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 Hyde en moi, Aïe pour toi, Hyde en toi, Aïe pour moi ! | Ferdinand - Hector

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MessageSujet: Hyde en moi, Aïe pour toi, Hyde en toi, Aïe pour moi ! | Ferdinand - Hector   Hyde en moi, Aïe pour toi, Hyde en toi, Aïe pour moi ! | Ferdinand - Hector Icon_minitime20.11.11 12:55

Hyde en moi, Aïe pour toi, Hyde en toi, Aïe pour moi ! | Ferdinand - Hector 1zmia95 & Hyde en moi, Aïe pour toi, Hyde en toi, Aïe pour moi ! | Ferdinand - Hector 1i1tfb

"L'ami, c'est celui qui vous aide à conquérir le monde."

« Messieurs, Versailles est vide ce soir. »

Aucune réaction. Les hommes de la garde royale, alignés en rangs bien stricts dans la salle commune des quartiers qui leur étaient assignés, se tenaient droit dans une raideur toute militaire et gardaient leur épée au flanc comme l’exigeait le protocole de présentation. La tête haute, le regard fixe, aucune émotion ne transparaissait sur leurs visages mais ils suivaient avec attention les paroles de l’homme qui se tenait devant eux. C’était un homme d’environ quarante ans, peut-être un peu plus, vêtu d’un costume sombre qui rehaussait parfaitement ses cheveux et sa barbe grisonnante qui lui mangeait la moitié du visage. Ses yeux sombres, au regard perçant mais comme fou tant il écarquillait les yeux en les dévisageant un à un, brillaient d’une lueur étrange, que certains auraient qualifiée de « démente », d’autres de « diabolique ». Il parlait avec volubilité et autorité, et l’on sentait qu’il n’avait pas l’habitude d’être désobéi.

« Toute la Cour a suivi le Roi pour ces feux d’artifice donnés de l’autre côté des jardins, autant vous dire que ça représente une sacrée trotte. Ils ne seront pas de retour avant le petit matin. Si les conspirateurs veulent agir, ils n’ont pas de meilleure occasion que celle-ci et croyez-moi ils le savent. Il va falloir rester très vigilants cette nuit, aussi je compte sur vous pour réagir au moindre élément suspect, et même à ceux qui ne le sont pas, est-ce bien clair ? Gardez les yeux et les oreilles grand ouverts, et si jamais vous voyez quoi que ce soit ne perdez pas de temps et agissez ! Je ne tolèrerai pas le moindre échec cette nuit en cas de problème messieurs. Mes instructions sont-elles bien claires ? »

Dans un bel ensemble, les gardes entonnèrent un « Oui Monsieur ! » qui résonna dans toute la pièce avec l’intensité d’un coup de canon. Un deuxième homme les observait, adossé au mur les bras croisés, un sourire énigmatique aux lèvres. Il était de haute taille, assez jeune encore, et tout en lui respirait l’esprit et l’efficacité. Sans mot dire, il fixait son collègue des yeux, approbateur. Apparemment satisfait, l’homme grisonnant fit claquer sa langue, leur souhaita bonne chance, et tourna les talons pour s’éloigner dans le couloir. Le deuxième homme sortit alors de l’ombre dans laquelle il s’était tenu durant toute la scène et rejoignit le premier à grands pas. Dès qu’ils furent hors de vue, le plus jeune s’adressa à l’autre à voix basse.

« Jolie performance, monsieur le Baron. Vous les avez bluffés une fois de plus. »

Une flamme amusée traversa le regard de Ferdinand, qui cessa de se tenir voûté, retrouva sa démarche souple habituelle et son regard brillant de malice en un quart de seconde. Son acolyte ne put réprimer un sentiment d’admiration devant les talents de comédien du Fou du Roi. La métamorphose ne tenait au fond qu’à quelques accessoires de déguisement –en l’occurrence une fausse barbe et une perruque- mais tout son talent d’acteur résidait en ce qu’il semblait capable de transformer sa physionomie toute entière en adoptant des postures, des mimiques, des expressions qui n’étaient pas les siennes, pour devenir un personnage à part entière. Personne, sous cette barbe et cette perruque, n’aurait pu deviner la présence du Baron d’Anglerays, tant ce vieillard un peu fou en était dissemblable.

« Ravi que ma petite performance vous ait plue, Matthieu. Espérons qu’elle trompera nos ennemis aussi efficacement qu’elle a trompé vos hommes. » « Vous craignez donc bel et bien quelque chose pour cette nuit ? » « Mon cher, s’ils ne tentent rien cette nuit, ou bien ils sont tout à fait idiots, ou bien je n’ai plus rien à faire dans le métier ! »

Matthieu hocha la tête et salua le Baron avant d’aller retrouver ses hommes pour leur donner ses dernières instructions. Ferdinand ne perdit pas de temps et retrouva immédiatement son attitude de vieil illuminé. Le déguisement faisait partie intégrante de son artillerie, et on sous-estimait si vite un homme courbé, plus tout jeune et boitillant… Un sourire sardonique éclaira son visage sous sa fausse barbe. Oui, être sous-estimé était décidément un bien précieux atout dont hélas on n’usait pas assez… Ou bien heureusement ? Laissant là ces considérations, Ferdinand prit le chemin des appartements du Roi. S’il y avait bien un endroit où il craignait que quelque chose n’arrive, c’était ici. Il y avait dans sa chambre comme dans son bureau de nombreux papiers importants, des lettres intimes, des objets de valeur, des plans de guerre et de navigation, bref une vraie caverne d’Ali Baba pour tout conspirateur qui se respecte. Ferdinand laissait aux gardes le soin de surveiller le palais, lui préférait se charger personnellement de ce point délicat. Dans son métier d’espion, il était plutôt du genre paranoïaque, à se méfier de tout et de tout le monde et à ne faire confiance qu’à ses propres capacités qu’il savait adéquates. Le jour, il était le Fou du Roi, et évoluait entouré de la Cour, ne pouvant faire ses plaisanteries qu’en société. La nuit, c’était un einzelgänger, un espion qui agissait presque toujours en solo. L’adage « on n’est jamais mieux servi que par soi-même » lui convenait à merveille, il s’en était aperçu au fil de ses expériences avec ses collègues…

Ferdinand bifurqua au détour d’un dernier couloir et arriva devant la porte des appartements de Louis XIV. Jetant un coup d’œil furtif à droite, puis à gauche, puis dans son dos pour s’assurer qu’il était seul, il sortit de sa poche le passe-partout qui lui donnait accès à la plupart des pièces du palais, y compris celles-ci. La clé tourné dans la serrure avec un déclic, et il entra sans un bruit avant de refermer la porte à clé tout aussi silencieusement. Parfait.
Dos à la porte, il parcourut rapidement, ou plutôt scanna la pièce des yeux. Aucun mouvement, et tout était silencieux. A pas de loups, ombre mouvante parmi les ombres, il se glissa dans chacun des pièces pour continuer son inspection. Au bout de quelques minutes il en conclut qu’il était bel et bien seul. Il s’approcha d’un mur non loin du bureau du Roi qui faisait face à la porte d’entrée des appartements, et s’assurant toujours de n’entendre aucun bruit, l’inspecta rapidement à tâtons avant d’enfin trouver la rainure qu’il cherchait. Il y planta les ongles et parvint enfin à faire pivoter la porte cachée sur ses gonds. Il était très difficile de la voir de l’extérieur car elle ne comportait pas de poignée, et l’intérieur ressemblait à un petit réduit tout juste assez grand pour contenir un homme debout. Néanmoins, c’était un excellent poste d’observation, car l’espion ainsi dissimulé lui, pouvait voir par la rainure et bien sûr entendre… Il en avait eu l’idée en lisant les mémoires de son grand-père Chicot, qui avait par le passé usé de la même ruse avec succès. Le tout était bien sûr de ne pas se faire entendre.
Ainsi invisible, il attendit. Combien de temps patienta-t-il, il l’ignorait. Il était si attentif à tout ce qui pouvait se passer que le temps n’avait aucune emprise sur sa patience. Ce ne fut que vers les alentours de deux heures du matin que les choses commencèrent à bouger.

Un léger déclic se fit entendre. Ferdinand dressa l’oreille et plissa les yeux pour distinguer, à travers la rainure, la porte d’entrée s’ouvrir lentement et laisser la place à un personnage dont il ne pouvait encore tout à fait distinguer les traits. Toujours aussi immobile, il le suivit des yeux alors que l’intrus regardait autour de lui avec la même attention que lui quelques heures plus tôt. Il s’approcha de la porte du bureau et en fit jouer la serrure. Disposait-il lui aussi d’un passe-partout ? Ou bien crochetait-il les serrures ? Il y avait là un mystère intéressant à éclaircir. S’il avait un passe-partout, il s’agissait soit d’un traître qui y avait accès, et un traître de la plus belle espèce car peu de gens y avaient droit, soit il s’agissait d’un voleur de haute cambriole… Ce qui intéressait tout autant notre cher Fou. A l’affût du moindre bruit, il écouta. Des bruits indistincts lui parvenaient du bureau de Louis XIV, et Ferdinand en déduisit qu’il était en train de fouiller. Cherchait-il quelque chose de précis ? Tâtant la poche à l'intérieur de son pourpoint, il s'assura de la présence de son pistolet. Autant parer à tout éventualité. Il décida enfin de sortir de sa cachette et profita que l’autre ne pouvait le voir pour ouvrir la porte tout doucement et la refermer avec la même prudence. Ainsi sorti de son mur, il s’approcha furtivement de l’encadrement de la porte du bureau du Roi. Reprenant son attitude d’illuminé grisonnant, il fit encore un pas, s’arrêta, et prit une courte inspiration avant de lancer d’une voix contrefaite, autoritaire et rauque :

« La curiosité est un bien vilain défaut ! »
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MessageSujet: Re: Hyde en moi, Aïe pour toi, Hyde en toi, Aïe pour moi ! | Ferdinand - Hector   Hyde en moi, Aïe pour toi, Hyde en toi, Aïe pour moi ! | Ferdinand - Hector Icon_minitime08.12.11 17:18

Etape n°1

Se montrer au roi, ne serait-ce qu’une minute. Il fallait absolument qu’il le voit à cette fête grandiose pour ne pas que les soupçons se portent sur lui dès le lendemain. Cela l’aurait grandement étonné, mais on n’est jamais trop prudent. Si beaucoup de conspirateurs avaient manqué leur coup dans l’histoire, n’était-ce pas par leur manie de s’accorder bien trop de confiance ? Si Hector avait sa fierté, il n’était pas si imbu pour se moquer des caprices du hasard. Bien au contraire il tentait de les étouffer au mieux. Tout contrôler, tout calculer pour ne pas subir le moindre contrôle. Prudence s’allie mal avec la prétention. Ce soir-là plus que jamais il devait user de la première et faire taire la seconde. Chapeau à plumes sous son aisselle, il s’avança par conséquent vers son cousin bourbon et le salua bien bas.

« Soyez le bienvenu mon cousin. Que pensez-vous du feu d’artifice que j’offre à la cour ? Vous êtes un Valois ce qui est synonyme de raffinement en soi. J’aimerai votre avis. »
«Votre Majesté a toujours eu l’art de faire de chaque festivité, un évènement unique. Cela dépasse de beaucoup, les quelques pétarades offertes par Fouquet à Vaux le Vicomte. »

Louis eut un sourire satisfait. Le souvenir cuisant de son humiliation chez l’ancien Surintendant des finances le poursuivait toujours. Hector savait caresser son cousin dans le sens du poil en jouant sur sa corde sensible : son orgueil. Le compliment d’autant plus mémorable, le chef de la Main de l’Ombre saurait se conserver dans l’esprit de l’usurpateur en cette nuit bien spéciale. Il demeura encore quelques instants faisant semblant de s’intéresser à ces jets de lumières, lorsqu’il aperçut Colbert.

« Sire le coût de ces festivités ...»
« Pas maintenant Colbert !»

Le roi le salua d’un bref hochement de tête et ennuyé par une énumération de chiffres s’éloigna pour rejoindre une cohorte de courtisans. Le duc de Valois l’œil pétillant de malice alla présenter ses hommages à la reine, à Monsieur et à quelques hauts dignitaires avant de s’engouffrer dans la nuit. Direction le château bien entendu !

Etape n°2

Se rendre auprès du cuisiner chargé de préparer une jolie mixture aux gardes. Drapé dans son manteau noir, masqué déjà de son loup il tapa trois coups brefs et deux plus espacés à l’une des portes de service. Un homme à la mine patibulaire et au tablier sanguinolent passa son nez dans l’embrasure.

« Qu'est ce que c'est ? »
«Le roseau plie mais ne rompt pas ! »

Le domestique fut convaincu pour de bon, grâce à ce message codé, qu’il s’agissait de son patron. Il le laissa rentrer. A l’intérieur au dessus d’un grand feu, une marmite de ragoût mijotait.

«C’est prêt ?»
«Le commis va faire le service dans la salle d’armes des gardes dans dix minutes, puis il fera la même chose pour la relève dans une demi-heure, comptez une heure Monseigneur et vous entendrez ronfler d’un bout à l’autre du château ! »

Hector sourit satisfait. Il fouilla dans son pourpoint et en sortit une bourse grassement garnie, qu’il fait sauter légèrement dans sa paume.

«Bien … Voilà pour ton labeur, te taire et surtout DISPARAITRE ! »

Le duc lança la bourse à son heureux propriétaire ! L’autre la reçut avec un rire grossier propre aux gueux que l’on corrompt aisément.

«Rassurez-vous je crèverai mon cheval et après je ramerai jusqu’en Angleterre moi-même s’il le faut. »
«Le plus tôt possible ! »

La fermeté du ton d’Hector fit comprendre à l’homme qu’il s’agissait d’une menace déguisée. Sur ces entrefaites Valois sortit et alla se dissimuler entre deux parterres de bosquets.

Etape n°3

Attendre une heure ! Autant utiliser ce laps de temps pour resonger à son plan audacieux. Pour ce genre de mission, il n’aurait pu déléguer à quiconque malgré la confiance qu’il portait à Gabrielle ou encore à Cédric. L’affaire était trop grave et trop importante, il s’était donc préparé à la remplir lui-même. Ca faisait des mois qu’il n’attendait plus que l’opportunité. Il allait en coûter cher au bourbon de donner ses petites fêtes ! Son but était simple comme bonjour. Apposer les armoiries du roi sur un édit visant à le rendre terriblement impopulaire. La fausse maison d’édition dont Hector changeait le siège social chaque semaine se chargerait de publier le tout en des milliers d’exemples. Tout se propagerait comme une traînée de poudre dont la mèche est allumée. Il allait faire sauter le bourbon de son trône par d’autres moyens que des attentats. Un attentat n’était absolument pas dans ses pensées, on aurait tôt fait de plaindre le bourbon et de l’aimer d’autant plus. Ce n’était pas son désir, Hector voulait qu’on le haïsse !

Le duc posa son regard sur le cadran solaire ! C’était l’heure. Pour parvenir à accréditer son faux édit, il lui fallait faire main basse sur les sceaux du royaume, dix petites secondes, mais pour cela il devait arrivait jusqu’au bureau. Or si toute la cour en bons moutons de panurge avait suivi leur maître, les gardes représentaient un obstacle … Tout au moins jusqu’à maintenant. Hector pistolet et dague en mains sous son manteau, s’engouffra à pas de loups à l’entrée du palais. A chaque soldat qu’il croisait, il assenait un bon coup sur le crâne, tout en évitant qu’ils ne s’écroulent en un tintamarre qui aurait paru suspect. Il fallait s’assurer qu’ils ne leur jouaient pas un tour en feignant le sommeil, ce coquin de cuisinier pouvait l’avoir trahi. Une racaille tenue par l’argent est capable de tout. Tout jusqu'à maintenant se passait à merveille ! Il crocheta la serrure et tourna la poignée du bureau sans qu’âme qui vive ne le surprenne ou lui mette des bâtons dans les roues. Il éviterait de tuer ce soir ! Le plus dur était passé.

Une fois sur place, il scruta par prudence les alentours. Personne. Le silence. A la lueur de la lune seule, il se mit en conséquence à fouiller dans les dizaines de tiroirs. Parchemins, plumes, encriers, dossiers, il tentait de ne rien vraiment déplacer. Il ne s’agissait pas de mettre à sac mais au contraire de laisser tout en place, pour mieux créer la surprise lorsque la loi paraîtrait aux yeux du monde.Il avait dû malgré tout faire un peu trop de bruit, car cela lui avait masqué les pas de son futur adversaire.

« La curiosité est un bien vilain défaut ! »

C’était bien peu connaître le maître de la Main de l’Ombre, s’il s’était senti pris au piège comme un vulgaire rat ! Le sang-froid était une de ses vertus et il n’avait pas le temps de narguer, de balbutier ou de tergiverser. Quant à sa mission il la remettrait à plus tard même si cela signifiait des années plus tard. Cet homme ne savait pas précisément ce qu’il était venu chercher. Il fallait parer au plus pressé et ne pas s’obstiner. Avec une vitesse digne d’un léopard il se baissa et se protégea grâce au mobilier d’une éventuelle balle, puis il profita de l’obscurité pour fondre sur l’intrus. Sa roulade et son élan le portèrent très vite à sa hauteur.

« Je ne vous le fais pas dire ! »

Le malheureux espion reçut aussitôt un violent coup de pied sur le diaphragme qui le fit chuter immanquablement et coupa sa respiration quelques instants. Quelques instants qu’Hector venait de mettre à profit pour passer dans l’antichambre voisine et ouvrir la fenêtre à la volée. Il sauta malgré la hauteur et la douleur ressentie une fois les pieds sur la terre ferme, puis courut à en perdre haleine. Il se pensa sauf.
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MessageSujet: Re: Hyde en moi, Aïe pour toi, Hyde en toi, Aïe pour moi ! | Ferdinand - Hector   Hyde en moi, Aïe pour toi, Hyde en toi, Aïe pour moi ! | Ferdinand - Hector Icon_minitime25.12.11 13:35

Si l’on avait souvent reproché à Ferdinand son immanquable insolence et son audace, il ne se les était jamais reprochées à lui-même, bien qu’elles aient déjà eu le don de l’embarquer dans des situations improbables et parfois bien risquées. Après tout, un mot de travers ne lui avait-il pas valu de solides menaces de ce cher Ulrich de Sola ? Cependant il s’en était toujours sorti d’une habile pirouette ou par quelque tour bien calculé ; car s’il était fanfaron et bien téméraire, il savait aussi faire preuve d’un sang-froid et d’une prudence qui confinaient parfois à la paranoïa. A Versailles, on n’était pas espion et bouffon sans se munir de quelques précautions. Si sa personnalité tendait à lui attirer des ennuis, c’était elle aussi qui savait le tirer des mauvais pas, et cette soirée ne devait –ne pouvait pas !- faire exception à la règle !
Il ne s’était cependant pas attendu à un adversaire aussi rude. A peine avait-il achevé sa phrase qu’il vit son vis-à-vis se baisser puis bondir sur le bureau avec l’agilité d’un chat qu’il ne s’était pas imaginée en le voyant de dos. Une alarme retentit dans son cerveau lorsque son adversaire se trouva à à peine un mètre de lui.

« Je ne vous le fais pas dire ! »

La surprise qui l’avait saisi l’espace d’une seconde ou moins le trahit, et il ne fut pas assez rapide pour éviter le coup que lui porta l’énigmatique homme en noir. Il n’avait pu distinguer ses traits dans la pénombre, mais la pensée lui vint qu’il devait être assez jeune et vigoureux, juste avant d’être effacée par le choc et la douleur qui le plièrent en deux. Des taches noires dansèrent devant ses yeux alors qu’il tentait désespérément de se rattraper à la table pour ne pas s’écrouler tout à fait. La tête lui tourna alors qu’il cherchait sa respiration que le coup lui avait proprement coupée, et il enragea en distinguant vaguement les pas de l’homme s’éloigner. Mais il lui semblait que sa cage thoracique était broyée et que ses poumons le brûlaient, et lorsqu’il essaya de s’élancer à sa poursuite ce fut comme si une main invisible enserrait ses voies respiratoires pour empêcher toute arrivée d’air et une vive douleur le prit à la poitrine. Grimaçant, il fut bien forcé de s’asseoir –ou plutôt de se laisser tomber sur une chaise- en attendant de recouvrer sa respiration et ses esprits. Il se maudit intérieurement. Tudieu, voilà bien un diable d’homme pour le mettre hors-jeu en un seul coup ! Et lui, que n’avait-il été plus prudent, et surtout plus rapide pour éviter ce coup fulgurant ! Pendant qu’il restait là comme une marionnette cassée, l’autre se faisait la malle ! Il était tout bonnement furieux.
Et pourtant… Il se prit à sourire. Si l’espion en lui se reprochait son imprudence, le Fou ne faisait que s’en amuser. En voilà un rude gaillard ! Au tapis l’Intouchable ! Alors cher Fou, on fait moins le malin ? Si Ferdinand était doté d’une bonne dose d’orgueil, il avait aussi beaucoup de dérision et savait s’amuser de ses propres ennuis… Tant qu’il savait qu’il pouvait s’en sortir. Et si la situation actuelle paraissait critique, elle n’en n’était pas désespérée pour autant. Allons donc, allait-il lui se laisser battre en un seul coup, sans répliquer ? C’était mal le connaître ! Le château était plein des gardes et des Cent-Suisses, et il en connaissait lui-même chaque recoin comme sa poche. Ou que son adversaire soit allé, il le retrouverait, foi de Gascon !

Fort de cette certitude, et boosté par son inépuisable énergie et sa fierté qui l’empêchait d’envisager la moindre défaite, il retrouva rapidement sa vaillance habituelle et s’élança à la poursuite de son assaillant, suivant la piste laissée par les portes ouvertes à la volée. Apercevant une fenêtre ouverte, il s’y précipita et jeta un œil au travers, repéra rapidement la silhouette du fuyard s’enfuir vers les jardins. Il hésita un dixième de seconde à se lancer à sa suite, puis opta pour une autre solution. Il fit demi-tour et regagna les couloirs, à la recherche de plusieurs gardes pour l’aider à verrouiller la zone et dénicher d’éventuels complices qui auraient pu être dissimulés dans le château ou à l’extérieur. Il déboula dans un corridor où il savait pouvoir trouver quelques hommes mais le spectacle qui l’y attendait lui arracha une exclamation furieuse. Cinq gardes, tous de rudes hommes, gisaient épars inconscients sur le sol. S’accroupissant auprès de l’un d’eux, il l’inspecta rapidement et… Sursauta en entendant le ronflement qui suivit. Il n’en croyait pas ses yeux ni ses oreilles. Il DORMAIT ? D’un bond il se trouva aux côtés du second et fit le même constat. Proprement ahuri, il comprit que l’autre avait rudement bien préparé son coup. Endormir tous les gardes, en voilà une audace ! Et lui-même ne l’avait pas vu venir ! Mais aussi quelle bande d’idiots de ne pas s’être méfiés ! Les somnifères ajoutent toujours un goût particulier aux aliments, même infimes ! A la moindre particularité ils auraient dû se méfier ! Idiots, idiots, IDIOTS ! Fulminant contre ses hommes, il acquit aussitôt la conviction qu’il ne pourrait compter sur personne d’autre que sur lui-même pour rattraper son homme et éventuellement faire face à ses comparses. Et bien soit ! se dit-il en bondissant sur ses pieds et s’envolant presque jusqu’à l’antichambre qu’il avait quittée une minute plus tôt. Ne disait-on pas qu’on n’était jamais mieux servi que par soi-même ? Il allait se le prouver une fois de plus !
Arrivé à la fenêtre fatidique, il n’attendit pas une seconde de plus avant de sauter, empruntant le même chemin que le voleur précédemment. Ignorant la plante de ses pieds douloureuse, il se rua sur les traces qu’il pouvait distinguer dans l’herbe. La chasse –car c’était bien de cela qu’il s’agissait- pouvait commencer.

Il avait pris trop de retard, il ne pouvait plus voir son mystérieux gaillard mais l’herbe foulée puis le gravier dérangé –il connaissait des jardiniers qui allaient râler au petit matin…- constituaient une piste suffisante. Dans sa fuite, l’autre n’avait pas pu prendre le temps d’effacer ses traces, et c’était heureux pour lui ! Le fin limier du Roi, comme il arrivait qu’on l’appelle dans la profession, pouvait laisser libre cours à ses talents ! Il parcourut les bosquets en un rien de temps et rejoignit l’allée centrale sur laquelle se poursuivait le trajet de son adversaire. La nuit n’était pas si noire, car la Lune était presque pleine et il n’y avait presque pas de nuages pour en étouffer la lueur. Seul le bruit de sa course sur le gravier perturbait le silence qui régnait, intrus agité dans la calme atmosphère qui reprenait ses droits toutes les nuits. Il fila comme une flèche, dévalant la pente de la grande allée. Ses pieds touchaient à peine terre alors qu’il frôlait le rebord des fontaines afin de ne pas perdre de temps en zigzags inutiles et rattraper chaque centimètre perdu sur son adversaire. Son diaphragme malmené continuait de lui faire mal, mais l’adrénaline qui circulait dans ses veines lui faisait oublier la douleur qui n’était désormais plus qu’une lointaine compagne. Etrange spectacle que ce faux vieillard qui contournait ou bondissait au-dessus des obstacles avec l’agilité d’un écureuil et la rapidité d’un lièvre ! Mais son curieux ennemi n’était pas en reste, car il avait bien du mal à réduire la distance qui les séparaient. Sa curiosité et sa détermination ne s’en trouvaient que plus avivées : qui se cachait donc sous ce costume aussi sombre que le ciel nocturne ? Un rictus se dessina sous sa fausse barbe alors qu’il regagnait du terrain. Oui, décidément, voilà bien un adversaire à la mesure du Fou ! Son côté espion et son côté bouffon s’accordaient pour trouver la scène à leur goût : l’un se réjouissait de peut-être mettre la main sur une grosse huile des comploteurs, l’autre… Avait simplement le goût du jeu, aussi inconsidéré cela soit-il !

Ils atteignirent le Grand Canal. Suivant son adversaire sur la rive gauche, il parvint à réduire encore la distance qui les séparait à quelques mètres à peine. Encore un petit effort et il l’aurait ! Ignorant ses poumons encore brûlants, il fit appel à toutes les forces de ses jambes et donna un coup d’accélération qui acheva de le mettre à portée du poursuivi. Se doutant bien qu’avec un « Halte ! » il n’obtiendrait que peu de résultats, il n’attendit pas que son adversaire se retourne pour se jeter sur lui. Ils roulèrent tous les deux à terre et cette fois il ne se laissa pas prendre au dépourvu. Alors que l’autre faisait mine de se relever, Ferdinand lui porta aussitôt un coup de poing à la mâchoire, espérant l’assommer. Las, il avait affaire à aussi coriace que lui, et la bataille s’annonçait rude ! Ne laissant pas à l’autre le temps de se relever, il bondit de nouveau sur lui dans le but de l’immobiliser, et surtout de le démasquer… Et cette fois, il n'y avait plus de place pour les sarcasmes.
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MessageSujet: Re: Hyde en moi, Aïe pour toi, Hyde en toi, Aïe pour moi ! | Ferdinand - Hector   Hyde en moi, Aïe pour toi, Hyde en toi, Aïe pour moi ! | Ferdinand - Hector Icon_minitime08.02.12 15:30

Ainsi le satané Bourbon n’avait pas que des bras cassés dans ses espions ! Pourtant le duc de Valois en avait croisés pas mal depuis qu’il avait créé son diabolique enfant, son joyau : la Main de l’Ombre. Ça en était pathétique même. Louis XIV ne garderait pas longtemps son trône avec des minables pareils à ses côtés. Pour son plus grand plaisir bien entendu, il n’allait pas s’en plaindre. Mais enfin La chose étant donc rare, il fallait la souligner. Hector n’aimait pas l’échec mais il savait reconnaître la valeur d’un ennemi et le blanc bec qui venait de lui ruiner son affaire, était un petit malin. Une personne efficace. Quelqu’un qui avait su devancer une éventuelle opération clandestine et le surprendre. Ça ne courrait pas les rues.

Dommage cependant que les neurones de ce monsieur ne fassent pas le poids face à son agilité. En clair, il s’agissait d’un beau match nul entre les deux hommes. L’autre devait se tordre de douleur après que son pied bien placé lui ait broyé les entrailles. Il ne le reverrait pas de sitôt. Finalement, ça n’avait pas été difficile de se débarrasser de ce gêneur. Encore un petit effort physique mes chers espions, pensa-t-il, goguenard et en faisant claquer sa langue contre ses dents. Confiant, trop peut-être Hector avait ralenti l’allure de de sa course. Un sourire aux lèvres, il fit alors mine de se balader tranquillement. Il haïssait Versailles de toute son âme, car ça n’était ni plus ni moins que le berceau du pouvoir de son cousin, mais le comploteur en appréciait les jardins.

Il n’entendit que fort tard, des pas précipités se dirigeaient vers lui. Ah ! Les choses recommençaient à se corser. Mais au final, un peu de piment et une touche d’amusement ne pourraient qu’être salutaire ! Las de ne rencontrer aucun obstacle digne de ce nom, il était ce soir exaucé. Il achèverait sa proie après l’avoir bien promenée, c’était aussi simple que ça ! Oui il ne fallait pas se tromper de cible, il était traqué, cela dit connaissant le duc de Valois, il redeviendrait vite le fauve aux dents longues. Un sourire aux lèvres, Hector se remit donc à courir et atteint ainsi les bords du grand canal. Laissant sciemment à son adversaire rattraper un peu de terrain sur lui, il se réjouissait à l’avance du combat qui allait les opposer, en espérant que ça serait difficile. Les missions faciles le faisaient parfois déprimer.

L’existence d’un maître du complot politique laissait peu de place à l’altercation au corps à corps ! Penser, planifier, recruter, ordonner, Hector de Valois manquait cruellement d’exercice. Il ne savait pas à quel point il allait être servi.

Il commença à le comprendre lorsque le faux vieillard se jeta sur lui. Voltige digne d’un acrobate ! Décidément cet homme lui plaisait ! Il roula donc à terre avec lui et entendit sa mâchoire s’entrechoquer sous un coup de poing magistral. D’accord ! Le petit malin allait en être pour ses frais ! Puisqu’il était maintenu à terre, il profita du geste malheureux et typiquement curieux qui visait à le démasquer. Grossière erreur, dégageant un de ses bras, il porta sa main sous le menton de l’espion et poussa dangereusement, jusqu’à ce que la tête de ce dernier ne supporte plus d’être ainsi renvoyée en arrière. Encore joueur, il profita de l’avoir un instant déstabilisé pour se relever en un bond, et le narguer.

« La curiosité est un vilain défaut l’ami ! On ne te l’a jamais appris ? Mais bon je veux bien être bon prince et te laisser une chance de t’en sortir encore en vie ! »

De là il ôta avec cynisme le poignard qui était à l’intérieur de sa botte et le fit valser au loin.

« Ca sera donc à la façon des brutes ! »

Sachant pertinemment que parler déconcentrait n’importe qui l’espace de quelques secondes, il lui décocha à son tour un coup de poing, qui envoya l’autre dans les bosquets. Il vola presque sur son corps débattant.

Néanmoins, il ne fut pas en reste non plus et il saigna bientôt lui-même du nez. Il allait avoir fière allure à l’hôtel de Valois. Heureusement une personne aussi riche que lui pouvait aisément subir quelques vols. Il arrangerait bien une petite histoire à accuser les gueux et à se faire plaindre auprès de son cousin. L’ironie de la scène déjà imaginée dans son esprit le déstabilisa et son adversaire prit à nouveau l’avantage. Il recommença à se voir proprement corrigé par l’homme ! Oui mais non, il n’allait pas finir dans la poussière comme un misérable ! Finis la comédie et le jeu ! Un coup de genou sur son torax, lui offrit assez de pression pour se retrouver en quelques secondes sur lui. Ses mains autour de son cou, il commença à serrer lorsque la barbiche grisâtre se décolla du menton de … FERDINAND !

« NON ! »

Le choc fut intense ! Il était sur le point d’étrangler Ferdinand ! Ferdinand appartenait au Bourbon ? Ce non fut un cri, le cri du cœur ! Car aussi étrange que cela puisse paraître, à cet instant précis, c’était bien son cœur qui avait été ébranlé et pas qu’un peu. Assez en tout cas pour laisser définitivement à l’espion l’occasion de l’achever !
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MessageSujet: Re: Hyde en moi, Aïe pour toi, Hyde en toi, Aïe pour moi ! | Ferdinand - Hector   Hyde en moi, Aïe pour toi, Hyde en toi, Aïe pour moi ! | Ferdinand - Hector Icon_minitime18.02.12 19:27

Au milieu d’un parc versaillais plus silencieux qu’un cimetière, personne n’aurait pu se douter de la bataille redoutable qui était en train de se dérouler à l’abri des regards. Et de fait, on pourrait hésiter à appeler cette altercation une bataille, puisqu’elle n’impliquait en tout et pour tout que deux hommes et pourtant… Ce devait être l’une des plus grandes batailles de leurs vies, et surtout l’une de leurs plus grandes défaites. Ni l’un ni l’autre ne devait en sortir réellement vainqueur, mais tous deux perdraient quelque chose ce soir, bien qu’ils ne s’en doutaient pas encore. Pour le moment, bien qu’ils ne le sachent pas non plus, c’était un combat au sommet, le duel des Titans : le Fou du Roi contre le chef de la Main de l’Ombre ! Ni l’un ni l’autre ne connaissaient leur identité respective, mais Ferdinand savait par instinct qu’il n’avait pas affaire à n’importe qui, et la capture de cet homme n’en était que d’autant plus importante. Il se faisait rarement mettre à terre, et celui-ci y était arrivé d’un coup de pied et n’avait pas l’air de vouloir s’arrêter là !
Grimaçant sous la pression du bras tendu de son adversaire sous son menton, il essayait tant bien que mal de s’en dégager mais son bonhomme connaissait son affaire. Ferdinand ne payait peut-être pas de mine comme ça, mais enfin il savait se battre et nombreux étaient ceux qui pourraient en témoigner en se souvenant amèrement des coups qu’il avait pu leur donner ! En étant espion ET le casse-pieds de la Cour, il valait mieux savoir se défendre contre d’éventuels agresseurs. Epée, dague, poings, pieds, poutres, chaises… Tout y était passé et il ne doutait pas de devoir inventer de nouvelles techniques tôt ou tard : l’improvisation ne faisait-elle pas partie intégrante de ses deux métiers ? Pour le coup, avec cet adversaire, il était servi ! Il en avait rencontré des costauds, mais celui-là avait quelque chose de différent : contrairement aux autres, il utilisait aussi sa tête !
Il finit par échapper à son emprise et se releva promptement avec la même agilité dont il avait lui-même fait preuve quelques instants auparavant. Quel diable d’homme était-ce donc qu’il avait en face de lui ?

« La curiosité est un vilain défaut l’ami ! On ne te l’a jamais appris ? Mais bon je veux bien être bon prince et te laisser une chance de t’en sortir encore en vie ! » lança l’autre pendant qu’il se relevait à son tour en le dévisageant avec intensité, comme s’il pouvait voir à travers ce maudit loup et reconnaître les traits de son adversaire.
« Sa Seigneurie est trop aimable mais il y a comme un air de répétition, vous ne trouvez pas ? » rétorqua-t-il en faisant référence à leur très court dialogue d’un peu plus tôt.

Un réflexe le poussa à porter la main à sa ceinture où se trouvait une dague lorsqu’il vit une lame briller dans la main de l’autre, mais celui-ci dissipa vite ses craintes en lança son arme au loin, faisant hausser un sourcil au Fou qui commençait à se demander si son adversaire ne l’était pas aussi.

« Ca sera donc à la façon des brutes ! » continua-t-il d’un ton goguenard qui aurait pu être le sien.
« Mordieu, vous me plairiez presque vous ! A la façon des brutes, donc ! » s’exclama-t-il avec une joyeuse férocité en jetant son propre poignard derrière lui.

C’était un geste purement suicidaire, nous en conviendrons volontiers. Après tout, qu’est-ce qui lui prouvait que son adversaire n’avait pas une deuxième lame planquée dans ses habits, prête à être dégainée dès qu’ils seraient de nouveau aux prises l’un avec l’autre ? Cette éventualité avait traversé l’esprit du Fou, mais il n’y avait pas prêté une grande attention. Ce combat le ravissait, il devait bien le reconnaître, et si on lui proposait de passer à la vitesse supérieure… Ma foi avec grand plaisir ! Le tout était de sortir vainqueur de la confrontation pour ramener un morceau de choix à la Reynie et avoir au moins une bonne nouvelle à annoncer au Roi.
Mais tout à ses réflexions il en perdait de la concentration, qui ne lui fut rendue qu’en se voyant à nouveau mettre au tapis par un coup de poing trop bien placé qui le fit basculer dans un bosquet. L’instant d’après il sentait le poids de l’autre l’immobiliser alors qu’il cherchait à se relever. Presque par réflexe il réussit à lui donner un coup de coude dans le visage qui le déstabilisa un quart de seconde, juste le temps pour lui de dégager son autre bras et repousser brusquement son épaule pour l’écarter de lui. Enfin libre de ses mouvements, il roula aussitôt pour le dominer à son tour et tenter de le neutraliser mais il se débattait avec fureur et ne lui rendait pas la tâche facile. Un nouveau coup de genou dans sa cage thoracique –décidément !- lui coupa la respiration et lui arracha une grimace de douleur alors qu’il étouffait un juron, et son ennemi reprit l’avantage. Ses forces semblaient avoir d’un seul doublé, à moins que ce ne soit lui qui commence à s’épuiser ? Hors de question, il ne pouvait PAS se faire battre ici et maintenant, aussi près du but ! Pourtant la lutte prenait lentement des airs désespérés, à mesure qu’il sentait la poigne de fer de l’homme masqué se refermer sur sa gorge et qu’il appuyait toujours sur ses côtes avec son genou, menaçant de lui écraser les poumons s’il ne dégageait pas tout de suite.
Pour une fois, il était sérieusement dans le pétrin.
Pourtant un évènement imprévu sembla offrir un nouveau retournement de situation. Il sentit sa fausse barbe partir, révélant son visage à son adversaire… Et provoquant chez lui une réaction à laquelle il ne s’attendait pas.

« NON ! »

Non ? Un éclair d’incompréhension passa dans ses yeux bruns, mais l’occasion était trop belle pour qu’il la laisse s’échapper ! Dans un effort décuplé par l’urgence de la situation, il le repoussa de toutes ses forces, l’envoyant à quelques pas de lui mais juste avant son décollage il tendit la main vers son visage et parvint à agripper par un quelconque miracle la lanière de son masque qui resta dans la main de l’espion. L’autre était désormais à terre lui aussi, et Ferdinand en profita pour se jeter de nouveau sur lui avec cette fois l’intention ferme de le mettre hors d’état de nuire ! C’est donc au-dessus de lui et le poing déjà levé et prêt à partir que le Fou vit enfin le visage de son adversaire… Et sentit son cœur tomber très bas dans sa poitrine.

Ce visage, il l’aurait reconnu entre mille.

« … Hector ? » s’étrangla-t-il en croyant l’espace d’un instant à une hallucination. Car il ne pouvait s’agir que de ça ! Hector, son ami, son frère, ne pouvait pas faire partie du complot !

Et pourtant, c’était toujours sous les traits d’Hector que l’autre riposta, désamorçant sa tentative de neutralisation d’un coup bien placé. Pourtant, bien que violent, il le sentit à peine. Se retournant pour le voir de nouveau, voir qu’il ne s’agissait pas d’Hector, que ça n’avait été que son imagination, il le vit se relever à la hâte et chercher quelque chose dans son pourpoint… Suivi d’un déclic caractéristique que l’espion aurait reconnu entre mille. Un pistolet. Et alors qu’il releva les yeux sur le visage de son adversaire, il sut qu’il ne s’était pas trompé. L’homme en face de lui, l’homme avec qui il s’était battu quelques instants plus tôt, l’homme qui avait failli l’étrangler mais avait sursauté en le reconnaissant, c’était bel et bien Hector.

Et c’était Hector qui d’un instant à l’autre allait braquer sur lui un pistolet dont il apercevait déjà la crosse.

Mû par ce qui n’était rien d’autre que son instinct de survie, il sortit lui-même son arme à la vitesse de l’éclair et la braqua sur Hector au moment même où ce dernier faisait de même. La scène avait quelque chose de surréaliste qui le dépassait complètement. Les deux amis d’enfance, l’héritier Valois et l’héritier d’Anglerays, ces deux amis de toujours qui désormais avaient chacun la vie de l’autre à portée d’une balle, à portée d’une pression du doigt !
Jamais dans sa vie d’Anglerays ne s’était senti plus déchiré. Son instinct lui disait de presser cette fichue gâchette avant qu’Hector ne le fasse, ne serait-ce que pour le blesser et pouvoir ramener un ennemi du Roi à la Bastille. Ca c’était ce que lui dictaient son instinct et sa raison la plus froide. Pas de pitié pour un ennemi du Roi, lui avait-on toujours appris ! Mais une autre part de lui, la plus importante, sa conscience, tout son corps et tout son cœur lui criaient de ne pas tirer. Plutôt mourir de sa main que d’être celle qui serait responsable de la sienne !

C’est alors que Ferdinand s’aperçut d’une chose qui acheva de le plonger dans le désespoir : sa main tremblait. Légèrement seulement, mais elle tremblait quand même. Il prit conscience que pour la première fois depuis des années, il avait peur. Peur lui ! Et exactement en même temps, il comprit que ce n’était pas du duel qu’il avait peur, mais bien d’appuyer sur la détente, de mourir tué par son ami de toujours, de perdre son meilleur ami, de le voir devenir son ennemi, de se voir arracher la seule famille qui lui restait ! Il déglutit avec difficulté et regarda de nouveau Hector qui lui faisait toujours face… Et si Hector pouvait toujours utiliser les dons d’observation que Ferdinand lui connaissait, il pourrait sans peine lire dans les yeux de Ferdinand que malgré le gouffre qui venait de s’ouvrir entre eux, il ne le comblerait pas par une balle.

Et c’est pourquoi, le bras toujours tendu en direction de son ami, Ferdinand se résolut à attendre l’issue qui paraissait maintenant inévitable… Supplicié et résigné.
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MessageSujet: Re: Hyde en moi, Aïe pour toi, Hyde en toi, Aïe pour moi ! | Ferdinand - Hector   Hyde en moi, Aïe pour toi, Hyde en toi, Aïe pour moi ! | Ferdinand - Hector Icon_minitime29.02.12 17:52

Hector aurait pu indiquer à un curieux ou à un sceptique l’endroit précis que cet étau avait décidé d’élire comme niche. C’était sur le côté gauche de sa poitrine. Sans aucune difficulté, il aurait pu mesurer la longueur, l’épaisseur, le diamètre de cette barre invisible qui lui écrasait le plexus et empêchait ses poumons de se gonfler d’air. Il ne s’agissait pas du tout du genou de Ferdinand, qui ayant profité de sa stupéfaction, reprenait le dessus. Ne croyez pas ça ! Cette barre plus que le tibia de son adversaire comprimant son thorax, broyait ce sentiment fraternel dont il prenait réellement conscience en le perdant. Il gisait à présent autant que lui à terre. Aussi surprenant, que ça puisse paraître, le duc de Valois se découvrait une parcelle de cœur et la souffrance qu’une amère déception pouvait causer à un être humain. Il aurait aimé rembobiner le temps, rejouer l’air du bonheur, de l’enfance et de l’insouciance, mais cette nuit il devait être le chef d’orchestre de sa première fêlure, du premier silence qui en dit long et installe le silence qui ne dit plus rien … Hector sentait les rouages de son âme s’arrêter, s’accélérer, se dissoudre, s’entremêler, attendant la fatalité, patientant que la chaîne du mécanisme se torde et casse ! Le poing de son ancien compagnon de jeux levé au-dessus de son visage ne lui provoqua aucune réaction, la douleur physique s’était évanouie pour faire place à une plus bien plus aiguë, sur laquelle il peinait à mettre un nom.

Cette parfaite inconnue fut un instant amoindrie par sa sœur jumelle, celle qu’il lut dans les yeux de Ferdinand. Vengeance ! Hélas piètre vengeance que de vouloir remodeler un cœur de pierre en brisant celui du voisin, car Hector dut se rendre rapidement à l’évidence. La souffrance et l’air ahuri de son ancien ami, ne lui apportait aucun baume assez puissant pour sécher le sang qui s’épanchait de sa large blessure. Pourquoi faisait-il tout à coup parti de ces êtres stupides qui ont ce besoin presque essentiel d’aimer et de conserver ce sentiment ? Le duc de Valois n’aimait pas les faiblesses et il avait jusqu’alors occulté, celle que représentait par son nom même, le baron d’Anglerays. Plus furieux contre lui-même que contre le bourbon, une fois n’est pas coutume, il fit deux roulades pour se retrouver à distance de l’espion et sortit un petit pistolet à un coup de sa botte. Un réflexe tout simplement, car il l’avait oublié celui-là au moment où il avait fait valser son poignard. L’habitude de tuer commanda à son bras de viser Ferdinand, à ses yeux de se plisser pour être sûr de son geste, à son doigt de retirer le cran protecteur puis de se poser sur la gâchette. Tel un marin plongeant en apnée il priait de pouvoir tirer à chaque expiration, mais pourquoi éprouvait-il cette quasi nécessité de dévisager son adversaire ?

Et surtout pourquoi se poser cette question lorsqu’on a la réponse, si ce n’est pour éviter une seconde gifle cinglante ? Cependant, il ne pouvait fermer les yeux lui-même sur la vérité. Il le fixait si intensément car il tentait de comprendre. Comment un d’Anglerays pouvait servir un Bourbon ? Cette réponse ci en revanche, il ne l’avait pas et c’était ça la première de ses tortures ! Si Gabrielle était sans équivoque sa sœur de cœur, et Cédric un ami cher et un bras droit fidèle, Anglerays et Valois étaient liés depuis des décennies. Henri III et Chicot ! Comment pouvait-il lui faire ça à lui ? A leurs ancêtres ? A leurs illusions d’enfance mêmes ? Hector taillé tel un roc par un père brutal ne pouvait que se souvenir de cet épisode où désirant se rebeller contre l’autorité parentale, il avait été défenestré. Gabrielle et Cédric avaient toujours vu le beau côté de la famille Valois recevant en rois, bien qu’exilés. Ferdinand lui, avait pu se faire un rapide jugement de sa vie réelle en étant témoin de cette scène d’une rare violence. Se conduire en Valois, devant haïr comme un Valois, être digne du nom des Valois, ne pas hésiter à tuer au nom des Valois … Il avait subi un véritable lavage de cerveau qu’il reconnaissait volontiers mais c’était trop tard aujourd’hui. Il ne reviendrait pas sur les principes inculqués. C’est pour ça qu’il tirerait sur Ferdinand et qu'il n'hésiterait pas, bien qu'il ne faisait que ça : Hésiter !

Malheureusement, un souvenir en appelant toujours un autre, comme l’écho d’un cri au sommet d’une montagne, d’autres images se superposèrent. Celles de deux garçons, l’un relevant l’autre d’un gravas de pierre, le portant de toutes ses forces d’enfant jusqu’à l’écurie. Le premier avait une fois assis sur un carré de paille, sacrifié sa propre chemise pour bander les bras et les jambes tailladées du second. Quelques instants sans un seul mot prononcé, mais à l’émotion intense, quelques larmes aussi, les premières et les seules de son existence, essuyées de ses joues sales par cette main amicale. Un moment où un geste d’une rare amitié, l’avait humanisé LUI. Aujourd’hui que restait-il de tout ça ? Une cassure, une déception amère et cruelle qu’il ne pouvait supporter en lui-même et sans doute encore moins en Ferdinand. Chacun se regardait sévèrement, chacun se détaillait avec incrédulité, chacun se jugeait, chacun se menaçait d’une arme pour se crever le cœur une seconde fois afin d’oublier cette première fois, qu’ils n’auraient jamais voulu vivre.

Hector de Valois ne désirait en effet pas autant souffrir pour un idiot à la solde du bourbon, autant mourir sur place ou le tuer pour sa traîtrise ! Il se détestait pour mettre autant de temps à appuyer sur cette maudite gâchette. La pitié ne devait pas l’habiter d’une once et pourtant que ce soit elle ou l’amitié, son bras trembla, son œil se déplissa, son index s’écarta de la barre métallique meurtrière, et il n’expira plus. Il inspira ! Sa poitrine gonflée à bloc, il eut la sensation que son cœur éclatait à l’intérieur de celle-ci. Il ne pouvait pas, il se haïssait, il ne pouvait pas, il se décevait, il ne pouvait pas, il l’aimait ! Il n’était plus un Valois, il était un frère, un homme, ! Un homme qui levant son bras dans une ultime attitude de défi, se raccrochant aux paroles d’un père cruel qui le jugerait de son enfer, tira finalement dans les airs. Le pistolet encore fumant à son extrémité, fut lancé avec une force de titan dans le grand canal à la même seconde qu’un hurlement déchirant empreint de toute sa douleur. Le plus fou des deux était alors certainement lui ! Aucune larme ne coula sur sa joue, rien ne le fit ciller tandis que ses yeux bleus persistaient à dévisager Ferdinand, juste ce cri perçant le silence, un cri mêlé de colère et d’impuissance !

Impuissant et désarmé, c’était bien ça, Hector de Valois était vaincu au nom d’une ancestrale relation qui sans doute n’existait plus que pour lui-même. Il fallait maintenant affronter l’échec et ses conséquences. Il serait livré à son cousin ou tué ici. C’est les risques du métier de conspirateur. Tel un automate, il leva les mains en l’air pour montrer son entière soumission à son ami d’enfance.

« Echec et mat en ta faveur Ferdinand … Je ne te demanderai qu’une seule faveur. Tue-moi ! Plutôt la mort que les geôles et la justice expéditive du bourbon ! Ne me fais pas connaître la honte de la Bastille ! Fais ton devoir et tire ! Ton maître t’en sera reconnaissant ! »

Les derniers mots avaient été lancés avec amertume et ironie. Il n’y croyait toujours pas. SON Ferdinand à la botte de Louis XIV ? Galilée avait tort sur toute la ligne, le monde ne tournait pas rond, en tout cas pas cette nuit-là.
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MessageSujet: Re: Hyde en moi, Aïe pour toi, Hyde en toi, Aïe pour moi ! | Ferdinand - Hector   Hyde en moi, Aïe pour toi, Hyde en toi, Aïe pour moi ! | Ferdinand - Hector Icon_minitime10.03.12 13:12



Il avait froid. Sa main qui tenait le pistolet, son bras tendu à l’extrême, son cœur, chaque partie de son corps lui donnait l’impression d’être gelé comme si la température avait d’un seul coup chuté de plusieurs degrés. Le tremblement de sa main était-il dû à ça ? Ou bien était-ce son corps qui déjà se conditionnait pour ce qui semblait être l’inévitable issue de ce terrible face-à-face ? Son bras était tendu, mais son doigt avait quitté la gâchette. Il savait qu’il ne pourrait pas tirer. Il l’avait bien compris… Il attendait. Au supplice, il attendait qu’Hector prenne l’initiative finale et accomplisse lui-même ce que lui n’avait pas eu le courage –ou la froideur- de faire. Il l’en priait presque. Il l’en suppliait ! S’il voulait tirer, qu’il tire ! S’il voulait le tuer, qu’il le tue ! Mais qu’il le fasse vite, c’était tout ce qu’il demandait. Voulait-il qu’il étende les bras pour accueillir la mort comme il se doit ? Soit, il y consentait volontiers ! Le spectacle de son meilleur ami pointant une arme sur lui était une torture bien suffisante, ajoutée à celle de savoir que lui-même le tenait en joue, bien qu’il se refuse à tirer. Etait-il besoin de l’éterniser ainsi ? Il lui semblait que les secondes s’égrenaient avec une lenteur douloureuse, le temps s’étirait sans fin, mais sans se figer tout à fait. Il pouvait voir la mort s’approcher de lui à grands pas, et elle viendrait de la main d’Hector… Alors qu’il tire, mais qu’il tire, au lieu de le fixer ainsi comme pour être certain que son image se graverait dans sa rétine comme ultime vision de ce foutu monde ! Un monde dans lequel son ami devait être son ennemi, il n’en voulait pas ! Plutôt mourir maintenant, puisqu’il ne semblait pas y avoir d’autre alternative ! Un mouvement infime d’Hector indiqua que les aiguilles de l’horloge, fatales, tournaient toujours, comme un traître rappel de ce qui allait suivre. Mouvement infime dont il croyait ne connaître que trop bien la signification. Il y aurait la douleur. La peine. Le froid. La mort. Puis plus rien… Résigné, il ferma les yeux. Mortifié, il attendit.

Il guettait tellement cette terrible détonation que lorsqu’elle retentit enfin il tressaillit et en eut le souffle coupé, comme si la balle l’avait effectivement touché en plein cœur. Il chercha sa respiration, mais l’espace d’un instant il fut comme un poisson hors de l’eau. Exactement comme lorsqu’Hector lui avait donné ce coup de pied dans le thorax, l’air ne voulait plus rentrer dans ses poumons et il lutta, contre quoi ? Contre du vide ! Il se débattait contre ce qu’il croyait être finalement la mort mais qui n’était que la peur, le chagrin, la colère ensemble et insoutenables. Cette asphyxie ne dura qu’une courte seconde mais pendant cette seconde, il se crut mort pour de bon. Un hoquet le força à inspirer de nouveau et à rouvrir les yeux. Incrédule, il tourna de nouveau la tête vers Hector. Ce qu’il vit lui porta un nouveau coup au cœur.

Hector non plus n’avait pas tiré ! Ferdinand n’en croyait pas ses yeux. Oubliant que lui-même tenait toujours son bras tendu, il dévisagea son ami, tentant de déchiffrer dans ces traits déformés par une douleur indescriptible l’ombre d’une explication, un début de réponse. Mais pour toute réponse, Hector tira son unique coup dans les airs avant de lancer son arme dans le canal d’un geste de rage, juste avant que ne retentisse le cri. Un hurlement inhumain, ou justement trop humain, qui le foudroya littéralement sur place alors qu’on lui plantait une épée dans le cœur. Son premier réflexe fut d’avancer vers lui, de le rejoindre, d’être avec lui, à ses côtés, de l’accompagner dans ce cri de douleur qui contenait aussi la sienne, mais quelque chose le cloua là où il était. Alors que tout son être n’exigeait qu’une chose, rejoindre son ami et frère, un éclair passa devant ses yeux et un poids insupportable s’abattit sur ses épaules. C’était lui, la cause de cette douleur ! C’était encore bien trop confus dans son esprit, mais il savait, instinctivement, qu’il n’était pas étranger au déchirement qui venait d’avoir lieu sous ses yeux. Ce qu’il avait fait ? Il l’ignorait. Mais la culpabilité le submergea aussitôt alors qu’à tâtons il cherchait encore à comprendre. Perdu, impuissant, Ferdinand ne pouvait qu’assister à ce spectacle misérable de la cassure qui venait de se produire entre eux, en eux, comme l’implosion d’une tour qui ne laisse en eux rien d’autre que la poussière, la ruine, et le deuil. Et savoir qu’il ne pouvait pas soulager la douleur de son ami ne le déchirait que plus.

Alors qu’il baissait le bras et son arme, Hector en face de lui leva les siens en signe de rédemption.

« Echec et mat en ta faveur Ferdinand … Je ne te demanderai qu’une seule faveur. Tue-moi ! Plutôt la mort que les geôles et la justice expéditive du bourbon ! Ne me fais pas connaître la honte de la Bastille ! Fais ton devoir et tire ! Ton maître t’en sera reconnaissant ! »

Hector était-il sérieux, ou bien un plaisir sadique le poussait-il à le torturer par ces paroles cruelles ? Le tuer ? Il ne le pourrait jamais ! Les geôles de la Bastille ? Soudain Ferdinand parut se rappeler de pourquoi ils étaient là, à se regarder tous les deux en chiens de faïence après s’être pourchassés et battus. Encore une fois, il le dévisagea en refusant d’y croire. Hector, vouloir s’en prendre au Roi ? C’était de la folie ! Louis était son cousin après tout, et…
Soudain il blêmit. Une voix qui remontait à son enfance avait résonné dans sa tête avec une effarante clarté, la voix du Duc de Valois de son vivant, alors qu’Hector et lui-même encore enfants s’éclipsaient pour laisser le baron d’Anglerays le calmer, sa voix furieuse, terrifiante qui s’écriait : « MAUDITS SOIENT CES BOURBON ! »
L’écho de cette voix encore en tête, Ferdinand baissa complètement son arme, réalisant enfin ce qu’il aurait dû comprendre dès le début. Bien sûr. Bourbon, Valois, la vieille haine familiale… Combien de fois n’avait-il pas entendu le vieux duc rabâcher ces histoires ? Combien de fois son propre père ne lui avait-il pas expliqué, autant qu’il le pouvait, la fureur de Valois ? Combien de fois Hector lui-même ne lui avait-il pas dit que « c’était la faute des Bourbon » si son père était comme ça ? Alors si ce complot existait bel et bien… Comment pouvait-il s’étonner de trouver son ami impliqué ? Comment avait-il pu ne pas s’en douter avant ? Il avait été aveugle, complètement aveugle, et le pire c’était qu’il savait pourquoi. Baissant les yeux sur le pistolet qu’il tenait encore dans la main, il tira son unique balle dans le sol avant de jeter l’arme désormais vide derrière son épaule. Son monde s’était écroulé cette nuit-là, mais il y avait une chose au moins dont il était sûr, aussi lourde de conséquences et douloureuse soit-elle : jamais il ne pourrait attenter à la vie de Valois. SON Valois. Et il y avait autre chose qu’il réalisait à cet instant précis : s’il y avait eu un autre espion avec eux et qu’il avait menacé Hector… Ferdinand n’aurait pas hésité une seconde à tuer son équipier. Constat effarant pour un espion du roi. Au moment même où il se disait qu’il aurait mieux valu que ce soit quelqu’un d’autre qui attrape Hector, il rejetait cette idée de toutes ses forces, sachant très bien quelle aurait pu être l’issue du duel. Une issue qui l’aurait rendu fou pour de bon…

« Egalité, Valois… Bon sang ne saurait mentir, n’est-ce pas ? » lança-t-il avec cet air grave des moments les plus durs et que seule une poignée d’élus lui connaissaient… Poignée qui se résumait à peu près à Hector seul.

Bon sang ne saurait mentir, c’était les mots justes. Alors qu’il avait encore le doigt sur la gâchette, c’était véritablement tout son corps et son tout esprit qui s’était révolté à l’idée de commettre l’acte fatal. Valois, d’Anglerays, Anglerays, Valois… Deux familles, deux noms inextricablement liés, entrelacés dans les méandres de l’histoire depuis la rencontre de leurs aïeux, fondateurs d’une amitié qui se poursuivait à travers les âges sans tenir compte des circonstances ni même des caractères de deux protagonistes. Jehan d’Anglerays n’avait-il pas été l’ami du père d’Hector, bien qu’il ait été un homme haïssable ? Combien de fois n’avait-il pas dit à Ferdinand qui s’en étonnait : « Aussi terrible soit cet homme, c’est un Valois. On ne peut pas lutter contre ça. Toi aussi, tu comprendras un jour, mon fils… ». Et il avait compris. Il n’avait jamais mieux compris que cette nuit-là.
Un Valois et un d’Anglerays se faisaient maintenant face en ennemis mortels. Que s’était-il passé pour qu’ils en arrivent là ? A quel moment Ferdinand avait-il loupé le coche, à quel moment le chemin d’Hector s’était-il à ce point éloigné du sien sans qu’il ne s’en aperçoive ? Il sentait ce lien invisible entre eux s’enrouler autour de son cœur et serrer, serrer jusqu’à lui en faire mal à en crever alors que les yeux bleus implacables d’Hector le transperçaient de part en part. La peur lui noua la gorge, une peur monstrueuse sur laquelle il n’arrivait pas à mettre de nom, la terreur insoutenable de perdre définitivement son Valois, son meilleur ami, le seul frère qu’il ait jamais eu ! Lui qui était fils unique, Hector avait été pendant toute son enfance son seul véritable ami, son compagnon de jeux, celui qu’il écoutait autant que celui qui l’écoutait, celui avec lequel il avait passé des heures à s’imaginer ce qu’ils deviendraient tous les deux « une fois grands », à se dire que quoiqu’il arrive, ils seraient toujours ensemble, quoiqu’il arrive… Plus que son frère, Hector était son jumeau, une partie de lui qui lui était devenue vitale sans même qu’il en s’en aperçoive, une moitié de lui sans laquelle il ne serait rien d’autre qu’une coquille vide et un corps sans âme. Il ne pouvait pas, il ne voulait pas perdre ça !

« C’est de la folie, Hector ! Quel que soit ton rôle dans cette histoire il faut que tu arrêtes ! Tu n’iras pas à la Bastille, le roi n’en saura jamais rien, mais il faut que tu y renonces ! Si ce n’est pas moi, c’est quelqu’un d’autre qui se lancera à tes trousses, et celui-là ira jusqu’au bout ! » s’exclama-t-il en essayant de le convaincre par la raison pour ne pas avoir à le supplier de renoncer pour lui, au nom de leur amitié ! S’il l’avait fait, Hector l’aurait-il pris pour un faible, lui qu’il savait si dur et impitoyable ? Il refusait de prendre le risque.

Il ne lui demanda pas le pourquoi du comment, pas encore. Non seulement il commençait à s’en douter, mais de plus plus rien n’existait autour de lui à part Hector. Oubliés, les espions ! Oublié, Louis XIV ! Tout ce qu’il voyait, c’était son Valois qu’il refusait de ne plus avoir à ses côtés ! N’importe qui, n’importe quoi, sauf lui !
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MessageSujet: Re: Hyde en moi, Aïe pour toi, Hyde en toi, Aïe pour moi ! | Ferdinand - Hector   Hyde en moi, Aïe pour toi, Hyde en toi, Aïe pour moi ! | Ferdinand - Hector Icon_minitime25.04.12 17:13

Après la tempête, le calme s’installe. Un calme porteur de présages, synonyme de néant. L’œil du cyclone vous nargue et vous hurle à cette minute : « Tu voudrais être encore dans mon tourbillon, ressentir les ravages de ton cœur qui se tord pour chasser ce silence qui s’y loge. » La colère évanouie Hector de Valois attiré malgré lui par le vide ne s’accrocha à rien. Il avait tant de fois tutoyé l’abîme et la mort que ce « rien » lui était familier. Pourtant il côtoyait un abysse bien différent ce soir. Jamais il ne s’était attendu à ce qu’on le plaigne, il était un tueur froid et méthodique. Jamais il n’avait commis l’erreur de se faire aimer. La preuve qu’il avait parfaitement réussie se tenait à trois pas de lui. Ferdinand tirerait sans commisération. Son unique tort restait qu’il s’était attaché lui-même. Que le Diable lui pardonne cette faute, il en paierait le prix de sa vie. A trop converser avec la mort pour prévoir celle des autres, il avait écarté de son esprit ce que serait la sienne. Aussi noire de jais que la nuit tombée, son ombre menaçante planait. S’il écoutait avec attention, la faux de sa vieille amie fouettait l’air au-dessus de sa tête. Humiliante et décevante, sans couronne et sans gloire, les amis d’hier devenus ennemis d’aujourd’hui, elle le frapperait à son point faible : L’échec de son ambition. Jours après jours, l’araignée tisse sa toile. Jours après jours le sculpteur s’écorche les mains à coup de burin, les maltraite avec la glaise. Le duc lui, les avait salies pour une juste cause, SA juste cause et il ne verrait jamais le chef d’œuvre accompli. Pourquoi devait-on de surcroît pimenter cette frustration par la honte ?

« Egalité, Valois… Bon sang ne saurait mentir, n’est-ce pas ? »

Egalité alors qu’il avait le dessus, que le doigt sur la gâchette était le sien. Ferdinand de barbu à traître en passant par ennemi venait de changer de peau. Il se faisait cynique. Il osait le ridiculiser davantage par ses pirouettes et ses bons jeux de mots. Son air grave seyait mal à la drôlerie et la répartie n’avait pas trouvé bon public chez le prisonnier. Narquois, Hector regarda à droite puis à gauche à la recherche de spectateurs.

« Excuse-moi de ne pas pouvoir t’applaudir comme tu le mérites. Mes mains ne sont pas encore liées mais c’est tout comme n’est-ce pas ? Dommage, car sache que je suis un profond admirateur des richesses recelées dans ton esprit. Je me rends aussi sur ce sujet-là. »

Si un duel de répliques cruelles et cyniques se lançait entre ces deux-là, l’arbitre choisi aurait bien du mal à les départager ! Il ne restait que la dureté d’âme au Valois, son sang-froid à toute épreuve. Son attachement brisé il ne l’avouerait jamais, pas même d’une larme ou d’un frisson. La haine et les piques seraient son paravent pour dissimuler l’amitié piétinée. Il dictait à son semblant de cœur de se ressaisir, d’être submergé par le dégoût. Son esprit maître de chaque parcelle de son corps luttait pour y parvenir. Le combat était bien vain mais au moins fallait-il le tenter. Cet homme demain lui serait exécrable et indigne de sa confiance, une abjecte relique de son affection. La prochaine fois il frapperait dans le dos même. Il se le jurait, il se le promettait et il se condamnait inconsciemment à ne jamais y arriver. Le mal au côté gauche renaitrait des cendres de leur fraternité. Le crime serait sans espoir de concrétisation.

« C’est de la folie, Hector ! Quel que soit ton rôle dans cette histoire il faut que tu arrêtes ! Tu n’iras pas à la Bastille, le roi n’en saura jamais rien, mais il faut que tu y renonces ! Si ce n’est pas moi, c’est quelqu’un d’autre qui se lancera à tes trousses, et celui-là ira jusqu’au bout ! »

Arrêter de tenir son rôle. Rien que ça ! Il avait depuis des années les rênes en mains d’une vaste organisation. Ce « En mains » n’était précisément pas une métaphore. Il était et il resterait la Main de l’Ombre. Le gant obscur qui envoie tout valser, la poigne qui étrangle, le doigt qui exige. Renoncer à la lutte ? Plutôt se faire trancher la tête sous la hache du bourreau. De son propre chef déchirer tous ses atouts maîtres, envoyer à la retraite tous ses pions ? De quoi aurait-il l’air ? Ferdinand n’était pas que le Fou du bourbon, il était fou à lier. Le valet du roi avait-il la recette pour oublier que le véritable roi de France se trouvait devant lui ? Hector était curieux de la connaître et de l’essayer.

« Tout au contraire, je souhaite que le bourbon que tu sers avec tant d’intérêt sache tout de moi. Moi celui qui le hait, celui qui le méprise. Qu’il soit conscient de tout ce que je fais dans ce pays pour qu’on le haïsse, pour qu’on le méprise à mon image. Il le saura avec un peu d’avance grâce à toi c’est tout, car Bastille ou non, tu vas me tuer non ? Je m’en moque bien car la machine infernale est en route et toi ni personne ne l’arrêtera. »

Le lavage de cerveau exercé sur Hector par son père n’aurait pu échapper à personne et encore moins à Ferdinand. Une étincelle fanatique illuminant ses yeux clairs, l’esprit de Valois s’échauffait. Il distillait à une vitesse toute aussi folle sa rancœur tenace envers son cousin. Les révérences et les faux semblants le pesaient à longueur de journée. Maintenant qu’on lui donnait la parole ou tout au moins qu’il la prenait, autant vider son sac jusqu’au bout. Il fit quelques pas en direction de son ancien ami et plaça son index contracté à l’extrême à quelques centimètres de son visage.

« Veux-tu tout connaître de ton cher et tant aimé roi Ferdinand, ou as-tu peur de voir la vérité en face ? Choisis mais choisis vite ! Je te dirai tout mais donne-moi ta parole sur ce qui tu as de plus sacré que ce secret restera le nôtre à tout jamais. »

Hector préférait s’expliquer envers l’un des seuls êtres dont il fuyait le jugement comme la peste. Ces messieurs du parlement et leurs regards noirs lui passaient au-dessus de la tête, mais pas celui de Ferdinand. S’il ne pouvait pas parvenir à le détester, lui ne devait pas le mépriser. Il s’assit à même les pierres, les coudes posés sur ses genoux il attendit que le gascon l’imite et jure.

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MessageSujet: Re: Hyde en moi, Aïe pour toi, Hyde en toi, Aïe pour moi ! | Ferdinand - Hector   Hyde en moi, Aïe pour toi, Hyde en toi, Aïe pour moi ! | Ferdinand - Hector Icon_minitime14.05.12 15:38

Si on lui avait posé la question, jamais Ferdinand ne se serait défini lui-même comme un homme qui fuyait ses responsabilités. Au contraire, il avait l’impression de les avoir toujours prises quand la vie le lui avait demandé, qu’il s’agisse de gérer un père autodestructeur, de gérer un domaine la vingtaine à peine atteinte, qu’il s’agisse de faire bonne figure à la Cour et de fréquenter le roi avec la charge risquée de l’amuser, ou bien qu’il s’agisse encore de le défendre contre un ennemi invisible qui, dans l’ombre, guettait le moindre signe de faiblesse de sa part pour attaquer. Toutes ces responsabilités, il les avait endossées sans broncher, acceptant volontiers de devenir une des briques de la muraille mouvante qui entourait le roi, ses espions, ses hommes invisibles. Bien qu’il ne fût qu’un petit baron sans grande envergure, il avait accepté de s’exposer à la vue et la rancune de tous en devenant le Fou de la cour, l’incarnation même de tous les interdits de l’étiquette, qu’il franchissait allègrement car c’était là ce qu’on attendait de lui. Lui qui n’avait pas de caractère particulièrement belliqueux, il avait accepté de s’allier à un mousquetaire pour monter une véritable armée de l’ombre. Oui, il était difficile de dire que Ferdinand était quelqu’un qui fuyait les responsabilités… Et pourtant, face à son vieil ami devenu ennemi, c’était exactement cette impression qu’il avait. Se charger de faire rire quelqu’un ou de jouer aux espions était une chose. Être un véritable ami en était une autre.
Où était-il quand Hector avait pris sa résolution d’œuvrer contre le roi ? Où était-il alors que son enragé de père distillait, lentement, dans son esprit d’enfant l’instinct meurtrier de la vengeance, la soif de sang et d’une justice désespérée ? Où était-il quand Hector avait définitivement basculé ? Il avait toujours été un bon comédien ; mais Ferdinand avait toujours été un bon spectateur, et pourtant il n’avait rien vu venir. Hector avait-il trop bien joué, ou bien était-ce lui qui, sciemment, avait feint de ne rien voir ? De même qu’il avait été incapable de rendre son père moins malheureux –avait-il seulement réellement essayé ?- il avait été incapable de secourir Hector au bon moment. Ferdinand était peut-être un bon espion. Mais en tant qu’ami, il se rendait compte qu’il s’était planté sur toute la ligne. Et désormais, il n’y avait plus que le goût amer d’une amitié détruite et des regrets pour l’accompagner. Et les sarcasmes cruels d’Hector étaient tout autant de flèches empoisonnées qui distilleraient dans son sang la douleur lancinante de la honte et de la culpabilité, honte d’avoir failli, honte peut-être d’avoir déçu. Honte de n’avoir pas compris.

« Tout au contraire, je souhaite que le bourbon que tu sers avec tant d’intérêt sache tout de moi. Moi celui qui le hait, celui qui le méprise. Qu’il soit conscient de tout ce que je fais dans ce pays pour qu’on le haïsse, pour qu’on le méprise à mon image. Il le saura avec un peu d’avance grâce à toi c’est tout, car Bastille ou non, tu vas me tuer non ? Je m’en moque bien car la machine infernale est en route et toi ni personne ne l’arrêtera. »

La haine qui suintait dans les paroles d’Hector le laissa sans voix, de même que son idée apparemment fixe qu’il allait lui-même procéder à son exécution sur-le-champ. N’avait-il pas tiré par terre devant lui, n’avait-il pas jeté son pistolet par-dessus son épaule ? Sa rancœur contre le roi, contre lui-même, l’avait-elle laissé dans l’incapacité de voir qu’il avait en face de lui un ami ? Ou du moins quelqu’un qui croyait, qui avait cru l’être, se dit-il avec amertume. Il avait peut-être eu le tort de ne pas voir Hector plonger dans le délire de son père, mais Hector lui avait-il jamais parlé de ce projet ? Non, il avait monté son idée, sa « machine infernale » comme il disait en solitaire, sans croire bon d’en parler à celui qui s’était cru son meilleur ami. Une machine infernale supposait des rouages, et visiblement Hector n’avait pas estimé leur amitié assez forte pour s’unir aussi dans cette machination-là. Il ignorait quand Hector s’était lancé dans ce projet, mais il y avait une chose qu’il savait : si Hector l’avait prévenu plus tôt, Ferdinand n’aurait pas hésité une seule seconde à le suivre, au nom de leur amitié, au nom des Valois et des d’Anglerays. Connaissant Hector, ce projet qui était sien ne datait pas d’hier. Depuis combien de temps l’avait-il tenu à l’écart de ses plans ? Combien de temps encore l’aurait-il tenu dans le secret, dans l’ignorance la plus complète ? Hector pouvait bien lui jeter sa rage à la figure ; en fin de compte il n’était pas le seul à être déçu. Il n’avait peut-être pas réussi à voir, mais Hector ne lui avait jamais rien dit non plus. Cinquante-cinquante. La haine d’Hector avait pris le dessus sur l’amitié qui les unissait, soit. Il l’acceptait. Il n’avait de toute façon pas vraiment le choix.
L’air grave et le regard sombre, Ferdinand leva une fois de plus ses mains vides pour rappeler à Hector qu’il ne risquait rien. Il n’avait pas non plus de poignard dissimulé dans sa manche, ni de capsule de poison à lui faire avaler. Mais s’il s’obstinait à ne plus voir en lui que l’ennemi, soit. Il regarda sans broncher son ami s’approcher, ne cilla pas plus lorsqu’il ne se trouva plus qu’à quelques centimètres de lui. Il écoutait, guettait.

« Veux-tu tout connaître de ton cher et tant aimé roi Ferdinand, ou as-tu peur de voir la vérité en face ? Choisis mais choisis vite ! Je te dirai tout mais donne-moi ta parole sur ce qui tu as de plus sacré que ce secret restera le nôtre à tout jamais. »

C’était donc ça qu’il fallait pour que se renoue l’indestructible confiance d’antan ? Qu’elle soit forcée, qu’ils soient mis dos au mur ? Pour qu’Hector accepte de lui parler, il fallait qu’il n’ait plus le choix ? Ce nouveau constat de ce qui n’était plus un fossé, mais un véritable gouffre entre eux, lui déchira de nouveau le cœur. Elle était loin, la complicité de l’enfance, ils étaient loin, les moments passés à s’entraider dans les coups durs, à panser les blessures de l’autre. Ils ne les pansaient plus : ils les rouvraient à coups de griffes et jetaient du sel par-dessus. Ferdinand tentait d’ignorer cette nouvelle blessure à vif, plus douloureuse encore que les autres, à tel point qu’elle entravait sa respiration, il essayait d’arrêter l’hémorragie de son cœur en lambeaux, pour ne plus se concentrer que sur une chose : les faits, froids et inhumains, la vérité qui trop longtemps avait été refoulée derrière des faux-semblants et des mensonges. Il était temps d’y faire face.

« Puisque tu as l’air de penser que c’est là la dernière chose que nous aurons à partager Hector, je te donne ma parole. Contrairement à ce que tu as l’air de penser, j’accorde encore assez d’importance à notre amitié pour t’écouter, quoi que tu aies à me dire. Je ne me souviens pas avoir trahi une promesse que je t’ai faite, en voici donc une nouvelle : aussi longtemps que tu le souhaiteras, je garderai le silence. »

Bas les masques, il était temps de jouer cartes sur table. A son tour, Ferdinand s’accroupit et s’assit sur l’herbe en face de son Valois, comme ils avaient l’habitude de le faire lorsqu’ils se retrouvaient enfants et avaient toujours tant à se raconter. Le schéma se répétait, inlassablement, d’enfant à adulte, mais le sujet était cette fois-ci autrement plus grave. Un secret d’Etat serait mis à jour, un secret qui faisait trembler sur ses fondations ce que Ferdinand avait jusque-là toujours considéré de plus solide dans son univers : sa foi en la légitimité du roi et son amitié avec Hector de Valois.

« La parole est à toi Valois. Je ne te demanderai qu’une chose : de me parler comme à l’ami qu’hier j’étais encore pour toi, et pas comme à l’ennemi que tu vois en moi depuis une heure. Il me semble que toi et moi valons au moins ça. »

La voix était voilée, résignée ; Ferdinand avait compris que plus jamais leur amitié d’avant ne serait possible. Alors autant la faire durer autant qu’il était possible, non ? Avant de la rejeter définitivement et de la piétiner au nom de la politique…

« Je t’écoute. Raconte-moi tout. »

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MessageSujet: Re: Hyde en moi, Aïe pour toi, Hyde en toi, Aïe pour moi ! | Ferdinand - Hector   Hyde en moi, Aïe pour toi, Hyde en toi, Aïe pour moi ! | Ferdinand - Hector Icon_minitime15.10.12 17:15

La minute n’était plus aux mains tremblantes et aux voix chevrotantes. Hector était une allégorie vivante d’une porte qui claque. Sa souffrance avait été très violente et son cœur arraché à son attache poitrinaire par une bise glacée. Une fois que la tempête avait fait taire les gonds mal huilés crissant de sa douleur, Valois s’était refermé. Une vraie huître hermétique, plus rien ne pouvait pénétrer dans sa cage thoracique et le heurter sans ricocher et ressortir d’un même jet. Son enfance rude l’avait bercé dans un cocon de rudesse d’âme. Son éducation avait fabriqué en masse ses propres anticorps ou pour être plus correct, ses anticoeurs. Terminé l’instant de faiblesse, ses forces revenaient en force pour l’explication suprême de ses actes. Jamais il ne se justifierait aux yeux de Ferdinand assis face à lui, c’était très mal le connaître, le bon droit était le sien. Il allait raconter sans s’excuser.

« La parole est à toi Valois. Je ne te demanderai qu’une chose : de me parler comme à l’ami qu’hier j’étais encore pour toi, et pas comme à l’ennemi que tu vois en moi depuis une heure. Il me semble que toi et moi valons au moins ça. »

- Il est trop tard pour ça, baron.

Il y avait entre eux quelque chose de définitivement cassé. Le petit Valois ne voulait plus être appelé de cette façon par un traître. Il avait endormi cette amitié au plus profond, le dard de la déception avait été aussi celui de l’anesthésie. Il ne pouvait pas lui parler comme l’ami d’hier quand ses yeux noisette rieurs étaient ceux de l’ennemi d’aujourd’hui. Il avait été trompé par la bonhommie légère du fou, un très bon travail de mascarade.

« Je t’écoute. Raconte-moi tout. »

Dans les moindres détails, le récit englobant trois générations aurait pris des heures. Ils n’avaient pas ce laps de temps pour eux. L’aube pointait à l’horizon rendant le ciel vermeil. Son accoutrement noir et le masque autour de son cou attireraient l’attention des versaillais matinaux. Ça devait être rapide et limpide.

- Le Bourbon m’a spoilé de tout qu’il en soit conscient ou pas encore m’est complètement égal. Je me ferai une joie de l’en informer au moment où je le tiendrai sous ma botte. Son père a exilé le mien pour avoir réclamé son dû, j’affirme très haut qu’il sait très bien que le bâtard c’est lui et pas moi. Ma grand-mère Marguerite a attendu un enfant d’Henri IV quelques mois avant leur divorce. Que Ravaillac soit béni de nous avoir débarrassé de ce cochon aux manières de rustre. Mais pour en revenir à l’enfant né du bourbon et de ma vénérable grand mère, c’était mon père Henri, il était légitime jusqu’à la plus petite goutte de son sang bleu. Regarde-moi dans les yeux, tu me connais bien, je le prouverai à la surface du monde.

Il était évident qu’il avait les moyens le faire, parce qu’une pièce essentielle était bien réelle. Personne ne pourrait l’accuser de faux, à moins de manquer de respect au chef de la Chrétienté. L’acte quelque part aux archives du Vatican l’attendait. Il lui fallait juste y rentrer et il aurait une clef pour ça, le Choisy le bon ami de Monsieur. Personne ne pourrait prendre son père pour un prématuré aussi bien conservé. Il était né six mois après le divorce officiel et les médecins n’avaient rien trouvé de choquant ni dans la taille, ni dans le poids. Le calcul n’était pas difficile à tenir pour les gens de bon sens, au moment de la conception le sacrement du mariage tenait toujours. C’était mathématique. Ce qui manquait c’était cette signature du Saint Père sur quelque chose d’officiel, c’était tout. Ferdinand pouvait espérer d’être tenu au courant de ses projets, la confiance ne régnait plus entre eux, il attendrait longtemps.

- En attendant que ça arrive, je te promets sur le nom des Valois que je représente de me livrer dans un an jour pour jour si je n’y suis pas arrivé. Entends moi bien surtout, je me rendrai qu’à toi seul, je ne veux avoir affaire à personne d’autre. Si je réussis pourtant, je serai en droit de te demander de rejoindre ma cause. Continuerais-tu à servir un voleur en ayant une conscience tranquille ? Le choix te reviendra. Les choses sont dites et je n’ai rien à ajouter. Nous nous reverrons pour régler nos affaires.

Autrement dit, ils ne se recontacteraient plus pour passer de bons moments. Dès maintenant, ça serait des moments où ils deviendraient des négociateurs en puissance, mettant leur vie à miser sur la table de jeux.
- Adieu baron, que Dieu vous garde de poursuivre cette bêtise de servir un Bourbon.

Ferdinand s’attendait peut-être à une poignée de mains, il pouvait toujours attendre. Un signe de la main fut suffisant pour Hector tournant les talons. Un cœur en berne se détourne et ne remercie pas son bourreau par un geste amical. Ils se séparaient comme se sépare un couple sans aucun espoir sur leur avenir, il n’y a qu’un lit de différence entre l’amitié et l’amour. Celui qui a dit ça avait mille fois raison.

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MessageSujet: Re: Hyde en moi, Aïe pour toi, Hyde en toi, Aïe pour moi ! | Ferdinand - Hector   Hyde en moi, Aïe pour toi, Hyde en toi, Aïe pour moi ! | Ferdinand - Hector Icon_minitime04.11.12 18:50

Hyde en moi, Aïe pour toi, Hyde en toi, Aïe pour moi ! | Ferdinand - Hector 1zh19hc

- Il est trop tard pour ça, baron.

Une simple phrase qui détonna dans l’air comme un coup de feu et le blessa de même ; comme un animal blessé que l’on cherche à achever, Ferdinand encaissa, sans rien dire, les lèvres résolument closes sur une douleur qui se diffusait dans ses veines comme un poison violent, mais pas assez pour le tuer tout de suite ; juste assez pour le faire souffrir, le consumer lentement de l’intérieur, le brûler au fer rouge avant de peut-être, enfin en venir à bout. C’était ça que voulait Hector ? Se venger de sa prétendue trahison –à la pensée de ce mot il en éprouvait un haut le cœur- en lui faisant sentir avec quelle facilité déconcertante il pouvait briser leur amitié, sans le moindre état d’âme, pour une cause qu’il pensait plus juste : la sienne ? Un sursaut de révolte fit tressaillir le baron qui aurait aimé l’écraser, cet idéal pourri qui corrompait son ami d’enfance jusqu’à la moëlle, il aurait aimé l’attraper par le cou, le forcer à regarder tout ce que son plan avait de tordu, tout ce que ce lavage de cerveau pervers d’un père haineux lui avait fait, il aurait voulu lui mettre sous les yeux cette destruction qu’il déclenchait et dont il était seul responsable, et pourquoi ? Pour un trône qu’il n’aurait jamais, pour un stupide trône pour lequel tant s’étaient déjà battus et y avaient laissé leur peau. Pour un pouvoir qui ne savait faire qu’une chose : rendre les hommes fous, les réduire à l’état de bêtes enragées prêtes à se déchirer entre elles à coups de mâchoire pour avoir droit à une parcelle de puissance. Une pratique qui n’avait jamais provoqué chez Ferdinand que le sarcasme et la moquerie : désormais elle était synonyme d’aversion, de dégoût, et de haine. Le pouvoir, le pouvoir ! La belle maîtresse que voilà, plus dangereuse que n’importe quelle femme ou poison !

- Le Bourbon m’a spoilé de tout qu’il en soit conscient ou pas encore m’est complètement égal. Je me ferai une joie de l’en informer au moment où je le tiendrai sous ma botte. Son père a exilé le mien pour avoir réclamé son dû, j’affirme très haut qu’il sait très bien que le bâtard c’est lui et pas moi. Ma grand-mère Marguerite a attendu un enfant d’Henri IV quelques mois avant leur divorce. Que Ravaillac soit béni de nous avoir débarrassé de ce cochon aux manières de rustre.

Ferdinand faillit lui rappeler avec sécheresse qu’il oubliant que le sang du « cochon » en question coulait dans ses veines, mais il se retint à temps. Il avait encore assez de respect pour Henri IV pour ignorer l’offense, et assez de respect pour son ami pour le laisser parler jusqu’au bout, ainsi qu’il le lui avait demandé ; puisque Valois semblait avoir oublié cette notion, qu’au moins lui la respecte.

-Mais pour en revenir à l’enfant né du bourbon et de ma vénérable grand mère, c’était mon père Henri, il était légitime jusqu’à la plus petite goutte de son sang bleu. Regarde-moi dans les yeux, tu me connais bien, je le prouverai à la surface du monde.

Oh oui il le connaissait, et il le croyait. Qu’il s’agisse d’une preuve véritable ou fabriquée, Hector ne s’arrêterait pas avant d’avoir atteint son but. Il le connaissait assez pour le savoir plus déterminé et plus borné qu’un taureau fonçant sur l’ennemi. Et c’était bien ça qui l’effrayait. Jusqu’à où Valois serait-il capable d’aller par conviction ? Intimement, Ferdinand savait qu’il ne reculerait devant aucun obstacle, aucun ennemi, et aucune ignominie. Il ne voulait même pas songer à toutes celles qu’il avait dû déjà accomplir, pendant que lui, laissé dans l’ombre, ne se doutait de rien, parce qu’il avait gardé le silence…

- En attendant que ça arrive, je te promets sur le nom des Valois que je représente de me livrer dans un an jour pour jour si je n’y suis pas arrivé. Entends moi bien surtout, je me rendrai qu’à toi seul, je ne veux avoir affaire à personne d’autre. Si je réussis pourtant, je serai en droit de te demander de rejoindre ma cause. Continuerais-tu à servir un voleur en ayant une conscience tranquille ? Le choix te reviendra. Les choses sont dites et je n’ai rien à ajouter. Nous nous reverrons pour régler nos affaires.

Le regard que Ferdinand releva sur lui était au moins aussi glacé que celui dont Hector daignait le gratifier depuis le début de leur conversation. C’était ainsi qu’il voulait que les choses se passent ? Comme deux négociateurs qui discutaient le doigt sur la gâchette ? Alors soit ; le Fou ne se déroberait pas. Dans un an, Hector se livrerait, ou bien ce serait à lui, Ferdinand, de faire un choix. Et pour être honnête, il était incapable de dire lequel il ferait. Constat qui le mortifiait d’autant plus : il savait que sa loyauté devait aller à son roi, qu’il aurait dû se dresser immédiatement pour défendre Louis, arrêter Hector sur –le-champ, ou se dire que dans un an il se rangerait de toute façon du côté de la justice. Mais alors qu’il voulait formuler ces pensées dans son esprit, quelque chose l’en empêchait, un blocage, un sursaut douloureux qui paralysait ses pensées et toutes ses convictions. Le sursaut de fidélité qu’il avait envers celui qui, quelques secondes plus tôt encore, était son ami le plus cher, son frère. Un frère dont, maintenant qu’il découvrait les cachotteries, le silence et en quelque sorte la trahison, il aurait voulu se détacher brutalement, arracher ce lien qui les unissait et s’en débarrasser, pour que la douleur s’arrête plus fil. Mais leur lien devait être en fil de titane : car Ferdinand avait beau tirer de toutes ses forces pour briser le lien, chacun des pas qu’il faisait pour s’éloigner de lui l’y ramenait aussitôt. Comme un aimant.

« Compte sur moi, Valois. Accuse-moi de traîtrise si ça t’amuse mais tu n’auras pas affaire à un lâche. » lâcha-t-il d’un ton acerbe.
- Adieu baron, que Dieu vous garde de poursuivre cette bêtise de servir un Bourbon.

Ferdinand ne répondit pas, et ne se retourna même pas lorsqu’Hector lui passa devant pour s’éloigner. Le temps était suspendu dans les airs, ou plutôt, c’était lui qui était incapable d’en suivre le cours. Le convoi repartait, et il était le seul laissé de côté. Et pour la première fois depuis qu’il connaissait Hector, Ferdinand ressentit la morsure vicieuse et étouffante de la plus lourde des solitudes. Il était seul. Complètement seul.

Tournant les talons, les yeux fixant un point indéterminé au loin, il reprit le chemin du château. Il n’avait plus rien à faire ici, et Valois avait disparu depuis un moment. Il se moquait éperdument de sa tenue, de toute façon Versailles n’était pas encore réveillée pour le voir, ce pantin désarticulé qui s’en allait à la casse. Il était dans une espèce d’état second, ne s’aperçut même pas qu’il avait rejoint le palais, ni ses appartements. Il y était, c’était tout. Quand il s’en aperçut, il eut l’impression de se réveiller d’un rêve –ou d’un cauchemar en l’occurrence. Le soleil pointait par sa fenêtre. Les membres et le cerveau engourdi par le froid et la fatigue, il tourna un regard hébété vers le miroir et aperçut son reflet dans le verre, pitoyable. Il portait les marques des coups d’Hector et son diaphragme le faisait encore souffrir ; des cernes profondes indiquaient le manque de sommeil, les épaules affaissées l’épuisement, et les traits tirés une souffrance telle qu’il en était anesthésié. Non décidément, il n’était pas beau à voir le baron ce matin-là. Il fixa encore quelques secondes ce reflet aliéné, seul témoin du combat meurtrier qui s’était livré cette nuit-là. Ce reflet qu’il commençait à haïr, parce qu’il lui balançait dans la face toute l’étendue de son échec. Et à quel point lui-même, vis-à-vis de Valois, était un échec.

Soudain quelque chose en lui se brisa. La capsule de verre qui retenait sa colère explosa, et avec lui le miroir alors qu’il y fracassait de toutes ses forces un presse-papiers avec un cri de rage. Le boucan, monstrueux, ne parvint même pas à ses propres tympans. Ca ne suffisait pas, ça n’était pas assez, il fallait qu’il s’en débarrasse de toute cette crasse qui s’était accumulée à l’intérieur de lui, de cet infect mélange de tristesse, de colère, de haine, de jalousie, de honte et de désespoir qu’il était incapable de digérer et qui le rongeait comme de l’acide. Il se noyait là-dedans, alors qu’il se laissait tomber au sol. Mais pourquoi, pourquoi c’était sur lui que ça tombait ? Pourquoi ce n’était pas un autre qui voulait reprendre un titre volé, pourquoi est-ce que c’était son ami d’enfance qui décidait de fomenter un coup d’état, pourquoi est-ce que c’était lui qu’on jetait au milieu de l’arène pour se faire déchiqueter par deux haines rivales auxquelles il aurait dû être étranger ? L’espace d’un instant il haït Hector : et aussitôt après il se haït lui-même pour l’avoir haï.

« Monsieur le baron ? Que vous arrive-t-il ? » fit la voix alarmée d’Aurélien. Ferdinand se releva d’un bond, et le fusilla du regard.
« Sors d’ici Aurélien ! Laisse-moi seul ! »
« Mais Monsieur, si je peux… »
« JE TE DIS DE SORTIR ! »

C’était la première fois que Ferdinand haussait le ton face à son valet. Aurélien comprit qu’il ne ferait pas le poids face à ce qui tourmentait son maître ; et il battit en retrait, sagement, comme la raison le lui dictait. De nouveau seul, mais pas apaisé pour autant, Ferdinand se tourna vers son bureau et, d’un geste de furieux, en vit valdinguer toute ce qui s’y trouvait. Cela non plus ne suffit pas, tout ce beau bordel qui ne reflétait pas encore assez son tourment, et parce qu’il ne savait plus quoi faire d’autre, il fracassa son poings sur la table en lâchant une bordée de jurons en gascon qu’il croyait même avoir oubliés. Il ne savait plus ce qu’il faisait, ni ce qu’il pensait –si tant était qu’il pouvait encore penser quelque chose. Finalement, il se laissa tomber sur le canapé, miraculeusement encore intact, et se prit la tête à deux mains. Plié en deux sous le poids de la solitude, étranglé par cet abominable sentiment de perte qu’il savait irréparable. Brisé. Vaincu.

FIN DU TOPIC.
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