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 Minuit, l'heure du crime || Luigi

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MessageSujet: Minuit, l'heure du crime || Luigi   08.02.12 14:28

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« Madame êtes-vous sûre que ce soit une bonne idée ? »

Ignorant royalement les inquiétudes –justifiées- de sa servante Birgit, Helle acheva de seller son cheval et vérifia une dernière fois que sa sacoche renfermait bien tous les ingrédients dont elle avait besoin pour les préparatifs qu’elle avait planifié de faire. Elle en resserra la boucle pour être sûre qu’elle tienne pendant sa chevauchée et attrapa l’animal par la bride pour l’amener dehors en douceur. Il était déjà minuit, mais la pleine Lune brillait si fort que le ciel en paraissait plus bleu que noir. Une nuit calme, claire, dégagée. Parfaite pour une petite échappée dans la forêt domaniale de Versailles.

« Madame ce n’est pas prudent, mademoiselle di Parma va s’inquiéter si elle sait que vous êtes sortie pour… »
« Je ne crois pas que la princesse s’inquiètera de quoi que ce soit et vous devriez en faire de même, ma chère Birgit. » répliqua Helle avec un sourire malicieux qui fit lever les yeux au ciel à sa chaperonne.

Sans plus attendre, elle grimpa sur la selle et se retrouva assise sur le dos de sa monture, dédia un clin d’œil à une Birgit passablement exaspérée et talonna son cheval qui n’attendit pas plus longtemps pour s’élancer dans la nuit. Bien sûr que Sofia ne s’inquièterait pas. Après tout n’était-elle pas l’une de ses complices dans l’art des mélanges ? Est-ce que cela n’avait pas été l’un des principaux sujets de leurs conversations depuis son arrivée ? S’il y en avait bien une justement qui pouvait comprendre les raisons de cette escapade nocturne, c’était justement l’italienne… Mais ça Birgit n’était pas censée le savoir. Personne n’était censé le savoir d’ailleurs. Les petits secrets entre amies ne faisaient de mal à personne n’est-ce pas ?
Helle traversa Versailles et arriva à la bordure de la forêt domaniale. Après s’être enfoncée dans les bois de quelques dizaines de mètres, elle descendit de sa monture et l’attacha à un arbre à l’abri des regards, préférant poursuivre la route à pied histoire que le bruit des sabots n’attire pas l’attention d’un éventuel rôdeur. Puis elle traversa les buissons en sens inverse en prenant garde de ne pas s’écorcher les jambes avant de déboucher sur un de ces sentiers étroits et cahoteux qui menaient droit au cœur de la forêt et s’y engagea sans hésitation. Elle se contente de garder la main droite près de ses jupes, et surtout près de la poche secrète qu’elle y a cousue pour dissimuler une dague… Ce genre d’endroit n’était guère sûr en temps normal, alors en pleine nuit pour une jeune femme seule… Autant parer à toute éventualité, se disait-elle en tendant l’oreille, ses yeux bleus sombres scrutant l’obscurité à l’affût du moindre mouvement. Mais tout était calme, aussi calme que si elle avait été au chaud dans son lit et qu’elle avait regardé la Lune luire par sa fenêtre. Un véritable instant de sérénité, pendant lequel l’attention de Helle ne faiblit pas cependant. Avec les années elle avait appris à ne jamais se fier aux impressions et à ne jamais se sentir en sécurité nulle part. A tout moment le radeau pouvait prendre l’eau et couler. Le vent tournait toujours, pour le meilleur comme pour le pire. Tant qu’à faire, elle préférait prendre ses précautions pour mettre la chance de son côté.

Au bout d’environ trois quarts d’heure de marche, elle finit par débusquer un cabanon abandonné qu’elle avait repéré en arrivant à Versailles, le genre de cachette idéale pour préparer ses mixtures sans risquer d’être interrompue ou surprise par un domestique ou un des invités de Sofia. Jetant un regard alentours, elle poussa doucement la porte en bois et entra. Refermant derrière elle, elle ferma également les volets bricolés à la va-vite et alluma quelques bougies dont la flamme se refléta un instant dans ses prunelles marines. Parfait. Posant sa sacoche sur la table elle en tira des fioles et bocaux aussi divers que variés, ainsi que quelques poignées d’herbes et organisa le tout selon une logique de classement connue d’elle seule avant d’aller s’assurer de nouveau que personne ne traînait au dehors. Il ne s’agissait au fond que d’inoffensives plantes et écorces, mais elle savait très bien que de nos jours la seule médecine qu’on considérait valable était celle de ces bouchers de médecins qui ne juraient que par les saignées, les lavements et autres tortures plus barbares les unes que les autres. Elle eut une pensée pour son ancien médecin, un arabe nommé Selim qui l’avait aidée à tirer sa fille des griffes de la mort à sa naissance et avait été renvoyé de la Cour danoise quelques jours plus tard… A cause de ses méthodes ou parce qu’il avait commis l’erreur d’être de son côté ? Elle soupçonnait ce départ d’avoir été causé par ces deux raisons ensemble, mais au moins avait-il eu le temps de lui transmettre un peu de ses connaissances… Et le reste n’avait été qu’une question de patience, de prudence et d’apprentissage discret. Refermant le battant du volet, elle alluma une dernière bougie et attacha ses longs cheveux blonds à l’aide d’une pince pour ne pas être entravée dans ses mouvements. La partie pouvait commencer.
Sortant de sous la table les instruments qui y étaient dissimulés, elle installa un dispositif qui lui permettait de faire bouillir de l’eau et pendant que la tout montait lentement à 100°C, elle sortit un couteau de sa sacoche et commença à hacher les feuilles d’aubépine le plus finement possible, mais laissa les fleurs en l’état. Ellen avait la santé fragile et avait toujours eu un rythme cardiaque trop rapide : des tisanes de fleurs d’aubépine lui permettaient de garder une tension normale et éviter des malaises, ou pire, des infarctus. Les brins de feuilles avaient l’effet contraire : elle les garderait donc pour un autre usage, même si elle ignorait encore lequel… Avoir des réserves de toutes sortes de plantes en prévision était toujours utile pour la préparation parfois imprévue de potions en tout genre. Absorbée dans ses mélanges, Helle oublia peu à peu son environnement, le froid, cette cabane moisie et la nuit noire au dehors. Toute son attention était concentrée sur ses mains et les objets qu’elle manipulait, comme une chorégraphie parfaitement organisée mais qui ne tolérait pas la moindre erreur. Helle se sentait bien dans ces moments-là, quand elle pouvait se livrer à sa marotte sans avoir à s’occuper de rien d’autre. Les dosages et préparations des ingrédients accaparaient toute son attention et elle ne pensait à rien d’autre : elle se vidait la tête en ne pensant plus qu’à ce qu’elle tenait entre les mains, sa notion du temps se limitant à « l’étape suivante » de sa préparation. Parfait pour oublier toutes ses contrariétés.

Soudain un « BOUM » retentit contre la paroi extérieure de la cabane, comme si un animal venait de s’y cogner, la faisant sursauter. Elle fit volte-face et s’empara de son couteau, le cœur battant à tout rompre dans sa poitrine. Qu’est-ce que c’était que ce bruit ? Un sanglier ? Un rapace blessé qui avait percuté le mur en chutant ? Se raccrochant à ces hypothèses plus rassurantes, elle n’en déglutit pas moins et raffermit sa prise sur son arme improvisée, tentant de garder son calme malgré la peur qui venait de s’emparer d’elle. Elle allait faire un pas vers la porte pour vérifier ce qu’il y avait au-dehors, mais celle-ci s’ouvrit brusquement et elle retint un cri de frayeur en voyant une silhouette humaine s’avancer dans l’encadrement. L’intrus aurait-il fait un pas de plus vers elle, elle l’aurait sûrement embroché sans se poser de question. Mais l’homme se tenait appuyé contre l’embrasure, comme s’il peinait à garder son équilibre et à la lueur des bougies elle constata rapidement qu’il était jeune et surtout…. Blessé ou malade, vu sa pâleur fantomatique. Néanmoins elle garda son couteau dans la main ; on ne savait jamais.

« Qui êtes-vous ? » demanda-t-elle en essayant de calmer sa respiration saccadée à cause de son cœur affolé. « Et que faites-vous dans cette forêt ? Êtes-vous un brigand ? »

Si c’était le cas, c’était un brigand bien mal en point. Il tenait à peine debout ! Mais prudence était mère de sûreté et il avalait mieux ne pas prendre de risque avec ce genre de personnage… Au moins, s’il s’en prenait à elle, elle avait de quoi se défendre !
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« s i . v e r s a i l l e s »
Côté Coeur: Tant qu'il bat encore, il battra fort pour son italien, le seul.
Côté Lit: Un certain florentin le partage la plupart du temps. D'autres aussi, moins souvent ...
Discours royal:



    CASSE-COU
    1000 vies,
    un corps


Âge : 27 ans
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Date d'inscription : 18/09/2011


MessageSujet: Re: Minuit, l'heure du crime || Luigi   15.02.12 13:52

Il savait que ce n'était pas une bonne idée cette sortie nocturne. Luigi l'avait senti à peine avait-il enfilé son manteau et bien mis sa capuche. Ce n'était pas un soir de mission, il devait juste rencontré quelqu'un qui avait des informations sur Barberini, et le rendez vous était ce soir. Colonna n'était pas en très grande forme ces derniers jours, passait une partie de ses journées à dormir, tentant juste de se montrer là où on l'attendait, comme au lever du Roi, à sa promenade et faire une apparition aux soirées appartement. Mais il le sentait, son corps avait besoin de repos et de soin. On avait beau lui répéter de se ménager, il ne savait pas faire, ce terrible désir de vivre le prenait au corps à chaque instant. Et comme chaque être humain, il y avait des périodes où son corps répondait difficilement. Et ces derniers jours, Luigi avait un corps qui se déconnectait de son esprit. Combien de fois avait il eu la tête qui tourne ? Des crampes sans raison dans les jambes en pleine promenade ? Sans oublier les nombreux vertiges qu'il avait à la fin de la journée. Souvent, dans son lit, Colonna voyait tout tourner autour de lui. Alors dormir était la meilleure solution … quand cela était possible ! Il sentait parfois sa cage thoracique se compresser, lui faisant mal, son cœur s'emballait sans raison et cela troublait son maigre sommeil.

Il n'y avait qu'à le regarder : les traits tirés et l'air plus pâle que d'habitude, Luigi arrivait en bout de course. Heureusement que le maquillage pouvait cacher quelques symptômes mais il s'était décidé de retourner dés le lendemain chez Lully, son amant serait ravi de l'accueillir pour quelques jours où ils seraient juste tous les deux. Mais avant, il devait aller à son rendez vous. Pour bien tenir, Luigi avait mangé et dormi, il était pour l'instant dans une petite forme mais suffisante pour faire quelques pas, écouter un informateur anonyme et rentrer. Il ne fallait pas lui demander de se battre ni de courir, cela ne serait pas possible. Seulement, le destin est cruel et c'est dans ces instants là que le corps montre des ressources insoupçonnés. Luigi avait rendez vous vers le bassin des Suisses, non loin de la statue de Louis XIV. Tout en discrétion, il s'était faufilé en dehors de ses appartements et avait longé le bâtiment, descendu sans bruit l'escalier. Luigi, les mains dans les poches, vérifiait qu'il avait de quoi se battre. Il avait laissé l'épée, trop conventionnelle, pour une dague et un pistolet. Les deux étaient à leur place mais il n'y avait techniquement pas de raison de s'en servir. Son contact se tenait déjà là, appuyé contre la statue. Luigi continua d'avancer mais quelque chose de brillant attira son regard sur sa gauche : un autre homme, une lame à la main. Un guet-apens ! Il se faisait avoir comme un bleu sur ce coup là, trop aveuglé à se venger de Barberini. Le premier homme se jeta sur lui, poignard à la main, Colonna évita son coup, lui mit son poing en plein dans la face et le poussa dans le bassin ! Le deuxième vint à son tour à l'attaque, plus subtil et plus agile, Luigi avait un type de sa trempe face à lui. La bagarre dura quelques longues minutes avant que le romain ne réussisse à planter sa lame dans le ventre de son adversaire et le laissa agoniser à ses pieds. Mais l'autre remontait de l'eau, plus menaçant encore.

« Je ne te laisserais que quand je te saurais bien mort. »
« Il faudra avant m'attraper. »


Et là, il fit ce qu'il s'était promis de ne pas faire : courir ! Luigi s'enfonça dans la forêt domaniale au pas de course. Agile et rapide, son physique n'allait pas du tout avec ce qu'il était capable de faire. Peu de monde pouvait se douter de ses ressources, sauf peut-être son assaillant. S'il était envoyé par Barberini, ce dernier avait du les briefer sur Paliano, qu'il n'avait réussi à le tuer au cours de toutes ces années ! La nuit n'aidait pas voir ais Luigi avait un incroyable instinct de survie et continuait de courir malgré les branches entourant ses chevilles et les multiples obstacles qui le faisaient presque chuter. Mais rapidement, il perdait de la vitesse, son cœur s'emballait et il éprouvait une difficulté à respirer. Pourtant, il ne s'arrêtait pas, l'homme n'était qu'à quelques mètres et il ne le laisserait pas vivant au milieu des bois ! D'un coup, une lourde charge tomba sur le prince qui se retrouva au sol, l'homme au-dessus de lui qui se mit à lui asséner quelques coups en pleine face. Incapable d'attraper une de ses armes, le jeune homme adopta une technique moins conventionnelle, qui consistait à attraper le premier objet venu et frapper de toutes ses forces. Et la branche qu'il saisit fut d'une extrême nécessité ! Déstabilisé un long instant, Luigi profitait pour déguerpir rapidement, sans demander son reste. Mais il ne pourrait pas courir de façon indéterminé : sa vue commençait à se troubler et un mal de tête le saisit avec rare violence, ses jambes lançaient une douleur cuisante.

Là encore, il ne vit pas l'homme arrivé à sa hauteur et le jeter contre une cabane abandonnée au milieu de nul part. Le choc fut violent et Luigi eut davantage la tête qui tournait, voyant deux ennemis au lieu d'un seul. L'homme le releva par le col et lui mit un couteau sous la gorge avant de murmurer :

« De la part de Barberini : va en … »

L'homme fut coupé dans son élan, baissa les yeux pour voir un poignard enfoncé dans son estomac, tenu par un Luigi impassible, bien que l’œil vitreux. Son ennemi recula, vacilla sur quelques pas avant de s'écrouler. Colonna sentait tout son être hurlé de douleur, il se sentait incapable de respirer, ne voyait qu'avec une multitude de tâches de couleurs et dut faire un effort surhumain pour faire quelques pas jusqu'à la porte de la cabane. Ici, il se reposerait pour la nuit, il se sentait incapable de faire de la marche supplémentaire. Jetant un œil sur son manteau, il vit la manche gauche en lambeau par les chutes et sa chemise blanche commençait à se teinter de rouge. Il avait été blessé ! Et avec sa maladie, il savait qu'il fallait arrêter cette petit hémorragie de suite sinon cela pouvait lui être mortel. Alors il ouvrit la porte avec fracas et découvrit … une femme ! Elle hurla de surprise en le voyant puis braqua son couteau en sa direction. Luigi cligna des yeux mais voyait désormais flou. Il se tenait dans l'encadrement de la porte, appuyé de tout son long.

« Qui êtes-vous ? Et que faites-vous dans cette forêt ? Êtes-vous un brigand ? »
« Je … »


Il se sentait incapable de dire plus, il pouvait à peine respirer, il commençait presque à suffoquer. Clignant plusieurs fois très fort des yeux, il put voir un peu l'intérieur : des plantes partout, quelque chose qui bouillait. Son esprit tenta réfléchir et où il pouvait bien être. Puis dans un éclat de lucidité, il sortit difficilement son pistolet et le braqua tant bien que mal vers la femme.

« S … sorcière ! »

Il arrivait à peine à parler et d'un coup, sans crier gare, ses jambes le lâchèrent et il tomba lourdement sur le sol, il essaya de se rattraper à une étagère mais vainement. Son arme lui échappa des mains et portant une main sur son cœur, il avait l'impression que sa dernière heure arrivée tant il avait mal. Mais pas question de capituler, quand la femme s'approcha, il rampa mollement pour garder une distance avec elle.

« M'a … M'approchez pas. » lâcha t'il dans un murmure.

Il mit sa main gauche en avant, faisant signe à la jeune femme de stopper son approche. La chemise s'était teintée de rouge sur une bonne partie de l'avant-bras. Luigi était dans un bien piètre état …


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« Vivre, c'est survivre. »


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MessageSujet: Re: Minuit, l'heure du crime || Luigi   29.02.12 16:33

Elle avait pourtant tout planifié. Helle se montrait toujours d’une extrême prudence quand il s’agissait de son art des plantes et de l’herboristerie et avait l’habitude de ne rien laisser au hasard quand elle organisait ses petites escapades, sachant pertinemment que si elle était surprise en plein dans ses activités, elle risquait très gros. Certes, manipuler les plantes n’était pas formellement interdit par l’Etat mais il était à peine toléré, et dans quelque Cour d’Europe que ce fut être taxée de sorcellerie n’était définitivement pas une option raisonnable. Cela avait bien failli lui arriver en Suède, une courtisane jalouse qui avait eu le malheur de la voir ramasser des plantes dans un des jardins du palais et s’était empressée d’aller en parler à un comte de ses amis. Fort heureusement, le comte en question était aussi un des grands admirateurs de Helle et il l’avait aussitôt avertie du danger. Elle s’était débrouillée pour discréditer sa détractrice et depuis n’avait plus eu aucun problème. Le Roi avait d’ailleurs été l’un de ses « client », lui demandant souvent de cette tisane qu’elle seule savait préparer et soulageait très efficacement les brûlures d’estomac. En Suède, elle avait donc eu une paix royale. Mais ici, à Versailles, sa situation était encore trop précaire pour qu’elle prenne le risque de se voir dévoilée, et elle ignorait si les français étaient plus ou moins tolérants que les suédois sur le chapitre de la médecine orientale ou des plantes.
Et voilà que maintenant elle se retrouvait face à un homme qui avait découvert sa cachette et était entré sans qu’elle ne voie rien venir. Quelle idiote ! Ce n’était pas un sanglier mais sûrement lui qui avait buté contre le mur tout à l’heure ! Brandissant son poignard dans sa direction, elle se maudissait intérieurement et se jura de ne plus revenir ici… Si jamais elle arrivait à se sortir de ce pétrin ! Pour une fois elle aurait dû écouter cette pauvre Birgit. Si elle apprenait son aventure elle l’enfermerait à double-tour dans sa chambre pour le restant de ses jours, en l’enchaînant au lit s’il le fallait. Elle ne connaissait que trop bien sa fidèle –un peu trop fidèle parfois – domestique. En attendant, le problème restait posé : que faire maintenant ?
Les nerfs tendus à l’extrême, Helle détailla l’intrus en guettant le moindre de ses mouvements. Il était jeune, elle ne lui donnerait pas beaucoup plus que son âge à elle. Il était grand, du moins le supposait-elle vu comme il était affalé contre le mur, et excessivement mince pour un homme qui devait approcher la trentaine d’années. Son visage aux traits aussi fins que ceux d’une femme était marqué par la douleur, ses cheveux châtains plaqués sur son front par la sueur et il avait le teint extrêmement pâle à la lueur des bougies. Mais ce qu’on remarquait immédiatement à cet instant précis, c’était la tâche rouge sur son bras qui ne cessait de s’étendre de seconde en seconde. Un rouge qu’elle ne connaissait que trop bien. Du sang ? Elle releva les yeux pour fixer les siens, moitié méfiante moitié interrogatrice. Qui don était ce diable d’homme ?

« Je … » finit-il par articuler avant de renoncer. Sa voix était rauque et faible. Il devait être en plus mauvais état encore que ce que sa blessure au bras ne laissait supposer.

Elle ne le lâchait toujours pas des yeux lorsqu’il commença à regarder autour de lui en plissant les paupières comme pour mieux distinguer. Se rappelant soudain ce qui l’entourait, Helle eut un mouvement de recul qu’elle interrompit sitôt amorcer. Il y avait trop de plantes dans la petite pièce, essayer de les cacher serait aussi indiscret qu’inutile, même face à un blessé ! Une lueur de panique passa dans ses yeux alors qu’elle se dit que maintenant, il saurait la reconnaître et pourrait aisément l’identifier à la Cour et raconter qu’elle manipulait les plantes. Précisément ce qu’elle avait voulu éviter. Alors à moins qu’il ne soit lui aussi un admirateur de la médecine arabe, il y avait peu de chances pour qu’elle s’en sorte aussi facilement ! Elle ne cilla pas lorsqu’il la regarda de nouveau avant de lâcher d’une voix si faible que ça en était presque risible :

« S … sorcière ! »

Ce fut plus fort qu’elle, elle ne put s’empêcher de rouler des yeux devant le qualificatif. Sorcière, tout de suite ! Cet homme n’était donc qu’un autre inculte parmi une foule, et il allait bien falloir qu’elle se débrouille pour lui échapper, ou le convaincre du contraire, ou le réduire au silence… Ce qui eût été facile, vu son état actuel et le poignard qu’elle tenait dans la main… Mais elle était en suffisamment mauvaise posture comme ça, elle n’allait certainement pas se coller aussi un meurtre sur le dos ! Sorcière peut-être, assassine, certainement pas ! Et pourtant elle aurait peut-être dû… Du moins était-ce ce qu’elle se dit en voyant le canon d’un pistolet soudain braqué sur elle. Elle se statufia pâlit en songeant qu’il allait peut-être tirer d’un instant à l’autre, mais la chance fut de son côté et les forces du blessé semblèrent l’abandonner. Il glissa à terre, son arme avec lui. Elle respira de nouveau et avant qu’il ne puisse faire le moindre mouvement s’empara de l’arme qu’elle jeta sur la table en continuant de le menacer avec son propre poignard. Que faire maintenant ? Il paraissait tellement mal en point qu’elle se sentirait coupable de l’abandonner là à son triste sort. Elle hésita donc encore un instant, puis posa son poignard sur la table et fit un pas vers le blessé mais…

« M'a … M'approchez pas. »

Ce n’était qu’un filet de voix, et pourtant il l’arrêta net. Qu’elle ne l’approche pas ? Pourquoi ? Parce qu’elle était une sorcière ? Une bouffée de colère fit briller ses yeux d’une lueur inquiétante et elle dû prendre sur elle et serrer les poings à s’en planter les ongles dans la paume pour ne pas le gifler. Dans l’état où il se trouvait, une pichenette aurait suffi à l’achever. Au lieu de ça elle prit le poignard et le pistolet, les enfouit dans sa sacoche et enfila son manteau à la vitesse de l’éclair avant de sortir de la cabane sans lui accorder ne serait-ce qu’un regard. Puisqu’il ne voulait pas de son aide, grand bien lui fasse ! Il allait probablement mourir ici durant la nuit, et au fond c’était peut-être encore ce qu’il y avait de mieux pour elle. Au moins ne pourrait-il pas témoigner contre elle pour sorcellerie ou elle ne savait quelle autre bêtise ! L’air frais de la nuit lui fouetta le visage, lui remettant les idées en place alors qu’elle marchait d’un pas résolu vers le sentier. Elle avait fait environ deux cents mètres quand le visage crispé de douleur du jeune homme lui revint en mémoire. Une pointe de culpabilité lui étreignit le cœur et elle s’arrêta. Pouvait-elle le laisser agoniser ainsi dans sa cabane ? Qui était ce garçon ? Que lui était-il arrivé pour se retrouver en si piètre état ? Avait-elle le droit de l’abandonner ainsi sans lui porter assistance ?
Prise entre sa conscience et sa prudence, elle hésita un moment, jetant un coup d’œil derrière elle comme si la vision de la petite cabane pouvait l’aider à décider dans un sens ou un autre. Ira, n’ira pas ? Alors que tout en elle lui criait de partir d’ici si elle voulait avoir une chance de s’en tirer, elle entendait presque une petite voix lui intimer le contraire… Finalement, après cinq bonnes minutes passées à peser le pour et le contre, à subir une impulsion puis une autre, à subir un véritable déchirement entre sa raison et sa conscience qui étaient rarement d’accord l’une avec l’autre, elle finit par lever les yeux au ciel en se mordant la lèvre inférieur.

« Verdammt ! » siffla-t-elle entre ses dents en faisant demi-tour. Sa conscience la perdrait peut-être, mais au moins elle aurait essayé !

En moins de temps qu’il ne faut pour le dire elle courut en sens inverse et fut bientôt de retour au cabanon. C’est seulement à ce moment qu’elle vit le cadavre d’un homme à côté de la porte. Elle eut un hoquet de surprise et ouvrit de grands yeux en se demandant d’où il venait, avant de comprendre que c’était probablement celui qui avait blessé son futur patient –s’il n’avait pas déjà passé à l’état de trépassé. Ignorant donc ce mort pour le moment, elle entra de nouveau dans la cabane et jeta rapidement un œil au jeune homme pour s’assurer qu’il était toujours vivant. Il semblait que oui… Plus ou moins. Elle se débarrassa de son manteau et sans prêter la moindre attention à ses protestations s’agenouilla devant lui, lui prenant d’autorité le poignet afin de mesurer son pouls qui battait bien trop rapidement tout en relevant sa manche déchiquetée pour inspecter la blessure, qui elle saignait beaucoup trop pour être normale. S’empara d’une bassine d’eau froide, elle y trempa un tissu blanc et entreprit de l’appliquer sur le visage de son blessé, espérant le réveiller suffisamment pour qu’il puisse l’écouter. Quand il essaya de l’éloigner, elle soupira :

« Ce n’est que de l’eau, pas du poison ! Restez donc tranquille pour l’amour du Ciel ! »

Quand elle fut certaine qu’il pouvait l’entendre, elle planta son regard dans le sien et débita d’un trait :

« Pour votre gouverne sachez que je ne suis pas une sorcière, mais une herboriste ! Sachez aussi que si vous restez sans soins, vous serez mort dans une heure. Mort, vous comprenez ? » insista-t-elle pour être sûre qu’il l’entendait bien malgré son état. « A vous de choisir ! Je peux vous soigner ici, ou bien vous laisser en tête à tête avec le cadavre que vous avez laissé dehors ! »

La balle était dans son camp maintenant ! A lui de décider de son sort !
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MessageSujet: Re: Minuit, l'heure du crime || Luigi   15.03.12 13:21

Souffrir comme un martyr était un bien doux euphémisme pour Colonna en cet instant. Non pas qu'il avait mal mais il avait très mal, affreusement mal, cela en devenait insupportable à chaque battement de cœur supplémentaire, chaque respiration de plus en plus difficile, à la moindre goutte de sang quittant son corps par sa blessure. Un véritable brasier s'enflammait dans son être, un immense bûcher interne qui lui faisait serrer les poings et grimacer comme pour ne pas hurler. De toute façon, il ne pouvait pas émettre des sons trop forts, Luigi avait déjà bien du mal à parler, en témoignait le peu de mots qu'il prononça face à l'inconnue qui le fixait. Non seulement il avait mal mais en plus il devait souffrir en silence, c'était intenable et intolérable, il était prisonnier dans son propre corps et ses geôliers étaient ses maladies. Voilà où ça le conduisait de vouloir toujours repousser les limites. Ces derniers temps, il était fatigué mais ne voulait pas trop se ménager du temps pour dormir davantage, pas de sieste durant l'après midi, il y avait tant à faire quand on était un courtisan, surtout doublé d'un espion. Son côté tête-brûlée venait de perdre des points car s'il aurait été en meilleur forme, il aurait pu courir plus vite, échapper à ses agresseurs et serait debout face à la jeune femme qu'il voyait flou, il lui aurait demandé qui elle était et ce qu'elle faisait. N'enquêtait-il pas sur les affaires de messes noires et de poisons ? Elle aurait fait une bonne suspecte. Mais ce soir, il pourrait être une parfaite victime, ne pouvant que se débattre mollement, et encore …

Que faisait elle ? Il voyait la silhouette féminine faire un geste, semblait poser son poignard puis revint vers lui. C'était sorti tout seul, Luigi ne voulait pas qu'elle l'approche. On peut être un espion, un garçon ouvert d'esprit et avoir pourtant des croyances ancestrales accrochés en lui. Mettez vous à sa place : une femme seule, au milieu des bois, dans une cabane à l'odeur de mélanges de multiples herbes et de pots un peu partout … c'était le lieu parfait pour une sorcière. Et à Rome, les sorcières, on les jette en prison ou on les brûle. S'il en avait espionné ? Oui, à plusieurs reprises, il avait même assisté à des messes noires dans des vieux cimetières romains. Il en a même été une victime une fois. Puis à Rome, on conspire comme on respire alors si ce n'est pas un spadassin qui vient vous poignarder ou vous trancher la gorge, c'est une sorcière qui vient vous empoisonner votre vin. Luigi avait vu, savait ce que ces femmes (sans être misogyne, il y a plus de sorcières que de sorciers) étaient capables, et ne voulait pas être un autre cobaye, ni une victime de leur magie noire.

Cela ne l'empêchait pas d'avoir toujours mal, son visage crispé par la douleur ouvrit la bouche pour hurler en silence. Rien ne sortait, il ne pouvait que tourner mollement la tête et voir la silhouette floue faire divers gestes, passer à côté de lui et partir. Elle s'enfuyait ! Que pouvait-elle faire d'autre ? Luigi ne voulait pas se faire soigner et s'il restait en vie, il pourrait la faire arrêter. Elle avait choisi la bonne solution, même si ce n'était pas la plus chrétienne. Resté seul, l'espion n'avait pour seul bruit son cœur au galop, son souffle rauque et difficile puis le bruit de la nuit. Et au fil des secondes, il se sentait plus faible, plus mal et avait l'impression qu'il allait mourir. Cette impression, il la connaissait pour l'avoir vécu plusieurs fois à un stade si critique. Son regard alla faire le plafond et fit une prière silencieuse, entrecoupées de spasmes de douleurs. Sans qu'il ne puisse rien contrôler, des larmes coulèrent, s'échappant de ses yeux bleus-gris pour sillonner ses traits creusés. Il allait mourir ici, seul, loin de tout … Cela lui fit aussi mal que ses douleurs physiques, cette impression d'abandon, qu'il n'avait pas eu le temps ne serait-ce que dire adieu, ni même recevoir ces sacrements chrétiens. Il voulait lutter encore mais il fallait se rendre à l'évidence, il n'avait même plus la force de quoi que ce soit. Pour lui c'était la fin, même s'il priait pour un miracle.

Et le miracle apparut. Elle était revenue ! Au moins, il ne serait pas seul, une inconnue, même sorcière, était toujours quelqu'un à ses côtés. Mais que faisait-elle ? Elle lui prit le poignet, il tenta aussitôt de se dégager mais ses gestes étaient si mous qu'il était vain de protester. Il ne comprenait plus grand chose à ce qu'il se passait, jusqu'à ce qu'un tissu blanc imbibé de liquide le fit sursauter et il voulut s'en débarrasser, peine perdue encore une fois. Sa tête tournait mais il pouvait écouter la jeune femme qui lui parla sur un ton dur qu'il ne s'agissait que d'eau. Plissant fortement les yeux, Luigi tentait d'examiner les traits de la jeune femme avec beaucoup de difficulté, mais s'il ne pouvait la voir correctement, il pouvait l'entendre.

« Pour votre gouverne sachez que je ne suis pas une sorcière, mais une herboriste ! Sachez aussi que si vous restez sans soins, vous serez mort dans une heure. Mort, vous comprenez ? » Il hocha de la tête de façon positive. « A vous de choisir ! Je peux vous soigner ici, ou bien vous laisser en tête à tête avec le cadavre que vous avez laissé dehors ! »

En temps normal, Luigi aurait renoncé à se faire soigner. Il avait une sainte horreur des médecins et de leurs pratiques barbares, quant à demander aux sorcières, plutôt mourir. Mais une herboriste était inoffensive, non ? Puis elle était revenue pour le soigner, cela voulait donc dire que cette femme n'était pas mauvaise. Levant son regard vers elle et après de nombreuses inspirations difficiles et douleurs, il lâcha enfin.

« Je ne veux pas … mourir. »

Une façon comme une autre de demander de l'aide, une autre larme roula sur sa joue creuse. On lui avait répété toute sa vie qu'il mourrait jeune. Un médecin avait dit à sa mère qu'il n'aurait jamais dix ans, il les a eu ; puis qu'il ne passerait jamais vingt ans, et il était encore là. Enfin un dernier médecin lui jura qu'avant trente ans, il aurait rejoint Saint-Pierre, Luigi avait roulé des yeux, assurant qu'il n'avait pas peur de mourir. Et pourtant, il venait de passer pas loin et craignait la mort. Surtout de mourir seul et dans la douleur, mais c'était mourir quand même. Pour une fois, il laissait son sort entre les bras de la médecine, aussi différente soit-elle des médecines traditionnelles. Non seulement Colonna n'avait pas le choix mais en plus il choisissait la voie raisonnable. Son regard n'avait pas quitté la jeune femme qui semblait chercher quelque chose, sûrement de quoi le remettre un peu sur pied. Essayant de se redresser, il se crispa en voulant forcer sur son bras blessé. Un léger son sortit et il vit blessure et le sang qui s'en écoulait. Trop de liquide rouge pour une petite blessure ! Secouant la tête pour essayer de voir plus clair, il vit un instant une lame briller. Si elle lui faisait une saignée, il mourrait sur le cou, il se plaqua davantage, autant que ses maigres forces pouvaient, contre le mur.

« Pas … pas de saignée ! »

Il ne connaissait pas les méthodes des herboristes, elle pouvait mélanger avec la médecine classique mais il ne pouvait ne rien dire. Mais plus que la blessure, c'était son cœur qui lui faisait mal. Il tapa si fort qu'il semblait résonner partout et surtout semblait vouloir sortir de place initiale. Il porta la main à son cœur et lâcha tout bas.

« Dio mio, il mio povero cuore … »

Si elle pouvait au moins calmer cela, Luigi lui en serait reconnaissant pour le restant de ses jours !

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« Vivre, c'est survivre. »


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MessageSujet: Re: Minuit, l'heure du crime || Luigi   09.04.12 15:29

Inconsciente. Elle était complètement inconsciente de revenir aider ce type alors qu’il l’avait vue en plein milieu d’une préparation, qu’il pourrait sûrement la dénoncer, puis l’envoyer en prison et enfin au bûcher. Ce n’était pas pour ça qu’elle était venue à Versailles ! Tout ce qu’elle avait voulu, c’était retrouver son mari, ou plutôt l’homme qu’on lui avait imposé il y avait douze ans de cela alors qu’elle n’était âgée que de quatorze ans, et pourquoi ? Parce que sa fille voulait connaître son père. Résultat des courses, elle se retrouvait à minuit au milieu d’une forêt à soigner un homme qu’elle n’avait jamais vu avant, qui pouvait aussi bien être un assassin patenté –après tout, il y avait toujours un cadavre dehors !- et qui pouvait l’envoyer brûler comme une sorcière ! Bon d’accord : si elle avait été un peu plus raisonnable, elle aurait compris que continuer à exercer l’herboristerie à la Cour de Louis XIV n’était décidément pas une idée judicieuse. Mais c’était plus fort qu’elle : cet art lui plaisait, la détendait, et lui était utile. N’avait-elle pas, grâce à ça, soigné sa fille à la santé fragile à plusieurs reprises ? N’avait-elle pas eu son petit succès discret à Stockholm ? Le roi de Suède lui-même n’avait-il pas bénéficié de ses potions ? Qu’y pouvait-elle si les français étaient plus tatillons que les suédois ? Maintenant qu’elle se retrouvait dans cette cabane au milieu de la nuit, seule avec cet inconnu ensanglanté, elle avait peur. Peur des conséquences, peur de ce qui pourrait leur arriver, à elle et à Ellen, si cet homme survivait et la dénonçait. Allez expliquer à l’Inquisition ou quel que soit le nom qu’on lui donne la différence entre sorcellerie et médecine douce… Ce ne serait qu’une perte de temps.
Mais il y avait autre chose aussi dont elle était parfaitement consciente et qu’elle avait compris quand elle avait essayé de s’enfuir. Elle ne pouvait pas laisser ce jeune homme mourir dans cette bicoque abandonnée. C’était au-dessus de ses forces. Sans être excessivement altruiste, il y avait assez de bonté en elle pour vouloir aider son prochain, et puis… Son frère n’était-il pas mort d’une hémorragie ? Elle avait revu le visage de ce garçon dans la cabane, celui de son frère sur son lit de mort s’y était superposé et… Elle n’avait pas pu s’y résoudre. Et s’il avait une sœur lui aussi ? Une sœur qui pleurerait en apprenant sa mort, crevant de chagrin en se disant que s’il avait pu être soigné, s’il y avait eu quelqu’un à ce moment-là, il serait encore là ? Alors elle avait fait demi-tour, sœur ou pas sœur.
Et elle était revenue. Agenouillée aux côtés de son « patient », elle détaillait son visage en se demandant qui il pouvait bien être. Il avait l’air si jeune ! Il était tout mince, avec un visage d’adolescent malgré la fièvre, la fatigue et la douleur. Dans quoi avait-il pu se retrouver embarqué pour lui arriver dans cet état ? Elle lui passait encore de l’eau froide sur le visage quand elle vit ses lèvres remuer. Mais si voix était si faible qu’elle dut approcher son oreille pour entendre ce qu’il murmurait :

« Je ne veux pas … mourir. »

Cinq mots. Cinq mots qui se plantèrent dans son cœur comme des flèches acérées, sèchement, et surtout douloureusement. Eloignant son oreille, elle le dévisagea d’un œil nouveau, et une fois de plus, avec plus d’intensité encore, le visage d’Aleks se superposa soudainement à celui du jeune homme. Cette vision lui fit l’effet d’un coup de poing dans le ventre, et elle dut se mordre la lèvre inférieure jusqu’au sang pour refouler les larmes, trop nombreuses à son goût, qui venaient de s’accumuler au bord de ses yeux, et quand ce fut fait elle tenta de chasser la boule qui s’était formée dans sa gorge, mais en vain. Bon Dieu. Pourquoi fallait-il qu’elle soit aussi sensible, hein ? Renonçant à se morigéner pour sa faiblesse, elle essuya la larme qui coulait sur la joue du garçon avec un coin du tissu blanc, qui l’absorba aussitôt.

« Ca ira. Tenez bon, juste encore un peu. » dit-elle en abandonnant peu à peu le ton dur qu’elle avait employé jusque-là par peur de la délation. Elle n’était plus une intrigante qui versait dans les potions : elle était avant tout une sœur et une mère. Deux figures, deux instincts qu’elle avait développés très tôt et qui se mêlaient l’un à l’autre à ce moment précis. Elle ne supportait pas la souffrance, elle ne supportait pas la douleur, ni pour ses frères, ni sa fille, ni ce garçon tombé du ciel. Le visage de la douleur était trop difficile à supporter, trop difficile à regarder en face, et le seul contresort qu’elle avait trouvé, c’était de soulager les douleurs pour le faire disparaître. Elle ferait ce qu’elle pourrait.
Elle se releva et alla à sa table de travail, à la recherche de quelque chose pour soulager son corps tendu comme un arc qui devait lui faire un mal de chien. Elle ralluma une bougie qui s’était éteinte avec un courant d’air et cala une mèche rebelle derrière son oreille. Hors de question de se laisser déconcentrer maintenant, et même si une météorite frappait la petite cabane, elle ne déserterait pas sa tâche. Il était temps de reprendre du service ! D’abord, de quoi soulage la fièvre, qui causait peut-être la douleur, ou bien était la conséquence. Dans tous les cas il fallait l’apaiser, elle s’empara donc de quelques herbes et d’un couteau avec lequel elle entreprit de les hacher, jusqu’à ce qu’un gémissement lui parvienne. Elle se retourna à moitié, et au moment où ses yeux se posaient sur la blessure qui ne cessait pas de saigner, le garçon balbutia :

« Pas … pas de saignée ! »

L’évocation même d’une saignée la fit blêmir. Une saignée, dans son état ! Une saignée, alors que c’était ça qui avait tué son frère ! JAMAIS ! Rien que l’idée lui donnait la nausée. Ce n’était pas pour rien qu’elle avait toujours envoyé promener les médecins qu’on avait pu lui envoyer ! Eux et leur manie de taillader à tout vas au moindre symptôme ! Une belle brochette de bouchers, oui ! Elle vivant, jamais elle ne pratiquerait ni ne laisserait pratiquer la moindre saignée en sa présence ou sur quelqu’un qu’elle connaissait !
En attendant, le sang qui s’écoulait toujours de la blessure commençait à l’inquiéter. Comment se faisait-il que le sang n’ait pas encore coagulé ? La plaie n’était pas si profonde ! Délaissant là ses herbes, elle décida de s’occuper de ce problème en priorité. Ca commençait à devenir plus préoccupant que la fièvre. Elle revint s’agenouiller près de lui et inspecta la blessure, qui n’était effectivement pas profonde, mais elle trouva au sang une texture bizarre, comme s’il était trop liquide. Fronçant les sourcils, elle se demanda quelle pouvait bien être cette pathologie –si c’en était une- et décida de s’interroger plus tard. D’abord, arrêter le sang. S’emparant de ses ciseaux, elle découpa une large bande de tissu blanc, arracha le vague reste de manche déchiqueté qui couvrait la plaie et l’enserra dans ce pansement improvisé. Plusieurs tours, le plus d’épaisseur possible pour empêcher le sang de sortir. Si ça ne marchait pas, elle préparerait rapidement cette espèce de pommade durcissante qui colmaterait complètement la plaie, mais serait plus ardue à enlever.

« Dio mio, il mio povero cuore … » murmura-t-il avec une grimace de douleur.

Helle ne parlait pas vraiment italien ; mais à force d’entendre son amie Sofia s’exprimer dans cette langue et à cause de la ressemblance avec le français et le geste qui avait accompagné ces mots, comprendre ne fut pas difficile. Elle acheva le bandage bien serré et posa sa main à plat sur le torse du blessé, à l’emplacement du cœur. Sous ses doigts et sa paume, elle sentait le cœur tambouriner avec une violence et une vitesse qu’elle n’avait encore jamais sentie nulle part. Ses yeux s’agrandirent de surprise. A ce rythme-là, il allait très vite lâcher ! Quelque chose pour détendre et faire baisser le rythme cardiaque… Elle bondit sur ses pieds et fouilla sur l’étagère, persuadée d’avoir ce qu’il fallait. Elle prit une première potion à base de mauve blanche, qui avait la propriété de détendre les tissus de l’organisme, ses muscles lui feraient moins mal ainsi. Elle attrapa aussi une potion à base d’aubépine, qui elle calmerait directement son cœur emballé. Avec ça, s’il ne se sentait pas déjà mieux, c’était que le cas était vraiment désespéré ! Elle revint auprès de lui et lui tint l’arrière de la tête pour le faire boire.

« Avec ça vous devriez vous sentir mieux. Ce sont des fleurs, ça ne peut pas vous faire de mal ! Ne vous inquiétez pas, je les ai déjà utilisées et ça a très bien marché… » précisa-t-elle non seulement pour le rassurer, mais aussi pour que sa voix lui permette de se concentrer et ne pas s’évanouir. Là, elle aurait bien du mal à lui donner de quoi guérir !

Une nouvelle fois, elle essuya la sueur sur son front et surveilla le bandage qui rougissait, mais moins que quelques minutes plus tôt. Avec un peu de chance, l’hémorragie était bel et bien en train de s’arrêter.

« Vous n’allez pas mourir. » chuchotait-elle pour le garder conscient et qu’il continue à se battre contre ses symptômes. « Vous êtes jeune, vous allez vous en remettre… Il faudra juste vous reposer… »

Elle ne disait pas grand-chose d’important, mais elle se voyait mal faire comme avec sa fille et lui raconter des histoires pendant qu’elle le soignait ! Donc autant essayer de le rassurer sur son état. Peut-être que faire disparaître l’angoisse de mourir aiderait son cœur à se calmer et éviterait ainsi l’arrêt cardiaque pur et simple. Elle le dévisagea de nouveau, l’air à la fois inquiète –à cause de son état- et curieuse. Peut-être aurait-il assez de force pour répondre à une ou deux questions ?

« Qui êtes-vous ? » se contenta-t-elle de demander. Si au moins il pouvait éclairer sa lanterne à ce sujet, ce serait déjà un grand pas !
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Côté Coeur: Tant qu'il bat encore, il battra fort pour son italien, le seul.
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MessageSujet: Re: Minuit, l'heure du crime || Luigi   05.05.12 17:39

Combien de temps était-il resté seul ? Quelques minutes à peine mais la douleur rendait cela interminable, le mal le rongeait jusqu'à l'os, la moindre parcelle de son corps ressentait les coups de son cœur affolé, brûlait comme s'il se trouvait sur un échafaud. Intolérable mal-être, il n'en pouvait plus, comme si la mort le consumait à petit feu avant de l'emmener. Une torture lente, sadique, mise bout à bout depuis vingt sept années, pas une seule ne fut complètement heureuse et de pleine santé. Luigi et sa santé fragile, son fardeau, sa croix à porter et contre laquelle il luttait perpétuellement, refusant d'être un malade, d'être enfermé et qu'on le traite comme un infirme. Tout ça pour quoi ? Mourir seul ? Que la vie pouvait être cruelle …

Pourtant, il refusait de complètement s'abandonner à son sort et fit bien, l'inconnue revint. Un véritable miracle, cette femme était un don du ciel. S'il avait pu, le romain l'aurait pris dans ses bras, mais vue l'état actuel des choses, il serait difficile de faire ne serait-ce que le moindre mouvement. Mais toujours récalcitrant à la médecine, il essaya de se débattre avant de finalement capituler. Si cette inconnue aurait voulu le tuer, elle aurait simplement continué à s'enfuir, Luigi aurait fini par ne plus lutter et laisser la vie partir complètement. Si elle était de retour, ce n'était pas pour lui faire le moindre mal. A dire vrai, le monde de l'herboristerie lui était mal connu, pour lui cela allait de pair avec tout ce qui était sorcellerie, donc était dangereux. Mais avait-il vraiment le choix en cet instant ? Pas du tout, il ne sentait ses jambes que parce qu'elles brûlaient, la fièvre emplissait entièrement son corps mais aucune force ne se tenait dans ses muscles. Ses yeux gris restaient vitreux, il voyait la femme se lever, s'affairer sans vraiment deviner ce qu'elle faisait réellement. Puis elle revint à lui et toucha son bras blessé, ce qui provoqua un sursaut de douleur. Instinctivement, il tourna la tête, la bouche entrouverte pour tenter de capter un peu d'air pour respirer un peu plus normalement. Sa blessure n'était pas grave niveau profondeur, mais la moindre plaie entraînait chez lui des flux de sang inconsidérés. Les médecins se sont souvent demandés comment le jeune homme pouvait avoir du sang si liquide, incapable de se coaguler. Et n'ayant pas de remède, il fallait juste faire de la prévention et l'empêcher de se blesser. Plus facile à dire qu'à faire, surtout quand on menait une vie comme Colonna.

Mais ce qui faisait le plus mal dans tout son corps, c'était son cœur. Incapable d'exprimer son mal autrement qu'en italien, il ne savait pas s'il se ferait comprendre. Apparemment oui, il sentit une chaleur contre son torse, à l'endroit où son cœur tambourinait comme s'il voulait sortir de sa cage. En tant qu'herboriste, savait-elle calmer un tel cœur ? Il la suivait du regard, voyait de vagues gestes s'enchaîner avant de revenir jusqu'à lui. Son ton avait changé, beaucoup plus doux, c'était plus rassurant.

« Avec ça vous devriez vous sentir mieux. Ce sont des fleurs, ça ne peut pas vous faire de mal ! Ne vous inquiétez pas, je les ai déjà utilisées et ça a très bien marché… »

Si personne n'en était mort, cela pourrait donc le sauver, au moins le calmer. Il but la mixture tenue par la jeune femme, comme on fait boire un malade. Lui qui luttait contre ce genre de moments, il n'avait, encore une fois, pas le choix.

« Vous n’allez pas mourir. Vous êtes jeune, vous allez vous en remettre… Il faudra juste vous reposer… »
« Je ne peux pas … »
lâcha t'il tout bas.

Se reposer ? Il devrait, en effet mais quand on menait une vie d'espion, on ne pouvait pas passer sa vie alité. Puis il détestait rester au lit à ne rien faire, c'était d'un ennui. C'était les risques du métier, on pouvait dire ça comme ça … Était-ce une hallucination ou alors sentait-il le cœur se ralentir ? Ce n'était pas non plus un changement flagrant. Son visage était toujours aussi crispé mais l'enfer était moins virulent dans son corps, ses muscles toujours tendus lui faisaient un mal de chien. S'il s'en sortait ce soir, sûr qu'il irait remercier Dieu puis irait dormir. Ou plutôt l'inverse, dormir puis aller prier, c'était plus logique et davantage dans ses cordes.

« Qui êtes-vous ? »

Il la regarda en clignant plusieurs fois des yeux pour tenter de mieux distinguer ses traits, ce fut à peine mieux mais il avait bien raison, elle était assez jeune, peut être plus que lui. A moins que les apparences soient trompeuses, tout comme Colonna à qui on ne donnerait jamais vingt sept ans ! Que lui répondre ? Mentir serait la solution la plus appropriée mais sa bouche s'ouvrit avant qu'il n'ait plus réfléchir à une fausse identité :

« Luigi … malchanceux chronique … » Il eut un très faible sourire en disant cela.

Malchanceux ou malade, cela variait, enfin les deux se combinaient même quand on s'appelait Luigi Colonna, qu'on vivait avec ces deux caractéristiques au quotidien depuis plus de vingt-sept ans. Malade et pourtant déterminé à ne jamais se considérer comme tel, toujours vivre sa vie comme les autres, sans traitement de faveurs. Ce n'était pas à Rome cela aurait été possible, au Vatican cela l'était un peu plus mais tout le monde se connaissaient. Ici, à Versailles, personne ne connaissait sa vie passée, tant mieux. Aux yeux de tous, il passait pour un gringalet un peu fragile, voilà tout, c'était largement suffisant, pas besoin d'en savoir plus !

De longues minutes passèrent sans qu'il ne prononce une autre parole, gardant la main sur son cœur qui se calmait progressivement. Il battait toujours vite mais ne cognait plus aussi fort, cela était un peu plus supportable, le romain retrouvait un peu plus de souffle pour respirer un peu mieux, mais tous les muscles brûlaient encore et il avait chaud, comme pris d'une fièvre. Là, il avait fait trop d'effort sur un corps déjà fatigué des derniers jours, il consentait à le reconnaître et cela n'arrivait pas tous les jours ! Il tenta de se rasseoir sur le sol un peu plus convenablement, le dos mieux collé au mur et essuya faiblement son front d'un revers d'une main.

« Merci … Vous auriez pu partir et me laisser ici pour sauver votre propre peau. commença t'il doucement. Pourquoi êtes vous redevenu madame … ? »

Il laissa sa phrase en suspens, attendant un nom de la part de celle qui venait de lui sauver la vie. Déjà le spectre de la Faucheuse s'éloignait, encore une fois la mort avait raté une occasion de faucher Luigi. Ce serait peut être pour la prochaine fois … Mais en attendant, Luigi cligna des yeux et de sa main valide, se les frotta. Sa vue devenait moins trouble et il put enfin voir à quoi ressemblait cette jeune femme. Elle semblait si jeune, avec de beaux cheveux blonds et un visage bienveillant. Loin de l'image de sorcière que Luigi avait en tête au départ, Helle ressemblait davantage à un ange.

« Vous avez du m'être envoyé par la Providence, ce n'était encore une fois pas un bon soir pour mourir … » déclara t'il avec douceur et un petit sourire encore un peu crispé.

Malgré toute sa malchance, quelqu'un devait veiller sur lui là-haut, c'était certain !


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MessageSujet: Re: Minuit, l'heure du crime || Luigi   24.05.12 14:02

Toujours affairée auprès de son patient, Helle préférait ne pas penser à la situation telle qu’elle se présentait à ses yeux. Elle surveillait le saignement de plus en plus restreint au travers du bandage, qu’elle changea une fois, essayait de faire diminuer la fièvre à l’aide d’eau froide et d’une autre potion qui faisait toujours des merveilles sur elle, sa fille, et ceux de ses domestiques en qui elle avait suffisamment confiance pour faire bénéficier de ces traitements, et gardait les yeux sur l’expression du jeune homme, s’en servant un peu comme d’un baromètre de souffrance, baromètre qui visiblement allait descendant. Elle en était soulagée, et pourtant elle ne pouvait empêcher une pointe d’inquiétude naître en elle en se rappelant que dès qu’il serait sur pieds, il n’aurait aucune difficulté à aller trouve un ecclésiastique ou une autorité quelconque pour la faire condamner. De nos jours, toute médecine qui ne se pratiquait pas à coups de bistouri était considérée comme de la sorcellerie. Se maudissant de raisonner ainsi, elle chassait ces pensées de son esprit et ne voulait se concentrer que sur lui, d’abord l’aider à aller mieux, elle aviserait pour la suite. Elle finirait peut-être sous la coupe de l’Inquisition, mais au moins elle n’aurait pas cette mort sur la conscience ! Elle s’arrangerait pour laisser une lettre à Sofia pour lui confier Ellen et lui demander de parler au baron de Sola à sa place, essayerait de laisser un mot pour Rebecca et Racine, et après ? Après ce serait le procès, la condamnation, puis probablement le bûcher, et elle imaginait déjà les flammes qui…
Elle aurait voulu se gifler, mais elle craignit que le blessé ne la prenne définitivement pour une folle, aussi se contenta-t-elle de s’adresser une gifle mentale en chassant une fois de plus ces bien morbides pensées de son esprit. Parfois, elle maudissait son imagination galopante qui lui faisait toujours entrevoir toutes sortes de scénarios, y compris les plus glauques, et la faisait paniquer souvent sans raison ! Allons baronne, un peu de courage que Diable ! Avec un peu de chance, il comprendrait qu’il n’y a rien de diabolique dans ce que tu fais et te laisserait tranquille après avoir retrouvé un état stable… Allons, c’est beau l’espoir… Mais arrête, tais-toi cerveau, tais-toi ! Pour faire taire une bonne fois pour toutes ses dialogues mentaux, elle sortit de nouveau de la cabane pour aller renouveler la bassine d’eau, celle-ci étant maintenant rougie du sang qu’elle avait épongé. L’air frais lui frappa le visage, et elle recouvra une tête à peu près froide. Advienne que pourra, se dit-elle en s’agenouillant de nouveau auprès du garçon qui, sur sa demande, lui révélait enfin son nom, au moins en partie.

« Luigi … malchanceux chronique … » marmonna-t-il avec un humour quelque peu déplacé, mais qui arracha néanmoins un sourire à la jeune femme. S’il pouvait encore plaisanter, c’était que son état s’améliorait. Elle avait rarement vu quelqu’un rire sur son lit de mort.

Comme il avait l’air d’essayer de se remettre de ses émotions, elle se tut à son tour, et n’ayant plus grand-chose à faire que surveiller son état elle ramena ses jambes contre elle et attendit la suite. Elle était sûre maintenant qu’il ne risquait plus rien, le sang avait arrêté d’élargir la tache sous le bandage, il pouvait aligner deux mots sans s’évanouir, et son pouls qu’elle vérifia était toujours trop rapide, mais moins que quelques instants auparavant. Non, Luigi ne mourrait pas ce soir. Merci mon Dieu pour sa conscience.
Quelques minutes s’écoulèrent, durant lesquelles elle ne bougea pas, sauf pour lui passer de l’eau froide sur le front et la nuque et vérifier son rythme cardiaque. Elle se sentait fatiguée, elle aurait voulu pouvoir rentrer chez Sofia, voir sa fille, et regagner son lit pour oublier les frayeurs de cette nuit. C’était la première fois qu’elle était passée si près du danger, danger qui n’était d’ailleurs pas complètement neutralisé. Encore une fois, elle s’interrogea : Luigi allait-il malgré tout la dénoncer ?

« Merci … Vous auriez pu partir et me laisser ici pour sauver votre propre peau. Pourquoi êtes vous revenue madame … ? » dit-il comme s’il avait lu dans ses pensées ou souhaité les interrompre.
« … Barnekow. Helle de Barnekow. » répondit-elle en donnant son nom de naissance après un très court instant d’hésitation. S’il devait lui arriver quelque chose, qu’au moins on ne fasse pas le rapprochement avec la petite Ellen de Sola. Quant à son autre question, elle n’y répondit pas tout de suite, elle-même ne sachant pas vraiment comment formuler le raisonnement qui lui était passé par la tête alors qu’elle s’enfuyait dans la forêt, juste avant qu’elle ne fasse demi-tour. Il dut se rendre compte de son hésitation, car il se tut, soit en attendant qu’elle ne réponde, soit pour se concentrer de nouveaux sur les battements de son cœur que sa main ne quittait pas.

« Je suppose que je suis aussi inconsciente que vous malchanceux. Et puis on ne sait jamais : à force de sauver des blessés sanguinolents au beau milieu de la nuit dans des forêts sombres avec des cadavres au dehors, peut-être qu’on finira enfin par faire la différence entre médecine des plantes et sorcellerie ! » conclut-elle moitié-sérieuse, moitié sur le ton de l’humour.

Puisqu’ils en étaient maintenant à discuter en attendant qu’il puisse tenir sur ses deux jambes, autant y mettre un minimum de bonne volonté. Elle ne savait pas vraiment à quoi s’en tenir, et cela l’intriguait : quelques minutes plus tôt dans sa fièvre il l’avait accusée de sorcellerie, mais maintenant il semblait assez lucide pour comprendre qu’elle était parfaitement inoffensive. Elle se prenait à croire que peut-être il la laisserait tranquille, après tout il avait le visage d’un honnête jeune homme et elle ne décelait dans ses traits aucune trace d’animosité ni même de méfiance. Plus ils parlaient, plus elle avait l’impression qu’il n’avait aucune mauvaise intention à son égard, mais à la Cour ne dissimulait-on pas les poignards derrière les sourires ? Malgré son apparent bon caractère, elle ne pouvait pas s’empêcher de sentir poindre cette sourde inquiétude qui ne la quittait plus depuis que son état s’améliorait.

« Vous avez du m'être envoyé par la Providence, ce n'était encore une fois pas un bon soir pour mourir … » plaisanta-t-il.
« ‘Encore’ ? Vous avez donc l’habitude d’être pourchassé en pleine nuit par des hommes inquiétants ? » releva-t-elle sur le même ton sans se douter d’à quel point elle était près de la vérité. Ô ironie quand tu nous tiens !

Au fond, la plaisanterie était encore un moyen comme un autre de repousser l’échéance, le moment où elle saurait s’il la laissait partir ou s’il la dénoncerait. Il ne pouvait de toute façon rien faire tant qu’il ne tiendrait pas debout, ils en avaient donc encore pour un petit moment, mais après ? La liberté ou la prison ? L’hôtel Farnèse ou la Bastille ? La vie sauve ou le bûcher ? Ca faisait beaucoup de points d’interrogations, trop au goût de la danoise qui aimait quand les choses étaient claires, surtout dans un cas comme celui-ci où il s’agissait de sa tête ! Elle aimait les mystères, mais celui-là n’était définitivement pas de son goût ! Pouvait-elle interroger l’italien, ou bien cela lui rappellerait-il qu’il l’avait accusée de sorcellerie et le pousserait à la délation ? Devait-elle continuer à parler d’autre chose, ou devait-elle mettre les choses à plats ? Maudit dilemme, qui prenait des aspects de véritable torture ! C’était maintenant son cœur à elle qui accélérait alors que sa résolution se formait dans son esprit, seconde après seconde. Elle ne pouvait pas fuir indéfiniment. Autant attraper le taureau par les cornes et aller au-devant du danger. Il ne serait pas dit qu’elle aura reculé !

« Luigi… » commença-t-elle à brûle-pourpoint et en s’apercevant qu’il ne lui avait donné que son prénom. « Est-ce que vous allez me dénoncer à l’Inquisition ou aux autorités ? Si c’est le cas, j’aime autant que vous soyez honnête avec moi et me le disiez directement. Je n’ai pas l’intention de m’enfuir, puisque je suis encore ici, mais je préfèrerais savoir pour me préparer et protéger ma fille. Elle n’a rien à voir avec tout ça. »

Sa voix était calme et ferme, mais elle ne pouvait s’empêcher de se tordre nerveusement les mains. Après tout, c’était bien de son avenir qu’il s’agissait. De savoir si elle allait mourir à vingt-six ans ou si elle allait, elle aussi, disposer d’un peu plus de temps. Elle aurait voulu garder son calme, mais l’inquiétude aussi bien que l’injustice qu’elle voyait à une possible condamnation la poussèrent à s’exprimer avec franchise et tenter, en vain ou non, de se défendre. Au moins, elle aurait tenté !

« Je ne suis pas une sorcière, je vous le jure ! Tout ce que je fais là, c’est préparer des baumes et des potions à partir de plantes qui ne sont pas le moins du monde toxiques ! Ce n’est pas de la diablerie, c’est juste de la botanique ! Je refuse de laisser ma famille se faire soigner par ces bouchers qui osent s’appeler médecins et qui sèment plus de morts que de guérison sur leur passage, il a bien fallu que j’apprenne à soigner autrement… »

Elle s’interrompit, se demandant si elle n’était pas en train de s’enfoncer au lieu de sauver sa peau comme elle l’espérait. Mais de toute façon, au point où elle en était, elle n’avait plus rien à perdre.

« Je vous conjure de ne pas m’accuser d’un crime que je n’ai pas commis. Au fond ce que je fais n’est guère différent du travail d’un apothicaire… Quel mal y a-t-il à cela ? »

Il y avait dans sa dernière question et dans ses yeux une prière muette. Qu’il la laisse tranquille, c’était là tout ce qu’elle demandait !
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MessageSujet: Re: Minuit, l'heure du crime || Luigi   19.07.12 17:22

Petit à petit, la vie reprenait son cours en Luigi, ce qui n'était pas gagné, cette femme avait véritablement un don. Celle qu'il avait traité de sorcière il y a peu lui avait sauvé la vie, le romain devrait revoir ses jugements, réfléchir un peu avec d'accuser et juger. Mais il était un sanguin et avait vu trop d'horreurs de la part des sorcières en Italie pour ne pas s'en méfier. Cette inconnue qui le soignait n'était pas de ces folles inconscientes, mais elle ne voulait que du bien. Elle aurait pu partir, se mettre à l'abri, Luigi n'aurait pas eu le temps de parler, la Faucheuse serait venue le cueillir. Elle lui avait sauvé la vie, jamais il ne pourrait oublier cela.

Pour la première fois, on arrivait à trouver un remède, temporaire certes, à sa douleur. Finalement, il n'y avait pas que les prières et l'attente dans la souffrance qui marchaient, il y avait des plantes, des choses naturelles, bien loin des mixtures étranges qu'on attribuent aux sorcières. Recouvrant la vue petit à petit, Luigi tentait d'observer l'inconnue se démener pour qu'il aille mieux. Et puisqu'il lui avait donné son prénom, il demanda le sien, qu'elle ne soit plus cette inconnue.

« … Barnekow. Helle de Barnekow. »

Il ne lui fit qu'un sourire et un léger hochement de tête, ne voulant pas se forcer dans ces instants. A présent, la demoiselle avait un nom à mettre sur son visage, il ne l'oublierait jamais, soyez en certain ! Mais elle n'avait pas répondu à sa question principale : pourquoi était-elle revenue ? Helle aurait pu s'éloigner de lui, n'était pas obligée de l'aider à quoi que ce soit, elle ne lui devait rien. Il y eut un long silence, lui attendant sagement qu'elle réponde sans la quitter des yeux. Point de regard d'inquisiteur mais davantage un questionnement, une interrogation qu'il voulait régler au fond de lui. Il était rare l'altruisme de nos jours, les gens étaient de plus en plus égoïstes et c'était chacun pour soi, voir une personne faire le don de sa personne de la sorte, se mettre en danger pour sauver un inconnu n'était pas donné à tout le monde ! Enfin, elle répondit :

« Je suppose que je suis aussi inconsciente que vous malchanceux. Et puis on ne sait jamais : à force de sauver des blessés sanguinolents au beau milieu de la nuit dans des forêts sombres avec des cadavres au dehors, peut-être qu’on finira enfin par faire la différence entre médecine des plantes et sorcellerie ! »
« Quel humour … »


Il lui fit un petit sourire en coin, pratiquant le même genre d'humour, Luigi se mit un peu plus à apprécier cette femme qui n'avait pas l'air d'avoir sa langue dans sa poche ni de se laisser faire. Là encore, vu ce qu'elle pratiquait et l'amalgame facile avec la sorcellerie – que lui aussi avait fait – il valait mieux ne pas être une demoiselle en détresse qui attend que tout lui tombe du ciel. Finalement, Helle et Luigi avaient peut être plus en commun qu'il ne le croyait. Lui aussi avait appris à ne jamais se laisser faire, à toujours se battre et prouver qui il était, ce qui n'était pas toujours évident vu son statut et sa carrure ! Sans oublier sa malchance !


« ‘Encore’ ? Vous avez donc l’habitude d’être pourchassé en pleine nuit par des hommes inquiétants ? »


Il se mit à rire mais, ayant encore des difficultés à respirer, Luigi ne récolta qu'une quinte de toux qui le secoua durant quelques longues secondes. Si seulement elle savait à quel point elle avait raison ! Mais le romain ne l'avouerait pas, du moins pas sérieusement, lui aussi pouvait plaisanter, bien que ce soit à voix basse et éraillée.

« Cela est un passe-temps comme un autre après tout ! »

Cela n'était pas bien raisonnable, il fallait l'avouer mais malheureusement, Luigi ne se montrait rarement raisonnable, et cela le conduisait souvent à se retrouver en difficultés physique, rester alité durant plusieurs jours, supporter les sermons de Lully … Mais il voulait vivre à tout prix, le jeune prince avait une fureur de vivre, sachant pertinemment que jamais il ne sera vieux, alors tout faire jusqu'au bout, à la limite de l'agonie et de la déchéance physique, sans regret quand viendrait la mort. Seulement, il l'avait frôlée ce soir et c'était seulement dans ces instants qu'il se disait qu'il en faisait trop. Il adopterait une attitude plus raisonnable pour, disons, les deux semaines à venir puis la vie le prendra au corps, Luigi recommencera son rythme déraisonnable comme avant.

La réalité reprit le dessus, Helle semblait un peu nerveuse et après de nombreuses hésitations, elle decida de parler, usant de familiarité avec le romain en l'appelant par son prénom, mais en même temps, il ne lui en avait pas dit plus !

« Luigi… Est-ce que vous allez me dénoncer à l’Inquisition ou aux autorités ? Si c’est le cas, j’aime autant que vous soyez honnête avec moi et me le disiez directement. Je n’ai pas l’intention de m’enfuir, puisque je suis encore ici, mais je préférerais savoir pour me préparer et protéger ma fille. Elle n’a rien à voir avec tout ça. »
« Je … »
commença-t-il quand il fut coupé.
« Je ne suis pas une sorcière, je vous le jure ! Tout ce que je fais là, c’est préparer des baumes et des potions à partir de plantes qui ne sont pas le moins du monde toxiques ! Ce n’est pas de la diablerie, c’est juste de la botanique ! Je refuse de laisser ma famille se faire soigner par ces bouchers qui osent s’appeler médecins et qui sèment plus de morts que de guérison sur leur passage, il a bien fallu que j’apprenne à soigner autrement… »

Il resta longtemps interdit, la fixant de ses yeux bleus-gris. Lorsqu'elle parla de la médecine en les cataloguant de bouchers, il reconnut sa propre pensée. Ces charlatans ne pensaient qu'à une chose : la saignée. Et si Luigi en subissait une, c'était la mort assurée. Et ils n'avaient aucun alternative.

« Je vous conjure de ne pas m’accuser d’un crime que je n’ai pas commis. Au fond ce que je fais n’est guère différent du travail d’un apothicaire… Quel mal y a-t-il à cela ? »
« Aucun …
répondit faiblement le garçon en tentant de réajuster pour s'asseoir un peu plus correctement. Si je vous ai pris pour une sorcière au premier regard, c'est qu'il est facile de confondre quand on ne connaît pas. Si je vous ai offensé, je m'en excuse et je vous crois volontiers. Vous auriez pu me laisser mourir, au lieu de cela, vous avez fait ce qu'aucun médecin n'a jamais réussi, calmer la douleur. Il lui prit une de ses mains. Soyez assuré de mon silence, jamais je ne parlerais de votre activité. »

Ces paroles furent accompagnées d'un doux sourire sincère. Pourquoi irait-il dénoncer une innocente qui lui avait sauvé la vie ? Cela était stupide et Luigi avait bien compris qu'elle n'était pas dangereuse.

« Depuis toutes ces années, je vis avec une maladie inconnue. Ma mère a remué ciel et terre pour me soigner mais les médecins n'ont qu'une envie, me saigner pour me 'purifier. il roula des yeux. Vous avez vu le sang s'écouler de mon bras, une saignée serait la meilleure manière de me tuer. Je survis avec des maux qui me collent à la peau et jamais je ne me suis rétabli aussi vite. Peu importe le nom que vous donnez à votre activité, vous êtes une femme bien. Il se tut un instant avant de la regarder. Rassurée ? »

Quand Colonna faisait une promesse, il s'y tenait.


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MessageSujet: Re: Minuit, l'heure du crime || Luigi   22.08.12 22:04

La botanique et l’herboristerie étaient à première vue des activités parfaitement innocentes. Mais dès que l’on était une femme et qu’on les utilisait sur le corps humain, c’était immédiatement une autre histoire. Il était facile se retrouver sous le feu des accusations, les foudres de l’Eglise et le tranchant de la hache du bourreau, quand on pouvait si aisément passer pour une sorcière. Les amis de Helle, à la base déjà peu nombreux, pouvaient donc se compter sur les doigts d’une main si l’on comptait ceux qui connaissaient son « secret ». Il y avait sa domestique Birgit, son amie Sofia, sa complice Lucy of Longford. Et maintenant, il y avait Luigi. Ce drôle de garçon pour qui cela avait pourtant bien mal commencé, vu les accusations qu’il avait immédiatement portées contre elle, et qu’elle avait failli abandonner à son triste sort si un sursaut de conscience ne l’avait pas ramenée sur ses pas. Avait-elle bien fait ? Il était encore trop tôt pour le dire ; en tout cas, elle était sûre d’avoir agi comme il le fallait. Et s’il fallait qu’elle en paye les conséquences, et bien tant pis. Mais intimement, quelque chose lui disait que la situation n’était finalement pas si tragique qu’elle en avait l’air. Les yeux du romain ne brillaient pas de cette haine aveugle qu’elle avait pu voir dans ceux de ces puritains qui refusaient de comprendre, dont les paroles suintaient de mépris et d’ignorance. Au contraire, il avait l’air… Reconnaissant ? A moins que ce ne soit son imagination qui ne lui joue des tours à cause de l’espoir fou qu’elle avait de s’en sortir sans dommages. Elle venait de s’embarquer sur le coup d’une impulsion dans quelque chose qui pouvait la mener tout droit à l’échafaud, et elle serait la seule qu’elle pourrait blâmer pour cela. Son imprudence, Birgit le lui avait suffisamment répété depuis toutes ces années, pouvait lui coûter très cher. Allait-elle en faire les frais cette nuit, alors qu’elle venait d’arriver à Versailles ? Pourtant, cette hypothèse s’amenuisait de seconde en seconde, alors que Luigi répondait faiblement, mais aimablement à ses paroles. Il semblait reprendre du poil de la bête, et en même temps, reprendre confiance en celle qui venait de lui sauver la vie. Elle n’osait même plus respirer. Se pourrait-il qu’en le sauvant, elle ait gagné sa sympathie et même sa discrétion ? Bon sang, elle ne demandait rien de mieux, rien d’autre ! Juste qu’il se taise et la laisse rentrer chez Sofia sans encombres… Dieu, qu’elle détestait se sentir osciller ainsi entre espoir et désespoir et remettre son sort entre les mains d’un inconnu, aussi jeune et bon puisse-t-il paraître ! Elle était certaine que Luigi n’était pas une mauvaise personne, mais même les meilleurs pouvaient se laisser convaincre par de vieilles croyances, les superstitions ou la peur liée à l’ignorance. Si sa plaidoirie avait pu le convaincre… C’était qu’elle avait vraiment beaucoup de chance. Après tout, elle n’avait plus rien à perdre à ce stade de la situation.

« Si je vous ai pris pour une sorcière au premier regard, c'est qu'il est facile de confondre quand on ne connaît pas. Si je vous ai offensé, je m'en excuse et je vous crois volontiers. » répondit-il faiblement, mais fermement. Helle ferma un instant les yeux, et laissa échapper un long soupir de soulagement. Ces quatre derniers mots lui ôtaient un terrible poids du cœur. Elle n’avait pas besoin de preuves, ne souhaitait pas de confirmation. Il avait dit ce qu’elle voulait entendre. Et elle savait, elle sentait qu’il tiendrait parole.
« Vous auriez pu me laisser mourir, au lieu de cela, vous avez fait ce qu'aucun médecin n'a jamais réussi, calmer la douleur. »

Les yeux bleus de Helle se posèrent sur le visage pâle et marqué de Luigi. Instinctivement, ses doigts se refermèrent sur les siens. Elle ignorait tout de ce garçon, mais elle avait vu la souffrance déformer ses traits. Elle avait vu le sang couler, abondamment, et ne jamais sembler vouloir s’arrêter. Elle avait vu les muscles contractés, la mâchoire crispée. Depuis combien de temps Luigi endurait-il ce calvaire ? Quel mal pouvait bien le ronger de l’intérieur, pour qu’elle seule ait réussi à apaiser la douleur ? De plus en plus, Helle reconnaissait en lui son petit frère Aksel et le calvaire qu’il avait traversé avant de mourir tragiquement à même pas dix ans. Mais Luigi vivait. Un peu grâce à elle. Cette pensée lui chauffa curieusement le cœur, et elle se mordit l’intérieur de la joue pour empêcher ses yeux de s’humidifier. Quelle idiote de se laisser aller à de vieux souvenirs à un moment pareil…

« Soyez assuré de mon silence, jamais je ne parlerais de votre activité. »

Elle releva la tête et le regarda droit dans les yeux, comme pour sonder une ultime fois sa sincérité. Et soudainement, elle décida, sciemment, de le croire.

« Depuis toutes ces années, je vis avec une maladie inconnue. Ma mère a remué ciel et terre pour me soigner mais les médecins n'ont qu'une envie, me saigner pour me 'purifier. Vous avez vu le sang s'écouler de mon bras, une saignée serait la meilleure manière de me tuer. Je survis avec des maux qui me collent à la peau et jamais je ne me suis rétabli aussi vite. Peu importe le nom que vous donnez à votre activité, vous êtes une femme bien. Rassurée ? »
« Je suppose. » sourit-elle enfin, définitivement rassérénée sur les intentions du jeune homme. C’était comme si un pacte silencieux venait à l’instant de se conclure entre eux. Un service contre un service, un silence contre un silence. Le marché était honnête. Il ne dirait rien de ses activités, et elle ne dirait rien à personne de sa mésaventure. S’il y avait eu un poursuivant, peut-être avait-il d’autres ennemis. Et il valait mieux alors que personne n’en sache rien, pour lui comme pour elle. La police serait capable de croire qu’elle avait joué un rôle dans le meurtre de l’homme qui gisait encore dehors, et alors ils seraient tous les deux condamnés. Même s’ils ne l’avaient pas voulu, ils étaient liés par le secret. Alors autant le faire dans la sympathie, non ? Et plus les secondes s’écoulaient, plus Luigi lui était sympathique. Il ressemblait trop, par son humour et son honnêteté, à son petit frère disparu. Quitte à ne pas avoir pu sauver le premier, elle était contente d’avoir pu au moins venir en aide au deuxième. Une rédemption en quelque sorte, pour la jeune femme qui se mortifiait depuis longtemps de n’avoir pas su bien jouer son rôle de grande sœur.

« J’ai connu quelqu’un de très malade, il y a longtemps. Malheureusement, il n’a pas réussi à échapper à la saignée et en est mort. Vous avez eu plus de chance : prenez-en soin. Il me semble que je n’ai pas besoin de vous conseiller d’éviter ces soi-disant médecins, vous avez compris la leçon tout seul et bien malgré vous… » ajouta-t-elle malicieusement.

Elle se releva et, après avoir épousseté ses jupes, alla de nouveau à sa table de travail et recommença à manipuler bocaux et plantes. Elle ouvrit une boîte dans laquelle se trouvait une poignée de feuilles séchées et en jeta une partie dans l’eau encore chaude. A l’aide d’une longue spatule, elle remua doucement le mélange qui prit une teinte mordorée, un peu comme du thé. Après toutes ces émotions, préparer quelque chose, manipuler des ingrédients la détendait. L’odeur des herbes avaient la même vertu apaisante que si on les buvait ; rien d’étonnant alors à ce que préparer ses chères potions soient l’un des seuls moyens de lui détendre les nerfs et soit devenu son passe-temps favori. Les dames de la noblesse ne cuisinaient pas : autant qu’elle s’occupe à autre chose alors ! Ces pensées plus détendues en tête, elle remplit un bol de cette nouvelle mixture et revint s’asseoir auprès de Luigi, avant de lui tendre le tout.

« Tenez, buvez donc ça. Ca devrait vous remettre sur pieds sans vous faire bondir le cœur. C’est une sorte de tisane, si vous préférez. C’est très efficace quand on est cloué au lit par un coup de froid, par exemple… Ou suite à un gros effort. Comme une poursuite en pleine nuit. » expliqua-t-elle avec un sourire amusé.

Elle s’assura qu’il obéissait bien à ses consignes, puis une idée germa dans son esprit. Aussitôt, mise en confiance par la sincérité de son nouveau complice, elle la formula à voix haute :

« Et si je continuais de vous aider ? Vous avez bien vu que mes potions étaient innocentes et qu’elles fonctionnaient très bien. Je pourrais vous en préparer d’autres, si elles vous aident à supporter la douleur ou à atténuer les symptômes. Ma fille est de santé fragile elle aussi ; je pourrais préparer ce qu’il vous faut en même temps ! Je suis sûre que vous vous sentiriez vite mieux… »

Maintenant, Helle n’avait plus qu’une envie : venir en aide à cet infortuné jeune homme. Et elle savait très bien se montrer têtue dans ces cas-là !
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MessageSujet: Re: Minuit, l'heure du crime || Luigi   12.09.12 15:18

Il est vrai qu'au départ, cela était un grand malentendu. Après tout, une femme seule, faisant d'étranges mixtures avec tout un tas de bocaux et d'herbes autour d'elle, le tout dans une cabane isolée dans la forêt, il y avait quoi se poser des questions sur l'activité de celle-ci. Et l'amalgame est si facile ! Luigi avait une sainte horreur des sorcières, il en avait vu bon nombre à Rome ainsi de quoi elles étaient capables, cela faisait véritablement froid dans le dos. Mais en voyant ce que la jeune femme avait fait pour lui, cette douceur et aussi ses pratiques la différenciaient de ces sorcières si sombres et malfaisantes. Non, Helle était une femme bien, le romain en était convaincu. Elle lui avait sauvé la vie, lui qui croyait voir venir sa dernière heure, il peut donc bien en faire de même en se taisant et ne rien dire sur ce qu'il avait vu ce soir. Car il connaissait bien les pratiques de l'Inquisition et ces gens là ne faisaient pas dans la dentelle, ils ne cherchaient pas à voir plus loin que ce qu'ils avaient sous les yeux. Alors faire une promesse, parler sincèrement et promettre que cela ne sortira pas d'ici. Luigi avait beau mentir à son entourage sur ses activités, il n'en restait pas moins qu'un garçon bien, honnête et droit, qui savait reconnaître le bon dans les gens quand il en voyait. Et cette femme en faisait partie alors ils étaient quittes pour ce soir, c'était un excellent deal.

« J’ai connu quelqu’un de très malade, il y a longtemps. Malheureusement, il n’a pas réussi à échapper à la saignée et en est mort. Vous avez eu plus de chance : prenez-en soin. Il me semble que je n’ai pas besoin de vous conseiller d’éviter ces soi-disant médecins, vous avez compris la leçon tout seul et bien malgré vous… »
« Je les fuis comme la peste depuis mon plus jeune âge. J'ai bien compris que ceux qui se disent médecins sont des charlatans qui soutirent de l'argent et laissent mourir les patients. »


Il détestait les médecins, vraiment. Même sa mère les avait chassés de leur palais, les traitant d'incapables et avait tout fait pour son petit garçon. Bon, le caractère extrême de Gioeni Colonna avait conduit d'enfermer son fils et lui interdire toute activité pour éviter qu'il se fasse mal. Si elle le voyait aujourd'hui, elle en ferait une attaque, pauvre d'elle. Quant au romain, il se remettait petit à petit de ses malheurs. Petit à petit, Luigi sentait à nouveau ses jambes et pourrait bientôt tenir debout, du moins assez pour rentrer à Versailles et se coucher. Après autant d'émotions, le repos était une évidence, reprenne quelques forces et s'éloigne un peu de la Cour. Par ce temps là, inventer un coup de froid n'était pas impossible, puisqu'il faut mentir au monde pour se protéger. Sa tête tournait beaucoup moins et le romain passa une main sur le visage et ramena doucement ses genoux contre son corps mince, prenant une pose plus confortable sur le sol où il était assis depuis un petit temps. Helle lui ramenait un autre breuvage qu'il refusa en reculant la tête. Mais avait-il le choix ?

« Tenez, buvez donc ça. Ca devrait vous remettre sur pieds sans vous faire bondir le cœur. C’est une sorte de tisane, si vous préférez. C’est très efficace quand on est cloué au lit par un coup de froid, par exemple… Ou suite à un gros effort. Comme une poursuite en pleine nuit. »
« J'espère que ce n'est pas mauvais car si je devais en prendre à chaque fois …
Il se moquait de lui-même alors qu'il prenait la tasse contenant la boisson et y goûtait. Disons que ça se boit. »
« Et si je continuais de vous aider ? Vous avez bien vu que mes potions étaient innocentes et qu’elles fonctionnaient très bien. Je pourrais vous en préparer d’autres, si elles vous aident à supporter la douleur ou à atténuer les symptômes. »
« Hé bien je … »
« Ma fille est de santé fragile elle aussi ; je pourrais préparer ce qu’il vous faut en même temps ! Je suis sûre que vous vous sentiriez vite mieux… »


Il se tut, prenant son temps de boire ce qu'elle lui avait donné quelques instants plus tôt. Luigi n'appréciait pas les médecins ni même les soins, il avait toujours laissé la nature faire, à souffrir quelques jours et prendre du repos pour se remettre. Ce n'était pas toujours une bonne solution, lui-même le savait et faire subir à son corps toute cette douleur n'était pas bon pour lui, ni pour les proches qui le voyaient au plus mal. En fait, il n'avait pas de raison de refuser sauf, peut être, celui d'être découvert. Helle lui avait dit son nom mais pas Luigi, il n'avait donné qu'un prénom et n'avait pas envie qu'on sache que le prince Colonna, descendant d'une grande famille romaine, s'offrait les services d'une « sorcière » (car les autres ne feront pas la différence) et surtout qu'on apprenne qu'il est malade ! Seul Ferdinand et Jean-Baptiste le savaient à la Cour, c'était déjà bien suffisant, il ne voulait pas en rajouter une couche. Apparences contre santé, un combat stupide mais essentiel pour le jeune homme.

« Et comment feriez vous ? Vous savez autant que moi que vous ne pouvez pas venir à moi en pleine rue et me tendre tout cela à la vue de tous. Les gens ne seront pas si indulgents que moi … »

Versailles était trop dangereux pour qu'elle s'y rende et Luigi ne voulait pas prendre le risque qu'Helle prenne certains passages pour le rejoindre, il fallait trouver une autre adresse. Et il fut évident que sa résidence secondaire – c'est à dire chez Lully – était le bon endroit. Après tout, elle n'avait pas de nom, il pouvait bien passer pour un serviteur du compositeur. Puis tout le personnel connaissait sa santé fragile, personne ne verrait de mal à ce que Luigi se fasse enfin soigner, ils en seraient même ravis. Un petit sourire éclaira le sourire pâle, montrant qu'il avait une idée.

« Mais je vis dans un manoir en bordure de Versailles, tout le personnel ne s'offusquera pas de vous voir débarquer, ils me connaissent bien. Ils me voient trop souvent en mauvais état, ils seraient ravis que je me soigne enfin. Alors … j'accepte. Et sachez que je suis réticent à toute forme de soin mais vous m'avez prouvé qu'à défaut de me soigner, vous pouvez calmer tout cela. »

Un véritable miracle, de quoi aller brûler un cierge à l'église ! Luigi qui se laissait soigner, c'était un peu comme si la fac du monde changeait, et j'exagérais à peine. Mais s'il voulait passer le cap fatidique des trente ans, il fallait qu'il fasse un effort, et pas un petit !

Le temps passa et après plusieurs tentatives, Luigi tint enfin sur ses jambes, un peu fébrile au départ, comme un faon qui apprend à marcher après avoir été mis au monde. Mais l'équilibre revenait petit à petit. Helle put voir finalement à quel point il était grand et fin, voire même maigre aux yeux de certains. Mais quelle joie de tenir debout sans se dire qu'on peut tomber à tout bout de champ, que la tête ne tourne plus jusqu'à vouloir vomir et que le cœur ne veuille plus sortir de sa poitrine. Bien sûr, le romain n'était pas non plus prêt à courir comme il avait fait plus tôt dans la soirée, mais il pourrait marcher et rentrer chez lui tranquillement. Il était débraillé mais à cette heure avancée, il ne rencontrerait pas grand monde et les quelques gardes ne le verraient pas passer. Après s'être épousseter, Luigi posa un regard amical sur celle qui lui avait sauvé la vie.

« Merci … pour tout ce que vous avez fait. Et d'être resté. Je m'en souviendrais si un jour vous avez besoin d'aide. »

Il la salua avec un petit sourire puis passa la porte, de façon beaucoup moins fracassante qu'il n'était entré et referma derrière lui. Le type mort non loin de la cabane devait être emmené un peu plus loin pour ne pas attirer de soupçons sur la cabane. Prenant le pistolet de l'homme et récupérant son épée, Luigi tira le cadavre quelques mètres plus loin, qu'il abandonna dans un buisson. Puis, sans se presser, il repartit vers Versailles, connaissant suffisamment les lieux pour ne pas se faire prendre et emprunter un des passages secrets qui le menaient à ses appartements. Son valet Leone s'inquiéta de l'état de son maître, en particulier de son bras et voulut l'aider à avancer, le croyant dans un état bien pire mais le prince se déshabilla tout en allant à son lit et s'y laissa tomber avec grand plaisir. Enfin un peu de repos pour pouvoir vivre à nouveau les jours suivants. Helle avait sauvé la vie de Luigi et, il l'avait promis, il ne dirait rien. Mieux, si un jour elle avait besoin de lui, il serait là …


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