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 Croiser le fer et ouvrir son coeur [Elodie]

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« s i . v e r s a i l l e s »
Côté Coeur: Après avoir souffert ces dernières années, ma belle Elodie le remet en marche ♥
Côté Lit: Je suis fidèle à l'amour et à un seul être. Et je l'attendrais.
Discours royal:



    Ҩ PRINCE CHARMANT Ҩ
    Je te promets la clé des secrets de mon âme


Âge : 25 ans
Titre : Duc de Gascogne
Missives : 638
Date d'inscription : 01/06/2008


MessageSujet: Croiser le fer et ouvrir son coeur [Elodie]   30.10.11 11:30


On peut vaincre avec une épée et être vaincu par un baiser.

Il y avait des jours où l'on sait qu'ils vont être décisifs. Les chefs de guerre le sentent au matin d'un guerre, ou un bourreau un jour d’exécution ou un voyageur le matin d'un départ. Rien de tout cela ce matin, où le jeune homme se réveillait aux aurores, incapable de dormir plus. Les yeux grands ouverts à fixer le plafond, les mains derrière la tête, Philippe savait qu'aujourd'hui serait différent des jours qui se sont succédés. Peut être pas dans le monde extérieur mais dans sa propre tête. Le jeune homme avait beaucoup réfléchi depuis qu'il était ressorti de l'église. Il ne pouvait plus nier ce qu'il pensait et les véritables motifs de cette leçon d'escrime. Même quand le duc avait demandé des cours à Élodie, sa raison principale était de la voir mais il cachait cela sous d'autres motifs superficiels. Elle-même l'avait dit : d'Artagnan savait se battre, il manquait juste un peu de confiance en sa lame. Mais en situation combat, il saurait mieux la manier, l'avenir pourra le prouver. Non, cela permettait d'avoir un moment seul à seul avec la demoiselle, rien attendre en retour que de profiter de sa présence, lui faire la conversation, rien de plus. Alors ce mati, dans ce lit, le jeune homme souriait et décida de se lever.

Une journée comme les autres. Un petit passage dans la chambre de son fils qui avait déjà été descendu par Barnabé et puis se passa un peu d'eau sur le visage avant de descendre au rez-de-chaussé. Il y avait une bonne odeur, le vieil homme passait son temps aux fourneaux alors qu'ils n'étaient que tous les deux, plus l'enfant et, occasionnellement, les marmots d'Alexandre. La vie était paisible dans cette maison, encore plus quand Cédric ne venait pas s'incruster, se croyant de la famille. Rien de bien passionnant, un quotidien banal en proche campagne. Philippe s'occupait de son fils, aidait à porter les lourdes charges, faisait son courrier et aidait aux tâches de la vie courante. Philippe était un parfait homme au foyer, comme on dirait aujourd'hui. Il savait aussi bien donner à manger à Arthur qu'à réparer une marche défectueuse tout en tenant la comptabilité de son duché. Et quand il vit que l'heure tournait, le jeune homme fit une rapide toilette, se changea pour passer des vêtements plus propres, accrocha son épée à la hanche et s’apprêta à sortir puis retourna dans le salon.

« Tu diras à Élodie que je l'attends dans la clairière derrière, tu sais au bout du chemin qui se trouve au bout du jardin. Nous serons plus tranquilles, loin des probables visiteurs. »

L'excuse des visiteurs était assez surfaite, peu de monde se rendait au manoir d'Artagnan. Charles était porté disparu, Alexandre vivait à la caserne et pas grand monde savait que Philippe était de retour. Quoique, il s'était tout de même montré à l'anniversaire du Roi et sa maladresse n'était pas passée inaperçue … Mais personne ne l'avait dérangé depuis ce jour-là et ce n'était finalement pas plus mal. Il sortit dans le jardin, passant son manteau. L'air restait doux mais le moindre vent pouvait rafraîchir en un instant. Et ce n'était pas le bon moment de tomber malade, surtout avec un physique aussi fragile que le sien. Barnabé le nourrissait plus que de raison, Philippe retrouvait progressivement l'appétit et cela se voyait petit à petit sur son physique. Cela ne lui faisait pas de mal car il y avait encore du chemin à faire.
En parlant de chemin, il se dirigea vers le fond du jardin, un petit sentier tracé permettait de trouver la clairière où aurait lieu la leçon. Il fallait marcher en longeant un petit cours d'eau, là où Philippe et Alexandre venaient se baigner plus jeunes, avec leur mère comme surveillante où alors tous les deux quand ils furent plus grands. Ces souvenirs arrachèrent un petit sourire au jeune homme qui continuait sa route. Il suffisait de suivre le chemin bordé d'arbre avec d'arriver sur la fameuse clairière. Ici, il n'y avait pas un bruit, un silence reposant, loin du tumulte de la ville. Philippe aimait ce lieu, proche mais inconnu, beau sans en faire trop. Ici, ils seraient tranquilles. Puis le cadre était sympathique, il y avait le petit cours d'eau qui avait bien creusé au point de faire une mare de taille moyenne. Philippe appréciait cet endroit, même s'il ne faisait plus parti du domaine familial, personne ne s'y rendait, cela était un endroit parfait pour s'éloigner quelques heures, n'entendre rien d'autre que les bruits de la nature.

Mais il ne fallait pas croire que le gascon avait choisi le lieu par rapport à ses sentiments. Il n'était même pas sûr de se déclarer, pas aujourd'hui en tout cas. Cela l'avait fait beaucoup réfléchir mais la précipitation n'était pas une bonne solution, il serait capable d'être un peu trop maladroit. Il se connaissait trop bien, il n'y avait qu'à se remémorer les malheureuses tentatives avec son ancienne fiancée. Philippe se plongea dans ses souvenirs et il y avait de quoi bien rire. Tous ces bégaiements, ces lapsus idiots, les joues rougies, les multiples hésitations, que la jeune femme comprenne autre chose que ce qu'il venait de dire, ce qui pouvait donner des quiproquos amusants … Bref, un d'Artagnan amoureux perdait tous ses moyens ! Avant Emmanuelle, Philippe n'avait aucune difficulté avec les filles, sûr de lui sans non plus se croire tout permis, il était plus facile pour s'amuser. Mais quand le cœur s'en mêle, l'impression d'avoir quelque chose a peur vous bloque sur beaucoup de points, on se dit que l'on a beaucoup plus à perdre. Voilà pourquoi le jeune duc hésitait aussi à se déclarer : certes, il saurait enfin ce que pense Élodie mais si cela n'était pas réciproque, il avait peur qu'elle s'éloigne. Et ces derniers mois, Philippe ne débordait pas d'une confiance absolue en lui-même, cela le confortait dans son hésitation. Il se demandait ce qu'elle pourrait bien lui trouver, il n'avait pas un physique de rêve et traînait bien des casseroles de son passé. Bien loin de l'image du prince charmant, du moins aux yeux du garçon. Voilà à quoi il pensait, assis sur une pierre au bord de la petite mare, le regard bleu dans le vide, fixant un point à l'horizon, invisible.

Il ne savait pas vraiment l'heure qu'il était mais il avait besoin de ce petit moment de solitude, régulièrement. Les premiers temps, Barnabé avait eu peur qu'il ne fasse de bêtises. Mais en Gascogne, d'Artagnan avait développé ce goût de la solitude et s'éloigner des siens pour quelques heures, lui faisait du bien. Puis il revenait, l'air de rien, reprenait sa vie quotidienne sans qu'on lui pose de questions. Donc cette pause solitaire avant la venue de la jeune femme lui permettait de faire une nouvelle point sur lui-même, se demander l'attitude à adopter. Il fallait qu'il reste lui-même, qu'il ne se focalise pas trop sur ses sentiments. Et si une occasion de se déclarer se présentait, il verra à ce moment là s'il saisissait cette perche. A ce moment là, des bruits inhabituels se firent entendre dans son dos, et le jeune homme se retourna, tiré de ses rêveries.
C'était elle.
Un large sourire s'étira sur les lèvres de Philippe, ravi qu'elle soit là. Il se leva de son siège de fortune et partit en sa direction pour la saluer. Durant ces quelques mètres, son cœur se mit à s'emballer et il tentait de cacher son trouble, mais le sourire restait immuable.

« Bien le bonjour, je suis toujours aussi heureux de vous voir. » dit-il en arrivant à sa hauteur.

Comment ne pouvait-il pas être content ? Il avait la jeune femme pour lui seul durant quelques heures, cela n'était pas évident car la jeune femme devait se cacher de ses frères alors elle ne devait pas avoir beaucoup de temps à consacrer aux gens.

« J'ai préféré vous emmener ici car je ne connais pas de lieu aussi près de la maison et où nous serons tranquille. Cela évitera d'avoir des visiteurs gênants comme la dernière fois ! Allez vous bien ? »

Par visiteur gênant, il pensait bien sûr à l'autre imbécile de Cédric. Mais même lui n'arriverait pas à retirer son sourire et le bonheur d'être ici, même si ce n'était qu'une simple leçon d'épée. Les choses les plus simples sont souvent les meilleures.

______________________


Donner du style à son caractère- voilà un art grand et rare ! Celui-là l'exerce qui embrasse tout ce que sa nature offre de forces et de faiblesses, et qui sait ensuite si bien l'intégrer à un plan artistique que chaque élément apparaisse comme un morceau d'art et de raison et que même la faiblesse ait la vertu de charmer le regard.

Prince Philippe:
 


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MessageSujet: Re: Croiser le fer et ouvrir son coeur [Elodie]   10.11.11 12:38

« … d’ailleurs, avez-vu Verneuil ? Seigneur, qu’il est pâle ! M’est avis que cet homme devrait dormir un peu plus…
- Et surtout dormir seul, si vous voulez mon avis, comtesse.
- Ah oui ? Pourtant depuis que la petite de Saint Vrain est partie… »

Les voix, en même temps que leur propriétaire, s’éloignèrent progressivement dans la longue allée, laissant flotter, l’espace d’un instant, un sourire fataliste sur les lèvres du mousquetaire qui venait de s’effacer pour les laisser passer. Eric de Froulay n’attendit pas que les voix se soient tues pour reprendre son pas tranquille, jetant un regard nonchalant autour de lui. Les immenses jardins du château étaient calmes en cette fin de matinée, et mises à part quelques courtisans en veine de ragots, il semblait que le soldat n’ait rien à garder. La Cour n’était pas de sortie, et depuis qu’il avait pris sa garde, quelques heures plus tôt, la plupart des chemins empruntés l’avaient laissé totalement solitaire. Il y avait bien quelques compagnons d’armes, mais comme à son habitude, Froulay avait rapidement trouvé un prétexte pour s’en défaire, cédant une fois de plus au désir de la jeune femme qui se trouvait derrière la casaque de se retrouver seules. Non pas que la compagnie des autres lui soit désagréable, mais vivre presque constamment entourée d’hommes et devoir faire croire qu’elle en était un aussi ne lui laissait que de rares moments pour songer. Même lorsqu’elle s’échappait de la caserne, elle trouvait le moyen de s’attirer les aléas d’un hasard qui semblait définitivement lui en vouloir. Sa dernière sortie parisienne en était la preuve la plus récente ; et si même lorsqu’elle n’était qu’Elodie, dans une simple taverne, elle parvenait à croiser le duc de Mortemart… et le roi, alors peut-être valait-il mieux qu’elle passe le plus de temps possible dans la peau de son faux frère jumeau.

Du moins, pour l’heure. Car les minutes défilant, la jeune femme ne pouvait s’empêcher de voir avec plaisir arriver le moment où elle pourrait à nouveau abandonner Eric pour jouer le rôle qui lui tenait le plus à cœur : celui du maître d’escrime. Une moue, à cette pensée, tordit un instant ses lèvres. Quelle mauvaise foi… Même avec toute la volonté du monde, s’il y avait bien une chose qu’elle ne pouvait décemment continuer à se cacher, c’était que ces entrevues avec Philippe d’Artagnan n’étaient pas que de simples leçons d’escrime. D’abord parce qu’il n’en avait pas réellement besoin, et ensuite parce que la seule idée de passer quelques heures avec lui suffisait à remuer quelque chose en elle – quelque chose qu’elle avait de moins en moins envie de nier. Certes, en prenant le chemin de Versailles sous une fausse identité, elle s’était interdit tout sentiments. Mais la vie est faite de telle sorte qu’un simple regard suffit parfois à rendre intenables ce genre de promesses. Il y avait plus d’un an qu’elle avait rencontré le duc, et depuis ce jour-là, en dépit de ces mois sans le moindre contact, elle n’avait jamais totalement oublié leurs moments passés ensemble en Gascogne – de même que son sourire, ses yeux et tant d’autres détails. Difficile, après ce soudain moment de trouble de la dernière fois, de ne pas s’avouer qu’il était temps de parler d’amour. Vivement, Elodie secoua la tête. Sans doute était-ce vrai. Mais à quoi bon ? Y avait-il une quelconque raison pour que tout cela soit réciproque ? Elle en doutait, et ce d’autant plus avec l’histoire qu’il lui avait contée. Et quand bien même elle ne serait pas la seule à penser ainsi… cette histoire était tout sauf raisonnable. Elle n’était absolument pas en position de céder à ce genre de folie. Certes. Mais comme le disaient déjà certain : le cœur a ses raisons que la raisons ne connait point.

Ça n’est que quelques minutes plus tard qu’Elodie vit enfin se dessiner devant elle l’imposante silhouette du château. L’heure de sa garde touchait à sa fin et déjà, elle aperçut les quatre hommes qui allaient la remplacer, avec ses compagnons. Se composant un visage neutre, vidé de tous les troubles qui l’agitaient, elle remonta tranquillement la volée de marches qui la séparait de la patrouille et salua jovialement ses camarades.
« Bonne garde, Froulay ? demanda l’un d’entre eux.
- Rien à signaler. C’est même le calme plat, répondit-elle en hochant la tête.
- Bien. Messieurs, j’espère que vous avez vos cartes ! »
Il y eut un éclat de rire général et, quelques minutes plus tard, lorsque les deux jeunes hommes manquant furent arrivés, Elodie quitta la joyeuse troupe et rejoignit sa monture. Cette fois, elle ne repassait pas par la caserne : inutile de risquer de croiser François, il était capable de lui interdire d’en ressortir. Depuis que du Perche avait commis l’erreur de parler d’une sœur se baladant dans Versailles en sa présence, tous les prétexte étaient bons à l’empêcher de s’éloigner. Ce dont, aujourd’hui tout particulièrement, il n’était pas question. Le mousquetaire rallia donc rapidement la ville, puis la Couronne de blé dans laquelle se trouvait toujours sa chambre. L’uniforme auquel elle devait s’astreindre étant tout sauf discret, elle passa une nouvelle fois par la porte de service qui n’était jamais verrouillée, et dont de toute façon, elle détenait un double des clés. Le patron, qui était certain d’abriter sous son toit les aventures d’un mousquetaire et d’une demoiselle inconnue, les lui avait cédé de bon cœur ; et Elodie s’était bien gardé de contredire ses certitudes. Plus elle semait de fausses pistes, et mieux elle s’en tirerait. Aussi est-ce sans s’inquiéter le moins du monde que, lorsqu’elle ressortit de sa chambre dépourvue de son uniforme, la demoiselle adressa un sourire au tenancier de la Couronne de blé avant de retourner à son cheval. Sourire qui ne la quitta pas, maintenu par la simple idée de rapidement retrouver Philippe.

Le voyage ne lui prit d’ailleurs guère de temps, et c’est rapidement qu’elle vit se dessiner la silhouette du manoir d’Artagnan. Silencieux, comme toujours, quoi que cette fois, elle n’aurait pas été étonnée d’entendre quelques éclats de voix enfantins y retentir. Bien moins surprise que lors de la première apparition d’Arthur, face à elle… et Portau. Une grimace lui échappa. Qu’il ne s’avise de venir une seconde fois troubler leur entrevue, d’ailleurs ! Cet homme, définitivement, ne lui inspirait pas confiance – et les évènements à venir lui montreraient largement à quel point elle avait raison.
« Bonjour Barnabé ! lança-t-elle soudain à l’intention du domestique qu’elle venait d’apercevoir. »
A cet appel, ce dernier se retourna, et sourire aux lèvres, alla se saisir des rênes de sa monture tandis qu’elle en descendait.
« Ah, mademoiselle de Froulay ! Philippe vous attend dans la clairière, derrière le domaine. Vous n’avez qu’à suivre le chemin, au fond du jardin, et vous y serez. Allez-y, je m’occupe du cheval. »
Elodie accepta d’abandonner Hamlet aux mains de Barnabé avant de prendre la direction qu’il venait de lui indiquer. Vêtue d’un long manteau, elle marcha rapidement, son épée à la main, jetant quelques regards sur la végétation qui l’entourait, jusqu’à ce qu’une trouée dans les arbres ne se dresse devant elle. Sourire aux lèvres, elle s’avança, posant presque immédiatement les yeux sur la silhouette qui s’y trouvait, assise sur un banc de fortune. Un instant, elle l’observa, en silence, éloignée de quelques mètres sans pouvoir ignorer le rythme effréné qu’avait soudain pris son cœur. Le voyant pensif, néanmoins, elle alla volontairement marcher sur une branche, dont le craquement se fit assez entendre pour tirer Philippe de ses réflexions. Et son sourire, lorsqu’il se retourna, donna un nouveau coup d’élan aux battements qu’elle ne tentait plus de réfréner.

« Bien le bonjour, je suis toujours aussi heureux de vous voir, lança Philippe en s’approchant.
- Moi de même ! répondit-elle , sincère. Bel endroit, ajouta-t-elle ensuite en désignant d’un geste la clairière qui les entourait.
- J'ai préféré vous emmener ici car je ne connais pas de lieu aussi près de la maison et où nous serons tranquille. Cela évitera d'avoir des visiteurs gênants comme la dernière fois ! Allez vous bien ? »
A nouveau, l’évocation de Portau tira une moue explicite à Elodie qui hocha la tête, ravie d’être ainsi coupée du reste du monde… en sa compagnie.
« Tout ne peut qu’aller bien… ici, fit-elle, réprimant de justesse le « avec vous » qui avait manqué de lui échapper. Et pour vous ? Arthur ne vous en fait pas trop de voir de toutes les couleurs ? »
Il n’était, elle s’en doutait, pas facile de s’occuper seul d’un si jeune enfant. Un indéfectible sourire aux lèvres, mais beaucoup plus mutin, soudain, elle s’appuya sur son épée, posant sur lui un regard plein de malice.
« Etes-vous prêt à essuyer une nouvelle défaite ? demanda-t-elle, sur un ton amusée. Cette fois, je vous mets au défi de me désarmer ! Et pas de galanterie… je suis sans pitié ! »
Un éclat de rire clair ponctua ces paroles faussement insolentes, ressemblant presque traits pour traits à celles que pourrait prononcer le mousquetaire pour lequel elle se faisait passer. Mais au diable les risques ! Comment Philippe pourrait-il se douter de quoi que ce soit, après ce qu’il avait vu la dernière fois d’Eric, et les commentaires des autres soldats ?


Dernière édition par Elodie de Froulay le 03.12.11 10:03, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Croiser le fer et ouvrir son coeur [Elodie]   23.11.11 21:57

Il n'était jamais évident d'avoir des sentiments à gérer. Philippe est certes un homme de tête plus que d'armes, mais il a toujours sur gérer ses émotions, quelles qu'elles soient. Avec plus ou moins de difficultés selon les situations mais il n'avait jamais su les exprimer convenablement. Quand il aimait, son cœur s'emballait et tout ses sens se bousculaient. Alors il bégayait, hésitait, ne savait pas vraiment comment se contenir ni canaliser ses sens. Il était un sanguin, tout sortait en même temps et cela était fouillis, souvent incompréhensible pour la personne face à lui. Souvent il s'était demandé comment Emmanuelle avait réussi à comprendre les sentiments de d'Artagnan … Mais s'il avait réussi avec elle, pourquoi pas avec Élodie ?

Tout cela tourbillonnait dans la tête du jeune homme mais il fallait bien se focaliser sur une autre pensée, histoire de ne pas paraître trop troublé avant l'arrivée d’Élodie. D'ailleurs, la voici et le sourire de Philippe fut des plus sincères. Et elle semblait apprécier l'endroit, c'était un bon point de départ pour cette belle après-midi.

« Tout ne peut qu’aller bien… ici » Philippe suivit la main de la jeune femme avant de la regarder à nouveau. « Et pour vous ? Arthur ne vous en fait pas trop de voir de toutes les couleurs ? »
« J'ai la chance d'avoir le fils le plus adorable du monde. A choisir, je pense que Barnabé est le plus terrible des deux ! »


Il eut un petit rire moqueur mais ne mentait pas. Arthur était un enfant agréable et peu pleurnichard, contrairement à la plupart des bambins de son âge. A ce qu'il paraît, Philippe était exactement pareil au même âge, alors tel père tel fils disait l'adage. Non, vraiment, les soucis de d'Artagnan venaient principalement de lui-même et des lettres du duché.

« Je dois dire que si je ne pouvais m'occuper que de lui, ce serait des journées tranquilles. Être duc d'un si vaste territoire tel que la Gascogne m'apporte bien plus de soucis. Des guerres d'égos, des vieux barons grognons qui ne supportent pas d'être gouverné par un ''gamin''. Un doit tellement m'aimer qu'il a transpercé le papier avec sa plume en me saluant ! » Il s'en amusait car cela était vraiment puéril, davantage venant d'hommes de l'âge de son père ! Les gens n'avaient pas vraiment d'éducation. Il ne voulait pas critiquer mais Philippe était un garçon de la ville et se sentait plus apte à diriger un duché que ces hommes qui ne connaissait que leur terre ! Quand on sait que l'un m'a parlé de feu le roi Henri IV qu'il a connu, imaginez un peu leur âge …

Mais finalement discuter n'était pas totalement à l'ordre du jour. Parfois, Philippe aimerait percer le mystère Élodie, elle et ses réponses vagues, ses sourires énigmatiques. Finalement, il savait peu de choses à son sujet mais respectait sa pudeur, lui-même avait beaucoup de choses passées sous silence, même s'il avait révélé deux grands événements à la jeune femme : sa défunte fiancée et son fils Arthur. Mais elle ne savait qu'une partie, que des choses visibles ou qui peuvent se savoir. Lui aussi était secret alors il ne voulait pas empiéter sur la vie de la demoiselle. Un jour, peut être, elle s'ouvrira à lui … Avant, place à la leçon !

« Êtes vous prêt à essuyer une nouvelle défaite ? Cette fois, je vous mets au défi de me désarmer ! Et pas de galanterie… je suis sans pitié ! »
« Vous me demandez de renoncer à une partie de moi-même, mais si je dois renoncer à mon côté galant pour mon honneur en vous battant, allons y ! »


Non, il n'était pas vaniteux, il se connaissait. Philippe était un homme galant, il appréciait les femmes et les traitait toujours bien. Il ne comprenait pas ces hommes qui traitaient leurs épouses, filles ou sœurs comme des vulgaires chiennes, cela le révoltait et il n'avait jamais hésité à dire son avis sur ce genre de choses, quitte à se fâcher avec certains amis. Mais là, il ne s'agissait pas de violence, juste d'une leçon d'escrime, même si cela était avec une femme. Son épée à la main, il se mit en garde et le combat s'engagea entre les jeunes gens. Timide au départ, d'Artagnan se fit plus téméraire et attaqua, tenta de faire des parades. Il était vif, bougeait avec agilité mais Élodie aussi, il fallait donc l'être davantage, rusé aussi et toujours avoir plusieurs coups d'avance et plusieurs possibilités de défense, d'attaque aussi. Les épées se rencontrèrent, s'entrechoquèrent pendant de longues minutes, ils avançaient, reculaient, tournaient l'un autour de l'autre. Philippe se forçait à se concentrer et essayait de ne pas rencontrer les yeux de la jeune femme, alors il se jetait corps et âme dans la bataille. Il voulait gagner, pour prouver qu'il avait écouté ses conseils et qu'il faisait des progrès. Mais elle était forte et finit, après de longues minutes d'acharnement. Désarmé, il leva les mains en l'air, un petit sourire malicieux au coin de la bouche.

« Merci de balayer mon honneur, en plus de ma galanterie ! » lança t'il en éclatant de rire tandis qu'il récupérait sa rapière puis se remit droit, l'air déterminé mais toujours souriant. Mais je ne m'avoue pas vaincu !

Là seulement, ses yeux azurs se plongèrent dans le beau regard d’Élodie. Voilà, cela le déstabilisait, il fallait qu'il se ressaisisse car si cela arrivait en pleine leçon, cela pourrait le blesser ! Alors les revoilà à se battre, épées au poing, toujours plus vivace et précise. La leçon pourrait se passer comme la précédente, se dérouler normalement mais il suffit d'une seconde. Un moment où Philippe leva les yeux et où il put croiser ceux de la belle. Il n'aurait jamais pensé que cela aurait autant d'impact sur ses réflexes. La jeune femme ne vit pas que le duc avait eu un moment d'absence, elle était lancée. La chance voulut que la lame frôla le flanc du jeune homme, au moment où il bougea, dans un sursaut de lucidité. Il manqua de tomber au sol, eut les jambes qui flanchèrent quelques instants avant de jeter un regard sur la coupure de sa chemise et la rougeur sur son flanc. Rien de grave, juste un léger choc car il ne s'y était pas attendu, son esprit n'étant pas au même endroit que son corps.

« Je … »

Il n'eut pas de mot. Il allait bien, Élodie pouvait le voir. Mais peut être qu'il était temps de parler, sincèrement et même avec des bégaiements, même avec les joues rouges et les battements du cœur qui vont beaucoup trop vite. Il leva les yeux un instant mais finalement fixa un point imaginaire sur sa gauche. Il hésita encore un instant, passa la main dans ses cheveux, l'air gêné.

« Élodie … J'ai … heu … puis-je vous confier quelque chose ? »

Là, il ne pouvait plus faire machine arrière. Allez, d'Artagnan, il faut se lancer …


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MessageSujet: Re: Croiser le fer et ouvrir son coeur [Elodie]   30.11.11 21:03

S’ils n’avaient pas tous deux été trop peu sûrs d’eux pour imaginer leurs sentiments réciproques – car c’était bien de cela qu’il s’agissait – sans doute Philippe comme Elodie se seraient-ils rendu compte que la raison pour laquelle ils étaient là. La véritable raison s’entend. Parce que certes, il y avait cette fameuse leçon d’escrime. Mais ils savaient pertinemment, l’une comme l’autre, que d’Artagnan n’avait pas besoin d’apprendre à se servir d’une rapière – il avait simplement face à lui un redoutable adversaire. Non, s’ils étaient là, c’était simplement pour être ensemble. Du moins, c’était le cas d’Elodie – et d’elle seule, elle ne pouvait s’empêcher de s’en persuader. Comment pourrait-il y avoir plus… après ce que le jeune duc lui avait confié lors de leur dernière entrevue ? Peut-être aurait-il était bon pour la demoiselle de se souvenir du fameux proverbe, aujourd’hui. L’amour rend aveugle… aux mauvaises comme aux bonnes choses. Et en l’occurrence, ne faisait ni plus ni moins que la rendre aveugle à celui-là même qu’elle – ne lui en déplaise – aimait.

« J'ai la chance d'avoir le fils le plus adorable du monde. A choisir, je pense que Barnabé est le plus terrible des deux ! répondit Philippe en riant, alors qu’elle évoquait Arthur. »

Du peu qu’elle avait vu du Barnabé en question – à savoir sa gargantuesque collation – elle imaginait assez bien ce que voulait dire le jeune homme. Amusée, elle hocha la tête, souriant à l’idée de l’espèce de père-couveuse que devait être le vieux serviteur – à l’égard de l’enfant comme du duc, alla-t-elle même jusqu’à songer.

« Je dois dire que si je ne pouvais m'occuper que de lui, ce serait des journées tranquilles. Être duc d'un si vaste territoire tel que la Gascogne m'apporte bien plus de soucis. Des guerres d'égos, des vieux barons grognons qui ne supportent pas d'être gouverné par un ''gamin''. Un doit tellement m'aimer qu'il a transpercé le papier avec sa plume en me saluant !
- Quelle preuve d’amour, en effet, souligna-t-elle avec une douce ironie. Elle savait bien à quoi pouvait ressembler un homme blessé dans son égo (et un vieillard d’autant plus) ; elle marchait assez souvent sur les plates-bandes de ces messieurs, même sans son costume de mousquetaire, pour en avoir une idée.
- Quand on sait que l'un m'a parlé de feu le roi Henri IV qu'il a connu, imaginez un peu leur âge…
- Si c’est à ce point, alors ils ne devraient plus vous poser de problèmes trop longtemps, lâcha-t-elle en riant malgré le cynisme de cette réplique. Quoique, savez-vous ce que l’on dit ? L’aigreur suffit parfois à vous conserver un homme ! »

Un éclat de rire léger lui échappa. Il y avait déjà tant de différences entre les deux jeunes gens qu’ils étaient et cette vieille génération qui n’en finissait plus de vieillir. Deux époques, deux mondes parfois totalement opposés… Mais enfin, là n’était pas la question aujourd’hui et, toujours sur le ton de la plaisanterie, Elodie finit par en venir à ce qui les amenait ici – la raison la plus acceptable pour ce qu’il restait de… raisonnable en elle du moins. Ayant faussement menacé le duc de son manque de pitié, elle se débarrassa rapidement de son manteau malgré la fraîcheur de l’atmosphère. L’hiver approchait doucement, et le temps aujourd’hui n’était d’ailleurs pas tout à fait au beau fixe. Le temps tout comme l’ambiance générale qui régnait à Versailles ces derniers temps. De même que l’hiver, une guerre se dessinait vaguement… En plus de ces troublantes rumeurs dont Elodie avait la sensation de voir de plus en plus de vagues preuves. Se pourrait-il, cette fois, que les ragots de couloir puisent dans de véritables sources ? Ça ne serait après tout pas la première fois qu’un complot se montait dans les méandres troublés des ces temps agités qui vivait le royaume – il suffisait de regarder ne serait-ce que quelques années en arrière.

« Vous me demandez de renoncer à une partie de moi-même, lança Philippe, arrachant la jeune femme aux doutes qu’elle nourrissait depuis les ordres donnés récemment aux mousquetaires de se tenir sur leurs gardes, mais si je dois renoncer à mon côté galant pour mon honneur en vous battant, allons y ! »

Elodie sourit énigmatiquement, et sans répondre, se mit en garde, chassant de ses traits quelques mèches brunes que la brise avait rabattu devant ses yeux. Agile, elle donna le premier assaut, sans chercher à ménager son adversaire. Ce qu’elle lui avait dit la dernière fois se tenait toujours, et c’est pour cette raison qu’elle ne changea rien à sa façon de se battre vis-à-vis de celle qu’elle employait face à ses compagnons de caserne. De longues minutes durant, pas un mot ne fut échangé entre les deux jeunes gens, la clairière ne résonnant plus que des éclats de leurs épées. Assauts, parades, bottes inoffensive et facilement parées par Philippe… Elodie avait toujours eu le don de pouvoir se concentrer en n’importe quelle circonstance lorsqu’il s’agissait de se battre. Une habitude héritée de ses premières batailles contre un frère bien plus expérimenté qu’elle, sans doute. Philippe eut beau se montrer bien plus offensif que la dernière fois, la demoiselle n’en finit néanmoins pas par faire sauter l’arme de ses mains, l’envoyant un petit mètres plus loin. Arrêtant sa lame, elle esquissa un sourire.

« Merci de balayer mon honneur, en plus de ma galanterie ! lança Philippe dans un éclat de rire. Mais je ne m’avoue pas vaincu !
- Bien… venez-donc les récupérer ! répondit-elle en se mettant une seconde fois en garde, non sans avoir partagé son amusement. »

Furtivement, elle détourna les yeux de son regard trop bleu qu’elle n’avait pu s’empêcher de croiser, et à nouveau, les lames se croisèrent. En plus de lui donner un avantage évident sur le duc, les longs entraînements auxquels la jeune femme s’adonnaient depuis plus de trois ans maintenant – et ceux qui avaient rythmé son enfance – lui avaient enseigné une redoutable capacité à se couper de tout ce qui ne concernait pas le combat, lorsqu’elle se battait. Et bien que la chose lui semblât impossible à tout autre moment, Elodie parvenait même à oublier, le temps d’une bataille, à quel point Philippe la troublait. Etre concentrée, c’était le maître mot, et ce d’autant plus qu’elle avait bien plus à perdre que n’importe lequel de ses compagnons en cas de blessure, même bénigne. Aussi n’y prêta-t-elle guère attention lorsqu’accidentellement, son regard croisa à nouveau celui du jeune homme. Lancée dans une passe qu’elle affectionnait tout particulièrement, elle ne vit pas que son adversaire s’était déstabilisé et ça n’est qu’alors que son bras s’abattait vivement là où elle pensait rencontrer sa lame qu’elle se rendit compte de son erreur. Prise par l’élan, la demoiselle n’eut guère que le temps de dévier légèrement son coup, qui alla néanmoins déchirer légèrement la chemise du duc.

« Philippe ! Tout va bien ? s’exclama Elodie sous le coup de la surprise. »

Attentive, certes, mais pas à tout ce qu’il faudrait. Se traitant mentalement d’idiote, la demoiselle laissa tomber son épée, prunelles posées sur Philippe. Elle ne l’avait pas blessée, elle le savait, elle avait même vu son coup ne faire que l’érafler ; alors pourquoi son cœur avait-il fait un bond dans sa poitrine ?

« Je… commença-t-il, visiblement aussi surpris qu’elle. Élodie … J'ai … heu … puis-je vous confier quelque chose ? »

A son ton gêné, à la façon dont il passa une main fébrile dans ses cheveux, la demoiselle ne put contenir un nouvel élan dans les battements effrénés de son cœur, ainsi qu’un espoir, aussi vague que troublant… qu’elle étouffa aussitôt.

« Laissez-moi regarder ça, répondit-elle pour se donner contenance en désignant la souche non loin de laquelle ils s’étaient arrêtés pour qu’il aille s’y asseoir. Elle savait pertinemment qu’il n’y avait rien à regarder, mais encore une fois, c’était tout ce qu’elle avait trouvé pour dissimuler son trouble. Quelle idiote, je suis vraiment désolée ! »

Elle aurait réellement pu ne pas parvenir à retenir son coup ! Le jeune homme assis, elle s’agenouilla auprès de lui, sentant malgré elle le rouge lui monter aux joues alors qu’elle observait rapidement la plaie – une éraflure, à peine rougie d’un petit filet de sang, trois fois rien en somme. Une moue tordue aux lèvres, elle leva la tête vers lui, les yeux posés dans les siens.

« Bien sûr… vous pouvez, souffla-t-elle enfin. »
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MessageSujet: Re: Croiser le fer et ouvrir son coeur [Elodie]   03.12.11 21:02

« Philippe ! Tout va bien ? »

Pas vraiment. Du point de vue physique, il n'avait rien, à peine une égratignure qui ne méritait pas qu'on s'attarde sur elle. Mais du point de vue moral … Pourquoi avait-il dit qu'il voulait lui parler ? Lui confier quelque chose ? Philippe se sentait incapable de prononcer le moindre mot, ce ne serait pas cohérent, cela ne voudra rien dire … Une déclaration se préparait, non ? Enfin, la seule qu'il avait su faire, le Duc avait des phrases en tête, une idée de quoi dire même s'il avait plus improviser qu'autre chose, Philippe savait où aller. Là, il ne pouvait pas lui dire de but en blanc ses sentiments, cela ne se faisait pas, si ? Il sentait la gêne l'envelopper progressivement et il voulut faire machine arrière, retourner quelques minutes avant pour la fermer. Mais il n'existe aucune machine pour remonter le temps, il devait assumer ses paroles. Bien sûr, il pourrait trouver autre chose à dire mais mentir n'était pas son fort et aucune idée ne lui venait en tête. Il n'avait rien en tête du tout, à vrai dire. Comme si toutes ses idées s'étaient cachées pour lui faire une blague stupide.

« Laissez-moi regarder ça. »
« Vraiment, je n'ai rien. »


Pourtant, il l'accompagna jusqu'à la souche sans rien dire de plus, se laissa examiner, sachant pertinemment qu'il n'avait rien. Tout au plus, cela picotait légèrement mais rien de bien grave, il avait sur bouger à temps car Élodie était lancée dans sa botte. Comment lui en vouloir ? Elle était concentrée sur sa leçon, dans la bataille.

« Quelle idiote, je suis vraiment désolée ! »
« Mais vous n'avez rien à vous faire pardonner, ce n'est pas grave. »


C'était lui l'idiot. Il n'avait pas pu rester suffisamment concentré pour que son trouble remonte à la surface. Elodie n'avait pas à s'en faire, surtout pour une blessure aussi superficielle. Philippe ne la quittait pas des yeux, ne cessant de chercher les bons mots pour ne pas paraître trop gauche, compréhensible et ne pas l'effrayer. Cela semblait difficile, voire presque impossible. Et quand leurs regards se rencontrèrent une nouvelle fois, il perdait encore tous ses moyens.

« Bien sûr… vous pouvez. »

Voilà, il devait se lancer. Maladroit, il ne savait pas comment faire, il se sentait idiot, le cœur en bandoulière. Il y eut un petit silence, quelques secondes tout au plus, mais le duc crut que cela était une éternité. Même s'il arrivait à lui dire, comment pouvait-il lui plaire ? Après ce qu'il lui avait raconté la fois dernière … Et puis Élodie devait avoir beaucoup de prétendants, bien moins torturés que Philippe. Il fallait essayer, tenter sa chance, il n'avait plus le choix. Après quelques bredouillements incompréhensibles, Philippe décida de parler.

« Cela va vous paraître stupide mais je voulais commencer par vous remercier. » commença t'il, il ne voulait pas passer par là mais c'était ce qui était sorti en premier, il baissa les yeux. « Je … Vous m'avez rencontré dans un bien triste état, vous n'avez jamais posé de questions et … et vous avez été une compagnie des plus agréables. Sans le savoir vous … m'avez redonné envie de vivre. Lors de votre passage en Gascogne, vous avez été une des rares personnes avec qui j'ai parlé, j'étais terré à Lupiac et je ne voulais pas en sortir. Certaines personnes passaient mais je ne me forçais pas à faire la conversation. Je ne la faisais pas du tout à dire vrai. Vous, c'était … différent. Et je me suis surpris moi-même à attendre la prochaine fois de vous revoir, à peine vous avais-je quitté. Quand vous avez du repartir, me laissant seul, j'ai cru un instant que j'allais redevenir comme … avant de vous avoir rencontré. Puis, il y a peu, quand mon frère est venu, me proposant de revenir, j'ai tout d'abord refusé, j'ai ensuite réfléchi, pesé le pour et le contre. Je dois admettre que … » il se tut un instant et regarda Élodie. « Espérer vous revoir a été le principal argument de mon retour. »

Il ne se l'était pas avoué à l'époque mais c'était tellement évident. Lorsqu'elle lui avait dit qu'elle espérait qu'ils se revoient un jour à Versailles, Philippe avait tout d'abord rejeté cette hypothèse, persuadé qu'il n'y retournerait jamais. Et quand son aîné vint lui faire cette proposition, la phrase d’Élodie était revenue dans la tête du gascon. Et puis tout s'était enchaîné sans qu'il n'en ait conscience. La revoir une fois, leur promenade versaillaise, les leçons, les aveux et aujourd'hui, ils se retrouvaient ici. Philippe avait senti le rouge lui monter aux joues lorsqu'il avait dit sa dernière phrase. Mais ce n'était pas fini. 

« Je n'avais pas prévu de vous revoir si vite, ni … ni tout ce qui allait se passer avec mon retour à Versailles. Voyez vous, j'ai toujours été persuadé qu'on ne pouvait aimer qu'une fois, que mon tour était passé. A vingt-deux ans, j'avais abandonné tout espoir sur ma vie. Et puis vous … La dernière fois que nous nous sommes vus, je continuais de nier, que cela n'était point possible. Puis quand j'ai vu Cédric jouer son petit numéro avec vous, je me suis senti … jaloux. » Ce dernier mot était lâché dans un souffle, les yeux levés au ciel. Être jaloux de Cédric ? Quelle idée stupide quand il y repensait. « Et quand je vous ai mis en garde, j'étais sincère et j'aurais voulu vous dire plus, vous dire que … »

Il se pencha vers Élodie pour faire un geste, peut être lui prendre la main, mais finalement lui caressa les cheveux tout en ne la quittant pas des yeux.

« Je vous aime, Élodie. »

Il n'avait pas senti son cœur battre aussi fort qu'à cet instant, il sentait son corps entier trembler et essayait de contrôler sa main dans les cheveux, ne pas faire de geste trop brusque, ne pas lui faire mal. Il n'avait jamais pensé redire ces mots là un jour, ils sortaient du cœur, de son âme, de son être. Pourtant, il restait en lui cette part de doute la concernant, il était si persuadé que cela n'était pas réciproque, il se devait d'ajouter.

« Sachez que je n'attends rien de vous en retour mais je n'ai jamais été un homme de raison ni un bon menteur, je voulais que vous le sachiez pour être complètement honnête avec vous. Lorsque je vous ai demandé ces leçons d'escrime, je n'ai pas réfléchi mais il me fallait savoir quand je pourrais vous revoir. Je suis conscient que mon prétexte est bien stupide … » Avec difficulté, il ôta la main de la chevelure d’Élodie, avec un petit sourire timide. « Si vous voulez partir, je comprendrais tout à fait mais je tenais à vous dire tout cela et quoi qu'il se passe, les moments passés à vos côtés m'ont sauvé la vie et votre sourire a été le meilleur remède à tous mes chagrins quand je pensais à vous. »

Il lui avait tout dit, la jeune femme avait toutes les cartes en main. Philippe avait réussi à avouer ses sentiments, il s'en était très bien sorti contrairement à ce qu'il avait pensé. Il espérait juste qu’Élodie ne parte pas. Même si elle ne l'aimait pas, qu'elle reste … Il était tellement loin de se douter de la réciprocité des sentiments. D'Artagnan pourrait enfin voir un bout de ciel bleu dans la vie de brouillard qu'il menait ces dernières années …

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Donner du style à son caractère- voilà un art grand et rare ! Celui-là l'exerce qui embrasse tout ce que sa nature offre de forces et de faiblesses, et qui sait ensuite si bien l'intégrer à un plan artistique que chaque élément apparaisse comme un morceau d'art et de raison et que même la faiblesse ait la vertu de charmer le regard.

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MessageSujet: Re: Croiser le fer et ouvrir son coeur [Elodie]   06.12.11 22:47

Il y avait tant de chose qu’elle aurait voulu confier à Philippe, elle aussi. Depuis qu’ils s’étaient quittés, après leur dernière entrevue, Elodie ne parvenait à oublier ce goût amer que lui avait laissé l’honnêteté du jeune homme. Non pas parce qu’elle n’en voulait pas, évidement, mais parce qu’elle n’avait pas osé se lancer à son tour, lui avouer tout ce qu’elle lui dissimulait depuis le début, jusqu’à la cause même de leur rencontre. Si elle n’avait pas été envoyée en mission, si elle n’avait pas poussé sa folie jusqu’à se faire passer pour un mousquetaire, jamais, elle en était certaine, elle ne se serait rendue en Gascogne. Là-bas, il y avait plus d’un an maintenant, comme ici, depuis le retour du duc à Versailles, pas une seule fois elle n’avait été totalement honnête avec lui. Honnête à propos de ce qu’elle était réellement, honnête à propos de ses sentiments… A bien y regarder, ce que savait Philippe sur elle n’était qu’un vague tissu incomplet de mensonges et de mystères qu’elle avait de moins en moins envie de maintenir. Elle redoutait plus que beaucoup de choses la possible – et légitime ! – réaction du jeune homme, certes. Mais s’il le découvrait par lui-même, un jour ? Ne valait-il pas mieux tout lui avouer tout de suite ? Doucement, alors qu’elle levait les yeux sur lui pour l’encourager à se confier, Elodie se mordit l’intérieur de la joue, partagée entre son secret en l’envie d’en finir, pour lui, avec tous ces mystères. Mais au fond, la jeune femme savait pertinemment qu’elle ne pourrait lui avouer qui était Eric. C’était à peine si elle était capable d’être vraie sur les sentiments qu’il lui était maintenant impossible de nier, alors…

« Cela va vous paraître stupide mais je voulais commencer par vous remercier, commença finalement Philippe, le regard fuyant. Je… Vous m'avez rencontré dans un bien triste état, vous n'avez jamais posé de questions et… et vous avez été une compagnie des plus agréables. Sans le savoir vous… m'avez redonné envie de vivre. Lors de votre passage en Gascogne, vous avez été une des rares personnes avec qui j'ai parlé, j'étais terré à Lupiac et je ne voulais pas en sortir. Certaines personnes passaient mais je ne me forçais pas à faire la conversation. Je ne la faisais pas du tout à dire vrai. Vous, c'était… différent. Et je me suis surpris moi-même à attendre la prochaine fois de vous revoir, à peine vous avais-je quitté. Quand vous avez du repartir, me laissant seul, j'ai cru un instant que j'allais redevenir comme… avant de vous avoir rencontrée. Les prunelles d’Elodie s’étaient, au fur et à mesure, teintées d’un éclat indéfinissable alors que, malgré tous ses efforts, les battements de son cœur avaient fait un nouveau bond ; poussés par un fol espoir. Puis, il y a peu, quand mon frère est venu, me proposant de revenir, j'ai tout d'abord refusé, j'ai ensuite réfléchi, pesé le pour et le contre. Je dois admettre que… Espérer vous revoir a été le principal argument de mon retour. »

A cet aveu, la demoiselle entrouvrit les lèvres pour parler mais ne trouva pas le moindre mot à répondre. Lorsqu’elle avait quitté la Gascogne, elle s’en souvenait, rien n’aurait pu être plus sincère que l’espoir qu’elle lui avait confié de le revoir à Versailles. Elle était, à ce moment-là, bien de loin d’être capable de s’avouer quoi que ce soit, mais l’idée de ne plus revoir le jeune duc l’avait rendue assez mélancolique pour que, sur le chemin du retour, son compagnon d’arme n’interroge Eric sur sa santé. Elle s’en souvenait également parfaitement… rien ne saurait rendre ce qu’elle avait ressenti lorsque, sous les traits d’Eric, elle l’avait croisé en ville. Et dire qu’elle avait réussi à se mentir tout ce temps. Malgré elle, la demoiselle sentit le rouge lui monter aux joues, alors que ses prunelles, comme aimantées, ne quittaient plus celles de Philippe.

« Je n'avais pas prévu de vous revoir si vite, ni… ni tout ce qui allait se passer avec mon retour à Versailles, reprit le jeune homme. Voyez-vous, j'ai toujours été persuadé qu'on ne pouvait aimer qu'une fois, que mon tour était passé. A vingt-deux ans, j'avais abandonné tout espoir sur ma vie. Et puis vous… La dernière fois que nous nous sommes vus, je continuais de nier, que cela n'était point possible. Puis quand j'ai vu Cédric jouer son petit numéro avec vous, je me suis senti… jaloux. »

A ces mots, Elodie fut partagée entre la grimace qu’aurait pu lui tirer l’évocation de Portau, et le sourire timide que lui arracha le fait que le jeune homme ait été… jaloux. Sans qu’elle ne s’en rende compte, l’une de ses mains s’étai machinalement mise à jouer avec un bout de sa robe – signe toujours aussi évident lorsqu’elle était troublée. Au fond d’elle, elle était heureuse ; mais subsistait une part de doute, de raison dont elle ne parvenait à se défaire. Il y avait si longtemps, pourtant, que tout, pour l’un comme pour l’autre, aurait dû être évident…

« Et quand je vous ai mis en garde, j'étais sincère et j'aurais voulu vous dire plus, vous dire que… Il hésita, se tut un instant, avant de tendre la main vers elle, qui restait immobile. Doucement, il déposa sa main dans les cheveux de la jeune femme, geste qui tira à peine un tressaillement à cette dernière, tant elle était pendue à ses lèvres. Je vous aime, Elodie. »

Une seconde fois, elle tenta de parler, mais ce fut comme si l’indéfinissable sourire qui illumina soudain l’ensemble de ses traits suffisait à faire mourir sur ses lèvres les mots qu’elle ne trouvait de toue façon que difficilement. Rien ne saurait rendre le bond que fit son cœur dans sa poitrine alors qu’un silence, plus bavard que jamais pourtant, s’installait, l’espace d’un instant, entre les deux jeunes gens. Elodie eut la vive sensation que les battements effrénés purent s’entendre dans l’ensemble de la clairière, mais après avoir passé tant de temps à maudire ce traître de cœur, elle ne s’en souciait plus le moins du monde. Les mots de Philippe avaient enfin fait tomber toutes les bancales barrières qu’il restait en elle.

« Sachez que je n'attends rien de vous en retour, reprit cependant le jeune duc, mais je n'ai jamais été un homme de raison ni un bon menteur, je voulais que vous le sachiez pour être complètement honnête avec vous. Lorsque je vous ai demandé ces leçons d'escrime, je n'ai pas réfléchi mais il me fallait savoir quand je pourrais vous revoir. Je suis conscient que mon prétexte est bien stupide… Ça n’est qu’à cet instant qu’Elodie put enfin avoir une réaction digne de ce nom. Par réflexe, plus qu’après réflexion, elle saisit doucement la main qu’il venait de retirer de ses cheveux. Si vous voulez partir, je comprendrais tout à fait mais je tenais à vous dire tout cela et quoi qu'il se passe, les moments passés à vos côtés m'ont sauvé la vie et votre sourire a été le meilleur remède à tous mes chagrins quand je pensais à vous. »

Avec douceur, toujours, elle secoua la tête, négative, un sourire trahissant tout ce qu’elle réprimait depuis trop longtemps aux lèvres, cherchant sans grand succès quoi dire.

« Je ne vais pas partir, souffla-t-elle enfin en prenant sa seconde main. Philippe, quand j’ai quitté la Gascogne, j’espérais… vraiment vous revoir. Pendant l’année qui a suivi aussi et… Il me semblait que jamais je n’aurais le courage de vous le dire mais… Un instant, elle s’interrompit, consciente qu’elle se perdait dans ses propre phrases, et baissa les yeux sur leurs mains, un sourire qui en disait énormément aux lèvres. Je vous aime. »

Elle l’avait dit, enfin. A cette idée, lorsqu’elle réalisa les mots qu’elle venait de prononcer, Elodie eut la sensation d’un poids en moins sur sa poitrine. Elle n’avait pas été totalement honnête, elle le savait pertinemment. Il restait une chose qu’il aurait fallu dire, qu’elle aurait dû dire… Sans doute était-ce le moment le plus approprié pour cela mais, lorsqu’elle ouvrit la bouche pour achever de se confier, une dernière once de peur – et peut-être de lâcheté – la retint sans pour autant que rien ne puisse venir troubler le sourire rayonnant qui ne quittait pas ses lèvres. Peut-être même parvint elle à oublier cet abcès qu’elle devrait, un jour ou l’autre, finir par percer. On oublie facilement beaucoup de choses lorsque parle le cœur ; et ce d’autant plus lorsqu’il parle… pour la première fois. Le rouge, sans qu’elle ne puisse rien y faire, lui monta à nouveau aux joues et doucement, elle lâcha ses mains et baissa les yeux.

« Jamais je n’aurais pensé dire ça... avoua-t-elle d’une petite voix, tranchant avec toute l’assurance qu’elle possédait en temps normal. Mais s’il y avait bien un domaine dans lequel elle perdait ses moyens, c’était celui, neuf, de l’amour. »

Et dire qu’elle s’était promis, en quittant les terres familiales pour les mousquetaires, que jamais elle ne cèderait aux sentiments. Promesse ridicule, à vingt et un ans, lorsqu’on y repensait.

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MessageSujet: Re: Croiser le fer et ouvrir son coeur [Elodie]   11.12.11 15:31

Ces mots sortaient plus facilement qu'il ne l'aurait cru. Malgré la peur, voire même la quasi-certitude, que les sentiments n'étaient pas réciproques, Philippe devait le dire à Élodie. Et tout le petit monologue pour tourner autour du pot n'était pas si inutile, il se serait tellement mal vu de lancer ces trois mots en l'air, de but en blanc. Les joues rougies, le cœur battant et les mains tremblantes, Philippe s'était lancé dans sa déclaration, regardant parfois la jeune femme qui ne le lâchait pas du regard. Comprenait-elle où il voulait en venir ? Peut être, ou non. Puis ces trois mots. Philippe avait enfin réussi à dire qu'il aimait Élodie, avec ce geste délicat. Il avait eu du mal à se l'avouer à lui-même, ce fut la partie la plus difficile en vérité. Il avait mis une année à se le cacher, à le nier, le rejeter, persuadé que cela n'était pas possible mais plus il ne voulait pas entendre ses sentiments, plus ceux-ci revenaient, plus vivaces. Une guerre perpétuelle entre le cœur et la raison. Lors de leur dernière rencontre, le cœur avait eu une victoire écrasante que même le jeune Duc ne put le nier. Un an pour se l'avouer, quelques jours pour l'avouer tout court, quelle différence !

Mais qu'en était-il d'elle ? Philippe ne voulait pas la brusquer, ni lui faire peur et voilà pourquoi il continua à parler. Mais quand Élodie rattrapa ses mains, il se dit l'espace d'un instant que tout n'était peut être pas perdu, avant de se traiter intérieurement de pauvre fou. Il ne pouvait s'empêcher de camper sur ses positions, qu'il ne s'agissait rien de plus qu'un geste amical, lui dire qu'elle ne le repoussait pas totalement. Quand enfin il arrêta son monologue et posa son regard azur à nouveau sur elle, il la vit hocher de la tête de façon négative et sourire en même temps, il ne sut comment interpréter cela. A son tour d'être pendu aux lèvres de la jeune femme, attendant la moindre parole pouvant le faire espérer, ou revenir à son idée première qu'il ne serait plus jamais heureux en amour. Elle tenait à présent les deux mains du gascon, elle pouvait peut être ressentir les tremblements de celui-ci, si peu sûr de lui en cet instant …

« Je ne vais pas partir. Philippe, quand j’ai quitté la Gascogne, j’espérais… vraiment vous revoir. Pendant l’année qui a suivi aussi et… Il me semblait que jamais je n’aurais le courage de vous le dire mais… » Il retint son souffle en ces quelques secondes. « Je vous aime. »

Son cœur manqua plusieurs battements lors ces trois mots qu'il n'espérait même plus. Il sentit un long frisson lui remonter jusqu'à la nuque et il fut incapable de prononcer le moindre mot tant cela était inespéré. Ainsi donc elle l'aimait aussi, et ce depuis aussi longtemps que lui, mais il avait été incapable de le voir. Un doux sourire vint sur son visage et les mains de Philippe caressèrent celles de la jeune femme, incapable de faire autre chose. Que dire en cet instant ? Qu'il était le plus heureux des hommes ? Mais c'était tellement évident ! Il avait passé deux années atroces, à vivre dans un épais brouillard, sous un ciel perpétuellement gris où le coin de ciel bleu s'éloignait dés qu'il s'en approchait un peu. Bien sûr, quelques événements firent montrer un peu de soleil mais, à cet instant, c'est comme si le gris était totalement balayé et laissait enfin place à un beau soleil radieux, enfin un peu de plénitude dans sa vie. Alors qu'elle lâchait ses mains, Philippe en rattrapa une, il appréciait ce contact même s'il savait à présent que ce ne serait pas le dernier. Il continuait de la regarder, Élodie semblait si fragile en cet instant, ce qui la rendait encore plus belle en cet instant.

« Jamais je n’aurais pensé dire ça... »
« Et jamais je n'aurais pensé vous l'entendre dire. »


Lui aussi, sa voix fut plus douce, comme si cela était un secret. Il avait tellement voulu ce moment qu'il ne réalisait pas que cela soit vraiment réel. Il n'y aurait rien de pire en cet instant, que tout cela soit un rêve et qu'il se réveille. Alors que ce soit la réalité ou un rêve, il pouvait se permettre ce qu'il voulait en cet instant. Il descendit de sa petite souche où il était assis pour se retrouver dans l'herbe où se tenait Élodie, lui caressa la visage, toujours avec ce doux sourire sur les lèvres et s'approcha davantage. Puisqu'ils s'aimaient, il n'y avait aucune interdiction pour ce qu'il allait faire en cet instant : l'embrasser. Et c'est ce qu'il fit, il unit ses lèvres à celle d’Élodie pour un baiser doux mais plein d'un amour qu'il ne pensait pas pouvoir laisser extérioriser un jour. Alors ce baiser, autant que la déclaration, était autant attendu qu'inespéré. A présent ses deux mains encadraient le visage de la jeune femme, une d'elle s'égara dans sa chevelure sans jamais brusquer les choses et faire durer ce moment une éternité.

Seulement, le temps ne permit pas de faire ce moment bien longtemps. Le temps gris n'avait cessé d'amasser les nuages sur la campagne versaillaise, mais aucun des deux jeunes gens n'y avait fait attention, il y avait eu bien plus important que lever le nez en l'air. Sans prévenir, la pluie s'abattit sur eux et s'intensifia rapidement. En quelques secondes, une véritable averse les interrompit. Philippe, aux premières gouttes, se détacha de sa belle et, voyant la tournure des événements, prit sa main pour la lever et l'entraîner dans sa course.

« Allons nous mettre à l'abri avant d'être trempé ! »

En passant, il ramassa son épée et son manteau et courut, Élodie sur les talons, pour regagner le manoir. Il s'agissait presque d'un déluge qui allait inonder la campagne versaillaise, le chemin de terre menant à la maison devenait boueux et il était bien difficile de ne pas se crotter les chaussures. Heureusement que le chemin n'était pas très long entre la clairière et la demeure familiale, ils y furent en quelques minutes. Passant la porte, Philippe avait un peu le souffle court, trempé et les bottes sales. A peine la porte claquée, une voix s'éleva dans la maison, celle de Barnabé.

« Philippe, tu ne fais pas un mouvement de plus, la maison est propre et je ne veux pas de tes traces de bottes partout ni que cela sente le chien mouillé, tu … Oh, mais tu n'es pas tout seul. »

Il avait jeté ses paroles de la cuisine et n'avait vu Élodie qu'au dernier moment. Le vieil homme avait un petit sourire mais fit comme si de rien n'était. Philippe avait subi les dégâts de la pluie avec sa chemise qui lui collait à la peau, chose désagréable. Ses cheveux collaient sur son front, il faisait un peu pâle figure. Il enlevait ses bottes tout en parlant.

« Barnabé, tu peux passer une robe à Élodie ? »
« Où veux tu que je trouve une robe ici ? Ni toi ni moi n'en portons à preuve du contraire ! »
« Marine a du bien en laisser quelques unes dans la chambre d'Alexandre. »

Le vieil homme acquiesça et monta à l'étage, faisant semblant de ne pas regarder les deux jeunes gens mais ne rata pas la scène où Philippe retira une mèche de cheveu du front d’Élodie avec un petit sourire.

« Il ne faudrait pas que vous attrapiez froid et je n'allais pas vous passer mes vêtements ! »

Il s'amusait de sa réflexion mais était tellement loin d'imaginer que le costume d'homme faisait partie du quotidien de sa belle. Barnabé revenait avec une robe et une couverture pour Élodie, et des vêtements pour Philippe. Il ouvrit une porte et invita la jeune femme à s'y changer.

« Voilà une robe et de quoi vous essuyez. » Il regarda Philippe. « Toi tu vas te changer dans le salon. Je me demande ce qui vous a retenu pour prendre la pluie sur la tête ! »

Philippe attrapa ses changes en levant les yeux au ciel, ainsi que la couverture qu'il lui tendait. Passer des vêtements secs était comme une libération. Philippe n'accorda pas un regard pour Barnabé qui se tenait non loin de lui, toujours le sourire sur les lèvres.

« Allez, dis moi ce qui s'est passé. »
« Arrête Barnabé de faire l'inquisiteur, prépare nous quelque chose de chaud, il ne faudrait pas que l'on attrape froid. »

Le vieil homme leva les yeux au ciel à son tour et partit. Décidément, les garçons d'Artagnan avaient bien du mal à raconter leurs vies privées alors que cela était tellement évident. Enfin habillé, Philippe avança deux fauteuils près du feu dans la cheminée qu'il attisa un petit peu pour se réchauffer.

______________________


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MessageSujet: Re: Croiser le fer et ouvrir son coeur [Elodie]   15.12.11 17:25

Et dire que pendant un an, et surtout depuis le retour de Philippe à Versailles, Elodie n’avait cessé de se persuader qu’elle était la seule à nourrir de tels sentiments ; qu’au nom de cette certitude, elle avait tout fait pour les nier, peut-être même les oublier. Pouvaient-ils réellement tous deux avoir été aveugles à ce point ? Visiblement, oui. Tout particulièrement aveugles même, car à y repenser, leurs sentiments respectifs crevaient les yeux. Le plaisir qu’ils avaient éprouvé à se retrouver, leur promenade nocturne, et surtout, la mise en garde de Philippe après le départ de Portau, lors de leur dernière rencontre. Cette idée tira un sourire amusé sur les lèvres de la demoiselle. L’amour rend bien aveugle, oui, mais peu importait maintenant qu’ils avaient tous deux ouvert les yeux. Maintenant qu’ils avaient enfin osé se lancer ; ce qui, concernant Elodie du moins, n’était réellement pas gagné. Si le jeune duc n’avait pas fait le premier pas, elle se connaissait assez pour se douter qu’elle n’aurait jamais rien avoué. Drôle de peur pour une demoiselle si assurée en temps normal – assurée au point de se faire quotidiennement passer pour un homme ; et un mousquetaire qui plus est. Mais elle redoutait tant, par cet aveux, de le perdre, de le voir s’éloigner… Il serait difficile de décrire à quel point elle était heureuse que ça ne soit pas le cas !

« Et jamais je n'aurais pensé vous l'entendre dire, répondit Philippe, lorsqu’elle lui confia ces pensées. »

Au moins, ils formaient une belle paire. Elodie ne quitta pas des yeux le jeune homme, alors qu’il descendait de la souche sur laquelle elle l’avait presque forcé à s’installer pour observer la plaie qu’elle avait déjà oubliée. Un sourire timide aux lèvres, elle sentit un frisson la parcourir de part en part alors qu’il s’approchait d’elle ; effleurant légèrement son visage. Doucement, elle posa sa main sur la sienne, se sentant soudain particulièrement gauche. Elle n’avait pas la moindre idée de la façon dont elle devait réagir ; jouer les mousquetaires ne lui ayant guère laissé ni le temps ni la possibilité d’expérimenter ce qu’elle s’était, de toute façon, toujours interdit. Mais au sourire de Philippe, elle oublia toute interdiction – de toute façon balayée depuis la seconde où il lui avait dit qu’il l’aimait – et le laissa approcher, et l’embrasser. A nouveau, elle tressaillit, et tenta de lui rendre son baiser alors que l’une de ses mains allait entourer la nuque du jeune homme. Et ce jusqu’à ce que soudain, le temps ne s’en mêle. Elodie aurait volontiers oublié tout ce qui n’était pas Philippe, mais lorsqu’une première goutte de pluie vint finir sa course sur son front, elle sursauta, levant par réflexe les yeux vers le ciel. D’un gris menaçant, ce dernier se couvrit rapidement, très rapidement, d’un voile de pluie qui se changea en une violente averse. Une moue contrariée aux lèvres, elle attrapa la main que le jeune homme lui tendait pour se relever.

« Allons nous mettre à l'abri avant d'être trempé ! lança-t-il en ramassant ses affaires. »

Elodie fit de même avec son arme et la mante qu’elle avait abandonnée à quelques pas de là et à la suite de Philippe, entreprit de rejoindre rapidement le manoir. Plus ils couraient, et plus l’averse se faisait vivace. Un véritable déluge, pour le moins inattendu ! Sans traîner, les deux jeunes gens quittèrent la clairière, puis le chemin qui les y avait menés et regagnèrent enfin la maison d’Artagnan. Vaguement essoufflée, Elodie s’appuya contre la porte une fois qu’elle fut refermée derrière elle, tout en jetant un regard perplexe sur sa tenue. Même s’ils avaient fait vite, ils étaient tous trempés.

« Philippe, tu ne fais pas un mouvement de plus, la maison est propre et je ne veux pas de tes traces de bottes partout ni que cela sente le chien mouillé, tu … Oh, mais tu n'es pas tout seul, entonna la voix de Barnabé, depuis la cuisine, qui ne s’aperçut de la présence de la demoiselle qu’en sortant de la pièce. Amusée, elle lui adressa un grand sourire.
- Barnabé, tu peux passer une robe à Elodie ? demanda Philippe au vieux domestique, alors que la principale concernée baissait à nouveau les yeux sur celle qu’elle portait encore, et dont l’étoffe lui collait désagréablement à la peau. Il y avait déjà de quoi s’empêtrer dans tous ces tissus secs, alors une fois détrempés… Et encore, celle-ci n’avait rien à voir avec les magnifiques robes de Cour.
- Où veux tu que je trouve une robe ici ? Ni toi ni moi n'en portons à preuve du contraire ! s’exclama Barnabé.
- Marine a dû bien en laisser quelques unes dans la chambre d'Alexandre. »

Au nom de son lieutenant, Elodie se retint une moue. Lorsqu’elle venait, elle en oubliait qu’il s’agissait également de la demeure d’Alexandre… et qu’elle pourrait très bien l’y croiser un jour. S’il reconnaissait Eric ? Cette pensée, qui l’avait un instant arrachée à la réalité, n’eut guère le temps de plus l’inquiéter, Philippe s’approchant un nouveau d’elle pour décoller une mèche brune de son front. Avec un sourire tendre, Elodie passa une main dans ses cheveux, les rejetant tous en arrière. Ils étaient dans un piteux état… mais peu lui importait.

« Il ne faudrait pas que vous attrapiez froid et je n'allais pas vous passer mes vêtements ! lança le duc, amusé. S’il savait… elle avait peut-être plus perdu l’habitude de porter des robes qu’elle ne se formalisait d’être vêtue comme un homme.
- Cela ne m’aurait pas dérangée ! répondit-elle sur le même ton alors que Barnabé redescendait, les bras chargés de vêtements. »

Non sans l’avoir remercié, Elodie le débarrassa de la robe et la déposa sur le lit qui occupait le centre de la pièce que venait de lui ouvrir le vieil homme. Avec un soupir et un regard qui en disait long, elle s’appuya un instant contre un des murs de la chambre qui semblait inoccupée. Même l’averse, qui sévissait violemment à l’extérieur, n’avait réussi à entamer son sourire. Ce qui s’était passé était si… inespéré. Avisant l’habit aux couleurs pâles, elle songea à la femme d’Alexandre, qu’elle avait eu l’occasion de voir de temps à autres, mais qu’il y avait longtemps qu’elle n’avait pas croisé. Apparemment, elle ne vivait plus ici. Mais n’étant pas censée connaître ni le lieutenant aux mousquetaires, ni Marine, elle savait d’avance qu’elle se garderait bien de poser une quelconque question. Rapidement, donc, elle se changea, avant de rassemblée ses cheveux humides dans une tresses après avoir tenté comme elle le pouvait de les décher grâce à la couverture de Barnabé. Dehors, le déluge continuait, menaçant de tourner à l’orage. A cette idée, une moue tordit ses lèvres puis, tirée de ses pensées par quelques bruits de voix étouffés lui parvenant du salon, elle acheva de lacer le corset de la robe et ramassa ses affaires détrempées afin d’aller les faire sécher auprès du feu.

Sortie de la chambre, elle se dirigea vers le salon qu’elle avait quitté quelques minutes auparavant, coulant au passage un regard derrière une porte entrouverte, l’œil attirée par la petite silhouette profondément endormie d’Arthur. Un instant, elle s’arrêta, attendrie puis levant les yeux, croisa ceux de Philippe, qu’elle pouvait voir d’où elle se trouvait.

« Une de mes amies dit toujours que les enfants ont le sommeil des anges. Je trouve que l’expression lui va bien… lança-t-elle en posant une dernière fois ses deux prunelles sur l’enfant. »

Là-dessus, elle s’avança dans le salon et disposa sa robe humide de façon à la faire sécher avant de s’installer sur l’un des deux sièges près de l’âtre dont la chaleur était plus que bienvenue. L’automne tombait, doucement, et cette petite douche imprévue n’avait pas été des plus chaleureuse. Bras entourant ses jambes ramenées contre sa poitrine, Elodie observa un instant les flammes avant de se tourner vers Barnabé qui sortit de la cuisine, chargé d’un plateau alléchant.

« Voilà qui devrait vous réchauffer et vous faire du bien… après les efforts de la leçon ! annonça-t-il avec un regard qui trahissait qu’il avait parfaitement compris ce qu’était devenue cette fameuse leçon. »

Elodie eut un sourire, posant a nouveau les yeux sur Philippe. Il est vrai qu’il aurait été difficile de ne pas noté que quelque chose avait changé entre les deux jeunes gens. Discret, néanmoins, Barnabé s’éclipsa en cuisine, les laissant seuls. Se saisissant d’une des deux tasses disposées sur le plateau, la demoiselle s’enfonça dans son fauteuil.

« Ces leçons d’escrimes doivent être maudites… quelque chose doit vouloir que nous ne les menions pas au bout, plaisanta-t-elle. Ça n’était pas tout à fait faux : interrompues par Portau la dernière fois, et aujourd’hui, par leur aveux et l’averse… Mais encore une fois, aujourd’hui, peu importait : ils n'avaient plus besoin de ce prétexte pour oser se revoir. »


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MessageSujet: Re: Croiser le fer et ouvrir son coeur [Elodie]   08.01.12 17:55

Ils étaient tous les deux trempés jusqu'aux os, cette averse était arrivée sans crier gare et les avait stoppés nets dans leurs élans romantiques. Ils avaient du courir jusqu'au manoir pour ne pas se faire avoir par la multitude des gouttes tombées du ciel mais cela avait raté, il n'y avait qu'à les regarder en cet instant … Et tandis que Barnabé partit chercher des habits pour les deux tourtereaux, dont une robe pour Élodie, le gascon plaisantait sur le fait qu'elle n'allait pas porter des vêtements d'hommes. Il était bien loin de se douter que cela était son lot quotidien.

« Cela ne m’aurait pas dérangée ! »
« Je n'en doute pas, vous êtes sûrement plus surprenante que vous en avez l'air. »
Il sourit, avant de reprendre. « J'ai une amie qui se déguise parfois pour voyager plus tranquillement, alors plus grand chose ne me surprend ! »

Enfin, le jour où Philippe découvrirait le secret d’Élodie, sa double vie, il ne serait pas aussi souriant et détaché qu'à ce moment. Il est difficile d'imaginer la jeune femme vivant au milieu des mousquetaires, se faire passer pour un homme et que personne ne le remarque ! Il y a forcément quelqu'un qui l'aurait vu, non ? Mais tout cela était à mille lieues de l'esprit du jeune d'Artagnan, pour une fois, tout ce qu'il avait en tête s'était envolé, il ne pensait qu'à l'instant présent et c'était tout simplement le bonheur. Philippe n'avait pas ressenti une telle plénitude depuis tellement longtemps, tout cela s'était un peu apaisé avec l'arrivée d'Arthur mais en quelques secondes face à Élodie, un vent avait balayé une grande partie de ses idées noires. Il en restait encore, il y aura toujours une part meurtrie au fond de lui qui ne partira jamais mais la douleur s'estompera, il fallait un peu de temps et de soutien. Véritablement, Philippe n'était plus seul à présent.

Et lorsqu'il se changea dans le salon, le jeune duc se rendit compte de l'énorme pas qu'il avait fait cet après-midi, même ces derniers jours. Cela aurait pu bien arrivé il y a bien longtemps mais son caractère buté ne l'avait pas qu'encourager à se replier sur lui-même. Quelle imbécillité. Là, il s'était déclaré et la demoiselle avait des sentiments réciproques. Et pas n'importe quelle demoiselle ! Si peu conventionnelle, cela lui apportait un charme fou. Philippe était un garçon que l'on pouvait avant-gardiste, il avait des idées novatrices et des points de vue originaux pour l'époque. Qu'une femme sache sa battre était un bon point à ses yeux, il n'avait pas l'étoffe du chevalier qui savait terrasser les dragon avec son épée, du moins ne se sentait pas accomplir une telle mission. Là encore, l'avenir lui prouverait qu'il saurait affronter des obstacles presque insurmontables, par amour pour sa belle. Il ne valait mieux pas qu'il sache ce qui allait lui arriver … Mais pas le temps d'y penser, Élodie ressortie de la pièce, changée avec la robe de cuisinière de Marine. Il l'observait s'arrêter, sourire tendrement.

« Une de mes amies dit toujours que les enfants ont le sommeil des anges. Je trouve que l’expression lui va bien… »

Il lui fit un large sourire, attendri par la scène qu'il avait vu. Elle était sincère dans ses gestes, son regard et ses mots, Philippe ne s'attendait pas à tant de la parte d’Élodie. Lui-même ne pensait pas être père et apprenait chaque jour ce nouveau rôle qu'on lui avait confié, il avait plusieurs fois pensé à comment pouvait réagir une potentielle épouse face à cet enfant sorti de nul part. Avec l'arrivée d'Arthur, il avait du reconsidérer sa position sur le mariage car l'enfant avait besoin d'une mère mais ne voulait pas l'imposer. Si Élodie voulait un genre de ces rôles, d'épouse et de mère du petit, d'Artagnan ne voulait pas que cela soit forcé, qu'elle le veuille réellement. Là aussi, ils auraient le temps de voir si leur relation tout juste naissante irait jusqu'au mariage mais Philippe n'avait plus vraiment le droit d'être égoïste et de ne voir que pour lui-même. La demoiselle s'installa sur un des fauteuils tandis que lui restait encore un peu debout, remettant un peu de bois pour que le feu les réchauffe bien.

« « Voilà qui devrait vous réchauffer et vous faire du bien… après les efforts de la leçon ! »

Barnabé avait toujours les bonnes phrases pour faire comprendre ce qu'il savait par sous-entendus. Philippe leva une nouvelle fois les yeux au ciel puis son regard azur rencontra les prunelles de la jeune femme et lui fit un petit sourire. Il était vrai qu'il fallait être idiot pour ne pas comprendre en cet instant. Dire que ces deux là n'avaient pas vu ce que chacun ressentait pour l'autre … Aujourd'hui, tout était plus clair, différent et enfin plus clair pour les deux jeunes gens. Philippe s'était finalement assis sur un coin de la cheminée, sur une pierre taillée face à Élodie et avait pris une tasse aussi.

« Ces leçons d’escrimes doivent être maudites… quelque chose doit vouloir que nous ne les menions pas au bout. »
« Quelque chose ne voulait pas que ces leçons aient une fin normale. Dommage, nous ne verrons pas ce que la prochaine leçon nous réserve … »


Plus besoin de leçon pour se voir à présent, pas besoin de prétexte pour voir la personne que l'on aime, les élans du cœur suffisaient largement. Philippe avait un sourire amusé tandis qu'il buvait quelques gorgées. Ils semblaient à l'abri dans la maison, les rafales de vent faisaient plier les branches et la pluie tambourinait sur les fenêtres dont certains volets n'avaient pas été fermés. En quelques minutes, le temps gris sans aucun danger avait laissé sa place à une sorte de tempête automnale. D'Artagnan regardait dehors avant de reporter son attention sur la jeune femme.

« J'espère que vous n'aviez rien prévu après, je pense que tous vos plans sont tombés … à l'eau. » plaisanta t'il avec son petit jeu de mots avant de reprendre. « A moins d'avoir une excuse comme sauver le Roi de France, vous resterez ici tant que la pluie persistera. Je vis dans une maison trop grande pour un duc, un bébé et un vieillard espion donc vous serez la bienvenue pour la nuit. »

Il ne voulait pas la voir partir en pleine tempête de la sorte, cela était trop dangereux. On ne devait pas y voir bien loin à cheval, Elodie pourrait attraper froid ou quelque chose du genre avec un temps pareil, il valait mieux éviter ce genre d'incident. Et puis le manoir d'Artagnan disposait de nombreuses chambres alors personne n'allait rechigner pour une invitée. Philippe était le maître de la maison tant que son père n'était pas revenu, il pouvait se permettre d'y inviter qui il voulait quand il le voulait. Lorsque les deux deux hommes devront vivre sous le même toit, cela sera sans doute une autre histoire, pas toujours bien drôle tous les jours vu que Philippe conservait de nombreuses rancœurs contre son paternel. Un jour, Élodie devra assister à cela et verrait que la famille d'Artagnan avait aussi ses travers, bien loin de l'image lisse du père héroïque, de l'aîné sous-lieutenant à la vie paisible et au cadet duc bien aimé.

« Voulez vous découvrir davantage l'antre des d'Artagnan ? Je pense que vous serez amenée à revenir ici, autant que vous vous sentiez comme chez vous. » Il but une gorgée avant de reprendre. « Vu que je ne compte pas repartir de suite … »

Il l'avait décidé seulement ces dernières secondes. Dire qu'il y a quelques semaines, Philippe avait bien dit à Alexandre qu'il ne remontait à Versailles que pour retrouver leur père, puis retournerait en Gascogne. Il n'était toujours pas parti à la recherche de Charles mais avait trouvé un fils et une belle demoiselle, cela suffisait à réfléchir sur son avenir, et il serait meilleur ici que seul au bout du royaume …

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MessageSujet: Re: Croiser le fer et ouvrir son coeur [Elodie]   18.01.12 18:51

« Quelque chose ne voulait pas que ces leçons aient une fin normale. Dommage, nous ne verrons pas ce que la prochaine leçon nous réserve…
- Oh mais s’il le faut, je suis prête à vous accorder une revanche ! plaisanta Elodie. »

Elle eut un court éclat de rire, avant d’adresser à Philippe un sourire complice. C’en était fait des faux prétextes, bien que cette idée de croiser le fer ensemble n’ait pas été sans ingéniosité. Le jeune duc n’avait pas le moindre besoin de ces leçons, mais lorsqu’il les avait proposées, sans doute n’aurait-il pu trouver meilleure sorte de solution pour leur permettre de se revoir. Leur promenade nocturne interrompue par les brigands ne datait pas de si longtemps que cela, mais jamais ni l’un ni l’autre n’aurait osé y faire le moindre pas. La demoiselle ne se souvenait que trop bien avoir été incapable même d’admettre que Philippe comptait plus pour elle qu’un ami, aussi grand soit-il. Un instant songeuse, son regard s’attarda sur l’une des fenêtres auxquelles elle faisait face. Des siècles semblaient s’être écoulés depuis ce soir là – et les aveux qu’ils avaient enfin réussis à se faire l’éloignaient encore. Mais même maintenant que le pas était franchi, qu’il n’y avait plus de place pour le doute, elle ne regrettait rien de ce qu’ils avaient bien pu faire. Leur cécité commune, à bien y réfléchir, prêtait plus à sourire qu’autre chose.

C’est par le claquement d’un volet contre la vitre sur laquelle elle s’était arrêtée qui la tira de ses pensées. Dehors, toute l’eau que pouvait contenir le ciel semblait avoir décidé de s’abattre sur Versailles. De la petite averse, il n’était plus rien. Et si dans la maison régnait une joyeuse sérénité, dehors, le temps était à l’orage. Un coup de vent vint faire plier de façon impressionnante les arbres qui bordaient le parc, faisant au loin entendre ce qu’Elodie avait toujours vu comme un sinistre sifflement. Plus jeune, elle redoutait ce bruit annonciateur de tempêtes en tous genres. Mais aujourd’hui, plus que tous les autres jours, la foudre tombant à ses pieds ne pourrait elle-même entacher l’étincelle heureuse qui brillait au fond de ses yeux.

« J'espère que vous n'aviez rien prévu après, je pense que tous vos plans sont tombés… à l'eau, lança le duc, la poussant à poser à nouveau les yeux sur lui. A moins d'avoir une excuse comme sauver le Roi de France, vous resterez ici tant que la pluie persistera. Elodie, mystérieuse, lui adressa un sourire dont il ne pouvait comprendre tout le sens. Elle espérait bien que le roi n’aurait pas besoin d’être sauvé aujourd’hui… Tout roi qu’il était, elle lui en voudrait de gâcher ces instants ! Je vis dans une maison trop grande pour un duc, un bébé et un vieillard espion donc vous serez la bienvenue pour la nuit. »

Drôle d’association s’il en est que celle que venait de citer Philippe. Elodie porta sa tasse à ses lèvres avant de répondre, ses pensées volant un instant vers Arthur qui dormait toujours paisiblement, en dépit de l’orage qui se préparait. Qu’il devait être étrange pour le jeune homme d’assurer soudain cette lourde charge que celle d’être père, quand rien ne l’y avait préparé ! Elle ne doutait pas un instant que Barnabé fut de bons conseils, son âge l’y disposant visiblement, mais tout enfant n’avait-il pas besoin d’une mère ? C’était, après tout, ce que l’on s’évertuait à répéter aux jeunes filles de ce temps, pour leur faire mieux comprendre peut-être que là s’arrêtait leur rôle. Elodie, et sa vie en témoignait, n’avait jamais cédé à ces mœurs trop injustes à ses yeux. Mais en l’espace de quelques sourires lorsqu’elle l’avait vu, Arthur avait su gagner son cœur.

« Le Roi de France se passera de mes services pour le reste de la journée ! lança-t-elle, avec un air faussement important. Un rire lui échappa, dissimulant ce reste d’amertume qu’elle avait de ne pouvoir lui dire à quel point la plaisanterie… n’en était pas une. Je doute en effet que tenter une expédition à cheval sous ce déluge soit une brillante idée… »

Et comme pour illustrer ses paroles, un premier éclair perça l’épaisse chape de nuages. Une moue aux lèvres, elle acheva le contenu de sa tasse. Après tout, elle ne reprenait son service que le lendemain au matin, et surtout, n’allait pas nier que l’idée de rester ici avec Philippe lui plaisait bien plus que celle de retourner battre la ville en tentant d’échapper à François – pourtant au courant de ses changements d’identité. Ses sermons, si elle savait allègrement passer outre, lui faisaient craindre à chaque fois de plus… fermes résolutions. Et s’il était bien une chose à ses yeux inenvisageable, et ce plus encore depuis une vingtaine de minutes, c’était de quitter la ville.

« Voulez vous découvrir davantage l'antre des d'Artagnan ? Je pense que vous serez amenée à revenir ici, autant que vous vous sentiez comme chez vous. Vu que je ne compte pas repartir de suite… »

A ces mots, qui répondaient comme en écho à ses pensées, Elodie eut un large sourire, tout ce qu’il y avait de plus sincèrement rayonnant. De pouvoir se sentir chez elle ici, certes, mais surtout de savoir que Philippe ne quitterait pas Versailles aussi rapidement qu’il le lui avait d’abord dit, lors de leurs retrouvailles. Une perspective à laquelle elle ne pensait plus mais qui l’aurait laissée amère, maintenant qu’il n’y avait plus entre eux plus la moindre barrière – du moins, le pensaient-ils aujourd’hui. La suite des évènements se chargerait allègrement de leur prouver le contraire.

« Oh… j’en suis ravie ! lâcha-t-elle sans plus chercher à prendre garde aux mots qu’elle prononçait. »

Qu’il était bon de pouvoir dire les choses, enfin, telles qu’elle les pensait. Un sourire tendre aux lèvres, elle déposa sa tasse vide sur le plateau qu’avait apporté Barnabé – et qu’elle soupçonnait de glisser quelques rapides œillades par la porte de la cuisine laissée entrouverte – et se leva du fauteuil dans lequel elle s’était enfoncée.

« Eh bien, je suis curieuse d’en savoir plus sur cette… antre, lança-t-elle en tendant l’une de ses mains à Philippe, assis face à elle. »

Elle ne pouvait se résoudre à rien lui dire de plus sur sa vie que ce qu’il connaissait déjà, tout en désirant sincèrement en savoir plus, toujours plus sur lui. Sa main dans la sienne, elle lui adressa une petite moue, les joues toujours légèrement rougissantes.

« Je serais heureuse de m’y sentir comme chez moi, souffla-t-elle. »

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MessageSujet: Re: Croiser le fer et ouvrir son coeur [Elodie]   29.01.12 19:39

« Le Roi de France se passera de mes services pour le reste de la journée ! Je doute en effet que tenter une expédition à cheval sous ce déluge soit une brillante idée… »
« Même le Roi de France ne mérite pas que l'on chope une mort certaine sous cette tempête. »


Un jour, il saurait que beaucoup de paroles qu’Élodie pouvait dire sur le ton de la plaisanterie n'en étaient pas. Mais pas aujourd'hui. En cet instant, ils avaient besoin d'une parenthèse de douceur, sans réfléchir et juste se laisser porter par l'instant. Chose que Philippe n'avait pas fait depuis plus de deux années. Toute son insouciance s'était évanouie d'un seul coup et même l'arrivée d'Arthur n'avait pu l'apaiser. Cela l'avait apaiser, lui apportait du bonheur mais aussi beaucoup d'inquiétude quant à son avenir, comment l'élever … Après, il aura le temps de s'inquiéter pour Élodie, de tout ce que la vie avait prévu pour eux deux, mais au moins elle pourrait se défendre, même si on n'est jamais trop d'être deux.

Leur déclaration mutuelle avait changé la donne quant au futur du jeune Duc. Quand il avait quitté la Gascogne avec Alexandre, il lui avait bien précisé que son retour n'était que temporaire, qu'il reviendrait sur ses terres aussitôt leur père retrouvé, qu'il était hors de question que deux d'Artagnan se retrouvent sous le même toit, surtout quand on connaît les relations tendues entre le père et le cadet. Cette fois, ils ne seraient pas deux mais trois, en comptant l'enfant, cela n'allait pas arranger les choses mais Philippe ne pouvait plus penser de manière égoïste, il n'était plus seul dans l'histoire et devait penser à construire enfin un avenir digne de son nom et de son cœur surtout. Retourner seul à Lupiac, c'était retrouvé volontairement ses vieux démons et tourner le dos à ceux qu'il aimait ici. Si sa décision ne datait que de quelques minutes, il n'allait pas revenir dessus, hors de question de reculer alors qu'il pouvait enfin aller de l'avant. Bien sûr, tout n'allait pas être simple, Philippe traînait des casseroles et le ciel ne sera pas tout bleu du jour au lendemain. Mais il avait son fils et Élodie, deux soutiens de poids pour l'éviter de flancher et arrêter de se faire du mal comme il s'en était tant fait durant ces dernières années.

La visite de la maison n'était qu'un moyen comme un autre de rester aux côtés de la jeune femme et lui faire découvrir un peu plus de lui, espérant qu'elle se dévoilerait peut être à son tour. La demoiselle de Froulay vivait avec un voile de mystère perpétuel, jamais Philippe ne l'avait pressé de questions, sachant très bien qu'il n'était pas facile de se confier. Il lui donnait le temps qu'il faudrait pour qu'elle s'ouvre à son tour. En attendant, il lui prit la main délicatement pour l'emmener à travers la maison, lui faire découvrir là où il a passé une grande partie de sa vie.

« Eh bien, je suis curieuse d’en savoir plus sur cette… antre. Je serais heureuse de m’y sentir comme chez moi. »
« Je le souhaite également,
commença t'il avant de tourner les yeux vers le reste de la pièce. Vous avez déjà découvert le salon. Je suis sensé travailler dans mon bureau au premier étage mais je prends souvent mes aises ici. Déjà que nous ne sommes pas beaucoup dans cette maison, mais alors si nous sommes tous éparpillés ! »

Il lançait cela sur le ton de la plaisanterie mais il est vrai qu'à trois dans une grande maison, cela était bien vide … Parfois Marine passait ou laissait les enfants, cela mettait de l'animation, mais c'était tout. La plupart du temps, il n'y avait que les trois hommes à la maison. Le salon était assez spacieux, confortables par ses fauteuils mais aussi une grande table en bois, des meubles d’appoint où étaient posés des papiers ou des vases sans fleurs, des cadres au mur. Rien d'exceptionnel en somme. Puis Philippe poussa une porte sur leur droite, donnant accès à une pièce presque aussi grande que la précédente mais dont l'espace était mangée par une grande table en plein milieu, capable d'accueillir une dizaine de personnes. Philippe toucha du bout des doigts cette même table couverte d'une fine couche de poussière.

« On ne peut pas dire que la salle à manger est la pièce la plus vivante. On ne vient jamais ici, ce serait ridicule de manger seul dans cette pièce ! »

Avant, il y avait du monde qui venait à la maison, les amis de Charles, les fameux mousquetaires et cela donnait lieu toujours à des déjeuners sans fin où tout le monde s'amusait. Mais aujourd'hui, la pièce était froide, on n'y allumait le feu de temps en temps que pour éviter que l'humidité ne vienne pourrir les murs. Heureusement il y avait des pièces plus intéressantes et, ressortant de la salle à manger, les deux tourtereaux se dirigèrent vers une pièce bien connue de la maison : la cuisine. La porte était toujours entrouverte et Philippe se mit à parler presque en murmurant, sur le ton de la confidence, montrant Barnabé du doigt.

« Cet homme n'est pas humain, je pense. Il passe sa vie dans cette cuisine, prépare des repas pour dix alors que nous ne sommes que deux à pouvoir en profiter, il y a toujours de la nourriture en cas de fringale. Pire, je pense qu'il ne dort jamais. Je me couche, il est debout. Je me lève, il est déjà debout, et ce, à n'importe quelle heure. Si vous passez la nuit ici, vous comprendrez. »
« On ne montre pas du doigt pour commencer,
lança Barnabé, pourtant dos à eux. Puis dis surtout que tu te couches comme une poule et que tu te lèves quand il fait bien jour ! »
« Oh, ce n'est pas vrai ! C'est surtout que je me réveille plusieurs fois dans la nuit, j'en connais un qui ne regarde pas l'heure pour manger. »


Il se dédouanait grâce à Arthur mais le sourire qu'il fit à Élodie disait aussi qu'il était un gros dormeur. Enfin, il faisait beaucoup de siestes durant la nuit. Entre le bébé et ses cauchemars, même s'il se rendormait vite, Philippe avait besoin de récupérer. Il n'était pas étonnant d'ailleurs que père et fils fassent une sieste l'après midi tous les deux. Le vieil homme avait tourné la tête pour voir les deux jeunes gens disparaître. Voir son jeune fripon dans un meilleur état le fit sourire. Elodie et Philippe continuèrent la visite alors qu'il ouvrit une porte, donnant sur une pièce moyenne mais rempli de livres. Plusieurs bibliothèques se succédaient, toutes remplies. Au bout, un espace éloigné de tout papier, se trouvait une petite cheminée et une méridienne.

« Si vous aimez lire, cette pièce sera pour vous. Ma mère était une grande amoureuse des livres et a m'a éduqué pour que je sois pareil. Elle a bien réussi, je pense. Ici vous trouverez de tout, ma mère adorait l'histoire, la littérature et tout ce qui touche à la théologie. J'ai continué avec des manuels de sciences et de géographie. Je devrais penser à ranger et surtout à actualiser tout cela. il lâcha la main pour saisir un ouvrage. Je pense que Tartuffe n'est pas la dernière pièce de Molière ! » dit-il, en laissant l'ouvrage sur la table, avec une moue mi-amusée mi-deçue.

Lui qui adorait tout cela, il se rendit compte qu'il était temps de remettre à jour ces ouvrages. Entre temps, il y avait du avoir de nouvelles découvertes, de nouveaux ouvrages, de nouveaux auteurs. Avant de reparaître vraiment à la Cour, Philippe se devait de ne pas paraître ignorant, rattraper son retard, même s'il allait faire cela avec grand plaisir. Il avait passer des après-midi entières à lire, avec sa mère à ses côtés, lisant ou brodant selon les jours. Il laissa Élodie parcourir des yeux les différentes bibliothèques, ne la quittait pas des yeux. Cela était trop top pour penser à l'avenir mais Philippe aimerait vraiment que la jeune femme puisse à son tour passer des heures ici, pourquoi pas l'aider à enrichir cette collection déjà assez impressionnante. Au fond de la pièce se trouvait une autre porte qu'il ouvrit et, d'un geste de la main, invita la jeune femme à changer de pièce. Lui restait sur le pas de la porte, regardant la petite salle de musique dépouillée de l'essentiel, avec juste un magnifique clavecin, un étui à violon, un meuble dans un coin et le portrait de sa mère au-dessus du clavecin.

« Je crois que c'est ma pièce préférée. il caressa le clavecin du bout des doigts. Je ne suis pourtant pas doué au clavecin, je ne connais qu'un morceau à quatre mains et un autre soliste. Je crois que j'ai toujours aimé la difficulté, je me suis mis au violon. Et celui-là, il prit son étui et l'ouvrit, est un cadeau de mon père. Voilà pourquoi je le garde précieusement ici ! »

Il en avait trois en fait, un offert par sa mère quand il était plus jeune, un offert par son père durant l'adolescence et un troisième en Gascogne, quand l'envie de jouer lui a pris, il n'avait pas d'instrument alors il avait couru en acheter un. Il n'avait pas vraiment regardé Élodie durant ses paroles, ses yeux azurs s'étaient attardés sur les instruments. Là, seulement il releva le regard avec un petit sourire.

« Et vous, jouez vous ? »

Si quelqu'un pouvait faire revivre pour quelques instants ce clavecin, il aimerait que ce soit elle …



______________________


Donner du style à son caractère- voilà un art grand et rare ! Celui-là l'exerce qui embrasse tout ce que sa nature offre de forces et de faiblesses, et qui sait ensuite si bien l'intégrer à un plan artistique que chaque élément apparaisse comme un morceau d'art et de raison et que même la faiblesse ait la vertu de charmer le regard.

Prince Philippe:
 


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MessageSujet: Re: Croiser le fer et ouvrir son coeur [Elodie]   09.02.12 12:34

La maison d’Artagnan n’était pas totalement inconnue à la demoiselle qui, sous les traits de son soi-disant frère, avait déjà eu l’occasion d’en découvrir quelques parties en rendant visite à Alexandre et sa femme, du temps où ils venaient régulièrement ici. Mais aux côtés de Philippe, sans avoir besoin – ou presque – de mentir à chaque mot qu’elle prononçait, elle soupçonnait le manoir de pouvoir prendre une toute autre couleur.
L’espace d’un instant, en pensant à Alexandre, Elodie se prit à imaginer ce qui pourrait bien arriver s’il décidait de rentrer chez lui. Après tout, cet endroit lui appartenait également, et le hasard pouvait parfois se montrer si indélicat qu’elle ne serait qu’à moitié étonnée de se trouver face à lui. Reconnaîtrait-il Eric sous les traits de la jeune femme ? Ferait-il le lien entre ce que cherchait parfois à lui dire son ami sans jamais aller jusqu’au bout et cette ressemblance troublante qu’on ne pouvait manquer de trouver aux « jumeaux » ? Personne, jusque là, n’avait réussi – tant l’idée qu’une femme se fasse passer pour un mousquetaire, et même un simple gentilhomme semblait inconcevable, sans doute. Mais l’on ne pouvait en ce domaine jamais jurer de rien. Imperceptiblement, Elodie secoua la tête, comme pour en chasser ces questions. C’était définitivement prendre des risques bien inconsidérés que de céder à ses sentiments, mais au point où elle se trouvait à cet instant, peu lui importait. Et puis… il n’y avait aucune raison pour que son lieutenant fasse soudain irruption.
Ils auraient de toute façon plus de temps que nécessaire pour s’inquiéter de ces détails… plus tard ; bien que les deux tourtereaux n’en sachent encore absolument rien. Pour l’heure, rien ne semblait pouvoir venir troubler ces précieux et insouciants instants.

« Je le souhaite également, répondit Philippe en saisissant la main que lui tendait Elodie. Celle-ci eut un sourire, puis suivit son regard sur le reste de la pièce. Vous avez déjà découvert le salon. Je suis sensé travailler dans mon bureau au premier étage mais je prends souvent mes aises ici. Déjà que nous ne sommes pas beaucoup dans cette maison, mais alors si nous sommes tous éparpillés ! »

La demoiselle hocha la tête, avant de le suivre jusqu’à l’une de ces portes qu’on observe toujours de loin, toujours fermées, en se demandant ce qui peut bien se trouver derrière. Curieuse, elle glissa un regard dans la grande salle à manger dès l’instant où Philippe l’eut ouverte. L’endroit lui sembla un peu plus sombre que le salon, mais sans doute n’était-ce qu’une impression. La pièce, avec son imposante table en bois massif, ses quelques meubles et sa grande cheminée lui sembla ne pas avoir été ouvert depuis un petit moment, ce que confirmèrent les paroles du duc.

« On ne peut pas dire que la salle à manger est la pièce la plus vivante. On ne vient jamais ici, ce serait ridicule de manger seul dans cette pièce !
- Oh, je suis sûre que certains n’en seraient pas dérangés… répondit Elodie, amusée, en songeant à ces sinistres et vieux nobles, trop fiers pour manger dans une cuisine, seuls ou non. »

Rapidement, les deux jeunes gens firent demi-tour. Il n’y avait là rien d’exceptionnel à voir. Lorsqu’ils approchèrent de la cuisine, pièce ô combien plus vivante, Elodie ne put réprimer un sourire. Le domaine de Barnabé, à ce qu’elle avait compris.

« Cet homme n'est pas humain, je pense, souffla Philippe en montrant le vieillard, tirant un éclat de rire discret à la demoiselle. Il passe sa vie dans cette cuisine, prépare des repas pour dix alors que nous ne sommes que deux à pouvoir en profiter, il y a toujours de la nourriture en cas de fringale. Pire, je pense qu'il ne dort jamais. Je me couche, il est debout. Je me lève, il est déjà debout, et ce, à n'importe quelle heure. Si vous passez la nuit ici, vous comprendrez. »
Elodie allait répondre, mais Barnabé la coupa, prenant la parole sans pour autant se retourné… trop occupé à préparer ce qui ressemblait, évidemment, à un repas.
« On ne montre pas du doigt pour commencer. Puis dis surtout que tu te couches comme une poule et que tu te lèves quand il fait bien jour !
- Oh, ce n'est pas vrai ! C'est surtout que je me réveille plusieurs fois dans la nuit, j'en connais un qui ne regarde pas l'heure pour manger.
- Difficile de devenir père du jour au lendemain ? commenta Elodie, amusée, mais comprenant au sourire de Philippe que Barnabé n’exagérait pas totalement. Arthur a bon dos, dites-moi… ajouta-t-elle en riant. »

Le vieil homme se retourna, mais déjà, Philippe et Elodie s’éloignaient, toujours main dans la main, le jeune homme entrainant cette dernière vers une nouvelle pièce. Lorsqu’il poussa la porte de la bibliothèque, la demoiselle s’arrêta un instant, balayant du regard tous les rayonnages, impressionnée. Il se trouvait des livres dans chaque coin, à n’en plus savoir où donner de la tête.

« Si vous aimez lire, cette pièce sera pour vous. Ma mère était une grande amoureuse des livres et a m'a éduqué pour que je sois pareil. Elle a bien réussi, je pense. Ici vous trouverez de tout, ma mère adorait l'histoire, la littérature et tout ce qui touche à la théologie. J'ai continué avec des manuels de sciences et de géographie. Je devrais penser à ranger et surtout à actualiser tout cela. Je pense que Tartuffe n'est pas la dernière pièce de Molière ! »

Elodie eut une moue amusée, en songeant aux quelques œuvres qu’elle avait réussi à récupérer et qui l’attendaient sagement dans la petite chambre de l’auberge. Parmi elles, deux pièces de Molière. La prochaine fois, elle les lui apporterait ; ces livres seraient de toute façon plus à leur place ici qu’à la Couronne de blé.
Laissant un instant le jeune homme, elle s’avança dans la pièce, s’approchant du rayonnage le plus proche. Du bout des doigts, elle effleura les reliures, plus au moins vieilles, déchiffrant ça et là quelques titres. Lire était une des seules activités dignes d’une jeune fille qu’on n’avait pas besoin de la forcer à pratiquer, lorsqu’elle se trouvait encore sur les terres familiales.

« Ils sont magnifiques… souffla-t-elle en levant les yeux vers une étagère qui se trouvait au-dessus d’elle. J’aime déjà cet endroit ! continua-t-elle en se tourna vers lui, un grand sourire aux lèvres. Ma mère aussi lit beaucoup, elle passe souvent des heures au milieu de ses livres ! »

Un instant, au fil de ses pensées, elle songea à ses parents. Que diraient-ils, s’ils la voyaient ici ? Nul doute qu’elle subirait un sermon autrement sévère que ceux de François. Mais après tout, eux qui avaient tant tenu à lui trouver un mariage… Une moue aux lèvres, elle chassa ces pensées. Inutile d’y songer pour l’heure. C’étaient de toute façon là des considérations qui la rattraperaient bien assez tôt…
Pensive, elle leva les yeux vers Philippe qui venait d’ouvrir une nouvelle porte. Suivant son invitation, elle y pénétra, y découvrant pour l’essentiel un magnifique clavecin et non loin, un violon.

« Je crois que c'est ma pièce préférée. Je ne suis pourtant pas doué au clavecin, je ne connais qu'un morceau à quatre mains et un autre soliste. Je crois que j'ai toujours aimé la difficulté, je me suis mis au violon. Et celui-là, est un cadeau de mon père. Voilà pourquoi je le garde précieusement ici ! »

Elodie observa l’instrument, admirative. Elle n’avait jamais été grande musicienne, les leçons dans ce domaine lui donnant rapidement d’inextinguibles envies de fuite. Mais à entendre, la musique lui plaisait bien plus. Un sourire étira ses lèvres. Elle ignorait que Philippe jouait du violon. Avec toutes les longues conversations qu’ils avaient eu, c’était un détail qui lui avait échappé – ou qu’il n’avait pas laissé échappé, comme tant d’autres choses.

« Et vous, jouez vous ? demanda soudain le jeune homme. »

A cette question, Elodie ne put retenir un éclat de rire. Les souvenirs que pouvait soulever en elle un clavecin n’étaient ni les plus agréables, ni les plus glorieux la concernant – mais faisaient certainement partie des plus drôles à se remémorer.

« En fait… non, du tout ! répondit-elle, s’asseyant pourtant devant l’instrument. C’est là un des plus gros échecs de ma mère, je crois, dans sa croisade pour faire de moi une jeune femme distinguée. Vaguement, elle appuya sur une touche, puis une seconde, et secoua la tête. Tout ce dont je me souviens, c’est que mon professeur a définitivement jeté l’éponge à mes onze ans. »
Par jeter l’éponge, elle entendait claquer la porte en maudissant une si mauvaise et insolente élève et en promettant de ne jamais remettre les pieds dans cette maison. Un des meilleur fou-rires de sa vie. Leur mère avait eu beau leur adresser un certain nombre de remontrance, François et Elodie n’avaient pu se calmer plusieurs minutes durant.
« A la réflexion, je ne suis vraiment pas une jeune femme distinguée, conclut-elle avec une moue faussement contrite. »

Là-dessus, elle abandonna définitivement le clavier du clavecin et, assise, observa un instant le violon que je le jeune homme avait encore en main.

« J’aimerais beaucoup vous entendre jouer, en revanche ! lança-t-elle avec un sourire irrésistible. »
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Côté Coeur: Après avoir souffert ces dernières années, ma belle Elodie le remet en marche ♥
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MessageSujet: Re: Croiser le fer et ouvrir son coeur [Elodie]   18.02.12 12:57

Il était bon de montrer un bout de soi, de sa vie. En faisant visiter sa maison, Philippe se dévoilait aussi. Le manoir d'Artagnan était sa vie, il y était né, y avait grandi, avait connu ses plus grandes joies et ses pire peines. Peu importe les pièces, il y avait des souvenirs à la pelle. Certes, certains étaient difficiles, provoquaient une boule dans la gorge mais il y avait tant de bons souvenirs, de rires dans cette maison. Philippe avec sa mère, avec son frère, avec des amis. Cette maison était un album de famille. Certains cadres avaient un coin fissuré car ils étaient tombés à cause d'une énième bêtise des deux frères. Philippe était finalement heureux de revenir ici, du moins tant que son père n'était pas là. Le jour où Charles et son cadet devront cohabiter, le duc de Gascogne savait qu'il allait devoir refouler toute sa rancœur, il ne voulait pas qu'Arthur entende les cris, les déchirements car le jeune homme en avait gros sur le cœur mais un bébé, même aussi jeune, n'avait pas à entendre tout cela …

Mais en attendant, il profitait de la vie avec Élodie. Chaque pièce avait le droit à sa petite description, particulièrement la cuisine avec Barnabé dedans. Cet homme était comme un second père, Philippe le connaissait mieux que son propre père, il le soutenait et l'épaulait, même s'il n'hésitait pas à le rappeler à l'ordre de temps en temps. Et le vieil homme se moquait aussi du sommeil de Philippe.

« Difficile de devenir père du jour au lendemain ? Arthur a bon dos, dites-moi… »
« Il n'est pas totalement innocent non plus. »
rajouta Philippe avec un petit sourire en coin.

Puis c'était déjà le moment de changer de pièce, lui montrer cette bibliothèque qu'il chérissait tant. Philippe avait été éduqué dans l'amour des livres et avait prolongé la passion de sa mère. Lors de son enfermement en Gascogne, la rare activité qu'il faisait était de lire. Même si certains livres étaient complètement dépassés, Philippe s'était plongé dedans pour oublier, surtout dans les traités de philosophie et les manuels de géographie. Il s'était arrêté avant de commencer la chimie, il aurait été capable de mener des expériences, histoire de tuer le temps ! Grégoire et les gens de maison du château de Lupiac y avait échappé belle.

« Ils sont magnifiques… J’aime déjà cet endroit ! Philippe sourit, heureux que cela lui plaise, d'avoir une autre passion commune. Ma mère aussi lit beaucoup, elle passe souvent des heures au milieu de ses livres ! »
« C'est une excellente activité. Vous aurez de quoi faire ici, si vous revenez, je saurais où vous trouver. »


Il nota dans un coin de sa tête d'aller voir les libraires de Versailles et Paris pour actualiser tout cela. Ils sauraient quoi lui vendre, Philippe était un touche à tout, il ne serais pas difficile de le convaincre d'acheter quoi que ce soit. Et là encore le voilà passer dans la pièce suivante, celle de musique. La musique était une passion chez lui, même s'il pouvait ne pas jouer de violon pendant plusieurs semaines, comme c'était le cas depuis son retour. Trop préoccupé pour saisir son violon et laisser courir les notes. Pourtant, cela pourrait être une bonne parade pour endormir Arthur … Mais avant, il eut la surprise de voir rire Élodie quand il lui posa la question si elle savait jouer. Cela le surprit, il fronça légèrement les sourcils, ne comprenant pas vraiment cette réaction.

« En fait… non, du tout ! C’est là un des plus gros échecs de ma mère, je crois, dans sa croisade pour faire de moi une jeune femme distinguée. Tout ce dont je me souviens, c’est que mon professeur a définitivement jeté l’éponge à mes onze ans. »

Tout s'expliquait et un large sourire s'étira sur le visage de Philippe. La jeune femme était tellement différente de la plupart qu'il connaissait, mis à part Angélique. Élodie avait un côté effronté, un peu rebelle, refusant les conventions des jeunes femmes de son époque. Et si cela pouvait en rebuter plus d'un, le gascon adorait ce tempérament, il était tellement bon de savoir ce qu'on veut faire et choisir sa propre voie, il était lui-même son meilleur exemple.

« A la réflexion, je ne suis vraiment pas une jeune femme distinguée. »

A cette phrase, même s'il savait qu'elle plaisantait, Philippe posa sa main libre sur l'épaule de la demoiselle et se pencha pour être à sa hauteur.

« Moi je vous trouve très distinguée … Bien plus que ces poudrées guindées. » dit il à voix mi-basse.

Il était sincère, comme toujours. Philippe mentait peu, il détestait cela, pouvait ''oublier'' d'omettre des détails mais il ne voyait pas l'intérêt du mensonge, sauf pour sauver sa peau. Et puis pourquoi mentir à la fille que l'on aime ? Cela serai idiot. Il déposa un baiser au coin de la tempe d’Élodie avant de se redresser.

« J’aimerais beaucoup vous entendre jouer, en revanche ! »
« Je n'ai pas joué depuis quelques temps, je ne suis pas responsable si vous saignez des oreilles ! »
lança t'il en plaisantant.

Il ne pouvait pas lui refuser, surtout quand elle lui adressa un aussi beau sourire. Philippe remonta ses manches de chemise, vérifia que l'instrument soit toujours accordé, et posa son instrument sur son épaule, le colla à son cou. Son archet dans l'autre main, il hésita un instant à le poser sur les cordes, ne voulant pas faire de fausses notes. Mais jouer, c'était comme tout, ça ne s'oublie pas. Il en jouait depuis son plus jeune âge, avait su se perfectionner au fil du temps, il ne pouvait pas tout perdre du jour au lendemain. La première mélodie qui lui était venue fut une que sa mère lui avait apprise, douce et apaisante sans être mélancolique. Ses doigts pinçaient les cordes avec dextérité tandis qu'il maniait l'archet pour faire sortir de jolies notes. En cet instant, Philippe était des plus concentré, regardant de temps en temps l'instrument mais surtout en fermant les yeux. Il vivait sa musique, cette mélodie qu'il connaissait si bien. Il n'en savait plus l'auteur mais l'avait tant joué au cours de sa vie qu'il n'avait plus besoin de partition, tout était parfaitement millimétré. Son visage jouait aussi : tantôt un sourire, tantôt un haussement de sourcils. Il joua de longues minutes, toujours aussi passionné et lorsque la dernière note sortit des cordes, Philippe rouvrit les yeux, un sourire heureux sur les lèvres et salua son unique spectatrice.

« Je ne suis pas si rouillé que cela, il me reste de l'espoir. » dit il en riant doucement.

Le reste de la maison fut aussi visitée. Le fond du rez de chaussée comprenait des pièces fermées avec la chambre de Barnabé, celle de Charles et son cabinet. Au premier étage, il y avait principalement une enfilade de chambre, dont celle de Philippe dont il ouvrit la porte. La pièce, de taille moyenne, était remplie de partout : des tableaux sur les murs, un immense tapis au sol, quelques coffres, des plans roulés dans les coins avec d'autres tableaux, des babioles sur les meubles.

« Chaque objet est un souvenir de voyage. J'aime me rappeler où je suis allé, ce que j'ai vu. Dans la bibliothèque, j'ai énormément de livres venus de l'étranger, j'ai aussi tout ce fouillis que je n'ai jamais voulu ranger, j'ai l'impression de dormir un peu partout en Europe. »

Les tableaux représentaient des lieux à Venise, Vienne, Rome, La Haye … Des personnages, des scènes de la vie de ces villes. Les objets sur les meubles étaient de la porcelaine, des bougeoirs sculptés, un magnifique masque vénitien y trônait aussi. Avant d'avoir été fiancé, il avait beaucoup bougé pour conquérir ce désir de liberté qui l'habitait avec tant de force, il avait vu les plus beaux endroits et était même parti pour l'Amérique, découvrir ce Nouveau Monde qui semblait si fascinant. Il laissa Élodie regarder, la chambre de Philippe était un véritable musée avant l'heure.

« Je ne sais plus si je vous avais raconté où je m'étais rendu mais vous pouvez ici avoir un aperçu de mes voyages, commença t'il sans la quitter des yeux. Malgré ce que mon père a pu dire, les voyages sont plus formateurs qu'une simple éducation. J'y ai appris tant de choses, vu tant de monde que je ne comprends pas comment on peut rester à un endroit toute sa vie. Je suis peut être un garçon étrange … » plaisanta t'il avec un large sourire.

Il se souvenait des remontrances de son paternel à chaque départ et à chaque retour, Charles avait l'air de penser que son fils se perdait dans la débauche, ce qui était faux. Si Philippe jouait beaucoup et avait connu quelques filles, il n'était pas non plus un débauché et passait plus de temps à visiter, découvrir que s’enivrer. Voyager était comme un pèlerinage, une démarche presque spirituelle. Et il voulait aussi l'inculquer à son fils, même s'il s'inquiéterait toujours de ses déplacements. La porte d'à côté était ouverte, donnant sur la chambre provisoire d'Arthur. Il y avait un berceau, une commode dont un tiroir mal fermé montrait quelques vêtements. Mais on sentait que ce n'était pas l'utilisation première de la pièce, en témoigne la sculpture d'ange dans un coin et les nombreuses cartes enroulées juste derrière. Puis, dans la suite de l'enfilade, se trouvait le cabinet de Philippe avec un grand secrétaire débordant de papiers. Il y avait des piles de livres et de lettres sur le sol. L jeune homme se gratta la tête, l'air gêné.

« Je dois avouer ne pas être un grand amateur de rangement. »

Les deux jeunes gens continuèrent de parler tout en finissant de visiter la maison. Dehors, si la tempête n'était plus aussi violente, la pluie tombait toujours en trombe. A force de parler, les deux tourtereaux n'avaient pas vu l'heure passer et quand Barnabé cria que c'était l'heure du repas qu'ils retournèrent à la cuisine. Comme toujours, Barnabé avait préparé un bon repas. C'était la fête ce soir, ils avaient une convive. Philippe présenta la chaise à Élodie pour s'asseoir avant de se placer face à elle.

« Vous connaissez à présent la maison, j'espère que vous n'avez pas eu trop peur des pièces de Philippe. »
« Ce n'est pas non plus invivable. Je te signale que j'ai accroché de nombreux tableaux dans la maison pour que ma chambre respire un peu plus. »
« Et tu en ramèneras autant la prochaine fois que tu partiras ! Allez mange. »

Le vieil homme veillait à la santé de Philippe, il avait vu qu'il avait repris un peu de poids, même si c'était encore loin d'être suffisant. Mais le jeune homme remontait tout doucement la pente et la présence d'Elodie à ses côtés lui feraient le plus grand bien. C'était déjà le cas : le gascon était le garçon le plus heureux à partager un simple repas avec celle qu'il aimait.

« Pour dormir cette nuit, je vous laisserais ma chambre, vous y serez bien installée. Les autres chambres sont trop froides et pas préparées, je dormirais dans celle de mon frère, il a un matelas épouvantable mais j'y dormirais mieux que vous. »


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Donner du style à son caractère- voilà un art grand et rare ! Celui-là l'exerce qui embrasse tout ce que sa nature offre de forces et de faiblesses, et qui sait ensuite si bien l'intégrer à un plan artistique que chaque élément apparaisse comme un morceau d'art et de raison et que même la faiblesse ait la vertu de charmer le regard.

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MessageSujet: Re: Croiser le fer et ouvrir son coeur [Elodie]   27.02.12 19:22

« Moi je vous trouve très distinguée… Bien plus que ces poudrées guindées, souffla le jeune homme avant de déposer un baiser sur la tempe d’Elodie. »

Celle-ci eut un sourire. Avoir passé plus de temps à jouer les preux chevaliers avec son frère que plongée dans ses partitions ne pouvait pas ne pas laisser de lacune dans ce qui faisait ordinairement l’éducation d’une demoiselle. Peu lui importait jusque là, et jamais elle n’avait regretté quoi que ce soit de ces années de jeux. Elle n’était pas non plus une sauvageonne et avait gardé quelques souvenirs de ses interminables leçons, mais ne pouvait parfois s’empêcher de songer qu’il n’était finalement pas plus mal pour elle de paraître à la Cour en tant que mousquetaire uniquement. Elle n’accordait pas la moindre importance aux jugements que l’on pourrait porter sur elle, mais nul doute que ces « poudrées guindées » auraient tôt fait de décortiquer son attitude, et certainement pas dans de bons termes. « Avez-vous, très chère, elle sait à peine se servir d’un clavecin… » Elodie voyait la scène d’ici.
Une moue amusée lui échappa à cette pensée. Il n’était de toute façon pas question de paraître à la Cour. Aussi chassa-t-elle ces doutes – bien infondés – et demanda-t-elle à Philippe de lui montrer ce qu’il savait faire. Le violon n’était, disait-on, pas une mince affaire !

« Je n'ai pas joué depuis quelques temps, je ne suis pas responsable si vous saignez des oreilles !
- Allons, vous ne sauriez faire pire que mes exploits au clavecin ! répondit aussitôt la demoiselle, dans un éclat de rire. »

Toujours assise sur le tabouret, elle croisa les jambes et, menton appuyée sur ses paumes, l’observa se préparer, puis tirer les premières notes de l’instrument. Aussitôt, la pièce s’en emplit, résonnant de l’humeur tantôt mélancolique, tantôt bien plus enjouée des cordes. Le violon avait cette capacité à tout exprimer qui en fascinait beaucoup. Elodie, en cet instant, ne dérogeait pas à la règle. Prunelles fixées sur les mains de Philippe, ou alors sur ses traits, elle se prit même à fermer un moment les yeux, mais les rouvrit bien vite, ne se lassant pas de l’observer.
Concentré, le jeune duc laissait parfois échapper quelques mimiques qui tiraient inévitablement un sourire à la demoiselle qui ne le quitta plus un instant des yeux. Elle ignorait sans doute encore beaucoup de Philippe, mais là, son violon entre les mains, nul doute qu’il était heureux. Cela transparaissait, même lorsqu’une variation en venait à lui faire froncer les sourcils ; et lui fut confirmé lorsque les dernières notes moururent délicatement, et que l’un de ces sourires qu’elle ne lui avait que rarement vu étirait ses lèvres. L’un de ses plus beaux sourires.
Un instant de silence passa puis, enthousiaste, la seule spectatrice se mit à applaudir le musicien.

« Je ne suis pas si rouillé que cela, il me reste de l'espoir, lança-t-il en riant.
- Vous plaisantez ? C’était magnifique ! répondit-elle en se levant. Elle s’approcha de lui, jusqu’à déposer une main timide sur l’une de ses pommettes. Vous étiez magnifique… souffla-t-elle. »

A son tour, elle lui vola un baiser, puis tous deux sortirent de la bibliothèque pour s’intéresser au reste de la maison, jusqu’à la chambre de Philippe qui se révéla être une vraie mine de trésors. Ayant fait quelques pas dans la pièce, Elodie posa un regard admiratif tout autour d’elle, ne sachant exactement où donner de la tête, sur quels détails arrêter ses yeux. Il y avait là de quoi ravir les plus curieux des collectionneurs de curiosités. Tableaux, statuettes, babioles, tapis, cartes en tous genres, malles intrigantes… rien ne manquait.

« Chaque objet est un souvenir de voyage. J'aime me rappeler où je suis allé, ce que j'ai vu. Dans la bibliothèque, j'ai énormément de livres venus de l'étranger, j'ai aussi tout ce fouillis que je n'ai jamais voulu ranger, j'ai l'impression de dormir un peu partout en Europe. »

Elodie hocha la tête, prenant entre ses mains une étrange effigie en bois. Elle comprenait qu’il ne veuille pas ranger, et se voyait volontiers partir à la chasse au trésor dans cet entassement de petites merveilles. Elle qui avait toujours été admirative de la bibliothèque de son oncle venait de trouver plus curieux encore.
Reposant la statuette, elle se dirigea vers une série de cadres représentant chacun une ville différente, avant d’effleurer du bout des doigts un manuscrit sur la couverture duquel elle supposa lire de l’italien, bien qu’elle ne parlât pas un mot de cette langue. Posée entre deux étranges instruments, une gravure attira son regard. Dessus, le dessin des contours de ce Nouveau Monde, destination de laquelle se réclamaient tous les aventuriers de la Cour. La gravure en main, elle se retourna, admirative, vers Philippe. Voyager la faisait rêver, et cette simple pièce lui donnait la sensation d’avoir vu plusieurs pays différents en l’espace de quelques minutes seulement.

« Je ne sais plus si je vous avais raconté où je m'étais rendu mais vous pouvez ici avoir un aperçu de mes voyages, continuait le jeune duc. Malgré ce que mon père a pu dire, les voyages sont plus formateurs qu'une simple éducation. J'y ai appris tant de choses, vu tant de monde que je ne comprends pas comment on peut rester à un endroit toute sa vie. Je suis peut être un garçon étrange…
- Alors nous sommes deux, répondit-elle avec un sourire, en reposant la gravure. Malheureusement, je pense prendre déjà bien trop de libertés comme cela pour me risquer à quitter la France, fit-elle pour elle-même autant que pour lui. Philippe, ces voyages sont une chance inestimable ! »

Curieuse, elle coula ensuite un regard vers la porte, ouverte, qui donnait sur la pièce suivante. Si la première impression qu’elle en eut fut celle d’une sorte de bureau rempli de nouveaux trésors, le berceau qui y trônait lui apprit rapidement qu’il s’agissait de la chambre d’Arthur. Amusée, elle contempla l’amas de cartes entassé dans un coin, tournant une moue mutine vers Philippe.

« Je dois avouer ne pas être grand amateur de rangement, lâcha-t-il, vaguement gêné. »

Elodie eut un éclat de rire, et la visite continua, jusqu’à ce que soudain la voix de Barnabé ne rappelle à l’ordre les deux tourtereaux. Rapidement, ceux-ci descendirent, retrouvèrent la cuisine de laquelle s’échappait une odeur alléchante. Elle ne savait combien de temps ils avaient passé à errer dans le manoir, mais la demoiselle se sentit soudain en appétit. Elle contempla avec un sourire ravie les plats déposés sur la table, avant de lever les yeux vers le vieil homme qui faisait de gentilles remontrances au duc.

« Vous connaissez à présent la maison, j'espère que vous n'avez pas eu trop peur des pièces de Philippe. Elle secoua négativement la tête, amusée. Elle ne pouvait le leur dire, mais elle savait à quoi ressembler une caserne et les dortoirs qui allaient avec. Alors la chambre du jeune homme ne pouvait que revêtir une apparence bien plus chaleureuse.
- Ce n'est pas non plus invivable. Je te signale que j'ai accroché de nombreux tableaux dans la maison pour que ma chambre respire un peu plus.
- Et tu en ramèneras autant la prochaine fois que tu partiras ! Allez mange. »

De bonne grâce, les deux jeunes gens s’exécutèrent, tout en continuant à parler, de voyages, de livres et de tant d’autres choses. Insatiable, Elodie réclamait volontiers de nombreuses anecdotes sur les voyages de Philippe, posant invariablement sur lui un regard à la fois tendre et amusé. Cette soirée ne saurait être plus jolie. Elle en avait même oublié ce qu’elle dissimulait encore au jeune homme. Le temps viendrait de toute façon bien assez tôt d’y revenir…
L’heure sembla prendre un malin plaisir à tourner plus rapidement que de coutume, et si la tempête s’était apaisée, il aurait été maintenant du dernier des ridicules de prendre la route sur les chemins incertains de la campagne versaillaise.

« Pour dormir cette nuit, je vous laisserais ma chambre, vous y serez bien installée. Les autres chambres sont trop froides et pas préparées, je dormirais dans celle de mon frère, il a un matelas épouvantable mais j'y dormirais mieux que vous, lança d’ailleurs Philippe à ce sujet. »

L’évocation de son lieutenant tira une moue indéfinissable à la jeune femme qui se souvint soudain qu’elle prenait sa garde aux premières heures le lendemain matin. Passant sur le fait qu’elle était certaine qu’il ne pouvait y avoir de pire matelas que ceux qui faisaient office de lit de camps aux mousquetaires, elle remercia son hôte, et si la conversation se poursuivit quelques temps encore, Elodie ne tarda pas à déclarer forfait. Elle s’était levée tôt, et la journée n’avait pas été sans émotions…
Ayant salué Barnabé, elle suivit Philippe jusqu’à sa chambre, ayant au passage récupéré ses propres vêtements, secs. Arrivée devant la porte, elle se tourna vers lui, un sourire tendre aux lèvres.

« C’était une belle soirée, souffla-t-elle. »

A nouveau, elle l’embrassa, puis après s’être un instant blottie contre lui, lui souhaita une bonne nuit et rentra dans la pièce chargée de trésors. En un moment, elle fut prête, et se laissa tomber sur le confortable matelas, les yeux rivés sur ce qui se trouvait autour d’elle, un sourire qui en disait long aux lèvres. C’est ainsi, partagée entre ses sentiments et les multiples voyages qui l’entouraient qu’elle s’endormit.
Pour mieux se réveiller, et ce bien plus tôt que Philippe. En silence, après quelques heures de sommeil, elle s’habilla, et descendit… trouvant Barnabé qui s’affairait déjà dans la cuisine. Le jeune duc n’avait pas tort : cet homme ne dormait donc jamais ?

« Vous nous quittez déjà ? demanda-t-il, surpris de la voir levée de si bonne heure.
- Oui… j’ai à faire, répondit-elle, évasive, en saisissant le morceau de pain orné de confiture que le vieil homme lui tendit. »

D’un sourire, elle le remercia, puis s’éclipsa, répondant d’un éclat de rire à l’assurance qu’il avait de la revoir bientôt. Elle l’espérait, et n’y manquerait pas.

[… fin des bisounours. A moins que tu veuilles conclure Smile]
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