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 Jouons au jeu de dupes ➸ Ferdinand

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« s i . v e r s a i l l e s »
Côté Coeur: Fermé à double tour depuis qu'un ex-mousquetaire l'a brisé
Côté Lit: Amants de passages aussi rapidement oubliés
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On promet beaucoup pour se dispenser de donner peu

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Titre : dame de Louvel, chevalier de Saint-Amand
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MessageSujet: Jouons au jeu de dupes ➸ Ferdinand   13.01.12 14:43

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-Deux as pour Monsieur de Louvel… annonça le laquai qui servait de croupier.

Par habitude, j’avais appris à ne plus me fendre d’un sourire quand ce genre de nouvelle tombait. Le visage impassible, je me contentais de regarder le jeu et aussi les pièces sonantes et trébuchantes qui allaient finir dans mon escarcelle. Ce serait encore une nuit fructueuse pour Etienne qui aiderait Isabelle à continuer de vivre à peu près dignement à Versailles. C’était un jeu dangereux, j’en avais parfaitement conscience, mais je le jouais depuis si longtemps qu’à force, la méfiance s’endort au profit de l’instinct. Erreur ? Sans doute… Je pris le verre de vin devant moi et en bus une légère gorgée, restant concentrée sur la partie. La règle d’or, mieux valait partir vainqueur et ne pas se laisser avoir par la folie du jeu au risque de tout y perdre, jusqu’à sa chemise. Ce soir, pas de cartes dans ma manche, juste un petit stylet qui me servirait au cas où je faisais une mauvaise rencontre, si l’épée que je portais au côté n’y suffisait pas.

-Un valet et une dame pour vous, monsieur, ajouta notre croupier à mon adversaire.

Malgré le peu de lumière, je vis les mandibules de celui-ci se contracter, et ses poings se serrer. Il avait perdu toute sa bourse lors de la première partie, et la revanche venait de lui retirer son cheval et sa magnifique montre sur laquelle j’avais jetée mon dévolue dès le début de la partie. Tant pis pour lui, il ne fallait pas me provoquer.

-Il semble que je gagne, la Roche. J’ai été assez patient pour vous accorder une revanche, ce sera tout pour ce soir, à moins que vous ayez encore quelque chose à perdre… ?

J’étais provocante à souhait. Pas par dessein, juste parce que le personnage que j’avais inventé de toute pièce à travers les traits d’Etienne avait son propre caractère qui n’était pas totalement le même que celui d’Isabelle. Cela valait mieux pour tout le monde de toute façon. A commencer par moi. Egocentrique ? Peut-être. Egoïste ? Surement ! Quand on apprend à ne pas compter sur les autres, il n’y a pas de raison que cela change.

J’avais été réticente à l’idée de retourner jouer à Versailles après ma rencontre avec Elodie… Ou Eric, comme vous préférez. C’était amusant de voir comment, au final, pour différentes raisons, nous pouvions être plusieurs à utiliser les mêmes artifices. Au pays du Roi Soleil, l’ombre de la nuit reste tout de même la reine. Le baron de la Roche me jeta un regard assassin. Heureusement, j’étais immunisée contre ce genre de coup d’œil qui m’aurait déstabilisée à mes débuts, dans une autre vie… L’expérience m’avait apprit que ce genre de personne a la vengeance calculée et qu’il fallait m’en méfier comme de la peste. La Roche, pour tout officier du roi qu’il soit, n’avait pas forcément le sens de l’honneur le plus magnanime que j’ai rencontré. Ce n’était pas la première fois que nous jouions l’un contre l’autre, et ce n’était pas la première fois qu’il perdait. A force de jouer avec le feu, on se brûle.

Je le détaillais un instant, la perruque de travers, le col de la chemise entr’ouvert et le front ruisselant de sueur de la peur qu’il avait eut de perdre et qui s’était finalement vérifiée. D’un coup, il se leva, si vite qu’il en fit tomber sa chaise en arrière, avant de plaquer ses deux mains sur le plateau de jeu :

-Nous n’en avons pas fini, Louvel !

Et sur cette sourde menace, il tourna les talons. Pas vraiment impressionnée – j’en avais vue d’autres – je jetais ma bourse au croupier pour qu’il la remplisse de mes gains, tout en prenant soin de lui laisser une petite somme pour ses bons et loyaux services. Je dissimulais l’argent dans la poche de mon haut de chausse, cela valait mieux, avant de m’écarter de la table et laisser d’autres joueurs prendre place pour une nouvelle partie. M’éloignant un peu, j’observais l’assemblée d’un regard inquisiteur. De nouvelles têtes, remplaçant d’anciennes, à tour de rôle. Parmi les nouveaux, il y avait toujours une chance qu’il y ait quelqu’un de capable de nous dénoncer au guet ou à la police du roi, mais jusque là j’étais toujours passée entre les mailles du filet, donc pas vraiment matière à s’inquiéter. Le regard d’une jeune baronne, nouvellement invitée dans notre petite assemblée, s’attarda sur moi, avec un clin d’œil à peine provoquant, et je souris. Si elle savait, la pauvre, elle aurait surement été chez son confesseur de ce pas. Mais il était vrai que ma tenue laissait sans doute à désirer dans sa simplicité. Haut de chausse et cuissardes noirs, chemise blanche dont la cravate de soir, blanche également, était soigneusement nouée de manière à dissimuler mon cou, trop fin pour un homme, et un justaucorps en velours marine. Pas de pourpoint, je l’avais laissé à l’entrée de l’immense hôtel qui nous recevait ce soir, il m’aurait gêné dans mes mouvements. Mais je gardais soigneusement mes gants, qui dissimulaient des mains soignées aux ongles manucurés, elles aussi bien trop fines pour appartenir à un homme.

Je profitais de ce coup d’œil alentour pour vérifier si aucune autre partie n’aurait pu m’intéresser, et ce n’était pas le cas, aussi décidai-je de rejoindre la petite chambre que j’occupais quand je venais à Paris, avant de reprendre le chemin de Versailles à l’aube pour occuper ma charge à l’heure. Sans saluer personne, je sortis du salon de jeu, me dirigeant sans problème dans le petit couloir pour retrouver l’escalier d’apparat qui menait au rez-de-chaussée. La nuit avait été fructueuse, et m’assurerait une petite tranquillité de quelques semaines. Il me faudrait paraitre dans ces cercles interdis au moins une fois par semaine si je ne voulais pas que le stratagème soit éventé, bien sur, mais le besoin se faisait moindre. J’avais atteint les dalles du hall quand une voix en haut des escaliers, me força à me retourner :

-Maintenant, Louvel, vous allez me rendre ce qui m’appartient !

La Roche, semblant remit de son léger malaise, la mise refaite, me fixait d’un regard malsain. C’était un problème… A un contre un, j’avais encore une chance de la jouer au bluff.

-Ce qui vous appartenait, monsieur. Désormais, ce n’est plus le cas. Si vous voulez bien m’excuser.

Ca aurait été trop facile, bien sur. De sous l’escalier, deux autres, épées tirées, sortirent à leur tour. Cela ressemblait presque à un guet apens. Il aurait pu avoir la délicatesse pour notre hôte d’attendre que je sois sorti, tout de même. A trois contre un, là, par contre, ça risquait de devenir un peu plus compliqué.

-Il serait indigne de ma condition de vous demander « la bourse ou la vie » Louvel, mais vous m’y obligez presque…

Plissant les yeux, je portais la main à la garde de mon épée. Puisqu’il fallait en découdre…

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MessageSujet: Re: Jouons au jeu de dupes ➸ Ferdinand   20.01.12 17:23

« On ne vit que d’illusions. Les apparences sont infiniment plus savoureuses que les réalités. »

Aussi étonnant cela puisse-t-il paraître, Ferdinand n’était pas un homme de Cour. C’était sa famille, son talent et son audace qui l’avaient mené là, un certain concours de circonstances et l’intervention providentielle du hasard, qui comme il le rappelait souvent, était l’ami des fous. Si son grand-père Chicot avait rejoint la Cour après avoir été sauvé des griffes du duc de Mayenne par Henri III, Ferdinand n’avait en somme fait que reprendre un chemin déjà bien entamé par son aïeul. Mais comme lui, la vie à la Cour ne lui plaisait guère. Il s’amusait beaucoup à y tenir son rôle de Fou mais cherchait à s’en échapper dès que le Roi n’avait plus besoin de ses services. Il se sentait bien mieux dans Paris ou à Angleraz que confiné dans ce château, aussi grand soit-il, et surtout entouré d’autant d’hypocrites de la plus belle espèce. Il en méprisait la plupart. Seules de rares exceptions trouvaient grâce à ses yeux, et le reste lui était indifférent. Versailles en somme n’était rien d’autre qu’une prison dorée où les prisonniers n’avaient d’autre occupations que s’écorcher les uns les autres jusqu’au sang. Lui avait profité de sa position pour éviter ce genre d’incident et était heureusement doté d’une belle intelligence et de peu de scrupules quand il s’agissait de faire tomber un ennemi, surtout les ennemis de Louis. L’intrigue, la manipulation, et les pirouettes étaient ses armes les plus efficaces. La différence avec beaucoup, c’est qu’il se servait pour protéger son Roi. On ne pouvait pas en dire autant de tout le monde.
Aussi, bien qu’il aimât son travail et trouvait toujours de quoi se distraire et satisfaire son besoin d’aventures, quitter la Cour de temps à autre ne lui faisait pas de mal au contraire. Le soir il rentrait dans ses appartements, et souvent, il en ressortait avec une physionomie différente, que ce soit pour jouer les fins limiers du Roi ou bien sortir se distraire… Un peu comme ce soir-là, bien qu’en cette circonstance les deux aspects se mêlent quelque peu. Les clubs de jeux clandestins fleurissaient partout à Versailles et dans Paris et étaient sujet de quelque inquiétude du Conseil du Roi. Ferdinand en tant qu’espion n’était pas censé s’en occuper, mais il aimait sortir et il aimait jouer. Alors pourquoi ne pas faire d’une pierre deux coups ?

C’était dans ces moments-là qu’il se félicitait de ses talents pour le déguisement et la comédie. Où qu’il aille, quelle que soit son apparence, on ne le reconnaissait jamais : il changeait de physique, de voix, d’âge, de caractère. Rarement Ferdinand d’Anglerays était vu en dehors de la Cour, mais ses différentes autres personnalités y traînaient régulièrement sans qu’on ne fît le lien entre elles tant il était méconnaissable d’un personnage à l’autre. Un vrai caméléon, ou plutôt un acteur de haut vol qui savait précisément où, quand et comment jouer ses rôles. Et ce soir-là, il savait parfaitement lequel conviendrait le mieux, puisque c’était sous cette identité qu’il jouait toujours dans ces cercles clandestins.
Il tira sur les rênes de son cheval et sauta à terre avant même que la bête ne se soit complètement immobilisée. Sa longue cape noire claqua au vent et il grimpa à grands pas les marches de l’hôtel où se déroulaient les réjouissances. Un valet à l’entrée l’arrêta.

« Monsieur, avez-vous une invitation pour entrer ? »

Sans dire un mot, Ferdinand sortit d’une poche de son justaucorps une médaille qu’il montra au jeune homme. Celui-ci l’inspecta et hocha la tête.

« En vous souhaitant une bonne soirée, monsieur Girard. Souhaitez-vous que je vous ac… » « Inutile, je connais la route. » l’interrompit-il abruptement en contrefaisant sa voix et adoptant un ton rauque et cassant qui ne laissait rien présager de bon.

Ignorant le jeune freluquet terrifié, Ferdinand entra d’un pas décidé en dissimulant un demi-sourire. Décidément, il avait quelque chose de jouissif à piéger ses interlocuteurs aussi facilement. Il fallait dire que ce personnage était l’une de ses plus belles réussites. Ses cheveux châtains en batailles étaient soigneusement dissimulés sous une perruque noire bien plus longue, une perruque non pas de la noblesse ni même de la bourgeoisie mais une perruque bel et bien destinée à faire croire qu’il s’agissait de ses vrais cheveux. Longs jusqu’aux épaules, noirs comme le plumage d’un corbeau. Une fausse moustache et une fausse barbe plus vraie que nature et soigneusement taillée en point aiguisait son visage déjà anguleux, et un maquillage habile accentuait la pâleur de son teint. L’application de khôl autour de ses yeux lui conférait un regard plus perçant et inquisiteur et créait de fausses cernes qui achevaient de lui créer un visage méconnaissable mais pour le moins inquiétant. Il était entièrement habillé de noir, ce qui lui avait justement valu le surnom de « Corbeau » dans le milieu des jeux, et il avait plus l’air d’un pirate que d’un homme honorable.
Sous les traits du Corbeau, il jouait peu mais jouait bien et gagnait toujours. Mais la plupart du temps il observait, servait d’arbitre, et se décidait vers la fin à participer à son tour aux festivités. On redoutait son air sombre et mauvais, son silence, la menace latente qui semblait sortir par tous les pores de sa peau. S’ils avaient su que ce n’était qu’un personnage de théâtre ! Ferdinand avait souvent envie d’en rire quand il y repensait en rentrant chez lui. Oui décidément, le sieur Girard alias le Corbeau lui plaisait beaucoup.

Il était là depuis deux bonnes heures lorsque les choses commencèrent à bouger. Il avait passé une bonne partie de la soirée à observer la table de jeu, et la dernière partie l’avait particulièrement intéressé. Ce n’était pas la première fois qu’il voyait la Roche à l’œuvre, il avait déjà eu l’occasion de jouer –et gagner- contre lui, mais celui qui l’intéressait, c’était ce Louvel. Un jeune homme plein d’arrogance et de ruse, très doué pour le bluff et tous les jeux, semblait-il. Ce n’était pas non plus la première fois que Louvel et le Corbeau se croisaient, mais ils ne s’étaient jamais adressé la parole, alors que la Roche avait déjà menacé le Corbeau et avait vite renoncé. Le pouvoir d’un charisme écrasant et d’une dague bien aiguisée en guise de menace, il n’y avait rien de tel pour dissuader les plus emportés. Et si Louvel continuait à se fiche de la Roche comme il le faisait, il allait vite devoir dégainer, lui aussi. La Roche avait la rancune tenace, la vengeance facile, et très peu de scrupules, voire aucun sens moral. Un lâche comme on en faisait de plus en plus de nos jours. Triste constat.

La Roche quitta la table, visiblement furieux, et Ferdinand sans bouger le suivit des yeux avant de reporter son attention sur le jeune homme qui s’en allait à son tour. Son attention fut ensuite attirée par deux hommes qui chuchotaient à voix basse et sortirent par une autre porte. Un pressentiment l’envahit, et il jeta un dernier coup d’œil à la table avant de se glisser comme une ombre par la porte de ses deux derniers gus venaient d’emprunter. Il suivit un petit couloir à pas de loups, et déboucha sur le couloir principal. Entendant des voix, il resta caché dans son petit renfoncement et tendit l’oreille, tous sens aux aguets.

-Il serait indigne de ma condition de vous demander « la bourse ou la vie » Louvel, mais vous m’y obligez presque…

Haussant un sourcil dubitatif, Ferdinand fit claquer sa langue. Sa condition ? Condition ou pas, la Roche restait une belle crapule. Risquant un œil dehors, il eut la confirmation que les deux autres étaient ses complices, et que Louvel était dans un joli pétrin.
Et bien mon petit Louvel, que vas-tu donc faire ? se demanda-t-il avec curiosité.
Il eut rapidement sa réponse, puisque le jeune homme, loin de se démonter, dégaina sa propre épée. Le petit inconscient. Que comptait-il faire face à ces trois-là, plus grands, plus lourds, et plus meurtriers dans l’âme que lui ? S’il n’intervenait pas, Louvel n’allait pas faire long feu. Ou bien il ne resterait que des braises, ce qui serait bien dommage.
Ferdinand se décida donc et sortit de l’ombre, sa haute silhouette prenant des allures de fantôme macabre à la lumière des torches. Entendant le claquement de sa botte sur le sol, la Roche et ses acolytes se retournèrent et firent un pas en arrière, effrayés un instant par cette apparition quasi-démoniaque. Ferdinand avait plus que jamais envie de rire, mais son visage resta impassible. Quelle belle brochette d’imbéciles !

« Restez en dehors de cette affaire le Corbeau, c’est un conseil d’ami ! » lança la Roche en recouvrant son sang-froid.
« Vous m’insultez la Roche. Je ne suis pas votre ami. » répliqua aussitôt Ferdinand de sa voix sombre.
« Dans ce cas vous êtes celui de Louvel, et vous devenez mon ennemi ! »
« Je ne suis pas l’ami de Louvel. Mais être votre ennemi, j’y consens volontiers ! »

Sans le moins signe précurseur, il décrocha un coup de poing magistral à l’un des deux sbires qui valsa contre le mur en se tenant la mâchoire. L’autre tenta une fente mais Ferdinand sortit sa dague de son fourreau et para avant de lui attraper le poignet et de l’envoyer rejoindre son camarade. En un bond, il se retrouva de l’autre côté, non loin de Louvel. La Roche bouillonnait, et les deux autres se redressaient.

« Louvel, je crois que vous avez un compte à régler avec la Roche. Je m’occupe de ses sous-fifres. Amusez-vous bien et surtout, faites-lui mordre la poussière. » lança-t-il en lui dédiant un regard blasé.

Un sourire démoniaque passa sur les lèvres de Ferdinand. Décidément, les soirées comme celles-ci étaient beaucoup plus amusantes que Versailles !

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Bouffon !

Que d'éternelles et incurables douleurs dans la gaieté d'un bouffon! Quel lugubre métier que le rire!


© belzébuth

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MessageSujet: Re: Jouons au jeu de dupes ➸ Ferdinand   25.01.12 18:03

Dans quelle galère m'étais-je encore entrainée ? Ce n'était certes pas la première fois qu'un de mes compétiteurs dirons-nous n'était pas vraiment satisfait de l'issue de notre petite joute. La plupart du temps je m'en sortais sans dommage, mais là, ce n'était pas certain. La lâcheté était après tout l'une des vertus majeures de notre époque. A se demander si les valeurs d'honneur et de loyauté étaient si loin... Le fait de vouloir s'attacher la noblesse avait des avantages et des inconvénients pour le roi. D'un côté, certes, il les tenait en laisse, attendant le moindre signe de sa part, pire qu'un prétendant pour la belle qu'il courtisait, et de l'autre, cela faisait d'eux des êtres dépourvus d'intelligence et d'intérêt, habitués à l'oisiveté. Rares étaient ceux qui avaient encore une once de courage mélangée à deux sous de jugeote. Enfin, ce n'était pas pour me déplaire, sinon, il y aurait longtemps que les chiens de chasse du roi m'auraient mis la main dessus. Je préférais éviter ce genre d’extrémités, le rouge sang, version torture, n'était pas parmi les couleurs qui m'allaient bien au teint. C'était totalement inconscient, ce petit jeu du chat et de la souris avec les limiers royaux, mais tellement grisant en même temps. Je ne supportais pas de m'ennuyer, c'était sans doute ce qui m'avait poussé dans les chemins de traverse que j'empreintais depuis une douzaine d'année. Et tout roulait, avec des hauts et des bas, des chauds et des froids, mais la situation était bien moins dramatique qu'avant.

J'essayais d'oublier la jeune fille naïve, pleine de rêves, au cœur et à l'âme brisés que j'avais été. C'était une autre époque, un autre temps, et pourtant les mêmes lieux que je foulais tous les jours. Des lieux sur lesquels j'essayais d'effacer les mauvais souvenirs en les foulant encore et encore, pour m'y former d'autre, et affronter mes démons. Hors de question de se laisser abattre. Trop de choses avaient changées. Dans ces soirées je passais mon temps à rire sous cape. Je faisais partie de ceux dont la présence était indispensable, et qu'il fallait à tout prit avoir à sa table de jeu si on voulait passer une soirée agréable. D'autant plus dangereux, que les nouvelles têtes étaient des ennemis potentiels, en plus de nouvelles bourses à détrousser. Combien d'entre eux avais-je délestés de leurs bourses ? Je ne me rappelais pas. Ce n'était pas la meilleure solution, les oublier, c'était risquer le danger d'une vengeance, et ce n'était pas vraiment ce dont j'avais besoin. Il fallait bien avouer que je devais avoir le mauvais œil – même si être superstitieux était interdit par notre Sainte Mère l'Eglise, pardonnez moi si je ne me signe pas – pour toujours tomber sur ceux qui ne voulaient pas accepter de se faire détrousser bien gentiment... Cela se terminait presque toujours en une escarmouche, au champ, le lendemain matin, dans la ruelle voisine pour les plus pressés, mais il y en avait qui ne pouvaient vraiment pas attendre, comme La Roche, par exemple...

Il était tellement ivre que je ne l'aurais pas cru capable de fomenter un coup de cette sorte immédiatement après la fin de notre petite partie. Mais il fallait croire que la défaite l'avait dégrisé sérieusement, au point de venir me provoquer dans le hall de notre hôte, qui, j'en étais certaine, n'apprécierait pas vraiment de telles initiatives en sa demeure. Le tout était de déguerpir et de laisser les autres nettoyer derrière nous. Surtout que de nuit, dans l'atmosphère feutrée de ces jeux illégaux, des bruits de lames s’entrechoquants n'allait pas vraiment passer inaperçu... A un contre un, avec un homme ivre, j'avais peut être une chance, mais à un contre trois... La mine patibulaire de mes deux autres adversaires ne m'inspirait pas grand chose, à part une fuite un peu compliquée, vu qu'ils me barraient la route vers la sortie de l'hôtel. Après avoir fait une chute de plusieurs mètres pour échapper aux mousquetaires et m'être cassée une côte sur la toiture du bâtiment en contre bas, j'aurais eus plutôt mauvaise conscience de passer à travers une fenêtre... Surtout que je ne me rappelais pas du tout si les fenêtres du hall d'entré donnaient sur un parterre de fleur ou autre chose. A force de me faire blesser, on allait finir par trouver ça étrange et me reconnaître, je ne pouvais pas me le permettre. Il est des luxes que même l'argent ne peut pas acheter. Ma liberté était à ce prix. Mieux valait leur faire face que de prendre une fuite dangereuse...

La bourse solidement attachée à ma ceinture, l'épée tirée, je leur faisais face, attendant que le premier essaye de m'attaquer, mais il semblait qu'il ne s'agisse pas là de la dernière scène de l'acte, car un nouveau personnage fit son entrée. Quelqu'un que j'avais déjà croisé, sans vraiment m'y intéresser, et suscita la désapprobation de La Roche :

-Restez en dehors de cette affaire le Corbeau, c’est un conseil d’ami !

Je le toisais, lui aussi, me demandant s'il allait vraiment se placer du côté de mes ennemis. Après tout, quand on a l'habitude d'être seule contre tous...

-Vous m’insultez la Roche. Je ne suis pas votre ami.

-Dans ce cas vous êtes celui de Louvel, et vous devenez mon ennemi !

-Je ne suis pas l’ami de Louvel. Mais être votre ennemi, j’y consens volontiers !


Si sa première réplique m'avait attirée un léger sourire, j'en venais à me demander pourquoi il prenait le risque de se faire tailler une boutonnière dans cette histoire. Je ne connaissais pas le Corbeau, pas plus qu'il ne me connaissait, du moins l'espérai-je... Il pouvait très bien être des toutous du roi, ou autre, ou alors n'avoir absolument rien à faire dans cette histoire...

Avant que les deux lourdauds aient eut le temps de réagir, ils étaient mis sur la touche, de manière fort peu orthodoxe et encore moins chevaleresque. En moins de temps qu'il ne fallait pour le dire, ils étaient tous les deux envoyés contre le mur, voyant trente-six chandelles, et totalement inoffensifs. Le Corbeau était à présent à deux pas de moi, et pour la première fois, il m'adressa directement la parole.

-Louvel, je crois que vous avez un compte à régler avec la Roche. Je m’occupe de ses sous-fifres. Amusez-vous bien et surtout, faites-lui mordre la poussière.

Sur le coup, l'envie de lui dire de se mêler de ce qui le regardait me brûla les lèvres, mais il serait toujours temps de lui en faire la remarque plus tard. Je me contentais d'un vaque hochement de tête, avant de remonter quelques marches, l'épée toujours au point. Il aurait pu, connaissant sa lâcheté, faire marche arrière et aller se réfugier dans quelque pièce à l'arrière, mais il ne le fit pas, pensant sans doute que ma finesse et ma petite taille pour un homme selon lui le mettaient en avantage. Grave erreur. L'acier fit un bruit qui me parut assourdissant. Je n'avais jamais aimé me battre, et la première fois que j'avais tué un homme m'était resté en mémoire comme une chose que je me refusais à réaliser à nouveau. Pourtant, cela m'était encore arrivé. Toujours pour me défendre, certes, mais qui l'aurait comprit ? Malgré la raison qui semblait lui être revenue, il restait gauche et maladroit, les contrecoups de l'alcool. Il ne me fut pas difficile, malgré le fait d'être en position de faiblesse car plus bas dans l'escalier, de le faire reculer, jusqu'à ce qu'il se prenne les pieds dans les marches et ne s'étale de tout son long, lâchant sa rapière. Je la repoussais du pied tout au bas des escaliers, pour éviter un mauvais coup de traître, tout en lui mettant la pointe de la mienne sous la gorge.

-Il serait fortement mal venu de ma part d'entacher le sol de cette demeure de sang, La Roche, et encore plus du vôtre. Je vous laisse donc la vie... pour cette fois du moins.

Du pommeau de mon arme, je l'assommais. Il en avait au moins pour une demi heure. Je me retournais pour aller prêter main forte au Corbeau, qui n'en avait en fait nul besoin. Remettant mon épée au fourreau, je redescendis l'escalier.

-Je vous dirais bien « merci » monsieur, mais ne comprenant pas l'intérêt que vous accordez à ma cause, je m'en dispenserai avant quelque explication... Vous l'avez dis vous-même, vous n'êtes pas mon ami, et quand bien même, je n'ai besoin de personne pour régler mes affaires!sifflai-je, vexée d'être prise pour un gamin sans défense.


Je me demandais un instant si, à l'image du Corbeau de La Fontaine, celui-ci vivait aussi au dépend de celui qui le flatte... Si c'était le cas, j'étais plutôt mal partie.

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MessageSujet: Re: Jouons au jeu de dupes ➸ Ferdinand   04.02.12 16:23

Ferdinand n’avait pas amené d’épée avec lui, le Corbeau n’étant pas censé être un noble, mais sa dague et lui avaient toujours fait bonne équipe dans ce genre de situation en apparence critique, mais au fond pas tant que ça. Se tenant bien droit face à ses deux adversaires qui reprenaient du poil de la bête après avoir goûté au mur quelques instants plus tôt, il changea son arme de main en les toisant d’un œil torve. Attendant patiemment qu’ils aient repris tous leurs esprits, il lissa sa fausse moustache noire en arborant un air circonspect, comme s’il se demandait en combien de coups il pourrait de nouveau les envoyer au tapis. Ses deux victimes se relevèrent, l’un avec le nez en sang, l’autre avec une jolie trace bleue qui commençait à se former sur sa joue. Aux regards qu’ils lui lancèrent, il devina qu’ils n’étaient pas très contents du traitement qu’il leur avait infligé et comptaient bien lui rendre la monnaie de sa pièce. Diable, voilà qui était bien fâcheux.
Au fil de ses années passées au sein des espions de sa Majesté, Ferdinand avait développé deux facultés complémentaires : la première était de s’attirer des ennuis avec une facilité déconcertante. Non seulement il les cherchait lui-même en se fourrant dans les situations les plus absurdes et en fréquentant les gens les moins fréquentables, mais parfois les ennuis venaient aussi le trouver tous seuls. Ce soir-là par exemple, il savait qu’il pouvait toujours lui arriver quelque chose pendant une réunion de jeu clandestine ; mais il aurait sûrement évité les ennuis s’il n’avait pas décidé de jouer les mystérieux combattants et justiciers. Heureusement, c’était là qu’intervenait sa deuxième faculté, bien utile pour compenser la première : il avait une capacité extraordinaire à se sortir des situations les plus tordues par une ingénieuse pirouette, par chance, ou en se jetant de toute son âme dans la bataille. Comme il l’avait dit une fois à son ami et collègue Luigi di Paliano, « le hasard est l’ami des fous », et de fait il ne pouvait pas faire de réclamations de ce côté-là. Il avait eu bien des ennuis, mais toujours s’en était sorti. Et cette fois-là ne ferait certainement pas exception. Il avait eu à affronter bien pire que deux maroufles à l’air aussi futé que des huîtres.
Les deux autres s’approchèrent, menaçants, pendant que Louvel s’avançait vers la Roche pour en découdre avec lui. Parfait, il aurait plus de place pour se débarrasser de ses deux comparses décidément bien encombrants. Avec un plaisir évident, Ferdinand faisait passer sa dague d’une main à l’autre, à la manière des pirates qui se préparent à la bagarre, un rictus cruel se dessina sous sa moustache alors qu’une flamme dangereuse dansait dans ses yeux sombres. Ses adversaires le remarquèrent et échangèrent un regard soudain moins assuré.

« Messieurs je n’ai pas toute la nuit. Dépêchons s’il vous plaît, je n’ai pas que vous à occire. » lança-t-il avec impatience et lassitude.

La pique sembla faire son effet, puisque les deux larbins de la Roche parurent vexés du sous-entendu sur leur défaite et se lancèrent sur lui simultanément. Ferdinand se baissa vivement pour éviter la première lame et leva le bras pour parer la deuxième avec sa dague avant de dégager l’épée qui revint aussitôt en contre-attaque au flanc qu’il para de la même manière avant de frapper du poing son adversaire au plexus solaire, ce qui eut pour effet de le plier en deux. Il lui asséna un coup de coude sur le crâne pour achever de le mettre à terre, lui arrachant un cri de douleur puis se retourna juste à temps pour contrer une attaque à la tête de son autre opposant. Faisant appel à toute la force de son bras, il le repoussa le plus loin possible en essayant de lui faire perdre l’équilibre le temps de voler l’épée de son petit camarade. A armes presque égales, la tâche serait plus vite terminée.
Soudain moins sûr de lui –après tout, s’il arrivait à le tenir en respect avec juste une dague et ses poings, que serait-il capable de faire avec en plus une épée ?- l’autre sembla hésiter sur la conduite à tenir alors que derrière eux on entendait la voix de Louvel faire comprendre à La Roche qu’il ferait mieux de se tenir tranquille et le bruit du métal dévalant les escaliers, sans doute une épée. Un nouveau sourire étira brièvement les lèvres du Fou. Ce Louvel était décidément u garçon plein de ressources… Et bougrement intéressant.
Décidant d’en finir le plus vite possible –ils n’avaient pas toute la nuit après tout- Ferdinand fondit sur son adversaire avec la vivacité d’un aigle et son attaque ne fut parée qu’à la dernière minute. Profitant de la confusion il utilisa sa dague pour immobiliser la rapière adversaire entre ses deux lames et imprima au tout un mouvement de torsion qui ne manqua pas de malmener le poignet du malfrat, qui laissa lui aussi échapper un cri douloureux mal contenu et se retrouva désarmé. Aussitôt Ferdinand lui mit son poignard sous la gorge. La lueur de crainte qu’il vit passer dans le regard apathique du perdant lui donna envie de rire. Il s’autorisa un ricanement sadique qui fit blêmir sa malheureuse victime, avant de lui décocher un coup de genou dans le ventre puis d’enchaîner avec un coup de garde à la tempe. Il s’effondra lourdement sur le côté, K.O.

Corbeau : 2. Méchants pas beaux : 0.

Ferdinand rangea sa dague dans son fourreau et regarda l’épée qu’il tenait toujours à la main en se demandant ce qu’il allait bien pouvoir en faire. Il pouvait la laisser là. Il pouvait aussi embêter sa victime en l’en privant et en la jetant dans la Seine, par exemple. Ou la casser ? Pensif, il y réfléchissait encore lorsque la voix de Louvel s’éleva à côté de lui.

-Je vous dirais bien « merci » monsieur, mais ne comprenant pas l'intérêt que vous accordez à ma cause, je m'en dispenserai avant quelque explication... Vous l'avez dit vous-même, vous n'êtes pas mon ami, et quand bien même, je n'ai besoin de personne pour régler mes affaires!

Conservant un air parfaitement impassible en continuant de fixer l’épée, Ferdinand sourit néanmoins intérieurement. La mauvaise foi du chevalier avait quelque chose d’amusant, d’autant plus que le Corbeau n’était effectivement pas le genre de personnage qu’une personne normalement constituée aurait envie de remercier. Il était peut-être venu à son secours, mais il était décidément antipathique. En même temps, il avait fait exprès de se constituer un personnage aussi bizarre : non seulement les malfrats ne comprenaient que le langage de la menace, mais c’était aussi bien plus drôle à interpréter. Et le Corbeau pouvait se fondre bien plus facilement dans ce genre de décor qu’une identité qu’il aurait faite plus lisse et « gentille »… Si on pouvait parler de gentillesse dans ce genre d’endroit.
Détournant son regard sombre de l’épée qu’il tenait toujours, il dédia un regard intimidant à Louvel en répliquant :

« Je n’ai que faire de vos remerciements, Louvel. Je n’aime pas le désordre, et la Roche et ses sbires sont synonymes de désordre. Donc je nettoie. Et puis… » ajouta-t-il en reprenant son inspection de l’épée. « Il aurait été dommage de perdre un aussi bon joueur que vous. Qui détrousserait tous ces imbéciles ? »

Un bruit se fit entendre derrière lui et il tourna la tête juste à temps pour voir l’un de ses deux lascars –qui n’avait apparemment pas tout à fait été assommé - tituber vers lui une dague à la main. Passablement agacé, il fit claquer sa langue et sans prévenir lui asséna un coup sur le crâne avec la garde de son épée avec un « SCHBONG » retentissant. Il n’y était pas allé avec le dos de la cuillère.

« Bas les pattes, toi ! Tu ne vois pas qu’on discute ? » s’exclama-t-il alors que l’autre retombait lourdement sur le sol, bel et bien envoyé au pays des songes, cette fois.

Il le retourna en le poussant avec le pied pour s’assurer qu’il était bien évanoui, et une fois sûr sur ce point se tourna de nouveau vers Louvel.

« Mieux vaut sortir d’ici. Le propriétaire n’aime pas ce genre de… Surprise dans son couloir. »

Et sans attendre la réponse du jeune homme il s’éloigna à grands pas en direction de la sortie. Il était sûr qu’il le suivait car il entendait ses pas derrière lui, et il esquissa un sourire que l’autre ne pouvait pas voir. Il aurait fait sa bonne action du soir, ce n’était pas si mal.
Passant devant l’homme qui gardait l’entrée, il se contenta de lui montrer la médaille passe-partout sans daigner lui jeter un regard ni même ralentir le pas. Une fois dehors, il lança à son compagnon :

« La Roche risque d’en avoir après vous. Ne remettez pas les pieds ici avant que les choses ne se tassent, c’est un conseil. » lui dit-il en plantant l’épée qu’il avait emmenée dans la terre. Un petit mémorial à cette bagarre, se dit-il avec un sourire en coin.

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MessageSujet: Re: Jouons au jeu de dupes ➸ Ferdinand   09.02.12 14:18

La confiance était une chose que j’avais perdue, au même titre que l’innocence. Je ne faisais pas confiance aux gens et doutais qu’ils me fassent confiance. Il fallait apprendre à vivre avec ça, et après plus de dix ans, c’était presque devenu une seconde nature. Presque, parce bien que je m’en défende, il m’arrivait encore de me réveiller au milieu de la nuit, les yeux humides de larmes qui avaient réussies à couler dans mon sommeil. Bien sûr personne ne le savait, cela valait mieux pour l’estime de moi. Faire semblant était une chose délicate, mais en laquelle j’avais appris à exceller, au point de me perdre moi-même. Se perdre dans les méandres des deux personnalités que je vivais au point de ne plus être certaine de savoir qui j’étais vraiment et ce que je voulais dans la vie. Je voulais qu’elle change, reprendre une vie plus simple, plus saine. Me marier, avoir des enfants peut être… Et dès que je songeais trop à cette éventualité je la rejetais en bloc, me trouvant ridicule et puérile. Qui voudrait de toute façon épouser une femme de ma réputation qui avait collectionné les amants ? C’était ridicule. Ce n’était pas comme si j’étais d’une grande famille. Une obscure petite noble de province qui s’était créé une place en intriguant à sa manière et attirant toujours plus prêt dans ses filets ces hommes qu’elle savait manipuler, et voilà tout. Savoir et pouvoir sont deux choses totalement différentes qu’il ne faut surtout pas confondre au risque de voir ses illusions et sa raison voler en éclat.

Ce personnage nocturne que j’avais inventé était une petite revanche sur tous ceux qui avaient tout et ne s’en rendaient pas compte. Il fallait bien avouer que certains grands avaient la fâcheuse habitude de venir rechercher les sensations fortes dans ces cercles peu licites. Mais après tout, ils étaient « les grands », proches du roi ou de son sang, qui pouvait bien leur dire quoi que ce soit si jamais ils se faisaient arrêter ? On ne va pas contre la volonté du roi, règle de base si on veut survivre à la cour, même si le roi ne sait pas que vous existez. Mais les délester de leurs bourses soir après soir dans ces endroits qui n’avaient même pas le droit d’exister était une chose tellement amusante, et une petite vengeance que je prenais à part moi. Pourquoi et comment iraient-ils se plaindre, et à qui ? S’ils le faisaient, c’était reconnaitre publiquement qu’ils étaient membre de ces petits cercles dangereux. Il y avait tout un monde entre se faire arrêter sur place, et pouvoir nier, dire qu’ils venaient d’arriver et ne savaient pas dans quoi ils s’étaient engagés, jurer, Grand Dieu ! Que c’était la première fois, et venir se plaindre directement au ministre de la police qu’ils se faisaient régulièrement détroussés par les mêmes personnes à ces tables et qu’il fallait y mettre un terme. Cette assurance me permettait de me croire en sureté… Quelle erreur n’avais-je pas fait là.

L’assurance est bonne, son surplus peut coûter cher. Comme ce soir où je n’aurais jamais pensé ne serait-ce qu’un instant qu’un homme comme La Roche puisse avoir envie de se venger, il était trop aviné pour cela. Mais la défaite semblait l’avoir dégrisé. Jusqu’à lui rappeler qu’il valait mieux être à plusieurs pour rosser un petit prétentieux comme Louvel, sans doute, et lui permettre d’aller quérir deux gros bras qui l’aideraient à me mettre à terre pour me donner le châtiment qu’il estimait que je mérite. Mais c’était sans compter sur ma réaction, loin de prendre la fuite – qui aurait de toute manière été vaine – je faisais face à l’assaillant. Et il avait fallu que cet homme, le Corbeau, vienne s’en mêler. Mais quelle idée avait-il eut là ? Si quelque part au fond de moi je savais que je n’aurais peut-être pas eus l’ombre d’une chance face à eux, mon orgueil m’interdisait de lui être reconnaissante de cette intrusion dans mes affaires. Pour qui se prenait-il celui-ci ? Un homme d’honneur ? Un défenseur de la veuve et de l’orphelin ? Si c’était cela, il arrivait trop tard ! Il eut tout de même la délicatesse de me laisser m’occuper moi-même de La Roche, encore heureux, mais une fois toute menace écartée, je ne me privais pas de lui dire le fond de ma pensée. S’il s’attendait à une reconnaissance sans borne, il était bien mal tombé, ne lui déplaise. Et je n’allais pas le laisser s’en tirer comme ça.

Rengainant mon arme, j’attendais une réponse, dans ce hall où gisaient trois hommes inconscients. Il fallait bien avoué que pour avoir réussi à se débarrasser des deux autres, il était plutôt doué.

-Je n’ai que faire de vos remerciements, Louvel. Je n’aime pas le désordre, et la Roche et ses sbires sont synonymes de désordre. Donc je nettoie. Et puis… Il aurait été dommage de perdre un aussi bon joueur que vous. Qui détrousserait tous ces imbéciles ?

Je lui lançai un regard sceptique. Etait-il sérieux où se moquait-il de moi ? Il n’avait pas vraiment l’air d’un gardien de l’ordre mais j’étais bien placée pour savoir qu’il ne fallait jamais se fier aux apparences. Nous fûmes momentanément interrompus par l’un des sbires de La Roche qui sembla revenir de son inconscience pour y revenir immédiatement, un grand coup de garde de l’épée que le Corbeau s’était approprié dans la tête.

-Bas les pattes, toi ! Tu ne vois pas qu’on discute ?

Je jetai un regard en haut des escaliers pour être certaine que personne n’avait été attiré par notre petite escarmouche, mais rien ne bougeait, cela me rassura.

-Mieux vaut sortir d’ici. Le propriétaire n’aime pas ce genre de… Surprise dans son couloir.

Il ne me laissa même pas le temps de réagir que déjà il s’éloignait. Je n’eus d’autre choix, en trainant un peu les pieds je l’avoue, que de le suivre à l’extérieur, récupérant mon feutre au passage qu’un valet avait eu la présence d’esprit de m’apporter en me reconnaissant. Nous fîmes quelques pas à l’extérieur, et je fis un gros effort pour ne pas immédiatement me mettre à lui hurler dessus, ou ne pas le provoquer en duel à son tour. D’une voix paternaliste, il commença un petit laïus qui me laissa de marbre… ou presque.

-La Roche risque d’en avoir après vous. Ne remettez pas les pieds ici avant que les choses ne se tassent, c’est un conseil.

J’eus un rictus et un soupire un rien méprisant. Non mais vraiment… des conseils maintenant… Il se croit vraiment tout permit.

-Pour frayer en eau trouble avec ces requins – du pouce, je désignais la maison derrière moi – depuis des années, je ne crois pas avoir besoin de conseils de votre part, monsieur.

Décidant de la jouer au bluff, je m’avançais vers lui, au point que nous pouvions presque nous toucher, et entre mes dents, je sifflai :

-Je vous serais très reconnaissant de vous tenir à l’écart de mes affaires, désormais, Monsieur du Corbeau. Il y a bien longtemps que mon ange gardien m’a abandonné et je n’en ai pas besoin d’un autre.

Discrètement, en voleuse affirmée qui avait déjà su comment faire les poches des hommes avec qui elle couchait sans qu’ils s’en rendent compte, je glissai ma main que j’avais débarrassée de son gant dans sa poche. Dans la pénombre, personne n’aurait vu une main de femme. A ma grande déception, pas de bourse, mais des clefs… Je trouverai bien le moyen de les revendre, d’après ce que j’avais compris, le Corbeau n’avait pas que des amis. Là où vous êtes l’oiseau, laissez-moi me faire aussi rusé que le renard de la fable, mon ami… Féline, je reculais, mon butin soigneusement enfermé dans ma main.

-Au plaisir, Monsieur du Corbeau!

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MessageSujet: Re: Jouons au jeu de dupes ➸ Ferdinand   23.02.12 16:29

Dans la vie, on rencontrait des gens avec qui on s’entendait bien, et d’autres… Moins. Le processus pouvait prendre un certain temps, parfois c’était juste instantané. Comme deux aimants dont la polarité pouvait être compatible et d’autres fois non. Visiblement, Louvel avait décidé de le classer dans la catégorie des gens qu’il n’aimait pas dès les premiers mots échangés… Et Ferdinand n’était pas loin de faire de même, au vu de l’insolence dont le jeune homme faisait preuve. Et la reconnaissance, hein ? Il venait un petit peu de lui sauver la vie quand même… Mais non, môssieur faisait le fier, et à vrai dire, Ferdinand le trouvait plus ridicule ainsi qu’autre chose. Eut-il été là sous sa véritable identité, il en aurait sûrement ri à gorge déployée mais le Corbeau n’était pas exactement un personnage rieur ni même doté du sens de l’humour, au contraire. Il conserva donc un visage de marbre en détachant son cheval et n’écoutant que d’une oreille les reproches orgueilleux du chevalier.

-Pour frayer en eau trouble avec ces requins depuis des années, je ne crois pas avoir besoin de conseils de votre part, monsieur.

Un léger sourire passa sur les lèvres de Ferdinand. Ce gamin était décidément bien sûr de lui et son orgueil pourrait presque faire de l’ombre à celui de ce cher Nicolas de Ruzé. Pour la peine il ne lui ferait pas le plaisir de répliquer, mais il lui décocha un regard qui voulait certainement dire « ne me prenez pas pour une poire Louvel, vous avez choisi le mauvais interlocuteur ». Depuis des années ? Parfait, ils étaient donc deux. Mais contrairement à ce qu’il prétendait, Louvel avait visiblement encore besoin de conseils… Mais soit, la prochaine fois –car avec ce genre de prétentieux il y avait toujours une prochaine fois !- il n’interviendrait pas. Après tout il n’était pas chargé de débarasser les cadavres des maisons de jeux… Il lui apporterait des fleurs sur sa tombe avec une petite carte : « Je vous avais prévenu. ». Cette pensée le fit sourire derechef. Louvel était peut-être un bon joueur, mais il avait de gros progrès à faire pour apprendre à éviter les ennuis. Mais ma foi, s’il ne voulait pas de conseils, à sa guise ! Ce n’était certainement pas lui qui se mouillerait pour lui venir en aide.
Haussant un sourcil perplexe en voyant Louvel s’approcher de lui, Ferdinand porta par réflexe la main à la poche où se trouvait sa dague, mais le joueur ne voulait apparemment que discuter… Tentative d’intimidation ? Vu leur différence de taille l’effet était plutôt comique, mais le Fou ne broncha pas, curieux d’entendre la suite.

-Je vous serais très reconnaissant de vous tenir à l’écart de mes affaires, désormais, Monsieur du Corbeau. Il y a bien longtemps que mon ange gardien m’a abandonné et je n’en ai pas besoin d’un autre.
« Arrêtez, vous allez me faire pleurer. » rétorqua laconiquement Ferdinand en dissimulant un autre sourire. Décidément Louvel était un sacré numéro à lui tout seul.

Tentait-il de l’intimider, de lui faire peur avec ces menaces à peine dissimulées ? La bonne blague ! Les petits orgueilleux comme lui, Ferdinand avait bien du mal à les supporter. Il voulait la jouer loup solitaire qui n’a besoin de rien ni de personne, pauvre victime des grands méchants gens qui l’ont abandonné à son triste sort ? Grand bien lui fasse. Ce genre de personnage ne lui donnait clairement pas l’envie de jouer les anges-gardiens, que Louvel se rassure donc : il ne l’embêterait plus et le laisserait se faire embrocher la prochaine fois !
Il ne le lâcha pas des yeux quand il le vit reculer et ne broncha pas non plus lorsqu’il lui lança sur un ton à peine triomphant :

-Au plaisir, Monsieur du Corbeau!

Pour toute réponse, Ferdinand fut une révérence exagérée et le regarda s’éloigner rapidement et disparaître au coin de la rue. Il secoua la tête en levant les yeux au ciel et enfourcha son cheval qu’il lança au trot dans la direction opposée. Maintenant que cette mascarade était terminée, il allait pouvoir retourner dans sa planque, redevenir lui-même, et enfin rentrer à Versailles finir sa nuit dans son lit ! Ce n’était pas trop tôt ! Le lendemain s’annonçait chargé, entre arrivée d’ambassadeurs et visite à la Reynie ainsi qu’à Monsieur qui, lui avait-il dit, avait de nouveaux ragots à lui raconter… Il n’aurait pas le temps de s’ennuyer avec tout ça !
Bifurquant dans la rue des Trois Soleils, il arrêta sa monture devant une bicoque apparemment abandonnée et sauta à terre avant d’aller vers la porte en fouillant dans sa poche pour en tirer les clés… Et fronça aussitôt les sourcils. Il les mettait toujours dans cette poche-là, pourquoi n’y étaient-elles donc pas ? Par réflexe il chercha dans ses autres poches tout en sachant pertinemment qu’il ne les y trouverait pas, et réfléchissant déjà à où il aurait pu les perdre au cours de sa chevauchée. C’était pourtant improbable, il ne les avait jamais perdues avant, pourquoi ce soir ?
Alors qu’il y réfléchissait, une scène qui avait eu lieu quelques minutes plus tôt lui revint soudain en mémoire. Une lueur de compréhension passa dans ses yeux bruns alors qu’il comprenait soudain que Louvel l’avait bien eu… S’approcher pour menacer, hein ? Pour subtiliser oui ! Le misérable ! Ferdinand se retourna et scruta la rue comme si son voleur pouvait être dans les parages, le poing serré déjà prêt à lui décocher une bonne torgnole, mais ne voyant personne il se rendit compte du ridicule de la situation, et surtout de la naïveté dont il avait fait preuve. Pour un espion, c’était bien le comble ! Se faire faire les poches par un gamin dont l’orgueil était plus haut que les talons de Monsieur ! C’était la meilleure depuis longtemps celle-là ! Plus l’idée s’intégrait à son esprit, plus ses épaules étaient secouées par un fou rire incontrôlable auquel il finit par laisser libre cours sans se soucier des rares passants qui le regardaient de travers.

« Bien joué… Très bien joué Louvel ! » marmonna-t-il en essayant tant bien que mal de reprendre contenance et en bondissant sur son cheval. Tant pis, il rentrerait à Versailles dans ce drôle d’accoutrement ! Tiens, et s’il passait dire bonne nuit à Louis dans cette tenue ? La frousse qu’il lui donnerait ! Quel beau tableau !

Un peu plus d’une heure plus tard, Ferdinand était dans sa chambre face au miroir en train de se débarrasser de ses postiches –il n’était finalement pas passé voir le Roi mais avait sûrement traumatisé une de ses servantes- et songeait avec amusement à cette aventure. Finalement, comme un épilogue, il s’adressa au miroir avec un demi-sourire, comme si le chevalier pouvait l’entendre :

« A charge de revanche Louvel ! Vous ne l’emporterez pas au paradis, faites-moi confiance… Au moins là-dessus ! »

FIN

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MessageSujet: Re: Jouons au jeu de dupes ➸ Ferdinand   Aujourd'hui à 15:18

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