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 Petite excursion en famille pour percer des secrets gênants [Elodie]

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François de Froulay

« s i . v e r s a i l l e s »
Côté Coeur: Il a été brisé, il va falloir le recoller
Côté Lit: vide, au désespoir des mignons de Monsieur
Discours royal:



Fuis les honneurs et l'honneur te suivra
Convoite la mort et la vie te sera donnée


Âge : 25 ans
Titre : Maréchal des Logis des Mousquetaires, Capitaine de la garde de Monsieur, Marquis de Lavardin
Missives : 521
Date d'inscription : 29/08/2011


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MessageSujet: Petite excursion en famille pour percer des secrets gênants [Elodie]   Petite excursion en famille pour percer des secrets gênants [Elodie] Icon_minitime05.01.12 14:04

Petite excursion en famille pour percer des secrets gênants [Elodie] Cm_inception31&&Petite excursion en famille pour percer des secrets gênants [Elodie] Keira_knightley_003

Le temps passe mais les malaises restent. Depuis l’arrivée d’Elodie – enfin… Eric, même si cela me faisait grimacer à chaque fois que je me devais de l’appeler de la sorte – à Versailles, j’avais eus l’impression que nous n’avions pas passé un seul moment ensemble. Et pourtant cela faisait des mois et des mois. Trop longtemps, sans crever l’abcès. Je devais avouer que je ne comprenais pas. Je ne comprenais rien. Pourquoi prendre le risque, en tant que femme, de s’engager dans les mousquetaires ? De faire comme si tout ceci était parfaitement normal et de continuer à vivre comme un garçon ? Elle prenait des risques, totalement inconsidérés. Si elle voulait jouer les sauvageonnes, elle aurait parfaitement pu rester chez nous, cela lui aurait évité bien des problèmes. Mais non, il lui avait fallut venir à Versailles, et qui plus est se faire enrôler dans les mousquetaires. Qu’elle ne pense pas à sa sécurité était une chose – que j’avais déjà du mal à considérer, de toute façon – mais qu’en plus elle prenne le risque de déshonorer notre nom me paraissait totalement insensé. C’était à se demander ce que nous lui avions fait pour mériter cela. Ou alors, j’étais le seul à penser de cette façon, et à avoir encore un peu de bon sens et la tête froide dans cette famille, mais je n’arrivais pas à croire que nos parents aient pu la laisser faire une chose pareille en fermant les yeux, voir même pire, en l’encourageant.

Sans doute viendrait-on me dire que j’étais mal placé pour parler, vu mon passé, ce que j’avais fais avec Claire. Mais je ne pense pas qu’un « scandale » à propos d’une femme roturière, comédienne de surcroit, de mes relations, puisse avoir quoi que ce soit de comparable avec les frasques de ma cadette. Comprenons-nous bien ! J’aimais Claire, par-dessus tout, j’aurais pu aller me faire tuer pour elle à n’importe quelle heure du jour et de la nuit. Mais dans l’opinion de la cours et des personnes influentes, cela passerait pour une relation de passade comme beaucoup en avaient, et feraient rire derrière mon dos pendant quelques temps. Mais Elodie pouvait tout simplement nous faire tous plier bagage pour le fin fond de la France, voir même les colonies – d’accord, j’exagère un peu, mais n’est ce pas le droit d’un grand frère que de s’inquiéter pour sa cadette ? C’était bien pour cela que j’avais l’intention de l’emmener avec moi, lors de ma permission. Nous avions quelques jours, et après avoir écris à Claire que je ne serais pas là pendant quelques jours et que je ne voulais pas qu’il lui arrive quoi que ce soit pendant ce temps, qu’elle devait prendre soin d’elle, j’étais allé voir d’Artagnan pour lui expliquer ma démarche, prétextant une lettre de notre mère qui se plaignait du manque de nouvelles de ses deux fils chéris. Sur le ton de la plaisanterie, j’avais ajouté que si nous allions la voir maintenant, alors que tout était – plus ou moins – calme ici, elle nous laisserait en paix pendant plusieurs mois, avant de venir se rappeler à nous, et nous serions un peu tranquilles.

Il n’y avait pas vu d’objections, heureusement pour nous. Bien qu’elle ne l’ait pas vraiment montré, je doutais que cette petite excursion entre frère et sœur fasse plaisir à Elodie. Depuis qu’elle était là, elle avait évité le plus possible de se trouver en tête à tête avec moi. A moins que ça ne soit moi. A nous deux, nous avions réussis à nous éviter assez, cela était certain. Mais il était peut être temps de nous dire ce que nous avions sur le cœur, que cela lui plaise ou non. Et les quelques jours de cheval qui nous séparaient du château familiale devraient nous y aider. Enfin je l’espérai. Pas besoin de prendre beaucoup d’affaires. Dans mes sacs de selle tiendraient quelques vêtements de rechanges, ceux que j’avais laissés chez nous ne devaient plus m’aller depuis longtemps. Un balluchon que j’attacherai à l’arrière de ma selle contiendrait le reste. Je pris soin de préparer mes armes, hélas, malgré les efforts des ministres, il n’était pas toujours sur de voyager sur les routes de France, mais pour deux soldats aguerris, quelques malandrins ne seraient rien de dramatique. Je craignais plus les bandes d’anciens soldats que le démantèlement de certains régiments avaient jetés sur les routes, sans emploi. Eux avaient du métier derrière eux. Mon épée et un poignard dans la tige de ma botte, ainsi que mes deux pistolets bien armée, et une réserve de poudre et de balles. Rien que de la précaution.

Il était tôt encore, et pourtant, le camp bouillait déjà de bruissements, d’activité, de vie en somme. Pourtant, pour nous, ce matin, pas d’entrainement. Il fallait se préparer à quitter Versailles, ce qui ne serait pas une mince affaire, la ville étant dès le lever du jour grouillante d’activités en tout genre, rendant les rues de la ville royale peu praticables, et encore moins à cheval, à moins de se lancer au galop pour se frayer un passage parmi la foule, risquant de blesser certains badauds. Il était courant que ce genre d’accident arrive, ici et à Paris. Mais il aurait été presque de mauvais ton que les mousquetaires chargés d’assurer l’ordre créent des problèmes. Je m’emmitouflai dans ma cape pour me couper du froid qui régnait à l’extérieur. En dessous, un pourpoint bien chaud et une chemise en laine. Mes gants ne seraient pas de trop non plus. J’ajustais mon feutre sur ma tête, et chargeais mes sacoches de selle sur mon épaule, le petit balluchon à la main. Mon épée tinta contre le montant de la porte quand je la franchis. Dans les escaliers, je croisais Elodie qui remontait. Prendre ses affaires surement.

-Une fois que tu es prêt, rejoins-moi aux écuries.

L’emploi du masculin, encore et toujours, pour évité d’être surpris. Je devais avouer devoir toujours me retenir de féminiser mes propos quand je parlais d’elle. Reprenant ma route, je croisais deux ou trois amis qui me souhaitaient bon voyage et que je saluais rapidement, avant de me rendre dans les écuries, harnacher ma monture. Cela ne fut pas très long, ces chevaux étant habitués à sortir à toute heure du jour et de la nuit, prenant soin d’arrimer correctement mes affaires. Voyant qu’Elodie n’arrivait pas, je m’occupais également du sien, avant de sortir les deux bêtes de prix dans la cour. Quand Elodie arriva enfin, je lui tendis les rennes, et me mit en selle de mon côté. Le vent se leva, il allait faire froid sur les routes de chez nous…

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MessageSujet: Re: Petite excursion en famille pour percer des secrets gênants [Elodie]   Petite excursion en famille pour percer des secrets gênants [Elodie] Icon_minitime15.01.12 13:08

Lorsque son frère lui avait annoncé que d’Artagnan leur offrait à tous les deux une permission exceptionnelle de quelques jours, Elodie n’avait pas pris une seconde pour s’en réjouir que déjà, elle avait flairé le piège. Cette permission, leur lieutenant ne la leur avait pas accordée pour le plaisir, comme ça, sur un coup de tête. Il avait bien fallu que quelqu’un vienne la lui demander. Et comme il ne s’agissait pas d’elle… cela ne pouvait être que François. Rapide et juste déduction, qui avait valu à la jeune femme travestie en mousquetaire une grimace, et l’assurance qu’elle ne pourrait échapper à la petite… excursion que lui avait préparée son cher frère. Car s’il y avait bien une chose à laquelle elle avait toujours évité de penser, c’était bien celle-ci. L’idée de passer quelques jours au manoir familial n’avait en soin rien de particulièrement rebutant, mais vu la façon dont elle s’en était presque enfuie et la raison pour laquelle elle l’avait fait, elle doutait très sérieusement que ces quelques jours s’avèrent aussi sereins et reposants que ce que devait normalement l’être une telle permission. Elle n’avait rien contre ses parents, mais appréhendait par-dessus tout leur réaction… plus de trois ans plus tard. La colère, les reproches étaient autant de choses qu’elle avait déjà essuyées avec François, sans que cela ne lui tire une quelconque once de remord. Mais s’ils l’empêchaient de repartir ? S’ils trouvaient un moyen de la garder là-bas ? Non, définitivement, cette expédition n’était pas une bonne idée. Argument malheureusement irrecevable face à un frère décidé. Ça, tu ne l’emporteras pas au paradis, lui avait-elle annoncé avant de céder.

Deux jours s’étaient écoulés depuis. Deux jours pendant lesquels Elodie n’avait plus même essayé de le détourner de cette idée, se contentant de s’échapper de la caserne dès qu’un moment de libre le lui permettait. Elle n’avait jamais eu aucune envie de quitter Versailles, et cela était d’autant plus vrai maintenant que Philippe avait brisé la glace entre eux et qu’ils n’en étaient plus aux faux-semblants. La demoiselle l’avait prévenu, vaguement, qu’elle devait quitter la ville pour les terres familiales, durant quelques jours, sans lui en donner de véritables raison de peur de finir par lui avouer pourquoi ce voyage la rendait si songeuse. On ne retourne pas sans une certaine anxiété chez un père et une mère que l’on a brusquement quittés pour mener une vie porteuse de déshonneur si elle venait à être découverte. Elodie avait conscience de ce qu’elle imposait à sa famille – un fils à inventer de toutes pièces et le danger de salir un nom pourtant brillant. Mais elle ne supportait pas l’idée qu’elle se faisait de la vie que l’on imposait à son sexe, et de ce qui l’attendait sans le moindre doute si on la gardait dans le Maine. Aussi est-ce déjà en cherchant un moyen d’échapper à cette éventualité qui lui semblait une menaçante épée de Damoclès qu’elle vit arriver le matin du départ, et l’heure des préparatifs.

Préparatifs rapides s’il en est, la fratrie Froulay ne possédant rien de bien important à Versailles si ça n’était leur charge et quelques oripeaux. Elodie s’était levée de bonheur, trouvant dans quelques exercices matinaux une façon efficace d’oublier ce qui se préparait et d’extérioriser toute la nervosité qui pourrait, faute d’exutoire, se retourner contre François. Plus fermée que d’ordinaire, elle n’avait pas pris la peine de faire la conversation avec les quelques soldats présents et, voyant son frère descendre, avait rebroussé chemin, comprenant que l’heure du départ avait sonné.
« Une fois que tu es prêt, rejoins-moi aux écuries, fit-il. »
Sans répondre, la jeune felle hocha la tête et reprit la direction de sa chambre, vide. Avec un soupir, elle se laissa tomber sur son lit, non sans avoir jeté un regard mauvais au baluchon qui trônait au bout de celui-ci. L’espace d’un instant, elle songea à s’enfuir par une autre issue, ou prétexter une soudaine blessure la clouant sur place… mais résignée, elle se contenta de se laisser tomber en arrière un instant, un sourire sans joie et cynique aux lèvres. Elle connaissait François, et était certaine qu’il était capable de venir la trouver, où qu’elle se cache, et la ramener par la peau du cou s’il le fallait. Elle le soupçonnait même de ne pas tenter de contrecarrer leurs parents… s’ils décidaient de la garder avec eux. A cette idée, elle ferma les yeux, inspirant longuement. Et dire qu’elle pensait avoir envisagé toutes les éventualités, tous les risques lorsqu’elle était partie vivre cette folie. Les derniers jours écoulés, Philippe et ce départ lui démontraient clairement qu’il y avait des failles dans ses prévisions. Et encore, Elodie ne savait rien de ce qui l’attendait.

Il fallut finalement au faux mousquetaire de longues minutes pour se décider à sortir de la chambre. Eric, puisque c’était dans ce costume qu’elle se trouvait, salua quelques un de ses camarades avant de rejoindre la cour, puis les écuries dans lesquelles François achevait de s’occuper d’Hamlet, sa monture. Elle lui adressa un regard qu’elle ne chercha pas à rendre impassible, vissa son feutre sombre sur sa tête, et sans un mot, mit pied à l’étrier et se retrouva juchée sur le bel étalon. Lorsqu’ils sortirent de la cour de l’Hôtel des mousquetaires, elle se retourna vaguement pour adresser un dernier salut à un ami qui venait de les saluer, puis talonna sa monture afin de prendre un peu d’avance sur son frère. Si elle était entrain de… bouder ? Exactement. Elle n’avait pas la moindre envie de faire un effort alors qu’il la trainait dans un pareil traquenard – et ce alors qu’il en avait parfaitement conscience. Si elle en faisait trop ? Peut-être. Mais elle connaissait son père, et elle doutait que les explications qu’elle serait obligée de lui fournir lui plaisent. L’espace d’un instant, elle songea adresser ses récriminations à la personne au monde qui avait toujours bon dos dans ce genre de situations, mais se rappela qu’elle restait toujours profondément dubitative quant à ce Dieu qu’on lui vantait, et que s’il veillait bien sur eux là-haut, alors il y avait sûrement longtemps qu’elle l’avait froissé. Seigneur, quelle désagréable sensation que celle de courir tout droit au piège.

La première heure du voyage se fit dans le plus grand des silences. Ni Eric, ni Elodie ne desserrèrent les lèvres jusqu’à ce que la silhouette imposante de Versailles se soit effacée derrière les deux cavaliers. Pensive, elle songeait à Philippe, à l’enlèvement de la favorite que l’on n’avait toujours pas retrouvée, aux étranges rumeurs qu’ils abandonnaient dans l’ombre du majestueux château…
« Crois-tu vraiment que c’était le bon moment pour quitter Versailles ? demanda-t-elle soudain sur le ton du reproche à son frère, abandonnant définitivement la voix d’Eric pour les jours à venir. »
Ralentissant Hamlet, elle fit en sorte de se retrouver au niveau de François, dardant sur lui deux prunelles peu amènes.
« Avec ce qui s’est passé dernièrement et… commença-t-elle, se rappelant juste à temps qu’elle ne lui avait jamais parlé de Philippe. Et… tu sais très bien ce que je veux dire, conclut-elle sombrement. Je n’ai pas envie d’y aller, François ! »
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François de Froulay

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MessageSujet: Re: Petite excursion en famille pour percer des secrets gênants [Elodie]   Petite excursion en famille pour percer des secrets gênants [Elodie] Icon_minitime16.01.12 13:13

Le temps passe et on ne le retient pas. J’avais l’impression qu’hier encore, Elodie était la petite fille enjouée, naïve presque, avec qui je faisais de longues promenades dans le domaine familial, avec qui je pouvais discuter de tout et de rien. Mais ce temps était révolu, elle était devenue une femme, une femme au caractère bien trempé. Un peu trop même pour une jeune femme de la condition dont était issue notre famille. Je m’en voulais un peu de la malmener de la sorte, mais elle ne semblait pas comprendre que j’étais vraiment inquiet pour elle. D’ailleurs, je n’étais pas le seul. Dans les lettres que je recevais de nos parents, ils me posaient au moins autant de questions sur elle qu’ils m’en posaient sur ma vie. Si j’éludais la mienne, prétendant que tout allait bien, j’essayais tout autant de minimiser les inquiétudes qu’ils avaient de ma sœur. Être loin et ne rien savoir devait leur peser, c’était évident. L’incertitude et l’attente étaient pires que tout. Mais maintenant qu’elle était là, presque sous ma responsabilité, il fallait bien que j’agisse en tant qu’ainé, grand frère protecteur. Un peu trop même, au goût de la demoiselle. Mais moins elle me parlait et plus j’avais envie de m’immiscer dans sa vie et d’être certain que tout allait bien pour elle. Effet inverse, certes, effet naturel, à mes yeux. Voir ma jeune sœur emmenée entre des gardes ne me paraissait pas vraiment une fin honorable, que ça soit pour elle ou pour notre famille.

Elle devait tout autant éluder les questions que lui posaient nos parents. J’ignorais même si elle leur répondait. Mais je savais que j’avais parfois des moqueries de mes camarades, recevant facilement plus d’une lettre par semaine là où ils n’en recevaient qu’une par mois au grand maximum, pour ceux qui venaient de provinces éloignées de Versailles. Si elle ne disait rien et que je n’en disais qu’à peine la moitié, effectivement, nos parents avaient de quoi s’inquiéter, et devaient s’imaginer les pires horreurs, d’où la demande pressante d’une visite de notre part. Visite qui nous ferait peut être le plus grand bien à tous les deux, nous permettant de nous retrouver. Alexandre avait eut la gentillesse d’accepter, malgré l’enlèvement de la favorite et les pressions que cela accompagnait. Mais que pouvaient bien faire une troupe de mousquetaires dans Versailles, alors que l’enlèvement avait eut lieu dans le duché. C’était à la police sur place, au gouverneur, et aux services de renseignement royaux de faire en sorte que cela rentre dans l’ordre. J’avais vraiment envie qu’on la retrouve, elle qui avait été si bonne pour moi, mais c’était avant tout une affaire d’Etat où les casaques bleues frappées d’une fleur de lys ne servaient pas à grand-chose. A vrai dire, il n’y avait peut être pas de meilleur moment pour quitter la ville du Roi Soleil que celui-ci, où toutes les attentions étaient centrées sur le sud de la France. C’était bien mon intention que d’en profiter, même si je savais que nous ne pourrions pas être absents éternellement.

Deux jours de trajet, si nous ne trainions pas et partions assez tôt ce matin là, trois jours en famille, et deux jours de retour. Une semaine en tout et pour tout, réglée comme du papier à musique, si Elodie ne venait pas à faire sa mauvaise tête, bien évidemment. Cette demande ne venant pas d’elle, elle devait bien se douter que c’était moi, et bien évidemment, elle ne devait pas avoir la moindre envie de rentrer chez nous, et encore moins coincée en tête à tête avec moi pendant quatre jours, aller-retour. Rien que d’y penser, cela me faisait sourire. Pas besoin de faire semblant, ni de cacher quelques secrets. Le relais de poste de ce soir se situait assez loin de Paris pour avoir le temps de discuter comme je le voulais, mais assez proche pour avoir un nombre suffisant d’heures de sommeil pour pouvoir reprendre la route à l’aube demain matin. Ma sœur pouvait toujours essayer de nous ralentir, elle n’y arriverait pas. Et même si les routes étaient plutôt calme ces derniers temps, nous n’étions pas à l’abri d’une troupe de brigands voulant nous détrousser. L’avantage d’être mousquetaires – même quand on est en civil – c’est qu’on sait faire face au danger, et qu’on ne s’effraye pas de quelques gueux armés de gourdins. Restait seulement à partir, dans la froide matinée qui avait couvert Versailles de gèle et qui me valait d’avoir prit soin d’être bien couvert. Une journée à cheval dehors ne pardonnerait pas, et tomber malade était vraiment la dernière de mes priorités.

Dans la cours, j’attendais ma sœur après avoir préparé mes affaires. Les ordres avaient été donnés, les ordres de permission transmis pour nous laisser sortir. Il n’y avait plus qu’à attendre qu’elle se mette en selle, ce qu’elle finit par faire, après m’avoir jeté un regard noir que je décidais d’ignorer. Elle voulait jouer à la grande en se faisant passer pour ce qu’elle n’était pas, qu’elle assume. Elle pouvait décider de me tourner le dos autant qu’elle voulait. Je me mis en selle, Soraya, ma jument baie, se mettant tranquillement au pas. La grille fut passée sans aucun problème, et dans le brouillard laissé par la nuit, nous quittâmes Versailles. Elodie s’emmura dans un silence que je respectais, confortablement installé sur ma jument qui allait de son pas tranquille, sans se presser. Elle avait le pied sur, malgré son jeune âge, et était une bête souple et maniable, bien que parfois, son petit caractère refasse surface. Je pensais à Claire, une semaine sans la voir, ça allait me sembler une éternité. Et tous ces imbéciles qui l’attendaient à chaque fois à la sortie du théâtre, rien que d’y penser, j’avais des envies de meurtre. Elodie vint troubler mes réflexions, desserrant enfin les dents.

-Crois-tu vraiment que c’était le bon moment pour quitter Versailles ?

Je relevais les yeux vers elle, la laissant préciser sa pensée.

-Avec ce qui s’est passé dernièrement et… Et… tu sais très bien ce que je veux dire. Je n’ai pas envie d’y aller, François !

J’eus un soupir lassé. Un caprice, le premier d’une longue série en deux jours ? Je ne l’espérais pas, sinon, ça n’allait pas être une partie de plaisir. Ce n’était déjà pas censé en être une… Je décidais de répondre d’ailleurs à sa première question.

-Que veux-tu que nous fassions ? A part envoyer la compagnie en Guyenne pour retourner la contrée et passer à côté de tous les indices possibles, nous ne retrouverons jamais la favorite. Mieux vaut laisser les choses se faire. Il n’y avait pas de meilleur moment.


Je laissais un instant le silence retomber avant de reprendre.

-Ils s’inquiètent pour toi. Le meilleur moyen de leur montrer que tout va bien c’est d’y aller, ça sera toujours bien plus efficace qu’une vulgaire lettre où mentir est si facile.

On aurait presque cru que je parlais d’expérience, et c’était presque le cas. Je me tue, attendant une réaction quelconque. J’étais même presque prêt à me lancer à sa poursuite si elle décidait de repartir à Versailles. Soraya était rapide. Mais elle ne le fit pas. Et je brisais le silence, à mon tour.

-Qu’est ce qui peut bien te retenir à Versailles de toute façon… ?

C’était plus une constatation qu’une réelle question, mais ça n’avait pas vraiment d’importance.

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MessageSujet: Re: Petite excursion en famille pour percer des secrets gênants [Elodie]   Petite excursion en famille pour percer des secrets gênants [Elodie] Icon_minitime28.01.12 16:39

Rares étaient les fois où François réussissait réellement faire jouer sur Elodie l’autorité qui aurait dû être la sienne en tant que frère aîné. Indépendante et obstinée, la jeune femme prenait généralement un malin plaisir à écouter ses sermons une moue tantôt amusée, tantôt lasse aux lèvres, pour mieux les oublier aussitôt terminés. Les oublier, ou plutôt les prendre point par point et faire allègrement le contraire de ce qu’il lui demandait. Certes, elle n’agissait pas seulement dans le but de contrarier les conseils de son frère, mais vu de l’extérieur, c’était l’impression que son comportement à Versailles pouvait donner… à quelques exceptions près. Dont celle-ci. A se demander pourquoi Elodie n’avait pas fait de cette permission et de cette ferme… invitation, si l’on peut dire, à partir en pèlerinage sur les terres familiales ce qu’elle faisait de tout ce qui tentait de s’opposer à son étranger vie, on aurait du mal à trouver un motif valable. Mais la demoiselle connaissait son frère aussi bien qu’il la connaissait, et savait pertinemment deviner quand il était vain d’essayer de s’opposer à lui. Le moment où il lui avait fait part de ce petit voyage en faisait partie. Nul besoin de tenter quoi que ce soit pour savoir que, quoi qu’elle fasse, il parviendrait à la ramener avec lui dans le Maine. Ça aurait été dépenser de l’énergie inutilement, et Elodie craignait d’en avoir tout particulièrement besoin face à son père, dont elle ignorait presque totalement l’humeur, quelques doutes qui ne lui disaient rien de bon mis à part. L’idée lui en avait coûté, mais devant la détermination de François, il avait bien fallu se résigner. En témoignaient les arguments qui se tenaient à peine qu’elle n’essayant que sans grande conviction de lui opposer une fois de plus.

Car c’était faire preuve d’une mauvaise foi qui ne lui était pas habituelle que de nier savoir l’inutilité d’une compagnie de mousquetaire dans la situation actuelle. Elodie en était conscience, mais en désespoir de cause, n’avait rien trouvé d’autre qu’elle était prête à énoncer tout haut pour justifier ses réticences. Il serait de toute façon bien inutile de faire savoir à son frère qu’elle redoutait les décisions que pourraient prendre leurs parents à son égard… il avait certainement depuis longtemps deviné ces craintes. Et Elodie pouvait sans trop s’avancer supposer que l’idée qu’il avait derrière la tête en l’embarquant dans ce piège ne différait pas énormément de ce qu’elle appréhendait. Il lui avait assez fait comprendre, depuis bientôt trois ans, ce qu’il pensait de sa présence, de sa vie à Versailles. C’était un fait, la demoiselle était bien seule dans cette affaire. Malheureusement, lui reprocher de n’être qu’un tyrannique traître – le mot lui était en effet venu à l’esprit – n’aurait assurément pas plus d’effet que le reste. Ils partaient pour le Maine, et ils y partaient résolument.

« Que veux-tu que nous fassions ? répondit évidemment François à sa première question – ou plutôt, son premier reproche. A part envoyer la compagnie en Guyenne pour retourner la contrée et passer à côté de tous les indices possibles, nous ne retrouverons jamais la favorite. Mieux vaut laisser les choses se faire. Il n’y avait pas de meilleur moment. »
Elodie se rembrunit un peu plus, si c’était possible, et détourna les yeux, en silence. Elle détestait par-dessous devoir admettre qu’il avait raison da ns ce genre de situation. Aussi n’admit-elle rien, se contentant de lâcher un vague soupir. Aussi teigneuse puisse-t-elle se montrer avec son frère, elle savait que dans cette conversation, elle n’aurait pas le dernier mot.
« Ils s’inquiètent pour toi, reprit le mousquetaire en rompant le court silence qui s’était installé. Le meilleur moyen de leur montrer que tout va bien c’est d’y aller, ça sera toujours bien plus efficace qu’une vulgaire lettre où mentir est si facile. »
Qu’ils s’inquiètent, elle n’en avait jamais douté. Les raisons pour lesquelles ils s’inquiétaient, en revanche, avait longtemps été obscures. Durant de longs mois, Elodie avait réussi à donner les changes dans les quelques lettres qu’elle avait échangées avec sa famille, leur assurant qu’elle avait rejoint une ancienne amie installée à Versailles et qu’elle se faisait progressivement la place que tout le monde rêvait de se faire un jour à la Cour. Mais le temps passant, elle avait bien fini par se douter qu’ils en savaient bien plus que ce qu’elle ne voulait leur faire croire. De là à les savoir au parfum quant à sa vie de mousquetaire, Elodie avait encore quelques doutes – doutes qu’elle craignait, avec raisons, de ne plus subsister dès l’instant où ils auraient fait un pas dans le manoir familial.

« Et de leur assurer que je ne repartirai pas ? lâcha-t-elle, cynique à souhait, définitivement convaincue que c’était ce que son frère avait en tête. Ne me dis pas le contraire, François, je ne suis pas idiote à ce point ! »
C’était mal la connaître que de penser qu’elle se laisserait faire de la sorte, mais de cette secrète résolution, elle ne dit pas un mot. Il y avait à Versailles bien trop de choses, de gens auxquels elle tenait pour se résigner à les perdre. Une fois encore, elle songea à Philippe. Elle lui avait assuré ne pas faire durer ce voyage – assurance qu’elle ne possédait pas elle-même mais elle n’en était plus, avec lui, à un mensonge près. Mensonges qu’elle n’aurait jamais la possibilité de dissiper si elle restait chez elle.
« Qu’est ce qui peut bien te retenir à Versailles de toute façon… ? »
Comme en écho à ses pensées, la voix de François s’éleva à nouveau, brisant l’énième silence qui s’était installé. A cette question, qui semblait n’en être pas réellement une, Elodie eut un sourire sans joie, cynique lui aussi, et posa ses deux grands yeux sur son frère.
« J’ai toute ma vie à Versailles, François ! s’exclama-t-elle, presque agacée qu’il ne veuille pas en avoir conscience. Les mousquetaires, quoi que tu en penses, la Cour, des amis, et sans doute bien d’autres attaches dont tu ne te doutes même pas ! avoua-t-elle avec une certaine véhémence. J’ai au moins autant que toi qui m’y retiens, essaye de l’entendre un peu. »

Cette dernière affirmation était tout ce qu’il y avait de plus vrai – seulement tous deux ne pouvaient se douter à quel point les liens qui le retenaient à la ville Soleil étaient de même nature. Malgré les trois dernières années passées côte à côté, ils ignoraient beaucoup plus l’un de l’autre que dans leurs années d’enfance. La jeune femme ne savait rien de ce que faisait son frère en dehors de son devoir de mousquetaire, et quant à lui, s’il savait qu’elle ne se contentait pas de la casaque et redevenait parfois une femme, elle le soupçonnait de ne pas vouloir s’y résigner, et imaginer qu’elle pouvait avoir à Versailles d’autres liens que ceux qu’ils avaient tous deux à la caserne. Des liens qui dépassaient ou stagnaient bien loin de l’amitié à plus forte raison. Il y avait tant de choses qu’Elodie ne lui confiait pas…
« Et quand bien même il n’y aurait personne à Versailles. Tu te doutes très bien de ce qui m’attends là-bas, ajouta-t-elle, amère, en faisant référence au mariage qu’elle avait fuit en quittant les terres des Froulay. Et je ne veux d’aucun autre homme… »
Seigneur, quelle imbécile ! Consciente de sa bévue, elle s’interrompit, trouvant brusquement un intérêt tout particulier à la campagne qui les entourait. Contrairement à sa première attention, elle ne tenta pas de rattraper ses paroles, consciente qu’elle ne s’en sortirait pas à si bon compte. Et après tout, peut-être était-il temps de crever un certain nombre d’abcès…
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MessageSujet: Re: Petite excursion en famille pour percer des secrets gênants [Elodie]   Petite excursion en famille pour percer des secrets gênants [Elodie] Icon_minitime04.02.12 21:54

Il est des familles où on se dit tout. Absolument tout. Rien n’est tabou ou presque. Ce n’était pas le cas chez nous. Du moins cela ne l’était plus. Contrairement à avant. Avant que je parte et qu’Elodie ne me rejoigne. Enfants, nous étions terriblement complices. Il ne se passait jamais une journée sans que nous partagions un secret, une farce, quelque chose qui aurait fait lever les yeux au ciel à notre mère et fait froncer les sourcils de notre père, si cela ne déclenchait pas une réaction un tant soit peu plus virulente. Une époque placée sous le signe de l’insouciance et de l’innocence de l’enfance. Mais nous avions grandis. Et ces mois de séparations couplés avec son arrivée comme un cheveu sur la soupe dans l’univers de soldat qui était devenu le mien n’avait pas vraiment contribué à nous rapprocher. Je ne comprenais pas pourquoi elle avait fait ça. Pourquoi elle était venue chez les mousquetaires. Eprise de liberté, certes, mais il y avait bien des manières autres de l’exprimer sans s’arranger pour venir le faire juste sous mon nez, là où elle pouvait être certaine que je réagirais, que je désapprouverais ouvertement ou presque. Juste assez pour tenter de nous préserver tous deux, mais sans trahir son secret, qui était d’une certaine manière devenu le nôtre, mais qui n’avait rien de commun avec nos légers secrets d’enfants.
Mais chaque discussion que nous avions se terminait presque toujours en dispute, alors il ne fallait guère s’étonner que je finisse par manigancer quelque chose pour me retrouver en tête à tête avec elle de manière assez prolongée pour être certain qu’elle n’esquiverait pas la discussion.

Enfin, elle pouvait toujours retourner à bride abattue vers Paris, mais en tant que Mousquetaire, et bien que je sois son frère, je restais son supérieur, cela passerait pour de l’insubordination pure et simple et elle serait passible d’une punition, ce n’était pas donc la meilleure idée à avoir à cet instant précis. Peut-être que cette excursion en famille allait lui remettre les idées en place une bonne fois pour toute ? Je l’espérai, sans oser le croire totalement, ça aurait été trop mal connaitre ma sœur que de le penser. Elle était bien trop futée pour se faire embrigader dans les idées de nos parents, sinon elle ne serait jamais partie, et ce ne serait pas quelques jours qui allaient changer quelque chose, hélas. Laisser Versailles derrière moi m’arrachait tout autant le cœur qu’à elle, mais pour des raisons que je pensais toutes différentes. Le visage rieur de Claire, ses grands yeux bleus et son sourire doux et espiègle dansaient devant mes yeux, et mon cœur battait la chamade. Qu’est-ce qu’une semaine, dix jours tout au plus ? L’éternité pour un amoureux transit. Je détestais la laisser, surtout sans savoir quand exactement j’allais revenir. Je tenais à elle comme à la prunelle de mes yeux, mais nous n’étions plus au Moyen Age et la cloitrer dans un couvent en attendant mon retour aurait été totalement ridicule, surtout pour la jeune femme libérée qu’elle était.

Peut-être un peu trop pour notre temps d’ailleurs… On en disait temps. Toujours était-il qu’entre les deux femmes de ma vie, ma sœur et mon aimée, il y avait de quoi me rendre complètement fou. Et cette semaine n’allait pas être parmi les plus reposantes de ma vie. Il y a des fois où je me dis que je serais peut-être mieux au feu en première ligne d’une bataille... J’aurais peut-être moins de chance d’être pris en traitre ou au dépourvu, parce que connaissant ma sœur, j’étais presque certain qu’elle aurait plus d’un tour dans sa manche pour essayer de me faire céder. Il fallait que je garde le cap et que je ne me laisse pas attendrir par ses moues désespérées. Je ne l’emmenais pas non plus au gibet de Montfaucon, mais elle devait penser que son sort était mille fois pire. Les filles et leur tendance à se prendre pour des victimes en permanence. Cela se voyait sur son visage fermé et qui évitait tout contact visuel qu’elle m’en voulait à mort. Je m’en voulais un peu, moi aussi, mais pour rien au monde mon orgueil n’aurait accepté de le laisser voir. Il ne fallait pas non plus penser que j’étais si parfait que mes supérieurs le disaient. J’avais bien des défauts, et le premier, et non le moindre, était ma tendance à vouloir faire en sorte que tout soit pour le mieux dans le meilleur des mondes, quelles qu’en soient les conséquences.

J’avais préféré la laisser parler la première, pourtant, elle s’était heurtée à un mur. Je pouvais être aussi sur de moi qu’elle était certaine de ses décisions. Mais ce n’était pas sans compter sur sa carte maîtresse, les larmes. Quand j’avais parlé de nos parents, la réplique était sortie, cinglante :

-Et de leur assurer que je ne repartirai pas. Ne me dis pas le contraire, François, je ne suis pas idiote à ce point !

Je n’avais pas répondu. A quoi bon de toute façon ? J’avais préféré lâcher une réplique un peu froide, un peu mesquine, histoire de la faire taire. Je n’avais pas conscience de ce que cela allait déchainer comme révélations.

-J’ai toute ma vie à Versailles, François ! Les mousquetaires, quoi que tu en penses, la Cour, des amis, et sans doute bien d’autres attaches dont tu ne te doutes même pas ! J’ai au moins autant que toi qui m’y retiens, essaye de l’entendre un peu.

-Des amis à qui tu mens et qui ne connaissent pas la vérité sur toi. En fait, ils sont amis avec un fantôme.

La réponse avait fusée, presque mauvaise, glaciale. Je m’en voulu à peine avait-elle franchie mes lèvres. Trop de temps à contenir tout ce que j’avais sur le cœur à propos de ce que je considérai comme des bêtises stupides. A travers la méchanceté, c’était des paroles trop longuement contenues et de l’inquiétude qui s’exprimaient sans retenue. Elle se fit amère :

- Et quand bien même il n’y aurait personne à Versailles. Tu te doutes très bien de ce qui m’attends là-bas. Et je ne veux d’aucun autre homme…

Je me raidis sur ma selle… Elle vient bien de dire « autre » ? Instinctivement, mes mains se crispèrent sur mes rennes et Soraya donna un coup de tête désapprobateur en lâchant un petit hennissement.

-Je te demande pardon ? Qui ?

Le ton était incrédule. De qui parlait-elle donc ? Il fallait que je me ressaisisse. Ce n’était pas le moment de craquer.

-Et quand bien même ! Nous avons tous un amour impossible !

Et de nouveau, mes pensées se tournèrent vers Claire. Il ne devait pas être bien difficile de lire mon désarroi sur mon visage. Mais pas un seul instant je ne songeais que l’homme dont Claire me parlait pouvait la connaitre sous sa véritable forme et partager ses sentiments.

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MessageSujet: Re: Petite excursion en famille pour percer des secrets gênants [Elodie]   Petite excursion en famille pour percer des secrets gênants [Elodie] Icon_minitime28.02.12 14:45

Il arrivait parfois à Elodie, dans l’un de ces élans de lucidité dont elle n’était pas particulièrement coutumière, de se demander pourquoi est-ce qu’elle avait choisi les mousquetaires. Non pas en les préférant à la vie de femme qu’elle aurait dû mener – la réponse, ici, était évidente – mais en choisissant la compagnie plutôt que n’importe quel autre régiment. A bien y réfléchir, si l’uniforme n’était pas aussi prestigieux, au moins n’aurait-elle pas été sous le feu constant des regards de son frère, et peut-être aurait-elle pu lui dissimuler sa petite mascarade plus longtemps. En tant que soldat d’un autre genre, elle aurait moins souvent eu à paraître à la Cour en uniforme, ce qui lui aurait permis d’en profiter en tant que femme, et ainsi, de faire croire à François qu’elle n’y était qu’au même titre que toutes celles qui s’y présentaient jour après jour, dans l’espoir de se tailler une place digne de ce nom. Beaucoup de choses, sans doute, s’en seraient trouvées simplifiées.
Ce que ne prenaient pas en compte ces réflexions – un peu tardives qui plus est – c’était le fait qu’avec François au-dessus d’elle, elle risquait bien moins gros qu’uniquement entourée d’inconnus. Une fois convaincu de ne pas la renvoyer manu militari sur les terres familiales, et malgré leurs disputes, son frère avait été un soutient non-négligeable ; et pour cela, elle ne saurait que lui être reconnaissante – même en secret. Oui, c’était bien parce qu’il y était qu’elle avait justement choisi les uniformes. Après l’idée que tant qu’à faire des folies, autant viser haut et prestigieux. Qu’elle le veuille ou non, elle le savait, François la protégeait. Les… manières qu’il employait pour cela venaient simplement de se durcir.

D’où ce voyage. Elle avait beau tourner et retourner la chose dans tous les sens, on en revenait toujours là. Et ce qui devait arriver arriva, avait-elle songé, amère après que François eut soigneusement démonté un à un tous ses arguments, à la veille du départ. Il était illusoire de croire qu’elle s’en sortirait définitivement à si bon compte, mais ces derniers jours, Elodie s’était prise à céder à l’illusion. L’impasse qui se dessinait, une fois revenue sur terre, était claire pourtant. D’un côté Eric, fidèle à lui-même, mais sur lequel s’accumulaient les soupçons. De l’autre, Elodie, définitivement amoureuse, qui tentait avec acharnement de concilier deux vies sans en souffler mot à quiconque, pas plus à son frère qu’à Philippe, qu’aux amis d’Eric comme ceux d’Elodie.
« Des amis à qui tu mens et qui ne connaissent pas la vérité sur toi. En fait, ils sont amis avec un fantôme. »
A nouveau, son frère avait su frapper juste là où ses pensées se heurtaient déjà. Il ignorait que ça n’était pas là le cas de tous les gens qu’elle côtoyait. Il y avait Megan, Isabelle… Ruzé, également. Mais de tout cela, elle ne pouvait souffler mot… préférant à ces aveux-là une bévue monumentale.

François, à ces malheureuses paroles, s’était visiblement raidi, tirant une grimace à sa jeune sœur. Cette erreur avait-elle était intentionnelle ? Elle n’en était pas certaine elle-même, mais une chose en revanche était sûre : le jeune homme ne la laissa pas passer.
« Je te demande pardon ? Qui ? s’étrangla-t-il, alors qu’Elodie s’entaillait vivement les lèvres.
- Personne… souffla-t-elle. Ce n’est rien. »
Piètre fuite, en vérité. François ne serait pas dupe, elle n’avait pas besoin d’être devin pour en être certaine. La seule question qui se posait réellement était celle de savoir si elle allait ou non lui confier ce qu’elle avait sur le cœur sans qu’il ait besoin de lui tirer les vers du nez. A son tour, elle se crispa. Dans ce domaine, elle aurait préféré ne pas tout de suite connaître la réaction de son frère.
« Et quand bien même ! Nous avons tous un amour impossible ! »

La réplique tira la demoiselle de ses pensées, qui se redressa soudain. « Impossible » ? Comme elle détestait ce mot !
« Ce n’est pas un amour impossible ! s’insurgea-t-elle soudain, oubliant définitivement de se dissimuler derrière des mensonges. »
Poussant Hamlet afin de dépasser François, elle se planta devant lui, le forçant ainsi à s’arrêter à son tour.
« Ça n’est pas Eric qu’il connaît, mais bien moi. Je ne suis pas qu’un fantôme, François, pas pour lui ! Pourquoi crois-tu que je ne me contente pas de la casaque ? continua-t-elle, se préoccupant peu de devenir affreusement sentimentale. Au moins était-elle honnête avec lui. Tu voulais savoir ce qui me retient à Versailles ? Je l’aime, et lui aussi, voilà. Et ça n’a rien d’impossible et… « tous » ? Tu as bien dis nous avons « tous » un amour impossible ? reprit-elle en réalisant au fur et à mesure qu’elle disait. François… est-ce que tu t’inclus là-dedans ? »

A cette question, elle ne put réprimer une première ébauche de sourire. Cette conversation prenait presque un drôle de tour… si l’on faisait abstraction de l’endroit vers lequel ils se dirigeaient.
« Tu me reproches de te mentir, mais tu ne m’en dis pas plus sur toi ! Qui est-ce ? demanda-t-elle. »
Oh, elle savait qu’elle n’obtiendrait pas sans plus d’efforts les réponses à cette question… Elle savait également qu’elles se paieraient par ses propres réponses à elle, mais après ce qu’elle venait de lui dire, elle n’avait plus grand-chose à cacher.
« Ecoute, tu veux que je sois honnête, d’accord, reprit-elle devant sa réticence. Mais ne t’attends pas à ce que je t’en dises plus si tu ne l’es pas un toi aussi. »
Pour une fois qu’ils avaient une véritable conversation… autant en profiter.
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François de Froulay

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MessageSujet: Re: Petite excursion en famille pour percer des secrets gênants [Elodie]   Petite excursion en famille pour percer des secrets gênants [Elodie] Icon_minitime04.03.12 14:24

Je commençais à me dire que c’était une mauvaise idée, ces quelques jours en tête à tête. Ca ne faisait même pas une demi journée que nous étions ensembles et nous commencions à nous quereller déjà. La conséquence de trop de rancunes accumulées au cours des derniers mois, sans doute. J’avais l’impression qu’à chaque fois que nous étions seuls, nous nous mettions à nous crier dessus. Il n’y avait qu’à se rappeler ce qui avait suivit notre rencontre avec Guillaume, qui m’avait apprit sans le savoir et sans le vouloir bien des choses sur ma sœur que je ne savais pas… A commencer par le fait qu’elle se promenait parfois habillée en robe, sous sa véritable identité, dans Versailles. Non mais comment en étions-nous arrivés là ? Etait-elle à ce point malheureuse dans sa vie qu’elle avait décidé de faire tout sauf ce qu’elle devait ? Nos parents n’étaient pourtant pas des tortionnaires et encore moins des geôliers. Ils auraient pu l’écouter, l’entendre, savoir ce qu’elle pensait de cette vie toute tracée qu’ils lui avaient préparée justement pour la mettre à l’abri du besoin et de la moindre angoisse. Il fallait bien avouer qu’il devait y avoir de quoi craindre une vie comme celle-ci, où rien ne serait soudain, et où éternellement les mêmes choses se répèteraient. Mais ce n’était pas une raison pour qu’elle fasse ce qu’elle faisait, au point non seulement de risquer sa vie, mais aussi tout bonnement de la faire éclater en morceau. Enfermée dans un personnage d’homme, pensait-elle vivre une vie sans amour ?

Je ne pouvais l’imaginer. Bien que je n’en ai pas le droit, les sentiments que j’avais pour Claire éclairaient ma vie d’un jour nouveau. Même si notre relation aurait été très mal vue, je ne savais pas comment j’avais pu vivre jusque là sans connaitre ce feu qui aimait mon cœur. Elodie pensait-elle qu’en continuant à jouer les petits soldats, elle trouverait l’amour ? C’était encore sans savoir qu’elle l’avait trouvé que je pensais cela. Mais plus j’en apprenais sur ma sœur et plus j’avais l’impression qu’elle jouait sciemment avec le danger, au point de chercher les problèmes les plus imposants du monde. Cela aussi, c’était sans savoir ce qui allait arriver bientôt… A croire que Dieu avait décidé de la punir pour toutes ses exactions. Mais la pilule allait être un tant soit peu difficile à avaler. Je me demandais combien de temps elle espérait tenir ainsi, cachée. Et si la guerre, de plus en plus menaçante, finissait par être déclarée ? Elle ne pensait tout de même pas y aller, si ? Trop de questions, trop d’inquiétude, encore et toujours des angoisses qui me serraient le cœur. Il n’y avait semble-t-il jamais assez de raisons de se faire de soucis avec elle ! Passer son temps à chaperonner sa cadette n’était pas tout à fait ce à quoi j’avais pensé passer ma vie. Je voulais me battre pour le roi, pour l’honneur. Mais pas par gloire ni par ambition autre que celle d’obéir à mon souverain.

Mais cela semblait légèrement compromis avec Elodie qui ne cessait pas ce que je considérai comme des enfantillages. La preuve en était le ton qui ne cessait de monter dans notre échange après un long, très long silence entre nous lors des premières lieues qui nous éloignaient peu à peu de Versailles. A croire que toute cette tension que nous avions accumulée entre nous n’en finirait jamais de s’extérioriser. Chacun parlait, et l’autre refusait de l’entendre. Sauf que j’estimai être celui qui était dans son bon droit. Sa place n’était pas ici, en première ligne, mais bien loin de là. En robe de cours, avec une charge de dame de la Reine, pourquoi pas, d’ailleurs ? Mais certes pas l’épée au poing, prête à charger au grand galop dès que l’occasion se présenterait. Si elle devait être blessée, ou pire, je ne me le pardonnerai jamais, et je ne serais pas le seul. Peut être espérai-je, en faisant ce chemin que j’avais évité tant de fois de parcourir ces dernières années, qu’elle changerait d’avis et serait enfin raisonnable, qu’elle ne reviendrait pas avec moi… Mais ça serait rêver, hélas. Je connaissais ma sœur, elle avait l’un des pires caractères qu’il m’eut été donné de voir pour une jeune femme. Rien ne la faisait changer d’avis, même – ou plutôt surtout – dans l’erreur, elle ne faisait que s’entêter, à mon plus grand désarroi. Il y avait vraiment de quoi devenir fou. Ca aurait été un moyen comme un autre d’en finir avec ce sac de nœud, me direz-vous…

En attendant, j’allais de surprise en surprise, et si mes paroles dépassaient ma pensée dans leur dureté, elles n’en étaient pas moins vraies. Et sa tentative d’excuse quand elle essaya de détourner le sujet ne fit que m’agacer d’avantage. Il était temps de cesser ses enfantillages et qu’elle grandisse ! Le ton claqua, sec, mais aussi concerné. Ce qui finit de l’agacer. Heureusement que nous étions plus ou moins seuls dans cette forêt, au moins pouvions-nous nous disputer à notre aise.

-Ce n’est pas un amour impossible !

Elle arrêta son cheval en travers du chemin, devant le mien. Je n’eus d’autre choix que de tirer légèrement sur les rênes de Soraya qui s’arrêta docilement, avant de croiser les bras sur mon pourpoint et de la dévisager sévèrement.

-Ça n’est pas Eric qu’il connaît, mais bien moi. Je ne suis pas qu’un fantôme, François, pas pour lui ! Pourquoi crois-tu que je ne me contente pas de la casaque ?

Je tentais de garder le maque de sévérité que j’avais adopté avant de répondre, un ton en dessous, mais toujours un peu durement.

-Peut être aurais-tu dû y penser avant de t’enliser là-dedans… un bref coup d’œil des pieds à la tête l’englobant toute entière désigna sa tenue un peu trop masculine à mon goût.

-Tu voulais savoir ce qui me retient à Versailles ? Je l’aime, et lui aussi, voilà. Et ça n’a rien d’impossible et… « tous » ? Tu as bien dis nous avons « tous » un amour impossible ? François… est-ce que tu t’inclus là-dedans ?

Je serrais les dents. Et zut ! Détournant les yeux je fis reculer Soraya dans le but de contourner Elodie et son cheval, alors qu’elle ne semblait pas vouloir me laisser en paix.

-Tu me reproches de te mentir, mais tu ne m’en dis pas plus sur toi ! Qui est-ce ?

-Ecoute-moi bien, Elodie ! Je suis l’ainé, c’est à moi de te protéger, et donc de savoir tout ce qui te concerne, pas le contraire ! Alors maintenant, laisse moi tranquille. Essaye juste d’écouter ce qu’on te dit plutôt que de ne penser qu’à toi.

Mais elle ne semblait pas avoir décidé de lâcher l’affaire, alors que je faisais trottiner ma jument pour reprendre la route, signifiant que je considérais cette conversation comme terminée. Mais elle ne sembla pas d’accord avec moi, car rapidement, je l’entendis revenir encore une fois à la charge :

-Ecoute, tu veux que je sois honnête, d’accord. Mais ne t’attends pas à ce que je t’en dise plus si tu ne l’es pas un toi aussi.

Je levais les yeux au ciel avant de remettre ma jument au pas, hésitant. Parler, ne pas parler… Je n’avais pas spécialement envie de m’étendre sur le sujet et de montrer la faiblesse du grand frère parfait que j’aurais dus être. Imaginez le ridicule maintenant qu’elle allait apprendre qu’en fin de compte, je n’étais pas si génial que ce que je m’efforçais de faire paraitre. Je la considérai d’un coup d’œil circonspect avant de lâcher un profond soupir.

-Très bien, donnant-donnant, alors, mais tu t’es trahie la première, toi d’abord…

Et ça, c’était non négociable.

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MessageSujet: Re: Petite excursion en famille pour percer des secrets gênants [Elodie]   Petite excursion en famille pour percer des secrets gênants [Elodie] Icon_minitime27.03.12 18:06

L’honnêteté… une notion dont Elodie avait fini par oublier qu’elle pouvait se révéler grandement utile, et bien plus facile que ses incessants mensonges. Depuis combien de temps n’avait-elle pas simplement dit la vérité ? Si l’on exceptait cette dernière leçon d’escrime avortée avec Philippe, elle n’était pas certaine elle-même de pouvoir s’en souvenir. Au fil des mois, elle avait appris à mentir comme elle respirait, et ça n’était pas en étant placée au pied du mur par François qu’elle avait d’abord semblé pouvoir revenir sur cette habitude. Elodie n’était pas de ces gens que l’on pouvait contraindre, elle l’avait bien assez prouvé et ne niait pas en tirer une certaine fierté.
Et pourtant, elle était là, face à ce grand frère duquel elle avait été si proche, à avoir cette conversation, entre vérités durement assénées et réponses biaisées. Si elle ne pouvait se résoudre à baisser les armes, Elodie ne pouvait que l’admettre au mois pour elle-même : tout garder pour elle commençait à lui peser. Si elle ne pouvait, à de rares exceptions près, pas parler à ses amis, si elle ne voulait rien dire de plus à Philippe de peur de le perdre, si elle n’acceptait pas de s’adoucir face à François ; elle ne pouvait que reconnaître qu’elle se trouvait finalement bien seule avec elle-même en ce qui concernait les confidences. D’où cette conversation, sans doute. Elle redoutait les réactions de son frère, certes. Elle se lassait vite de ses sermons. Mais d’un autre côté, elle avait besoin de parler – et il demeurait dans ce domaine la personne la plus indiquée.

Dans un dernier élan de rébellion, néanmoins, elle ne put s’empêcher de réclamer des réponses en retour. Il y avait un temps où ils se disaient absolument tout ; pourquoi fallait-il que cela soit devenu si difficile ? Avec un peu de naïveté, peut-être, elle tenta de le faire parler, car s’il ignorait beaucoup d’elle, Elodie en savait pas non plus de quoi était fait la vie de son frère. Malheureusement, la réaction de ce dernier la refroidit bien vite.
« Ecoute-moi bien, Elodie ! Je suis l’ainé, c’est à moi de te protéger, et donc de savoir tout ce qui te concerne, pas le contraire ! Alors maintenant, laisse moi tranquille. Essaye juste d’écouter ce qu’on te dit plutôt que de ne penser qu’à toi. »
A ces mots, elle lui lança un regard suprêmement insolent, et le laissa s’éloigner. Il n’y avait rien qui l’agaçait plus que ce genre de réflexions patriarcales, et bien trop protectrices à son goût. Tu n’es pas mon père, songea-t-elle en oubliant volontairement de penser à celui qui, l’étant réellement de son côté, l’attendait au bout du voyage.

C’est sans grande conviction qu’elle lança lui réclama un peu d’honnêteté à son tour, persuadée qu’il resterait sur ses positions. Parfait : elle n’avait plus la moindre envie de lui confier quoi que ce soit. S’il considérait cela comme quelque chose qu’elle devait à son grand âge et à sa position de frère, alors non. A la réplique suivante de François, elle s’était à nouveau renfrognée.
« Très bien, donnant-donnant, alors, mais tu t’es trahie la première, toi d’abord… lâcha-t-il après lui avoir jeté un coup d’œil qu’elle n’avait pas daigné lui rendre.
- Je ne suis plus une enfant, François, tu ne me diras rien, n’essaye pas de me faire croire le contraire, rétorqua-t-elle sèchement, absolument indifférente à l’idée de mettre seule un terme à la conversation qu’elle avait pourtant voulu lancer. Je m’en voudrais de toute façon, mon éminent aîné, de vous forcer à la moindre confidence, puisque ça n’est pas là votre rôle. »

Là-dessus, elle repassa devant et s’éloigna de quelques mètres, la mine sombre. Elle avait parfaitement conscience que, contrairement à ce qu’elle venait d’affirmer, cette réaction tenait plus de l’enfantillage qu’autre chose, mais après tout, qu’était-elle que la petite sœur ? Enferrée dans ses propres contradictions, entre fierté exacerbée et besoin de s’épancher, elle opta pour la solution la plus efficace : le silence. Et c’est ainsi que passèrent les longues heures qui les séparaient de leur première étape – les quelques indications et échanges nécessaires mis à part.

Chemin faisant, Elodie, toujours en tête – quoi qu’elle n’eût pas la moindre envie d’être la première à passer le seuil des terres familiales – laissa ses songes s’égarer vers Versailles et ne put s’empêcher quelques hypothèses toutes plus idiotes les unes que les autres sur l’identité du fameux « amour impossible » de son frère. Si la curiosité la rongeait, elle savait pertinemment qu’elle n’obtiendrait rien sans se livrer également en retour, et l’idée qu’il la mène en bateau pour savoir avant de se fermer comme il savait si bien le faire la rebutait assez pour qu’elle ne se risque à ouvrir la bouche. Fierté mal placée ? Bouderie digne de leurs disputes enfantines ? Peut-être. Mais à l’heure qu’il était, elle serait morte plutôt que de l’admettre. Et, d’obstination, elle ne prononça jusqu’au bout pas le moindre mot.

Le soir tombait résolument en cette fin d’automne lorsqu’ils décidèrent de s’arrêter. Endurante, elle n’en fut néanmoins pas mécontente de descendre de cheval et, refusant de laisser Hamlet au premier palefrenier venu, alla se charger elle-même de l’installer. Une fois satisfaite et quelques caresses plus tard, elle pénétra dans l’auberge, endossant à nouveau le rôle d’Eric de Froulay. Du regard, elle chercha François, déjà attablé dans un coin tranquille – le lieu n’étant de toute façon pas très animé – et alla s’installer face à lui. Quelques minutes durant, ils conservèrent leur silence. Quelques minutes seulement, jusqu’à ce qu’Elodie ne se décide à lâcher un profond soupir. Ils n’allaient tout de même pas rester là, à s’observer sans rien dire, alors que tous deux se savaient très bien curieux et, en ce qui la concernait, au bout de la bouderie.
« Philippe d’Artagnan, lâcha-t-elle enfin en plantant son regard dans celui de son frère. »
Inutile de préciser sa pensée, il savait très bien quelle discussion elle reprenait.

Se rejetant contre le dossier de sa chaise, elle leva un doigt, qu’il ne dise pas un mot avant qu’elle ait terminé.
« Avant que tu ne montes sur tes grands chevaux, je sais qui est son frère, je sais que tu trouves ça dangereux et je sais aussi ce que je risque… A nouveau, elle soupira. Il ne sait rien, François. Pour Eric, je veux dire. Je lui ai dis que nous étions jumeaux. »
Tout en jouant machinalement avec une des plumes de son feutre, elle le dévisagea un instant. Cette tête-là ne lui plaisait vraiment pas.
« Qu’est-ce que tu as ? demanda-t-elle, sourcils froncés. »
Elle ne venait pas de lui annoncer la fin du monde, qu’elle sache.
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François de Froulay

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MessageSujet: Re: Petite excursion en famille pour percer des secrets gênants [Elodie]   Petite excursion en famille pour percer des secrets gênants [Elodie] Icon_minitime04.04.12 15:15

Il était peut-être un peu tard pour tenter d’essayer d’affirmer ne serait-ce qu’une once d’autorité fraternelle pour essayer de canaliser l’espèce de feu follet qui me servait de sœur, mais il parait qu’il n’est jamais trop tard pour bien faire. En fait, je ne me voyais pas dans le rôle du grand frère essayant de lui mettre des bâtons dans les roues, bien que c’était exactement ce que je faisais. A la base, je ne voulais qu’une chose, qu’elle soit heureuse, quoi qu’elle fasse. Sauf que ce qu’elle faisait n’avait rien à voir avec ce qu’une jeune femme se devait de faire et d’être, et que je ne pouvais m’empêcher de m’inquiéter pour elle, pour la simple et bonne raison qu’elle était ma sœur adorée, même si nous nous montrions bien mal l’amour que nous nous portions jadis. Je le lui portais encore d’ailleurs, même si je ressemblais plutôt à un geôlier. Elle l’avait cherché aussi. De tous les corps de l’armée du roi de France, il avait fallu qu’elle vienne ici, à celui où j’étais depuis quelques années maintenant, et pire, où j’avais un grade, j’étais donc, en plus d’être son frère, doublement responsable de la belle. Il ne manquait plus que ça, vraiment. Elle pouvait bien me dire que je ne comprenais pas ses arguments, elle ne voulait pas plus entendre les miens et c’était une sorte de mur, de barrière qui s’était élevée entre nous, ne faisant que s’épaissir et se hausser, au point qu’il nous était devenu presque impossible de parler sans nous crier dessus.

Ca me dépassait un peu, tout ce changement. Nous grandissions, nous ne pouvions pas rester éternellement les enfants innocents que nous avions étés. Le monde se révélait à nous dans toute sa noirceur, et ce que nous en voyions, ce que nous vivions, les épreuves qui nous avaient été imposées nous faisaient évoluer de différentes manières, et ainsi était faite la vie. Je ne voulais pas perdre ma sœur, mais elle ne voulait pas comprendre ce que je voulais lui dire. J’espérai que ce voyage chez nous la ferait changer d’avis, qu’elle ouvrirait les yeux. S’il n’avait s’agit que d’une histoire de mœurs, de bienséance, peut être que nous aurions été plus réceptifs, mais elle jouait sa vie. Se travestir pouvait faire risquer la prison, ou pire. Et je ne voulais pas qu’il lui arrive quelque chose de grave. La Salpêtrière et les rumeurs qui courraient sur elle me donnaient froid dans le dos. Je n’y aurais d’ailleurs surement jamais fais attention si ça n’avait été un risque potentiel pour Elodie. Qui pouvait bien savoir ? C’était bien la question. Mais il y avait toujours une possibilité que ça soit découvert. Je ne sais pas jusqu’où j’aurais été pour l’empêcher de souffrir, mais elle restait ma petite sœur, la prunelle de mes yeux, et j’empêcherai quiconque de lui faire du mal. Seulement, qu’elle y mette du sien ne serait pas pour me déplaire. Mais elle semblait avoir décidé que non, je ne méritais pas cet honneur. Quelle tête de mule !

Elle voulait mon secret ? Elle ne l’aurait pas avant de m’avoir livré le sien ! Nous étions aussi butés l’un que l’autre de toute façon et la discussion tourna court.

- Je ne suis plus une enfant, François, tu ne me diras rien, n’essaye pas de me faire croire le contraire. Je m’en voudrais de toute façon, mon éminent aîné, de vous forcer à la moindre confidence, puisque ça n’est pas là votre rôle.

Elle s’éloigna et je fis piler Soraya pour ne pas me prendre son cheval. Elle voulait continuer à bouder ? Parfait !

-Très bien, ma sœur ! Je me dispenserai donc du « plaisir » de votre conversation !

Inutile de préciser que de plaisirs, il n’y en avait aucun. Nous poursuivîmes notre route, en silence, comme à notre départ de Versailles, à cette différence que cette fois-ci, le silence était horriblement pensant. Elle ne cesserait donc jamais d’être une enfant ! Le temps passa et le crépuscule arriva. Selon le plan de parcourt que je nous avais préparé, nous arrivâmes à l’auberge où nous devions passer la nuit. Toujours sans un mot, je descendis de ma monture, et laissait Soraya aux soins du garçon d’écurie. Elodie préféra s’occuper de son cheval. Ne trouvant absolument aucun agrément à rester là à la regarder et à l’attendre alors que le froid nocturne tombait, je fis volte-face pour me diriger vers l’entrée du relais, demandant une chambre double et un dîner chaud pour deux. Je m’installais dans un coin tranquille, sous le regard impérieux et curieux de la propriétaire, mais je n’y fis pas attention. Au menu, un beau gigot bien chaud, et un verre de vin. Cela me revigora, il n’y a rien de mieux que de manger chaud. Elodie entra, et me chercha un instant avant de marcher vers moi et de s’installer. Je la considérai un instant, avant de prendre mon verre de vin que je portais à mes lèvres, alors qu’elle brisa enfin ce silence entre nous, elle n’aurait pas pu choisir meilleur moment…

-Philippe d’Artagnan.

Je mis un quart de seconde à comprendre, manquant de m’étouffer. Je reposais mon verre en toussant encore à m’en arracher les poumons, quand elle ajouta :

-Avant que tu ne montes sur tes grands chevaux, je sais qui est son frère, je sais que tu trouves ça dangereux et je sais aussi ce que je risque…A nouveau, elle soupira. Il ne sait rien, François. Pour Eric, je veux dire. Je lui ai dis que nous étions jumeaux.

Pourtant à peine entendis-je ce qu’elle me disait. Philippe… Il y avait des milliers de Philippes à Versailles, et il avait fallu qu’elle tombe sur celui-là… Je fronçais les sourcils, fermant les yeux avant de soupirer. Philippe… Philippe que j’avais empêché de sauter dans le vide. Il avait fallu qu’elle s’amourache de lui… J’aimais beaucoup Philippe, nous étions devenus amis, proches de surcroit, mais Elodie savait-elle qu’il avait eu une époque où il était plutôt instable ? Elle finit par se rendre compte de mon trouble, et m’interrogea directement.

-Qu’est-ce que tu as ?

Je repoussais mon assiette devant moi, croisant les bras sur la table, et la regardant dans les yeux, avant de murmurer :

-Sur tous les hommes de Versailles, il a fallu que ça soit celui-ci que tu choisisses. Le connais-tu seulement ? Connais-tu son passé ? Sa vie avant que tu n’y arrives ? Elodie…

Je tendis la main vers elle pour la prendre dans la mienne. Je n’avais pas envie de me disputer avec elle à nouveau.

-Tu ne sais pas ce que tu fais, tu es encore une enfant.

Mais Philippe n’était pas un enfant, lui. Et je me promis qu’à mon retour, il entendrait parler de moi, bien plus vite qu’il ne le faudrait. Cela me coupa l’appétit, l’inquiétude avait une vraie valeur de régime. Je me levais pour aller me coucher, mais un marché est un marché, après tout.

-Elle s’appelle Claire, Claire Ornelle. Elle est comédienne. Tu vois, je suis bien mieux placé pour te comprendre que tu ne le crois…

Et je commençais à m’éloigner pour rejoindre l’escalier menant à notre chambre.

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MessageSujet: Re: Petite excursion en famille pour percer des secrets gênants [Elodie]   Petite excursion en famille pour percer des secrets gênants [Elodie] Icon_minitime30.05.12 13:23

Elodie savait qu’elle n’aurait pu repousser beaucoup plus longtemps cette conversation. Elle avait réussi à dissimuler pendant presque trois ans ses escapades loin de la caserne et de la casaque, tout en sachant pertinemment que le secret finirait par avoir une fin – pour François du moins. La façon dont il l’avait découvert avait convaincu la jeune femme qu’il valait mieux qu’elle révèle elle-même ce qui devait finir par se savoir. Le moment de lui parler de Philippe était seulement arrivé un peu plus tôt qu’elle ne l’avait pensé et surtout au pire moment qui puisse être concernant le… calme et la diplomatie de leur discussion. Si elle n’avait été aussi en colère contre son frère qui tentait, contre son grès, de la ramener chez leurs parents, peut-être n’aurait-elle pas pris cette conversation sur le même ton. Mais il y avait ce voyage et malheureusement, celui-ci n’était pas exactement ce qu’il y avait de plus recommandé pour une bonne entente dans la fratrie Froulay. C’était un résultat déjà assez difficile à obtenir pour qu’il survive à un pareil obstacle.

Peut-être est-ce d’ailleurs également pour que le reste du voyage ne se résume pas à une longue dispute qu’Elodie céda enfin et apprit à François ce qu’il voulait savoir. Ce qu’elle ignorait, c’était qu’elle n’avait absolument pas bien choisi son sujet – ou du moins, son homme. Seulement, il y avait entre ces deux là bien trop secrets pour qu’elle en ait la moindre idée.
« Sur tous les hommes de Versailles, il a fallu que ça soit celui-ci que tu choisisses, murmura François en plantant son regard dans le sien, non sans avoir manqué de s’étouffer auparavant.
- Qu’est-ce que tu veux dire ? demanda aussitôt Elodie, sèche au possible.
- Le connais-tu seulement ? Connais-tu son passé ? Sa vie avant que tu n’y arrives ? Elodie… Il prit sa main dans la sienne, ignorant le regard inquisiteur qu’elle dardait sur lui. Tu ne sais pas ce que tu fais, tu es encore une enfant. »
Aussitôt, Elodie lui arracha sa main. S’il y avait bien une chose qu’elle ne supportait pas, c’était ce ton doucereux et ce genre d’allégations. Elle le détestait plus encore lorsqu’il lui parlait ainsi, et ne se priva pas de le lui faire savoir !
« Mais pour qui est-ce que tu te prends ? Un grand sage, peut-être ? Eh bien laisse-moi te dire que si je suis encore un enfant, je préfère mille fois ça à l’adulte condescendant que tu es devenu, François ! répliqua-t-elle à mi-voix en le fusillant du regard. Et sache que je me passe de ta bénédiction. »

Elle n’en avait jamais demandé aucune pour pas un de ses actes, elle n’allait pas commencer ici avec lui pour l’homme qu’elle aimait. Sans surprise, François quitta la table et ce ne fut pas elle qui le retint. La seule chose pour laquelle elle songea à le rappeler, c’est le marché qu’ils avaient conclu. Mais avant qu’elle ne puisse ouvrir la bouche, il se retourna.
« Elle s’appelle Claire, Claire Ornelle. Elle est comédienne. Tu vois, je suis bien mieux placé pour te comprendre que tu ne le crois… »
Elodie ne répondit pas. Non pas parce qu’elle n’avait rien à dire, ou parce qu’elle s’en moquait. Mais ce nom appelait quelque chose en elle qui lui revint vite en tête. Claire… se pourrait-il qu’il s’agisse de cette même comédienne avec laquelle Eric passait parfois un moment ? Le hasard eut été particulièrement osé, mais après tout, parmi tous les hommes de Versailles comme il le disait si bien, François connaissait bien Philippe – et assez pour ne pas l’apprécier, visiblement.

La jeune femme ferma les yeux un instant, alors que la silhouette de son frère disparaissait dans l’escalier. Pendant quelques minutes, elle resta attablée. Elle mangea peu, pensa beaucoup puis finit par se lever à son tour pour gagner leur chambre. Elle ignorait si la nuit saurait apaiser leurs tensions mais ce dont elle était sûre, c’est qu’elle avait besoin de sommeil. Demain serait une dure journée. Et ça n’était pas d’éventuelles nouvelles disputes avec son frère qu’elle redoutait.

Le silence, encore une fois, fut le maître mot du voyage du lendemain. Les deux Froulay ne parlèrent guère, chacun livrés à leurs pensées. Elodie n’avait pas apprécié la façon dont il la prenait pour un enfant, mais à vrai dire, elle ne le boudait plus réellement lorsque les paysages commencèrent à se faire plus familiers. Bien loin de leurs conversations de la veille, c’est vers ce qui l’attendait à la maison que l’esprit de la demoiselle s’était égaré et au fil des amples foules d’Hamlet, elle sentait son cœur tambouriner un peu plus fort dans sa poitrine. Et si elle ne revoyait jamais Versailles ? Rien ne saurait la convaincre de rester, certes. Mais elle devait admettre redouter quelques stratagèmes capable de la retenir, et ce même contre son grès. Ses parents n’étaient pas des geôliers, loin de là. Mais ce qu’elle avait fait en fuyant, trois années plus tôt, dépassait beaucoup de bornes.

Le soir tombait lorsqu’ils virent se dessiner les limites du domaine familial. Bordé un petit bois que les deux enfants qu’ils avaient été connaissait par cœur, celui-ci n’avait guère changé depuis le départ de la belle. D’autant plus silencieuse qu’elle était inquiète, elle poussa doucement Hamlet sur les chemins familiers et les deux Froulay finirent pas se trouver dans les grilles. Derrière elles, le grand manoir se dressait, ombre hostile aux yeux d’Elodie qui hésita un instant avant de descendre de cheval.
« Je te déteste, lâcha-t-elle à son frère entre ses dents alors qu’un valet qu’elle n’avait jamais vu venait leur ouvrir et courait annoncer leur arrivée à l’intérieur. »
Lentement, ils remontèrent l’allée qui menait à la vieille bâtisse et finirent par abandonner leur monture à un garçon d’écurie. Lorsqu’elle était partie, les finances de la famille n’étaient pas au mieux de leur état, mais l’endroit n’avait pourtant pas perdu de la beauté et de la fraîcheur qu’elle lui trouvait enfant. Il avait juste un goût plus amer.

Sur le perron, deux silhouettes se tenaient prêtes à les accueillir. Elodie commença par baisser les yeux, mais fièrement, redressa la tête. Elle n’avait honte de rien, juste peur qu’on la retienne.
« Voilà nos deux fils ! lança leur père en descendant quelques marches, tirant un sourire ironique à la jeune femme.
- Bonsoir, père, souffla-t-elle non sans avoir lancé un regard noir à François. »
Que la fête commence.
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François de Froulay

« s i . v e r s a i l l e s »
Côté Coeur: Il a été brisé, il va falloir le recoller
Côté Lit: vide, au désespoir des mignons de Monsieur
Discours royal:



Fuis les honneurs et l'honneur te suivra
Convoite la mort et la vie te sera donnée


Âge : 25 ans
Titre : Maréchal des Logis des Mousquetaires, Capitaine de la garde de Monsieur, Marquis de Lavardin
Missives : 521
Date d'inscription : 29/08/2011


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MessageSujet: Re: Petite excursion en famille pour percer des secrets gênants [Elodie]   Petite excursion en famille pour percer des secrets gênants [Elodie] Icon_minitime08.06.12 22:23

Il fallait bien que je sois fou pour croire une seule minute qu’elle finirait par comprendre la portée de ses actes. J’aurais tellement aimé ne jamais être mis face à ce genre de situation, je n’en avais ni l’envie, ni la nécessité. Mais on faisait avec ce que la vie nous donnait et elle avait été bien cruelle cette fois-ci, je trouvais. Bien plus qu’elle ne l’aurait due. Etre obligé de choisir entre sa sœur et la raison, la convenance – et accessoirement certaines lois – n’avait rien de très facile ni de très amusant. J’en avais assez de passer pour le méchant avec elle. J’étais trop butté pour entendre ses récriminations ? Elle était trop têtue pour ne faire qu’écouter mes conseilles. Alors qu’elle ne fasse pas la jeune femme bafouée lorsque je m’avisais de hausser le ton. Ce rôle n’allait pas du tout avec la vie qu’elle avait choisie, elle devait en prendre les responsabilités qui s’y liaient. Alors pas de crise de larmes, de caprices, ou quoi que ce soit d’autre. Elle avait voulu être un homme ? Eh bien qu’elle fasse comme si, et jusqu’au bout. Ce petit voyage était pour le lui rappeler. Et la piqûre était plutôt sévère. Mais j’avais du mal à digérer le petit jeu auquel elle s’amusait en s’habillant un jour en fille, un jour en garçon. La leçon porterait sans doute ses fruits. Il n’y avait qu’à voir la tête qu’elle faisait pour savoir que c’était déjà plutôt bien parti, et intérieurement, cela me faisait jubiler.

J’aurais bien entendu préféré la laisser à nos parents, chez nous, mais hélas, il y avait fort peu de chances pour que j’y arrive. Ils auraient mieux fait de ne pas la laisser partir du tout à la base, c’était un peu trop facile de penser que je pourrais la gérer sur place, je n’avais pas que ça à faire. A la vérité à l’instant précis, j’aurais préféré finir ma garde et filer attendre Claire à la fin de sa représentation, en tenue de ville, et je l’aurais même peut être emmenée en promenade je ne savais où, même si la saison ne s’y prêtait pas, il fallait bien profiter de chaque instant passé ensemble. Et rien que d’y penser, cela me faisait doucement rêvasser. Ca aurait été tellement agréable. Et pourtant, à cause de Mademoiselle Elodie il fallait faire autrement. J’avais d’ailleurs manqué de m’étrangler en apprenant son histoire d’amour, et mon cœur avait même faillit flancher quand elle m’avait dit qui était l’objet de son affection. Quand je vous dis que cette petite idiote me tuera à force de faire n’importe quoi. Il ne manquait plus que ça, vraiment ! L’auberge dans laquelle nous nous étions arrêtés était heureusement moins remplie à cette période glaciale qu’en plein été. Aussi personne ne faisait attention à nous, et notre petit échange à voix basse passa à peu près inaperçu malgré sa véhémence.

- Mais pour qui est-ce que tu te prends ? Un grand sage, peut-être ? Eh bien laisse-moi te dire que si je suis encore un enfant, je préfère mille fois ça à l’adulte condescendant que tu es devenu, François ! Et sache que je me passe de ta bénédiction.

Sa répartie m’arracha un rictus qui n’avait rien de très avenant. Et elle, pour qui elle se prenait ? Pour Arthémis ? Mais je décidais de couper court à la discussion qui de toute façon n’avait rien de très intéressant. Nous passions de toute façon notre temps à nous disputer.

-Il faut bien que l’un des deux ait récupéré la conscience des choses que l’autre à perdu.

La réponse était sans ambigüité et un rien cassante. Tant pis pour elle. Me levant, n’ayant pas l’intention de continuer dans cette voie, je commençais à m’éloigner, non sans remplir ma part du « contrat », avant de gagner la chambre double qui m’avait été assignée. Me débarrassant de mes affaires, je me glissais dans les draps après une brève toilette. Je tournais le dos à la porte, aussi Elodie ne put savoir si je dormais ou non quand elle me rejoignit. Je n’avais de toute manière pas la moindre envie de reprendre la discussion là où nous l’avions laissée. Le silence fut notre compagnon. Après qu’elle se soit couchée à son tour, je finis par m’endormir, d’un sommeil sans rêve, qui dura jusqu’à l’aube. Celle-ci était glacée. Et ce fut de nouveau en silence que nous nous levâmes pour partir, Elodie ayant la mine sombre. Pour ma part, je devais avouer que j’avais l’estomac un peu noué. Je n’avais pas remis les pieds chez nos parents depuis mon départ bien des années auparavant. J’étais heureux à l’idée de les revoir, tout en me demandant s’ils n’allaient pas me faire quelques remarques qui m’agaceraient, mais qui auraient sans doute moins d’impact qu’ils ne le pensaient. J’avais bien l’intention d’épouser Claire, mais restait à trouver un moyen…

De la journée nous n’avions échangé presqu’aucun mot. Et la nuit tombait quand enfin nous arrivâmes à la demeure familiale. Il fallait pourtant bien se faire à l’idée que c’était réel. Une éternité avait passé et pourtant depuis là j’avais l’impression que rien n’avait changé. Devant le manoir, nous mîmes pieds à terre pour les derniers mètres. Ma sœur eut tout de même le temps de me glisser :

-Je te déteste.

Avec un sourire parfaitement innocent, je lui répondis sur un ton détaché :

-Tu as dis quelque chose ?

Mais la conversation coupa devant le perron, alors nos parents nous attendaient. Ils avaient vieillis, cela me paraissait évident, mais tous deux semblaient aller bien, c’était là l’essentiel. Elodie semblait s’armer de courage avant d’entrer dans la fausse aux lions.

-Voilà nos deux fils, lança notre père en descendant vers elle.

-Bonsoir père, fut sa réponse, alors qu’elle me décochait une œillade meurtrière que je fis semblant de ne pas voir.

Alors qu’ils se saluaient je montais les quelques marches encore pour aller embrasser notre mère, qui en avait les larmes aux yeux.

-Mère, vous rajeunissez à vue d’œil.

-François, Elodie, c’est si bon de vous voir.

Elle me serra dans ses bras un instant et j’en profitais pour l’embrasser, avant qu’Elodie et notre père ne nous rejoignent. Je le saluai à son tour dans une accolade plus formelle, avant que tous ne prennent la direction de la salle à manger où le souper nous attendait.

Ce n’était pas le genre de la famille de commencer un conflit dès le premier soir, heureusement d’ailleurs. Le diner se déroula calmement, dans l’échange de nouvelles, de ragots, l’explication de ce qui avait changé chez nous depuis nos départs respectifs, ainsi que tout le reste. Nos vies à la cour furent également abordées. Mais une seule soirée n’y aurait pas suffit et la fatigue du voyage nous poussa à regagner nos chambres respectives. Je n’étais pas malheureux de retrouver la mienne, désertée depuis bien des mois maintenant, et qui n’avait absolument pas changé. J’y dormis merveilleusement bien, en me demandant si c’était le cas d’Elodie, dans la sienne, quelques portes plus loin.

Les journées furent d’ailleurs tout aussi agréables. Malgré le froid, je pris mon cheval pour reprendre les chemins où j’avais appris à monter, parcourir le domaine, le redécouvrir. Parfois seul, parfois avec Père, parfois avec ma sœur, de temps en temps les deux. Si bien que nous arrivâmes à la veille de notre départ sans que j’ai vraiment eut le temps de me rendre compte du temps qui était passé. Déjà, repartir… Dehors il pleuvait des cordes, et nous étions tous devant la cheminé, alors que je disputais une partie d’échec contre Père, qui comme à son habitude, n’ayant pas perdu la main, me donnait du fil à retordre, mais c’était le moment où jamais pour aborder les sujets désagréables.

-Alors, François, n’y a-t-il pas de charmantes jeunes filles à la cour ?

-Beaucoup, Père, bien évidemment, Versailles en grouille…

J’avançais mon pion tout en sachant que c’était peine perdu. Il déplaça son cavalier. J’allais avoir du mal à me sortir de ce pétrin, qu’il s’agisse de la conversation ou du jeu.

-Il y en a bien une qui aurait ta préférence, non ?

S’il savait… Je crois qu’il en aurait une attaque. Aussi préférai-je éluder la discussion, non sans avoir jeté un coup d’œil à Elodie, du genre « tu te tais, je me tais ». J’avançais prudemment ma tour, tout en lui répondant :

-Aucune qui pourrait avoir la prétention de me détourner de mon devoir. Et puis, vous savez, la guerre est proche… Echec !

Il sembla surprit de ma stratégie qui avait heureusement détourné l’attention de nos propos. En vingt-quatre ans, j’avais dus le battre moins de dix fois. Il poussa un soupir, avant de tourner un regard vers Mère, puis vers notre sœur. Le denier soir était le moment de mettre les choses à plat.

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MessageSujet: Re: Petite excursion en famille pour percer des secrets gênants [Elodie]   Petite excursion en famille pour percer des secrets gênants [Elodie] Icon_minitime03.08.12 12:08

S’il y avait une chose dont on ne pouvait être sûr, c’était des fruits que devait porter ou non la leçon que François tentait de donner à sa soeur en lui imposant ce voyage. Elle était bien trop obstinée pour se laisser convaincre par cette petite piqûre de rappel, quitte à se disputer encore avec lui, et le reste de leur famille s’il le fallait. C’était sans doute d’un égoïsme fou et d’une dangereuse liberté, mais pour rien au monde Elodie ne voulait abandonner la vie qu’elle avait réussi à construire en trois ans. Elle avait trop à perdre, et n’avait résolument rien à gagner à se laisser faire. Alors qu’elle grimpait lentement les quelques marches du perron qui la conduisaient à ses parents, elle s’en fit une nouvelle fois la promesse : ce voyage ne serait pas un aller sans retour.

Son père lui adressa un rictus perplexe en détaillant sa tenue, avant de la prendre dans ses bras, heureux tout de même de retrouver une fille qu’il avait trop cru perdre. Elodie s’entailla l’intérieur de la joue, puis alla se blottir un instant dans les bras ouverts de sa mère, profitant de ces retrouvailles plus chaleureuses qu’elle ne l’avait pensé pour s’armer de force et de courage.
« Entrez, lança leur mère en gardant la main d’Elodie dans la sienne, je suis sûre que vous êtes affamés ! »
Comme ce n’était pas tout à fait faux, les deux enfants Froulay acquiescèrent et suivirent leurs parents dans la vieille salle à manger. Alors qu’ils parcouraient les pièces familières, Elodie se prit à détailler avec plaisir ces endroits qu’elle connaissait par coeur. Rien n’avait changé, à quelques détails près. Même leurs parents ne semblaient avoir que peu vieilli, si l’on oubliait ces nouvelles et discrètes rides au coin des yeux de leur mère. Un sourire effleura les lèvres de la jeune femme. Dans d’autres circonstances, elle aurait été heureuse de cette visite.

Le souper ne s’éternisa pas. On y échangea quelques ragots et les premières nouvelles. Lorsque la façon dont ils vivaient à la cour fut évoquée, Elodie se tut et resta longtemps silencieuse, ignorant les regards qu’on lui lançait parfois. Au bout d’un moment, elle prétexta une grande fatigue due au voyage et en profita pour s’éclipser et retrouver sa chambre. On y sentait encore l’enfance, et l’insouciance ; et lorsqu’elle croisa son reflet dans le miroir, Elodie constata avec une moue dubitative à quel point elle paraissait changée, alors que tout autour semblait s’être figée depuis son départ. Un soupir plus tard, elle quittait ses vêtements de voyages un peu trop masculins au goût de tous et se glissa dans ses draps.
Elle dormit peu, malgré le confort indubitable du vieux lit face aux lits de camp de la caserne.

Les jours qui suivirent furent bien moins tendus qu’Elodie ne le craignait. Elle retrouva ses robes, abandonnant pour un temps ses fripes de mousquetaire, et décida sans en toucher le moindre mot à personne d’en ramener quelques unes de plus à Versailles. Elle passa de longs moments avec sa mère, et dans la bibliothèque dans laquelle elle se réfugiait enfant lorsqu’elle voulait fuir le reste du monde. Elle revit également le jardin, rempli de souvenirs de chamailleries enfantines et de séances d’escrime improvisées. Si François avait su à quoi il l’entraînait pendant leurs jeux, se serait-il montré si attentif ? A chaque fois que cette pensée la traversait, Elodie esquissait un sourire puis retournait à ses occupations. On lui fit également retrouver une digne de son sexe, ce dont elle manqua de s’offusquer avant de prendre la route avec père et frère, en marmonnant que ça non plus ne lui avait pas manqué. Pour la peine, elle les battit tous deux lors d’une course effrénée dans le domaine. Tout se passa de sorte que, le dernier jour arrivé, aucun sujet fâcheux n’avait encore été abordé.

L’hiver avait repris ses droits ce soir-là, et le froid mordant s’accompagnait d’une pluie battante qui interdisait toute sortie depuis midi. Réunie dans le salon, la famille Froulay échangeait quelques banalités dans un atmosphère un peu moins détendue que les jours précédents. Lorsqu’un silence s’installa enfin, Elodie, qui avait déniché dans la bibliothèque quelques ouvrages du siècle précédent, se crispa légèrement. Elle connaissait ces silences, et ils n’annonçaient généralement rien de rassurant.

« Alors François, n’y a-t-il pas de charmantes jeunes filles à la cour ? demanda leur père, sans lever la tête la partie d’échecs qu’il disputait avec son fils.
- Beaucoup, père, bien évidement, Versailles en grouille... répondit distraitement l’intéressé.
- Il y en a bien une qui aurait ta préférence, non ? »
Cette fois, Elodie leva les yeux de son livre, et croisa le regard de son frère. Elle dut retenir un sourire narquois en lisant dans celui-ci le marché évident qu’il souhaitait passer. L’air de rien, elle détourna les yeux. Chacun son tour d’être passé à la question, grand frère.
« Aucune qui pourrait avoir la prétention de me détourner de mon devoir, éluda-t-il prudemment. Et puis, vous savez, la guerre est proche… Echec ! »
La jeune femme leva discrètement les yeux au ciel, puis replongea dans son livre. Elle perdit rapidement de sa superbe : en effet, chacun son tour. Et le sien était venu.
« Quant à toi, Elo- commença leur père, qu’elle coupa aussitôt.
- Oh, je vois des hommes tous les jours père. Hélas, je doute que dans l’état où je suis, ils puisse prendre favorablement de quelconques avances. »

L’ironie dans sa voix tira une moue fataliste à sa mère, alors que son époux plantait ses deux yeux dans ceux de sa fille.
« C’est bien ce qui m’inquiète, Elodie, asséna-t-il. Il est temps que cette mascarade cesse ; c’est déjà un miracle que personne ne soit au courant. »
La jeune femme se garda bien de préciser qu’il se trompait, et se contenta de refermer son livre pour soutenir son regard.
« Je ne resterai pas ici, père, lâcha-t-elle fermement.
- Elodie... tenta leur mère, en vain.
- Je ne veux pas que tu repartes, tu entends ? Te rends-tu seulement compte des risques que tu cours ? De ceux que tu fais courir à ton frère aussi ? Si tu es découverte, il ne sera pas épargné, et toute la famille non plus. Ta place est ici, Elodie. »
Un instant, la jeune Froulay dévisagea son père, croisa le regard suppliant de sa mère et termina par son frère, ses prunelles le rendant clairement responsable de cette dispute. Abandonnant son livre, elle se leva.
« Ma place est là où je l'entends. Bonne nuit, père. »

Là-dessus, elle se leva, embrassa sa mère sur le front et s’échappa vers sa chambre. Elle y resta un long moment et pensa ne plus en sortir jusqu’à ce qu’une idée alarmante ne lui vienne. François n’était toujours pas remonté, elle aurait entendu ses pas. Or elle craignait - non sans raison - la conversation qu’elle pouvait avoir laissée en bas.
Discrètement, elle ouvrit sa porte et se dissimula en haut des escaliers. De là, elle le savait pour l’avoir fait enfant, elle pouvait entendre sans être vue. Et ce qu’elle entendit confirma ses doutes. Elle serra les poings, surprenant la voix de son père, puis de François et quelques mots visant à trouver un moyen de la garder ici. Un long soupir lui échappa, puis elle retourna sa chambre. A elle de prendre les devants... cette fois encore.

Tout le monde dormait lorsqu’elle poussa sans bruit la porte, au creux de la nuit. Elle avait retrouvé ses vêtements de cavaliers, et traînait avec elle son paquetage. Dehors, la pluie avait cessé. Sans attendre, elle se rendit aux écuries, où elle ordonna au garçon endormi de seller Hamlet et Soraya sans perdre une minute. Là-dessus, elle remonta et se glissa dans la chambre de François.
« François ? murmura-t-elle en le secouant. François, réveille toi ! »
Elle s’y reprit à plusieurs fois, avant d’obtenir un résultat convaincant. Coupant court à toutes ses questions en lui plaquant la main sur la bouche, elle reprit la paroles.
« On s’en va, maintenant ! J’ai laissé un mot en bas, ils comprendront, souffla-t-elle, en dardant sur lui un regard peu amène. Je vous ai entendu hier soir. »
Là-dessus, elle se leva, quittant le matelas sur lequel elle s’était assise, et croisa les bras devant sa poitrine.
« Je ne veux pas rester là, François ! C’est hors de question. Je pars, avec ou sans toi ! »
Devant ses récrimination, elle s’entailla la lèvre, et s’approcha à nouveau.
« Tu sais très bien ce qui va se passer ! Ils vont me marier au premier bon parti venu qui acceptera de fermer les yeux sur les trois dernières années, et je devrais moisir dans une campagne en attendant que le temps passe. Je préfère mille fois supporter dix guerres plutôt que de dépérir comme ça ! S’il te plaît ! »

Elle lui saisit les poignets pour plonger son regard dans le sien. Il n’y avait aucune comédie dans ses paroles, elle était on ne peut plus sincère. C’était vraiment tout ce qu’elle redoutait.
« François... Toute ma vie est à Versailles. Et puis, que ferais-tu si on te forçait à rester loin de Claire ? »
Elle avait chuchoté ces derniers mots, songeant à Philippe qui restait là-bas. Non, elle ne pouvait rester ici.
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François de Froulay

« s i . v e r s a i l l e s »
Côté Coeur: Il a été brisé, il va falloir le recoller
Côté Lit: vide, au désespoir des mignons de Monsieur
Discours royal:



Fuis les honneurs et l'honneur te suivra
Convoite la mort et la vie te sera donnée


Âge : 25 ans
Titre : Maréchal des Logis des Mousquetaires, Capitaine de la garde de Monsieur, Marquis de Lavardin
Missives : 521
Date d'inscription : 29/08/2011


Petite excursion en famille pour percer des secrets gênants [Elodie] Empty
MessageSujet: Re: Petite excursion en famille pour percer des secrets gênants [Elodie]   Petite excursion en famille pour percer des secrets gênants [Elodie] Icon_minitime29.08.12 4:34

La famille représente nos racines. C’était ce qu’il y avait de plus important au monde paraissait-il. Il fallait s’aimer, s’aider, mais aussi se supporter, ce qui n’était pas toujours facile. Mais Elodie et moi ne pouvions pas dire que nous avions manqué d’amour et d’attention étant enfants, bien au contraire. Choyés, aimés, adorés même. Nous n’étions pas des enfants gâtés, mais nous avions eus l’essentiel de ce dont des enfants ont besoin. Et quand je repensais à notre enfance je ne pouvais le faire qu’avec un brin de nostalgie, du temps où les soucis n’étaient pas beaucoup plus importants que de savoir comment mère réagirait en voyant que nous étions partis nous promener à cheval sous la pluie et qu’en rentrant, nous avions sali les tapis. Aujourd’hui, c’était autre chose. Enfant, j’avais hâte d’être grand, de m’illustrer, d’être le chevalier parfait digne des histoires romanesque qu’on nous racontait à l’époque. Maintenant je me rendais compte que c’était bien plus compliqué que cela. Sans parler du fait qu’Elodie était loin de la gente damoiselle sage et silencieuse de ces contes. Et avec le temps, j’en venais à penser que père et mère avaient un peu cherché ça. Surtout père en fait, car c’était bien lui qui avait décidé de laisser à ma sœur le plaisir d’apprendre à manier les armes, en faisant ma partenaire d’entrainement. Et maintenant, c’était à moi de me faire un sang d’encre pour elle vu que je la côtoyais tous les jours ou presque. Mais maintenant que nous étions ici, je laissais libre loisir à mes parents de lui faire leurs remontrances. J’étais ici pour me reposer et changer d’air.

Globalement, le séjour s’était plutôt bien déroulé, à part un ou deux menus incidents, comme le fait qu’Elodie doive monter en amazone, ce qui ne lui avait pas beaucoup plus. Et l’heure du départ arrivait. Nous avions prévus de repartir le lendemain avec Elodie, et connaissant notre père qui avait la fâcheuse habitude de savoir appuyer là où ça faisait mal, c’était étonnant qu’il ne l’ait toujours pas fait. Le dernier soir était évidement le moment limite pour nous dire ce qu’il avait à nous dire. Et bien sûr, il commença par la faciliter en amenant le sujet en me demandant si j’avais trouvé une femme à mon goût. S’il avait sut, il en aurait sans doute fait une attaque, aussi me contentais-je d’esquiver ses questions par une pirouette, éludant un peu tout, et profitant de son manque d’attention pour le battre allègrement à la partie d’échec que nous étions en train de mener. Il y avait longtemps que j’avais rejoins son niveau, mais il m’était encore difficile de le battre la plupart du temps. Elodie s’était heureusement tue, mais cela ne détourna pas l’attention de notre père de sa ligne de mire. Une fois lancé, on ne l’arrêtait plus, tel un chien de chasse ayant flairé la piste. A l’instant précis, j’aurais presque préféré être à Saint-Cloud, dans ma chambre de fonction, quitte à entendre des bruits étranges de l’autre côté des cloisons…

-Quant à toi, Elo-

- Oh, je vois des hommes tous les jours père. Hélas, je doute que dans l’état où je suis, ils puissent prendre favorablement de quelconques avances.


Elodie ou l’art de s’enfoncer. Je fermais les yeux en soupirant. Il fallait bien dire qu’elle cherchait les ennuis… Mère eut un regard qui en disait long, et père ne semblait pas du tout apprécier le trait d’humour. Je préférai garder le silence.

-C’est bien ce qui m’inquiète, Elodie. Il est temps que cette mascarade cesse ; c’est déjà un miracle que personne ne soit au courant.

Ca je ne vous le fait pas dire… En attendant ce n’étaient pas eux qui allaient avoir des cheveux blancs bien avant l’heure. Rouvrant un œil, je suivis le débat qui s’annonçait difficile pour les deux parties en me demandant si je ne ferai pas mieux de m’éclipser.

-Je ne resterai pas ici, père.

Ca ressemblait tellement à un caprice d’enfant gâté…

-Elodie…

-Je ne veux pas que tu repartes, tu entends ? Te rends-tu seulement compte des risques que tu cours ? De ceux que tu fais courir à ton frère aussi ? Si tu es découverte, il ne sera pas épargné, et toute la famille non plus. Ta place est ici, Elodie.


J’aurais préféré qu’on me laisse en dehors de la discussion, mais nier que je pensais la même chose aurait été un mensonge trop facilement perçut. Cela faisait des mois que j’y pensais mais n’osait le dire. Je me contentais de remettre les pièces du jeu à nouveau en place comme pour recommencer une partie.

-Ma place est là où je l'entends. Bonne nuit, père.

Et une bonne claque ? Elle l’entendait ou non ? Quand apprendrait-elle enfin à composer ? Je ne lui demandais même pas d’obéir, loin s’en fallait, mais seulement de faire des concessions et au moins de faire semblant de faire comme si l’avis de nos parents lui importait. Mais fidèle à son habitude, elle n’y entendait rien. Se levant, elle quitta la pièce en reine outragée. Il y avait de quoi désespérer. Je soupirais en passant une main lasse sur mon visage. Elle m’énerve ! Le silence dura un long moment, uniquement brisé par les crépitements du feu. J’avais envie de fuir à mon tour, mais je savais aussi qu’au moindre bruit je rappellerai ma présence à mes parents, ce qui aurait déclenché une nouvelle discussion qui ne m’attirait pas du tout. Père, fermant les yeux, semblait s’être assoupi. Mère, les yeux sur son ouvrage, n’en décollait pas. Finalement, j’osais me redresser pour quitter la pièce mais, tel un oiseau de proie en éveil, père ouvrit les yeux.

-François !

Raté…

-Oui, Père ?

Il me regardait du coin des yeux, sans bouger sa tête de son fauteuil.

-Qu’en penses-tu ?

-Très cher… Cela ne le concerne pas.

-Mais si ! C’est lui après tout qui gère sa sœur depuis l’or.


Je ne perdais que rarement mon sang froid. Seulement dans des situations assez tendues, comme lorsque j’avais appris les escapades féminines d’Elodie par exemple, mais cette fois-ci, s’en était trop. Je n’avais pas pour but d’être le chaperon d’Elodie toute ma vie.

-Et à qui la faute ? Qui a apprit à Elodie à monter à cheval comme un homme ? Qui a prit sur lui de lui apprendre les bases de l’escrime ? Etant enfant, c’était peut être drôle, mais ça ne sert à rien de donner un avant goût de liberté à quelqu’un si c’est pour l’enfermer ensuite au sommet d’une tour. Je l’ai ramené pour que vous preniez vos responsabilités, père, et vous aussi mère ! Pardonnez-moi, mais à force de ne rien dire ni ne rien faire, on en arrive à de telles situations. Je vous aime, tous les deux, bien plus que vous ne pouvez le penser, mais je ne suis pas là pour régler vos problèmes. Vous le disiez père, je cours des risques à cause du comportement d’Elodie, certes, mais qui l’a laissée partir ? Alors je vous prierai de régler vous-même le problème, cela ne me concerne plus. Si vous voulez la garder, gardez-la. Moi, je repars demain. Mon service ne peut être différé plus longtemps.

Comme un orage, ma colère cessa aussi rapidement qu’elle était arrivée. Je soufflais un grand coup, et soupirai, avant d’aller embrasser ma mère.

-Sur ce, je vous souhaite la bonne nuit. Il parait qu’elle porte conseil.

Et sous le regard stupéfait de mes parents, par trop habitués à ce que je dise amen à tout, je quittais la pièce, montant l’escalier que je connaissais par cœur dans le noir. J’aurais pu m’arrêter à la chambre d’Elodie, j’étais certain qu’elle ne dormait pas. Mais je n’en fis rien. Encore agacé par la discussion, je ne l’avais pas entendue rentrer précipitamment dans sa chambre. J’eus un mal fou à m’endormir, me sentant encore énervé. Et c’est d’un sommeil agité de rêves étranges auxquels je ne comprenais dont je fus tiré par la voix de ma sœur me secouant l’épaule :

-François ? François, réveille-toi !

-Mmmh…
répondis-je agacé.

Il faisait encore nuit noir et le feu de ma cheminé s’étant éteint, il faisait plutôt froid dans ma chambre, aussi n’avais-je pas du tout envie de quitter la douceur de mon lit. Réalisant enfin ce qui se passait autour de moi, j’ouvris de grands yeux, prêt à me redresser d’un bon en demandant à Elodie ce qu’elle faisait là à une heure pareille, mais elle me plaqua une main sur la bouche :

-On s’en va, maintenant ! J’ai laissé un mot en bas, ils comprendront.

Elle se redressa, me laissant respirer à nouveau. Ah mais là, c’était trop fort !

-Tu te fiches de moi ? Tu as vu l’heure qu’il est ? On en reparlera demain.

Et j’étais prêt à me rendormir sur le champ d’ailleurs. Mais bien évidemment je ne le pensais pas.

-Je ne veux pas rester là, François ! C’est hors de question. Je pars, avec ou sans toi !

Je grognais du fond de mon lit.

-Tu sais très bien ce qui va se passer ! Ils vont me marier au premier bon parti venu qui acceptera de fermer les yeux sur les trois dernières années, et je devrais moisir dans une campagne en attendant que le temps passe. Je préfère mille fois supporter dix guerres plutôt que de dépérir comme ça ! S’il te plaît !

Elle avait définitivement fichu ma nuit en l’air. Soupirant je repoussais les draps et le froid me mordit la peau. Qu’est ce que j’avais fais au ciel pour mériter ça ? Elle me prit les mains me forçant à la regarder :

-François... Toute ma vie est à Versailles. Et puis, que ferais-tu si on te forçait à rester loin de Claire ?

Ah non ! Alors là c’était le bouquet. Elle se fichait de moi… Pitié dites moi que je suis encore en train de rêver.

-Roh ça va c’est bon. Laisse-moi le temps de m’habiller.

Me libérant le bras, je saisis l’oreiller et le lui lançait doucement au visage lui signifiant de quitter ma chambre. Heureusement pour moi, elle s’exécuta rapidement. Agacé, je me levais, et m’habillais avant de la rejoindre le plus discrètement possible, mes affaires sous le bras. Elle allait me tuer à force. Mais je devais avouer que Versailles me manquait, et Claire la première. Je savais déjà quelle serait la première chose que je ferai en rentrant.

[FIN DU RP]

______________________

ANYTHING COULD HAPPEN  


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