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 (Rome – 1659) Une mauvaise soirée romaine ...

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« s i . v e r s a i l l e s »
Côté Coeur: Tant qu'il bat encore, il battra fort pour son italien, le seul.
Côté Lit: Un certain florentin le partage la plupart du temps. D'autres aussi, moins souvent ...
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    CASSE-COU
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Titre : Prince di Paliano (de la Palissade), membre de la famille Colonna
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MessageSujet: (Rome – 1659) Une mauvaise soirée romaine ...    21.11.11 16:12


«  La plupart des mépris ne valent que des mépris.  »

Le mois de mai à Rome commençait à être chaud, l'été sera sûrement intenable et la recherche de l'ombre et de la fraîcheur n'allait pas tarder à être le passe-temps favori des romains. Sauf au Palazzo Colonna, ancien palais médiéval avec les vieilles pierres qui conservaient la fraîcheur, en particulier dans les étages. Le Vatican aussi était frais, Luigi ne souffrait pas encore. Les extrêmes températures lui étaient insupportables, heureusement qu'il sortait peu des bâtiments en journée et pouvait trouver un bon air lorsqu'il portait des messages à travers Rome. Pour l'instant, il arrivait à tenir une ligne de santé stable. En ce jour, il était au Saint-Siège, à recopier les écrits de son oncle, Girolamo Colonna était très productif au niveau de ses écrits, ses lettres. Luigi avait donc beaucoup de travail à faire pendant que le cardinal Colonna avait à faire. Oncle et neveu déambulaient dans les immenses couloirs haut de plafond où les courants d'air faisaient du bien que tout était prétexte pour s'y promener. Puis le jeune homme avait aussi beaucoup à faire : il devait aller voir Chigi, son grand informateur, neveu du Pape et aussi amant. Bref, le beau Chigi était la personne à voir en priorité, ils devaient s'entretenir à propos des Barberini, ces traîtres sans nom, puis prendre un peu de bon temps ensemble. Mais avant, il devait finir de déchiffrer les écritures pour recopier à la plume.

C'est à ce moment là que Girolamo arriva, le visage aussi rouge que sa robe, le visage fermé et maugréant dans sa barbe. Luigi se tourna vers son oncle, l'air perplexe.

« Luigi, nous allons chez vos parents ce soir. Nous sommes invités à souper. »
« Quelque chose vous contrarie, mon oncle ? »
« Ma sœur, ta tante, sera là. Avec sa marmaille. »
« Pas Barberini ! La dernière fois, nous nous sommes battus ! »
« Tu te tiens bien cette fois ! »
« Mais, mon oncle … »
« Il suffit ! »


Le jeune homme allait sur ses vingt ans mais il ne discutait pas les ordres, surtout pas de la part d'un cardinal. Luigi continuait à recopier tandis que son oncle passait dans la pièce d'à côté.

« Les Medici seront là aussi. »
« Avec leur fille diabolique ? »
« Tu ne commences pas Luigi. Il y aura Marguerite Medici, leurs fils, Sofia, le cardinal Medici et même le cardinal Farnèse ! »
« Est-ce ma faute si leur princesse n'est qu'une petite garce ? »
« Luigi … »
« Elle ne cesse de dire dans Rome que je suis un être faiblard, clame que je suis mal élevé et se soit supérieure au reste du monde alors que le fils du Doge l'a lâchement laissé tomber comme la dernière des catins. De plus … »
« Si vous ne vous taisez pas, je vais rapporter vos paroles à votre mère ! »


Cette phrase eut pour effet de clouer le bec à Luigi. Il savait que c'était grâce à son oncle qu'il avait pu quitter le Palazzo Colonna et qu'il pouvait à tout moment lui dire de retourner chez sa mère. Avec la mort de son père, le jeune homme savait que sa mère aurait tout pouvoir sur sa personne et qu'elle le confinerait à nouveau dans la demeure familiale. Alors il ne fit que soupirer, termina sa tâche avant de tout ranger et attendait son oncle pour retourner chez les Colonna. Sa mère courut vers son fils pour lui ouvrir les bras et le serrer comme si elle ne l'avait pas vu depuis des mois.

« Mamma … vous m'avez vu il y a trois jours. »

Il monta dans sa chambre pour se changer, ne pas se surcharger en couche de vêtements tout en restant élégant, dans son pourpoint azur et sa chemise blanche. Finalement, on lui annonça que les Barberini ont décommandé et la maison familiale se rassura car on ne savait jamais cela pourrait se passer entre familles rivales, même si elles étaient du même sang. Luigi resta dans sa chambre, grande fenêtre ouverte et lisait plutôt que rester en bas avec sa mère qui s’inquiéterait de sa santé, son frère qui l'ignorerait sa sœur silencieuse. Il ne restait que son oncle qui vint toquer à sa porte.

« Sais tu pourquoi les Medici viennent ? »
« Non et je m'en moque. J'y vais car mamma m'y oblige. »
« Les deux femmes cherchent à marier leurs enfants. »
« Mamma ne veut pas que je me marie. La connaissant, elle me voudrait avec elle pour le restant de ses jours. »
« Peut être mais tu es prince, donc un bon parti et … »
« Je refuse d'avoir cette parvenue comme épouse ! Nous sommes Colonna, nous sommes d'une noblesse ancestrale. Elle est issue de banquiers, d'arrivistes sans scrupules pour se hisser au-dessus de tout. »
« Calme toi Luigi. Si Sofia épouse un Colonna, ce sera Lorenzo. »
« En belle-soeur ? Si elle vient vivre ici, je rentre dans les ordres ! »
« A la bonne heure ! »


Quelques minutes plus tard, la famille Medici fit son entrée. A côté de Lorenzo, Luigi salua les personnes entrantes. Et quand Sofia passa à son tour, Luigi resta droit, refusant de faire une révérence. Son oncle se pencha vers lui et murmura

« Baisse toi et dis un mot aimable »
« Non. »
siffla le jeune homme entre les dents
« Faites-le ou je le dis à votre mère. »

Menace facile mais efficace et voilà Luigi qui se courbe face à cette petite vipère qui devait se délecter de cette position.

« Mademoiselle, il est un plaisir de vous accueillir au Palazzo. J'espère que votre séjour à Rome vous convient davantage que la fois précédente. »

Il s'écorchait la bouche à dire cela, ne faisait pas l'effort d'un sourire par contre. Le souper allait être long …


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« Vivre, c'est survivre. »


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Côté Coeur: Je l'ai fermé par sa faute. Seul lui pourrait le rouvrir un jour ...
Côté Lit: Je ne suis pas de celles qui se couchent pour un sourire. A peine pour un diamant, mais souvent pour la passion.
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♈ LA BELLA FARNESE ♈
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Titre : Princesse Farnèse, Princesse Chimay par mariage
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MessageSujet: Re: (Rome – 1659) Une mauvaise soirée romaine ...    24.11.11 23:40

Rome en mai, il faisait trop chaud, c'était intenable. Trop de soleil, de chaleur, c'était épuisant. D'ailleurs, une jeune femme n'en pouvait plus, se lamentait dans une galerie habituellement fraîche. Sofia était allongée sur une méridienne, s'éventant comme elle le pouvait mais qui ne lui faisait qu'apporter de l'air chaud plus le temps passait. Elle se trouvait dans ses appartements, s'était vêtue d'une longue chemise ceinturée et sa mère avait refusé qu'elle sorte dans les jardins de la sorte, cela était indécent pour une princesse de sang. Pour se promener dans le palais familial romain, il fallait s'habiller. Sofia préférait rester confinée mais elle préférait la solitude dénudée, elle respirait mieux. Puis elle pouvait pester comme bon lui semble contre cette ville à la noix. Elle détestait Rome, cette ville était trop immense, trop dangereuse, trop chaude … Rien n'allait ici, elle se sentait loin de sa Parme chérie ou sa Florence d'amour. La seule chose bien était le Palais Farnèse, à l'architecture faite par Michel-Ange et la grande galerie magnifique. Voilà, cela était tout. Après, elle s'ennuyait. Sa cousine Clorinda n'avait pu venir pour cause de grossesse, il n'y avait que son frère Piero avec elle, Alessandro devrait arriver dans la journée. Ah, et sa mère. Pauvre Marguerit de'Medici qui n'arrivait pas à marier sa fille de 17 ans. Depuis sa rupture violente avec Francesco Contarini, Sofia avait décidé que jamais elle ne se marierait ! Et elle tenait promesse pour l'instant, elle avait repoussé ses prétendants, pourtant parfois prestigieux. Et elle savait que quand sa mère l'amenait quelque part, c'est qu'il y avait un potentiel mariage dans l'air.

Un poil paranoïaque, la Farnèse ? Peut être. Rome était une grande ville, et en son cœur se tenait le Vatican où étaient deux oncles à elle, un cardinal Farnèse et un Medici. Alors cela pouvait être une visite familiale de courtoisie. Qu'importe, elle avait hâte de repartir chez elle, apprenait à prendre son mal en patience en lambinant dans ses appartements dans des habits plutôt déshabillés. La journée passa avec lenteur, la fin d'après midi s'annonçait quand on toqua à sa porte. Elle alla ouvrir, se cachant derrière et vit son frère Piero.

« Ma chère sœur, habillez vous, nous sortons souper. »
« Il fait trop chaud pour s'habiller, je reste ici. »
« Notre mère l'ordonne, je ne suis que simple messager. Avez vous oublié que nous nous rendions chez les Colonna ? »
« Heureusement oui, j'avais oublié. Suis-je vraiment obligée de venir ? »
« Allez, habillez vous, je reviens vous chercher tout à l'heure. »
« Pas la peine, je connais le chemin jusqu'au salon. »
« Vraiment ? A vous voir perpétuellement enfermée, je me posais la question. »


Pour toute réponse, Piero eut la porte qui lui claqua au nez. De ses quatre frères, enfin trois depuis la mort d'Orazio, Piero était celui avec qui elle s'entendait le moins bien. Ses fréquentations laissaient à désirer, il semblait tellement secret et … bizarre. Elle n'a jamais été proche de ce frère qui n'est finalement pas beaucoup plus vieux qu'elle. L'avenir lui prouvera qu'elle aura raison de se méfier de lui. Mais pour l'heure, elle devait s'habiller mais sans trop en faire. Non pas qu'elle ne voulait pas se mettre sur son trente-et-un, mais il faisait trop chaud pour ça. Déjà, porter un corset et mettre une véritable robe relevait de l'exploit. Elle se décida pour un vêtement avec un manteau de robe légèrement froncée, une jupe froncée séparée de couleurs orangée et des nœuds blancs. Elle se fit coiffer pour remonter sa longue chevelure en joli chignon et opta pour un maquillage sobre puis se décida enfin à sortir de ses appartements. Elle traversa les galeries, studioli et pièces avant d'arriver dans un immense salon où se tenait ses deux frères, Alessandro gardait encore des traces de fatigue de son voyage, ses oncles Girolamo et Giancarlo, les cardinaux en robes rouges, puis sa mère Marguerite. Après avoir fait une révérence à l'assemblée, Sofia courut dans les bras de son grand frère, ravie de le voir.

« Voyons Sofia, vous avez passé l'âge de vous jeter ainsi dans les bras de vos frères ! J'espère que vous vous tiendrez correctement chez les Colonna, il en va de notre réputation. »
« Y aura t'il cet idiot de Luigi ? »
« Et voilà qu'elle commence … Oui il y sera et vous serez aimable avec lui ! »
« Aimable avec un garçon qui ne sait pas tenir sur ses deux jambes et qui me manque de respect ? Désolée mère mais je ne pense pas en être capable. »
« On ne vous demande pas d'apprécier mais de paraître, ma nièce.


Le cardinal Girolamo Farnèse avait parlé et Sofia se retourna vers lui pour hocher de la tête. Cet homme était d'un immense charisme et elle ne savait guère lui tenir tête. Après tout, cela ne sera pas forcément une mauvaise soirée, elle n'avait pas d'autre chose que de se convaincre de ces paroles là. La famille se dirigea vers deux carrosses, l'un aux armoiries des Medici et l'autre des Farnèse, Sofia monta dans le premier en compagnie de sa mère et son oncle le voyage s'amorça dans les chaudes rues de Rome jusqu'au Palazzo Colonna, massif et imposant, bien visible dans la grand piazza, non loin du Palazzo Venezia, qui accueillait certains ambassadeurs de la cité des Doges. La jeune femme s'obstina à ne pas regarder ce palais, à ne pas penser à Francesco. Mais si elle ne le faisait pas, sa mère et son oncle le firent pour elle et elle sentit deux paires d'yeux s'attarder sur elle quelques instants tandis qu'elle restait impassible, du moins en apparence. Son oncle l'aida à descendre et la famille fit son entrée dans l'ordre habituelle : les cardinaux en premier lieu, la mère ensuite, Alessandro avec son épée à la hanche, Sofia puis Piero fermait la marche pour protéger sa jeune sœur. La famille Colonna se tenait là, à accueillir ses visiteurs, Sofia salua la mère, eut le droit à un large sourire de Lorenzo Colonna, fit une révérence au cardinal et arriva face à Luigi. Ce dernier eut bien du mal à saluer, il fut secouer par son oncle.

« Mademoiselle, il est un plaisir de vous accueillir au Palazzo. J'espère que votre séjour à Rome vous convient davantage que la fois précédente. »
« Je m'y plairais souvent davantage si on ne me forçait pas à avoir de mauvaises fréquentations. »


Non, elle ne pouvait pas se montrer polie et amicale, il lui fallait lancer une pique. Mais elle le fit avec le sourire ! Tout le monde se mit à table après quelques mots échangés, Sofia se retrouva entre ses deux frères et face à Lorenzo qui ne cessait de lui sourire. Cet homme ne l'inspirait pas non plus et la jeune princesse espérait que sa mère ne voulait l'unir à cet homme. Puis vivre à Rome, non merci ! En parlant de Rome et de Lorenzo …

« Mademoiselle Farnèse, que pensez vous de Rome cette fois-ci ? »
« Qu'il y fait trop chaud. »
« Au moins, vous ne pouvez plus vous plaindre du mauvais temps. »
« Avec tout le respect, je ne me plais guère dans cette ville qui n'est pas la mienne. »
« J'espère que ce souper vous plaira davantage. »


Était il entrain de lui faire du charme ? Sofia ne le regardait pas dans les yeux et son regard se posa sur Luigi, se trouvant aux côtés de son frère, silencieux entrain de manger.

« Principe di Paliano, comment se porte votre santé ? Vous voilà bien pâle je trouve. »

Elle sentit un regard pleins de reproches venant de sa mère. Mais elle restait bien aimable, elle demandait des nouvelles de Luigi, bien qu'elle s'en moquait royalement ! Juste qu'elle connaissait suffisamment Colonna pour savoir ses réactions. Elle le laissait attaquer …

______________________

PRINCESSE VENALE ✽
“Dans les contes pour enfants, les princesses donnent des baisers aux crapaud. Dans la vie réelle, les princesses embrassent les princes et ceux-ci se transforment en crapauds.”


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MessageSujet: Re: (Rome – 1659) Une mauvaise soirée romaine ...    25.12.11 19:54

« Je m'y plairais souvent davantage si on ne me forçait pas à avoir de mauvaises fréquentations. »

Ah la sale gamine ! Luigi voulut se redresser et répliquer mais la main de son oncle l'en empêcha, connaissant exactement ce que son neveu avait en tête. Le jeune Colonna détestait la princesse, cette petite peste le méprisait alors qu'elle n'était rien, juste l'héritière de familles de banquiers alors que lui venait d'une vieille noblesse romaine remontant jusqu'à l'Antiquité ! Elle jouait sa pimbêche, se moquait des codes et des étiquettes, elle n'hésitait pas à rabaisser Luigi, le traitant de faiblard à travers Rome toute entière ! Bien sûr, elle ne savait rien de ses maladies mais le jeune homme avait le teint blafard pour un homme du Sud et Sofia était venue plusieurs fois alors qu'il était alité, elle devait bien se douter de quelque chose …

Il était temps de passer à table. Cela avait un caractère très solennel avec la mère Colonna, très fière de ses progénitures, les trois cardinaux autour de la table, et les enfants entre eux, puis la mère Médicis de l'autre côté. Cela n'avait pas l'air d'un souper entre amis, loin de là. Luigi avait décidé de ne pas lâcher le moindre mot, sauf si on lui parlait. Pour l'instant, personne ne semblait s'intéresser à lui, ce n'était pas plus mal ! Pendant ce temps là, Lorenzo Colonna faisait le joli cœur à la Sofia, cela était répugnant.

« Mademoiselle Farnèse, que pensez vous de Rome cette fois-ci ? »
« Qu'il y fait trop chaud. »
« Au moins, vous ne pouvez plus vous plaindre du mauvais temps. »
« Avec tout le respect, je ne me plais guère dans cette ville qui n'est pas la mienne. »
« J'espère que ce souper vous plaira davantage. »


Luigi touchait à peine à sa nourriture, ne faisait que des tas avec sa fourchette et reçu un coup de coude de son oncle cardinal qui lui fit de gros yeux. Décidément, Luigi avait bien du mal à faire des efforts face à la jeune femme et à sa famille. Il détestait les arrivistes et les gens se croyant au-dessus de tous. Sofia di Parma était la parfaite association des deux, il ne pouvait que la détester …

Luigi savait pertinemment pourquoi ce dîner avait lieu : Sofia devait se marier, elle était LE parti des royaumes d'Italie. Depuis l'annulation de ses fiançailles, Marguerite de Médicis cherchait à marier sa dernière fille, cette petite ingrate qui repoussait tous ses prétendants sans ménagement. Vraiment une petite peste et maintenant la Médicis cherchait un mari dans Rome. Sofia, dans la même ville que lui et – pire ! – sous son toit ! Non, cela ne devrait pas avoir lieu, Colonna devait tout faire pour que Sofia n'épouse pas Lorenzo ! Mais celle-ci semblait se détourner de l'aîné de la famille, avait-elle envie de torturer mentalement Luigi ? Sans aucun doute, vu sa question.

« Principe di Paliano, comment se porte votre santé ? Vous voilà bien pâle je trouve. »

Il n'avait qu'une envie, lui planter sa fourchette dans la gorge. Rien que le ton qu'elle employait lui était intolérable. Si Marguerite de Médicis regardait sa fille comme pour la fusiller du regard, Luigi sentit celui de son oncle sur sa frêle personne.

«  Mademoiselle a de bons yeux de remarquer ceci, je me dois de complimenter Mademoiselle pour son œil de lynx et sa perspicacité. »

Son sourire poli tranchait avec son ton acide caché sous tout ce mielleux. Il la trouvait stupide et ne manquait jamais de le lui rappeler. L'avenir lui dira qu'il a eu tort d'être aussi impoli avec elle, mais il ne mesurait pas les conséquences en cet instant, quand il reposa sa fourchette sur la table pour continuer à parler.

« Je supporte assez mal les fortes chaleurs, je dois le reconnaître. Nous avons donc un point commun. Sûrement le seul. Cela n'est pas plus mal. »
« Luigi ! »


Gioeni Colonna, la mère du garçon, le foudroya de ses yeux sombres. Elle avait beau aduler son fils, elle refusait qu'il soit impoli. Ce souper avait une importance capitale : unir les Colonna aux Médicis-Farnèse, cela serait le début d'une grande collaboration entre les familles, au point de vue politique mais aussi religieuse. Les trois cardinaux parlaient, persuadés que cela pourrait les associer lors du prochain conclave. Tout le monde savait que Colonna voulait être le nouveau Pape et prenait de l'avance pour s'entourer de puissants. D'ailleurs, Girolamo Colonna s'adressa un peu plus fort à ses deux collègues et lança une phrase qui ne tomba pas dans l'oreille d'un sourd.

« Je me réjouis de savoir que nous serons tous une grande famille. N'est ce pas Gioeni ? »

Luigi regarda son oncle avec de grands yeux. Ainsi, il savait tout et ne lui avait rien dit ! Le jeune homme se tourna vers sa mère dont les yeux ne cessaient d'aller de Sofia à Lorenzo, et inversement.

« Oui, une si belle famille ! »
« QUOI ? »


Un vrai cri du cœur de la part de Luigi. Avec Sofia sous ce toit, il y aurait un de trop parmi ces deux là …

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MessageSujet: Re: (Rome – 1659) Une mauvaise soirée romaine ...    15.01.12 22:08

Sofia se doutait bien le pourquoi de ce dîner : sa mère avait cette satanée obsession de la marier au plus offrant, comme si elle était le premier lot d'une tombola ! Elle en avait assez de parcourir les royaumes italiens et même l'Europe pour trouver un mari. Surtout qu'à chaque fois, cela tombait à l'eau. D'accord, la plupart du temps, c'était sa faute certes. Elle se montrait odieuse, faisait tout pour qu'on la déteste. Qu'elle n'aille pas se plaindre en disant qu'elle n'a pas beaucoup d'amies, son sale caractère fait fuir beaucoup de monde. Puis sa réputation a fait le reste, à force de voir les alliances de mariage échouées, certaines familles ne voulaient pas d'une fille qui a autant de poisse en amour, cela était mauvais signe. Et dire qu'elle n'avait que dix-sept ans, et ce n'était pas fini ! Pour l'instant, sa mère s'accordait à trouver un bon parti du même âge qu'elle, à quelques années près, elle refusait d'unir son unique fille mariable (l'autre étant devenue carmélite) à un vieux, et encore moins à un désargenté quelque soit son âge. Non ce soir, la question était de savoir si Sofia allait être fiancée à Lorenzo ou Luigi Colonna. Aucun des deux ne l'enchantaient. A Rome, la réputation de coureur de jupon de l'aîné faisait tout, puis son côté colérique lui faisait peur. Quant à Luigi … Non, elle ne pouvait pas l'encadrer, il lui avait parlé comme à une malpropre, se montrait insolent envers elle et puis physiquement, Sofia se demandait si elle n'était pas plus lourde que lui, on dirait qu'un coup de vent allait l'emporter au loin ! Dommage que cela ne se fasse pas d'ailleurs … Et là il recommençait ! Ce maudit malade chétif utilisait l'ironie dans le moindre de ses mots pour la rabaisser. Si Luigi rêvait de lui planter sa fourchette dans la gorge, Sofia lui planterait bien son couteau dans le cœur. Elle saurait bien viser, elle a imaginé des centaines de fois de poignarder Francesco, il suffisait juste de changer le visage, l'emplacement du cœur restait le même.

« Mademoiselle a de bons yeux de remarquer ceci, je me dois de complimenter Mademoiselle pour son œil de lynx et sa perspicacité. Je supporte assez mal les fortes chaleurs, je dois le reconnaître. Nous avons donc un point commun. Sûrement le seul. Cela n'est pas plus mal. »
« Luigi ! »
« Ce n'est rien, Signora. Pour une fois, je partage son point de vue. Nous serons d'accord une fois dans notre vie, cela se fête. »
lança t'elle sur un ton faussement joyeux, un large sourire sur les lèvres.

Certains rirent à sa phrase et tout le monde se remit à discuter comme si de rien n'était. Seuls Luigi et Sofia ne parlaient pas. Elle ne voulait pas dire le moindre mot, elle voyait que Lorenzo n'attendait que cela, qu'elle ouvre la bouche pour lui parler, lui faire la conversation, ce dont elle n'avait absolument pas envie. Sans tourner la tête vers lui, la princesse voyait bien qu'il la regardait en coin alors qu'il discutait avec sa mère, le cardinal Colonna parlait avec la mère Médicis et les deux autres cardinaux allaient entre les deux conversations. Si cela continuait ainsi, le repas ne se passerait pas si mal finalement et elle pourrait rentrer au Palais Farnèse sans être inquiète de son avenir entre les murs de la maison Colonna. Mais non, cela serait trop simple et tout s'enchaîna rapidement, grâce à une phrase du cardinal Colonna.

« Je me réjouis de savoir que nous serons tous une grande famille. N'est ce pas Gioeni ? »
« Oui, une si belle famille ! »
« QUOI ? »


Le cri de Luigi sortit du cœur tandis que Sofia manqua de s'étouffer avec un morceau de viande. Là, le cardinal Farnèse se leva de sa chaise, le verre à la main. Cet oncle au corps sec, lui faisait vraiment peur, il était impressionnant mais était encore plus terrifiant lorsqu'il souriait. Il ressemblait à un psychopathe.

« Je suis ravi que nos deux familles s'unissent en la personne de Sofia et de Lorenzo. Il n'est pas aisé de trouver de bonnes alliances, les traîtres et les mauvaises familles nous tournent autour comme des vautours, mais je suis ravi que nous ayons trouvé un accord. Sofia, souriez un peu, soyez ravie ! »
« Sans vouloir paraître insolente, mon oncle, me savoir mariée ne m'enchante guère et sourire m'est impossible. »
« Allons, on vous demande pas la lune. Soyez heureuse qu'on ne se soit pas lassée de vos caprices d'enfant gâtée et qu'on ne vous ait point mariée au premier prétendant venu ! »


La dernière phrase tombait, sèche et froide. Sofia retenait ses larmes, regardant son assiette quelques longues secondes puis, n'en pouvant plus, tira la chaise, se leva et quitta la grande salle à manger pour se rendre dans le jardin. Elle prit une grande inspiration pour retenir ses larmes et tenter de retrouver une certaine dignité. Comment lui parlait-il ? Il n'était ni son père ni son frère ! Et si les cardinaux étaient ravis de trouver un accord, c'est qu'ils pouvaient avoir une légitimité à former une alliance au sein du Vatican. Mais elle ne voulait pas se laisser dicter sa conduite par un homme qui porte une robe et qui se dit recevoir des ordres du Seigneur. A moins qu'il soit lui-même Dieu, cela n'était pas possible. Elle avança jusque près d'une fontaine, dos à la maison et essayait de se calmer. Pour cela, il lui fallait être seule mais les gens ne le comprennent pas toujours. Lorsqu'elle entendit des pas derrière elle, elle le maudit avant même de voir qui cela était. A la voix, elle reconnut le malade, Luigi. Elle se retourna et le fusilla du regard. Toute cette alliance n'était pas sa faute mais c'est lui qui prendrait pour la peine.

« Vous, laissez moi tranquille. Ne m'approchez pas, ne m'adressez même pas la parole, je ne veux pas vous voir, je ne veux pas être de votre famille ni vivre sous le même toit que vous. Je ne veux pas savoir pourquoi vous êtes venu me voir mais retourner vous asseoir vous nourrir un peu car je ne vous rattraperais pas si un coup de vent vous emmène au loin. Au contraire, cela fera une bonne nouvelle dans cette misérable journée ! »

Tout était sorti d'une traite, elle lui avait craché son venin à la figure. Bien sûr que Colonna n'allait pas se laisser faire, cela serait trop facile sinon. Les hostilités étaient officiellement ouvertes ! Adieu les sous-entendus et l'ironie avec des sourires moqueurs, si Sofia avait lâché ce qu'elle avait sur le cœur, Luigi pourrait bien en faire autant. Et la suite des événements n'allaient pas être des plus pacifistes …

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MessageSujet: Re: (Rome – 1659) Une mauvaise soirée romaine ...    23.01.12 19:28

Le discours du cardinal Farnèse avait jeté un froid autour de la table. Cet homme faisait peur et le ton qu'il employait n'était pas du tout aimable. Même Luigi s'en sentait gêné, jeta tout d'abord un regard à son oncle qui ne savait où regarder, avant de regarder Sofia. Pour la première fois, il avait pitié pour la jeune fille, elle semblait contenir ses larmes de toutes ses forces, puis se leva pour rejoindre le jardin. Personne ne la retint, la mère Medici ayant pris soin de retenir son fils Alessandro.

« Laisse là bouder, tu connais ta sœur. »
« Si vous me le permettez, je vais la voir. »
lança Lorenzo.

Mais le silence pesant autour de la table l'en avait dissuadé et il s'était rassis aussi rapidement qu'il s'était levé. Luigi dévisagea chaque personne et se rendit bien compte qu'il fallait faire quelque chose. Mais qu'est ce qu'un jeune homme de vingt ans pouvait bien faire ? Il était entouré par des puissants qui n'agissaient pas. Peut être que son oncle lisait dans les pensées, à moins qu'il n'ait pensé comme son neveu, mais Girolamo se pencha vers Luigi.

« Tu devrais aller lui parler. Tu as un certain ton pour la diplomatie. »
« Je pense que je suis la dernière personne à qui elle voudra parler. Surtout dans cet état. »
« Vas y. »


Le ton aimable relevait davantage d'un ordre qu'autre chose. Levant les yeux au ciel, le jeune homme décida de quitter la table à son tour, de manière moins théâtrale que Sofia, pour aller rejoindre la jeune femme dans le jardin. Peut être qu'elle avait finalement un cœur et qu'il n'était pas destiné à Lorenzo. Avec tout le respect que pouvait avoir Luigi pour son aîné, il plaignait la future épouse de celui-ci. Colérique et volage ne faisaient pas partie des qualités requises pour conquérir au titre de mari idéal. Même pour une sale gamine comme Sofia, il ne souhaitait un tel mariage. Pour une fois, il voulait bien baisser les armes contre la jeune femme et tenter lui donner un peu de réconfort, en toute amitié. Il faisait encore bon malgré le soir qui tombait, la ciel rouge allait de pair avec l'atmosphère chaude de Rome en cette saison. Et cela n'était que le début, il ferait bientôt trop chaud pour tenter la moindre de sortir, Comme chaque année, Luigi allait se retrouver à Ancône, au bord de la mer dans la résidence d'été pontificale, au milieu de cardinaux venus profiter de la vue et du calme. Mais avant la tranquillité de la mer Adriatique, il fallait sauver ce dîner, au moins un petit peu. Il s'était approché d'elle, à quelques pas, et chercha ses mots, pour être gentil sans trop l'être.

« Mademoiselle Sofia, je … »
« Vous, laissez moi tranquille. Ne m'approchez pas, ne m'adressez même pas la parole, je ne veux pas vous voir, je ne veux pas être de votre famille ni vivre sous le même toit que vous. Je ne veux pas savoir pourquoi vous êtes venu me voir mais retourner vous asseoir vous nourrir un peu car je ne vous rattraperais pas si un coup de vent vous emmène au loin. Au contraire, cela fera une bonne nouvelle dans cette misérable journée ! »


Alors là, il n'en revenait pas ! Elle venait de l'insulter comme un moins que rien. Il voulait bien se montrer compatissant mais n'allait pas se laisser marcher dessus non plus, il ne fallait pas le prendre pour un idiot fini. Durant quelques longues secondes, il resta interdit, la bouche à demi-entrouverte. Mais comment pouvait elle être aussi odieuse alors qu'il avait voulu se montrer sympathique, même si cela lui en coûtait beaucoup ? Il fallait vraiment que quelqu'un cloue le bec à cette demoiselle, et il avait décidé que ce serait lui. Serrant les poings contre son corps mince, il avait totalement changé d'attitude en quelques secondes.

« D'où me parlez vous sur ce ton ? Qui êtes vous sur cette planète pour oser contredire, insulter et être aussi mauvaise envers le monde entier ? Pour qui vous prenez vous ? J'en ai plus qu'assez de vos incessantes remarques, hautement déplacées pour une demoiselle de votre rang. Vous vous prenez pour le centre d'un monde inexistant. Vous n'avez AUCUNE éducation, vous ne respectez rien ni personne, pas même vous-même. Une fille sensée se résignerait à se marier quand les bons partis se présentent encore, car vous finirez avec un vieux, un ignoble personnage et cela sera bien fait pour vous. En vous voyant, il n'est finalement pas étonnant que Contarini ait décidé d'aller ailleurs, où il savait que l'herbe serait bien plus verte. »

Là, il avait été loin et n'avait pas mesuré ses paroles. Luigi connaissait – comme beaucoup en Italie – l'histoire entre Sofia Farnèse et Francesco Contarini, d'autant plus que le palais des ambassadeurs italiens se trouvaient pile en face du Palazzo Colonna. Autant dire que ce genre d'histoires traversent les villes à la vitesse de l'éclair. Ce que Luigi ignorait, c'était combien cela avait pu affecter Sofia. Les paroles qu'il venait de prononcer venait de signer une haine perpetuelle de la princesse envers lui. Et plutôt que de s'arrêter là, il continua, même si le ton fut moins agressif, il en restait toujours aussi froid.

« Je n'ai pas plus envie que vous de ce mariage. De votre bonheur, je m'en moque. De celui de mon frère un peu plus. Mais vous savoir entre ces murs, vous supporter tous les jours, vous et vos jérémiades, vos minauderies perpétuelles. Vous savoir ici, je ne sais qui mourra le premier : vous à cause de la chaleur ou moi à cause de votre bêtise. »

Il ne la quittait pas des yeux, le regard froid. Les autres, qui devaient s'inquiéter et qui avaient du entendre la voix de Sofia, se trouvaient à l'entrée du jardin. Parfait, il y allait avoir du public pour le spectacle qui allait suivre. Et encore une fois, Luigi allait en faire les frais …

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« Vivre, c'est survivre. »


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MessageSujet: Re: (Rome – 1659) Une mauvaise soirée romaine ...    27.01.12 0:51

Ca aurait pu tomber sur beaucoup de monde. La demoiselle était à fleur de peau. Certes, elle n'aurait pas été aussi méchante avec l'oncle Farnèse, puis son frère Alessandro aurait trouvé les mots pour la calmer par exemple. Mais non, il a fallu que Luigi vienne la voir. Elle avait attaqué la première, sûre qu'il était venu se moquer de son sort, et ne voulait pas qu'un type comme lui ait le dessus, surtout pas ce malade là ! Alors toute sa hargne était sortie, elle lui avait craché son venin comme si elle parlait à son jeune frère Piero ou alors à un domestique. Sauf que Colonna avait de la ressource et savait répondre. Ils n'avaient jamais pu s'entendre, trop différents, une vision des choses trop opposées, il n'y avait rien qui les reliaient et chacun le faisait bien ressentir à chaque fois qu'ils se voyaient. Et ce n'était pas près de se terminer, même si ni l'un ni l'autre ne savait qu'ils se retrouveraient à Versailles pour continuer leur incessante petite guerre !

Elle ne baissait pas les yeux face à Luigi, elle le fit rouge de colère, ce qui tranchait avec son ton cadavérique habituelle, elle le sentait tendu. Il semblait plus en colère que d'habitude, comme s'il avait atteint les limites qu'il s'était fixé. D'habitude, il arrivait à paraître plus posé, seuls ses yeux trahissaient son inimitié envers la Farnèse. Là, c'était son corps tout entier. Et les mots qu'il s’apprêtait à dire allait vraiment retourner la jeune femme.

« D'où me parlez vous sur ce ton ? Qui êtes vous sur cette planète pour oser contredire, insulter et être aussi mauvaise envers le monde entier ? Pour qui vous prenez vous ? J'en ai plus qu'assez de vos incessantes remarques, hautement déplacées pour une demoiselle de votre rang. Vous vous prenez pour le centre d'un monde inexistant. Vous n'avez AUCUNE éducation, vous ne respectez rien ni personne, pas même vous-même. Une fille sensée se résignerait à se marier quand les bons partis se présentent encore, car vous finirez avec un vieux, un ignoble personnage et cela sera bien fait pour vous. En vous voyant, il n'est finalement pas étonnant que Contarini ait décidé d'aller ailleurs, où il savait que l'herbe serait bien plus verte. »
« C'est bas Colonna. C'est indigne, même de vous … »


Si elle ne disait pas laquelle de ces insultes l'avait plus touchée, c'était bien la dernière. Toutes lui avaient fait du mal, comme des flèches plantées chacune son tour dans son cœur. Mais celle touchant à Francesco fut la pire. Cela faisait à peine une année qu'il l'avait lâchement abandonnée devant tout le monde, et si elle faisait semblant de vivre normalement, elle en avait gros sur le cœur. Les premiers mois furent terribles et si elle évitait d'y penser, les paroles du Colonna furent pire qu'un poignard en pleine cœur. Elle avait bien du mal à retenir ses larmes mais cela aurait pu bien se finir s'il s'était arrêté là. Seulement, il continua …

« Je n'ai pas plus envie que vous de ce mariage. De votre bonheur, je m'en moque. De celui de mon frère un peu plus. Mais vous savoir entre ces murs, vous supporter tous les jours, vous et vos jérémiades, vos minauderies perpétuelles. Vous savoir ici, je ne sais qui mourra le premier : vous à cause de la chaleur ou moi à cause de votre bêtise. »

Sans réfléchir, elle lui mit une gifle monumentale. Mouvement incontrôlé, comme un cri du cœur qui s'était mis dans sa main. Ce fut d'une rare violence, elle n'était pas du genre à frapper les gens. Mais là, c'était de trop.

« Je vous tuerais de mes mains ! »

Sofia ressemblait davantage à une furie en cet instant et commença à frapper Luigi, le pousser et lui balancer des insultes au visage. Il était allé trop loin, elle ne pourrait jamais lui pardonner. Et tandis que les deux se disputaient dans le jardin, le reste de la famille arriva. Les deux mères accoururent, mais ce fut Lorenzo Colonna et Alessandro Farnèse qui arrivèrent les premiers pour tenter de les séparer. En vain, Sofia voulait vraiment en découdre, elle était bien loin de l'image d'une princesse bien éduquée ! Peu importe en cet instant !

« Sofia, calmez vous ! » lança Alessandro en tentant de la retenir.

Pourtant la grande carrure du jeune homme fut mise à mal par cette petite sœur hystérique. Lorenzo, maîtrisa un peu plus rapidement son cadet. Le Farnèse enserra les bras autour de sa sœur et tenta de la calmer. Il la souleva légèrement de terre, elle battit des jambes comme pour s'enfuir dans les airs mais il fallait bien l'admettre : Alessandro était trop fort pour elle. Alors là voilà à se calmer, consentir à baisser enfin les armes. Le reste des familles arrivèrent enfin quand Alessandro se détacha de sa sœur qui semblait calmer et que Lorenzo fit de même avec Luigi. Sofia allait s'en aller, fit un pas, avant de faire soudainement volte-face, se trouvant devant son ennemi.

« Une dernière chose … »

Et avant même que quelqu'un ne réagisse, elle poussa Luigi qui atterrit dans la fontaine, les quatre fers en l'air, la tête dans l'eau. Il avait l'air de se débattre comme un beau diable alors qu'elle croisait les bras. Cela était de trop, le cardinal Farnèse vint gifler la jeune femme qui ne bronchait même pas, se contentant de masser sa joue, l'air contrariée. Mais la vue du jeune Colonna dans l'eau lui arracha malgré tout un sourire. Au milieu de tout cela, il y avait un brouhaha assourdissant, chacun se mettait à parler et Sofia ne cherchait même pas à écouter la moindre conversation, sauf celle qui lui sauta aux oreilles.

« Votre fille est folle, Médicis ! » hurla la mère Colonna qui prenait Luigi comme s'il s'agissait d'un petit enfants.
« Je vous interdis de parler de ma fille sur ce ton. Je pense que notre accord va s'arrêter là. »
« Je le crains, madame. »
répondit le cardinal Colonna, visiblement déçu, comme les autres cardinaux.
« Allez, venez mes enfants nous partons. »

Sofia, Alessandro et Piero se retirèrent, tandis que les deux oncles cardinaux restèrent auprès de la famille Colonna. La famille Médicis-Farnèse montèrent dans leur carrosse sans un mot. Personne ne parla tout au long du carrosse et chacun se dirigea vers ses appartements dans le palais familial. Alessandro rattrapa néanmoins sa jeune sœur, la prit par le bras.

« Sofia, qu'est qu'il vous a pris d'agir ainsi ? »
« Colonna a … dit des choses qu'il ne fallait pas. Il a commencé, j'ai riposté. Voilà tout. Si vous le voulez bien, je veux me reposer. »


Il la lâcha avec un hochement de tête entendu, puis lui fit un baiser sur le front. Sofia passa enfin les portes de sa chambre, retira tous ses bijoux et sa robe qui commençait à vraiment à l'étouffer. Une fois débarrassée de tout cela, elle s'habilla d'une chambre d'intérieur, se laissa tomber dans un fauteuil et, sans un bruit, laissa ses larmes couler. Même si elle ne voulait pas de ce mariage, voilà encore un qui s'envolait. D'un côté, Lorenzo Colonna n'était pas le mari idéal, et vivre sous le même toit que Luigi aurait été insupportable. Mais par principe … Puis elle repensa aux paroles du prince Paliano et, tout en essuyant ses larmes, elle parla à elle-même :

« Je me vengerais. »

Même si pour cela, elle devra attendre plusieurs années …

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PRINCESSE VENALE ✽
“Dans les contes pour enfants, les princesses donnent des baisers aux crapaud. Dans la vie réelle, les princesses embrassent les princes et ceux-ci se transforment en crapauds.”


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MessageSujet: Re: (Rome – 1659) Une mauvaise soirée romaine ...    15.02.12 12:17

« C'est bas Colonna. C'est indigne, même de vous … »

Il a été très loin, il l'avouerait après coup. Mais sous l'effet de la surprise et de la colère, Luigi n'avait pas mâché ses mots. Il en avait plus qu'assez que cette petite peste se prenne pour le centre du monde, qu'elle se pense au-dessus des lois et de tout le monde, quelqu'un devait la rappeler à l'autre vu que sa propre famille semblait la laisser faire. Colonna n'était pas le mieux placé pour lui faire la morale, il ne pouvait même pas venir en ami vu qu'ils ne se supportaient pas. Mais le prince détestait qu'on le prenne pour un imbécile ou qu'on l'insulte gratuitement. Donc, touché en plein cœur, le romain avait répliqué, plus méchant encore. Pourtant, il avait vu le regard noisette de la demoiselle s'embuer mais pour lui ce n'était que de la comédie, elle était italienne après tout, forcément un peu actrice. Cela aurait pu se terminer ainsi, après quelques insultes, il y aurait eu match nul. Mais Luigi devait vider son sac et avait continué jusqu'au point de non retour.

Un bruit sourd, suivi d'une douleur cuisante à la joue. Elle avait osé le gifler ! Sur son visage pâle, Luigi était horrifié qu'on le frappe ainsi. On ne levait pas la main sur un prince ! Encore moins quand on est fille de banquier ! Il porta sa main à sa joue endolorie sans quitter Sofia du regard. La petite fille triste était devenue une sauvageonne, la transformation était radicale !

« Je vous tuerais de mes mains ! »

Et elle lui sauta dessus pour le frapper ! Elle ne cessait de l'insulter en italien et tenter de le frapper. Il était hors de question pour Colonna de frapper une femme, aussi folle et détestable soit-elle ! Il contrecarrait les attaques mais la demoiselle avait de la ressource, et surtout un vocabulaire indigne dans la bouche d'une fille de son rang !

« Vous jurez comme une charretière, Farnèse ! Vous êtes une grande folle, digne de votre famille d'arriéré ! »

Non, il n'aidait pas du tout au dialogue et ce que je vous ai retranscris est sûrement la phrase la plus douce de leur altercation. Heureusement, les deux familles avaient accouru les séparer. Alessandro Farnèse prit sa sœur entre ses bras pour l'arrêter tandis que Lorenzo Colonna bloqua son jeune frère en lui saisissant les poignets. Luigi se calma plus vite que son adversaire mais dans son regard bleu-gris, toute la colère se lisait, chacun foudroyait l'autre du regard. Puis Luigi se dégagea de son frère, lissa ses vêtements et tenta d'avoir de la contenance face à tout ce monde qui semblait ne pas comprendre la situation. La jeune femme fut libérée de son étreinte et sembla s'être calmée à son tour.

« Une dernière chose … »
« Oui ? … Aaaaaaaah ! »


Le cri fut suivi d'un PLOUF ! Elle l'avait poussée dans la fontaine !! Il était tombé dedans à la renverse, ses longues jambes restaient en l'air, au sec et sa tête avait bu la tasse sous la surprise. Tout le haut de son corps avait pu goûter à la température de l'eau et eu bien du mal à relever la tête hors de l'eau car le fond de la fontaine glissait affreusement. Lorenzo lui porta secours rapidement. Luigi cracha de l'eau, toussota et n'entendit pas toute la conversation ni ce qui se passait vraiment. Essuyant ses yeux et ayant fini de tousser, il vit toute la famille Farnèse-Médicis tourner le dos et quitter le Palais, sauf les deux cardinaux qui discutaient avec l'oncle Colonna. Luigi fut à nouveau sur pied et sa mère vint à lui, prenant son visage dans ses mains, inquiète comme pas deux.

« Oh mon fils adoré, j'ai eu si peur ! Comment te sens tu ? Tu es tout pâle !! »
« Va bene mamma, ne t'en fais pas. »
« Va te changer, tu vas attraper froid ! »
« Nous sommes en mai, mamma. Je ne risque pas de … »
« C'est ça, fais ta tête de mule et attrape une maladie qui te clouera au lit. Fais tout pour faire tourner chèvre ta propre mère. »


Quelle tragédienne ! Ce ton si malheureux qu'elle employait avec son cadet lassait Luigi qui, après avoir roulé des yeux, quitta à son tour le jardin pour le Palazzo. Il retira sa veste et sa chemise à la porte pour les confier à un valet et grimpa les escaliers jusqu'à sa chambre. Il prit un serviette pour se sécher et tandis qu'un serviteur lui apportait une chemise, Colonna vit son oncle dans l'encadrement de la porte, le regard accusateur.

« Ne me dites pas que c'est ma faute si ce repas fut un désastre. »
« Il n'y a pas que le repas, mais aussi le mariage de ton frère. »
« Il ne perd pas au change. »
« Luigi ! Je t'adore, tu es mon neveu et un excellent secrétaire. Mais tu as un caractère trop emporté et tu es une tête brûlée de première, cela va t'attirer des ennuis. »
« Comme si cela n'était pas déjà fait … »
« Tu es incorrigible. Tu y laisseras ta vie … »


Girolamo Colonna avait parlé sérieusement tandis que Luigi prenait cela avait tant de désinvolture. L'homme en rouge leva les yeux au ciel et quitta la pièce tandis que Luigi se laissa tomber sur son lit. Son oncle n'avait pas tort, il commençait vraiment à cumuler les ennemis et un jour, cela lui retomberait sur le coin de la tête. Mais Sofia Farnèse ne pouvait pas être aussi dangereuse que cela, si ? L'avenir lui dira qu'il avait tort de lui avoir parlé comme ça, c'est qu'elle était rancunière la fille de banquier …


FIN

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MessageSujet: Re: (Rome – 1659) Une mauvaise soirée romaine ...    

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(Rome – 1659) Une mauvaise soirée romaine ...
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