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 La curiosité est un vilain défaut [Nicolas de Ruzé]

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MessageSujet: La curiosité est un vilain défaut [Nicolas de Ruzé]   18.08.11 17:37


Il était déjà plus de midi lorsque la princesse de Calenberg ouvrit les yeux après un long sommeil. Le soleil entamait la deuxième partie de sa course, et la demoiselle était encore au lit, entre ses draps de soie délaissés par son époux, levé aux aurores. Elle s’étira et se mit debout sur le lit, avant de sauter par terre, faisant entendre aux domestiques qu’elle était réveillée. Le sourire aux lèvres, Maryse ouvrit les rideaux, laissant le soleil éclairer sa chambre. Les domestiques étaient habitués à ces réveils pour le moins originaux, surtout venant d’une personne de cette condition. Maryse avait toujours le sourire aux lèvres lorsqu’elle se levait. C’était important pour elle, même si elle désirait passer la journée au lit, ce qu’elle faisait parfois, elle tenait à ce sourire qui à lui seul la mettait de bonne humeur. Une domestique lui apporta un plateau avec son petit déjeuner, qu’elle engloutit avidement, tout en gardant les manières d’une princesse de l’Empire. Alors que, plantée devant une immense armoire, elle se demandait quelle tenue elle pourrait porter, sa dame de compagnie, une jeune fille de seize ans, vint l’avertir qu’un valet la demandait. Il l’attendait dans le vestibule. Un cri retentit. Ce cri sortait de la charmante bouche de Maryse, qui venait de se souvenir qu’elle devait retrouver ce valet même dans les jardins du palais de Versailles. A dix heures. Il était douze heures trente. Elle enfila rapidement une robe, n’importe laquelle, dans le seul but de paraitre décemment devant l’homme qui l’attendait depuis plus de deux heures. La maîtresse de l’hôtel particulier courut dans les couloirs, descendit les escaliers à tout allure et parut devant le valet, essoufflée et décoiffée, mais décente, tout de même. Il s’inclina et s’apprêtait à parler, mais elle le coupa :

« Veuillez m’excuser. J’avais complètement oublié. Les phrases saccadées au rythme de son souffle se succédaient, et toutes présentaient ses plus sincères excuses.

-Je vous pardonne, madame, bien évidemment. Le comte du Perche m’a remis cette lettre, qui vous est destinée. Le valet avait un sourire suffisant sur les lèvres, mais Maryse ne s’en aperçut pas. Elle décacheta la lettre et la lut d’une traite, impatiente de savoir quelle serait sa mission suivante. Alors qu’elle lisait les lignes, son sourire disparut peu à peu, et, arrivée à la fin, elle leva la tête. Elle fulminait mais tentait de se calmer. Le valet l’avait observée pendant qu’elle parcourait la lettre, et semblait s’amuser de sa réaction. « Un problème, madame ? »

-Vous direz au comte du Perche qu’il m’agace au plus haut point. J’ai quitté les terres de mon époux, et lui-même m’a suivie parce que le roi me demandait. J’ai fait un long voyage, éreintant, pour m’installer ici. Je fais des concessions dont le comte n’a aucune idée pour mener à bien les missions que l’on me donne. Je suis une princesse du Saint Empire Romain Germanique, par alliance, certes, mais mon rang reste élevé. Et pourquoi fais-je tout cela ? Pour des missions de surveillance ! Je ne peux guère accepter de telles demandes. Les poings serrés, Maryse tentait de se calmer, et reprit contenance. Soit, je mènerai à bien cette mission, comme d’habitude…Vous pouvez disposer maintenant.
Maintenant, elle savait quelle tenue porter. Et ce n’était certainement pas une robe avec de la dentelle.

Toute la journée, notre jeune demoiselle avait fulminé. Elle avait marché de long en large dans son antichambre, et avait même commencé une lettre pour son époux, où elle se plaignait, mais le papier fut bien vite jeté. Matthias l’aurait prise pour une écervelée, et aurait eu honte d’elle. Tant pis, elle devait faire ce qu’on lui demandait. Puis, quand le soleil commençait à se diriger vers l’horizon, elle prit une cape sombre, fit atteler sa jument dans l’écurie, et se dirigea vers le lieu de sa mission.

Le roi avait quelques soupçons envers ses mousquetaires. Ceux-ci hantaient les rues de Paris, et les échoppes, faisant ce qu’ils voulaient puisqu’ils profitaient de leur statut de mousquetaire. Maryse devait donc, discrètement, vérifier qui sortait et voir dans quel état revenaient certains mousquetaires. Le tout sans se montrer. Elle arriva près du camp des mousquetaires et posa pied à terre, faisant le reste du chemin à pied et sans sa jument. Le plus discrètement possible, elle s’agenouilla près de l’entrée, cachée derrière un arbre. Elle vit plusieurs mousquetaires sortir en riant et soudain, le campement parut vide. Il n’y avait plus un bruit, et aucune lumière n’éclairait les fenêtres. La soirée s’annonçait terriblement ennuyeuse. Ne tenant plus sur ses genoux, Maryse se leva pour se dégourdir les jambes. La nuit étant tombée, elle pouvait se promener sans se faire voir, si du moins elle restait discrète. Curieuse, elle voulait savoir comment étaient les chambres des mousquetaires. Elle fit le tour du campement, et aperçut une fenêtre éclairée. Un arbuste se trouvait juste devant la fenêtre. Maryse, faisant fi de toute convenance puisqu’il faisait nuit, remonta sa longue jupe de manière à dégager ses jambes, et commença l’ascension de l’arbuste. S’il y avait quelqu’un dans la chambre, les feuilles l’empêcheraient d’apercevoir les yeux curieux de l’espionne. Arrivée au sommet de l’arbuste, Maryse, tout en restant cachée derrière les feuilles et les branches, regarda ce qui se trouvait à l’intérieur. La lumière, quoique faible, laissait voir une scène qui devait être habituelle. Un mousquetaire se tenait, là, dos à la fenêtre. Il était seul. Maryse ne pouvait s’empêcher de regarder ce dos qui laissait deviner un corps musclé, sous une chemise blanche. Elle s’était dit de ne rester que deux minutes puis de redescendre aussi vite pour reprendre son poste à l’entrée du campement. Mais elle restait là, et regardait le mousquetaire. Celui-ci enleva la chemise, et Maryse put à loisir admirer ce dos nu. Le mousquetaire se tourna, les yeux baissés, il semblait chercher quelque chose. Son torse s’offrait à Maryse, et elle le regardait, comme…admirative. Le seul homme qu’elle avait ainsi vu, à moitié nu, était son époux. Elle ne pouvait alors qu’être subjuguée à la vue de ce corps puissant et musclé. Toute admirative et rêveuse devant le torse du mousquetaire, Maryse n’avait pas remarqué qu’il s’était approché de la fenêtre, et la regardait. Il l’avait remarquée, malgré sa cachette. Soudain, leurs regards se rencontrèrent, et, surprise, Maryse perdit l’équilibre. Elle essaya de poser son pied sur une branche, mais sa jupe redescendit sur ses jambes, et son pied glissa sur l’étoffe. L’espionne, n’ayant plus aucun équilibre, tomba sur le sol. « Haaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaa » Sa chute fut heureusement amortie par l’herbe qui n’était jamais coupée. Allongée par terre, les jupons relevés, Maryse était dans une posture comique. Elle voulut se relever pour se sauver avant que quelqu’un ne l’aperçoive, mais lorsqu’elle posa le pied par terre, une douleur atroce fit s’échapper un autre cri de sa bouche. Une cheville foulée. Il ne manquait plus que cela.
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MessageSujet: Re: La curiosité est un vilain défaut [Nicolas de Ruzé]   07.09.11 6:02




«Maryse et Nicolas. La noirceur cache bien la rougeur de tes joues. »








    Montalet se retourna vers son compagnon en déposant son pichet de bière sur la table. Son collègue mousquetaire était en train d’enlever ses gants, doigt par doigt, avant de les jeter sur le bois mouillé de la table d’un geste négligé. Il tira une chaise et commanda un pichet également. Montalet observa partout autour de lui et se rapprocha de son ami en se penchant.

    -Tu sais ce que j’ai entendu dire?

    -Des conneries? Comme d’habitude? Il est rare, mon cher, que tes informations sont justes. Pardonnes-moi de te l’avouer.

    -Non, non, cette fois-ci, c’est vrai. Apparemment, c’est Bontemps qui l’aurait dit au lieutenant pour le mettre en garde. Le Roi ne nous fait plus confiance et a engagé quelqu’un pour nous surveiller.

    -Montalet, je t’en pries, cette rumeur est encore pire que les autres. Et si c’était réellement le cas, tu ne crois pas que nous serions déjà à la Bastille. Nous sommes loin d’être des d’Artagnan tous les deux. On serait les premiers à tomber si jamais cette information était vraie.

    Le tavernier déposa le pichet de bière devant son client, avant que ce dernier ne lui jette une pièce de monnaie. Il leva le verre jusqu’à ses lèvres.

    -Heureusement, elle ne l’est pas! lança Nicolas de Ruzé avec un sourire mesquin.

    Les deux amis burent quelques verres de plus avant de se séparer. Le soleil était en train de se coucher sur la capitale lorsqu’ils sortirent de la taverne. Sur sa monture, Nicolas suivit la Seine au pas, sans être pressé. Si Montalet était de surveillance, ce soir, il ne l’était pas. Encore une chance! Il avait réglé une mission du Roi ce matin, une mission sur laquelle il avait passé la nuit. Même s’il avait hâte de rentrer, quitter Paris lui était toujours un déchirement. Si seulement il n’était pas tenu à vivre à Versailles… Il faut dire que s’il n’était pas obligé de dormir au campement, Nicolas ne savait pas trop s’il aurait été présent aux entraînements et aux réunions. En fait, oui, il savait. À Paris, il aurait oublié que ce travail de mousquetaire faisait aussi partie de sa vie en quelques jours. Donc il était mieux de rentrer à Versailles, le si ennuyant Versailles. Au moins, si Versailles était ennuyant pour un mousquetaire tel que lui, il n’était pas terne. Souvent quelques jolies dames avaient les cuisses légères et les pièces d’or se sauvaient rapidement des poches des nobles qui n’étaient pas aussi doué que lui aux cartes. Encore une chance qu’il y avait ces maigres divertissements!

    Nicolas se rendit directement au campement des mousquetaires. Il aurait été mensonge de dire qu’il n’était pas épuisé. Cette mission l’avait vidé de son énergie et il avait bien hâte de changer de vêtements. Alors qu’il allait entrer dans le campement, plusieurs de ses collègues sortirent en riant pour leur ronde de soir. Nicolas esquissa un faible sourire et entra à son tour. Il eut la bonne surprise de constater qu’il était seul. Traversant le campement à l’aveuglette, il n’alluma une lampe à l’huile qu’arrivée dans sa chambrée. Se laissant tomber sur son lit avec un soupir, Nicolas cacha son visage de ses grandes mains. Lentement, il roula des épaules en laissant tomber mollement ses bras. Ses muscles endoloris lui faisaient signe qu’il était plus que temps qu’il arrête cette longue journée.

    Se relevant, le jeune homme alluma une chandelle avec les gestes précis d’un automate. Puis, il s’arrêta. Quelque chose venait de traverser son esprit. Un souvenir, une odeur, quelque chose qui le mit dans un état nostalgique sans savoir de quoi il s’agissait. Cela lui arrivait de plus en plus ces derniers temps. Secouant la tête, il se remua les idées. Toujours aussi machinalement, il retira sa chemise et la jeta négligemment sur le sol.

    Mais lorsqu’il fit ce mouvement si usuel, ses oreilles fines entendirent un bruit inhabituel. C’était doux. Un simple glissement, un passage mélancolique de vent dans le velours… Pourtant, Nicolas fut intrigué. Regardant le sol, il chercha d’où pouvait provenir le son. Toujours habillé seulement de sa culotte, le mousquetaire se rapprocha de la fenêtre à laquelle il faisait dos depuis qu’il était entré. Fixant le noir, il décela une tache pâle entourée d’une couleur sombre. Qu’est-ce que…? Nicolas se rapprocha encore d’un pas avant de rencontrer des yeux bleus entourés de lourds cils noirs. D’un bleu si pâle tout en étant si vif. Un bleu comme les mers du Sud qu’on lui avait décrit et qu’il ne verrait jamais. D’un bleu…

    Les yeux de Nicolas s’agrandirent lorsqu’il vit la forme sombre tomber en entraînant un long cri dans sa chute. Merde! Ne réfléchissant aucunement, Nicolas se précipita à l’extérieur. En courant, il contourna le campement et découvrit dans un fouillis de feuilles une jeune femme qui tentait de reprendre sa prestance. Au moment où Nicolas allait s’approcher d’elle, l’inconnue lança un autre cri, ressemblant davantage à un gémissant de chat blessé qu’à un hurlement. Malgré tout, il s’avança vers elle avec beaucoup de précaution.

    -Madame?… Mademoiselle?

    Il la vit. Elle et ses grands yeux bleus, trop grands et trop clairs, entourés de sa lourde chevelure noire aux boucles définies. L’ovale doux de son visage était presque émouvant, tout comme sa charmante bouche entrouverte en un souffle court sur ses lèvres délicieusement ourlées. Dans cette figure de vitrail, tout était pâle et figé, excepté le rose qui montait à ses hautes pommettes.

    -Mademoiselle? Laissez-moi approcher, je ne vous ferai aucun mal.

    Dans la position où l’inconnue était et avec la manière dont il était vêtu, elle aurait facilement pu se méprendre sur ses intentions. Ce qui, pour une fois, était vrai. Ses intentions étaient totalement louables, mêlées avec un peu de curiosité, devait-il s’avouer.

    Il étendit sa main en sa direction, la maintenant dans le vide. Par contre, son esprit réfléchissait plus vite que lui. Si jamais elle acceptait, que ferait-il d’elle?
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MessageSujet: Re: La curiosité est un vilain défaut [Nicolas de Ruzé]   25.10.11 20:22

Assise par terre, Maryse espérait que personne ne l’avait entendue crier. Sa main frottait sa cheville, accentuant sa douleur au lieu de l’atténuer. Sa respiration s’accélérait, un sentiment de panique s’emparait de la jeune femme. Qu’allait-elle faire, seule près du camp des mousquetaires ? Ses désirs contradictoires se basculaient dans son esprit : envie de crier pour se faire entendre, envie de se cacher derrière les hautes herbes en attendant que la douleur s’apaise. Des larmes perlaient ses yeux bleus et les rendaient brillants. La douleur s’élançait seconde après seconde dans sa cheville, comme si un cœur battait sous sa main. Qu’allait-elle faire ? Toute à ses considérations, Maryse n’avait pas entendu les bruits de pas qui s’approchaient. Elle ne remarqua l’homme qui avançait qu’au son de sa voix, inquiète, et elle leva les yeux vers lui.

« Madame ?... Mademoiselle ? »

Le premier réflexe de la jeune femme fut de rajuster ses jupons sur ses jambes, mais n’y parvint pas, tant les tissus étaient emmêlés de tous côtés. Une rougeur s’empara de ses joues. Elle baissa la tête.

« Mademoiselle ? Laissez-moi approcher, je ne vous ferai aucun mal. »


Situation improbable que celle que vivait la jeune princesse à cet instant. Elle, jupons relevés, cheville douloureuse, assise par terre, à même le sol. Lui, debout face à elle, à moitié nu. Inconnus l’un de l’autre. Lui, le mousquetaire, elle, la princesse. Elle leva à nouveau les yeux vers lui. Elle ne pouvait s’empêcher de poser son regard sur son torse où se lisaient les blessures de différents combats. Puis elle leva la tête, et rencontra son regard. La rougeur de ses joues s’intensifia. Mais elle ne pouvait détacher son regard de ses yeux sombres dans lesquelles elle s’engouffrait sans s’en rendre compte. Une part d’elle avait envie de poser sa main dans celle du mousquetaire, et de se laisser emmener n’importe où. Mais une autre part d’elle voulait refuser son aide, quitte à passer la nuit dehors, seule. Parce qu’elle ne savait quelle serait sa réaction lorsqu’elle serait avec lui, cet homme, lorsqu’elle serait près de ce corps plein de tentation. Il était la tentation incarnée, et Maryse ne pouvait risquer de croquer dans la pomme. Non, elle ne pouvait pas. Mais comment rentrer à Paris, avec une cheville qui l’empêchait de marcher ? La princesse était donc contrainte d’accepter l’aide du mousquetaire. Après des minutes de tergiversations menées tambour battant dans son esprit, Maryse se décida enfin à ouvrir la bouche.

« J’espère que vous ne me ferez aucun mal. Un geste, et je peux décider le roi à vous faire exiler. »

Cette phrase était délibérément dite sur un ton odieux, pour lui faire oublier toute idée malsaine. Maryse attribuait à l’inconnu des pensées qui l’avaient elle-même effleurée, et voulait donc le punir à défaut de punir son propre esprit. Mais il n’avait pas l’air méchant, ce mousquetaire, et il lui proposait son aide…

« J’accepte. Je veux dire, j’accepte votre aide. Ma cheville me fait horriblement mal, et je ne pourrai marcher jusqu’à ma jument pour rentrer chez moi. »

Elle avait planté ses yeux dans ceux de son interlocuteur en prononçant ces mots. Mais elle ne pouvait supporter ce regard plus longtemps, et les baissa, trouvant tout à coup l’herbe digne d’intérêt. Au son de ses pas, elle comprit qu’il s’avançait de nouveau vers elle. Il s’accroupit, et lui dit :

« Je vais vous porter pour soulager votre cheville ».

Cette voix si profonde, ce chuchotement dans son oreille, ravivèrent le rouge des joues de la jeune femme. Embarrassée, elle ne savait que répondre, que dire, et ne pu qu’esquisser un sourire timide dont elle eu honte à la seconde où il le vit. Il plaça un bras sous ses genoux, et l’autre sous son dos. Maryse hésita, puis passa ses bras autour du cou du mousquetaire, un peu gênée mais ne pouvant s’empêcher de profiter de la situation. Le jeune homme se releva et se dirigea vers la porte d’entrée. Maryse admira la facilité avec laquelle il la portait. Elle se sentait légère et en sécurité dans ces bras puissants. Si elle n’avait pas été aussi dévote et prude, elle se serait volontiers blottie contre son torse. Mais la jeune femme n’en fit rien. Alors, une considération la fit revenir sur terre, l’empêchant de profiter pleinement de cet instant unique, interdit. Le mousquetaire l’emmenait-il…

« dans votre chambre ?! »


Naïve, Maryse avait imaginé qu’il irait chercher sa jument et qu’il la reconduirait tranquillement chez elle…

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MessageSujet: Re: La curiosité est un vilain défaut [Nicolas de Ruzé]   22.02.12 4:39

Spoiler:
 

    Nicolas ne pouvait s'empêcher de se tenir légèrement en retrait face à elle. Il ne savait ce qu'il lui prenait. Il était figé, penché vers l'avant, dans une demi-révérence, comme pour lui prouver qu'elle n'avait rien à craindre de lui. Mais pourtant, elle aurait toute les raisons du monde de le craindre. Cependant, Nicolas ne tentait rien, restant calmement devant elle, attendant sa réaction. Mais si son corps était en retrait, ses yeux ne l'étaient pas et il ne put s'empêcher de parcourir de son regard la fine jambe élancée, les bas avec rubans, sa peau blanche qui brillait dans la lumière de la lune. Nicolas réalisait toute fois qu'il était totalement incongru, torse ainsi devant elle. Mais il n'était pas pour la laisser dans l'herbe juste pour aller passer une chemise. La grimace qu'elle tentait de camoufler lui démontrait bien comment elle souffrait.

    « J’espère que vous ne me ferez aucun mal. Un geste, et je peux décider le roi à vous faire exiler. »

    Son ton était méprisable à son endroit. Il le sentait bien. Nicolas releva son regard vers elle. Son menton hautain s'était presque élevé avec défi. Normalement, il aurait trouvé une réplique d'esprit à cette insulte à son endroit, mais rien ne lui vint. Peut-être tout simplement parce qu'il n'avait guère envie de répliquer... Mais sa voix fière résonnait encore à ses oreilles. Elle était probablement une proche du Roi pour qu'elle se permette de dire une telle chose à un mousquetaire. Une princesse, probablement. Elle en avait l'allure, d'ailleurs. Même si elle était dans l'herbe. Ses longues boucles noires, lustrées, brillantes; Nicolas mourrait d'en savoir l'odeur. Ses yeux bleus clairs; il voulait tant savoir ce qu'ils voyaient et ce qu'ils en pensaient. Sa peau blanche, ses lèvres roses, humides; un seul désir sans borne, en savoir le goût. C'était comme si après une longue nuit d'errance, il venait enfin d'apercevoir l'aurore tant rêvée. Il s'inclina plus bas, pour lui prouver sa bonne volonté.

    « J’accepte. Je veux dire, j’accepte votre aide. Ma cheville me fait horriblement mal, et je ne pourrai marcher jusqu’à ma jument pour rentrer chez moi. »

    Elle l'avait regardé! Elle avait plongé ses yeux couleur du ciel le plus pur dans les siens. Nicolas sentit son coeur battre plus vite. Il se mordit les lèvres. Habituellement, il n'aurait même pas remarqué ces battements précipités, ou les auraient associés à un effet d'un alcool quelconque. Mais cette impression qu'un oiseau se débattait, cherchait de ses ailes, à se sauver d'une cage, de sa poitrine, continuait... Il fallait qu'il bouge! Pour l'amour du Ciel, qu'est-ce qui lui prenait? Toussotant, il réussit enfin à desserrer la bouche, à pouvoir parler...

    -Je vais vous porter pour soulager votre cheville, répondit Nicolas, d'une voix basse, par peur de l'effrayer, par crainte qu'elle ne se mette à crier.

    Avançant, faisant crisser l'herbe sous ses pieds, Nicolas s'approchait de plus en plus de la jeune femme. Il savait que ce n'était pas les fleurs qui sentaient ainsi... En fait, il espérait que ce soit ce bosquet de fleurs qui sentait ainsi... Sinon, il serait beaucoup trop facilement enivré par cette odeur sucrée, rappelant la vanille douce, la crème et les fruits rouges. C'était lui ou....? Avait-elle vraiment souri? C'était certainement son imagination, ce ne pouvait être autrement. Doucement, sans geste brusque, il se pencha, posa un bras sous ses genoux, glissa l'autre sous son dos, la soulevant de pareille manière sous son torse. Elle était si légère. Comme une poupée. Nicolas se retourna sur lui-même et avança vers le campement. Dans ses bras, il sentit sa chute de reins se cambrer, alors que tout son corps se raidissait dans un sursaut.
    -Je suis le seul de congé ce soir. Il n'y a personne d'autre. Personne ne vous verra ici, si c'est ce que vous craignez.

    Nicolas était bien à même de savoir ce qu'une femme, telle qu'elle, probablement de la plus haute noblesse, risquait à traîner dans le campement des mousquetaires. Il le savait. Et c'est pour cette raison qu'il ne voulait pas trop la faire rester dans sa chambre trop longtemps. Seulement, si elle retournait devant ses proches trop blessée, il y aurait encore davantage de mystère dans l'air. Nicolas ne pensa pas une seconde au fait que cette jeune inconnue pouvait avoir peur de lui... Franchissant la porte, il la mena dans la chambrée, vide, et l'assit délicatement sur son lit, avant de commencer à fouiller dans son havresac de campagne.

    -Ce ne sera pas très long. Pardonnez-moi de.... -Nicolas désigna la chambre d'un geste vague- ce n'est certainement pas à quoi vous êtes habituée.

    C'était la première fois que Nicolas de Ruzé, le mousquetaire le plus orgueilleux et le plus fière de la compagnie, s'excusait pour quelque chose, surtout pour un aspect matériel. Il faut avouer que son château à la campagne n'était guère plus réjouissant. Il finit par trouver ce qu'il cherchait. Il se retourna vers l'inconnue avec une pot de pommade et une lanière de bandelettes.

    -C'est un médecin militaire qui m'a donné cela. Un truc de sa composition qui aide à faire reposer les muscles. Je crois que ça vous aidera. Ou du moins, diminuera votre souffrance. Vous me laissez?

    Puis, réalisant l'allure qu'il devait avoir, il s'assit à même le sol.

    -Je n'ai pas la moindre intention de vous empoisonner, vous savez? tenta-t-il de rigoler pour dédramatiser. Et si jamais vous vous trouvez à l'article de la mort, vous donnerez mon nom au bourreau. Nicolas de Ruzé. Et évidemment, vous n'êtes pas tenue de me donner le vôtre. Vous me permettez? demanda-t-il, en désignant sa cheville blessée.

    Ce n'était pas les fleurs qui sentaient ainsi... Ce parfum. C'était elle....
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MessageSujet: Re: La curiosité est un vilain défaut [Nicolas de Ruzé]   11.04.12 17:22

Spoiler:
 

    « Je suis le seul de congé ce soir. Il n'y a personne d'autre. Personne ne vous verra ici, si c'est ce que vous craignez. »

    Alors qu’elle était encore dans les bras de l’inconnu, Maryse se demanda si elle devait avoir peur de cette parole, ou non. Certes, le fait qu’il n’y ait personne était rassurant pour son honneur. Que dirait-on d’elle si on la voyait dans le campement des mousquetaires, dans la chambre de l’un d’eux qui plus est ? Mais être seule avec le mousquetaire posait également problème : et s’il lui voulait du mal ? Et s’il se doutait qu’elle l’espionnait et qu’il voulait se venger ? Non, vraiment, cette phrase n’était pas pour la rassurer. Mais l’odeur du jeune homme, ses bras musclés et sa voix faisaient perdre à Maryse toute volonté de réflexion. C’était la première fois qu’elle se retrouvait dans cette situation. Jamais homme ne l’avait portée de cette manière, pas même Matthias qui ne devait sûrement pas vivre sur la même planète que sa jeune épouse. Elle se serait presque senti l’âme d’une princesse (ce qu’elle était) sauvée de la colère d’un terrible dragon par le prince charmant. Mais une princesse, dans l’imaginaire collectif, ne monte pas aux arbres pour espionner les mousquetaires et en faire un compte rendu au roi. Soit. Maryse était donc dans les bras de Nicolas (dont elle ne connaissait pas le nom, ni la réputation) et celui-ci la menait dans sa chambre (en tout bien tout honneur). Mais même si Maryse était prude et bigote, elle ne pouvait s’empêcher de penser à ce qu’un couple faisait ordinairement dans une chambre. La seule chambre d’homme qu’elle connaissait était celle de son époux. Si ce dernier apprenait ce que faisait Maryse à ce moment-même !

    Les deux jeunes gens arrivèrent dans la chambre du mousquetaire. Maryse la connaissait déjà puisqu’elle l’avait vue de la fenêtre, perchée sur son arbre. Elle ne fit donc que redécouvrir le lieu interdit. La chambre du mousquetaire n’était composée que d’un lit et de quelque chose qui apparemment lui servait à ranger ses affaires. Rien à voir avec la chambre de la jeune femme. Elle se laissa poser sur le lit, telle une poupée, et ne bougea plus. Elle regardait avec des yeux de petites filles l’endroit où son sauveur vivait. C’était petit, presque vide et pas vraiment décoré. Mais comme il devait goûter à des heures de solitude, sans être dérangé par personne ! Maryse aurait donné cher pour avoir un tel endroit à elle, si inhospitalier fut-il, pour avoir la joie d’être seule. Le jeune homme l’avait abandonnée pour chercher quelque chose dans ses affaires. Maryse sortit de ses pensées lorsqu’il brisa le silence :
    « Ce ne sera pas très long. Pardonnez-moi de.... ce n'est certainement pas à quoi vous êtes habituée. Toute à ses rêveries, Maryse ne comprit d’abord pas de quoi parlait le mousquetaire. Habituée à quoi ? …Oh pardonnez-moi, vous parliez de votre chambre. Vous n’avez pas à vous excuser. Il faudrait demander au roi des chambres plus confortables, mais je ne pense pas qu’il accepterait. Qu’elle se sentait idiote, à parler de ce genre de choses parce qu’elle ne savait pas quoi dire ! Enfin, il fallait bien parler pour briser un silence qui devenait gênant. Heureusement, il se tourna vers elle, un pot et des bandelettes à la main, comme s’il avait trouvé un trésor enfoui depuis des siècles. Maintenant qu’il lui faisait face, Maryse ne savait plus quoi dire. Timide et gênée du mal qu’il se donnait pour elle (alors qu’elle l’espionnait), elle lui sourit. Il la faisait rire, fier de sa découverte et comme pressé de guérir la cheville blessée.
    C'est un médecin militaire qui m'a donné cela. Un truc de sa composition qui aide à faire reposer les muscles. Je crois que ça vous aidera. Ou du moins, diminuera votre souffrance. Vous me laissez?
    Tout en lui parlant, il s’assit à même le sol, de sorte que Maryse était en hauteur par rapport à lui, comme en position de supériorité.
    Du moment que cette pommade me permette de marcher, alors cela me va. La princesse allait tendre son pied, mais le mousquetaire reprit :
    Je n'ai pas la moindre intention de vous empoisonner, vous savez? Et si jamais vous vous trouvez à l'article de la mort, vous donnerez mon nom au bourreau. Nicolas de Ruzé. Et évidemment, vous n'êtes pas tenue de me donner le vôtre. Vous me permettez?
    Enchantée, Nicolas de Ruzé. Je retiens votre nom, au cas où le poison ne ferait effet que dans plusieurs jours, répondit Maryse en riant. Elle releva ses jupons qui cachaient ses pieds et elle tendit la cheville douloureuse à son guérisseur. Elle tentait de ne pas trop dévoiler ses jambes blanches, mais pour que le jeune homme s’empare de son pied, elle devait tendre sa jambe. La situation était extrêmement gênante, bien que Maryse rît pour dissimuler sa gêne. Elle n’avait jamais entendu parler de Nicolas de Ruzé. Son prénom lui allait bien, se disait-elle alors qu’elle le regardait appliquer la pommade sur sa cheville. Je m’appelle Maryse, Maryse d’Armentières, princesse de Calenberg ne put-elle s’empêcher d’ajouter. Puis, soudain consciente que Nicolas pouvait prendre cette dernière information pour de la condescendance, elle reprit : Pardonnez-moi, je ne voulais pas paraître condescendante, j’ai juste pris l’habitude d’étaler mes titres lorsque je suis en société. Ces habitudes m’ennuient, d’ailleurs. J’ai l’impression de perdre tout mon naturel lorsque je m’adresse à quelqu’un. Maryse se demandait pourquoi elle disait cela à un parfait inconnu qui devait n’avoir que faire de ses titres et de ses habitudes. Mais il fallait qu’elle parle, pour s’empêcher d’avoir des pensées embarrassantes. Nicolas avait le pied de Maryse dans ses mains, et celle-ci appréciait, malgré elle, le contact de leur peau. Le mousquetaire ne la regardait pas et la blessée en profitait pour l’observer. Ses cheveux, son visage, puis son torse…Maryse relevait le regard. Mais quelques secondes à peine plus tard, ses yeux se posaient de nouveau sur son torse nu, sur ses muscles nés de l’entrainement intensif des mousquetaires. Le désir s’emparait d’elle, mais elle ne l’acceptait pas. Il fallait qu’elle pense à autre chose, qu’elle ne fasse pas attention aux doigts de Nicolas sur son pied, non, ne pas y penser. A quoi pouvait-elle penser ? A son mariage. Oui, son mariage. Son regard s’attarda sur le torse du mousquetaire. Penser à Matthias. Elle posa ses yeux sur sa cheville blanche de pommade. Au roi. Penser au roi. A son devoir. Rien ne fonctionnait. Que faire ? Que penser ? La jeune femme commençait à paniquer. Le rythme des battements de son cœur s’accélérait. On ne lui avait jamais appris que faire en pareille situation parce que…Eh bien parce que personne n’avait pensé qu’une telle situation pouvait se produire. Croyez-vous que les sœurs de Bruges, chargées de l’éducation de Maryse, auraient pu deviner qu’un jour, celle-ci devienne espionne ? Les sœurs auraient-elles pu prévoir que l’une des missions de la Flamande serait d’espionner les mousquetaires ? Il fallait avouer que pour avoir l’idée de grimper sur un arbre, la jeune femme devait être folle. On lui avait par ailleurs appris à dire non à un homme entreprenant et à le repousser. Oui, mais voilà, le problème était bien là : Nicolas de Ruzé n’était pas entreprenant et ne faisait pas des avances déshonorantes à Maryse. C’était le cerveau de la jeune femme qu’il fallait punir.

    Préoccupée, l’espionne ne trouvait pas étrange que le mousquetaire ne l’interroge pas sur sa présence sur le campement des mousquetaires. Cette question aurait eu l’avantage de la sortir de ses rêveries. Mais qu’aurait-elle pu répondre à une telle question ? Que dirait-elle s’il s’étonnait du fait qu’elle se trouvait sur un arbre, à l’observer ?

    Inutile de préciser, dès lors, que Maryse était dans la mouise.

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MessageSujet: Re: La curiosité est un vilain défaut [Nicolas de Ruzé]   26.04.12 4:49

    Chaque mot qu'il semblait lui arracher à grande peine lui semblait plus beau que le précédent. Avec chaque mot, il lui semblait connaître davantage la mystérieuse inconnue. Et cette impression était magnifique. Nicolas ne se rendait même pas compte qu'il était torse nu devant elle. Aucunement. Il savait seulement qu'elle était devant lui. Bien qu'il fut honteux de l'amener dans cette pièce, il n'avait pas vraiment le choix. Ce n'était pas comme s'il pouvait faire parcourir à une femme blessée, la distance Versailles-Paris pour l'amener chez son cousin qui y était rarement et dont il chipait souvent l'hôtel pour se vanter auprès de nobles conquêtes. Mais avec celle-ci... Impossible. Elle savait déjà qui il était.

    Lorsqu'elle tendit sa jambe, Nicolas sentit qu'elle lui faisait confiance. Un peu plus au moins. Avec un sourire timide, il passa sa paume sous le derrière de la cheville délicatement. Il sentit la peau douce et fraîche dans sa main calleuse. Il fronça le nez. Ces jambes n'avaient jamais vu la lumière du soleil, cela était certain. Et de ce fait, l'espace s'agrandit davantage. Alors qu'il replongeait ses doigts dans la pommade, elle se nomma. Il n'en demandait pas tant. Une princesse. Évidemment. Il n'en était pas surpris le moins du monde. Elle en avait l'air. De la plus belle des princesses. Bien que le nom ne lui était pas familier, Nicolas eut le réflexe instinctif de relever son regard et de regarder sa main gauche. Mariée. Évidemment. Il n'était pas davantage surpris de ce détail. Peut-être un petit frisson prit sa colonne, mais il s'efforça de ne pas y donner attention. Avant qu'elle n'ait pu ajouter quoique ce soit, Maryse se jeta dans une nouvelle tirade. Maryse. Il eut un sourire en réalisant qu'il pensait à elle dans de tels termes. Quel énergumène faisait-il? Et surtout, pourquoi lui racontait-elle tout cela?

    Le mousquetaire releva ses yeux vers elle, vers son visage rose. Il ne pouvait dire si c'était de la gêne ou la teinte naturelle de sa peau. Dans le doute, il se lança, tenant toujours la fine cheville entre ses doigts.

    -Pardonnez-moi, votre Altesse. J'aurais dû m'en douter. Excusez mon impolitesse. Je me reprends. Nicolas de Ruzé, mousquetaire et marquis d'Effiat, au service de votre Altesse.

    Il avait peut-être parlé un peu trop vite, mais qu'y pouvait-il? Il avait seulement envie de tirer sur sa cheville, qu'elle tombe du lit, qu'elle se retrouve à califourchon sur ses cuisses. Il voulait seulement passer une de ses mains contre son dos, alors qu'il déferait la coiffure de ses longs cheveux pour que leur soie noire tombe sur ses doigts. Il était prisonnier de son envie de la dévorer de baisers. Sur sa bouche rose comme un fruit. Sur son cou longiligne. Dans l'échancrure de son décolleté. Il serra peut-être un peu plus fortement la cheville en cet instant. Pourquoi pensait-il à ça? Il n'en avait aucun droit. Le fait qu'elle était princesse et mariée n'empêchait habituellement rien. Mais il ne pouvait... pas. Il ne pouvait pas. Elle n'était pas ce genre de femme légère. Il le savait. Il le sentait. Nicolas savait qu'il risquait l'exil s'il le faisait. Mais même sans cette dissuasion, il ne l'aurait pas fait. Maryse d'Armentières méritait mieux que les autres femmes à qui il faisait la cour.

    Son esprit vagabonda un instant vers Marianne Mancini, dont il n'avait pas eu de nouvelles depuis des mois. Les choses n'avaient jamais été claires entre eux deux. De l'ambition, des complots, des intrigues, du sexe. Nicolas avait cru peut-être aimer Marianne. Mais comme il ne se languissait pas dans son absence, il avait déterminé que cette intrigante avait seulement pris un ascendant sur lui, comme personne auparavant. Elle l'avait mené par le bout du nez, l'avait fait faire ses basses-besognes. Elle l'avait récompensé, il était vrai, mais elle l'avait récompensé de la manière qu'on remerciait un chien. Peut-être que pour certaines personnes, Maryse avait une ressemblance avec Marianne, mais Nicolas savait qu'il en était rien. Si leurs yeux étaient bleus, ceux de Maryse irradiaient d'une gentillesse et d'une douceur que ceux, perfides et perçants de Marianne, n'auraient pu produire. À la regarder, Nicolas pouvait savoir que la princesse était différente de toutes les autres. Unique. Même après le peu de minutes qu'il avait passé avec elle, il le sentait. Elle avait immédiatement précisé qu'elle n'aimait pas ses titres, du moins se présenter comme tel. Et ce détail donna envie à Nicolas de connaître la vraie Maryse, pas la princesse de Calenberg. Il voulait savoir d'où venait ce petit accent dans sa voix. Il voulait savoir ce qu'elle aimait, ce qu'elle détestait. Il voulait savoir toutes les pensées qui se cachaient derrière ces yeux limpides. Il secoua la tête. Pourquoi pensait-il à cela? Il n'en avait aucunement le droit.

    Avec un soupir, il finit d'appliquer la pommade et sortit les bandages.

    -Vous pourrez rentrer dans quelques minutes, dit-il en commençant à enrouler le tissu blanc serré autour de la cheville blessée. Désirez-vous que j'aille vous reconduire? Ou que j'appelle un carrosse? J'ignore si vous résidez à Versailles, mais la nuit n'est guère rassurante...

    Une partie de son esprit avait dit cela pour causer une crainte en elle. Afin qu'elle lui demande de rester plus longtemps, qu'elle réclame sa présence à ses côtés jusqu'à la dernière seconde. Mais aussi parce qu'il n'avait pas la moindre envie de la voir rentrer seul. Bien qu'il ne voulait pas paraître inquisiteur, Nicolas ne pouvait s'en empêcher.

    -Vous n'êtes certainement pas obligée de me répondre, votre Altesse, mais que faisiez-vous à cette heure si loin du palais?

    Il se releva, laissant Maryse redescendre ses jupes, alors qu'il allait prendre une chemise, dont il n'attacha que la moitié des boutons, laissant le haut de son torse dénudé. Il enfila sa veste de service. Il tenait son épée d'une main avant de l'attacher à la ceinture si elle le demandait en escorte. Déjà, il ne se demandait pas comment elle s'était blessée à la cheville. Déjà, il avait oublié qu'elle était tombée d'un arbre. Tout ce qu'il voyait, c'était la princesse, assise sur son lit à rajuster ses vêtements, alors qu'il faisait de même. Un petit sourire taquin passa sur ses lèvres. Il espérait qu'elle ne l'avait pas remarqué, car il ne pourrait expliquer l'image que cela faisait naître dans son esprit. Mais plus que cette image, il restait la princesse digne et noble qu'il avait devant lui. Son intérieur de gentilhomme se réveilla à cette vision. Pour une fois, il était sérieux dans son offre. Et il n'espérait rien d'autre que de mettre la belle Maryse d'Armentières en sécurité. Et peut-être de voir où elle habitait...
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MessageSujet: Re: La curiosité est un vilain défaut [Nicolas de Ruzé]   28.04.12 22:42

Spoiler:
 

« Pardonnez-moi, votre Altesse. J'aurais dû m'en douter. Excusez mon impolitesse. Je me reprends. Nicolas de Ruzé, mousquetaire et marquis d'Effiat, au service de votre Altesse. »

Maryse crut avoir blessé le mousquetaire. Ce n’était pas du tout là ses intentions…

« Oh mais non, ce n’est pas ce que j’avais voulu dire ! Justement, la rigueur de la Cour m’étouffe parfois… »

Maryse baissa les yeux et regarda les mains du jeune homme sur sa cheville. Etait-il en colère contre elle ? C’est l’impression qu’eut la princesse lorsqu’elle sentit une douleur à la cheville. Il semblait l’avoir serrée d’un coup. Son réflexe fut de retirer sa jambe, mais elle se retint et ne dit rien. La princesse ne regretta toutefois pas d’avoir fait des présentations officielles. Grâce à cette habitude, elle avait pu apprendre que le jeune mousquetaire face à elle était un marquis. Il n’était certes pas de son rang, mais il avait un titre. Si son titre réjouissait tant la princesse, c’est parce qu’elle pensait qu’elle aurait une chance de l’apercevoir dans la société. Bien qu’elle ne l’ait jamais vu dans le genre de soirées dans lesquelles elle était invitée (et qui étaient ô combien ennuyeuses), Maryse ne pouvait s’empêcher d’imaginer Nicolas apparaissant dans l’encadrement d’une porte, face à elle. Elle l’observait tout en rêvassant. Elle voyait toute la gentillesse qu’il y avait en lui, et ne doutait pas de la pureté de son cœur. Cet homme, prêt à mettre sa vie en danger pour la sécurité du roi, semblait très généreux. La princesse se trompait peut-être, mais ne s’en rendait pas compte.

Puis, au grand regret de la jeune femme, Nicolas appliqua une bande sur sa cheville. Il avait fini. Pourtant, Maryse aurait aimé que ce moment ne cesse jamais. Peut-être devrait-elle dire qu’elle avait encore très mal ? Mais la princesse savait qu’elle n’était pas très bonne comédienne… Comme s’il avait entendu sa muette supplication pour prolonger le temps qu’ils passaient ensemble, le mousquetaire proposa à Maryse de la raccompagner chez elle.

« J'ignore si vous résidez à Versailles, mais la nuit n'est guère rassurante...

Maryse saisit l’occasion au vol. Oui, c’est vrai que je ne suis guère rassurée à l’idée de rentrer seule. Je ne voudrais pas vous déranger mais je ne sais pas sur qui je peux tomber à cette heure de la nuit… Jouer les jeunes femmes en détresse, voilà qui devrait lui permettre de passer plus de temps avec le charmant mousquetaire, se disait la jeune femme. Pourtant, Maryse avait déjà parcouru les rues de Paris, seule. Cependant, il fallait avouer que depuis son agression, elle ne se promenait plus seule la nuit. Heureusement, le dramaturge détesté, Racine, avait été là. Quoi qu’il en soit, le mousquetaire ignorait ce petit épisode et devait sûrement tomber dans ce petit jeu de demoiselle effrayée à l’idée de rentrer chez elle seule.

Il fut alors décidé que le mousquetaire raccompagnerait la blessée jusqu’à son hôtel particulier de Versailles. Maryse était sur un petit nuage, jusqu’à ce que Nicolas reprenne :
« Vous n'êtes certainement pas obligée de me répondre, votre Altesse, mais que faisiez-vous à cette heure si loin du palais? »

Tout en parlant, il s’était relevé, et Maryse put remettre ses jupons pour cacher ses jambes. Pendant qu’il se rhabillait et qu’elle l’observait, elle cherchait une réponse. Qu’arriverait-il s’il savait qu’elle était une espionne et qu’elle…l’espionnait ? Nicolas n’avait pas boutonné toute sa chemise, laissant entrevoir une partie de son torse. Maryse le regarda, puis baissa les yeux. Une réponse. Vite.

« Je me suis perdue. Oui, ça paraît invraisemblable, mais c’est pourtant vrai. C’est aussi pourquoi il me semble plus raisonnable que vous m’accompagniez. Je suis étourdie et je n’ai aucun sens de l’orientation. Je suis venue au palais ce matin, et j’en ai marre des carrosses qui vous secouent sans cesse, donc j’ai pris ma jument, que j’ai laissée non loin d’ici. Je n’avais pas prévu que je ne repartirai que le soir. Il faisait noir, et…me voilà ici. Maryse, fière de sa trouvaille, sourit. Normalement, il devrait la croire. Enfin, elle l’espérait. Mais il restait un élément à justifier : pourquoi était-elle montée sur un arbre, devant la fenêtre du mousquetaire ? Inspirée, elle reprit : J’avais peur d’être seule ou, pire, d’être surprise par quelqu’un de dangereux. J’avais entendu du bruit à l’intérieur, mais je ne voulais pas venir demander de l’aide avant de voir qui était la personne à l’intérieur. Alors je suis montée dans l’arbre. Mon pied a glissé et je suis tombée. »

La jeune femme souffla intérieurement. Elle avait réussi à se justifier. Oh elle avait menti, et cela était interdit, mais l’occasion s’y prêtait : elle n’aurait pas pu dire la vérité, n’est-ce pas ? Et puis, elle irait se confesser le plus rapidement possible. Le mousquetaire avait prit son épée, prêt à quitter la chambre. Maryse se leva, posa doucement le pied par terre…elle ressentit une douleur, mais moins forte que plus tôt dans la soirée. Elle pourrait se déplacer jusqu’à sa jument. Mais Nicolas l’aida quand même à marcher jusqu’à sa jument. Maryse appréciait le contact de sa main, contact moindre comparé à la main sur sa cheville lorsqu’il mettait de la pommade, mais qui n’était pas moins doux. Il l’aida à s’installer en amazone sur la jument, et ils allèrent chercher une autre monture pour le mousquetaire. Puis ils prirent la direction de l'hôtel particulier des Calenberg. Sur le chemin, Maryse jetait, sur le mousquetaire, des regards à la dérobée. Elle aimerait en savoir plus sur lui, sur sa vie, sur ses amis. Elle aurait aimé être encore dans sa chambre, assise sur son lit. Maryse n’avait vraiment pas envie de rentrer chez elle. Reverrait-elle un jour le mousquetaire ? Bien plus qu’elle n’osait le croire, à vrai dire. Sur le chemin, ils croisèrent des hommes bizarres qui, effrayés par l’habit et l’épée de Nicolas, n’accostèrent pas le couple. Maryse se dit alors sérieusement qu’elle avait bien fait d’accepter l’offre du mousquetaire. En y rependant, elle se demandait ce que faisaient les collègues de Nicolas. Elle saisit alors l’occasion pour briser le silence :

« Et que font les autres mousquetaires ? En ce moment, je veux dire. Vous êtes seul en congé ? » L’espionne sourit lorsque Nicolas la regarda, pour montrer que ce n’était qu’une question lancée en l’air, histoire de parler un peu. La princesse espérait allier devoir et plaisir. Devoir d’enquêter sur les mousquetaires, plaisir d’entendre la voix de son chevalier servant.

Son hôtel particulier se rapprochait beaucoup trop vite aux yeux de la princesse. Elle n’avait pas envie de quitter le mousquetaire. Ne voulait pas rentrer. Parce que rentrer reviendrait à se réveiller, à quitter ce rêve qu’elle vivait depuis qu’elle était tombée de l’arbre. Jamais elle ne se serait doutée que cette mission malvenue serait l’occasion de rencontrer cet homme qui faisait battre son cœur.
Matthias s’étant rendu chez l’un de ses amis, Maryse osa faire venir Nicolas jusque devant son hôtel particulier. Il descendit de sa monture puis porta Maryse pour qu’elle puisse poser pied à terre. Avant d’appeler ses domestiques pour qu’ils l’aide à marcher, Maryse resta devant son chevalier servant.

« Je suis sincèrement désolée pour le désagrément que j’ai pu vous causer. Et je voudrais vous remercier pour l’aide que vous m’avez apportée. Merci beaucoup. Face à lui, elle regardait son visage, ses yeux, sa bouche, comme si elle le voyait pour la dernière fois, comme si elle devait profiter de lui jusqu’à la dernière seconde. Pour rendre l’instant moins solennel, elle sourit et murmura, sur le ton de la confidence : Je n’appellerai pas le bourreau. Puis elle dut se résoudre à le quitter et à rentrer chez elle. Elle lui tourna le dos et se dirigea vers la porte de l’hôtel. A deux pas de la porte, la princesse voulut se retourner. Elle tourna légèrement la tête, mais se retint de se retourner complètement. Elle réprima son mouvement et mit la main sur la poignée.
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La curiosité est un vilain défaut [Nicolas de Ruzé]
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