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 Lorsque le piège se referme sur la proie idéale ... (PV Evy & Gabie)

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« s i . v e r s a i l l e s »
Côté Coeur: Mère enfin apaisée et femme comblée mais pour combien de temps encore ?
Côté Lit: Le Soleil s'y couche à ses côtés.
Discours royal:



♠ ADMIRÉE ADMIN ♠
Here comes the Royal Mistress

Âge : A l'aube de sa vingt septième année
Titre : Favorite royale, comtesse of Leeds et duchesse de Guyenne
Missives : 7252
Date d'inscription : 10/09/2006


MessageSujet: Lorsque le piège se referme sur la proie idéale ... (PV Evy & Gabie)   14.08.11 16:33



Les couloirs de la Roche Courbon n’avaient jamais été plus lumineux depuis que la favorite royale y avait trouvé refuge. Son exil forcé à cause des convenances de la cour avait dû durer cinq longs mois. Son ventre s’arrondissant de jour en jour, elle n’avait pu différer son départ de Versailles ni d’une journée ni d’une heure. Retraite obligée donc mais qu’elle avait tenté de rendre la plus agréable possible, non seulement pour elle mais également pour ses compagnes d’infortune. Sa bien aimée sœur Mary qui habituée à cet air campagnard grâce à son séjour à Maridor y retrouvait certains parfums dès l’aube à chaque détour d’allée, et son autre sœur Sophie qui avait trouvé en ce lieu plus de chaleur humaine qu’elle en avait chez son ancienne patronne.

Seule Evangéline, sa plus chère amie dépérissait à vue d’œil loin de tout ce luxe qu’elle aimait tant et sans doute également loin des hommes ayant eu leurs entrées dans son boudoir … Amy connaissait la dame et malgré les plus fins bordeaux, les plus raffinés mets servis à table ponctués de toutes les fêtes provinciales, on pouvait l’entendre parfois soupirer d’un bout à l’autre du château. Parfois même, elle lançait un regard irrité à l’être responsable de tout ceci mais qui n’était pas encore de ce monde. Ce que la duchesse Guyenne lui pardonnait bien volontiers …

A ce souvenir et tandis qu’elle rentrait au château après sa promenade matinale, elle caressa d’un geste tendre, son ventre. Un réflexe quotidien qui était généralement accompagné d’une réponse, puisque l’enfant lui donnait alors quelques coups. En effet, le vilain garnement ne tarda pas à se manifester et elle dut s’asseoir sur un banc en pierre. Quelle fougue ! Sans doute possible, le bambin était pressé d’en finir lui-même et malgré les neufs mois non encore atteints, Amy sentait que la délivrance était proche. Que n’aurait-elle pas donné pour que Louis puisse vivre à ses côtés toutes les étapes de cette grossesse et sentir lui-même l’impatience de son enfant.

- Du calme petite furie ! Laissez donc encore quelque repos à votre mère !

Elle aimait ainsi gronder avec un rire que l’on qualifiait de délicieusement maternel, le fruit de son amour avec le roi. Cette petite remontrance accentuée d’une nouvelle caresse, y parvenait sans mal. La relation établie entre Amy et son enfant se montrait déjà si forte, que parfois la frayeur de le perdre ou de le voir mourir à la naissance la rongeait. En effet, plus l’heure de l’accouchement approchait, plus une angoisse sourde lui étreignait le cœur. Des cauchemars l’éveillaient au cœur de la nuit et malgré les explications de ses proches et leur présence réconfortante, ils redoublaient ces derniers temps. Elle espérait de toute son âme qu’il ne s’agissait pas de ce phénomène nommé : prémonitions. Le regard dans le vague, elle resta ainsi plusieurs minutes songeuse, l’air grave, le silence environnant eut même pour effet de la faire frissonner de façon très désagréable. S’agissait-il de la brise avant la tempête ? A l’heure où toute la joie du monde aurait dû l’habiter, elle avait peur. Elle dut donc encore une fois se raisonner et chasser ses pensées avant de regagner l’intérieur de la demeure.

- Mary ? Sophie ?

Aucune réponse, aucun bruit ne lui parvint des chambres voisines de ses deux demi sœurs. Elle y pénétra dans chacune à tâtons, elles ne s’y trouvaient pas. Elle partit à leur recherche pensant les trouver dans les cuisines ou au lavoir, mais aucun signe d’elles. Curieux. Très curieux. Inquiétant même. Un domestique fort heureusement lui répondit sur l’endroit où elles s’étaient rendues.

- Elles sont à Bordeaux, m’dame la duchesse, pour acheter des choses pour v’tre bébé. Elles sont parties ce matin en douce.

Rassurée sur ce point, Amy allait faire demi tour pour regagner ses appartements, lorsque le serviteur lui apprit qu’un homme désirait la voir. Lasse mais toujours courtoise, elle agréa à cette demande imprévue et gagna son anti-chambre de réception. L’homme au pourpoint fleurdelisé la salua brièvement. Il avait l’air rompu et était couvert de poussière et de sueur.

- Madame, j’ai chevauché nuit et jour de Versailles pour vous apporter une bien mauvaise nouvelle, je le crains.

Amy à cette annonce bien peu rassurante, ne put que trouver trop juste la prémonition de danger qu’elle sentait peser sur elle.

- Qu’est-il arrivé ? Parlez donc !

- Le roi … le roi est à l’agonie ! Il vous réclame auprès de lui madame !

La coupole tout juste restaurée à ses frais ne lui aurait pas fait plus de mal en s’écroulant à cet instant sur elle. Elle venait littéralement de recevoir un coup de massue à l’âme. Louis ? Son Louis sur le point de rendre le dernier soupir ?

- Que dites vous ? Que … Pourquoi ? Sa dernière missive ne faisait état d’aucun danger pour sa vie. Un attentat ?

- Rien de tout cela duchesse, il s’agit d'une de ces maladies étranges de marais asséché sur lequel Versailles est bâti. Lorsque j’ai quitté la cour, le roi demandait à recevoir les derniers sacrements. Les prêtres lui ont défendu de vous rappeler à lui pour le salut de son âme, mais il n’en a cure. Il m’a demandé instamment de vous conduire à Versailles. Voici une lettre de sa main …

La comtesse of Leeds déchira le cachet aux armes de France et lut d’une traite la supplique de son royal amant. Dans sa précipitation et son angoisse, elle ne prit pas le temps de juger de son authenticité.

- Un carrosse vous attend aux grilles du château ! Que décidez-vous madame ? Le temps presse.

- Je vous suis ...

Oubliant son état avancé de grossesse, oubliant tout car chaque seconde comptait dès à présent, elle renvoya le messager pour qu’il tienne prêt le dit carrosse.

- Evangéline ? Evangéline, où diable vous trouvez-vous ?

Seul l’écho de ses propres cris dans les couloirs déserts lui répondit. Elle traça donc d’une main tremblante quelques lignes sur un parchemin afin de la prévenir de son départ, le courrier du roi délaissé gisait quant à lui à terre.

Elle se recouvrit d’un manteau et sans plus attendre, courut plus qu’elle ne marcha vers l’extérieur du domaine. Amy tendit la main au malheureux émissaire du roi et pénétra dans le carosse. Lorsque le battant se referma d’un coup sec sous la poigne de l’homme, tout oeil expérimenté aux alentours du château aurait pu voir que les armoiries du propriétaire n’étaient pas celles du roi de France.

______________________

La duchesse de Fer
" Je vois en toi quelque chose qui offense le vulgaire. L'envie et la calomnie te poursuivront. Alors dans ce désert égoïste qu'est la vie, ne pense plus qu'à toi. "

Le rouge et le noir
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MessageSujet: Re: Lorsque le piège se referme sur la proie idéale ... (PV Evy & Gabie)   18.08.11 13:40

Le souffle de la vicomtesse était court, ses joues s’empourpraient alors que son cœur effréné menaçait de jaillir hors de sa poitrine. Evangéline arborait un sourire comblé, mais cela ne suffisait pas encore. Plus vite…

- Plus vite !

Elle donna un nouveau coup de cravache à sa jument qui répondit par un piaffement et poussa ses muscles puissants jusqu’à leur paroxysme. Le vent mêlé à ses cheveux sombres lui battait le visage, la chaleur de ce matin d’été était déjà étouffante, pourtant la jeune femme ne boudait pas son plaisir, elle n’avait que trop besoin de courir au devant de ses limites.

Depuis 5 longs mois, elle faisait l’expérience de la vie simple de province, loin des trépidantes histoires de Cour, loin de la tumultueuse Paris. Pour la première fois elle connaissait l’ennui. Pas l’oisiveté sans fin propre à Versailles, non, l’ennui dans sa plus simple expression, l’absence de péripéties, de tribulations sans lesquelles Evangéline n’était plus que l’ombre d’elle-même. Il régnait sur la retraite forcée de la favorite enceinte au château de la Roche-Courbon un calme apaisé qui n’était sans doute pas étranger à la présence voilée d’un petit être en devenir.
N’allez pas croire qu’Evangéline était incapable d’y trouver son bonheur ! La compagnie des trois dames qui partageaient cet exil était délicieuse et Amy faisait de son mieux, autant que sa condition présente le lui permettait, pour rendre leur séjour aussi divertissant que possible. Evangéline n’était pas ingrate, elle déployait son énergie à se montrer aussi bonne compagne que sa bonne volonté le lui permettait. Mais Amy et elle étaient bien trop intimes pour se duper mutuellement, elles ne pouvaient se dissimuler longtemps le fond de leurs pensées. Tout comme l’espionne lisait en elle les angoisses que faisaient naître sa grossesse et son éloignement d’avec le roi, Amy ne devait ignorer le nœud qui serrait la gorge de la dame lorsqu’elle recevait une lettre l’informant des dernières nouvelles de la Cour. La Comborn raillait souvent la futilité et la vanité de Versailles, mais voilà que séparée de ce monde, elle s’en languissait passionnément, voire même pathétiquement, comme d’un amant.

Ce constant besoin d’adrénaline et son manque qui se faisait de plus en plus oppressant était la raison de cette folle chevauchée matinale dans la campagne de Saintonge. Pourtant, la jeune femme nourrissait une peur sourde à l’égard de ces bêtes, c’est donc en dire long sur l’urgence qui la portait.
Les premiers temps de leur voyage, les mots du roi concernant sa mission raisonnaient sans cesse dans son esprit : « Veillez sur Madame la duchesse, dont la sûreté de corps et de son fruit nous est aussi chère que vous le savez. » Louis avait donné du « nous », depuis le temps, elle avait parfois droit à du « je », cela suffisait donc à donner à la mission une étoffe nationale. Forte de ces paroles, l’espionne aguerrie et amie dévouée s’était montrée aussi vigilante qu’un garde-chiourme et d’une prudence de mère supérieure.
Mais à présent, vigilance et prudence s’étaient émoussées. Après tout ce temps passé dans le calme le plus plat, il lui fallait bien se rendre à l’évidence que si complot contre le souverain il y avait, il devait bien plus se tramer en Ile de France que dans ce coin reculé de la Guyenne. C’était cette pensée, bien ancrée désormais dans son esprit, doublée d’une confiance à la limite de l’orgueil en ses capacités à flairer l’intrigue, qui lui faisait oublier les plus élémentaires règles de prudence. Elle avait laissé derrière elle Amy en promenade quotidienne avec son enfant, bien certaine qu’ils étaient en sécurité derrière les hautes grilles de la Roche-Courbon.

De retour au domaine, après avoir confié sa monture à son fidèle Octave, Evangéline se défit de ses gants et de son chapeau, dégrafa légèrement le haut de son corsage et prit une bonne respiration, non sans soulagement. Voilà bien un des luxes de la campagne ! Personne pour la voir et trouver dans sa mine chiffonnée un excellent sujet de rires et de railleries. Une bassine d’eau claire ainsi qu’un linge propre avaient été déposés à sa demande. Elle ferma les yeux de plaisir comme sa peau se hérissait au contact de cette fraîcheur humide.
Un frôlement, un chuchotis de paille foulée au pied dans la petite grange adjacente la sortit de sa douce torpeur. Son sixième sens, celui de l’intrigue, se mit en éveil. Ce n’était pas la façon de faire des palefreniers… Elle s’approcha doucement de la petite remise sombre et la scruta de ses yeux clairs. Soudain, dans un mouvement aussi brutal qu’imprévisible, un bras l’attrapa à la taille tandis qu’une main venait étouffer le cri qui naquit dans sa gorge.
Sans comprendre ni pourquoi, ni comment, Evangéline se sentit happée à l’intérieur et retomber lourdement sur la motte de foin la plus proche. D’un geste sec, l’espionne se libéra et se redressa vers son agresseur qui lui souriait à pleines dents. Hébétée, Evangéline ne savait s’il lui fallait rire à son tour ou se mettre franchement en colère. Les mains de son ravisseur entamèrent un parcours savant dans le trop plein de tissus qui enveloppait la jeune femme, rendant explicites ses intentions. La vicomtesse eut un sursaut d’orgueil et, vexée de s’être ainsi laissée effrayer et de voir que son avis avait valeur négligeable, elle les chassa d’un revers de main :

- Monsieur, ce ne sont pas mes habitudes…

Ses protestations furent vaines, elle devait être d’ailleurs assez peu convaincante, et comme il l’attirait plus près, elle éclata d'un rire profond, abandonnant le statut de victime et ses principes. Au Diable les habitudes ! Cinq mois qu’elle n’avait pas goûté à la chaleur d’un homme pour veiller sur le résultat du batifolage des autres ! A chaque service sa juste récompense…

De longues minutes plus tard, un bruit de fouette-cocher sur les pavés du château la fit tressaillir et relever sa tête brune fleurie de brins de paille. Elle fronça des sourcils et s’interrogea en apercevant vaguement ledit carrosse s’éloigner, sans parvenir à lire ses armoiries:

- Avions-nous des invités ? Je---

Cédric de Portau chassa bien vite cet excès de curiosité d’un baiser sur ses lèvres. En le laissant entrer dans leurs vies, Evangéline était loin de se douter qu’elle avait invité Satan dans le jardin d’Eden. Que de sa frivolité, qu’elle pensait sans conséquence, elle allait être complice d’un drame et responsable du plus grand échec que l’on avait vu de mémoire d’espions.

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MessageSujet: Re: Lorsque le piège se referme sur la proie idéale ... (PV Evy & Gabie)   20.09.11 17:53

Cela faisait plus de cinq semaines que la duchesse de Longueville et ses gens avaient quitté Versailles et Paris pour se jeter sur les routes du royaume. Cinq semaines que le carrosse allait cahin-caha sur les chemins de terre et de sable, évitant les ornières et s'embourbant à intervalles réguliers, obligeant le cocher et les valets de la duchesse à descendre pour pousser le véhicule hors des ces pièges. Mais malgré la pluie, malgré les difficultés des vieilles routes qui quadrillaient la France, Gabrielle demeurait parfaitement calme et sereine. Avec patience, remontant ses jupons, elle quittait régulièrement la voiture et pendant que ses serviteurs ahanaient sous l'effort, elle faisait quelques pas dans la boue et admirait l'horizon, parfois lourds de nuages noirs qui paressaient lentement dans le ciel, parfois entièrement dégagé et lumineux. Elle parlait peu, sinon pour donner ses ordres d'une voix telle que personne ne songeait jamais à contester. Un sourire constant éclairait ses traits mais cela seule Perrine Harcourt, sa servante la plus proche pouvait l'interpréter.

Personne n'avait discuté son ordre soudain de prendre la route vers le sud alors que le carrosse filait droit vers la Normandie et Pont-de-l'Arche. Personne n'avait protesté lorsqu'il avait fallu ôter les armes de la famille de Longueville tout comme les trois fleurs de lys qui ornaient les coussins intérieurs de la voiture. Un homme, un vieux valet depuis longtemps fidèle au feu duc, avait hésité avant d'enlever le blason mais avait du obéir devant l'ordre pressant de Gabrielle et l'insistance de Perrine, la jeune fille si gentille à qui elle déléguait toutes ses basses tâches. Pour tous ces hommes, cela ne signifiait qu'une seule chose : leur maîtresse se rendait chez un galant et souhaitait voyager dans l'anonymat. C'était le but de ce long déplacement et son habitude des grands trajets qui la rendaient de si excellente humeur. L'opinion de ces bonnes gens fut confirmée par le premier soir que Gabrielle passa à l'auberge et où elle se fit appeler sous un nom d'emprunt. Elle fut encore confortée lorsque la jeune femme finit par leur livrer l'adresse d'un château près de la ville de Saint-Jean-d'Angély comme destination. Après tout, ce n'était pas la première fois que mademoiselle de Longueville avait rendez-vous chez cet amant italien loin de la cour et de ses racontars.

Ainsi, pendant cinq semaines, la petite troupe alla de halte en halte, d'auberges en châteaux, profitant des immenses possessions de la famille dans le sud-ouest, terre des ancêtres huguenots de Gabrielle. Mais en réalité, bercée par le roulement régulier des roues de son carrosse, la duchesse ne songeait pas à ses gens, ne songeait pas à son galant et songeait encore moins à ses ancêtres bien que l'un d'entre eux eût un jour reconquis la Guyenne sur les Anglais. Si l'esprit de Gabrielle demeurait fixé sur sa destination, c'était pour bien autre chose. Ils étaient peu à connaître son grand projet. Hector lui-même avait eu vent de sa décision que peu de temps avant le départ de la jeune femme, bien trop tard pour pouvoir s'y opposer. Enfin, elle avait le pouvoir de faire bouger les choses. Tout avait été organisé minutieusement. Elle conservait précieusement la lettre, celle qui allait faire sortir la favorite de sa tanière pour se jeter dans la gueule du loup. Tout n'était plus qu'une question de temps. Et il fallait agir au plus vite, la duchesse de Guyenne allait bientôt arriver au terme et Gabrielle tenait à avoir à la fois la mère et le rejeton au sang royal en son pouvoir.

Elle s'était entourée de gens qui avaient toute sa confiance et qui ne la trahiraient pas. Les quelques valets qui faisaient parti du voyage était des hommes dévoués, certains venant du service du duc de Valois lui-même et les autres, fidèles aux Longueville depuis des générations avaient vécu les années sombres de la Fronde aux côtés des révoltés. La duchesse les mettrait bien vite au courant de ce qui les attendait, sans leur donner tous les détails, évidemment mais assez pour que son plan fonctionne jusqu'au bout. Et en arrivant en la demeure saintongeaise achetée par Contarini, elle se sentait d'un inébranlable optimisme qui se lisait dans son sourire calculateur et retors. Elle fut aidée à descendre de son carrosse par son vieux valet et fit quelques pas pour se dégourdir les jambes après une si longue route. Le château n'en était pas véritablement un. C'était un simple relais de chasse, petit bloc de pierre au cœur d'un lieu désert et à demi-boisé. Personne ne passait jamais aux alentours et le plus proche village se situait à des kilomètres. Gabrielle était déjà venu en ces lieux en charmante compagnie mais elle ne put s'empêcher de penser une fois de plus que l'endroit avait été parfaitement choisi : Francesco pouvait amener ici ses conquêtes et personne n'en savait jamais rien. C'était l'endroit idéal.

La duchesse chargea ses plus fidèles et Perrine en premier lieu de faire le tour des environs pour tenter d'approcher La Roche-Courbon, château dans lequel se terrait Amy de Leeds et ses proches. Il lui fallait au plus vite connaître les habitudes de la maison et les éventuels dispositifs de sécurité qu'elle ne connaissait pas déjà. Et pendant ce temps, Gabrielle rongeait son frein en donnant des directives pour aérer la demeure dans laquelle ils allaient vivre pendant de longs jours et surtout arranger la chambre dans laquelle on avait l'intention de faire séjourner la favorite. Rapidement, la solitude commença à lui peser et elle se prit à regretter les salons parisiens et les fêtes qui devaient avoir lieu en ce moment-même à Versailles. Certes, elle avait grandi loin de toutes ces attractions, en rase campagne, mais sans Perrine et -même s'il lui coûtait de l'avouer- son frère Paris, cela n'avait plus grand intérêt. Elle était partagée par l'impatience de mettre son plan à exécution et l'anxiété de ne point être prête au moment prévu. Cela faisait si longtemps qu'elle en parlait, qu'elle y pensait nuit et jour, qu'elle craignait qu'au dernier instant, un faux pas vienne tout gâcher, que les espions chargés de protéger la duchesse ne viennent à soupçonner quelque chose, qu'Amy elle-même refuse de faire ce qu'on attendait d'elle. Mais lorsqu'elle venait à ce point là, Gabrielle ne pouvait s'empêcher de hocher la tête en se traitant de stupide. Amy de Leeds agirait très exactement comme elle l'avait prévu. Elle ne l'avait jamais réellement rencontrée mais elle la connaissait.

- Madame la duchesse... Gabrielle...

Perrine revenait de sa ronde, le souffle court mais les yeux brillants.

- Il est temps ?
- La jeune sœur de Leeds et la lectrice personnelle de la duchesse ont quitté le château. Portau est parti rejoindre mademoiselle de Comborn. Il est temps que j'aille moi aussi faire ma part du marché.


C'était la partie du plan qui déplaisait le plus à Gabrielle : se séparer de Perrine. Surtout pour la personne que celle-ci allait retrouver et occuper le plus longtemps possible. Un instant, bien court, les yeux de Guillaume du Perche lui revinrent en mémoire, ses yeux, son souffle et la douceur de ses lèvres. Mais ce fut bien trop court pour faire changer Gabrielle d'avis. Elle leva la tête vers sa sœur de cœur et ne s'embarrassa pas de manière, réprimant sa jalousie et sa peur tant et si bien qu'elle ne ressentait plus rien, sinon l'adrénaline qui courrait dans ses veines :

- Va, Perrine.

Et voilà comment Gabrielle de Longueville se trouvait de nouveau dans son carrosse à attendre que son valet jouât son rôle de messager. Elle était méconnaissable vêtue d'une grande robe noire trop large qui dissimulait ses formes et la faisait paraître presque ronde. Une perruque blonde, plus vraie que nature, bouclait dans son dos. Son visage était totalement recouvert d'un masque qui ne laissait entrevoir que ses yeux et sa petite bouche. Perrine, qui avait concocté ce déguisement pour sa maîtresse, avait pensé à tout, même aux longs gants blancs qui cachaient les mains d'aristocrate de la duchesse. Rien ne devait laisser apercevoir son statut social. Gabrielle qui regardait derrière les rideaux crut enfin apercevoir du mouvement à La Roche-Courbon. La favorite avait-elle cru ces quelques mots tracés par un ingénieux faussaire parisien ? Gabrielle réprima un frisson en se remémorant les yeux vides de cet homme et sa bouche ouverte dans un cri muet. Il avait fallu se débarrasser de lui pour être sûr qu'il ne parlerait pas. Qu'il ne raconterait à personne qu'il avait dû imiter l'écriture du bon roi Louis pour rédiger une lettre disant qu'il était à l'agonie. Il avait même fallu le menacer pour qu'il s'exécutât. La duchesse avait ordonné sa mort sans regret. La cause qu'elle défendait exigeait des sacrifices et bien plus lourds que la vie misérable d'un petit escroc.

La duchesse de Longueville fut sortie de ses pensées par l'ouverture de la porte principale du château. Deux silhouettes en sortirent. Elle sentit son cœur bondir en voyant que l'une d'entre elle se déplaçait avec une certaine difficulté, ralentie pour son énorme ventre rond. Amy avait décidé de faire confiance au valet de Gabrielle ! En un instant, la jeune femme fut soulagée. Et pendant que le pseudo-messager faisait monter la favorite de la voiture et qu'une Amy affolée s'installait en face d'elle, Gabrielle ne put s'empêcher de laisser un sourire retors, qui ressemblait plus à une grimace, déformer affreusement son visage. En entendant la porte claquer alors que le carrosse s'élançait à toutes allures, en voyant les rideaux tirés et les hommes de main d'Hector tous armés et surtout la femme qui lui faisait face, la duchesse dut se rendre compte que quelque chose ne tournait pas rond.

- Quel plaisir de vous rencontrer enfin, madame de Leeds ! Je suis désolée mais nous ne nous rendons pas à Versailles aujourd'hui. Ce n'est point le but de notre petit voyage.

Pour éviter que la favorite ne se débattît en comprenant ce qu'il lui arrivait, son voisin se rapprocha d'elle, un large couteau à la main. Mais que pouvait bien faire une femme enceinte entourée de brutes et installée dans un carrosse qui filait à toute allure ? Derrière son masque qui étouffait un peu sa voix, Gabrielle jubilait. Que cette femme était si prévisible ! Et quelle sottise de sortir sans prévenir personne, sans prendre de servante avec soi, sans attendre l'avis de ces espions qui étaient censés veiller sur elle ! La duchesse ne put s'empêcher de se pencher vers sa prisonnière pour lui faire de ses réflexions :

- Vous savez, Madame, vous êtes bien difficile à approcher. Vous êtes en permanence sur vos gardes et bien entourée par les agents de notre bon roi. Il nous a été très compliqué de savoir où vous vous terriez et en compagnie de qui. Mais vous avez une faiblesse... Oh, une unique faiblesse mais c'est elle qui vous perdra : vous aimez et vous faites bien trop confiance à ceux que vous aimez.

Elle poursuivit avec un petit rire qui sonnait horriblement faux :

- Après tout, vos protecteurs, ces fameux espions à la solde du roi le plus puissant du monde, ont péché par le même vice que vous. Il suffit de secouer des jouets sous leur nez pour qu'ils en oublient leurs devoirs. Quel dommage car pendant ce temps, vous perdez et nous gagnons.

Gabrielle demeura silencieuse quelques instants puis demanda à faire ralentir le carrosse devant le teint pâle de Mlle de Leeds. Si elle voulait s'éloigner au plus vite de La Roche-Courbon pour rejoindre la demeure de la campagne de Saint-Jean-d'Angély, ce n'était pas pour que les cahots de la route provoquassent un accouchement prématuré de la favorite. L'homme qui se trouvait aux côtés d'Amy lui fit un signe pour lui montrer qu'il était prêt. Imperceptiblement, Gabrielle répondit par un hochement de tête. Il était temps.

- Notre voyage sera fort long, vous feriez mieux de dormir. Les heures qui vont venir vont sans doute vous paraître interminables. Je vous conseille de ne pas chercher à vous débattre ou à vous enfuir. Si ce n'est pas pour votre vie, faites-le au moins pour protéger la sienne.

Elle désigna le ventre arrondi puis pensant que la leçon avait été comprise par la favorite, elle se tourna vers l'homme qui, par surprise, appliqua un mouchoir sur le nez de la favorite qui sembla se débattre un instant avant que son corps ne se relâchât. Elle était endormie. Cela permettrait de se rendre au relais de chasse et de l'enfermer à double tour dans la chambre du deuxième étage sans qu'elle ne vît quoi que ce soit. Et ainsi, Gabrielle pourrait enfin mettre le reste de son plan à exécution.
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