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 Emmanuelle de Vaunoy # La proie et l'ombre

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« s i . v e r s a i l l e s »
Côté Coeur: Le souvenir d'un homme et d'une enfant.
Côté Lit: Un homme aussi froid que le glace pourvoit à le réchauffer en ce moment
Discours royal:



    Princesse sombre
    Du Royaume des ombres.


Âge : 28 ans
Titre : Dame de Noirange, comtesse de Vaunoy
Missives : 287
Date d'inscription : 06/08/2011


MessageSujet: Emmanuelle de Vaunoy # La proie et l'ombre   06.08.11 1:06

Emmanuelle de VAUNOY
Connue publiquement sous le nom de Diane de Noirange
ft. l'éblouissante Eva Green


    ► 34 ans, mais les années de tourments la vieillissent parfois un peu plus.
    ► Née Emmanuelle de Sérigny, marquise de Gâvres, elle est devenue comtesse de Vaunoy et de la Rouvilloise, elle est à présent connue publiquement sous le titre de dame de Noirange, comtesse de Noisy
    ► Elle ne peut renier ses origines française et plus particulièrement de l'ouest de la France, au sud de la Loire-Inférieure et au nord de la Vendée.
    ► Veuve d'Auguste de Vaunoy; mère de Valentine qui aurait eu 12 ans si le destin n'en n'avait décidé autrement.



    « Que diable, vous êtes à Versailles ! »

    Un paradis ou un enfer versaillais ?

    La personnalité d’Emmanuelle ne pouvait la pousser à voir en Versailles un havre, un paradis. Si la cour était pour elle une obligation à laquelle elle devait auparavant songer à se plier, elle était aujourd’hui devenue sa réalité, sa vie et le terrain du jeu de Diane de Noirange. Au cœur des secrets, au centre des intrigues, elle pouvait y laisser courir ses oreilles, soudoyer quelques servantes naïves ou monnayer de menus échanges. Versailles, sa versatile cour et son roi n’était que des pantins agités par les sombres puissances œuvrant en silence, obéissants à des lois humaines immuables mais craintes. Ces lois, Emmanuelle avait appris à les connaître et savait reconnaître dans cette cour des plaisirs qui en étaient les instigateurs les plus zélés.
    Quelles raisons la poussaient à ne pas agir ? La patience d’attendre que l’un d’entre eux se trahisse et la volonté de ne frapper qu’à bon escient.


    Vérité ou fantasme du complot ?

    On peut aisément deviner qu’Emmanuelle ne croyait pas au complot, celle-ci en étant parfois l’âme toute entière. Elle se targuait de connaître chaque secret des Puissants, de les garder jalousement pour elle et de consacrer sa vie à les protéger. Sans le complot, Diane de Noirange ne serait jamais née, libérant Emmanuelle de Vaunoy du joug d’une personnalité qu’elle s’était choisie. La vie qu’Emmanuelle avait accepté de vivre ne pouvait s’accomplir sans intrigue, qu’elle soit politique, diplomatique ou simplement romantique. Les cabales nourrissaient son appétit de secret autant qu’un cochon de lait nourrissait le roi. Ôter les complots de la vie d’Emmanuelle était assassiner Diane de Noirange, devenue cette catharsis nécessaire pour faire le deuil d’une existence qui ne vivait plus qu’en un paisible souvenir.

    Plutôt colombe ou vipère ?

    Emmanuelle de Sérigny était aussi brune que Louise était blonde, aussi douce et patiente qu’Angélique était turbulente, aussi pacifiste que Jules était guerrier. Mais l’on ne pouvait nier son caractère buté, ses décisions implacables et son esprit fin. L’on savait à la cour combien la famille de Sérigny avait compté dans l’Histoire et Emmanuelle, à l’image de ses frères et sœurs, gardait cette fierté familiale.
    Les années l’avaient poussé à devenir une vipère sous un masque pur. Une vipère coulant, glissant dans les recoins que nul n’avait songé à soulever. Elle se mouvait dans chaque zone sombre pour connaître les secrets qui lui permettaient de garder les siens.
    Loin de l’enfant calme et dévouée qu’elle était, Emmanuelle était devenue de ces créatures pugnaces et inébranlables. Elle n’avait jamais parlé trop et plus encore aujourd’hui restait avare de paroles. Mais ses mots ne dépassaient jamais ses pensées et restaient plus sensés que les cabales de Louise. Elle réfléchissait avant chaque parole, sachant y glisser le ton qu’elle y souhaitait. De colombe innocente et parfois naïve, Emmanuelle était devenu une vipère non pas intrigante, mais devenant l’intrigue elle-même, s’y fondant avec passion, jouant dans ses vagues tel un enfant dans l’eau.



    « Plus bas la révérence, plus bas. »

    ► Prénom/pseudo: Tro
    ► Âge: 24 ans, maintenant.
    ► Présence sur le forum: méga beaucoup trop
    Code bon by Lisa : God save the King Razz
    ► Comment avez vous connu le forum ?: par l'entremise de la duchesse de Béziers, de la reine de Pologne et de plein de schizo.
    ► Suggestion:
    Aucune....simplement: merci d'avoir accepté que je reprenne ma petite Emmanuelle....
    Mon premier personnage sur ce fo', le premier personnage de RPG qui m'a autant tenu à coeur...un personnage qui a bientôt 7ans dans mon imagination et auquel j'ai toujours beaucoup tenu **

    Et enfin: "Il est permit de violer [Dumas] à condition de lui faire de beaux enfants Razz
    Merci à ce grand auteur d'avoir fait naître ma Manue What a Face
    Et merci à Paul Féval pour me prêter si gentiment ce nom de "Vaunoy" What a Face



______________________


"Dans la nuit j'ai cherché celui que mon coeur aime; dans mon jardin aride il a fait son domaine."




Spoiler:
 


Dernière édition par Emmanuelle de Vaunoy le 06.08.11 2:09, édité 3 fois
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MessageSujet: Re: Emmanuelle de Vaunoy # La proie et l'ombre   06.08.11 1:07



« Il était une fois ... »

“Je regardai, quand il ouvrit le sixième sceau;
et il y eut un grand tremblement de terre,
le soleil devint noir comme un sac de crin,
la lune entière devint comme du sang,
et les étoiles du ciel tombèrent sur la terre,
comme lorsqu'un figuier secoué par
un vent violent jette ses figues vertes.
Le ciel se retira comme un livre qu'on roule;
et toutes les montagnes et les îles
furent remuées de leurs places.
Les rois de la terre, les grands,
les chefs militaires, les riches, les puissants,
tous les esclaves et les hommes libres,
se cachèrent dans les cavernes
et dans les rochers des montagnes.
Et ils disaient aux montagnes
et aux rochers: Tombez sur nous,
et cachez-nous devant la face
de celui qui est assis sur le trône,
et devant la colère de l'agneau;
car le grand jour de sa colère est venu,
et qui peut subsister?”

[Livre de l’Apocalypse]



Puis j'entendis une voix me dire, du ciel : "Ecris : Heureux les morts qui meurent dans le Seigneur ; dès maintenant - oui, dit l'Esprit - qu'ils se reposent de leurs fatigues, car leurs œuvres les accompagnent.


Les pieds de l’enfant trottinèrent sur le plancher et s’arrêtèrent à côté de la porte. Les bribes de voix étaient encore trop faibles pour qu’elle puisse les entendre, mais les sons qui résonnaient lui firent aisément comprendre la teneur de la discussion. Louise serait-elle donc punie ? La fillette se mordit la lèvre en songeant à sa sœur aînée. Le diable au corps ? Louise avait simplement un esprit rebelle ! Elle suivait Jules, rien n’était plus logique que de la voir ainsi.
Mais aux éclats de voix qui traversaient la porte, ce que pensait Emmanuelle de son aînée ne rejoignait pas l’avis parental. L’enfant soupira, résignée et rejoignit la chambre de Louise qui assise sur le lit à baldaquin, les cheveux défaits et en robe de nuit, attendait avec anxiété le verdict.
-Alors, demanda-t-elle ?
-Je crois que vous serez punie, Louise, répondit Emmanuelle d’un ton neutre avant de s’asseoir aux côtés de sa sœur.
-Ne savez-vous pas de quelle manière, s’exclama l’aînée ?
-Allez-y vous-même, Louise ! Je ne veux pas me faire surprendre par Fanette à écouter aux portes !
-Vous êtes sotte, Emmanuelle ! Fanette ne vous fera rien !
-Allez-y vous-même, répéta la cadette butée !
-Pour me faire prendre ? Vous oubliez que je vais être punie demain, inutile de l’être deux fois !
-Et alors ?! Fanette ne vous surprendra pas, c’est vous-même qui le dites !
Louise leva les yeux au ciel, aussi exaspérée que sa cadette, mais toutes deux le montraient bien différemment. Alors que l’aînée poussa un soupir à attendrir une pierre, Emmanuelle se contenta de lever les yeux au ciel dans un timide sourire.
-Puisque vous ne voulez me rendre aucun service, sœur ingrate, je demanderais à Angélique, répliqua alors Louise qui sauta à bas du lit.
-Si je peux me permettre, commença Emmanuelle,…
-Non ! Vous allez encore être plus rabat-joie que le père Desfrancs ! Vous finirez bigote Emmanuelle !
-Et vous finirez au cachot pour avoir désobéi !
-Et vous, au couvent !
-Parfait, répondit la cadette d’une voix agacée ! Nous serons toutes deux enfermées et Angélique profitera seule de tout ce que nous ne pourrons plus avoir !

Les deux fillettes, au moment d’en venir aux mains, s’arrêtèrent un instant et se dévisagèrent mutuellement.
-Tout bien réfléchis, je préfère être punie, décréta Louise sans vouloir perdre la face. Laissons Angélique en dehors de cela, elle est bien trop jeune !
-Je suis bien contente que vous vous soyez décidée !
-Non, c’est vous qui m’avez poussé à voir Angélique.
-Moi ?
-Oui, vous avez refusé de m’aider, Emmanuelle.

Mais cette fois, la cadette ne répondit pas. Du moins, nous passerons les détails de l’empoignade qui s’ensuivit, mais ce fut une Fanette affolée qui sépara les deux fillettes dont les cheveux emmêlés tombaient lamentablement sur leurs épaules.
-Elle m’a griffé, Fanette, gémit Louise en se tenant le bras !
-Elle m’a mit le doigt dans l’œil, répliqua Emmanuelle farouchement.
-Cela suffit ! Voulez-vous que je prévienne vos parents, mesdemoiselles ? Croyez-vous que votre père sera heureux de voir que les demoiselles de Sérigny ne savent se tenir ?

Les deux fillettes baissèrent le menton, contrites et secouèrent la tête timidement.
-Bien. Alors embrassez-vous, toutes deux et oubliez cet incident ou je vous assure que je veillerais à que vous soyez toutes deux punies pour cette dispute !
D’un geste lent, Louise et Emmanuelle s’approchèrent l’une de l’autre, déposant un baiser furtif sur la joue de la sœur.


Louise et Emmanuelle, malgré leurs dix années d’écart et tout l’amour filial qu’elles se portaient, étaient bien trop différentes pour que les disputes soient peu courantes. Malgré une éducation stricte et rigoureuse, chacune attendait une faiblesse de l’autre pour qu’éclate la dispute et Angélique, benjamine trop innocente pour ne pas avoir les mains vides, animaient bien souvent les rixes. Seul Jules parvenait à apaiser les colères bouillonnantes des deux sœurs qui concluaient leurs joutes par un rapide baiser ordonné par leur patiente gouvernante.
De l’éducation que Louis de Sérigny imposa à ses enfants, l’on ne retiendra que quelques mots : fierté, grandeur d’âme et d’esprit, patience, apparence. Il ne voulait voir en eux que le produit de ce qu’il avait façonné et en cela, il savait que la candeur de son épouse lui garantissait un soutien de poids. Aux yeux du duc de Sérigny, ses enfants se devaient de représenter leur famille comme lui-même l’avait appris depuis son âge le plus tendre.

Mais Louis de Sérigny, comme tout homme proche du pouvoir, avait su s’attirer les foudres des Grands de ce monde. 1626 et la conspiration de Chalais l’avait involontairement placé sur l’échiquier politique et l’affaire des Lettres espagnoles en 1637 avait ébranlé l’image de la noble famille. Il avait su pourtant, tout en s’éloignant de la scène diplomatique, mener ses petites marionnettes en la personne de ses enfants.
Il avait confié Jules aux soins de Turenne dans son régiment, alors que Louise, par quelques entremises, entrait au service de la douce et calme princesse de Condé, se joignant aux facéties de la turbulente Anne-Geneviève. Il souhaitait pour la douce et romantique Emmanuelle une place qui convenait à son caractère. Il ne s’agissait pas d’une grande famille à qui l’attacher, mais une place qui pouvait lui permettre de s’épanouir dans ce qu’elle faisait de mieux.
Enfin, les desseins qu’il avait prévus pour Angélique se virent mis à mal dès qu’éclata la Fronde dans laquelle se jeta Louise à corps perdu, échappant à un mari autoritaire tout en réclamant ce qu’un cardinal-ministre lui refusait obstinément. Echappant de peu au tourbillon, Louis de Sérigny parvint à maintenir sa famille loin des tumultes du tourbillon qu’était devenue Louise, à présent Louise de Vaunoy.


« Je connais tes œuvres, ton travail, et ta persévérance. Je sais que tu ne peux supporter les méchants; que tu as éprouvé ceux qui se disent apôtres et qui ne le sont pas, et que tu les as trouvés menteurs; que tu as de la persévérance, que tu as souffert à cause de mon nom, et que tu ne t'es point lassé. »


27 mars 1654

Le valet couru tout le long de la rue, s’engouffrant sous le porche de l’hôtel de Ranzay, grimpa les marches de pierre et sans prêter attention à une servante qui manqua de renverser son panier de linge, traversa les couloirs d’une traite, stoppant sa course effrénée devant la porte du salon particulier du duc. La main tremblante, il frappa quelques coups discrets avant de tourner la poignée.
-Madame, commença-t-il dune voix essoufflé, tendant une lettre froissée à la jeune femme assise.
-Dites-moi, s’empressa la comtesse de Vaunoy en se levant ! Quel a été le verdict ? Dites-moi, pressa-t-elle le valet !
-Eh bien…la séance a été mouvementée ! Tout le Parlement ne sonne pas le même tintement de cloche et chacun y allait de sa propre spéculation !
-Qu’en est-il des princes ?
-Conti s’est dégonflé, lança le valet sans cacher son propre ressenti et perdant toute convenance ! Mais Emmanuelle se ficha de cette familiarité, la suite de la séance l’importait bien plus que des convenances ! En épousant le Mazarin par sa nièce Martinozzi, dit-elle, il s’est protégé du Parlement. Et Chevreuse, demanda-t-elle ?
-Chevreuse s’est retirée sur ses terres, il n’était pas question d’elle.
-Gondi est toujours en prison, malgré le décès de son oncle ?
-Pire, répondit le valet ! On dit qu’il s’est évadé de Nantes !
La jeune femme porta la main à son cœur et s’assit sans un mot, le regard perdu. Un ennemi de plus de Louise lâché en liberté ! Un ennemi du roi, même, et non des moindres ! Le cardinal se devait de ne cesser de surveiller ses arrières, à présent.
-Et Condé ?
-Ah ça ! On dit qu’il est aux espagnols, fit le valet, confirmant les doutes de la jeune femme.
-Qu’a tranché le Parlement ?
-La mort, répondit-il sombrement.
A nouveau, elle se tu, observant les flammes danser dans la cheminée. Ainsi, le Parlement avait radié de son pays un prince de sang. Etait-ce ce à quoi la Fronde les réduisait tous, Puissants du royaume ? Etait-ce ce à quoi le Mazarin voulait les mener ? Elle qui n’avait jamais voulu prendre un parti tranché pour cette guerre civile, s’enfermant dans son hôtel parisien au gré des cabales, prenait aujourd’hui parti pour Louise et toute la cause qu’elle défendait.

-Et ma sœur, demanda-t-elle enfin ?
-Elle a obtenu ce qu’elle désirait depuis de nombreuses années, madame.
-Les terres de Chavigneul prises par Mazarin ?
-Non…l’annulation de son mariage.
Un sourire se dessina sur les lèvres d’Emmanuelle. Louise avait donc fini par avoir ce qu’elle avait tant attendu. A force d’intrigues, de complots et de cabales, d’amants, Vaunoy son beau-frère s’était lassé de ses miasmes et avait obtenu une faveur papale. Ainsi, le taciturne ne faisait désormais plus partie de sa famille. La vie prenait de nombreux tournants inattendus.
-Mazarin voulait sa mort, continua le valet, faisant soudainement pâlir la jeune femme. Mais…
-Quoi ? Continuez !
-Elle a annoncé qu’elle était…
-Quoi ?!!
-Enceinte, madame.
-ENCEINTE ?

L’annonce avait eu l’effet d’une bombe et la jeune femme se leva d’un bond, fixant son regard clair sur le valet qui rougit soudainement.
-De son mari ? C’est impossible ! Elle l’a fuit comme la peste depuis la naissance de leur fils ! Il est bien incapable de la forcer à cela et plus encore, Louise est capable, elle, d’avoir trouvé un père bien plus frondeur que son mari, marmonnait-elle en faisant les cent pas autour du canapé, laissant le valet perplexe. Mais l’était-elle seulement, ou voulait-elle simplement échapper à la potence ? Louise était bien capable de tout !
-Quelle a été la décision du Parlement, reprit-elle après un instant de silence ?
-L’exil, madame.
-Où ?
-En Suisse, je crois…ou peut-être en Belgique.
Bah ! L’esprit romanesque et endiablé de Louise l’avait poussé à la faute. Qu’elle y reste, dans sa Suisse ! Emmanuelle, la première inquiétude passée au sujet de son aînée, se ravisa. L’exil la laisserait peut-être loin du théâtre politique mais plus encore, serait la première véritable punition pour la jeune femme. Un sourire sardonique ponctua ces pensées.
-Trouvez où elle se trouve, répondit-elle calmée, en congédiant le jeune homme d’un geste.

Seul, elle arpenta le salon en silence. Comment la situation s’était-elle envenimée ? Pourquoi elle, pourtant au caractère plus sombre que Louise, n’avait en rien cédé aux pressions diplomatiques ? Pourtant, lorsqu’Emmanuelle songea aux premières années de troubles, rien n’avait laissé présager cela. Peut-être était-elle encore trop jeune, trop douce, trop romantique pour songer à une guerre. Peut-être la présence de celui qui l’avait choisie, elle, pour épouse l’avait-elle confortée dans cette neutralité.
L’esprit apaisée, elle se rassit dans le canapé, posant une main sur son ventre arrondi. Ce qui avait scellé son avenir lui revint en mémoire comme si seulement quelques semaines s’étaient écoulées.



Arrêtons-nous un instant, chers lecteurs, sur ce qu’était la famille de Barrangeois en 1654. D’un berceau lyonnais, la famille était de ces vieilles noblesses d’épée qui avait eu ses heures de gloire sur les champs de bataille. La création du premier duché, sous le nom de duché de Vaunoy, remontait en 1526 mais le décès de son titulaire n’avait renouvelé le titre. Comtes de Vaunoy, marquis de Ranzay, ils possédaient en outre la baronnie de la Rouvilloise, érigée en comté par l’intercession du cardinal de Richelieu.
La famille de Vaunoy n’avait pour plaire à Louis de Sérigny qu’une noblesse d’âme et une fidélité au roi qui faisaient leur honneur. Qu’avait gagné le duc de Sérigny à lier Louise au fils aîné des Barrangeois, Guillaume ? Rien…du moins, tant que la main du duc ne s’était abattue. La dot de sa fille, élevée, permettait à Guillaume de redorer le blason des richesses familiales ; en se liant à Sérigny, proche de chaque pouvoir en place sans que nul ne pu savoir comment, il touchait enfin au but escompté : une deuxième érection des terres de Vaunoy en duché avant la mort du roi Louis XIII, parrain de Louise. Cela fait, Sérigny pouvait se réjouir d’avoir un regard peu négligeable sur la région lyonnaise.

Mais Louis de Sérigny n’avait prévu l’arrivée du benjamin de la famille Barrangeois, en la personne d’Auguste. Aussi calme que son frère était sanguin, aussi diplomate que l’aîné était impulsif, il ne pu que sombrer dans le regard limpide de la sœur cadette de l’épouse de Guillaume. Emmanuelle était aussi différente de Louise qu’Auguste l’était de Guillaume. L’inclination du jeune homme eu pour effet de donner de nombreuses insomnies au duc de Sérigny qui voyait là s’échapper sa cadette, rejoignant le benjamin d’une noblesse provinciale, au profit d’une grande union qui pouvait l’aider à placer de nouveaux pions. Mais la nuit est porteuse de conseils et si elles furent courtes, elles contribuèrent à l’approbation de cette union.
Alors que la Fronde allait reprendre un nouveau souffle, alors que Louise claquait définitivement la porte de son propre foyer, Emmanuelle épousa Auguste de Barrangeois, alors comte de Vaunoy, scellant ainsi irrémédiablement son avenir. Ce qu’elle ne savait encore, c’est que Louis de Sérigny ne pouvait se résoudre à abandonner sa fille si celle-ci n’était liée à quelque puissance obscure. Il ne voyait dans ces mariages qu’intérêt et politique, mais celui qui le poussa à accepter ce mariage restait encore bien obscur. Ce ne fut qu’en 1654, alors que la famille subissait l’exil de la sœur aînée, que le chemin emprunte par Emmanuelle à la suite de son mari prit un tout autre tournant.



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MessageSujet: Re: Emmanuelle de Vaunoy # La proie et l'ombre   06.08.11 1:24


“Je suis l'alpha et l'oméga, dit le Seigneur Dieu, celui qui est, qui était, et qui vient, le Tout Puissant.”

-…que voulez-vous, père Azzulo, les Grands commencent à être muselés, tout cela prend une tournure bien inattendue !

La voix d’Auguste monta jusqu’aux oreilles de la jeune femme qui s’arrêta dans l’escalier, la main sur la rampe. Ses sourcils se froncèrent lorsque la voix du confesseur de son mari répondit derrière le battant de la porte.
-C’est pour cela que je reviens vers vous, Vaunoy. Vous avez voulu resté éloigné de tout conflit, mais votre appui nous a toujours été inestimable.
-Vous me flattez, père Azzulo, répondit la voix du comte, vous savez pourtant que j’y suis insensible. Mieux vaut quelques explications que des hypocrisies !
Un petit rire ponctua la réponse de l’homme et piquée par la curiosité, Emmanuelle ne pu s’empêcher de descendre les degrés, s’approchant de la porte. Posant une oreille bien indiscrète sur le battant, elle écouta silencieusement la suite de la conversation.
Indiciblement, un nœud s’était fait dans son ventre gonflé par la grossesse. La voix d’Auguste n’était pas celle des conversations badines ; elle était grave, profonde et posée, signifiant que les rouages de son cerveau ne cessaient de s’activer. Après quatre années de mariage, Emmanuelle avait appris ces détails qui ne pouvaient plus lui échapper.

-Jansen a ses disciples et ceux qui le rejoignent sont de plus en plus puissants, Vaunoy.
-Le nom de Sérigny m’y aidera, père. L’amour que je porte à mon épouse n’a pas été l’unique poids dans la balance, expliqua-t-il d’une voix égale. Sérigny avait besoin de garanties pour me confier sa cadette qu’il destinait à des Lorraine ou des Rohan.
-Voulez-vous dire que vous avez livré certains de nos secrets, s’indigna le prêtre ?
-Non pas, père Azzulo ! N’avez-vous donc plus confiance en moi ?! Quelques paroles échangées, quelques sûretés et surtout, une protection que je peux lui fournir s’il se voit mis à mal par d’anciens détracteurs. Nombre d’entre eux n’ont pas accepté que malgré son implication dans l’affaire de Chalais ou des Lettres espagnoles, il s’en tire sans aucune disgrâce.

Emmanuelle avait pâli et s’appuya sur le mur, la main posée sur son ventre en quête d’un réconfort. Auguste pouvait-il montrer une telle face de lui-même ? Avait-elle été un jouet dans ses mains et dans celles de son père ? Comment avait-il pu, alors qu’il lui avait promis bonheur et fidélité ! Comme son père avait-il pu préférer quelques honneurs à la vie heureuse de ses enfants ?
Un sentiment d’écœurement l’envahi et elle ferma les yeux un court instant, calmant sa respiration. Elle devait raisonner, ne pas s’agiter inutilement. Auguste l’aimait, certes, mais les raisons qu’il lui avait dites étaient-elles seulement réelles ? Jusqu’où allait-il dans cette hypocrisie ?
-Et votre épouse, Auguste, demanda le confesseur ?
Ces mots firent rouvrir les paupières d’Emmanuelle qui, les dents serrées, pencha son oreille vers la porte.
-Je ne peux continuer à lui cacher cela, père et avec votre permission, je souhaiterais le lui expliquer.
Un silence accueilli ces paroles. Emmanuelle entendit le jésuite se lever, faire quelques pas dans le salon et soudainement, la porte s’ouvrit à la volée, la découvrant penchée sur le battant, face au regard gris pétillant du prêtre. Interdite, elle n’eut même pas le temps de rougir qu’il lui ouvrit la porte en grand. Surprise, elle n’osa pas lever un seul regard vers son époux qui pourtant eu un sourire de résignation mêlé d’amusement.
-Je crois que votre jeune épouse est déjà bien assez informée et que je n’ai qu’un seul choix, comte. Entrez, madame, je vous en prie.
Se redressant altière pour ne pas laisser paraître sa déconfiture, Emmanuelle pénétra dans la pièce, levant enfin un regard sombre vers Auguste.
-Asseyez-vous, Emmanuelle. Il est des secrets qu’il nous faut partager pour qu’ils soient mieux gardés.
-Si je n’avais été présente, auriez-vous repoussé cette annonce longtemps encore ? Vous amusez-vous de me voir ainsi naïve, demanda-t-elle d’une voix perchée ?
-Je veux vous protéger, Emmanuelle, répondit-il doucement. Je voulais attendre la naissance de notre enfant afin de ne pas ajouter une source supplémentaire à votre lot d’inquiétudes.

Elle fronça le nez, convaincue et battue, mais déjà le père jésuite s’était rassis.
-Je vais tâcher d’être bref, mais rien de tout ce que je vous dirais ne pouvant être transcris, il vous faut faire appel à votre mémoire, madame.
Celle-ci hocha la tête d’assentiment.
-La Compagnie de Jésus a été fondée suite au Concile de Trente, commença-t-il. Au fil des années, cette compagnie fondée par Saint Ignace de Loyola a pris de l’ampleur, s’insérant dans les plus grandes cours européennes, enseignant aux Puissants et les pères jésuites qui la formaient devinrent les confesseurs des plus Grands de ce monde, gardant jalousement certains secrets qui, dévoilés, pouvaient parfois renverser des nations.
La chair et l’esprit sont faibles et certains ne purent tenir ce secret de la confession ; de nombreuses crises politiques passées ne tiennent qu’à une divulgation de quelques mots, dit-il dans un accent sincère !
En 1600, avec la menace protestante et les guerres de religion, il a été créé un ordre interne à la compagnie de Jésus. Un ordre profane, constitué de laïques ou de religieux, d’hommes ou de femmes, prêts à soutenir la compagnie et ce qu’elle recèle.
Certainement avez-vous entendu ce mythe du Pape Noir, du Général des Jésuites, homme inconnu parmi ses pairs. Je puis vous confirmer qu’il ne s’agit pas d’un mythe, s’amusa-t-il en voyant la jeune femme lever les yeux au ciel, et que ce Général, dont l’image a certes été amplifiée et mystifée au fil des siècles, n’est que le dirigeant de cet ordre profane.
Votre époux, madame, continua le père alors qu’Emmanuelle gardait un oeil soupçonneux, est l’un de nos soutiens les plus solides et connaît bien plus les rouages politiques et de la cour qu’il ne vous laisse le croire. S’il n’a voulu vous y mêler, madame, c’est que de nombreuses forces entrent en conflit avec les nôtres, menaçant bien souvent la sécurité de nos membres. Tenir dans ses mains les cartes de l’Europe est jouer un jeu bien dangereux.

La jeune femme ne sut que croire. Tour à tour, elle observa Auguste puis le mère Azzulo. Etait-ce une comédie ? Une de ces pièces que le Mazarin avait fait venir d’Italie ? Verrait-elle surgir des tapisseries quelques nains déguisés ?!
Ou peut-être avait-elle seulement un malaise…oui, cela devait être ça ! Un malaise bien courant et logique dans son état. Sa respiration se coupa un instant, la forçant à fermer les yeux pour reprendre son calme. Elle entendait encore son cœur cogner contre sa poitrine et la main de son époux serrer ses doigts alors tremblants. Un malaise, oui....
-Auguste, murmura-t-elle soudainement plus pâle que la mort…je crois que je ne me sens pas très bien….
A peine avait-elle bafouillé ces quelques mots qu’elle retomba lourdement inanimée sur l’épaule du comte.

“A celui qui vaincra, et qui gardera jusqu'à la fin mes œuvres, je donnerai autorité sur les nations.”

« …In nomine Patris et Filius et Spiritus Sanctus, Amen. »

Reprenant l’enfant apaisée dans ses bras, Emmanuelle posa un regard tendre sur les yeux clos de la petite fille. Deux mois que Valentine comblait ses jours, deux mois qu’elle s’était vu grandir, devenir mère et sentir enfin s’ouvrir une nouvelle voie.
Valentine était son ange, une partie d’elle et le plus beau présent que lui avait offert Auguste. Elle sentit la main de son époux sur son épaule et se retournant, l’œil brillant, lui rendit un large sourire.
-Venez, lui demanda-t-il l’œil brillant, il y a là quelques personnes qui souhaitent enfin apercevoir ce divin enfant.
Elle se plia sans mauvaise grâce au jeu des salutations et lentement, l’église se vida pour ne laisser seuls que la jeune famille et le père Azzulo. Celui-ci ôta la chasuble qu’il reposa sur un fauteuil cramoisi et s’avança vers le couple, jetant un œil satisfait à l’enfant qui dormait.
-Voici un enfant qui ne pourra qu’être heureux ! C’est une très belle petite fille, je vous félicite à nouveau, madame.
Emmanuelle gratifia le confesseur d’un large sourire mais les sourcils de celui-ci ne tardèrent pas à se froncer et il se tourna vers le comte.
-J’ai reçu quelques nouvelles, dernièrement, Vaunoy.
-Sont-elles bonnes, demanda-t-il d’une voix grave ?
-Hélas non. La missive que nous avons réceptionnée touche directement Antoine Arnaud. Celui-ci craint pour sa vie et sa mission et je suis certain que ses bienfaiteurs n’accepteront pas qu’une telle information soit divulguée.
-Antoine Arnaud, s’interrogea Emmanuelle ? Le frère d’Angélique Arnaud ?
-Plus janséniste que Jansen lui-même, s’il le pouvait, cracha Auguste de dégoût. Un bigot mais qui, j’en suis certain, est aussi noir que ses vêtements !
-Calmez-vous, mon fils. Dieu seul jugera de cela. L’affaire qui nous préoccupe n’est en rien divine.
Auguste leva les yeux au ciel, n’osant ajouter une remarque pour ne pas subir un regard foudroyant de sa femme.
-Que faut-il faire ?
-Vous, rien, répondit Azzulo. Absolument rien, ou vous risqueriez votre tête et celle de votre famille. Ce que nous savons ne touche pas uniquement Arnaud et je sais que d’autres seraient bien heureux de vous voir ôter votre nez de leurs affaires.
-Ainsi, je dois rester à découvert, à attendre qu’ils viennent prendre ma femme et ma fille, s’exclama le comte ?! Dois-je rester les bras ballants !
-Chut ! Calmez-vous ! Non, rien de tout ceci, expliqua le jésuite calmement. Il faut que vous quittiez momentanément la France, le temps que cette affaire s’étouffe. Le Général sera heureux de vous accueillir en Italie, ajouta-t-il après une courte seconde de silence.
-Est-ce une proposition ou un ordre, demanda Emmanuelle d’une voix sceptique ?
-Un conseil, répondit Azzulo, un conseil.
-Que ferions-nous en Italie, renchérit Vaunoy ?
-Seul le Général en décidera. Vous êtes un élément indispensable à nos rouages, Vaunoy, nous ne pouvons nous permettre de vous exposer et surtout, d’exposer votre famille à de tels danger, continua le prêtre.
-Je pourrais confier Valentine à sa nourrice, s’il faut que mon mari soit en danger, s’exclama alors Emmanuelle ! Je ne peux le laisser seul à affronter un danger invisible !
Le père Azzulo émit un faible sourire et secoua la tête de dénégation.
-Non, madame. Vous ne pourrez quitter votre enfant et votre époux. Il se tourna vers le comte. Partez pour l’Italie au plus vite, prétextez un voyage culturel, une famille à revoir ou des fêtes à Venise. Partez en bateau, évitez les chemins de France, mais partez, répéta-t-il d’une voix sombre.

Le couple échangea un regard perplexe, s’interrogeant mutuellement. Emmanuelle savait qu’Auguste ne pourrait se décider seul. Il avait toujours agit de concert avec elle et plus que jamais, alors qu’elle portait leur enfant dans ses bras de mère, elle su qu’elle serait la seule tête de cette entreprise, tirant définitivement un trait sur son passé par les simples mots qu’elle prononça alors.
-Nous partirons.


“Ne crains pas ce que tu vas souffrir. Voici, le diable jettera quelques-uns de vous en prison, afin que vous soyez éprouvés, et vous aurez une tribulation de dix jours. Sois fidèle jusqu'à la mort, et je te donnerai la couronne de vie.”

L’église brûlait, se consumait sous les flammes qui s’élevaient haut dans le ciel sans étoile. Des
cris montaient derrières les murs brûlants, les pierres s’effondraient sous le poids du feu qui avait pris la forme cornue d’un bouc, laissant éclater un rire sonore. Des femmes, des enfants, des hommes hurlaient, pleuraient et se lamentaient autour du brasier, alors que les flammes se déchaînèrent sur la terre, emportant avec elles toute âme qui vive.

Un cri rompit le silence de la pièce et le front trempé de sueur, la main tremblante, Emmanuelle s’éveilla, assise dans son lit. Elle repoussa les draps d’un geste et s’assit sur le rebord du matelas, tenant son cœur d’une main, la médaille qui pendait autour de son cou de l’autre. Elle se signa d’un geste bref alors qu’elle sentit sur son épaule la main d’Auguste.

-Un cauchemar, Emmanuelle, demanda-t-il d’une voix inquiète ?
-Oui, répondit-elle dans un souffle. Le deuxième cette semaine…bien plus affreux.
Elle pivota, ramenant ses genoux sur le lit et plongea son regard océan dans celui de son mari. Son visage s’était fermé et avait perdu cette douceur caractéristique. Sa bouche crispée, ses doigts serrés autour des draps montraient toute l’anxiété de la jeune femme.
-Racontez-moi.
Elle voulu s’y opposer, mais la main d’Auguste sur ses lèvres la résigna.
-Une église, dit-elle succinctement…des flammes qui prenaient le visage de Belzébuth…dévorant femmes, enfants, hommes sur son passage…

Emmanuelle, pas plus qu’Auguste ne croyaient aux rêves et visions prémonitoires que des charlatans italiens voulaient leur offrir. La superstition ne pouvait cohabiter avec la foi si forte du couple, mais ce second cauchemar de la jeune femme la terrorisa. Elle savait qu’aucune église ne s’enflammerait sous peu, mais le message de ce rêve était bien trop évident pour qu’elle ne puisse croire à un simple songe.
Elle s’inquiétait trop, elle en était certaine. Depuis de nombreux mois, elle se sentait suivie, épiée, guettée. Elle n’osait imaginer si l’on pouvait connaître ses moindres faits et gestes, de son lever à son coucher, en passant par ces moments passés avec Valentine.
En trois ans en Italie, voyageant de Milan à Naples, passant par Florence et Venise, Emmanuelle ne s’était jamais sentie aussi peu en sécurité qu’à Rome, si proche du Vatican et des intrigues que ses colonnades couvaient.
Cette fuite, malgré tout ce que pouvait dire Auguste, l’épuisait bien plus psychologiquement que physiquement.

Emmanuelle n’avait osé écrire à sa famille depuis leur arrivée à Rome deux mois auparavant. Elle craignait que ces ennemis invisibles ne viennent s’en prendre à ceux qui lui étaient le plus cher. Savoir Auguste et Valentine aussi exposés lui suffisait amplement. L’on avait souvent vanté le sang froid des Sérigny et plus particulièrement celui de la soeur cadette, mais Emmanuelle voyait cette force la quitter plus les ombres inconnues frappaient à sa porte.
-Emmanuelle, dit doucement Auguste, allez faire quelques pas, allez vous vider l’esprit, prendre de l’air frais. Ca ne pourra que vous faire du bien.
Elle sentit ses doigts dégager sa longue chevelure de jais et se retournant, elle lui adressa enfin un sourire, même timide, avant de se lever et de passer un déshabillé.
-Vous avez raison...je reviens, lui dit-elle simplement avant de sortir.

La nuit était calme et une légère brise vint réveiller les sens de la jeune femme. Fermant les yeux, elle fit cet exercice qu’elle n’avait pas fait depuis bien longtemps.
Elle se revit enfant, se chamaillant avec Louise, consolant Angélique ou courant derrière Jules afin de tenter de le battre aux épées-bâtons.
Puis elle revit le visage d’Auguste lorsqu’elle croisa son regard. Il n’avait encore ces rides soucieuses mais son regard n’avait rien perdu de son éclat. Chaque fois qu’elle revoyait cette vision, son coeur battait un peu plus fort.
La Fronde...elle avait éclaté, mais elle revit ce petit hôtel où elle parvenait à vivre malgré les soubresauts politiques. Elle revit Saint-Germain vide, ces nuits sur la paille, le retour à Paris, les éclats des princes et des duchesses. Et Louise. Comment se portait-elle? Aux dernières nouvelles d’Angélique, celle-ci était toujours à Namur et avait accouché d’un garçon au caractère aussi emporté que celui de sa mère! Angélique lui avait confirmé que ce neveu ne pouvait trahir leur soeur, tant leurs traits se ressemblaient. Angélique...elle était, aux yeux d’Emmanuelle, comme un jouet, une victime qui avait vu son avenir bouleversé. Sa nature papillonante l’avait menée à jouer les intrigantes alors que son âge ne lui offrait que de maigres possibilités d’action. Admirative de cette grande soeur rebelle, Angélique s’était vu envoyée à Namur par leur père.
Avec un sourire, Emmanuelle se souvint de cette décision, qu’Angélique voyait comme un cadeau paternel. En réalité, Louis de Sérigny était bien plus heureux de se débarrasser momentanément d’une fille qui prenait le chemin de la coquetterie bien trop tôt! La Belgique était parfaite pour qu’elle y fasse quelques premières armes; calmée, elle reviendrait en France et se plierait aux décisions paternelles.

Le vent fit voleter la chemise de nuit d’Emmanuelle qui rabattit son déshabillé autour de ses hanches. Et Jules était encore par monts et par vaux, ne lui écrivant que de courtes lettres griffonnées au mauvais crayon sur des feuilles d’un état similaire. Mais ces quelques mots de son frère étaient pour Emmanuelle les plus belles missives qu’elle recevait: elles étaient celles qui lui rappelaient une toute autre réalité. Turenne les avait mené victorieux à Arras deux ans auparavant mais elle n’avait reçu aucune de ces lettres noircies depuis leur défaite à Valenciennes. Cette absence était un stylet dans son coeur de soeur, chaque fois qu’elle imaginait le corps sans vie de Jules, abandonné sur un champs de bataille. Et son coeur de française se serrait à l’idée que ces soldats, aux ordres de Turenne, se faisaient tuer par un prince qui auparavant les avait mené de victoires en victoires. Y’avait-il donc un seul havre de paix dans toute l’Europe?! Namur était-il ce seul paradis?!

-Emmanuelle, l’appela soudainement Auguste, la faisant aussitôt quitter le balcon. Je songe de plus en plus à cette proposition du père Azzulo...
-Celle de quitter définitivement l’Italie? Mais n’est-ce pas lui-même qui nous a conseillé cela il y a trois ans!
-Les choses ont évolué, la calma-t-il. Il est à Rome depuis bientôt un an et sa place au Vatican lui permette de se tenir informé des soubresauts de nos ennemis.
-Où voulez-vous en venir, Auguste, lâcha-t-elle dans un soupir? Parlez franchement, les explications viendront après.
-L’affaire a pris de l’ampleur et ça n’est plus un problème religieux, comme nous l’avions cru il y a deux ans, mais une intrigue bien plus politique.
-C’est à dire?
-Où que nous soyons, nous sommes exposés tant que nous avons connaissance des détails de cette affaire.
-Italie, France, Espagne?
-Pays-Bas je pense aussi...je vous avoue que tant que nous ne savons pas qui tire les ficelles de cela, nous restons leurs proies, leurs cibles, avoua-t-il. Ces mots, prononcés d’une voix calme, pouvaient être effrayants mais Emmanuelle se retint de lui montrer le sentiment de panique qui l’envahit. Tout ceci n’était qu’un cauchemar...un mauvais songe qui se terminerai lorsqu’elle s’éveillerait. Il fallait qu’elle se réveille, il le fallait!

-Emmanuelle?
La voix d’Auguste la fit sursauter et elle réalisa qu’elle s’était reculée jusqu’au rebord du balcon, accoudée, la respiration presque saccadée. Pendant près de deux ans elle s’était refusé de montrer ses moindre frayeur à Auguste, lui offrant tout son soutien, mais les mots de son mari avait brisé ses ultimes barrières et à présent, elle sentit une main invisible lui tordre les entrailles, lui donner cette nausée jusqu’à l’étourdissement.
Elle ferma les paupières, sentant les bras d’Auguste l’entourer et elle posa sa tête sur son épaule, calmant les battements de son coeur.
-Notre ordre étant profane, le Vatican ne peut rien pour nous. En France, nous serons sous la coupe du roi...la Couronne doit bien cela à votre famille, Emmanuelle...je vous promets que tout ceci sera bientôt terminé.
Il prit le visage de la jeune femme entre ses mains, échangeant un regard qu’Emmanuelle ne devrait jamais oublier. Il embrassa doucement sa femme avant de la reprendre dans ses bras.
-Valentine sera en sécurité et éloignée de tout cela. S’il le faut, nous la confierons à des protecteurs.
-En qui pouvons-nous avoir confiance, murmura-t-elle?
-Je le sais, moi, répondit-il doucement.



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"Dans la nuit j'ai cherché celui que mon coeur aime; dans mon jardin aride il a fait son domaine."




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Côté Lit: Un homme aussi froid que le glace pourvoit à le réchauffer en ce moment
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    Princesse sombre
    Du Royaume des ombres.


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Titre : Dame de Noirange, comtesse de Vaunoy
Missives : 287
Date d'inscription : 06/08/2011


MessageSujet: Re: Emmanuelle de Vaunoy # La proie et l'ombre   06.08.11 2:08

“Je suis le premier et le dernier, et le vivant. J'étais mort; et voici, je suis vivant aux siècles des siècles. Je tiens les clefs de la mort et du séjour des morts.”

Un bruit de porte étouffé résonna doucement dans le couloir obscur et les bruits de pas rompirent le silence qui s’était fait. Une silhouette légèrement voûtée, encapuchonnée, rejoignit une seconde qui l’attendait près d’une fenêtre éclairée par le halo blanc de la lune.
Celui-ci avait baissé sa capuche, et ses cheveux blonds faisaient ressortir son teint blanc aux traits encore juvéniles. Son regard perçant scruta le visage de l’homme qui venait de le rejoindre.
Son visage, marqué par les âges, était tiré par l’anxiété visible, et abaissant son capuchon, découvrit un crâne luisant, clairsemé de cheveux argentés.
-Et bien, Père Azzulo, comment se porte-t-elle, demanda-t-il ?
L’homme observa silencieusement le cloître à travers la fenêtre, et se tourna vers son cadet.
- Frère Bartolomeo, elle se remet physiquement de cette épreuve, mais son esprit devra être fort, très fort, pour accepter cette tragédie, répondit d’une voix sombre le plus âgé.
-Elle est jeune, les âges auront raison de ce présent et lui laisseront les souvenirs.
-Elle n’a que vingt six ans, en effet, mais je crains que le deuil soit un jour apaisé, s’inquita le père Azzulo. Elle vient de perdre un mari et une fille, Frère Bartolomeo, et dans de terribles conditions. Seule la force de l’Esprit-Saint peut l’aider à surmonter cette épreuve.
Le jeune homme se tut, ses yeux perdus dans les dédales de sa pensée.
-A-t-on pu avoir quelques informations précises, quant à cette explosion ?
-Un marin a en effet été secouru, répondit gravement le père Azzulo. Il dit que le bâtiment n’avait qu’un seul baril de poudre, destiné à un client italien, et donc remisé auprès d’objets non dangereux, au fond de la cale du navire. La proue du bateau a explosé alors qu’il n’était qu’à quelques lieues du port. Dans la débandade, nous avons pu retrouver la comtesse de Vaunoy, mais nulle trace de sa famille, expliqua-t-il brièvement avant d’observer la lune claire.

La mine inquiète de son supérieur fut une nouvelle raison pour que le Frère Bartolomeo poursuive son interrogatoire.
-Qu’est-ce que cela signifie donc ?
La question déchira le cœur du prêtre qui ne répondit pas tout de suite. Il le savait tant qu’il avait presque attendu ce moment. Vaunoy lui avait exprimé ses craintes et lui-même l’avait engagé à quitter au plus vite Rome. Il lui avait même conseillé l’Angleterre sous un autre nom…et aujourd’hui…
-Cela signifie qu’ils n’ont plus aucune pitié, que nous avons touché là un mystère qui ne nous appartenait pas.
-Un attentat, donc, en déduit le jeune frère. Vaunoy était-il donc si impliqué ?
-Vaunoy était un affilié de la neuvième année, Frère Bartoloméo, répondit simplement le père Azzulo.
Le jeune frère ne pu cette fois trouver de réplique. Un affilié de la neuvième année ! L’on disait que le
Général, lui, était de la onzième année…une telle révélation bouleversa le jeune homme.
-Que Dieu accueille les âmes si nobles de cet homme et de sa fille. A-t-on retrouvé leurs corps, Père Azzulo, demanda-t-il d’une voix éteinte ?

Le vieil homme observa pensivement au travers des carreaux. Une ombre triste traversa son regard, lorsqu’il se retourna vers son cadet.
-Hélas, non, Frère Bartolomeo, dit-il. Il y a cela d’étrange que ces corps seuls manquent. Nous craignons d’autres puissances obscures que celles qui nous prennent habituellement en traître.
-Nous ne pouvons l’annoncer séant à la duchesse la comtesse !
-En effet, mais le plus tôt sera le mieux. Il est préférable qu’elle apprenne toutes ces vérités dès maintenant, avant de refaire sa vie future.

Une vie future, si cette existence pouvait s’appeler « vie », songea amèrement le père Azzulo.
-Que va-t-elle devenir ? Vaunoy est un nom dangereux à porter, bien que la comtesse n’ait pas été une femme frivole et une fidèle de la cour du roi et des salons mondain.
-C’est exact, confirma le jésuite, elle devra changer d’identité, du moins pour les mois, voire les années à venir. Des hommes capables de prendre la vie d’une fillette de trois ans ne s’arrêtent pas à cela.
Il se tut un instant, n’ayant aucune réponse du jeune moine qui avait fini par devenir muet, abasourdi par le choc de l’évènement.
-Vaunoy, vous vous en doutez, était au cœur des secrets les plus intimes de l’Ordre, continua le prêtre, et il est évident que son épouse fut tenue informée des points les plus importants. Ses ennemis chercheront, sinon à l’éliminer, du moins à lui soutirer ces informations.
Dans ce monastère, elle est donc actuellement en sûreté. Une femme ne peut pénétrer si loin dans une maison jésuite, personne ne la trouvera ici. Dès qu’elle pourra nous quitter, elle devra prendre une nouvelle identité, et si besoin est, quitter la France, peut-être même l’Europe.
La voix grave du Père Azzulo s’était tue, ponctuant ces dires par un silence pesant.

-Qui se chargera de le lui annoncer, osa le Frère Bartolomeo ?
-Le Général est arrivé dès que ses occupations l’ont laissé disponible. Il s’entretient actuellement avec elle.
-Le Général, s’étonna-t-il ?
-Frère Bartoloméo, il s’agit-là de secrets que vous ne devez divulguer à quiconque. Je vous en fais part car votre place est à présent essentielle. Le père Azzulo inspira lentement avant de poursuivre. Personne d’autre n’est mieux indiqué que lui, Frère Bartolomeo. Mais rassurez-vous, la discrétion est de mise par les temps qui courent. Son arrivée, comme son départ, sont faits dans le plus grande silence. Vous ne pourrez le croiser.

Le jeune frère opina sans mot dire, alors que les douze coups de minuits égrenaient leur rengaine dans la nuit.
-Il est temps de nous séparer, Frère Bartolomeo. La messe va commencer, allons fêter la venue de notre Seigneur et Sauveur, dit sombrement le jésuite.
Les deux hommes se saluèrent sans bruit, et rabattant leurs capuches sur leurs visages, se séparèrent silencieusement, laissant le couloir dormir.



"Et il sortit un autre cheval, roux. Celui qui le montait reçut le pouvoir d'enlever la paix de la terre, afin que les hommes s'égorgeassent les uns les autres; et une grande épée lui fut donnée."

-Madame de Vaunoy ?

La jeune femme se retourna, appuyant son bras sur l’accoudoir de la chaise longue. L’homme qui venait d’apparaître avait tout du prélat : de sa soutane chamarrée aux ornements qu’il portait, jusqu’à ses souliers en passant par l’anneau qui ornait son doigt. Mais dans le regard sombre de l’homme, luisait une de ces lueurs d’intelligence et d’esprit supérieur à la moyenne.
Un prélat, certes, mais qui n’était pas venu la voir dans l’unique but de s’enquérir de sa santé, comme tant le faisait actuellement.

-Bonjour, répondit-elle simplement.
-Puis-je m’asseoir un instant ? Je souhaiterai m’entretenir avec vous sur un sujet qui me préoccupe et vous êtes à mes yeux l’une des personnes des plus indiquées pour répondre à mon problème.

La voix douce et grave de l’homme la mis en confiance, mais après bientôt trois ans pendant lesquels elle n’avait pu faire le deuil, revivant chaque nuit la tragédie qui lui avait ôté tout avenir, Emmanuelle resta méfiante et hocha simplement la tête, se redressant. Elle ferma la Bible qu’elle lisait et la posa sur une petite table.
-Sainte lecture, fit simplement observer le prélat.
-Livre de l’Apocalypse selon Saint Jean, monseigneur.
-Bien sûr, répondit-il vaguement avant de reprendre contenance et de poser son regard intense sur la jeune femme. Votre mari était un affilié de la neuvième année, dit-il d’un ton abrupt. En cela, il connaissait – et vous transmettait – de nombreuses informations, voire quelques secrets d’état. Vous dire que c’est qui causa sa perte est inutile, madame, vous le savez déjà.

Cette mise en matière fut comme un coup de poing dans l’estomac de la jeune femme qui se redressa d’un coup, plantant un œil bleu sur l’homme. Elle voulait lui cracher à la figure tout ce qu’elle ressassait depuis deux ans, tout ce qu’elle accumulait comme peine ou rancœur, mais elle sut en voyant le sourire de l’homme que cela était inutile. Il avait prévu sa réaction et il n’attendait qu’une chose : que le venin sorte.
Mais elle se ravisa, serrant les mâchoires. L’homme avait une raison, il fallait l’écouter avant de mordre.
-Qu’attendez-vous de la suite de votre existence, madame ?
-Je n’attends rien d’autre que la délivrance divine, monseigneur. Que puis-je espérer d’autre ?
-Ne craigniez-vous pas la mort de vos forces, à rester ainsi alanguie, à lire continuellement Saint Jean ?
-Je…bafouilla-t-elle, prise de court.
-Vous n’avez pas de raison de vous lever, n’est-ce pas, demanda-t-il tout en sachant pertinemment la réponse ? Vous avez raison, madame, c’est la raison de ma venue.
-Et si cette existence faite de vide et d’Apocalypse est celle que je veux vivre à présent, monseigneur, répondit-elle d’une voix qui trahissait ses propres mots ?
-Je sais qu’il n’en n’est rien, dit-il avec un sourire mystérieux.

Elle se tut, vaincue par cet homme qui l’intriguait. Mais avant de congédier le prélat, elle voulait entendre ses arguments.
-Je vous écoute.
-Pour commencer, je suis monseigneur d’Herblay, évêque de Vannes,
-La Bretagne est bien loin de la Corse, monseigneur, coupa la jeune femme. L’homme répondit par un sourire sans répliquer. Sa main jouait avec un anneau évidemment retourné, dont l’éclat ne pu échapper à l’œil avertie d’Emmanuelle.
Cet anneau, elle ne voulait même pas en douter, tant ton instinct lui soufflait la réponse. Les yeux rivés sur les mains fines du prélat, elle tenta de percer à jour les désirs de l’homme.
Ca n’était pas lui qu’elle avait rencontré il y avait bientôt trois ans…le vieux franciscain était donc mort ? Ou était-ce une querelle de pouvoir dans laquelle elle pouvait être mêlée sans le vouloir ? Que pouvait attendre d’elle, une femme, une veuve sans nom et sans identité, un homme qui possédait un tel pouvoir ? Il avait la fortune, un monde à ses pieds et sa main pouvait s’étendre bien au-delà de celle du Souverain Pontife.

Il retourna le chaton de sa bague et Emmanuelle remonta son regard sur celui de l’homme. Sous ses cheveux noirs aux reflets argentés, elle savait que les rouages de son cerveau tournaient à plein régime. Un tel homme devait dormir autant qu’elle la nuit, songea-t-elle avec ironie.
-Etes-vous réellement, commença-t-elle avec un léger sourire au coin de ses lèvres…
-Je le suis, confirma-t-il simplement.
Elle hocha la tête silencieusement, bien plus disposée à écouter l’homme qu’elle ne l’était auparavant.
-J’ai besoin d’une femme comme vous, madame. Ne me coupez pas, je vous prie, l’arrêta-t-il alors qu’elle allait renchérir. Vous avez bien plus de pouvoir que vous ne le pensez, en tant que femme. Vous n’avez accès à la politique ni aux ordres de manière officielle, mais les femmes ont toujours été bien plus présentes qu’on ne l’imagine.
-Venez-en au fait, monseigneur, demanda Emmanuelle d’un ton égal.
-J’ai besoin d’une âme qui n’attend d’autre réconfort que celui de la mort. Une âme dévouée mais aussi des yeux, des oreilles et une voix. Les années m’ont montré que moi-même ne puis placer une telle confiance au sein de l’Ordre. Je me tourne vers vous, madame, car je sais que votre vie n’a plus rien à perdre ni à gagner.

La jeune femme sourit ironiquement aux paroles du prélat. Elle se rappela de ce jour où le père Azzulo lui avait appris l’existence de cet Ordre. Elle avait cru à une farce, comme aujourd’hui elle songeait que l’évêque, quelle que fut sa place au sein de l’Ordre, se moquait d’elle. Elle l’observa d’un œil soupçonneux, mais le regard franc de l’homme ne pouvait trahir ses paroles. Il y avait dans ces pupilles l’ambition et le désir de gloire. Il voulait utiliser sa vie ?

-Que faudra-t-il faire ? En tant que femme, je ne puis agir à ma guise, monseigneur.
-En tant que général, je puis vous permettre d’agir à votre guise, répondit simplement l’évêque de Vannes. Je ne veux que du résultat, peu importe la forme, ajouta-t-il.



"Cependant tu as à Sardes quelques hommes qui n'ont pas souillé leurs vêtements; ils marcheront avec moi en vêtements blancs, parce qu'ils en sont dignes. 5 Celui qui vaincra sera revêtu ainsi de vêtements blancs; je n'effacerai point son nom du livre de vie, et je confesserai son nom devant mon Père et devant ses anges."

Le cœur d’Emmanuelle se mit à battre un peu plus fort à l’approche des terres françaises. Combien de temps n’avait-elle touché cette terre, foulé ce sable et sentit la brise française ? Cinq ans, peut-être plus. Les années l’avaient tant éloignée de son pays qu’elle n’avait su les compter.
Qu’était devenue la cour de France en son absence ? Louis XIV avait-il poursuivit l’œuvre léguée par Mazarin ? Avait-il mis la noblesse à ses pieds à coups de fanfreluches et de comédies, comme on le disait dans toute l’Europe ? Emmanuelle sourit cyniquement au souvenir que son père lui rappelait bien souvent, celui du cardinal qui faisait tomber les têtes. Plus il en coupait, plus il en poussait…

-Mademoiselle, nous arriverons dans une heure à Dunkerque ! Une voiture vous attend-t-elle ?
-J’ai mon équipage, oui, répondit-elle simplement au mousse avant de se retourner. Elle posa ses yeux sur l’anneau qui entourait à présent son annulaire. Il ne s’agissait plus de son alliance que l’on avait renvoyé à ses parents, prétextant sa mort dans l’explosion. Cet anneau était sa garantie, sa sécurité offerte par l’ordre. Cet anneau la liait intimement, telle une chaîne dont elle ne pouvait se libérer.
Combien de temps encore durerait cette mascarade ? Il n’avait s’agit que d’une protection dans les premières années ! Ses ennemis l’avaient certainement oubliée ! Peut-être même étaient-ils morts ! Mais Emmanuelle, malgré ses regrets qui empoignaient son cœur, songeait que sa vie n’avait pu être plus remplie depuis la visite de l’évêque de Vannes.
Etrange rencontre qui fut l’une des plus brève, vue l’importance de la chose. L’homme était par ailleurs aussi étrange que chacune des missives qu’il lui faisait transmettre et chacune de ces petites lettres, annotées par « AMDG », lui procurait de plus en plus un immense déplaisir. Combien de temps encore allait-elle rester ce jouet muet ? Ce retour en France, sous cette identité de Diane de Noirange, devait marquer de nouvelles décisions.
Observant les vagues s’enfoncer dans la mer, elle se promit d’y songer lorsque tout serait réglé en France.

-Mademoiselle de Noirange, l’appela un matelot ! Vous avez laissé échapper une lettre !
-Merci, dit-elle en attrapant les feuillets !

Une lettre du père Azzulo. Elle avait gardé contre lui une certaine rancœur, comme envers tous en règle générale, mais elle le considérait comme majeur responsable de la tragédie qui l’avait amenée ici.
Ce qu’il y écrivait ? Des nouvelles de sa famille… Louise s’était remariée à un gentilhomme breton et semblait enfin décidée à se calmer. Elle vivait encore à Namur. Jules, quand il n’était sur le front, ne cessait de voyager, disait-on. On disait aussi qu’il cherchait à retrouver chaque endroit où sa défunte sœur était passée. Ce fut la seule nouvelle qui serra lourdement le cœur de la jeune femme. Angélique quant à elle avait épousé un ambassadeur français en Angleterre et se tenait éloignée de France aussi longtemps que son époux vivrait. Emmanuelle savait pertinemment que son retour en France ne pouvait se faire qu’en l’absence de chacun des membres de sa famille dans les sphères royales.
Son père vieillissant semblait s’être calmé et coulait des jours paisibles de gentilhomme dans sa résidence de Réaumur auprès de sa loyale épouse. Personne ne pouvait attendre son retour à Versailles, si ça n’était Amy of Leeds.

Emmanuelle ferma les yeux à ce souvenir. Une seule missive, courte et brève, pour lui annoncer un départ précipité. Comment pourrait-elle seulement oser retrouver la favorite royale ? Pourtant, cette entrevue à la maison du péril restait gravée en sa mémoire. Amy of Leeds lui avait parlé de Valentine. Sa fille. Son ange, son unique trésor était en vie et malgré toutes ses propres recherches, elle n’avait réussi à la trouver. Sans cesse l’ombre de l’enfant semblait s’échapper dès qu’elle pensait toucher au but.
Mais Amy of Leeds, elle le savait, était encore la favorite royale.

Les affaires françaises ne pouvaient s’annoncer que sous de meilleures hospices que sa dernière venue.


~The begenning~

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Here comes the Royal Mistress

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MessageSujet: Re: Emmanuelle de Vaunoy # La proie et l'ombre   06.08.11 2:17

Franchement je suis déçue, cette fiche est loin des attentes de notre forum, on demande un minimum de 25 pages ici ! On ne peut pas vous valider ... What a Face

Bon d'accord, j'arrête de me la jouer Hector Razz

Sincèrement, je ne trouve rien à redire ! C'est parfait ! ** C'est en béton bétonnant ! C'est ouffissime ! C'est génial ! cheers

Amy est de son côté bien contente de retrouver cette ancienne connaissance qu'elle avait mise en pnj depuis un an, dans sa fiche de liens. Calin Il faudra juste que nous actualisons tout ça.

Allez après 4 ans de séparation, je peux le dire : TU ES VALIDÉE ! cheers

Re re re bienvenue parmi nous très chère Emmanuelle ! Tu connais le chemin pour toutes tes demandes ... What a Face

Re re re bon jeu ! Roulage




______________________

La duchesse de Fer
" Je vois en toi quelque chose qui offense le vulgaire. L'envie et la calomnie te poursuivront. Alors dans ce désert égoïste qu'est la vie, ne pense plus qu'à toi. "

Le rouge et le noir
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« s i . v e r s a i l l e s »
Côté Coeur: Le souvenir d'un homme et d'une enfant.
Côté Lit: Un homme aussi froid que le glace pourvoit à le réchauffer en ce moment
Discours royal:



    Princesse sombre
    Du Royaume des ombres.


Âge : 28 ans
Titre : Dame de Noirange, comtesse de Vaunoy
Missives : 287
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MessageSujet: Re: Emmanuelle de Vaunoy # La proie et l'ombre   06.08.11 2:20

Désolée, mon niveau a baissé, avant je n'en faisais que 34 Désolé de Lisa



Merci Amy What a Face Nous allons avoir des choses à nous dire, je le sens cheers


Merci pour cette validation nocturne qui t'a empêché d'aller te coucher (vilaine Manue What a Face)


Roulage

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"Dans la nuit j'ai cherché celui que mon coeur aime; dans mon jardin aride il a fait son domaine."




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MessageSujet: Re: Emmanuelle de Vaunoy # La proie et l'ombre   06.08.11 8:34

Rerererererebienvenue cheers


J'ai cru qu'Amy me parlait quand elle a dit " Tu es validée Emmanuelle" Laughing

Je lis ta fiche dans l'aprem Wink
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MessageSujet: Re: Emmanuelle de Vaunoy # La proie et l'ombre   06.08.11 12:41

Gosh, cette fiche ** **
Magnifique \o/

R'bienvenue ! Elle est passionnante cette Emmanuelle, ça en valait le coup **
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MessageSujet: Re: Emmanuelle de Vaunoy # La proie et l'ombre   06.08.11 14:11

Merci les filles ^^


Ouais...17 pages, fallait pas que j'attende avant de la rejouer drunken

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MessageSujet: Re: Emmanuelle de Vaunoy # La proie et l'ombre   06.08.11 14:57

Superbe fiche **
Je comprends qu'Emmanuelle t'ait hantée ! C'est un personnage haut en couleurs !
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MessageSujet: Re: Emmanuelle de Vaunoy # La proie et l'ombre   10.08.11 10:57

Je me souviens également de cette petite Emmanuelle, mon Mathias de Sandras de l'époque, avait d'ailleurs un lien avec elle.

Bienvenue à nouveau très chère ! What a Face ça fait plaisir de vous revoir ! Smile
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MessageSujet: Re: Emmanuelle de Vaunoy # La proie et l'ombre   Aujourd'hui à 15:17

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