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 ‘What though the field be lost?' (Topic introductif)

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« s i . v e r s a i l l e s »
Côté Coeur: Certes, mon époux y occupe une place, mais le reste est tout entier dévoué à ma vengeance.
Côté Lit: Personne, hormis mon époux, à l'occasion, en Angleterre. Mais comme je suis en France à présent...
Discours royal:



La B e l l e D a m e sans Merci

Âge : 28 ans
Titre : Comtesse de Longford
Missives : 716
Date d'inscription : 06/06/2008


MessageSujet: ‘What though the field be lost?' (Topic introductif)   07.12.11 21:21

TOPIC INTRODUCTIF

‘What though the field be lost?
All is not lost; th’ unconquerable will,
And study of revenge, immortal hate,
And courage never to submit or yield.’

Paradise Lost, Book I. John Milton



Minuit moins le quart. Le bruissement de quelques feuilles mortes sur le chemin. Le souffle du vent dans des cheveux fins, et le passage furtif d’une ombre. Le passant qui se serait trouvé là, sur ce chemin menant au couvent de Longchamp, aurait sans doute senti ses cheveux se dresser sur sa tête en croisant cette Apparition. Etait-ce le Malin qui se manifestait sous forme humaine ? Une sorcière se rendant à un rituel d’allégeance à l’astre lunaire ? Un feu follet désireux d’égarer le malheureux qui se trouverait sur son chemin ? La nuit sombre pouvait bien effrayer les esprits les plus hardis et créer la confusion parmi les plus observateurs car, en réalité, aucune de ces suppositions ne correspondait à la vérité. Sous le capuchon aussi noir que l’enfer de Milton se dissimulait, non point le Malin ou une de ses créatures, mais une jeune femme aux jolies boucles blondes, coiffées de perles. Hélas, si l’apparence de ce charmant visage pouvait laisser entrevoir quelque soulagement de ne point être en présence du Diable, elle n’était pourtant point le reflet de l’âme de cette jeune personne. D’ailleurs, quelque physionomiste aguerri aurait sans doute pu discerner derrière cette façade d’innocence, un sourire ou un regard dénotant singulièrement avec l’image que l’on se ferait traditionnellement d’une jeune veuve éplorée.

Mais c’était là tout l’art de Frances Cromwell : paraître pour mieux prendre en traître. Et malheureusement, beaucoup tombaient dans le piège. D’ailleurs, ce comte anglais qu’elle avait séduit lors d’une réception avant de le livrer dans les bras de Morphée, ou plutôt du seigneur, puisqu’il devait avoir succombé à cette heure, n’avait point fait exception à la règle. Une œillade par-ci, quelques paroles échangées, un menuet, la promesse de se retrouver un peu plus tard dans la soirée, et la bataille avait été gagnée. Un Cavalier de moins pour soutenir Charles II. Cette fois-ci, Frances n’avait point usée d’une grande créativité. L’homme n’était point beau mais avait les mains baladeuses, aussi avait-elle usé d’un somnifère pour venir à bout de ses ardeurs avant qu’il ne se montre trop entreprenant –la jeune femme n’avait pas le moins du monde envie d’être dévêtue par un tel… phénomène– le tout doublé d’un poison qui agirait à retardement. Le comte, d’abord endormi, mourrait sans même s’en rendre compte, pardon pour le jeu de mot. Au reste, Frances avait ainsi eu le temps de filer à l’anglaise, sans être inquiétée par l’idée que les autres invités ne trouvent le cadavre de leur ami tandis qu’elle était encore dans les parages. Si cela arrivait, ils tomberaient sur le comte, endormi, sans doute après avoir bu trop de vin, et ne songeraient point qu’il ait pu être assassiné. Du moins pas tout de suite.

Cette pensée ne parvint point à faire sourire Frances, qui n’avait rien, ou presque, d’un esprit machiavélique. Non, la jeune femme se voyait plutôt comme un esprit vengeur œuvrant pour le bien de sa cause et de sa famille, bercée comme elle l’était par les héros des Revenge Tragedies de Shakespeare et Marlowe. Mais à cette heure avancée de la nuit et compte-tenu de ses toutes dernières actions, Frances Cromwell se rapprochait plus d’une Lady Macbeth. Hormis le fait que ses jolies petites mains blanches n’étaient point entachées de sang. Non, mais elles sentaient parfois le soufre et l’amande, puisqu’elle confectionnait elle-même ses poisons. Ses ‘créations’ formaient par ailleurs un joli petit commerce et lui permettaient de subvenir à ses besoins et à ceux du couvent, couvent qui en cet instant se rapprochait dans son champ de vision à mesure que ses pas l’y conduisaient. La route lui était familière à présent, puisque bien souvent empruntée de nuit. Frances attendait la tombée du jour et les dernières prières pour fausser compagnie aux sœurs et se rendre à quelque dîner ou autre bal auquel elle savait que ses ‘cibles’ se rendraient. Une fois le poison déposé dans le breuvage ou la nourriture, elle quittait discrètement l’assemblée et rejoignait le carrosse qui l’attendait fidèlement. Aux commandes se trouvait un jeune anglais, un valet que sa grande amie Lucy Hutchinson avait placé à son service, ordonnant au jeune homme d’obéir et de veiller sur Frances comme il l’eut fait pour elle. Cela faisait quelques mois qu’il était entré au service de la ‘comtesse de Longford’ et Frances n’avait jamais eu à s’en plaindre. Discret et aussi muet qu’une tombe, il avait aussi la capacité de se fondre dans le décor et particulièrement dans l’obscurité. Il venait chercher Frances au couvent à se demande, avec toutes les politesses nécessaires lorsque cela se passait au grand jour et aux yeux de tous, et avec le silence le plus complet lorsqu’il s’agissait des sorties nocturnes de sa maîtresse. Mais deux précautions en valant mieux qu’une, Frances insistait souvent pour qu’il lui laissa parcourir à pieds les derniers mètres qui la séparaient du couvent, de sorte que si une religieuse ne dormait point encore à cette heure, elle ne puisse entendre les roues du carrosse. Au reste, la jeune femme savait rendre ses pas si légers qu’en comparaison, une petite souris aurait fait plus de bruit. Du moins c’était ce que Frances croyait.

Lorsqu’elle parvint au mur d’enceinte du couvent, elle tâtonna dans l’obscurité pour trouver la petite porte dissimulée sous le lierre qu’elle avait l’habitude d’emprunter. Pendant de longues minutes, ses doigts ne rencontrèrent que la végétation, des feuilles froides rendues humides après une averse. Enfin, sa main se referma sur la poignée et l’abaissa. Le panneau de bois ne s’ouvrit point. Pesant de tout son poids contre la porte, Frances laissa échapper quelques jurons silencieux mais rien n’y fit, la porte ne broncha point. Finalement, la jeune femme dût se résoudre à escalader comme elle le pouvait le mur d’enceinte, sans l’aide de son cochet. Lorsqu’elle parvint à atteindre le sommet, ce fut un amas de soie, de boucles et de perles qui s’affala mollement sur le sol. Trois secondes de silence s’écoulèrent, avant d’être brisées par un ‘damn it’ que Frances ne put contenir plus longtemps. Se relevant tant bien que mal, replaçant jupons, corsage et tout ce qui avait été malmené durant sa chute, elle se faufila dans les couloirs du couvent, passant par les petits passages qu’elle connaissait bien pour être déserts la plupart du temps, pour enfin pousser la porte de sa cellule et s’affaler sur son lit sans prendre le temps d’allumer une bougie.

Mal lui en prit, car se faisant, Frances tomba sur un amas de tissu, de cheveux et de peau. De peau ? La jeune femme se releva précipitamment, étouffant derrière sa main droite un cri de surprise –ou d’horreur ?– face à cette découverte. Un cadavre ? Déposé là dans sa cellule ? Mais à nouveau, les premières impressions n’étaient point les bonnes. L’obscurité s’était cette fois-ci joué de Frances et non de l’innocent passant qui aurait pu l’apercevoir sur le chemin. Le ‘cadavre’ se manifesta dans un murmure.

‘Ce n’est que moi comtesse, n’ayez crainte !’

Instantanément, Frances reconnut la voix de Clémence, cette jeune bretonne récemment entrée au couvent et qui s’était prise d’intérêt pour la ‘comtesse de Longford’ à l’arrivée de celle-ci. Son petit air mutin, son rire joyeux et sa curiosité avait d’emblée amusé Frances qui s’était par la suite plus ou moins liée avec la bretonne. Mais ‘amitié’ n’était point le mot qui correspondait le mieux pour qualifier leur relation. Clémence semblait vouer une admiration sans bornes pour cette jeune veuve qui s’échappait du couvent la nuit pour se rendre à des fêtes, et en avait fait une sorte d’héroïne romanesque. Frances, ou plutôt Lucy, priait et brodait avec les sœurs, portant le deuil de son époux et sans doute celui d’une bonne partie de sa famille en Irlande, mais cette paisible vision cachait un autre visage, plus réfractaire, plus rebelle, un visage qui suscitait l’admiration de Clémence, rentrée trop tôt au couvent et coupée dans ses élans de liberté.

‘Que faites-vous ici à une heure pareille ?’
‘La Mère Supérieure m’a punie aujourd’hui et j’ai dû laver le sol de la chapelle. Après, lorsque j’ai voulu regagner ma chambre, j’ai cru vous entendre et je me suis permise de rentrer pour vous demander comment était ce dîner pour lequel vous vous étiez apprêtée ce soir.’ Il y eut un silence de quelques secondes, puis la jeune Bretonne repris, d’un ton presque exalté : ‘vous portez votre robe bleue n’est-ce pas, celle avec les broderies en dentelles de Calais sur les manches ?’

Frances retint un soupir. Elle aimait bien cette petite personne qui lui rappelait parfois sa sœur Bridget, mais ses coquetteries et sa passion pour tout ce qui se rattachait à l’extérieur du couvent l’agaçaient prodigieusement par instants, et ce soir-là ne faisait point exception. Cependant, elle prit le parti de ne point la gronder, cela éveillerait les soupçons de l’innocente Clémence ou pourrait attirer du monde, aussi opta-t-elle pour la fatigue. Prenant une voix lasse, elle adressa quelques paroles en guise de réponse :

‘Pardonnez-moi Clémence mais ce dîner m’a épuisée. Les mondanités n’ont jamais eu ma préférence, vous ne l’ignorez point. Je ne m’y rends que par simple politesse et je suis souvent bien surprise de constater que l’on souhaite la présence d’une obscure comtesse irlandaise… Au reste, je vous avoue qu’à cette heure, je ne songe qu’à mon lit… Je vous conterai ce que vous voulez savoir demain. A présent, je souhaite me mettre en chemise pour rejoindre les bras de Morphée…’

Rejoindre les bras de Morphée autant dire rejoindre les bras d’un homme. Ce dernier jeu de mots était involontaire, mais Frances savait que Clémence ne s’en formaliserait point comme l’auraient fait les autres religieuses. A travers l’obscurité, la jeune bretonne avait dû esquisser un sourire, mais Frances ne souhaitait point s’en assurer en poursuivant la conversation. Elle renvoya gentiment Clémence, refusant poliment son aide pour retirer sa robe, et se retrouva finalement seule. Elle tâtonna pour allumer une bougie et rencontra son reflet dans le miroir, à la lumière tremblotante. En face d’elle, Frances avait le visage pâle d’un fantôme et les cheveux en bataille comme après une longue course. Ça et là, des perles apparaissaient entre ses boucles défaites. Le spectre de la Mort, songea-t-elle dans un sourire. Et tandis qu’elle se déshabillait, ce fut le visage du comte empoisonné qui lui vint à l’esprit. Paisiblement, l’homme devait avoir succombé à présent. Frances eut une grimace involontaire avant de souffler sa bougie. Oui, elle aurait sa vengeance un jour.

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La Belle Dame sans Merci
I met a lady in the meads,/Full beautiful, a fairy's child;/Her hair was long, her foot was light,/And her eyes were wild. ⌘ John Keats

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