’encourager à retourner dans le carrosse.

‘My Lady, you should go back to your friend… He shall not be found. And if this should happen, his body woudn’t be recognisable…’

Frances obéit enfin, se laissant guider, et le carrosse s’ébranla de nouveau. Elle jeta un coup d’œil à Helle, et lut sur ses traits toute la fatigue, l’angoisse et la peur qui les avaient tenaillées toutes les deux au cours de cette soirée. Et dire que tout ceci n’aurait jamais dû se produire. C’était un accident regrettable, et elles avaient eu de la chance de s’en sortir. Si elles avaient été prises, Frances savait qu’elle n’aurait pu se remettre d’avoir entraînée Helle à sa suite. Elle avait des attaches, un enfant…. Elle ne méritait pas de mourir pour une cause qui n’était pas la sienne. A un cheveu près, cela aurait pu arriver. La demoiselle Cromwell se mordit la lèvre en observant le paysage qui défilait. La lune brillait, haute et majestueuse, éclairant la honte et le désespoir de Frances. York ne pourrait pas devenir sa cible, du moins pas avant longtemps, et il faudrait se contenter de la Duchesse d’Orléans ou de cet insaisissable Richmond…

Se tournant vers sa compagne, elle murmura, honteuse : ‘je suis sincèrement navrée de vous avoir entraînée dans cette histoire Helle…’

Spoiler:
 

______________________

La Belle Dame sans Merci
I met a lady in the meads,/Full beautiful, a fairy's child;/Her hair was long, her foot was light,/And her eyes were wild. ⌘ John Keats

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MessageSujet: Re: ‘And thy secret shall I have, if thou dare to save thy life’ (Helle)   ‘And thy secret shall I have, if thou dare to save thy life’ (Helle) Icon_minitime10.02.13 17:29

Avait-elle rêvé ? Maintenant qu’elles étaient toutes les deux assises dans la voiture et s’éloignaient des lieux des festivités –et du drame bien involontaire qu’elles avaient provoqué- il semblait à Helle que tout ceci n’avait été qu’un mauvais rêve et qu’il fallait qu’elle achève d’émerger de ce sommeil dérangé dans lequel elle s’était débattue pendant quelques heures, ou quelques minutes, elle avait perdu le compte. Pourtant, sa présence même dans ce carrosse, la pâleur de Lucy, et surtout ce cadavre toujours présent à leurs pieds et roulant de quelques centimètres à chaque mouvement du véhicule pour aller buter contre leurs robes, tout cela lui rappelait qu’elle était encore dans la réalité. Et que Worton, tout mort soit-il, n’était pas prêt d’en partir. Mal à l’aise, Helle releva les yeux de leur ‘trophée’ et se concentra sur le paysage obscur qui défilait par la fenêtre du carrosse. Bien qu’elle s’efforçât de conserver des traits impassibles et y arrive plutôt bien malgré les couleurs qui avaient quelque peu déserté son visage, Helle n’en menait pas bien large. Plus le carrosse avançant dans la nuit, et plus Helle mesurait toute la portée de leur acte et ses conséquences possibles. Elles avaient tué un homme ! Ce qui au départ ne devait être qu’un chantage parfaitement maîtrisé et minuté par les deux complices avait fini par tourner à la farce sanglante, et elles n’avaient rien vu venir. Quelles inconscientes elles avaient été ! La danoise n’en revenait pas de s’être ainsi laissée prendre au jeu du complot et de l’intrigue : elle avait risqué très gros et s’était rendue complice de l’assassinat d’un parfait inconnu, pour la simple raison que l’idée avait emballé son imagination romanesque et par fidélité envers son amie, à qui elle avait simplement voulu rendre service. Service qui avait fini par tuer Worton et résulter en ces deux femmes essayant de faire disparaître un cadavre. La situation était horriblement ironique. Helle, la sage petite Helle à qui l’on donnerait le bon Dieu sans confession, complice de meurtre ! Elle eut soudain envie de rire mais parvint à se contenir. Il n’aurait pas été correct de céder à l’hilarité, toute nerveuse soit elle, alors que le danger n’était pas encore tout à fait écarté. Elle se mordit donc la lèvre inférieure en croisant les mains sur ses genoux, serrant nerveusement ses doigts fins entrelacés comme pour les détendre. Puis elle se força à se concentrer de nouveau, au lieu de laisser son imagination vagabonder sur ce qui aurait pu leur arriver. Elles avaient beau avoir échoué lamentablement, elles s’en étaient remarquablement bien sorties pour deux criminelles amatrices, et il n’était plus question de flancher désormais. Puisqu’elles en étaient rendues là, autant continuer sur leur lancée. Et personne ne saurait jamais ce qu’il s’était réellement passé ce soir-là, même si on retrouvait un jour le cadavre de Worton. De toute façon, personne ne pourrait jamais identifier les deux femmes blondes masquées, si par miracle un de ces ivrognes parvenait à se souvenir de Worton porté par elles… Non décidément, plus elle y réfléchissait, plus la situation était sûre. Elles étaient pratiquement hors de danger.

‘Je vous remercie Helle,’ fit la voix de Lucy dans le noir, tirant la danoise de ses pensées. ‘Pour tout, votre aide votre présence et vos ruses. Sans vous j’étais promise à la potence…’
« Ne me remerciez pas Lucy, c’est bien normal. Après tout, si vous vous faisiez attraper, moi aussi, et je vous avoue que cette perspective de nous voir toutes les deux sur l’échafaud ne m’enchantait guère. Mais réjouissons-nous, nous avons l’air tirées d’affaire. Qui fait le malin tombe dans le ravin, peut-être, mais je crois que nous avons réussi à l’éviter pour ce soir. » répondit Helle avec une voix plus assurée que ce à quoi elle ne s’était attendue en jetant un regard entendu vers le cadavre. « Mais il faut se débarrasser du corps maintenant, et alors nous serons sauves. »

Lucy se baissa alors pour placer le cadavre –Dieu qu’elle avait encore du mal avec ce mot !- dans une position qui ne les indisposerait pas et… éclata de rire. Un rire aussi inattendu qu’inapproprié et qui surprit Helle d’autant plus qu’habituellement, Lucy n’était guère du genre à éclater de rire pour un rien. Helle la regarda avec des yeux agrandis par la surprise, regarda le cadavre qui ressemblait désormais à un gros bébé en train de dormir… Et ne put s’empêcher de pouffer aussi. Les nerfs, certainement les nerfs, se dit-elle alors qu’elle essayait tant bien que mal de contenir ses hoquets de rire mais avec Lucy en face d’elle, ce n’était pas chose facile. Les nerfs, le soulagement, un peu de tout certainement, et les deux amies craquaient comme la corde trop tendue d’un arc. Et Helle devait encore plus prendre sur elle en imaginait brièvement la tête de son géant menaçant de mari si jamais il apprenait ce qu’elle avait fait ce soir-là. Oh oui, quelle tête il ferait, toute statue de marbre qu’il soit ! Voilà qui lui ferait certainement réviser son opinion sur cette gamine effacée qu’on lui avait donnée comme épouse douze ans plus tôt ! Douze ans qui avaient suffi à la transformer en une femme avec assez de nerfs et d’aplomb pour accepter d’apprendre l’art des poisons avec Sofia et de se rendre complice de chantage et de meurtre avec Lucy… Ah ça oui, elle en avait fait du chemin, la petite Helle, depuis Copenhague. Il n’y avait aucun doute sur le sujet.

Finalement le carrosse s’arrêta, et Lucy descendit avec son cocher après avoir fait sortir Worton comme ils le pouvaient. Le temps qu’ils se débarrassent du cadavre, et Helle put retrouver une certaine contenance, se sentant désormais moins tendue, moins mal à l’aise, et moins terrifiée. Le danger était écarté, maintenant. La vie pouvait reprendre. Si elle se sentait coupable de son acte de ce soir ? Elle n’y pensait guère, à vrai dire : Worton n’était qu’un inconnu mort dans des circonstances malheureuses. Elle ignorait s’il avait de la famille et ne tenait pas à le savoir, car c’est cela peut-être qui pourrait déclencher chez elle le remords ou le sentiment de culpabilité qu’elle voulait à tout prix éviter, pour le repos de son esprit aussi bien que sa sécurité ; car il n’y avait pas plus traître que les yeux pour trahir la culpabilité d’un assassin. Alors oui, Helle faisait taire sa conscience. Il fallait dire qu’elle avait été à bonne école au Danemark, ou chacun s’entretuait ou causait le malheur du voisin sans montrer le moindre signe de repentance. Elle avait hâte de se retrouver face à ses vieux ennemis : ne serait-ce que pour leur montrer ce qu’elle était devenue et les remercier avec toute l’ironie du monde pour avoir fait d’elle cette jeune femme sans véritable scrupule qu’elle pouvait facilement se révéler être quand ses intérêts étaient en jeu.

Lorsque Lucy remonta, Helle constata qu’elle était un peu moins pâle. Pourtant, elle devait se sentir toujours aussi mal à l’aise, puisqu’elle ajouta :

‘je suis sincèrement navrée de vous avoir entraînée dans cette histoire Helle…’

Décidément, quel drôle de duo que ces deux jeunes femmes au visage angélique, mais dont l’une ne montrait aucun regret à ce qu’il s’était passé tandis que l’autre ne semblait en éprouver que vis-à-vis de sa complice qu’elle avait failli entraîner dans une bien mauvaise passe. Les jolies blondes n’étaient plus ce qu’elles étaient, à l’époque… Helle sentit un nouveau poids se retirer de ses épaules alors que le carrosse se remettait en marche. Elle se pencha alors vers son amie et lui sourit en serrant sa main dans la sienne.

« Ne le soyez pas, Lucy. Nous nous en sommes bien tirées, et maintenant plus rien ne peut nous arriver. Worton ne sera plus qu’un mauvais souvenir et personne ne découvrira jamais que nous avons été impliquées, en tout cas certainement pas à cause de moi. Je serai aussi muette qu’une tombe, vous pouvez en être certaine. »

Helle se laissa aller contre le dossier de sa banquette à nouveau, le cœur plus léger. Elles s’en étaient sorties, ni elles ni sa fille n’auraient à pâtir de cette sordide histoire. Il n’y avait plus qu’à l’oublier, l’enterrer au fin fond de sa mémoire, et curieusement, Helle était très douée pour avoir la mémoire sélective quand elle le voulait. Elle allait maintenant rentrer à l’hôtel Farnèse, aller embrasser Ellen, puis regagner son lit pour une nuit de sommeil peut-être agitée, mais elle se connaissait assez pour savoir que ce serait la seule fois. Les nuits suivantes, l’émotion serait passée, et le fantôme de Worton ne viendrait plus la tourmenter. Les fantômes n’étaient pas de taille contre elle, dont l’esprit à défaut du corps était une véritable forteresse contre les mauvais souvenirs, les regrets, et toutes les émotions qui pouvaient lui nuire. Non, Worton ne reviendrait pas la hanter. Lui pas plus que les autres.

La fin du trajet se déroula dans le silence, chacune des jeunes femmes méditant sur leur mésaventure ou les jours à venir. Quand découvrirait-on Worton ? Que conclurait-on de sa mort ? Remonterait-on la piste jusqu’à deux jeunes femmes blondes et masquées évanouies dans la nature ? Helle n’y pensait guère, prenant pour acquis le fait qu’elles étaient tirées d’affaire. La logique, aussi bien que toutes les hypothèses proposées par son imagination, le lui soufflaient. Et comme la baronne de Sola n’était pas supposée connaître Worton, elle n’aurait même pas à devoir feindre la peine ou le chagrin. Peut-être même n’entendrait-elle plus jamais parler de lui. Et c’était aussi bien comme ça.
Le carrosse s’immobilisa devant l’hôtel Farnèse, et Helle en descendit d’un pas léger. Puis elle se tourna vers Lucy et lui fit un signe de la main avant d’ajouter en concluant avec un sourire :

« Je vous souhaite une bonne nuit, ma chère Lucy. Ne vous morfondez point trop pour ce Worton ; après tout cela n’a été qu’un mauvais concours de circonstances. En tout cas, si vous avez besoin de quoi que ce soit, vous savez désormais où me trouver. Nous formons une bonne équipe, ne trouvez-vous pas ? »

Et elle s’éloigna, laissant derrière elle la nuit sombre qui avait vu les Weird Sisters commettre ensemble leur premier méfait… Et peut-être pas le dernier.

THE END.
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