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 [Environs de St-Jean-d'Angély] Dans la gueule du loup (Amy/Gabie)

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MessageSujet: [Environs de St-Jean-d'Angély] Dans la gueule du loup (Amy/Gabie)   24.01.12 0:06

Dans la gueule du loup





Le garde posté en faction devant les portes de la chambre adressa un simple signe de tête à la duchesse qui s'approchait. Tout était calme et normal. Du moins autant que cette situation puisse l'être. Car derrière les panneaux simples de ce petit château de province, petit écrin au cœur d'une campagne inhabitée, ponctuée de forêts giboyeuses, se trouvait une femme qui n'avait rien à faire ici. Elle était loin d'être l'amante de cet ambassadeur italien qui avait pourtant fait défiler ses conquêtes dans ce petit coin de paradis, loin d'être une férue de chasse venue exercer ses talents dans le sud-ouest, loin d'être une dame fatiguée de la cour, venue faire pèlerinage jusqu'au chef de saint Jean-Baptiste. Non, madame de Leeds n'avait rien à faire ici. Pour les rares personnes qui savaient réellement l'identité de cette dame, sa présence avait quelque chose d'incongru et elles ne cessaient de lever la tête en direction de la chambre comme si un bruit, un soupir, n'importe quoi, eût pu leur confirmer que ce n'était pas un simple songe. Mais tout demeurait obstinément silencieux comme si la noble dame ne voulait pas leur donner cette satisfaction. Gabrielle de Longueville, son hôte en ces lieux, la soupçonnait de simplement se laisser aller au repos. Madame de Leeds était grosse et le fruit qui grandissait en son sein devait certainement l'épuiser. Parfois la duchesse surprenait un regard de sa servante et amie Perrine Harcourt mais cette dernière ne faisait aucun commentaire. Gabrielle la connaissait assez bien pour savoir qu'elle aussi trépignait de mettre en œuvre leur plan jusqu'au bout. Mais la duchesse tenait à laisser madame de Leeds réfléchir à sa situation. Si elle prenait conscience qu'elle était bien prisonnière, que personne ne l'avait suivie pour la délivrer et que ses geôliers restaient sûrs d'eux, elle n'opposerait aucune résistance à ce que Gabrielle allait lui demander. Peut-être Perrine aurait-elle voulu faire partie des servantes qui allaient chaque midi et chaque soir, sous bonne escorte d'un homme d'Hector, donner un maigre repas à la dame pour se délecter de la confusion et de la peur de madame de Leeds, après tout c'était elle qui avait mis en branle ce grand projet. Mais Gabrielle ne tenait pas à ce que cette dernier pût distinguer des traits du visage de son amie ou même des mouvements qui lui seraient familiers. Perrine serait sans doute assez rapidement suspectée à cause de sa collusion avec le comte du Perche, ce n'était pas la peine d'en rajouter.

Gabrielle de Longueville répondit également par un signe de tête au signe de son garde et pendant que ce dernier tournait une clé dans le verrou qui cadenassait la chambre, elle coula un regard vers la fenêtre situé à l'autre bout de l'antichambre. En cette fin de mois de septembre, le soleil avait fait place à une fine pluie d'automne qui tambourinait sur les vitres et qui avait fait grommeler Perrine lorsque celle-ci avait du sortir pour accomplir quelque tâche qui lui était dévolue. La duchesse songea avec une certaine ironie que cette journée si triste allait être une réussite pour elle. Elle avait décidé de mettre à profit les heures où Perrine serait absente pour mettre en branle son projet pour lequel elle n'avait pas besoin de sa grande amie. Cela faisait plusieurs jours qu'on avait du s'apercevoir de la mystérieuse disparition de la maîtresse des lieux à La Roche-Courbon. Les agents de Gabrielle avaient laissé traîner leurs oreilles dans les environs mais visiblement personne n'était au courant de l'affaire. Selon toute probabilité, Evangéline de Comborn avait du galoper à bride abattue pour Versailles. Prévenir le roi avant toute chose, avant même de signaler la chose aux autorités locales. Une fois de plus, ces gens se montraient prévisibles. Gabrielle n'allait pas s'en plaindre et jouissait de l'entière tranquillité que cela lui laissait pour ses petites affaires. Au moins elle n'aurait pas à craindre les patrouilles de la lieutenance générale de Guyenne. Malgré tout, il ne fallait pas laisser la vicomtesse prendre trop d'avance. Le roi devait être touché au moment même où il était à terre. Ne pas lui laisser le temps de se relever.

Une fois les panneaux ouverts, Gabrielle de Longueville pénétra d'un pas altier dans la pièce. On avait tiré les rideaux si bien que sa vue mit un certain temps à distinguer la silhouette de madame de Leeds allongée sur le lit. La chambre que l'on avait attribué à la favorite royale était particulièrement dépouillée, presque vétuste, Gabrielle, sur les conseils des hommes confiés par Hector, avait tenu à ôter tout ce qui pourrait donner de mauvaises idées à la prisonnière. Dans cette pièce vide, il n'y avait que ce lit à l'origine à baldaquin mais sans les rideaux, Gabrielle ne voulait pas que la duchesse de Guyenne puisse se dissimuler aux vues de ses ravisseurs. Seul un bureau de chêne n'avait pas été déplacé mais sa surface lisse indiquait assez son dépouillement. Sur le sol aux côtés du lit, trônait le reste du plateau qu'avait apporté la servante aux alentours de midi. Gabrielle n'eut pas besoin de jeter un coup d’œil pour savoir qu'Amy n'avait pas beaucoup du y toucher. En six pas, elle fut à la fenêtre, ouvrit les volets et sentit une faible luminosité entrer dans la pièce. En bas, un homme armé lui fit un signe. Elle ne croyait pas particulièrement que la duchesse puisse chercher à s'enfuir par cet endroit mais savait-on vraiment ce qui pouvait passer par la tête d'une pauvre bête prise au piège, acculée au bord du précipice par le loup ?

- Bien le bonjour, madame, c'est un plaisir de vous revoir. Ne vous inquiétez pas, si vous vous montrez coopérative, il n'y a aucune raison que nos retrouvailles se déroulent de quelques mauvaise façon.

Derrière elle, une vieille servante de la maison Longueville se saisit des restes du repas pendant que quelques hommes à l'air patibulaire allumaient des bougies. Au fur et à mesure, les lieux s'éclairaient et Gabrielle pouvait mieux distinguer madame de Leeds. Elle avait pris la précaution de revêtir le même déguisement que lors de l'enlèvement à proprement parler de la duchesse. Elle portait un masque qui lui dissimulait une bonne partie du visage, une perruque blonde et une robe noire fort simple. Sa mère elle-même ne l'aurait pas reconnue. D'un geste, elle commanda aux hommes d'Hector de se retirer sauf à l'un d'entre eux qui présenta une feuille et une plume à la duchesse.

- Fort bien. Je vous en prie, madame, veuillez avoir l'obligeance de vous déplacer jusqu'au bureau. Nous avons besoin de vos services en une affaire bien particulière.

Amy de Leeds obéit avec une certaine difficulté. Tout à son grand projet, la duchesse de Longueville se fit à peine la réflexion que sa prisonnière était bien grosse et lui tendit immédiatement la plume et l'encre.

- Aujourd'hui, nous avons décidé de vous plaire. Nous allons écrire à Sa Majesté. Il ne faudrait pas qu'il s'inquiète trop de votre état, n'est-ce pas ? Allons, madame, trempez la plume, écrivez, je vous prie. Je vais vous simplifier la tâche et vous dicter : « Votre Majesté... ». Mais comment l'appelez-vous ? Peut-être n'osez-vous plus le nommer du nom de « Sire » ? Un simple « Louis » suffirait-il ?

Soupçonnant la réticence de la jeune femme, Gabrielle qui faisait les cent pas derrière elle, se rapprocha et alors qu'elle abattait son poing sur la table, sa voix claqua :

- Exécutez-vous, madame. Je n'aimerais pas en venir à de plus grandes extrémités. Songez que vous portez le fruit du roi et qu'il faut donc que votre enfant puisse connaître son père.

Estimant que la leçon avait été comprise, elle fit volte-face puis continua à dicter d'un ton de plus en plus enthousiaste, sous les yeux pleins d'ironie de son homme de main. Enfin, elle y était, enfin, elle allait pouvoir demander tout ce qu'elle souhaitait au roi par l'intermédiaire de la femme qu'il aimait. Lui aussi, tout roi qu'il était, aurait des réactions parfaitement prévisibles. Pour sauver sa favorite et son enfant, il accepterait tout, ouvrant la brèche aux forces contraires à son règne. Quelle victoire ! Gabrielle la savourait par avance. Oh oui, une place pour Hector dans la ligne de succession, une place pour les princes du sang au sein du conseil royal, le retrait de ces affreux gens de robe, tout cela ne serait qu'un début pour la main de l'ombre. Le destin était désormais en marche. Et Gabrielle continuait à dicter :

- N'oubliez pas de lui souhaiter un joyeux anniversaire, cela se déroule dans ces jours-ci il me semble bien. Écrivez : « Nous sommes en les mains de personnes qui ne nous veulent pas de misère mais désirent vous entretenir par mon intermédiaire de... »

Un gémissement s'était fait entendre au moment où Gabrielle avait parlé d'anniversaire mais elle n'y avait pas prêté attention, mettant cela sur le compte du désespoir de la duchesse. Toutefois, les cris devenaient de plus en plus importants et en se retournant, elle constata qu'Amy avait lâché sa plume et tenait son ventre arrondi avec un certain affolement. Oh mon dieu ! Se pouvait-il que... ? Gabrielle sentit l'adrénaline monter dans ses veines et la terreur la gagna. Que s'agissait-il de faire dans une telle situation ? Perrine n'était même pas présente ! Comment se faisait-il que la duchesse puisse ressentir les douleurs de l'accouchement alors que celui-ci, selon de savants calculs, ne devait pas avoir lieu avant plusieurs semaines ? L'homme de main s'était figé, les yeux dilatés sur la personne d'Amy. Gabrielle sentit distinctement la peur se transformer en colère :

- Bougre d'idiot, allez donc quérir une sage-femme !
- Mais madame ! Le premier village est à plusieurs lieues et les routes ne sont guère praticables...
- Je ne veux rien savoir, exécutez-vous ! Cracha la duchesse de Longueville, furieuse, et prévenez les lingères, qu'elles viennent avec de l'eau et tout ce qui pourrait être nécessaire.
- Mais madame... Les lingères ne sont pas au courant que...

Gabrielle de Longueville, exaspérée que l'on osât discuter ses ordres, gifla l'homme qui sous le choc ne put que reculer et disparaître à sa vue dans le couloir. Elle se jura que cet imbécile paierait cher ses hésitations. Mais pour le moment, l'urgence était toute autre.

- Madame, il faudrait peut-être que vous vous déplaciez jusqu'au lit, suggéra-t-elle d'une voix plus calme, ayant retrouvé sa maîtrise d'elle-même.

Après tout, elle allait avoir besoin de tout son sang-froid.
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MessageSujet: Re: [Environs de St-Jean-d'Angély] Dans la gueule du loup (Amy/Gabie)   21.02.12 23:17

Le doigt de la favorite chassa le voile transparent, des premières gelées d’automne, sur les vitres closes de sa chambre. Son index qui dessinait des traits et des lignes, semblait ainsi toucher l’horizon. L’horizon dont elle était privée depuis plusieurs jours. Où était-elle ? Elle n’aurait su le dire. Des sapins, des arbustes, des chênes, tels étaient ses uniques repères. La jeune femme ne se souvenait absolument de rien ! Une femme masquée d’un loup, lui avait adressé quelques mots bien déplaisants dans le carrosse, elle n’avait guère eu le temps de s’étonner ou de comprendre que déjà, elle perdait connaissance. Cela faisait à présent quarante-huit heures, que bien éveillée et sans être victime de cette violente migraine, qu’elle tenait de réfléchir à sa situation. Cette dernière lui semblait préoccupante, si ce n’est désespérée. Cette femme cachait-elle sous ses propos dédaigneux, la véritable signature de son père Harry ? La favorite ne pouvait guère oublié qu’un an plus tôt, elle avait été victime d’un enlèvement de sa part. Le comte of Leeds n’avait guère supporté qu’elle devienne la maîtresse du roi, ou plutôt la putain de Louis XIV. Il en allait de son honneur ! Cette attitude l’avait médusée ! Le seul parent qui lui restait sur cette terre, ressentait pour elle une telle adulation, que lire une telle colère au fond de ses yeux avait fissuré le ciment qui paraissait les lier jusqu’à présent. Comme aujourd’hui, elle avait subi la violence. Comme aujourd’hui, elle avait subi l’enfermement le plus infâme.

Néanmoins, à présent sa condition était bien différente. Son royal amant avait eu connaissance de ce rapt, il l’avait faite alors présenter à la cour en tant que française, en tant que duchesse de Guyenne, et en avait appelé à Charles II son cousin. Elle était devenue SA favorite officielle. Louis XIV se l’était appropriée et toucher à l’entourage sacré du roi, revenait à offenser grièvement le roi. En d’autres termes, le vieux gentilhomme anglais aurait été fou à lier d’aller à l’encontre des ordres de deux souverains. Il risquait sa tête. Malgré leur querelle qui les avait séparés de corps et même de lettres, Amy connaissait son père. Jamais, il n’aurait eu le cran de faire ça ! Son intelligence le raisonnait assez pour lui interdire de commettre la même erreur, une seconde fois. Son amour de père aussi et de futur grand père, car bien entendu, elle avait tenu à le mettre au courant de sa grossesse. Non son père n’était pas vil à ce point là ! Elle doutait réellement de son implication. Alors qui ? Et pourquoi ?

Adossée contre l’encadrement gauche des fenêtres, la jeune femme soupira et fixa la cime d’un peuplier, déjà plongée dans l’obscurité. La nuit tombait. Ses réflexions ne menaient à rien si ce n’est à la priver d’appétit, car elle butait sur une impasse. Amy ne voyait pas qui aurait eu intérêt à en venir à une telle extrémité, et surtout à un tel haut risque pour sa propre vie. Cependant, elle se devait d’avaler quelques bouchées malgré la peur croissante qui ne pouvait que la gagner au fil des heures. La favorite se devait de penser au petit être qui lui rappelait son existence de plus en plus ces temps-çi, par des coups de pieds bien prononcés. Les bras ballants et à l’allure d’un escargot, elle se dirigea donc vers la petite table où on avait déposé un plateau et s’efforça de mordre dans une aile de poulet. Lorsqu’elle eut fini ce maigre repas, elle se mit à déambuler misérablement, puis soudain exaspérée, serrant les poings, Amy décida finalement de s’asseoir sur le rebord de son lit ! Au diable ce ravisseur de malheur, il se montrerait bien lorsqu’il le déciderait ! Il fallait qu’elle cesse de songer à tous les noms possibles de ces ennemis à la cour ! La Montespan était la première d’une très longue liste malheureusement ! Toutes ses suppositions lui donnaient des aigreurs d’estomac et elle devait se ménager.

Tandis qu’elle reprenait sa respiration une troisième fois, une clef tourna dans la serrure. Une femme à la chevelure brune comme l’ébène, fit son apparition. L’œil brillant de mépris, le sourire narquois, elle s’adressa à elle avec le plus parfait cynisme.

" Bien le bonjour, madame, c'est un plaisir de vous revoir. Ne vous inquiétez pas, si vous vous montrez coopérative, il n'y a aucune raison que nos retrouvailles se déroulent de quelques mauvaise façon. "

La favorite préféra à cette annonce ne rien rétorquer. Puisque l’autre le lui assurait, si elle lui demandait un sacrifice raisonnable, comme de l’argent ou une faveur quelconque que sa position aurait pu lui offrir, elle était prête à l’entendre. Elle se soumit donc par le silence et un hochement de la tête à écouter son kidnappeur jusqu’au bout. Ce silence s’éternisa malgré tout, le temps que les serviteurs finissent leurs offices. Ses yeux bleus pénétraient intensément au cœur de ceux de l’intrigante et ce regard en disait long sur le sentiment que ces deux-là se portaient. La haine allait dès cet instant les unir plus que jamais !

" Fort bien. Je vous en prie, madame, veuillez avoir l'obligeance de vous déplacer jusqu'au bureau. Nous avons besoin de vos services en une affaire bien particulière. "

Une fois encore, la favorite s’exécuta et s’avança vers le bureau qu’on lui désignait. A quelques pas de son adversaire, celle-ci n’y alla pas par quatre chemins et lui tendit le matériel nécessaire pour écrire une lettre. A quoi tout cela rimait-il ? Elle s’assit néanmoins sur le fauteuil de fortune et planta la plume dans l’encrier.

" Aujourd'hui, nous avons décidé de vous plaire. Nous allons écrire à Sa Majesté. Il ne faudrait pas qu'il s'inquiète trop de votre état, n'est-ce pas ? Allons, madame, trempez la plume, écrivez, je vous prie. Je vais vous simplifier la tâche et vous dicter …"

La duchesse de Guyenne écouta le reste sans réellement l’entendre. Ainsi c’est donc à Louis qu’on en voulait. C’est à Louis qu’on désirait arracher quelque chose. C’était bien différent ! Elle se serait ruinée et se serait abaisser à beaucoup s’il avait s’agit que d’elle-même, mais servir d’appât pour atteindre son amant ? JAMAIS ! Le bout de la plume sur la feuille, sa main ne bougea pas et ne fit le contour d’aucune lettre … Attitude qui déplut à geôlière.

" Exécutez-vous, madame. Je n'aimerais pas en venir à de plus grandes extrémités. Songez que vous portez le fruit du roi et qu'il faut donc que votre enfant puisse connaître son père."

Amy redressa alors la tête et son œil pétilla dangereusement. Le coup de poing porté au bureau à l’inconnue, ne l’impressionna guère. La favorite était d’un sang-froid rare, qu’elle avait développé dans les pires situations de son existence.

" N'oubliez pas de lui souhaiter un joyeux anniversaire, cela se déroule dans ces jours-ci il me semble bien. Écrivez : « Nous sommes en les mains de personnes qui ne nous veulent pas de misère mais désirent vous entretenir par mon intermédiaire de... "

Non non non ! Ce n’était pas cette mégère malgré les grands airs qu’elle pouvait bien se donner, grâce au pouvoir ignoble qu’elle avait sur elle à cette minute même, qui allait l’intimider … Elle jeta donc plume au loin et bondit de son siège.

- Sachez madame, que je n’ai jamais répondu au chantage que par le contraire de ce que voulait mes ennemis ! Quoique cela m’ait coûté et quoique cela me coûte ! Vous avez ma vie entre vos mains soit, mais j’ai moi aussi un avantage certain sur vous ! Je ne suis pas grand-chose sans vous, mais à l’heure actuelle, la logique même me dit que vous n’êtes pas grand-chose sans moi … Sinon je ne serai pas là !

Amy s’avança à quelques centimètres du visage de l’intrigante et posa ses deux mains sur le bord du bureau, le tout agrémente d'un certain rictus de satisfaction.

- Et cet avantage là je le garde bien au contraire … Car je sais que tant que je n’aurai pas cédé à vos exigences, vous ne tenterez absolument rien contre moi ! Et quand bien même, le feriez-vous, vous pourriez être encore surprise de ma réponse madame ! Gardez vos menaces pour plus peureux que moi !

Est-ce le fait de s’être levée brusquement quelques minutes plus tôt, est-ce le stress accumulé ces derniers jours, ou encore cette confrontation, toujours est-il qu’une douleur vive et intense se logea tout à coup au plus profond de son ventre.

- AHHHHHHHHHHH !

Portant les deux mains à cette région de son corps, elle se plia bientôt en deux et s’appuya au bureau comme elle put. Non c’était trop tôt, beaucoup trop tôt ! Il restait encore un peu plus d’un mois avant le terme, l’enfant ne pouvait pas naître maintenant et dans ces conditions. Mais rien à faire, pour avoir eu quelques maux bénins dûs à la grossesse, elle reconnut sans pourtant jamais ne l’avoir encore vécu, les premières douleurs de l’accouchement. Sa bouche s’ouvrant et se fermant plusieurs fois sous des cris muets, une sueur froide lui montant au front, elle allait s’effondrer sans doute à terre, lorsque sa geôlière eut un geste d’humanité.

" Madame, il faudrait peut-être que vous vous déplaciez jusqu'au lit. "

Le conseil était bon et elle le suivit sans hésiter. Prenant appui à tous les meubles qu’elle pouvait trouver sur sa route, elle gagna le lit à baldaquin sur lequel elle s’affala plus qu’elle ne s’allongea. La respiration déjà courte et saccadée, elle osa effleurer le bras de la jeune femme qui l’avait suivie. Elle la supplia alors du regard.

- Par pitié madame … aidez-moi … Ne me laissez pas seule … Pas maintenant ... AH !!!

Un autre soubresaut la souleva et sa tête se renversa en arrière. Une contraction des plus aigües qui la fit atrocement grimacer. Sans réfléchir, et sans lui demander réellement sa permission, elle prit la main de l’inconnue dans la sienne pour se donner le courage nécessaire pour l’épreuve à venir !

______________________

La duchesse de Fer
" Je vois en toi quelque chose qui offense le vulgaire. L'envie et la calomnie te poursuivront. Alors dans ce désert égoïste qu'est la vie, ne pense plus qu'à toi. "

Le rouge et le noir
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MessageSujet: Re: [Environs de St-Jean-d'Angély] Dans la gueule du loup (Amy/Gabie)   01.04.12 0:56

Gabrielle ne put s'empêcher de grimacer devant la mauvaise volonté de sa captive mais l'expression qui déforma son visage resta bien cachée derrière son masque de théâtre. Visiblement, les quelques jours qu'on lui avait laissés pour réfléchir n'avaient pas suffi à la favorite pour prendre conscience de sa situation particulièrement désespérée. Elle se comportait avec une assurance et une morgue propre à son rang qui firent naître deux sentiments contradictoires en la jeune duchesse, à la fois l'agacement et une certaine forme, Gabrielle devait bien le reconnaître, d'admiration. Agacement devant cette évidente perte de temps et cette remise en cause de son autorité. Admiration devant cette femme qui osait se redresser devant ses geôliers et qui se battait pour ne pas se laisser envahir par la peur. Mais elle resta entièrement impassible tout au long de la tirade d'Amy of Leeds, se contentant de faire la moue tandis que son esprit réfléchissait à une autre solution. Bien entendu, elle pouvait sévir, les hommes de main d'Hector n'étaient pas uniquement là pour profiter du voyage en Saintonge. L'homme qui surveillait la scène près de la porte avait de larges mains, grandes comme des battoirs et Gabrielle se doutait bien qu'Hector ne se servait pas de lui uniquement comme laquais, allumeur de chandelles ou responsable de sa garde-robe. Elle ne tenait pas à en arriver à de telles extrémités mais madame de Leeds lui laissait-elle seulement le choix ? Oui, peut-être. Exercer la violence sur une femme enceinte lui répugnait assez pour qu'elle puisse renoncer à lui faire écrire cette lettre au roi. Elle pouvait le faire elle-même ou le faire faire à un de ces domestiques de confiance et simplement ajouter une mèche de cheveux, un bijou ou n'importe quoi qui puisse servir de preuve pour l'usurpateur qui se faisait appeler Louis XIV. Il ne fallait pas perdre plus de temps. Il était nécessaire d'achever un homme déjà à terre. Frapper dès le moment où il serait mis au courant de la disparition de la femme qu'il aimait et qu'il craignait pour sa vie. Et ce ne serait que s'il se décidait à refuser leurs demandes qu'elle prendrait les dispositions qui s'imposaient. Mais elle se refusait à y penser. Ce n'était pas dans le plan initial.

Mais décidément, le destin semblait vouloir jouer avec les nerfs de Gabrielle de Longueville et avec ses prévisions car Amy de Leeds se tordait désormais en deux, en gémissant. La jeune femme n'avait jamais assisté à un accouchement, sinon peut-être à celui de sa mère lorsqu'elle avait donné naissance à son frère Paris mais rien n'était moins sûr car elle n'en gardait aucun souvenir. Certes, il y avait bien des servantes qui étaient parfois grosses mais ce n'était pas aux maîtres de maison de s'en préoccuper. Cela avait été le cas de la mère de Perrine, à plusieurs reprises. Pour ce qu'elle s'en souvenait, madame Harcourt prenait les choses avec une grande légèreté, accouchait le soir et retournait au travail le lendemain. La petite fille n'aimait pas beaucoup ces bébés braillards qui accaparaient l'attention des mères tout comme Paris avait accaparé l'attention de la leur même lorsqu'il portait encore des jupes. Mais ici, rien de comparable. La favorite n'avait pas l'habitude de la mère Harcourt, c'était son premier enfant. Et Gabrielle avait assez grandi pour apprendre que l'accouchement ne se passait pas toujours aussi bien que dans le cas de son ancienne cuisinière. Combien de fois avait-on déploré la perte d'une connaissance en couches ? Cela faisait partie des récriminations que les Précieuses adressaient au mariage, cette institution faite pour les hommes qui tuait tant de jeunes filles à peine sorties de l'enfance parce qu'elles étaient bien trop jeunes pour porter des enfants ! Mais même au-delà de cela, les fièvres et les saignements anormaux emportaient bien des vies. Et en l’occurrence, eux n'avaient aucune matrone expérimentée sous la main pour assister la future mère. Gabrielle sentit une légère appréhension grandir en elle. Elle venait à peine d'avoir Amy sous sa garde, ce n'était pas le moment que la nature ou Dieu ne la lui ôtent !

- Par pitié madame … aidez-moi … Ne me laissez pas seule … Pas maintenant ... AH !!!

La jeune femme blonde s'était allongée sur le lit, les dents serrées à cause de la douleur. Certes, Gabrielle aurait aimé se trouver à des lieues de là pour ne pas devoir assister à la scène mais elle n'avait pas l'intention de sortir de la pièce, elle ne le pouvait tout simplement pas. Elle savait qu'elle serait là jusqu'au bout pour aider madame de Leeds autant qu'elle le pourrait. Lorsque la future mère lui saisit soudain la main et lui lança un regard en forme de supplication muette, Gabrielle en oublia devant qui elle se trouvait. Il n'y eut soudain plus de favorite, plus de prisonnière, plus d'ennemie intime à abattre. Non, ce n'était qu'une femme sur le point d'accoucher comme tant d'autres, une femme qui allait donner naissance à un nouvel être et qui souffrait horriblement. Alors la duchesse ne retira pas sa main, au contraire, elle exerça une pression pour signifier toute sa compassion dans cette épreuve. Elle était femme elle aussi, elle était mieux placée que quiconque pour comprendre.

- Vous nous avez fait demander, madame la... ?
- Ne prononcez pas de noms, idiotes. Et approchez, nous avons besoin de vos services pour un accouchement. J'ose espérer que vous savez comment cela se déroule...

C'étaient les deux lingères de l'hôtel qui apportaient des serviettes et de l'eau. Elles avaient déjà un certain âge mais visiblement, cela ne les avait pas habitué à tout car elles demeurèrent stupéfaites devant le spectacle qui s'offrait à leurs yeux. Il fallait dire qu'elles n'étaient pas au courant de la présence de leur invitée. Agacée par leur inaction, Gabrielle se détacha d'Amy et s'approcha d'elles pour se saisir de la cruche et d'un linge. Brusquement réveillées, les deux femmes se placèrent aux côtés de la favorite pour l'assister dans le travail. Sans plus leur prêter attention, la duchesse ôta ses longs gants noirs qui lui arrivaient jusqu'aux coudes pour dévoiler des doigts fins et blancs. Après avoir trempé le tissu dans l'eau, elle humidifia doucement le front et les joues de la jeune femme qui souffrait visiblement de plus en plus et qui était brûlante. De sa main droite, Gabrielle, assise sur le lit, la rafraîchissait tandis que de l'autre, elle lui reprit la paume et la serra encore plus fort, à s'en blanchir les jointures.

- Allez, madame, ce n'est qu'un mauvais moment, songez à votre enfant...Tout ira bien, je vous le promets, tout ira bien...
- Madame, il faut que vous poussiez, maintenant ! S'exclama l'une des deux lingères, penchée entre les jambes de la jeune femme, allez-y ! Dès que vous sentez une contraction !
- C'est qu'il est impatient de sortir, ce p'tit-là
, sourit la deuxième.

Les minutes qui suivirent furent les plus longues de l'existence de Gabrielle. Elle crut que le moment de la délivrance n'allait jamais arriver. Lorsque la souffrance d'Amy arriva à son paroxysme, la duchesse eut la présence d'esprit de faire apporter de l'alcool pour la soulager. Elle força quasiment Amy à boire le verre empli d'un liquide ambré. Mais tous leurs efforts furent payants. Au bout d'un moment, alors qu'elle avait renoncé à compter les « encore un peu », « il arrive », « allez, je vois sa tête » lancés par les sage-femmes improvisées, Gabrielle les distingua prendre une forme dans leurs bras. Elle retint sa respiration. Soudain, un cri retentit dans la pièce, au soulagement général. Le bébé était en vie ! Et d'après les pleurs que l'on entendait, il avait même d'excellents poumons. La duchesse lâcha enfin la main d'Amy pour se relever. Elle passa sa paume moite dans ses cheveux pour découvrir que ceux-ci étaient échevelés. Le reste de sa mise ne devait guère être mieux. Mais pour la première fois de son existence, Gabrielle n'en avait vraiment que faire. Devant elle, les lingères, en sueur, paraissaient épuisées. La plus âgée tenait une petite chose encore toute fripée et pleine de sang, le cordon ombilical avait été coupé. Elle essuya un peu l'enfant pour la mettre d'autorité dans les bras de Gabrielle sans que cette dernière n'ait eu le temps de protester que cela risquait de tâcher ses vêtements.

- C'est une petite fille, annonça-t-elle avant d'aller se laver les mains dans une bassine qui était là.

La jeune femme se retrouva un peu gauche avec le bébé dans les bras. Il gigotait beaucoup et hurlait comme s'il voulait prouver à trois milles à la ronde qu'il venait de naître. Encore une fois, elle fut partagée mais cette fois-ci entre agacement et émerveillement. Cette petite chose semblait si fragile ! Oh, la petite n'était pas vraiment jolie, elle était bien trop rouge et fripée mais cela était réellement émouvant de la tenir. Un sourire sincère, ce qui ne lui était pas arrivé depuis une éternité, éclaira les traits de Gabrielle et elle se retourna vers la mère, prête à la lui donner.

- Regardez, madame, c'est votre fille.

Mais elle fut interrompue par un cri qu'elle ne comprit pas à cause du bruit que faisait l'enfant. Stupéfaite, elle se rendit compte que la jeune mère se tordait à nouveau de douleur. Que pouvait-il bien se passer ? Se pouvait-il qu'Amy ait perdu trop de sang ou ait une trop grande fièvre qui allait la terrasser sous leurs yeux, eux qui étaient impuissants ? Mais non... Étaient-ce... Des contractions ? Le nouveau cri de la lingère parvint cette fois-ci à ses oreilles :

- Attendez, attendez ! Il y en a un deuxième !

Le long calvaire reprenait.
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MessageSujet: Re: [Environs de St-Jean-d'Angély] Dans la gueule du loup (Amy/Gabie)   21.04.12 20:22

- Je vais mourir ! Je vais mourir !

Ces propos ou plutôt ces gémissements déchirants étaient poussés entre deux respirations saccadées par la duchesse de Guyenne. Ses nombreux titres anglais et français ne représentaient vraiment plus rien à cette minute, elle n’était qu’une femme bientôt mère qui voyait défiler sous ses yeux la terrible mort de la sienne. Le choc du traumatisme lui revenait en mémoire, comme un soufflet cinglant, car cette dernière avait rendu son dernier soupir à la naissance de la petite Joan. Le premier hurlement de l’enfant avait été le synonyme de l’ultime de Louise de Maridor. Amy tenait à cet instant précis la main de l’accouchée et du haut de ses huit ans, le souvenir la hantait souvent. Mais jamais comme à présent où son corps n’était plus que secoué de sueurs froides. Elle également allait trépasser, à n’en pas douter. Les circonstances malheureuses n’étaient-elles donc point similaires aujourd’hui ? Elle n’était plus qu’une captive entre les griffes acérées d’une femme inconnue et masquée. Quelle assistance pourrait-elle bien avoir de cette geôlière ? La tranquillité n’était pas au rendez-vous et l’enfant se présentait avant l’heure. Amy craignait le pire pour les jours de son bambin mais aussi pour les siens ! Une crainte légitime au vu des circonstances, au vu du produit administré afin de l’endormir dans le carrosse. Aussi ne fut-il pas étonnant qu’elle veuille se relever et courir pour fuir les deux femmes qui venaient de faire leur entrée dans la chambre. Elles lui apparurent comme deux monstres prêts à la déchiqueter.

- NON ! NON ! N’avancez pas !!! … N’approchez pas ! AAAAAAAH !

La favorite ne parvint guère à se déplacer d’un seul mètre car une nouvelle douleur lui tenailla les entrailles et la fit retomber sur les oreillers. Sa main encore libre ne savait où se positionner par pur réflexe pour amoindrir le mal. Sa mâchoire de plus en plus crispée au fil des secondes, faisait s’entrechoquer ses dents lorsqu’un instant de répit lui était accordé. L’air lui manquait dangereusement, ses cheveux collaient à présent à ses tempes et à son cou. Quant au miroir, celui-ci aurait pu réfléchir l’image de ses lèvres bleutées et des cernes se creusant sous ses yeux. Quel spectacle en vérité ! La favorite puissante et influente distribuant des faveurs au cœur de la galerie des glaces laissait place à une bien pitoyable demoiselle. Sa geôlière devait bien se gausser d’elle en cet instant et aurait fort à raconter, car elle ne doutait guère de sa position importance à la cour.

" Allez, madame, ce n'est qu'un mauvais moment, songez à votre enfant...Tout ira bien, je vous le promets, tout ira bien... "

Le ton de la jeune femme apaisa quelque peu les tourments d’Amy sur les desseins de cette dernière. Avait-elle su toucher son cœur ? Une solidarité féminine venait-elle de naître entre ces deux-là malgré l’abîme qui semblait les séparer ? La favorite avait tout à redouter de cette ennemie, néanmoins à cette heure précise elle lui apparaissait comme une bénédiction divine. Elle s’accrochait littéralement à sa main comme une noyée à une corde salvatrice lancée à la mer. Elle sentait elle-même ses ongles se plantaient dans sa chair mais le mal aigu qui l’assaillait en était la cause.

- Merci pour votre assistance madame … S’il m’arrive malheur …
" Madame, il faut que vous poussiez, maintenant ! "

La lingère n’eut pas besoin de le répéter deux fois, le corps tendu tel un arc, le dos cabré, Amy obéit avec docilité. Le bas de son ventre sembla se déchirer et après l’effort, ses coudes ne la portèrent plus. Le mal était bien trop vif. Elle désirait mourir pour ne plus le subir à nouveau !

- Je n’en peux plus ! … MAMAN aide moi …

Le délire de la fièvre commençait par s’emparer d’elle. Depuis combien de minutes, d’heures de siècles souffrait-elle ainsi ? Ses jambes tremblaient seules comme guidées par un autre cerveau que le sien. La peur s’engouffrait dans son esprit et l’ombre de la mort semblait planer sur elle. Son cœur tambourina davantage dans sa poitrine et tout devint bientôt flou jusqu’au visage ou plutôt le masque de sa geôlière. Cette dernière s’en aperçut-elle ? Est-ce pour cela qu’elle lui apporta un verre qu’elle vida d’un trait dans sa bouche ? Peut-être … Toujours est-il que l’alcool fut salvateur et la sauva d’un malaise bien prévisible, un véritable coup de fouet !

« Il arrive »

Son autre main agrippa le dessus de lit au point sans doute de l’en déchirer et elle poussa une nouvelle fois, elle poussa encore et toujours … ses poumons se vidant de plus en plus de l’oxygène salvateur, son front perlé de mille gouttelettes de sueurs tant l’effort était intense. Encore un dernier lui disait-on ! Était-ce pour la rassurer ou les choses se compliquaient-elles ? Alors une ultime fois, bien qu’il lui sembla qu’aucune force ne l’habitait, elle se redressa et ses dents serrés au paroxysme, elle se battit contre une énième contraction. A cette minute, la douleur d’aigue et d’intense devint insoutenable. Tandis que jusque là, elle n’avait que gémi, un cri provenant du plus profond de son être endolori résonna dans la pièce, des pleurs incontrôlables s’échappant de ses yeux. Un court instant, Amy fut comme assommée, le travail l’avait épuisée et elle n’entendit que les vagissements de l’enfant dans un écho fort lointain, ainsi que les propos de la lingère.

" Regardez, madame, c'est votre fille. "

Ouvrant les paupières, sa tête reposée sur le traversin, la favorite croisa le regard de sa fille qui la fixait. Un gazouillement qu’elle prit pour un premier sourire alla droit à l’âme d’Amy.

- Elle n’est pas morte, merci mon Dieu … Que tu es belle mon ange … AAAAAAAAAAAAAAH !

Mille aiguilles semblaient s’être plantées à la même seconde au bas de son ventre. La favorite ne profita donc pas de cet instant de répit et l’avant de son corps telle une marionnette soutenu par des fils invisibles se redressa.

- Que se passe-t-il ? Pourquoi ai-je tant mal ? Dites-moi je vous en supplie, que m’arrive-t-il ?
" La tête du second petit ne passe pas, il me faut des ciseaux. Vas en chercher tout de suite toi ! "

Ce n’était plus de la peur mais une panique effrénée qui vibrait dans la voix de l’accouché. Et la douleur qui ne faisait que croître ! La mort allait l’emporter, c’était certain ! La seconde lingère, quant à elle, venait de sortir en trombe de la pièce.

- NON MAMAN, je ne veux pas mourir comme toi, je veux profiter de ma fille … Madame …

Elle tourna la tête sur le côté pour planter son regard dans celui de sa geôlière qui portait son aînée dans les bras.

- Ecoutez-moi … Prenez soin de ma fille si je ne survivais pas et si l’autre ne venait pas au monde … AAAAAAAAH ! … Par pitié madame, promettez le moi …


Le lui promit-elle ? Amy ne l’entendit point car un nouveau tiraillement venait de l’assaillir. La seconde matrone revenait avec le matériel demandé à cet instant précis. Et ce fut bientôt une nouvelle délivrance, toute aussi difficile ! Un second hurlement enfantin emplit l’étendue de la pièce et le corps d’Amy ne fut qu’alors que soubresauts de pleurs et de rires, tandis qu’elle posait ses mains sur son visage. Une crise de nerfs s’emparait d’elle.

" Encore une fille madame ! Des jumelles et bien belles ! J’ai rarement vu une femme aussi courageuse que vous … félicitations ! "

Devait-elle mourir sous peu que le besoin quasi frénétique de serrer le fruit de tant d’amour mais aussi de tant de peine la tira de sa torpeur ! Plus proche de la cadette que la sage-femme improvisée tenait, elle tendit les bras pour la recevoir et la plaça en son giron. Tout était oublié, plus rien n’avait d’importance, pas même le fil et l’aiguille qui réparait l’outrage fait à sa féminité ! Plus rien n’existait en ce bas monde que ses deux amours, l’unique regret qui l’habitait était l’absence du père, de son royal amant. Après avoir admiré l’enfant, elle sourit à sa détentrice et la pria de lui remettre le second bambin. Celle-ci était plus rebelle et se débattit légèrement lorsqu’elle lui offrit une place dans ses bras.

- Mademoiselle, attendez donc quatorze ans pour vous révolter contre l’autorité de votre mère. Et ne froissez donc pas votre nez de la sorte si vous voulez demeurer toujours aussi jolie.

L’une des deux lingères poussa un petit rire, émue par la scène et la réalité revint un instant à l’esprit d’Amy.

- Je vous remercie mesdames, et vous plus particulièrement malgré la haine que vous semblez me porter de m’avoir assistée.

Elle s’était bien entendu adressée à Gabrielle de Longueville, dont elle ne connaissait que les cheveux et les yeux si bruns.

" Tout ça c’est bien émouvant mais nous devons porter ces demoiselles à leur premier bain. "

Le ton de la matronne ne laissait place à aucune négociation, pourtant Amy osa insister.

- Déjà ? Laissez-les-moi encore, s’il vous plait.
" Vous les retrouverez dans quelques minutes, soyez raisonnable. "

La duchesse de Guyenne se défit de ses enfants bien difficilement. Une prémonition ? L’avenir ne pourra que lui donner malheureusement raison … Demeurée seule avec sa geôlière, elle lui fit part de sa volonté à coopérer.

- Je signerai tout document que vous me présenterez, vous avez ma parole ! Je vous demande uniquement de ne pas attenter à ma vie ou à celle de mes filles.

______________________

La duchesse de Fer
" Je vois en toi quelque chose qui offense le vulgaire. L'envie et la calomnie te poursuivront. Alors dans ce désert égoïste qu'est la vie, ne pense plus qu'à toi. "

Le rouge et le noir
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MessageSujet: Re: [Environs de St-Jean-d'Angély] Dans la gueule du loup (Amy/Gabie)   11.07.12 21:53

On aurait pu penser que la naissance du second enfant allait être plus facile, que le jumeau suivrait la voie tracée par sa sœur et que le calvaire pour la mère serait moins long. Gabrielle de Longueville en tout cas, portant toujours le premier bébé dans ses bras, l'espérait même si le destin ne voulait guère l'écouter cette journée-là et si les imprévus s'accumulaient. La chance n'était en effet pas de son côté car les complications pour la dame de Leeds ne faisaient que commencer et pour la première fois depuis le début de cet accouchement prématuré, la duchesse eut réellement peur de perdre la mère. Non, on ne pouvait pas lui faire cela, lui arracher l'aimée du roi, c'était impossible... Gabrielle se refusait à l'envisager. Alors que les sage-femmes improvisées s'affairaient, réclamaient des ciseaux et Dieu savait quoi encore, la jeune femme s'approcha doucement de son ennemie qui se tordait de douleur et la fixa un instant, tiraillée par des sentiments opposés. Étrange de voir que devant la pure souffrance causée par l'acte le plus naturel qui soit, la naissance, les rancœurs pouvaient s'effacer, s'oublier pour quelques instants. Qu'elle l'avait haïe cette femme pour ses secrets, ses mystères et bien plus pour tout ce qu'elle représentait, pour ce qu'elle possédait, le cœur du roi ! Mais la haine s'était envolée, ne restait plus que la compassion, une empathie qui bouleversait la duchesse. Elle qui n'avait jamais été très pieuse, elle adressa une courte prière à sainte Marguerite et basculant la première petite fille qui s'époumonait toujours – même si, glacée par la scène à laquelle elle assistait, la jeune femme ne l'entendait plus – sur son bras gauche, elle saisit la main d'Amy et l'enserra dans une poigne ferme. Gabrielle ne savait pas si la favorite la sentait mais elle espérait confusément qu'elle pourrait lui passer de cette manière une partie de sa force. Elle était si inutile et si impuissante !

- NON MAMAN, je ne veux pas mourir comme toi, je veux profiter de ma fille... Madame..., suppliait l'accouchée, en pleine panique.
Gabrielle secoua la tête et lui répondit avec une assurance qu'elle était bien loin de ressentir en cet instant :
- Non, madame, vous ne mourrez pas, vous ne pouvez pas mourir, je le sais.
Si ses paroles eurent quelques effets, la jeune femme ne le sut jamais car Amy enchaîna immédiatement en se tournant à demi vers elle, malgré les imprécations des lingères :
- Écoutez-moi... Prenez soin de ma fille si je ne survivais pas et si l’autre ne venait pas au monde... AAAAAAAAH... ! Par pitié madame, promettez-le moi...
Elle avait planté son regard bleu dans celui très brun de Gabrielle et pendant quelques centièmes de secondes, elles se fixèrent. Si Amy paraissait épuisée et si son front était couvert de sueur, elle faisait toujours montre de cette force de volonté qui la caractérisait mais Gabrielle ne flancha pas. Dans ses bras, le bébé qui venait de s'ouvrir au monde continuait à gigoter, réclamant du lait maternel ou peut-être seulement un peu de réconfort et de chaleur. Mais Gabrielle ne détourna pas son attention de la mère. Un éclair passa dans les yeux marrons de la jeune duchesse et un sourire qui se voulait rassurant s'ébaucha sur ses lèvres :
- Je vous le promets.
Amy of Leeds ne l'écoutait déjà plus, elle était retournée à son calvaire qui s'éternisait. Pourtant le pacte venait d'être scellé. Gabrielle venait de jurer de prendre soin de la petite fille. De toute façon, aurait-elle été capable de lui faire le moindre mal ? Elle ôta sa main de celle de la mère et berça doucement l'enfant qui se calma puis se mit à gazouiller tandis que sa sœur voyait à son tour les premières lueurs du soleil. La libération avait été si difficile qu'Amy de Leeds se mit à la fois à rire et à pleurer. Le soulagement déferla en Gabrielle. C'était enfin terminé. L'épreuve était passée. Ses tremblements s'estompèrent et le roc qu'elle était en temps normal se reformait.

- Encore une fille, madame ! Des jumelles et bien belles ! J'ai rarement vu une femme aussi courageuse que vous... Félicitations ! S'exclamait la plus âgée des deux lingères en tendant la cadette à Amy, bientôt imitée par une Gabrielle un peu réticente.

Paradoxalement, devant cette scène touchante où la mère tenait pour la première fois ses bébés entre ses bras, la duchesse sentait son cœur se refermer et son esprit oublia l’immédiateté pour réfléchir aux conséquences de cet accouchement. Elle détesta le ton léger par lequel Amy s'adressa à son aînée puis détesta les lingères de se montrer si émues. L'émotion la fuyait, elle. C'était presque rassurant de se sentir reprendre contrôle de soi-même. La situation lui avait échappée pendant quelques dizaines de minutes, peut-être heures, elle avait été incapable de compter mais le sentiment qu'elle tenait cette charmante petite famille dans sa poigne la grisa.

- Je vous remercie mesdames, et vous plus particulièrement malgré la haine que vous semblez me porter de m’avoir assistée, déclara gravement la favorite en jetant un œil sur Gabrielle.

Elle ignorait sans doute qu'elle venait de signer l'arrêt de mort des deux femmes qui l'avaient aidées. Car loin de songer à la magnanimité dont faisait preuve sa prisonnière, Gabrielle, du coin de l’œil, surveillait ses deux complices improvisées qui échangèrent un regard. Aucune des deux n'avait été mise au courant de la présence de la dame de Leeds et maintenant que l'action s'éloignait, elles allaient se demander ce qui pouvait bien se passer dans cet hôtel... Elles ne seraient pas longues à faire le rapprochement avec l'enlèvement de la favorite royale, la Roche-Courbon n'était pas si loin. Elles seraient donc supprimées. C'était dommage pour Francesco de perdre les quelques serviteurs qui lui appartenaient encore mais Gabrielle savait bien qu'il ne lui en voudrait pas pour des vies qui avaient si peu d'importance aux yeux d'un prince italien. Et après tout, il fallait bien que les hommes de main d'Hector et Ulrich servent à quelque chose sinon à contester ses ordres.

- Tout ça, c'est bien émouvant mais nous devons porter ces demoiselles à leur premier bain.
- Déjà ? Laissez-les-moi encore, s'il vous plaît.
- Vous les retrouverez dans quelques minutes, soyez raisonnable.

Gabrielle fronça les sourcils devant l'autorité dont faisait preuve la matrone mais ne protesta pas. Elle s'apprêtait à tourner les talons à son tour pour appeler un servante afin qu'elle s'occupe de la jeune mère lorsque la voix d'Amy l'interrompit dans son mouvement :

- Je signerai tout document que vous me présenterez, vous avez ma parole ! Je vous demande uniquement de ne pas attenter à ma vie ou à celle de mes filles.

Gabrielle en avait presque oublié la raison pour laquelle elle était venue provoquer Amy dans son antre et haussa les épaules devant cette marque de résignation. Elle ne s'abaisserait plus à demander quoi que ce soit à cette femme qui reposait, épuisée, contre ses coussins. De nouveau, un mur s'était érigé entre elles, toutes les défenses qui étaient tombées s'étaient reformées. D'une voix horriblement ironique, Gabrielle répondit :

- Oubliez la lettre, madame, reposez-vous, je vais faire en sorte que vous soyez le mieux traitée possible comme si vous étiez chez vous. Je n'ai nullement l'intention de vous faire le moindre mal et surtout pas à vos filles. Enfin, je suis certaine que le roi voudra vous revoir toutes entières.

Sur cette méchanceté prononcée avec le sourire, sans écoute d'éventuelle réponse, la duchesse sortit et après y avoir fait pénétrer une servante muette, ferma la porte derrière elle. Elle entendait vaguement des pleurs de bébé qui montaient jusqu'à elle. Cela faisait des jours que l'hôtel n'avait pas connu une telle agitation. Soudain hors des regards, Gabrielle prit conscience de son épuisement et de l'épreuve que ces dernières heures avaient été pour ses nerfs. Elle s'accorda une pause et s'adossa contre le mur, arrachant son masque désagréable qui lui collait à la peau et fermant les yeux pour ne plus voir l'étendue du désastre que tout cela aurait pu être. Mais loin d'oublier, son esprit se mit à songer à la manière d'exploiter cet événement impromptu. Elle n'était pas dupe, le roi ne pourrait céder sur tout. Et quand bien même, quand il aurait récupéré la femme qu'il aimait et ses filles, qu'est-ce qui disait à Gabrielle qu'il continuerait à tenir ses promesses ? Il n'était pas un homme honorable. Tout en continuant à réfléchir, elle se décolla du mur et se décida à descendre les marches pour atteindre le rez-de-chaussée. Les matrones s'étaient installées dans le premier salon et chuchotaient. Elles s'interrompirent quand elles virent arriver la duchesse. Cette dernière ne semblait plus que l'ombre d'elle-même. Décoiffée, débraillée, démaquillée, les traits tirés, elle n'avait rien de la femme qui brillait à la cour. Les deux lingères ne la connaissaient pas assez pour savoir que le sourire qu'elle arborait en cet instant n'avait rien d'un sourire joyeux ou même hypocrite, de circonstance. Ce large sourire qui flottait sur les lèvres de la jeune femme paraissait incongru dans une telle situation. Elles lui répondirent de la même façon, soulagées de voir la maîtresse de bonne humeur. Mais elles ignoraient que ce sourire signifiait tout autre chose. Gabrielle venait d'avoir une idée. En descendant les escaliers, en voyant les deux petites princesses de sang royal, en un éclair, elle avait su comme tirer profit de la situation. Et elles étaient bien sottes, les deux lingères, ne pas se rendre compte que ce sourire était carnassier !

Une porte claqua et presque en courant, l'homme de main d'Hector déboula ans la pièce suivi par une matrone essoufflée, à la poitrine imposante.
- Madame, j'ai juste trouvé la nourrice du village voisin pour nous aider et...
Il s'interrompit en voyant les petites.
- Parfait, vous voilà enfin décidé à vous rendre utile, commenta Gabrielle acerbe, vous tombez à pic, j'allais justement dire à nos deux lingères que nous n'avions plus besoin d'elles. Vous savez ce que cela signifie, n'est-ce pas ?
- Bien entendu, madame, s'inclina l'homme de main sans hésiter, je vais les raccompagner à la sortie... Et m'assurer qu'elles ne manqueront de rien.

Sans plus s'occuper du sort des deux sage-femmes improvisées, Gabrielle s'approcha des petites qui avaient été enveloppées dans des linges et du bout de l'index, caressa le visage de l'aînée. Elle ignorait si c'était le fait de l'avoir tenue dans ses bras ou si le bébé était plus fort mais elle la reconnaissait immédiatement. Elle la désigna à la nourrice qui avait repris son souffle :

- Prenez-la, c'est d'elle dont vous devrez vous occuper.

Était venu le moment de la séparation. C'était un bon compromis. Gabrielle garderait l'une des deux jumelles pour s'assurer d'avoir un moyen de pression. Elle avait les moyens de l'élever selon son rang. La menace ne s'éloignerait jamais de la tête du couple royal. Quant à la cadette... La duchesse la saisit et la leva à bout de bras pour qu'elle lui fasse face :

- Désolée mais je crois bien que votre sœur est mourante... C'est que nous raconterons à votre mère. Il n'est pas rare après tout que les bébés meurent peu après leur naissance. Croyez-vous qu'elle supportera le choc ? Je préfère qu'elle collabore, elle ne saura la vérité que le moment opportun...

Une authentique joie s'empara de Gabrielle. Tout se déroulait bien, finalement. Il lui suffisait désormais d'envoyer cette lettre au roi et d'en attendre la réponse avant de libérer Amy of Leeds et sa fille. Elle avait réussi. Une nouvelle couche de glace venait de recouvrir son cœur. La cruauté dont elle faisait preuve lui paraissait justifiée. Pour Hector... La fin justifiait les moyens. Une nouvelle fois, la porte claqua et une silhouette déboula dans le salon :

- Gabrielle, Gabrielle, pourquoi cet assassin dehors est-il en train de... ? Que se passe-t-il et.. ? Oh.
- Oh, répéta la duchesse pleine d'ironie, vois-tu Perrine, il se trouve que des enfants royaux nous font l'honneur de leur présence.

***

Le ciel était gris et terne en cette matinée de décembre et les chevaux du carrosse sans armes commençaient à s'impatienter. De la fumée sortaient de leurs naseaux, témoignant assez bien du froid qui régnait en cette fin d'année 1666. Gabrielle de Longueville était emmitouflée dans un énorme manteau de vison et observait avec ennui les domestiques qui s'affairaient pour le grand voyage. Elle n'irait pas, devant perfectionner son alibi pour sa longue absence de la cour. Elle passerait d'abord chez sa sœur Marie à Nemours avant de regagner Versailles. D'ici là, on aurait sans doute fêté le retour de la favorite. Et même si elle comptait bien que son nom reste dissocié de cette affaire... Son grand projet avait eu le retentissement qu'elle avait espéré. Restait au roi de continuer à inviter les Grands à ses conseils.
Restait surtout la menace. Il savait désormais que ses ennemis étaient réels et pleins de ressources. Et elle avait l'aînée, prétendument morte, baptisée à la hâte, Gabrielle l'avait portée sur les fonts baptismaux.
La petite Mathilde comme avait souhaité l'appeler sa mère, effondrée de chagrin.
Amy de Leeds, justement, arrivait dans la petite cour, soutenue par ses gardiens, les yeux bandés. Il était grand temps de la renvoyer d'où elle venait. Gabrielle la regarda avancer avec curiosité, notant ses pas difficiles et hésitants. Elle portait sa seconde fille dans ses bras. On l'aida à monter dans le carrosse alors que les pierres roulaient sous les pieds de Gabrielle qui s'approchait de la porte.

- Et bien, il est temps de nous séparer, madame, claironna la jeune femme avec un humour noir, malgré tout, ce fut un plaisir. Même si ni vous ni moi ne souhaitons le voir se réitérer. Adieu, donc.

Mais ce fut au moment où elle allait fermer la porte de la voiture qu'un pleur lointain de bébé retentit. Pendant quelques secondes, il résonna dans le silence. Le temps où les différentes participants de la scène se rendent compte de tout ce que cela impliquait. Amy de Leeds se mit immédiatement à se débattre.

- Ah oui, j'oubliais de vous dire que Mathilde était toujours en vie. N'hésitez pas à le rappeler de temps à autre à votre royal amant lorsqu'il hésitera à remplir toutes nos conditions !

D'un signe de tête, elle invita l'homme de main qui était monté dans le véhicule de lui coller de nouveau ce produit contre le nez. Ainsi, elle dormirait pendant des jours jusqu'à perdre toute notion du temps et à arriver à Versailles sans avoir cherché à se débattre ou à s'échapper. Bientôt, en effet, le corps d'Amy se détendit. Le cocher lança les chevaux qui s'élancèrent au trot dans le chemin tandis qu'une Gabrielle rayonnante faisait volte-face pour aller calmer Mathilde.
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