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 "A Jésuite, Jésuite et demi" [Ulrich de Sola - Emmanuelle de Vaunoy]

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« s i . v e r s a i l l e s »
Côté Coeur: Le souvenir d'un homme et d'une enfant.
Côté Lit: Un homme aussi froid que le glace pourvoit à le réchauffer en ce moment
Discours royal:



    Princesse sombre
    Du Royaume des ombres.


Âge : 28 ans
Titre : Dame de Noirange, comtesse de Vaunoy
Missives : 287
Date d'inscription : 06/08/2011


MessageSujet: "A Jésuite, Jésuite et demi" [Ulrich de Sola - Emmanuelle de Vaunoy]   19.12.11 22:06

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    L’automne était bien entamé et sous les roues du carrosse qui filait vers la maison bourgeoise qu’Emmanuelle occupait, les feuilles mortes voletaient sous le vent froid et humide. Emmanuelle s’enveloppa dans sa cape de laine en retenant un frisson.
    Ca n’était pas tant le froid qui la faisait frissonner que l’idée de l’entrevue qui allait se passer dans peu de temps. Certes, leur association était née quelques temps auparavant, mais en cette fin de journée pluvieuse, elle savait qu’un tournant allait être engagé dès qu’elle lui aurait fait part des dernières informations en date.

    Le visage de cette peste de Bianca de Brabant flottait devant ses yeux et elle la chassa d’un revers de main, se concentrant sur ce qu’elle présenterait exactement à l’homme. Il faudrait que ce soit clair, rapide et concis, elle ne pouvait manquer le visiteur qui viendrait juste après.
    Le carrosse s’arrêta sans fracas devant la porte de la confortable maison et Emmanuelle, après avoir donné ses ordres au cocher, s’engouffra sans plus attendre dans le hall où flottait une odeur de feu de bois réchauffant la pièce.

    -Est-il arrivé, demanda-t-elle à sa suivante en lui tendant sa cape ?
    -Oui mademoiselle. Je l’ai fait attendre dans le salon bleu.
    -Parfait. Prévenez simplement la personne de ma prochaine entrevue qu’il se peut que je sois en retard, répondit-elle.

    Sans plus un mot, elle grimpa l’escalier menant à l’étage et s’arrêta un instant devant le miroir qui trônait dans le couloir éclairé. Elle rangea délicatement quelques cheveux sombres en désordre, arrangea son teint pâle en se donnant quelques couleurs et essuya le maquillage autour de ses yeux. Cet homme n’était pas de ces bellâtres Don Juan, mais une bonne présentation n’avait jamais nuit aux affaires, même s’il se contentait de ce qu’elle avait à lui offrir. En réalité, elle avait fini par s’avouer qu’elle prenait un certain plaisir à cette relation, après avoir longuement lutté contre le spectre d’Auguste.
    Enfin prête, elle poussa la porte du salon bleu. Il était déjà installé et s’avançant, tendit sa main pâle à l’homme, la pierre de son anneau brillant à la lueur des chandelles.
    -Pardonnez mon retard, monsieur ! L’automne retarde les carrosses, le peuple s’invite dans les rues, plus aucune place pour passer… mais je vois que mes gens ont pourvus à votre occupation, dit-elle dans un sourire en apercevant une théière fumante accompagnée de deux tasses vides.
    Elle s’assit dans le fauteuil face à lui, arrangeant ses jupes sombres et planta son regard clair dans les prunelles de l’homme.
    -Mais baste, dit-elle en balayant l’air d’une main, les politesses ne sont pas de nos prérogatives quand les affaires sont de mises. Parlons.
    Tout en devisant, elle s’était penchée vers la théière et versa le liquide dans les deux tasses sans toutefois les servir.
    -Je ne puis hélas vous accorder tout mon temps, attendant après vous un visiteur que je ne puis empêcher d’entrer ! Voyez, ma position me permet d’avoir autour de moi quelques aides ponctuelles, comme la votre monsieur.
    Je rencontre par ailleurs demain une personne qui pourra faire avancer cette affaire sur les calvinistes dont je vous ai parlé
    , reprit-elle. Il est dit que ce détracteur sera muselé et je confesse que je ne tiens pas à apprendre la manière utilisée pour cela.

    Emmanuelle mentait comme un arracheur de dents. Il était évident que le sort du gêneur lui était connu, elle avait elle-même du commander ce sordide travail. Le fond, lui répétait-t-on, le fond et non la forme importait. A ses yeux, le crime, s’il servait ses intérêts, ne pouvait que lui être pardonné. Elle avait, depuis de nombreuses années, relégué ses scrupules, se rassurant derrière sa morale et sa bonne foi chrétienne et catholique. Elle servait un ordre religieux, elle était l’âme – certes damnée – d’un évêque : son salut, quels que puissent être ses actes, était assuré. Ces dispositions arrangeaient confortablement les affaires d’Emmanuelle. Seule sa conscience la réfrénait, mais elle savait la taire à bonne escient.

    -Mais passons, continua-t-elle. L’affaire qui m’a fait vous chercher est un peu plus légère, quoi qu’elle touche mon privé. Ses yeux s’assombrirent à ses mots. Une femme cherche à me nuire, sous le prétexte de connaître mon identité. Vous me comprenez, ajouta-t-elle dans un accent de sincérité ; je ne peux laisser cette précieuse me nuire…j’ai contre elle une information toute galante que je puis révéler pour lui boucler sa jolie bouche, mais cela est bien mince.

    Elle se pencha à nouveau pour prendre une des deux tasses fumantes, après avoir ajouté quelques pincées de sucre. Soufflant doucement dessus, elle fit tourner la cuiller en argent avant de boire doucement le thé brûlant.
    -Je sais que vous pourrez m’aider en ce sens, vous qui appréciez ces petites affaires. J’en ai par ailleurs déjà parlé à une personne d’entière confiance, mais je sais qu’elle pourrait vous intéresser.
    Elle se tut volontairement, soufflant à nouveau sur sa tasse et le visage penché, elle leva les yeux dans lesquels brillait une lueur malsaine vers son voisin.
    -Elle a pour nom Bianca de Brabant. Capricieuse comme on en voit souvent.
    A ce qu’elle prévoyait pour cette petite peste, Emmanuelle ne pu s’empêcher de retenir un sourire mauvais. Cette petite précieuse ne la mettrait pas en danger bien longtemps ; ni elle, ni Angélique à qui elle pourrait être capable de raconter leur entrevue.
    -Je savais avant de vous l’annoncer que ma demande, par son caractère atypique, vous plairait, dit-elle d’un ton amusé. Je sais que vous saurez à la perfection l’amadouer également et vous assurer de son silence dans le cas où elle parlerait.

    Elle but quelques petites gorgées de thé et grignota quelques miettes d’un gâteau attrapé sur le petit plat de porcelaine.
    -Cette fâcheuse habitude qu’ont les courtisans de nous faire chanter pour taire leurs affaires galantes commencent à m’ennuyer, lâcha-t-elle pensive. S’ils savaient que nous avons bien d’autres chats à fouetter que les leurs, nos vies seraient bien plus palpitantes.
    Sous ces faux remords, Emmanuelle songeait néanmoins à ce qui l’agitait depuis de nombreuses semaines : la duchesse de Guyenne enlevée, sa fille s’éloignait encore d’elle. Une fois encore, elle sentait ce trésor lui échapper, comme s’il était écrit qu’elles ne se reverraient jamais. Et avec Valentine s’éloignait l’espoir de revoir Auguste vivant. Mais il ne fallait pas encore songer à sa fille ; ce sujet pouvait la pousser à des extrémités bien plus sombres que celles dans lesquelles la poussait Bianca de Brabant.
    -Quoi qu’il en soit, reprit-elle d’une voix plus douce dans un regard appuyé, vous pouvez....disposer de moi…Je veux dire....auprès de Rome, ajouta-t-elle d’un ton voilé.
    Mais avant qu’elle ne pu reprendre, l’on toqua à la porte et le visage de sa suivante paru.
    -Mademoiselle, la personne que vous attendiez est arrivée et…
    -Lui avez-vous dit que je serais en retard, la coupa abruptement Emmanuelle ?
    -Oui mais il insiste...
    -Faites-le entrer, répondit la jeune femme en levant les yeux au ciel. Pardonnez-moi, dit-elle à l’adresse de son voisin, en se levant pour accueillir l’impromptu.

    Il venait tôt, mais sa venue avant l’heure lui permettait d’être libérée de ses obligations sitôt ses deux hôtes partis. Et que les deux hommes se rencontrent n’était pas chose inutile, songea-t-elle en arrangeant sa robe.

    -Monsieur, salua-t-elle le nouvel arrivant ! Entrez je vous prie. Pardonnez-moi cet imprévu. Je ne vous présente pas, [je croisdit-elle légèrement aux deux hommes. Monsieur Desambres, monsieur de Sola, dit-elle rapidement en guise de présentation avant de se diriger vers un petit coffre à bouteilles. Je pense que nous pouvons abandonner le thé qui est plus fade qu’un janséniste. Liqueur, messieurs ?
    Elle sortit trois petits verres et versa le liquide ambré dans chacun d’eux avant de les apporter sur la table.
    -Puisque vous êtes tout deux réunis, Desambres, contez-donc à monsieur de Sola quels bâtons ces ânes d’espagnols tâchent de nous mettre dans les roues ! Ah, au fait Sola, dit-elle en s’adressant à l’intéressé, Desambres n’est pas étranger à l’affaire concernant madame de Brabant et consent également à m’aider avec plaisir. Mais faites-lui confiance, c’est un jésuite comme moi, ajouta Emmanuelle pleine de vice en jetant un regard entendu avec Desambres.
    Celui-ci émit un sourire mesquin et sirotant son rhum, commença ses explications.
    Lorsqu’il eu terminé, le visage de la jeune femme s’était assombri et ses yeux avaient perdu de ce petit pétillement qu’ils avaient auparavant.
    -Lorsque ceux-ci auront terminé de voir en nous le diable et d’influencer Rome en ce sens, peut-être pourront nous agir de concert, déplora-t-elle à mi-voix. En attendant…il nous faut agir dans l’ombre et en traitant de ces affaires de cours !
    Elle bu sa propre liqueur avant d’observer les aiguilles tourner dans le cadran posé sur la cheminée.
    -Mais baste ces ennuyeux espagnols, mes deux entrevues se chevauchent et je dois hélas vous voir chacun en privé. Monsieur Desambres, pardonnez-moi de remettre la fin de cette courte entrevue, mais ce que j’ai à présent à traiter avec monsieur de Sola ne demande aucun témoin.

    L’homme sourit de compréhension et reposant son verre, se leva tout en déposant ses lèvres sur l’anneau de la jeune femme, avant de quitter la pièce.
    Emmanuelle se retourna vers celui qui était resté et debout à ses côtés et lui tendit une main pâle aux longs doigts effilés.
    -Causons plus sérieusement, monsieur, à présent.

______________________


"Dans la nuit j'ai cherché celui que mon coeur aime; dans mon jardin aride il a fait son domaine."




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Dernière édition par Emmanuelle de Vaunoy le 11.02.13 11:19, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: "A Jésuite, Jésuite et demi" [Ulrich de Sola - Emmanuelle de Vaunoy]   27.12.11 23:53

L’heure n’était pas exactement sonnée à laquelle Sola avait rendez-vous, mais déjà, il se trouvait sur le seuil de la maison qu’habitait sa, depuis quelques mois, complice en intrigues.
La pluie qui avait fait peser sa menace tout au long de la journée avait enfin commencé à tomber, mais enveloppé dans une longue cape sombre, le cavalier qui venait de laisser sa monture aux bons soins d’un domestique semblait n’en avoir cure. Il avait aujourd’hui bien plus urgent à penser et lorsqu’une demoiselle vint ouvrir la porte, un étrange sourire donnait déjà à ses traits cette allure effrayante que certains redoutaient – à juste titre.
Le billet qu’il avait reçu peu de temps auparavant de la part d’Emmanuelle de Vaunoy, puisque c’était là son véritable nom, ne donnait guère de détails. Mais le danois avait su déceler dans ces quelques mots que ce qu’avait qu’elle avait à lui dire était d’importance.

« Par ici, monsieur, lui indiqua la suivante en ouvrant une porte, après lui avoir signifié qu’il lui faudrait patienter un moment et l’avoir débarrassé de sa cape. »
Ulrich pénétra sans un mot dans la petite pièce, détaillant rapidement l’endroit du regard. Il n’était pas dans les habitudes de son hôtesse de faire patienter qui que ce soit, et de plus il devait s’admettre curieux d’entendre ce dont elle avait à lui faire part. Il ne s’en formalisa néanmoins pas et se laissa tomber avec flegme dans l’un des fauteuils disposés dans le petit salon, levant à peine les yeux lorsqu’on vint déposer devant lui une théière et deux tasses.
Il ne se passa guère plus de quelques minutes avant qu’un bruit de carrosse n’attire son attention. Sans se lever, il jeta un regard à ce qu’il pouvait voir de la cour par la fenêtre face à lui et le même rictus qui l’avait saisi à son arrivée s’étira sur ses lèvres ; augure singulièrement énigmatique de ce qui pouvait maintenant se dire dans ce petit salon. Depuis qu’il avait percé le masque de la dame de Noirange, ses plaisantes entrevues avec son hôtesse s’étaient peu à peu teintées d’un goût d’intrigue de plus en plus relevé. Et aussi étrange la chose puisse-t-elle paraître de la part d’Ulrich, la charmante compagnie d’Emmanuelle autant que son goût pour le complot n’étaient pas pour lui déplaire.

La porte du salon dans lequel on l’avait installé ne tarda plus à s’ouvrir sur la comtesse, poussant Sola à se lever, le spadassin dépourvu de scrupules n’ayant pas totalement effacé l’habile courtisan et gentilhomme que des années plus tôt, on lui avait appris à être.
« Pardonnez mon retard, monsieur ! L’automne retarde les carrosses, le peuple s’invite dans les rues, plus aucune place pour passer… mais je vois que mes gens ont pourvus à votre occupation, dit Emmanuelle alors que le danois la saluait d’un baisemain.
- A merveille, l’assura-t-il ; mais je ne vous précède que de quelques minutes, ajouta-t-il en se rasseyant face à elle.
- Mais baste, les politesses ne sont pas de nos prérogatives quand les affaires sont de mises. Parlons. »
A ces mots, les prunelles claires d’Ulrich plantées dans celles de son hôtesse furent traversées d’un éclat bien connu et d’un geste de la tête, il l’invita à lui confier ce dont elle avait à lui faire part.
« Je ne puis hélas vous accorder tout mon temps, attendant après vous un visiteur que je ne puis empêcher d’entrer ! Voyez, ma position me permet d’avoir autour de moi quelques aides ponctuelles, comme la votre monsieur.
- Je vous sais bien entourée… commenta le danois avec un regard entendu.
- Je rencontre par ailleurs demain une personne qui pourra faire avancer cette affaire sur les calvinistes dont je vous ai parlé, reprit-elle. Il est dit que ce détracteur sera muselé et je confesse que je ne tiens pas à apprendre la manière utilisée pour cela. »

Ulrich, alors qu’il se penchait pour saisir une des deux tasses qu’Emmanuelle venait de servir eut un rictus qui se passait de tout commentaire. Il pouvait, sans trop s’avancer, aisément la supposer bien plus au courant qu’elle ne l’admettait à l’instant, d’autant qu’il semblait, d’après ce qu’il en avait entendu, que ce détracteur n’était pas homme à se taire facilement.

« Si le résultat est celui attendu, à quoi bon s’en préoccuper ? Toutefois, s’il venait par hasard à pouvoir parler à nouveau, je sais une façon d’y palier, et puis vous assurer qu’il ne vous posera plus le moindre problème, fit-il sur le ton le plus naturel qui soit après avoir siroté une gorgée de thé. »
C’était un service qui ne lui coûterait rien, d’autant que marquer quelques points auprès des jésuites avait cette vertu souveraine de servir aussi bien ses intérêts que les leurs. Echange de bons procédés, en quelques sortes.
« Mais passons, reprit Emmanuelle. L’affaire qui m’a fait vous chercher est un peu plus légère, quoi qu’elle touche mon privé. Une femme cherche à me nuire, sous le prétexte de connaître mon identité. Vous me comprenez, je ne peux laisser cette précieuse me nuire… j’ai contre elle une information toute galante que je puis révéler pour lui boucler sa jolie bouche, mais cela est bien mince. »
En silence, Ulrich hocha la tête. Un amant dénoncé, puisqu’il se doutait que cela que touchait cette information galante, n’était jamais qu’un scandale de plus à la Cour et ne valait pas les informations que détenait visiblement cette précieuse.
« Je sais que vous pourrez m’aider en ce sens, vous qui appréciez ces petites affaires. J’en ai par ailleurs déjà parlé à une personne d’entière confiance, mais je sais qu’elle pourrait vous intéresser. »

A nouveau, le danois resta silencieux, bien qu’attentif, un vague sourire s’étirant sur ses lèvres à la façon dont elle ménageait son effet.
« Elle a pour nom Bianca de Brabant. Capricieuse comme on en voit souvent. »
La lueur qui s’installa dans le regard de Sola fut se fit soudain aussi malsaine que celui de sa complice.
« Brabant dites-vous ?
- Je savais avant de vous l’annoncer que ma demande, par son caractère atypique, vous plairait. Je sais que vous saurez à la perfection l’amadouer également et vous assurer de son silence dans le cas où elle parlerait.
- Vous ne sauriez que difficilement me proposer plus alléchante affaire, en effet, confia-t-il sans cacher son intérêt, les traits empreints d’un air carnassier. »
Ce que lui livrait Emmanuelle sur un plateau aujourd’hui était la façon d’atteindre son usurpateur de demi-frère et ce sombre idiot de Brabant qu’il cherchait depuis un moment. Et plus encore, c’était une façon de faire d’une pierre deux coups. Or le danois appréciait beaucoup ce genre d’efficacité.
Il allait ajouter quelque chose lorsque son hôtesse reprit la parole.
« Cette fâcheuse habitude qu’ont les courtisans de nous faire chanter pour taire leurs affaires galantes commencent à m’ennuyer. S’ils savaient que nous avons bien d’autres chats à fouetter que les leurs, nos vies seraient bien plus palpitantes.
- Vous les connaissez, il leur faut bien s’amuser… lâcha sombrement Ulrich en songeant avec cynisme aux hommes qu’il lui avait fallut tuer pour une trop grande curiosité ; quitte à risquer gros. »

Là-dessus, il porta à nouveau sa tasse à ses lèvres, puis la reposa sur la table surprenant le regard appuyé d’Emmanuelle.
« Quoi qu’il en soit, reprit celle-ci soudain moins sombre, vous pouvez… disposer de moi… Je veux dire... auprès de Rome.
- Mais je n’y manquerais pas… commença-t-il dans un sourire énigmatique, soudain interrompu par la suivante. »
Vivement, il leva la tête vers la demoiselle qui annonça, contrite, l’insistance d’un nouveau venu pour être reçu. Ulrich balaya l’air d’un geste de la main face aux excuses d’Emmanuelle, se contentant de dévisager sans se lever l’importun ; importun qu’il avait par ailleurs déjà eu l’occasion de croiser à la Cour, et salua d’un signe de tête.
« Monsieur Desambres, monsieur de Sola, les présenta néanmoins rapidement la comtesse. Je pense que nous pouvons abandonner le thé qui est plus fade qu’un janséniste. Liqueur, messieurs ? »
De concert, les deux hommes hochèrent la tête.

« Puisque vous êtes tout deux réunis, Desambres, contez-donc à monsieur de Sola quels bâtons ces ânes d’espagnols tâchent de nous mettre dans les roues ! continua Emmanuelle en servant trois petits verres de rhum. Ah, au fait Sola, Desambres n’est pas étranger à l’affaire concernant madame de Brabant et consent également à m’aider avec plaisir. Mais faites-lui confiance, c’est un jésuite comme moi. »
Hochant la tête, Ulrich, comme pour saluer cette information, leva légèrement son verre en direction de l’intéressé, qui s’était installé dans le sofa non loin, et commença ses explications ; le temps pour le danois, d’achever sa liqueur. Explications qu’il laissa le soin à leur hôtesse de conclure, n’ayant pour l’heure aucun commentaire à y ajouter – et on le sait, Ulrich parlait rarement pour ne rien dire. Et ce d’autant plus qu’une part de son esprit était restée sur ce qu’avait commencé à lui dire Emmanuelle et leur conversation interrompue.
« Mais baste ces ennuyeux espagnols, reprit soudain celle-ci ; mes deux entrevues se chevauchent et je dois hélas vous voir chacun en privé. Monsieur Desambres, pardonnez-moi de remettre la fin de cette courte entrevue, mais ce que j’ai à présent à traiter avec monsieur de Sola ne demande aucun témoin. »

Le danois se leva, cette fois, salua cordialement Desambres et observa sans réellement la voir la porte se fermant avant de se tourner vers la dame restée à ses côtés.
« Causons plus sérieusement, monsieur, à présent.
- Avec plaisir, répondit l’intéressé tout en saisissant la main qu’elle lui tendait. »
Sur ces mots, il la ramena vers le sofa, sur lequel il s’installa non loin d’elle, de nouveau ce sourire carnassier aux lèvres, dangereusement assortie à la lueur prédatrice qui dansait au fond de ses yeux bleus.
« Je suppose que vous n’êtes pas sans savoir que le frère de votre demoiselle n’est autre que ce gueux de Kiel, lâcha-t-il en refusant, comme toujours, d’appeler l’héritier du trône du Danemark par un titre qu’il estimait lui revenir de droit. Un sourire cynique étira ses lèvres à cette idée que d’ailleurs, cette Brabant était aussi sa demi-sœur. Mais l’affaire m’intéresse d’autant plus que l’époux de notre amie, que je dois côtoyer régulièrement, a la bêtise d’apprécier et défendre son beau-frère autant qu’il déteste de sa femme. Cet imbécile pourrait finir par me mettre des bâtons dans les roues. »
Pensif, il se leva du sofa, et fit quelques pas vers la fenêtre. Cette Bianca était la cible parfaite pour atteindre ses ennemis… et il n’avait pas même besoin de commettre un meurtre. Pas dans l’immédiat, du moins.

« Me rapprocher de l’épouse Brabant, c’est avoir une prise de plus sur les deux autres… tout en veillant à ce que sa jolie bouche, comme vous dites, reste close, ajouta-t-il en se tourna à nouveau vers Emmanuelle. Nos affaires s’arrangent à merveille madame. Mais dites-moi, quelle est cette affaire galante que cache notre précieuse ? »


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MessageSujet: Re: "A Jésuite, Jésuite et demi" [Ulrich de Sola - Emmanuelle de Vaunoy]   21.01.12 16:10

Emmanuelle sentit les doigts d’Ulrich se refermer sur les siens et elle suivi son ordre silencieux, s’asseyant sur le sofa. Elle jouait là un jeu qu’elle ne pouvait soupçonner quelques années auparavant mais il lui semblait si naturel qu’elle s’y lançait les yeux fermés. Elle réalisait parfois dans ces instants ce que devait ressentir Louise lorsqu’elle se jetait dans ses aventures. L’attirance de l’inconnu, le frisson du danger… elle ne pouvait vivre sans eux lorsque Sola partageait ses plans et ses pensées.
-Je suppose que vous n’êtes pas sans savoir que le frère de votre demoiselle n’est autre que ce gueux de Kiel, lâcha-t-il dans un sourire cynique.
-Je suis informée de tout en ce bas monde, monsieur, répondit-elle en lui rendant son sourire. Je savais que votre intérêt serait grand.
-Mais l’affaire m’intéresse d’autant plus que l’époux de notre amie, que je dois côtoyer régulièrement, a la bêtise d’apprécier et défendre son beau-frère autant qu’il déteste sa femme. Cet imbécile pourrait finir par me mettre des bâtons dans les roues.
-Les fats et les sots sauront toujours nous causer des ennuis même lorsqu’ils ne le veulent pas, se contenta-t-elle d’ajouter.
Elle se tu un instant, observant Ulrich marcher vers la fenêtre. Elle cru déceler un instant un regard pensif dans ces prunelles bleues.
-Qui voulez-vous atteindre ? Cet imbécile de Brabant ? Sa galante épouse ou le frère de celle-ci, demanda-t-elle sans nommer le dernier acteur ? Il vous sera plus aisé d’être dans les papiers de la duchesse, j’ai actuellement une petit emprise sur elle, qui me permettrait de lui faire accepter certaines choses, ajouta-t-elle doucement.
-Me rapprocher de l’épouse Brabant, c’est avoir une prise de plus sur les deux autres… tout en veillant à ce que sa jolie bouche, comme vous dites, reste close, ajouta-t-il en se tourna à nouveau vers Emmanuelle. Nos affaires s’arrangent à merveille madame. Mais dites-moi, quelle est cette affaire galante que cache notre précieuse ?

Emmanuelle eu un petit rire sarcastique en se rappelant la scène qu’elle avait surprise. Elle se fichait de ces ragots, mais puisque la duchesse semblait attacher que peu d’importance à sa discrétion, elle avait donné à Emmanuelle de l’eau pour son moulin.
-Je l’ai surprise en galante compagnie et l’homme qui l’accompagnait n’avait rien des traits de son mari, gloussa-t-elle comme une enfant heureuse d’un tel tour. Et puisque vous parliez à l’instant du mari, je vais finalement rompre ma promesse faite à cette intrigante et vous dévoiler l’identité de l’amant.

Elle s’arrêta dans son élan, bu une gorgée de thé froid avant de reposer la tasse. Elle aimait faire patienter les gens lorsqu’elle levait le voile sur ces petites intrigues ; une passion du mystère, certainement. Auguste le lui avait sûrement inculqué sans qu’elle ne s’en aperçoive.
-Il ne s’agit que de son ami le plus sûr et l’intime du roi : le duc de Mortemart. Il faut croire que la belle préfère agripper ses crochets selon le nom ! Lorsqu’il se sera lassé, qui pourra-t-elle trouver de plus haut, lâcha-t-elle, vipère. Je n’ose imaginer la réaction de ce pauvre Brabant s’il apprenait que son ami le plus cher venait à le trahir !

Emmanuelle rit à nouveau en imaginant chaque lien qui rejoignait les protagonistes de leur affaire. Ils étaient là, tous deux, comme maîtres et metteurs en scène d’une comédie dont ces gens seraient leurs pantins. Ils tiraient chacune des ficelles qui les liait à eux, les menant là où ils le souhaitaient, préparant le terrain selon leurs désirs.
Elle savait qu’ils n’avaient le pouvoir actuel de les faire choir, mais les amener à se détruire eux-mêmes étaient une solution tout aussi efficace.
-Ce qu’il faut à présent, reprit-elle, c’est définir comment ce piège se refermera-t-il sur eux, Ulrich, dit-elle en osant l’appeler par son prénom, comme pour conjurer un sort. Je ne veux, moi, que le silence de la duchesse, ce qu’elle consent à faire si je romps son mariage. Vous, vous désirez plus que tout ce qui vous revient de droit : la couronne.

Elle se leva un instant pour chercher un petit papier et un crayon à la mine de plomb.
-Pour mon cas, l’idiote n’a pas réalisé que j’appartiens à l’Eglise catholique et que son mariage a été célébré selon le rite protestant ! Quant à vous, il ne vous faut qu’éloigner l’usurpateur.

Elle se leva pour ranger le petit carnet dans son secrétaire qu’elle referma à clef. Il y avait de nombreuses solutions à leurs problèmes. Pour quitter un trône, il fallait mourir ou abdiquer. Dans le second cas, il fallait bien plus qu’une affaire privée qui éclate au grand jour. Il fallait de la compromission, de la corruption ; prouver à son peuple qu’il n’était pas digne de ce trône. Ou un désespoir personnel, ajouté à une liste de poids terrassant.

-Ce que je suis en mesure de faire actuellement, dit-elle, c’est vous présenter à la duchesse, vous faire entrer dans son cercle en lui expliquant que sans vous, je ne puis accéder à sa requête. Je vous fais confiance pour la détruire de l’intérieur, ajouta-t-elle dans un sourire en revenant vers lui. Elle s’assit dans le sofa, encore dans ses réflexions. De mon côté, je peux bâcler l’affaire, la rendre sensible : une affaire personnelle qui malheureusement, par le statut de la concernée, devient une affaire politique et religieuse. La pauvre duchesse ne pourra s’en relever !

Elle termina sa diatribe le regard brillant, imaginant déjà la duchesse venir la supplier de réparer son œuvre. Mais rien ne pouvait plus faire céder Emmanuelle, sinon le général lui-même. Et elle savait qu’à ce jeu de secrets gardés et camouflés, il la laissait libre de ses mouvements.
-Ou pire encore, lança-t-elle le regard sûr. Nous pouvons insuffler au Pape de voir sur le trône du Danemark un roi bien plus catholique que l’actuel. Nous savons tous deux combien l’appui de Rome est nécessaire…l’appui de Rome, répéta-t-elle, mais aussi d’autres forces que nous connaissons tous deux.

Elle approcha son visage de celui d’Ulrich, plantant sur son regard ses prunelles d’azur dans lesquelles dansait une lueur enflammée.
-Vous et moi allons faire de grandes choses, monsieur de Sola !

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MessageSujet: Re: "A Jésuite, Jésuite et demi" [Ulrich de Sola - Emmanuelle de Vaunoy]   19.02.12 0:57

Ulrich n’était pas de ces hommes que l’on pensait, au premier abord, capables de telles intrigues. A la fois sombre et froid, il inspirait bien plus le danger du spadassin qu’il avait été que le comploteur dont il s’était doublé lors de son arrivée à Versailles. Pourtant, alors qu’un éclat de rire narquois secouait doucement Emmanuelle, le danois ne put réprimer le sourire qui gagna ses lèvres. L’intrigue avait ce prodigieux intérêt qu’il choisissait ses propres victimes, s’amusait avec elles comme il l’entendait, et ensuite seulement, les achevait de la façon qui lui semblait la mieux indiquée. Et si le poignard restait l’un des moyens les plus sûrs de s’assurer de la chute de celles-ci, il était tout aussi intéressant à ses yeux de les frapper de sorte que, sans expirer, elles ne pouvaient toutefois plus se relever.
C’était là l’issue qui semblait la plus probable aux toiles que sa complice et lui tissaient autour de deux tasses de thé froid.
« Je l’ai surprise en galante compagnie et l’homme qui l’accompagnait n’avait rien des traits de son mari, fit Emmanuelle, visiblement amusée de la réponse qu’elle s’apprêtait à donner. Et puisque vous parliez à l’instant du mari, je vais finalement rompre ma promesse faite à cette intrigante et vous dévoiler l’identité de l’amant. »

Un sourire en coin tranchant avec l’habituelle sévérité de ses traits, Ulrich la dévisagea ménager son petit effet, sans toutefois montrer le moindre signe d’impatience – aussi curieux était-il d’entendre ce fameux nom.
Il commençait à connaître la comtesse de Vaunoy, que le sombre mystère dont elle s’entourait autant que les petites révélations qu’elle distillait au compte-gouttes rendait d’autant plus intrigante qu’elle savait habilement le cultiver. Sans doute était-ce en partie ce qui rendait leurs entrevues si passionnantes ; y compris lorsqu’elles laissaient un moment de côté leurs mille complots pour aborder d’autres… sujets.

L’heure, cependant, n’y était pas encore. Et, les prunelles fixées dans celles de la comtesse, Ulrich n’attendait plus qu’elle daigne lever le voile sur le nom qui lui échappait encore.
« Il ne s’agit que de son ami le plus sûr et l’intime du roi : le duc de Mortemart, annonça-t-elle enfin, tirant un nouveau rictus au danois. Il faut croire que la belle préfère agripper ses crochets selon le nom ! Lorsqu’il se sera lassé, qui pourra-t-elle trouver de plus haut ? Je n’ose imaginer la réaction de ce pauvre Brabant s’il apprenait que son ami le plus cher venait à le trahir !
- Je doute qu’il s’en réjouisse. Mais peut-être serait-il tout de même correct de lui souffler qu’il faut toujours se méfier de ses amis… répondit Ulrich, songeur. Ce coup ne serait pas perdu. »
L’idée de voir Brabant se torturer en se demandant lequel de ses proches pouvait le tromper ainsi lui plaisait assez pour envisager l’un de ces petits persiflages dont il n’était cependant pas grand amateur.
Un éclat, pour le moins révélateur de ses pensées, passa un instant dans ces yeux. Qu’y avait-il de plus enthousiasmant que ce rôle de maître du jeu qu’ils se donnaient, comme s’ils pouvaient, depuis ce petit salon aux tentures bleues, tout contrôler des ombres dont allaient bientôt être faites la vie de leurs marionnettes.

« Ce qu’il faut à présent, reprit-elle, c’est définir comment ce piège se refermera-t-il sur eux, Ulrich. Je ne veux, moi, que le silence de la duchesse, ce qu’elle consent à faire si je romps son mariage. Vous, vous désirez plus que tout ce qui vous revient de droit : la couronne. Pour mon cas, l’idiote n’a pas réalisé que j’appartiens à l’Eglise catholique et que son mariage a été célébré selon le rite protestant ! Quant à vous, il ne vous faut qu’éloigner l’usurpateur.
- Usurpateur bien tenace, cependant, marmonna un Ulrich carnassier. »
Il en faisait assez baver son cher demi-frère pour le songer ainsi. Beaucoup n’auraient certainement pas su résister plus longtemps aux menaces qu’il faisait peser sur cet ennemi-là. Sans doute faudrait-il, pour rendre ses efforts efficients, un coup de force ; mais l’anonymat qu’il souhaitait conserver pour ne point se défaire de la longueur d’avance qu’il lui conférait était un obstacle autant qu’un atout.
« Ce que je suis en mesure de faire actuellement, c’est vous présenter à la duchesse, vous faire entrer dans son cercle en lui expliquant que sans vous, je ne puis accéder à sa requête. Je vous fais confiance pour la détruire de l’intérieur. Ulrich eut un sourire, l’observant s’asseoir alors que lui-même quittait la fenêtre contre laquelle il avait fini par s’adosser pour revenir vers le sofa. De mon côté, je peux bâcler l’affaire, la rendre sensible : une affaire personnelle qui malheureusement, par le statut de la concernée, devient une affaire politique et religieuse. La pauvre duchesse ne pourra s’en relever !
- Pour sûr. D’autant que je suppose que Brabant n’est pas au fait de ce petit projet ? »
Voilà qui saurait bien assez ébranler les époux ennemis qui n’étaient dans cette affaire que dommages collatéraux et habiles moyens d’atteindre leur frère et ami que les affaires de sa sœur ne pouvaient laisser indifférent.

« Une affaire pareille ne peut manquer de jeter sur eux un scandale que peut difficilement s’autoriser un futur roi… Les danois sont, dit-on, très attachés à s’éviter ce genre d’affaires religieuses, lâcha Ulrich en s’asseyant auprès d’Emmanuelle. Si l’on manœuvre assez habilement pour l’impliquer, Kiel ne sera pas encore sur le trône qu’il aura déjà matière à se justifier…
- Ou pire encore, lança-t-elle. Nous pouvons insuffler au Pape de voir sur le trône du Danemark un roi bien plus catholique que l’actuel. Nous savons tous deux combien l’appui de Rome est nécessaire… l’appui de Rome, mais aussi d’autres forces que nous connaissons tous deux. Un rictus sombre aux lèvres, Ulrich approuva, tandis qu’elle s’approchait encore pour souffler : Vous et moi allons faire de grandes choses, monsieur de Sola ! »
A la lueur qui dansait dans les yeux de la comtesse répondirent les prunelles tout aussi animées du danois qui effleura du pouce la joue et le menton de cette dernière.
« Je n’en doute pas un instant, susurra-t-il enfin à son oreille. »
Lentement, il s’éloigna, et alla s’appuyer contre le dossier du sofa, un sourire aux lueurs indéfinissables aux lèvres, les yeux plantées dans ceux d’Emmanuelle.

« D’autres forces… qui sans doute se verraient volontiers sur le siège d’Alexandre VII ? supposa-t-il sans craindre de trop s’avancer. Et qui, une fois assis dessus, verraient d’un meilleur œil ce roi plus catholique que vous évoquiez que ces enfants des la Réforme ? continua-t-il, sûr de lui. En aucun cas il ne craignait ce qu’il avançait. Si vos amis se montrent arrangeants, on trouvera sans mal quelques mécontents de l’actuelle papauté pour les épauler. Un incident est vite arrivé… surtout à de si hautes sphères. »
Ulrich se moquait du Pape, tout comme il n’avait cure de passer pour protestant ou catholique. Mais s’il pouvait se trouver sur le trône de Saint Pierre une personnalité alliée, c’était un appui qu’il n’allait certainement pas se refuser. Or l’ambition du général des Jésuites sur cette question ne lui était pas totalement inconnue, que ce soit par la petite enquête qu’il avait auparavant menée avant d’aborder Emmanuelle, ou par ce qu’il s’était laissé dire depuis.

A nouveau, il s’approcha de sa complice.
« Ainsi, les papes changent, les rois changent… souffla-t-il. Vos chefs y trouvent leur compte, j’obtiens ce qui me revient… et vous-même pouvez en profiter. Je me suis laissé dire que la duchesse de Brabant a pour excellente amie une certaine Vendôme. Celle-ci ne possède-t-elle pas depuis quelques années certaines terres qui vous appartiennent ? Cette blanche colombe ne saurait, je pense, faire trop de résistance si l’on sait habilement l’approcher. »

A ces mots, regard planté dans celui d’Emmanuelle, il eut à nouveau ce fin sourire de prédateur qu’il arborait souvent lorsqu’il s’apprêtait à mettre fin aux jours de ses proies, ou en l’occurrence, décidait de leur destin sans la moindre vergogne.
« Voyez comme tout se complète à merveille ! »





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MessageSujet: Re: "A Jésuite, Jésuite et demi" [Ulrich de Sola - Emmanuelle de Vaunoy]   29.02.12 16:36

Que restait-il ce soir-là de la douce Emmanuelle de Vaunoy ? De la petite colombe aux cheveux de jais, laissé à un mari trop aimant qui l’enferma dans un donjon dont elle ne voulait s’échapper ? De cette douce enfant qui n’aspirait qu’à suivre l’exemple des Saints, qui récusait les actions de sa sœur ?

Rien. Sinon ce visage pâle, ces yeux profonds qui savaient transpercer les tréfonds de l’âme et ces lèvres rouges carmin qui s’étiraient ce soir en un sourire cynique.
Il fallait croire que Diane de Noirange laissait une empreinte particulière sur Emmanuelle. Peut-être était-elle lassée de jouer les vieilles demoiselles de compagnie non mariées, ou peut-être était-ce les leçons d’un précepteur plus comploteur que religieux. Il fallait croire aux légendes de la famille de Sérigny, à laquelle on prêtait même des secrets familiaux gardés jalousement.

Pour l’heure, les prunelles rivées sur celles d’Ulrich de Sola, Emmanuelle se fichait de ce passé révolu ; elle ne voyait que l’avenir et celui-ci devait passer par un chemin déblayé de tout obstacle.
Avoir commencé ce petit jeu en soufflant le nom de l’amant de Brabant était un début lent, mais sûr ; au regard de son comparse, Emmanuelle su qu’elle avait touché juste.
- Je doute qu’il s’en réjouisse. Mais peut-être serait-il tout de même correct de lui souffler qu’il faut toujours se méfier de ses amis… répondit-il, songeur. Ce coup ne serait pas perdu.
-Cela serait plus franc, en effet ! Quel proche seriez-vous si vous cachiez cette horrible vérité ? C’est à vous de lui dire cela, il est assez grand pour découvrir le nom du coupable, renchérit Emmanuelle, sarcastique !

Mais Simon viendrait plus tard. Il fallait mettre à plat le cas de Bianca de Brabant, dont le parfum capiteux était encore incrusté dans les narines d’Emmanuelle. La perspective d’anéantir Bianca par son propre piège était jouissive. Acculée, elle ne pourrait plus se mouvoir et se verrait contrainte à se taire définitivement. Emmanuelle en savait à présent trop – et pouvait agir douloureusement – pour laisser Bianca s’en tirer à si bon compte.
-Je suppose que Brabant n’est pas au fait de ce petit projet, avait reprit Ulrich dès qu’elle lui eu exposé ses plans ?
-Bien sûr que non, cela est plus amusant !
- Une affaire pareille ne peut manquer de jeter sur eux un scandale que peut difficilement s’autoriser un futur roi… Les danois sont, dit-on, très attachés à s’éviter ce genre d’affaires religieuses, poursuivit Sola en se rapprochant d’Emmanuelle pour s’asseoir auprès d’elle. Si l’on manœuvre assez habilement pour l’impliquer, Kiel ne sera pas encore sur le trône qu’il aura déjà matière à se justifier…

Elle aimait leurs conversations, leurs esprits qui se rejoignaient sur chacun de ces plans. Elle aimait se sentir maîtresse de destins, alors qu’elle-même avait jusque-là été un jouet dans des mains invisibles. Elle proposerait le trône de St Pierre à son général sur un plateau d’argent, elle offrait le trône du Danemark à l’homme le plus proche de son machiavélisme. Du même temps, elle prouvait qu’elle n’était pas seulement une pièce d’échec, mais qu’elle pouvait dominer une partie.
Le regard que lui renvoya Ulrich la figea un instant et un doux sourire mesquin naquit sur ses lèvres alors qu’il laissait son pouce glisser sur sa joue.

Elle ne répondit pas immédiatement, le laissant s’éloigner ; elle avait perçu dans ses yeux une lueur malsaine qui la poussait à écouter ce qu’il y avait dans ce regard. Etait-ce donc le diable qui les inspirait en ce moment, leur insufflait les mêmes idées machiavéliques ?
-D’autres forces… qui sans doute se verraient volontiers sur le siège d’Alexandre VII ? supposa-t-il sans craindre de trop s’avancer.
-Par exemple, répondit-elle d’une voix lente dans un sourire.
-Et qui, une fois assis dessus, verraient d’un meilleur œil ce roi plus catholique que vous évoquiez que ces enfants des la Réforme ? continua-t-il, sûr de lui.
-C’est aussi une proposition, ajouta-t-elle l’œil malicieux.
- Si vos amis se montrent arrangeants, on trouvera sans mal quelques mécontents de l’actuelle papauté pour les épauler. Un incident est vite arrivé… surtout à de si hautes sphères.
-La chute se fait de plus haut…savez-vous que deux étages d’une de ces maisons bourgeoises ne vous cassent que quelques os, soupira odieusement Emmanuelle en se tournant vers lui, accoudée sur le dossier du sofa ? Les Chigi ont de nombreux ennemis, à commencer par cette affaire terminée récemment entre la France et le Vatican. Rebondissons dessus, trouvons en Italie des détracteurs, attisons leur agacement en relançant l'affaire de l'ambassadeur Créquy et nous pourrons obtenir une véritable guerre intestine. Nous trouverons bien un della Rovere prêt à faire chuter un nouveau Borgia, ajouta-t-elle.

Elle doutait peu de la foi inexistante du baron de Sola. Un spadassin ne devait croire ni à Dieu ni à Diable pour agir ainsi ! Le faire catholique, protestant, presbytérien, calviniste ou hérétique semblait peu lui importer et il arrangeait considérablement les affaires d’Emmanuelle. Face à un protestant, Ulrich, s’il se faisait catholique, aurait à ses côtés le Saint Siège…sur lequel serait assis l’homme qui le soutiendrait. L’enjeu était énorme, peut-être même irréalisable, mais il fallait tenter, essayer, de peur d’avoir des regrets. Emmanuelle n’attendait rien d’autre que le retour de sa fille, sa vie était devant elle.
Ulrich s’approcha d’elle à nouveau
- Ainsi, les papes changent, les rois changent… souffla-t-il.
-Ils changent de nom, de visage, mais agissent toujours de la même manière...
-Vos chefs y trouvent leur compte, j’obtiens ce qui me revient… et vous-même pouvez en profiter. Je me suis laissé dire que la duchesse de Brabant a pour excellente amie une certaine Vendôme. Celle-ci ne possède-t-elle pas depuis quelques années certaines terres qui vous appartiennent ? Cette blanche colombe ne saurait, je pense, faire trop de résistance si l’on sait habilement l’approcher.
Le regard d’Emmanuelle s’intensifia, se durcit avant de se glacer. Les terres de leur oncle. Les terres de Chavigneul qui depuis 1643 se promenaient dans les mains des membres de la famille royale. Elle n’avait pas compris le combat de Louise lors de la Fronde, femme-enfant encore trop innocente, mais aujourd’hui elle prenait l’affaire de plein-fouet. Louise avait pourtant été graciée, mais son exil n’était pas levé : c’était à elle, Emmanuelle, de continuer cette bataille pour reprendre ce qui leur appartenait.
Morte officiellement, elle ne pouvait qu’agir dans la plus grande des sournoiseries.
-Si, en effet, cette cruche de Vendôme les possède, répondit-elle sombrement. Elle ferma un instant les paupières pour les rouvrir sur le regard d’Ulrich planté dans le sien. Un fin sourire étirait ses lèvres fines et elle sentit ce regain d’énergie.
- Voyez comme tout se complète à merveille !
-Il ne s’agit que d’un jeu…un jeu où les petites pièces s’imbriquent d’elles-mêmes et dont nous sommes les constructeurs. Songez-vous que sans cette peste de Brabant nos projets n’auraient été aussi fluides, fit-elle remarquer d’un ton badin après un court silence ? Sans elle nous ne pourrions ennuyer son mari, nous ne pourrions approcher cette naïve Vendôme, ni son idiot de frère…je n’aurais pas sur elle l’emprise que j’ai actuellement, ni la possibilité d’approcher de Saint-Père actuellement en place.

Elle avait négligemment posé son menton dans le creux de sa main, observant Sola dans un sourire en coin. C’était certainement l’homme le moins recommandable qu’elle connaissait, mais pas le plus dépréciable. Elle avait l’esprit, il avait le bras et tous deux avait l’ambition et l’envie du pouvoir. Leurs plans échafaudés, il ne restait qu’à les mettre en pratique et cela relevait bien plus du jeu !
-J’avertirai sous peu mes contacts à Rome afin de les informer de la situation. Peut-être même devrons-nous nous rendre là-bas…il est souvent bien plus sûr d’agir soi-même que de confier le travail à d’autres maladroits.
Emmanuelle échangea un regard d’entente avec Sola et se pencha vers lui dans un ton de confidence.
- Nos petites marionnettes vont bientôt être utilisées …voyez-vous autre chose avant la mise en œuvre de notre avenir, lui souffla-t-elle d’une voix de conspiratrice ?

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MessageSujet: Re: "A Jésuite, Jésuite et demi" [Ulrich de Sola - Emmanuelle de Vaunoy]   24.03.12 16:59

Tous les talentueux dramaturges de la Cour ne sauraient mieux écrire les différents actes de la tragédie que ne tarderaient plus à mettre en scène les deux comploteurs. Tous les fils étaient entre leurs mains, toutes les marionnettes étaient en place, ne restait plus qu’à frapper les trois coups et lever le rideau sur Bianca de Brabant, personnage éminemment central. Ce que la malheureuse ne savait pas encore, c’était que jouer le premier rôle dans cette pièce-là n’avait rien d’une position enviable ; loin, très loin de là. Mais tout bon joueur d’échec le savait : il faut parfois savoir, sans scrupules ni regret, sacrifier sa Reine…
Ces pensées formulées, Ulrich ne put qu’acquiescer aux paroles d’Emmanuelle qui leur faisait trop bien écho pour ne pas se demander quelle force diabolique pouvait leur insuffler de si semblables et machiavéliques idées.
« Il ne s’agit que d’un jeu… un jeu où les petites pièces s’imbriquent d’elles-mêmes et dont nous sommes les constructeurs. Songez-vous que sans cette peste de Brabant nos projets n’auraient été aussi fluides ? Sans elle nous ne pourrions ennuyer son mari, nous ne pourrions approcher cette naïve Vendôme, ni son idiot de frère… je n’aurais pas sur elle l’emprise que j’ai actuellement, ni la possibilité d’approcher de Saint-Père actuellement en place.
- La malheureuse n’aurait pu plus sûrement se tromper sur la personne à faire chanter, soupira le danois avec dans la voix une compassion qui sonnait horriblement – et volontairement – faux. La voilà prise à son propre piège. »

Ces courtisans ne mesuraient définitivement jamais les conséquences de leurs actes. Fort heureusement, ils s’en trouvaient qui, à l’ombre de confortables salons, savaient réfléchir pour eux. Longtemps, Ulrich n’avait été que le bras armé de ces redoutables esprits qui savaient si habilement faire se mouvoir leurs pions, puis s’en débarrasser une fois devenus inutiles. Longtemps il n’avait fait que frapper, jouer le dernier acte et porter le coup fatal. Aujourd’hui, il conservait cette sanglante position, mais briguait également les fils du marionnettiste. Avec pour complice un esprit qui valait au moins le sien, dépourvu de scrupules ou de ces hésitations qui bloquaient toute action, et une charmante compagne, ce qui n’était pas pour lui déplaire.

« Ainsi, nous commençons par la duchesse de Brabant, reprit-il pour lui-même. [color:098c=# 990000]Tout ce à quoi je dois veiller, c’est de ne pas croiser son frère. Il se souvient très certainement de moi, et je souhaite lui garder la surprise jusqu’au… juste moment. »
A ces mots, un rictus tordit ses lèvres, alors qu’il plantait ses prunelles bleues dans celles d’Emmanuelle. Kiel n’était pas assez idiot pour ne pas se douter des sentiments que son demi-frère pouvait nourrir à son égard – et passer pour mort ou disparu donnait à Ulrich cet avantage qu’Edouard se croyait à l’abri de toute menace de son côté.
« Qu’il est aisé de ne plus être du monde des vivants… ironisa le danois, avec un regard entendu à l’intention de la comtesse, qu’il savait dans le même cas.
- J’avertirai sous peu mes contacts à Rome, se contenta-t-elle de répondre, afin de les informer de la situation. Peut-être même devrons-nous nous rendre là-bas… il est souvent bien plus sûr d’agir soi-même que de confier le travail à d’autres maladroits. »

Ulrich hocha la tête : l’on n’est jamais si bien servi que par soi-même – quoi qu’il connût d’efficaces exécutants. La seule difficulté qu’il voyait à ce départ résidait dans son implication auprès du Valois ; mais c’était là un obstacle qu’il saurait contourner. Avoir passé dix longues années de sa vie à Rome lui donnerait sans mal quelques prétextes privés pour retourner y séjourner quelques jours.
Non, définitivement, tout semblait s’arranger pour le mieux ; et s’il ne fallait certainement pas crier victoire si tôt, l’on voyait difficilement ce qui pourrait les arrêter.
« Nos petites marionnettes vont bientôt être utilisées… voyez-vous autre chose avant la mise en œuvre de notre avenir ? souffla Emmanuelle en se penchant vers son complice. »
Ils en avaient fait beaucoup, aujourd’hui, et pour l’heure, ne semblait manquer à leurs projets que l’action – qui ne tarderait plus. Il était inutile de creuser et recreuser la tombe de leurs adversaires quand il ne suffisait plus que d’une turbulence pour les y faire tomber.
Un sourire fin aux lèvres, Ulrich se pencha alors vers Emmanuelle, le regard allumé d’une lueur qu’il ne lui serait pas difficile de lire.
« Eh bien, ma chère, je crois que toutes nos pièces sont en place, il ne tient plus qu’à nous de lancer la partie, répondit-il en s’approcha toujours plus. Cependant, il y a bien encore une chose… »
Là-dessus, en gentilhomme qu’il savait être lorsque la situation s’y prêtait, il prit sa main et y déposa lentement ses lèvres, sans se départir de ce sourire en coin qui, tout en lui gardant l’air sombre, en disait bien long.

Ceci fait, il se leva, et tendit sa main à la comtesse pour l’aider à se redresser à son tour, et l’approcher légèrement de lui. Quand intrigue et plaisir pouvaient se mêler, il serait idiot de refuser de s’abandonner quelques moments.
« Mais peut-être pourrions-nous en discuter ailleurs… lui souffla-t-il au creux de l’oreille. »
Il aurait inutile autant qu’indélicat de préciser sa pensée, d’autant qu’il la savait partagée. Et sur ces mots, les deux diaboliques complices, les deux amants terribles quittèrent le petit salon, refermant une porte plus intime sur leurs ambitieuses intrigues.

FIN DU TOPIC.

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MessageSujet: Re: "A Jésuite, Jésuite et demi" [Ulrich de Sola - Emmanuelle de Vaunoy]   Aujourd'hui à 20:41

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