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 De l'inconstance des sentiments [la Team Rocket]

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Paris de Longueville

« s i . v e r s a i l l e s »
Côté Coeur: Une servante de ma connaissance...
Côté Lit: la servante sus-citée l'a déserté, profitez-en!
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Phoebus
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MessageSujet: De l'inconstance des sentiments [la Team Rocket]   De l'inconstance des sentiments [la Team Rocket] Icon_minitime12.07.11 1:18

De l'inconstance des sentiments [la Team Rocket] James-james-mcavoy-23436666-100-100 & De l'inconstance des sentiments [la Team Rocket] Lf310 & De l'inconstance des sentiments [la Team Rocket] 1asgaa10 & De l'inconstance des sentiments [la Team Rocket] Potta_10


Mademoiselle de Grangé, Charlotte de Miremont, Dauphine des Poissets, Madeleine de la Volande, la marquise de Pointoux…

Assis dans son petit salon privé, installé confortablement dans l’un de ses deux fauteuils préférés, recouverts de velours verts, Paris relisait ces quelques noms de jeunes filles inscrits à la hâte sur la feuille qu’il tenait entre ses mains.
Sans la ride qui barrait son front soucieux, on ne pouvait douter que le jeune prince venait de passer l’un des plus mauvais moments de son existence. Si la gifle qu’il avait prise n’avait été physique et n’avait ainsi laissé aucune trace sur ses joues, elle avait pourtant profondément blessé l’orgueil du jeune homme qui, il n’en doutait pas, ne pourrait que pardonner difficilement les dernières paroles de son oncle.
L’accuser, lui, d’avoir souillé les réputations de ces jeunes femmes ! On lui donnait la part belle à un scandale qui avait éclaboussé trop récemment Delphine de Matignon et dans lequel il n’avait jamais trempé ! Il s’en défiait, mais ses protestations n’avaient su calmer l’humeur déjà massacrante de l’aîné envers son neveu et le ton n’avait pas tardé à monter, jusqu’à quelques phrases assassines que l’orgueil de Paris ne pourraient digérer avant longtemps. Il savait que sa réponse, teintée de sarcasme et de « l’hôtel Dieu se moque de la Charité » n’aurait fait qu’envenimer la situation et prenant sur lui – exploit ô combien louable – le jeune prince s’était tu face à cet implacable oncle.

A présent seul après la tempête, Paris ressassait les accusations qu’il jugeait calomnieuses.
Miremont, Volande…bah, elles avaient été bien plus aguicheuses qu’une catin des plus grandes maisons closes parisienness, Paris en aurait mis sa main à couper ! Quant à Grangé, Poissets ou Pointoux, elles lui auraient sauté dessus dans un buisson s’il n’avait eu la décence de les faire patienter le temps d’une soirée de jeux. Baigner dans un scandale, lui ?! Baste ! Il savait se tenir éloigner de cela ! Il n’était pas de ces…de ces comtes du Perche qui battaient la campagne à tout va dans l’espoir de mettre quelques femmes fidèles dans leurs lits !

Il chiffonna le papier qui atterri d’un geste sec dans la corbeille, alors qu’il entendait le carrosse princier quitter l’hôtel de Longueville. D’humeur sombre, il se leva brusquement, fouillant dans les quelques feuillets de son secrétaire pour dénicher une lettre reçue plus tôt dans la matinée et qui avait jusqu’alors sa seule source de joie. Il fit voler quelques feuillets, poussa encrier et plumes avant de découvrir à nouveau cette petite perle qui malgré tout lui arracha un sourire, faisant briller ses yeux tel un enfant devant un nouveau jouet.
Ceci, songea-t-il en agitant le feuillet devant ses yeux, était la nouvelle la plus…la plus excitante de ces derniers jours ! Ces nouvelles, pensa-il en observant son reflet dans le miroir qui surplombait la cheminée, étaient de celles que Gabrielle se devait de connaître. Elle ne pourrait que la colporter, la faire sienne et ainsi, envenimer des situations déjà bien difficiles. Oui, cette lettre était de celles dont le frère et la sœur raffolaient dans leurs élans fraternels.

Coiffant quelques mèches décoiffées, plissant son vêtement, il s’apprêta à faire appeler son aîné quand il s’arrêta dans son geste. Et si Gabrielle utilisait cette nouvelle contre lui ? Si elle s’en octroyait le mérite en occultant les bons soins de son petit frère chéri ?
Elle en était capable, après tout ; le passé lui avait montré combien elle pouvait être aussi retorse que lui ; par ailleurs, n’avait-elle pas, récemment encore, prouvé son potentiel en l’humiliant devant un parterre qu’il ne voulait que séduire ?
Observant son reflet dans le miroir, le jeune prince réfléchit longuement. De quelle humeur était sa sœur, actuellement ? Combien de coups bas lui avait-elle fait et combien lui en avait-il concocté en retour…ou en avance ? Trop, comme toujours. Peut-être la trêve était-elle de mise, cette fois-ci.
Paris relu avec attention les termes de la lettre. Soit. Il la montrerait à Gabrielle, mais pas avant qu’elle ne se soit excusée de cette humiliation publique. Après seulement elle pourrait savourer leur future victoire ; une victoire commune, cette fois-ci.

Il ajusta son habit machinalement, comme à chaque fois qu’il prévoyait de retrouver sa sœur. Pour quelle raison ce tic instinctif d’être aussi présentable lui était-il venu ? Il ne réfléchissait même plus à ces détails insignifiants, même lorsqu’elle le recevait en robe de chambre, les cheveux défaits avant ou après une – courte, il le pariait – nuit.
Un dernier coup d’œil à la glace lui renvoya une image si parfaite de lui-même qu’il en oublia presque sa déconvenue passée. Ce ne fut que lorsqu’il sortit du salon qu’il aperçu un valet en livrée aux couleurs des Longueville lui remettre une enveloppe scellée à l’arme des Condé. Reniflant de dégoût en imaginant les termes qu’elle pouvait contenir, il l’attrapa du bout des doigts avant de la poser rapidement sur le premier guéridon venu et referma la porte du salon, comme pour enfermer la tempête contenue dans la missive.

-Monseigneur, Monsieur le Prince demande une réponse des plus pressées à cette lettre, m’a-t-on demandé de vous faire part.
-Monsieur le Prince mon oncle attendra, répondit d’un ton tranquille le jeune homme, comme pour oublier qu’il n’eu jamais osé cette réponse devant l’intéressé.

Il tourna le dos au valet, sentant contre lui la précieuses lettre et descendit les degrés pour se rendre aux appartements de la jeune duchesse. Allait-il encore la déranger, comme elle lui faisait parfois sentir ? Il détestait lorsqu’elle se jouait ainsi de lui, le poussant à attendre qu’elle fut disposée à l’écouter. Mais face à la porte encore close, alors qu’il levait la main pour frapper doucement, il arrêta son geste et reprit la missive qu’il ouvrit une dernière fois.
Comment Gabrielle pourrait repousser sa visite avec une telle nouvelle ! S’il le fallait, il la forcerait à lire ceci ! L’affaire était bien trop excitante pour la laisser plus longtemps dans l’ignorance !
D’un geste fébrile, il toqua à la porte et attendit quelques secondes.

Allons. Pas de réponse, mais il savait son aînée présente aujourd’hui. Son équipage avait-il quitté l’hôtel ? Il n’avait pas pris la peine de vérifier, sûr de ses affirmations. A nouveau, il frappa quelques coups discrets à la porte, avant d’attendre encore de longues et interminables secondes.
La patience du jeune prince n’avait pu faire ses preuves et ce jour-là à nouveau, celle-ci ne pointa pas et Paris poussa doucement la porte qu’il lâcha derrière lui sans la fermer.


-Gabrielle, êtes-vous là, appela-t-il ? Je crois que la nouvelle que je vous apporte ne pourra que vous ravir, lança-t-il à la cantonade, espérant faire venir plus rapidement sa demi-sœur ! J’en possède l’unique source et avec ceci, nous pourrions…

Mais il se coupa dans sa phrase, voyant s’ouvrir le battant d’une porte.


-Vous voici enfin, ma chère sœur ! Venez donc lire ce que j’ai reçu il y a une heure à peine ! Je crois que vous…

Ce ne fut, cette fois, pas le prince qui s’interrompit, mais la vision qu’il eut de la personne qui avait passé la porte. Ah ! Cette femme n’était vraiment pas Gabrielle…il le regretta presque malgré lui la bouffée de chaleur qui l’envahit à cet instant.

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MessageSujet: Re: De l'inconstance des sentiments [la Team Rocket]   De l'inconstance des sentiments [la Team Rocket] Icon_minitime13.07.11 19:49

La journée était calme, et s’étirait presque nonchalamment sur le grand hôtel de la rue Saint-Antoine. Si ce n’est un équipage aux armes des Condé, peu nombreuses étaient les personnes à s’y être présentées et c’est, aux yeux de Perrine, dans une rare tranquillité que la maison bruissait de son agitation quotidienne. Silencieuse, la jeune femme également vaquait à ses occupations, guère moins paisible que le reste, officiant distraitement tandis que ses pensées vagabondaient où bon leur semblait. La duchesse était sortie, et n’ayant rien de plus que de petites tâches habituelles à accomplir, elle pourrait sans doute bientôt profiter d’un moment d’oisiveté avant son retour. Non pas que l’inaction lui soit particulièrement agréable, mais puisque la quiétude semblait être aujourd’hui le maître mot, autant ne pas déroger à la règle, et se fondre dans le décor. Une fois qu’elle en aurait terminé ici, sans doute rejoindrait-elle d’autres domestiques qui bavardaient déjà en cuisine, alimentant ainsi quelques rares réelles complicités au milieu de toutes les vaines affections qu’elle avait su forger, indécentes mais subtiles hypocrisies visant à lui assurer ce réseau tacite d’informations. Certes, elle en appréciait certains, mais moitié moins qu’elle ne le laissait penser et n’avait guère le temps de le regretter. Beaucoup pourraient voir là une ambition mal placée, mais c’était un fait, pour parvenir à s’élever ne serait-ce qu’un tant soit peu un jour, ça n’était pas ces amitiés-là qu’il lui fallait creuser.

Achevant de remettre à sa place un écrin à bijoux, Perrine osa un vague soupir. Si l’ambition n’était pas déplacée – qui n’en rêvait pas ? – elle n’en restait pas moins naïve, et elle le savait pertinemment. Raison pour laquelle, sans doute, elle n’avait jamais rien confessé à qui que ce soit ce rêve qu’elle nourrissait déjà lorsque, petite, elle se cachait pour observer le ballet coloré qu’offraient les robes de toutes ces grandes dames rassemblées. Un sourire pensif aux lèvres, elle s’y revit sans mal, à s’imaginer laquelle de toutes ces étoffes lui irait le mieux puis à s’enfuir discrètement dans les cuisines pour en faire aussitôt l’essai dans un nouveau jeu. S’il y avait bien une chose qu’elle avait conservé de l’enfance, c’était ce rêve inavoué, coincé quelque part dans un coin de sa tête. Un rêve, oui, selon sa plus stricte définition. Jetant un regard rapide autour d’elle, la jeune femme se redressa. Bien, elle en avait fini et ne lui restait plus qu’à ranger les vêtements qu’elle était allée chercher un peu plus tôt à la lingerie, ce quoi à elle s’attela aussitôt après avoir adressé un sourire amusé à la boule de poils blanche qui s’étirait longuement sur le coin de coussin qu’on lui avait attribué. Chevreuse… drôle de nom pour une pareille couleur. Sans doute était-ce en grande partie ce qui avait fait rire aux éclats les trois enfants, dont elle se souvenait parfaitement, qui s’étaient fait une joie de l’adopter, avec ses deux frères. C’était il y avait longtemps, et des trois chatons normands, ne restait maintenant que la plus coriace. N’en déplaise aux premières impressions données par la couleur de son pelage.

S’affairant avec efficacité, Perrine entendit vaguement l’équipage qu’elle avait aperçut plus tôt quitter la cour de l’hôtel, ignorant tout de ce qui avait bien pu motiver la visite de Condé. Si elle avait vaguement eut vent d’un nouveau scandale comme il en naissait tous les jours à la Cour, elle n’en savait pas encore assez pour faire un quelconque lien entre la principale intéressée et la présence chez les Longueville de l’homme qui s’éloignait dans déjà dans la rue. Distraitement, elle se contenta de jeter un regard par la fenêtre, suivant la voiture des yeux sans réellement la voir jusqu’à ce qu’elle ne disparaisse au détour d’une plus large avenue. Sans plus accorder d’importance à l’évènement, elle retourna à son linge, fredonnant au hasard une chanson que l’on entendait en ce moment courir les rues. Affairée et songeuse, elle ne prêta pas assez attention aux bruits de l’hôtel pour entendre les premiers coups frappés à la porte des appartements, pas plus que les seconds ; aussi releva-t-elle vivement la tête au grincement de ladite porte, à peu près certaine qu’il ne pouvait pas s’agir de Gabrielle. Sourcils froncés, elle se dirigeait vers la pièce sur laquelle donnait l’entrée quand une voix bien connue résonna, l’arrêtant un instant. Le long calme de cette journée tournerait-il finalement en tempête ?

« Gabrielle, êtes-vous là ? Je crois que la nouvelle que je vous apporte ne pourra que vous ravir ! lançait Paris, arrachant presque malgré elle un sourire sur les lèvres de Perrine. »
Il y avait, dans cette famille, toujours une nouvelle annoncer. Et au ton qu’employait le jeune Prince, à se hâte à en faire part à sa sœur, l’on devinait aisément que les principaux concernés par cette fameuse nouvelle auraient vite fait de regretter qu’elle soit tombée entre les mains des Longueville. Nouveau sourire. C’était un fait qui n’était pas pour lui déplaire, loin de là. Un instant d’hésitation de la part de la jeune femme laissa le temps au nouveau venu de poursuivre sa phrase, jusqu’à ce qu’elle ne pousse doucement la porte qui menait à la pièce dans laquelle il se trouvait.
« Vous voici enfin, ma chère sœur ! Venez donc lire ce que j’ai reçu il y a une heure à peine ! Je crois que vous… »
Il s’interrompit, à l’instant même où Perrine faisait un pas dans le petit salon. Il y eut un bref instant de silence, durant lequel elle se demanda si elle n’aurait pas mieux fait de faire la sourde oreille, mais il y avait longtemps qu’elle n’avait pas eu de véritable conversation avec lui. Et aussi saugrenue l’idée puisse-t-elle paraître, la servante avait un certain nombre de choses à dire au Prince ; dont beaucoup qu’elle tairait, sans doute, et d’autre qu’elle aurait voulu ne pas avoir à lui dire.

« Gabrielle est sortie, lâcha-t-elle sur un ton neutre en essayant d’ignorer tout autre sentiment qu’une courtoise indifférence. »
Elle pouvait s’arrêter là, ou peut-être lui demander s’il voulait qu’elle prévienne la duchesse qu’il était venu. Elle se tut d’ailleurs un instant, hésita, puis prit la parole à nouveau, gagnant du temps.
« Je peux lui transmettre un message… ? »
Il n’était pas dans les habitudes de Perrine d’hésiter pour quoi que ce soit. Audacieuse, elle ne se laissait pas impressionner, pas même par les titres que pouvait bien posséder son interlocuteur, modulant simplement son discours en fonction. Et ça n’était certainement pas face à Paris, avec lequel elle avait grandi, que cette timidité-là la prendrait. Non, ça n’était pas cela qui faisait douter la demoiselle, loin de là, mais cette distance qu’il avait imposé entre eux depuis son arrivée à la Cour. Certes, elle n’était que femme de chambre… mais sa soudaine indifférence l’avait blessée. Et ce, plus qu’elle ne voulait l’admettre.
« Oserais-je, en retour, demander au Prince si j’ai pu faire quoi que ce soit qui puisse justifier sa… froideur ? demanda-t-elle soudain, un brin ironique, familiarité qu’elle se permettait de par leur passé commun. »
Blessée, mais bien décidée, finalement, à avoir une explication. Et puisqu’ils étaient seuls…
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Paris de Longueville

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MessageSujet: Re: De l'inconstance des sentiments [la Team Rocket]   De l'inconstance des sentiments [la Team Rocket] Icon_minitime14.07.11 12:40

Paris avait senti son cœur rater un battement lorsqu’il vit non plus la silhouette, mais la jeune femme sortir de l’ombre. Perrine…il avait fallu que ce soit Perrine qui soit présente et non Gabrielle !
Il se mordit la langue en crispant ses doigts sur la lettre qu’il tenait, mais s’efforça de lâcher un sourire vague, retenant d’ouvrir la bouche pour s’empêche de balbutier quelques idioties indignes de lui.
Il leva un œil furtif vers la jeune femme, détaillant pourtant chaque trait de son visage comme s’il ne l’avait vu depuis bien trop longtemps et espérant y trouver quelques changements. En réalité, il y avait réellement longtemps que le prince n’avait croisé la route de Perrine ou, du moins, chaque fois que cela avait pu se produire, le jeune homme se rappelait d’un désir subit de se trouver dans une autre pièce.
Mais la fatalité les avait aujourd’hui réunis et la lueur qui brillait dans le regard vert de la jeune femme inquiéta plus qu’elle ne rassura Paris.
Il connaissait trop bien ce regard pour rester apaisé. Cette lueur, il l’avait lu lorsqu’elle venait reprendre ce qu’il lui avait « emprunté », enfant ; il l’avait vu lorsqu’il avait jeté quelques phrases assassines à Gabrielle, ou lorsqu’elle l’avait accusée d’avoir maltraité Gondi…en d’autres termes, ce regard annonçait une chose que Paris regretterait sous peu.
Mais Perrine avait cette fâcheuse habitude de paralyser le jeune prince et trouvant soudainement un intérêt à la tenture des rideaux, il lui répondit d’une voix qui se voulait naturelle.

-Ah…Ma sœur est donc de sortie… il se retourna vers la jeune femme en ne cessant de jouer avec l’enveloppe. Je n’ai pas fait attention à son équipage…je…il indiqua d’un geste vague la porte laissée entrouverte ; je vais revenir, ça n’est rien…pas important, s’empressa-t-il d’ajouter.

Il lui tourna le dos pour quitter la pièce, mais il y avait cette irrésistible envie de ralentir le temps, de ne précipiter aucun geste, pour que peut-être, si le hasard décidait d’être de la partie, il puisse revenir sur ses pas et rester quelques minutes supplémentaires dans la même pièce que la jeune femme. Avait-elle lu ses innombrables pensées ? Il ne s’en préoccupa aucunement, car il sentit à nouveau son cœur sursauter lorsqu’elle rompit le silence gêné.

-Je peux lui transmettre un message… ?
Simple question innocente, mais pour Paris, une invitation à rester plus longuement dans les appartements de Gabrielle. Il avait suffit de quelques secondes pour qu’il en oublie sa déconfiture précédente et la nouvelle qu’il lui tardait d’annoncer à son aînée. Mais s’il ne voulait se l’avouer et échappait à la jeune fille pour ne pas avoir à le songer ; Perrine avait cette faculté de faire oublier à Paris toutes intrigues qu’il avait en tête sitôt qu’il croisait son regard.
Il avait toujours senti peser sur lui comme un œil désapprobateur, un jugement trop dur que la jeune femme émettait sur lui et pour lequel il éprouvait, sans même en connaître la teneur, du remord. Elle parvenait à le culpabiliser sans qu’il en su la raison.

Il fit quelques pas dans la pièce, se rapprochant de Perrine, mais tout en conservant une respectable distance. S’appuyant sur le dossier d’un fauteuil qui lui tournait le dos, il tapota quelques secondes le sol de la pointe du pied, cherchant la meilleure réponse à fournir à Perrine.
Si un inconnu avait pénétré dans la pièce en cet instant, elle n’aurait vu que deux inconnus, dont la femme semblait tenir tête à l’homme, malgré leur évidente différence de classes sociales. Tableau étrange dont Paris n’avait que faire.

-Eh bien, commença-t-il en observant les plafonds ouvragés… je crains que ma lettre ne puisse qu’être lue et je voudrais la lui donner moi-même, dit-il en reprenant contenance. D’un geste vague, il replaça quelques cheveux invisibles avant de sourire enfin à Perrine depuis qu’elle était entrée dans la pièce. Mais, reprit-il affablement, tu…enfin…vous pouvez lui dire que je suis venu.

Il chassa un chat inexistant de sa gorge, espérant avoir été le plus naturel possible. Que diable Perrine lui faisait-elle ! Etait-elle de ces sorcières que l’on brûlait auparavant, manipulant ses sentim..ses plus intimes pensées ?! Etait-elle en réalité une fée ou toute autre créature jouant avec ses ressentis pour l’agacer ?
Il n’en savait rien. Aux yeux de Paris, Perrine ne devait être que cette amie si chère, celle qu’il avait vu grandir à ses côtés et de la fillette qui jouait avec eux en Normandie, devenir cette femme qu’elle était aujourd’hui.

Il y eu un nouveau moment de silence et hochant la tête, Paris s’apprêta une fois encore à quitter la pièce, closant une seconde fois un entretien qui avait à peine commencé. Espérait-il encore qu’elle le stoppe dans son geste ? Certainement, car lorsqu’il entendit ses premiers mots, un léger sourire étira ses lèvres et son regard brilla plus intensément.
Mais le ton dans la voix de Perrine le refroidit aussitôt et c’est un regard interloqué qu’il jeta à la jeune femme, entrouvrant la bouche dans l’espoir de trouver quelques mots de défense. Mais rien ne venait et il se contenta d’offrir un regard d’incompréhension à Perrine, secouant la tête en signe de négation.

-Sa froideur ?..je veux dire, ma froideur, Perrine, demanda-t-il dans un rire léger ?
« Je ne vois pas ce à quoi vous faites allusion » eut été une erreur aussi grossière que manquer la messe dominicale à la chapelle royale. Paris ne pouvait pas s’abaisser à cela, mais il ne pouvait encore moins avouer – et s’avouer – la véritable raison à son silence.

-Vous vous faites des idées, lâcha-t-il inconsciemment dans un rire forcé ! Comment pourrais-je être…distant avec vous, Perrine ! Mon amie d’enfance…
Mais son regard devait certainement le trahir, car la jeune fille semblait plus impatiente que convaincue. Ah ! Il détestait cela : lorsque Perrine ne lâchait rien, lorsqu’elle était convaincue d’avoir raison et que leur proximité d’antan la poussait à être si familière dans son attitude. Ca n’était pas cette familiarité qui gênait Paris mais le regard sûr de Perrine.

-Je sais que nous sommes tous deux moins proches que vous ne l’êtes avec ma sœur, mais je n’ai pas de femme de chambre ni de confidente, continua-t-il sur un ton amusé, sans songer que cette allusion pouvait rappeler à Perrine l’immense fossé entre eux. Elle lui était si proche qu’il en oubliait très souvent cet abîme…il l’oubliait autant que les désirs de grandeurs de Perrine qu’il ne pouvait que connaître. Et mon devoir me pousse bien souvent loin de vous, lâcha-t-il sans effacer son sourire qui se crispa à ses propres mots.
Oui…loin de Perrine, songea-t-il en posant sur la jeune femme un regard de sincères regrets.

Dans le moment de silence qui suivi, la porte soudain grinça sur ses gonds et se retournant vivement, Paris aperçu, trottinant à ses pieds, une boule de poils blancs. Chevreuse ! Il ne l’avait plus aperçu depuis quelques jours et se baissant, il l’attrapa dans ses bras avant de caresser les poils soyeux du chat. Il releva la tête l’œil brillant.

-Il semble que cette Chevreuse soit tout aussi coriace que son homonyme,
dit-il amusé comme pour détendre l’atmosphère et s’apaiser lui-même. Perrine, reprit-il presque ennuyé, si je vous ai blessée d’une quelconque manière, vous m’en feriez part, n’est-ce pas ?

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MessageSujet: Re: De l'inconstance des sentiments [la Team Rocket]   De l'inconstance des sentiments [la Team Rocket] Icon_minitime15.07.11 16:54

Il y avait, dans la façon qu’eut Perrine de croiser les bras devant sa poitrine alors que le jeune homme tentait, non sans mal, de parer à l’annonce de l’absence de sa demi-sœur, une neutralité presque froide ; et dans ses yeux, une lueur de défi. D’une certaine façon, elle le mettait à l’épreuve en prolongeant cet entretien, cédant par la même à cet incontrôlable désir de le retenir, ne serait-ce que quelques minutes de plus. Il la fuyait, il aurait fallut être aveugle pour ne pas s’en rendre compte – et Perrine, c’était un fait, était loin d’être aveugle. Seules restaient incertaines les raisons qu’il s’était trouvées pour se dérober, raisons qu’elle craignait néanmoins de deviner, et qui la poussaient plus encore à nier les sursauts dont avait été pris son cœur à l’idée de le savoir dans la pièce, quelques instants plus tôt. Et si elle souhait en avoir le cœur net – c’était le cas de le dire – elle voulait également savoir, non sans une certaine sournoiserie née de l’amertume qu’elle en tirait, s’il était capable de rester assez longtemps face à elle pour le lui avouer. Qu’elle imagine qu’un Prince puisse avoir des comptes à rendre à une servante en aurait sans doute choqué plus d’un, mais s’il y avait une chose dont elle se moquait à cet instant précis, c’était de savoir ce que d’autres pourraient bien penser de son attitude.
Elle dû cependant se résoudre à le retenir deux fois avant de trouver le courage nécessaire à lancer les mots qui lui brûlaient les lèvres, le regard plein d’assurance pour masquer quels étaient vraiment ses… pensées. Du sien, plein d’incompréhension, elle se força à détourner les yeux, les fixant un instant sur l’ombre d’un domestique passant derrière la porte entr’ouverte. La question était directe, peut-être même abrupte, mais le temps laissé à cette conversation était sans doute compté, et Perrine doutait trouver avant longtemps pareille occasion de mettre des certitudes sur les questions qui la tiraillaient. Discrètement néanmoins, elle se mordit l’intérieur de la joue. La réponse qui lui serait faite pourrait très bien, elle le réalisa soudain, lui faire regretter de s’être ainsi lancée.

« Sa froideur ?..je veux dire, ma froideur, Perrine ? demanda Paris, avec un rire qui ne parvint pas à convaincre la jeune femme. Vous vous faites des idées ! »
Implacable, elle dut fermement se retenir de le fustiger du regard, se contentant d’y laisser paraître une part non négligeable de reproche. Elle ne se faisait que rarement des idées. Au contraire, l’intrigante qu’elle avait su devenir s’était jusque là montrée plutôt bien clairvoyante dans ses suppositions. Et sa froideur à lui n’en était pas une, c’était un fait. Un fait qui l’avait trop blessée pour qu’elle puisse s’y tromper.
« Comment pourrais-je être… distant avec vous, Perrine ! Mon amie d’enfance… »
A ces paroles, une indéfinissable moue tordit ses lèvres. Son amie d’enfance oui, mais qu’ils semblaient soudain s’être éloignés, les temps où ils se tutoyaient allègrement et fomentaient ensemble mauvais coup sur mauvais coup. Certes, c’était un aspect de leurs jeux d’antan qu’elle avait conservé avec Gabrielle, passant du précepteur à mettre en colère à de bien moins anodines intrigues, à les observer tous deux aujourd’hui, qui aurait pu dire que les deux jeunes gens avaient grandi ensemble ?
« Elle est bien loin, alors, cette enfance… répliqua-t-elle sur un ton presque grinçant dans lequel elle ne put dissimuler toute l’amertume soulevée par ses propres mots. »

« Je sais que nous sommes tous deux moins proches que vous ne l’êtes avec ma sœur, mais je n’ai pas de femme de chambre ni de confidente, reprit Paris, d’une voix qui se voulait amusée. »
Il s’agissait donc bien de cela. Il n’avait pas de femme de chambre, non, mais s’il réduisait à cela la complicité que pouvaient entretenir sa sœur la duchesse et Perrine, alors en effet, inutile de poursuivre cette conversation, elle avait sa réponse – bien qu’il ne la lui ait pas donnée explicitement. Une seconde fois, elle s’entailla l’intérieur de la joue, rappelée à ses rêves impossibles et mesurant mieux que jamais le fossé qui s’était étendu entre le Prince de Neuchâtel et la roturière qu’elle était. Décroisant les bras, ce fut à son tour de détourner le regard, de peur de faiblir, et de s’intéresser aux moulures des plafonds. Ce ne fut que lorsqu’il continua qu’elle la baissa à nouveau sur lui, un peu moins amène encore qu’elle n’avait pu l’être plus tôt.
« Et mon devoir me pousse bien souvent loin de vous.
- Aussi m’en voudrais-je de vous en détourner, lâcha-t-elle un peu plus sèchement qu’elle ne pensait le faire. »
Un instant elle croisa son regard, avant de le détourner au même instant que lui sur la petite chose blanche qui venait de faire grincer une porte et s’approchait tranquillement. Distraitement, Perrine suivit Chevreuse des yeux, revoyant non sans un sourire sans joie les péripéties qui avaient bien pu l’entourer, ainsi que ses deux frères – s’ils l’étaient seulement, personne n’en avait jamais rien su.

Perrine l’observait toujours lorsque Paris la souleva du sol, arrachant aussitôt un ronronnement à l’animal qui se complaisait dans les caresses autant que dans la vie de salon. La jeune femme réprima une mimique amusée, bien loin de vouloir s’attendrir.
« Il semble que cette Chevreuse soit tout aussi coriace que son homonyme, lança Paris sur le ton qu’elle venait de se refuser avant de reprendre un air plus sérieux. Perrine, si je vous ai blessée d’une quelconque manière, vous m’en feriez part, n’est-ce pas ? »
Si elle l’avait osé, si elle avait été capable elle-même d’admettre ce qui la faisait voir avec peine cette distance, ce qui la poussait à se montrer telle qu’elle l’était aujourd’hui ou même ce qui rendait évident le plaisir qu’elle prenait – et avait pris, il n’y avait pas si longtemps encore – à faire fuir quelques unes de ses nombreuses conquêtes, sans doute ce moment aurait-il était le bon pour être enfin honnête. Tout l’y invitait… ne manquait que l’essentiel, finalement. Aussi resta-t-elle un instant silencieuse, soutenant son regard, puis se détournant à nouveau pour le baisser sur Chevreuse qui ne demandait pas mieux que de rester installée là où on l’avait mise.
« Je ne sais pas. Sans doute, si le jour où cela arrive, les contraintes de votre devoir ne vous ont pas déjà poussé trop loin, répondit-elle enfin, toujours aussi grinçante. »

Voilà qu’elle se prenait à regretter d’avoir provoqué cette conversation, et surtout, à perdre la face. Redressant la tête, elle se força à le dévisager à nouveau avant de reprendre la parole, une lueur nouvelle au fond du regard.
« Mais je doute que cela puisse arriver, désormais, lança-t-elle, le plus froidement possible. Et je vous sais gré de m’avoir répondu, même involontairement. Maintenant, je ne voudrais pas vous voler plus longtemps à vos occupations et, voyez-vous, j’ai moi aussi mes petits devoirs, grinça-t-elle en désignant les quelques linges posés sur un meuble qu’elle n’avait pas encore rangé. »
Le message était clair, certes. Mais au fond, il lui fallait bien avouer que quelque part, elle espérait qu’ils ne s’en tiendraient pas là. Et même, peut-être, qu’il la contredirait, tout en sa taxant elle-même de folle naïveté.
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Paris de Longueville

« s i . v e r s a i l l e s »
Côté Coeur: Une servante de ma connaissance...
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MessageSujet: Re: De l'inconstance des sentiments [la Team Rocket]   De l'inconstance des sentiments [la Team Rocket] Icon_minitime27.07.11 18:19

Si Paris avait véritablement un défaut majeur, outre son orgueil, son impertinence, sa fausseté, son hypocrisie, c’était bien celui de ne jamais assumer ses fautes, quelles qu’elles fussent, si minimes puissent-elles être à ses yeux. Il se cachait derrière un paravent d’excuses et de justifications qui pouvaient n’être que vraies pour un néophyte, mais Perrine le connaissait bien trop pour qu’il puisse agir de même à cet instant.

Elle lui avait lancé l’une de ces petites moues qu’il connaissait chez elle et qui avaient – pour son malheur – le don de le culpabiliser même sans aucune faute commise.
Aucune faute ? Paris se mentait presque à lui-même en rejetant toute idée de distance volontaire qu’il avait pu mettre entre Perrine et lui, mais un autre de ses défauts consistaient à se mentir à lui-même et il étouffa bien rapidement quelques battements de son cœur qui devenaient bien trop forts lorsqu’il posait ses yeux sur la jeune fille. Faiblesse d’un libertin !

Dans sa fierté, il se contenta de hausser les épaules lorsqu’elle lui répondit d’un ton amer. Loin ? Cette enfance ? Dix ans à peine… ne pouvait-elle comprendre que leurs destins, depuis leur naissance, devaient se séparer ? Leur futur commun était inscrit comme dans une roche, ineffaçable, inaltérable : leurs conditions respectives ne pouvaient que les éloigner l’un de l’autre, subrepticement, lentement. Cette fatalité, Paris s’en était faite une raison afin de ne pas regretter chaque jour une telle situation. Il en avait fait son quotidien et peu à peu, Perrine n’était plus que l’amie de Gabrielle…mais une amie bien plus chère qu’elle ne pensait l’être.

Ne pouvait-elle le comprendre et non l’inculper ! Il ne serait pas le seul à faire cet effort et si Perrine se refusait à comprendre, soit. Sa voix trahissait ses mots mais le jeune homme se retint de répliquer. Sa réponse pouvait être bien moins amicale que la sienne ! Il se contenta d’adopter cette attitude si détachée qu’il affectionnait lorsqu’il sentait la tempête gronder ; Gabrielle l’avait habitué à pire, mieux valait avec Perrine éviter d’en arriver à de telles extrémités. Plus que de la déconvenue, il ne voulait pas effriter l’image qu’il se faisait de la jeune fille : si lisse, si parfaite et immuable.
Seuls ses propres….comment pouvait-on les appeler…ses propres
sentiments le poussèrent à s’enquérir d’une vérité que Perrine ne voulait cracher.
-Je ne sais pas. Sans doute, si le jour où cela arrive, si les contraintes de votre devoir ne vous ont pas déjà poussé trop loin.
-Oh…, se contenta-t-il de murmurer, caressant instinctivement la tête de Chevreuse, ronronnant dans ses bras. Le ton clair de Perrine avait brisé quelques espoirs enfouis. Ainsi, elle le voyait sous cet angle ? Il posa ses yeux vagues sur le tapis de perse avant de les remonter sur ceux de la jeune fille.
-Mais je doute que cela puisse arriver, désormais,
lança-t-elle, le plus froidement possible. Et je vous sais gré de m’avoir répondu, même involontairement.
-Perrine, commença-t-il en voyant la jeune femme attraper le linge, mais celle-ci continua sans prêter attention au prince. -Maintenant, je ne voudrais pas vous voler plus longtemps à vos occupations et, voyez-vous, j’ai moi aussi mes petits devoirs.

Ses mains se crispèrent autours du petit corps du chat qui miaula se mécontentement. Non…l’occasion de voir Perrine sans Gabrielle plus de cinq minutes s’envolait ; elle était bien trop belle pour qu’elle puisse durer éternellement et la jeune fille avait eu ses réponses.
Ou plutôt, elle avait entendu les réponses qu’elle voulait entendre. Devait-il laisser filer entre ses doigts une si belle occasion de lui parler ? De lui dire, après toutes ces années, qu’elle n’était pas seulement la camériste de sa sœur ?
Le comble était pour le jeune homme ! Pourquoi les mots ne venaient-ils pas, cette fois ! Pourquoi ceux qu’il utilisait chaque jour avec verve et brio se refusaient à lui ?! Ah ! Ils le trahissaient aujourd’hui, alors que la plus pure des vérités venait à son esprit. Torture de quelques secondes qui sembla durer une éternité pour le jeune homme. Il la voyait de dos, les bras chargés de linge, tourner la poignée de la porte.


-Attendez, lui demanda-t-il alors d’une voix calme ! Vous n’avez fait qu’entendre ce que vous souhaitiez entendre et jamais je ne vous ai livré ma réponse, même involontairement.

Il attendit qu’elle se retourne avant de la dévisager d’un regard franc. Pouvait-il lui dévoiler en ce moment-même tout ce qu’il reniait par peur de ses sentiments ? Le moment n’était peut-être pas encore présent, mais le jeune homme ne pouvait toutefois laisser se terminer cet entretien sur un sentiment d’échec. Elle l’avait enfoncé, blessé même dans son orgueil en lui montrant une facette lâche de sa personnalité. S’il y a avait un défaut que Paris n’avait pas, c’était la lâcheté et avant de passer aux aveux, il souhaitait ajuster la balance. Simple question d’égo.

-Pourquoi être si fâchée contre moi, Perrine, questionna-t-il d’une voix qui avait perdu de sa douceur ? Est-ce simplement cette distance entre nous qui vous fâche ainsi ? Est-ce donc plus aisé pour vous de m’accuser de cette faute, alors que vous-même pouviez sans crainte demander à me voir ?
Il s’était redressé, oubliant le chat qui avait cessé de ronronner et gigotait dans ses bras pour se dégager. Non. Il ne partirait pas tant que ce sentiment d’échec resterait. Il avait négligé Perrine et son cœur le lui en voulait bien assez pour qu’il ne puisse encore supporter le regard de désapprobation de la jeune fille. Il pouvait être coupable, il pouvait se mentir à lui-même et ignorer son ressenti, mais il ne pouvait porter seul une faute qui incombait tout autant à son amie. Et puis…pourquoi réagir ainsi ?! S’il n’était que le frère de Gabrielle à ses yeux, pourquoi lui répondre aussi sèchement et se montrer aussi peu amène ? Et puis…s’il était encore cet ami si cher qu’il était pendant leur enfance, pourquoi n’être pas venu plus tôt le voir ?
Sentiments, certes, mais culpabilité, non !
Sans le vouloir, le jeune homme s’était fait ce propre procès muet et l’accusation tomba lourdement, presque aussi sèchement qu’une sentence. Cette habitude de négliger le protocole lui vint aussi soudainement que par le passé, brisant aussitôt un jeu de facettes.

-Perrine, je suis navré de cette distance, dit-il d’une voix abrupte. Je t’en ai expliqué les raisons, libre à toi de les accepter mais je ne souhaite être l’unique accusé de cela !
Un claquement de porte dans les couloirs de l’hôtel l’interrompit une seconde.
Et baste, soupira-t-il ! Nous ne sommes plus des enfants ! Je ne peux à nouveau ennuyer ce bon Bouhours, jeter Chevreuse dans la rivière – il leva le chat en l’air qui miaula d’indignation avant de courir sous un fauteuil lorsqu’il le lâcha d’un coup, pour éviter un bref coup de pied que le jeune homme lui envoya– ou encore mettre le feu à une serre ! Il ne put s’empêcher de sourire malgré lui à ce souvenir, mais les yeux de Perrine le ramenèrent à l’instant présent. Je n’aime pas ce regard, Perrine et si tu ne peux comprendre qu’aujourd’hui je ne suis plus le petit duc, je ne peux que continuer à creuser cette distance entre nous.
Il le faut, se retint-il d’ajouter, sentant son cœur se serrer inhabituellement.

Il se tut alors que la porte s’ouvrait doucement, laissant apparaître la tête d’un valet, le faisant sursauter.

-J’ai frappé plusieurs fois, monseigneur, et…
-Oui, oui, coupa Paris, agacé d’être ainsi interrompu ! Qu’y-a-t-il ?
-Vous m’aviez demandé de vous rappeler que nous devions aller chercher mademoiselle de Coulanges pour le jeu de la reine, ce soir. Dois-je prévenir le cocher ?
Paris retint une petite toux et congédia le valet d’un geste bref de la main. Avait-il besoin de parler de Diane devant Perrine ? L’idiot !
-Non, prévenez-là, elle ne m’en tiendra aucune rigueur…
-Je lui dis que monseigneur est auprès de sa sœur ?
-Si vous voulez, allez , allez !

Il observa le battant de la porte se refermer sans mot dire, avant de se retourner vers Perrine, comme si nulle intervention n’avait coupé leur discussion, attendant sa réponse.

______________________



"Les inclinations naissantes, après tout, ont des charmes inexplicables,
et tout le plaisir de l'amour est dans le changement."


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MessageSujet: Re: De l'inconstance des sentiments [la Team Rocket]   De l'inconstance des sentiments [la Team Rocket] Icon_minitime29.07.11 0:52

C’est avec un arrière goût d’inachevé et la très désagréable sensation de fuir que Perrine fit volte-face, tournant le dos au Prince pour se saisir de son bac de linge et retourner à ses travaux. Elle avait beau rester maîtresse du dernier mot, elle ne pouvait s’empêcher, au fond, de regretter la façon dont la conversation venait de tourner court – conversation dont elle était pourtant la seule et unique personne à qui pouvoir imputer la faute. Voilà qui lui apprendrait à vouloir jouer à la plus mauvaise, et surtout à céder aux élans de sentiments qui n’avaient certainement pas lieu d’être, preuve venait d’en être donnée. Elle n’était que camériste, après tout, et beaucoup lui diraient sans doute qu’il était déjà beau qu’elle ait pu partager quoi que ce soit avec un Longueville, même dans une lointaine enfance – et plus encore, qu’elle ait encore l’occasion de lui adresser la parole et de se comporter comme elle venait de le faire. Rien n’est éternel en ce monde, et elle finirait bien par se faire une raison. Si la conversation se terminait ici, nul doute qu’elle serait la dernière à s’y risquer à nouveau plus tard. Une main sur la poignée, et le bac de linge sous un bras, Perrine s’en faisait la ferme promesse – promesse trahie à l’instant précis où, une seconde plus tard à peine, la voix de Paris s’élevait dans son dos, provoquant sur son cœur un sursaut inattendu. Visiblement, la conversation n’était pas terminée.

« Attendez ! Vous n’avez fait qu’entendre ce que vous souhaitiez entendre et jamais je ne vous ai livré ma réponse, même involontairement, lança calmement le jeune homme, arrêtant sur le champ le geste de la camériste. »
Une moue mauvaise et toujours aussi amère aux lèvres, cette dernière se retourna, soutenant sans ciller le regard ne manquant cette fois-ci pas d’aplomb du Prince. Si elle avait entendu ce qu’elle voulait entendre ? Même avec toute la mauvaise foi du monde elle ne pourrait s’en convaincre. Elles étaient loin, bien loin de celles qui venaient de s’échanger, les paroles qu’elle aurait voulu entendre et prononcer. Mais elle était folle, ne serait-ce que d’y penser. Aussi resta-t-elle muette, la main libre posée sur sa hanche, prête à lui tourner à nouveau le dos au moindre mot de travers. Elle sentait, elle savait très bien qu’elle avait touché son orgueil, que ce soit d’une manière ou d’une autre. Mais ça n’était à ses yeux qu’un juste de retour de la blessure qu’avait été pour elle sa soudaine froideur. Chacun sa fierté !

« Pourquoi être si fâchée contre moi, Perrine ? Est-ce simplement cette distance entre nous qui vous fâche ainsi ? Est-ce donc plus aisé pour vous de m’accuser de cette faute, alors que vous-même pouviez sans crainte demander à me voir ? »
Etait-il donc si étonnant qu’elle se soit étonnée de cette fameuse distance dont il était après tout le premier instigateur ? Si par la suite elle avait sans doute largement aidé par son silence à creuser le fossé dont il avait jeté les fondations, c’était lui qui avait commencé – et lui qu’elle accusait sans réellement le faire, de peur d’admettre d’autres motifs que la pure fierté qu’elle invoquait pour se justifier vis-à-vis d’elle-même.
« Demander à vous voir ? répondit-elle en s’animant légèrement. Une camériste vient-elle « voir » un Prince ? Après tout, c’est précisément cela qui nous sépare, n’est-ce pas ? »
Elle n’avait pu, encore une fois, dissimuler toute l’amertume de sa voix, laissant dans un mouvement d’humeur le bac de linge sur le meuble qu’il occupait précédemment. Intérieurement, elle se fustigea de se laisser ainsi emporter, alors que pensif, Paris laissait un silence s’installer. A nouveau, elle envisagea de partir, alors que ses deux prunelles se posaient un instant sur Chevreuse qui, bien moins confortablement installée que quelques minutes plus tôt, cherchait vivement à se dégager des bras du jeune homme.

S’il souhaitait la voir, pourquoi avoir sans cesse cherché à la fuir, après tout ? Pourquoi attendre qu’elle en fasse la demande, comme il le disait si bien ? Perrine avait conscience qu’il s’agirait là de questions sans réponses tant qu’ils n’auraient pas totalement mis les choses à plat, mais ils étaient tous deux bien trop entêtés pour se résoudre à cela – si tant est qu’il y ait quelque chose à quoi se résoudre du côté du jeune Longueville. Ça n’aurait pas été la première fois qu’une telle chose arriver, et Perrine était sans doute la seule à être tiraillée par des sentiments qu’elle ne voulait nommer ainsi.
« Perrine, je suis navré de cette distance, lança soudain Paris, abandonnant le vouvoiement de circonstance dans lequel ils s’étaient enlisés. Je t’en ai expliqué les raisons, libre à toi de les accepter mais je ne souhaite être l’unique accusé de cela ! »
Une porte claqua, quelque part dans la l’hôtel, imposant une demie seconde de silence durant laquelle se garda bien de se départir du regard sombre et réprobateur dont elle s’était dotée.
« Et baste ! reprit-il. Nous ne sommes plus des enfants ! Je ne peux à nouveau ennuyer ce bon Bouhours, jeter Chevreuse dans la rivière ou encore mettre le feu à une serre ! Perrine suivit du regard la fuite indignée de la chatte blanche qui fila se réfugier sous un fauteuil devant le traitement qui venait de lui être infligé, avant de darder à nouveau deux prunelles peu amène sur son interlocuteur. Je n’aime pas ce regard, Perrine et si tu ne peux comprendre qu’aujourd’hui je ne suis plus le petit duc, je ne peux que continuer à creuser cette distance entre nous.
- Oh je l’ai compris, ne t’en fais pas, Paris, répondit-elle sombrement. Elle allait ajouter quelque chose lorsque la porte s’ouvrit dans le dos du jeune homme, découvrant la tête timide d’un valet qui avait sûrement la sensation de tomber en plein orage. »

« J’ai frappé plusieurs fois, monseigneur, et…
- Oui, oui ! le coupa Paris. Qu’y-a-t-il ?
- Vous m’aviez demandé de vous rappeler que nous devions aller chercher mademoiselle de Coulanges pour le jeu de la reine, ce soir. Dois-je prévenir le cocher ? »
Il n’en fallut pas plus pour que le regard de Perrine se fasse littéralement assassin, vrillé sur le valet qui dû même détourner les yeux. Dieu que cette petite Coulanges l’agaçait – et le mot était faible. Admettre qu’elle puisse être jalouse était un pas qu’elle n’était certainement pas prête à faire, mais c’était un fait.
« Non, prévenez-là, elle ne m’en tiendra aucune rigueur…
- Je lui dis que monseigneur est auprès de sa sœur ?
- Si vous voulez, allez, allez ! congédia le Prince, alors que la porte était à nouveau abandonnée, laissée entr’ouverte par le valet. »
Perrine suivit son départ du regard, ce dernier toujours aussi mauvais, avant de revenir à Paris qui s’était tourné vers elle comme si la discussion n’avait jamais été interrompue.

« Cette pauvre mademoiselle de Coulanges risque d’être bien déçue, grinça-t-elle, ne pouvait véritablement s’empêcher ce petit commentaire acide. J’espère qu’elle ne t’en voudra pas d’ajourner votre petite sortie pour une camériste, voilà qui serait dommage… continua-t-elle, toujours sur le même ton. »
A ses pieds, Chevreuse était sortie de son abri, tournant à nouveau autour des deux jeunes gens, en quête d’attention. Perrine l’ignora royalement, les prunelles toujours fixées sur le jeune homme.
« Mais tu as raison : tu n’es plus le petit Duc. Et tu aurais tort de t’attarder avec moi, la compagnie de ce… petit ange doit être tellement plus agréable ! Perfide toujours, elle leva les yeux au ciel. A ce propos, je suis navrée, son dernier billet s’est perdu dans les mains des valets… ces idiots l’ont pris pour un vieux papier et l’ont jeté. »
Au sourire qui tenait plutôt du rictus qui étira ses lèvres à cet instant, il était plus qu’aisé de deviner que Perrine n’avait pas eu besoin des valets pour perdre le billet en question, petite habitude dont elle ne parvenait pas à se défaire. Quel dommage… !
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MessageSujet: Re: De l'inconstance des sentiments [la Team Rocket]   De l'inconstance des sentiments [la Team Rocket] Icon_minitime10.09.11 12:40

    - J'ai également entendu parler de Charlotte de Miremont...
    Gabrielle de Longueville distillait avec délectation son venin, tout en sirotant les rafraîchissements que lui avait fait apporter son oncle de Condé. Installée confortablement dans le salon de l'hôtel parisien du prince, elle gardait un œil distrait sur ses deux jeunes cousins Conti qui jouaient avec des petites épées devant elle. Le cadet Louis-Armand, deux ans à peine, se contentait de taper sur le sol avec toute la force de ses petits bras. Gabrielle était agacée par le bruit mais préférait se taire devant l'air ravi de son oncle de Condé. Enfin, pour le moment, son air ravi s'était transformé en grimace et son attention était entièrement détournée des bêtises que pouvaient bien faire les deux jeunes orphelins de père.
    - Charlotte de Miremont également ?
    Louis de Condé avait blêmi et sa moustache avait frémi. Il n'avait plus grand chose en cet instant de l'oncle bienveillant qu'elle connaissait. Lorsqu'elle était enfant, elle avait idéalisé ce prince romanesque et son sens de l'honneur. Aujourd'hui, elle se servait de cette dernière qualité pour se venger d'une des dernières mésaventures que lui avait concocté son cher frère. Car elle n'était pas sans ignorer que Condé était le seul à se permettre de réprimander sévèrement Paris de Longueville depuis la mort de leur père. Gabrielle s'efforça de ne pas sourire devant la mine défaite de son oncle et reprit une gorgée de sa boisson. Elle avait maintenant la certitude que ce détestable séducteur n'aillait pas s'en tirer ainsi. Ne pas se comporter en parfait gentilhomme, galant avec les dames et respectueux de la morale était un crime aux aux yeux de Condé (même si le prince lui-même n'avait jamais vraiment donné le bon exemple). Alors quand il lui avait demandé si les rumeurs sur le compte de Paris étaient véridiques et si elles prenaient de l'ampleur à Versailles, Gabrielle s'était empressée de répondre par l'affirmative. Après tout, elle ne mentait pas, toutes ces filles étaient tombées dans les filets de son frère à un moment donné. L'effarement de Condé s'était accentué au fil des noms qu'elle donnait avec une fausse réticence jusqu'à se transformer en colère. La jeune femme ne fut donc pas surprise de voir Louis de Condé, qui avait soigneusement noté ces informations obtenues de première main, décider de se rendre à l'hôtel Longueville pour houspiller son neveu.

    Gabrielle de Longueville passa le reste de l'après-midi chez Mlle de Scudéry avec laquelle elle s'était réconciliée peu de temps auparavant. Mais elle était distraite malgré tous les efforts de son hôtesse pour la faire participer sur un débat sur le théâtre et sur les mérites comparés de Molière et de Racine. En vérité, elle rongeait son frein et surveillait les minutes qui défilaient. La jeune femme avait hâte de rentrer à son hôtel particulier pour voir la tête furieuse ou ennuyée que ne manquerait pas d'arborer son cher frère. Cependant, elle ne souhaitait pas se retrouver au beau milieu de la mise au point de Condé, raison pour laquelle elle ne rendrait pas immédiatement. Si elle était présente, leur oncle l'impliquerait dans la discussion ce qu'elle ne souhaitait pas. Au cas où Paris ne comprendrait pas sa participation dans l'affaire, il viendrait peut-être se faire consoler chez sa grande sœur bien aimée ce qui était tout aussi délectable que de lui nuire. Elle avait envie de se sentir supérieure, d'en savoir plus que lui. D'avoir une longueur d'avance. Mais surtout, c'était Perrine qui lui faisait défaut. Sa domestique et meilleure amie n'avait pas souhaité l'accompagner dans l'hôtel des Condé en prenant la charge importante de travail qui l'attendait pour prétexte. Gabrielle avait accepté de se séparer d'elle sans faire de remarque. Elle savait fort bien que Perrine s'ennuyait chez le prince car ce n'était pas là que circulaient les rumeurs et car l'humeur y était bien sombre depuis la mort du prince de Conti. Mais elle aurait bien aimé partager cette victoire, certes maigre mais victoire tout de même, sur son frère. Perrine était sans doute la seule à comprendre le lien que partageait la fratrie Longueville. Et la seule à partager tous les plans de Gabrielle pour nuire à Paris. Celle-ci lui vouait une confiance sans limite et ne pouvait se passer de sa compagnie. Pendant le monologue de la délicieuse Sapho qui parlait d'organiser un tournoi poétique lors d'une semaine à venir, la duchesse s'impatientait.

    Dès que la conversation eut dérivé sur la montée en notoriété d'un salon concurrent, celui d'une certaine comtesse de Barres qu'on ne connaissait guère, Gabrielle quitta la compagnie et décida de rentrer. Il lui fallait avoir l'avis de Perrine et surtout apprécier la réaction de Paris. Elle eut la satisfaction de constater que l'équipage de son oncle n'était pas présent mais que les appartements de son frère étaient illuminés, montrant sa présence en ces lieux. Fort bien, elle irait le voir en premier lieu sous le futile prétexte de lui transmettre les amitiés des habitués du salon de Mlle de Scudéry. Elle prêta à peine attention aux valets et monta quatre à quatre les escaliers pour atteindre l'étage réservé à Paris. En se composant un sourire qu'elle espérait naturelle et pas trop goguenard, elle entrouvrit la porte qui donnait sur le salon de réception de son frère dans lequel il aimait à se délasser après une longue journée. Mais personne ne se trouvait là sinon un domestique qui allumait des bougies. Il se détourna de sa tâche pour saluer sa maîtresse.
    - Où est mon frère ? Demanda Gabrielle avec une certaine perplexité.
    Il lui sembla que les joues de l'homme rosirent mais on ne pouvait être sûr de rien dans la lumière tremblotante des flammes.
    - Monseigneur se trouve à l'étage.
    - Chez moi ?
    - Chez vous, Madame.
    - Mais que peut-il bien y faire ?

    Voyant qu'elle ne pourrait rien tirer de plus de cet incapable, Gabrielle se retira plongée dans une certaine confusion vite remplacée par de l'inquiétude. Avait-il découvert ce qu'elle avait organisé ? Qu'elle était responsable de cette remontrance ? Et plus grave, était-il en train de fouiller dans ses affaires ? Le cœur de la duchesse se mit à battre plus vite. N'avait-elle justement pas laissé une lettre d'Hector sur une console de sa chambre ? Perrine avait-elle eu la présence d'esprit de la remettre à sa place, dans son cabinet privé ? Brusquement affolée, elle décida que le meilleur moyen d'être fixé était de se rendre sur place. Elle courut dans les escaliers mais arrivée sur le palier, elle entendit des éclats de voix. Avec qui pouvait bien parler Paris ? Il n'avait jamais présenté aucun intérêt pour ses domestiques. La porte donnant sur sa chambre était entrouverte. A pas de loups, elle se glissa à l'embrasure et jeta un coup d’œil. Ce qu'elle vit la stupéfia. Paris était bel et bien présent mais c'était son attitude qui était étonnante. Elle le connaissait assez bien pour distinguer tous les signes qui montraient qu'il était nerveux. Il s'était raidit, ne parvenait guère à rester en place et surtout il jetait de simples regards à la personne devant lui avant de détourner immédiatement les yeux. Et devant lui... Pas une banale servante mais Perrine en personne. Brusquement dégrisée, Gabrielle fronça les sourcils. Elle savait qu'il avait déjà tenté de séparer sa sœur de sa meilleure amie. Tentait-il à nouveau sa chance ? Pourtant il lui semblait bien que cela faisait une éternité qu'ils ne s'étaient pas revus... Perrine elle-même, sans doute la personne la plus à l'aise en toutes circonstances, paraissait fébrile.

    - Mais tu as raison : tu n’es plus le petit Duc. Et tu aurais tort de t’attarder avec moi, la compagnie de ce… petit ange doit être tellement plus agréable ! A ce propos, je suis navrée, son dernier billet s’est perdu dans les mains des valets… ces idiots l’ont pris pour un vieux papier et l’ont jeté.

    Visiblement la conversation avait pris un tour beaucoup plus personnel. Gabrielle serait bien restée là mais des bruits de pas venaient vers elle et elle ne tenait pas à être surprise en train d'espionner ses propres appartements. Avec un sourire ironique non forcé par cette fois, elle prit une profonde inspiration et entra en ouvrant grand la porte. Comme elle s'y attendait, les deux traîtres qui osaient se rencontrer en son absence sursautèrent et Perrine fit immédiatement mine de se retirer.

    - Comme c'est charmant ! S'exclama-t-elle avec une fausse surprise dont elle savait bien qu'aucun des deux ne serait dupe. Mon frère et ma meilleure amie ensemble ! Non, non, reste, chère Perrine, je ne voudrais sûrement pas déranger votre conversation si passionnée. Je vous en prie, continuez.

    S'approchant de sa coiffeuse, elle fit volte-face pour les fixer tous les deux et distingua sa chatte blanche, Chevreuse qui circulait entre les jambes des jeunes gens dans l'espoir de se faire caresser. Gabrielle se pencha et attrapa l'animal qui se laissa faire en ronronnant. Elle n'aimait pas spécialement les chats, c'était d'ailleurs assez ironique que seul le sien eût survécu à toutes ces années. Mais en ces circonstances, elle se sentait comme ce chat. Comme un énorme chat qui se délectait d'avoir deux souris entre ces griffes et jouait un peu avec eux avant de les dévorer. Elle se tourna vers Perrine avec un large sourire carnassier :

    - Paris devait être en train de dire qu'il était nostalgique de ces années passées en Normandie. Après tout, nous étions si proches tous les trois ! Vous devez avoir tant de choses à raconter, cela fait si longtemps que vous ne vous êtes pas adressé la parole, à croire que notre amitié ne comptait pas. Oh mais je crois comprendre, fit-elle en tournant la tête vers Paris d'un air faussement choqué, maintenant que mon cher frère est devenu un Grand, il croit pouvoir s'affranchir de ses anciennes amitiés...
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Paris de Longueville

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MessageSujet: Re: De l'inconstance des sentiments [la Team Rocket]   De l'inconstance des sentiments [la Team Rocket] Icon_minitime10.12.11 0:06

- Cette pauvre mademoiselle de Coulanges risque d’être bien déçue, grinça-t-elle, J’espère qu’elle ne t’en voudra pas d’ajourner votre petite sortie pour une camériste, voilà qui serait dommage… continua-t-elle, toujours sur le même ton.
Paris souffla sèchement, le regard devenu sec.

-Elle m’en voudra surtout de ne pas avoir été là ce soir en particulier…mais le regard de Perrine, fixé sur le sien, ne pouvait le détourner de ma situation. Sans prêter attention à sa remarque, elle continua sur le même ton goguenard et simplement insupportable aux oreilles de Paris.
- Mais tu as raison : tu n’es plus le petit Duc. Et tu aurais tort de t’attarder avec moi, la compagnie de ce… petit ange doit être tellement plus agréable !
Elle ne prenait même plus la peine de cacher son mépris, enfonçant un à un ses clous dans le cœur du jeune homme. Entendre parler de Diane en ces termes et de la bouche de Perrine ne pouvait qu’être douloureux pour lui.
Crachant, son venin, elle poursuivit.

-A ce propos, je suis navrée, son dernier billet s’est perdu dans les mains des valets… ces idiots l’ont pris pour un vieux papier et l’ont jeté.
-Ne t’inquiète surtout pas, j’ai toute ma nuit pour la retrouver, lança-t-il en devinant pertinemment la jalousie – pourtant mystérieuse ! – de la jeune fille. Elle part pour l’Angleterre sous peu…tu peux t’en réjouir et surtout, ne le cache pas, lui cracha-t-il, amer de la réaction de Perrine, alors qu’il avait tenté – en vain – de calmer la discussion.

Pourquoi devenait-elle si vindicative ?! Il ne l’avait jamais vu ainsi et il restait même persuadé qu’elle avait encore cette innocente adolescente au fond d’elle. Comment avaient-ils pu en venir là ? Déstabilisée par l’attitude de Perrine, Paris ne su quoi répliquer d’autre. Pour une rare fois il ne savait que dire, attendant la sentence de Perrine à chaque mot qu’il pourrait lancer, quel que fut ce mot. Avait-il été si lointain ? Si distant jusqu’à lui manquer de respect ? Il se mordit la lèvre, détestant se voir ainsi acculé face à la jeune femme qu’il avait depuis longtemps mis sur un piédestal d’innocence. Non, Perrine n’était pas celle que manipulait Gabrielle…en réalité, elle semblait tout aut….

- Comme c'est charmant, s’exclama une voix que Paris pouvait reconnaître entre mille ! Mon frère et ma meilleure amie ensemble ! Non, non, reste, chère Perrine, je ne voudrais sûrement pas déranger votre conversation si passionnée. Je vous en prie, continuez.

Paris se retourna vivement vers Gabrielle, les oreilles en feu, ne sachant quelle phrase assassine serait assez venimeuse pour faire taire l’intruse. La voix railleuse de sa sœur aînée ne présageait rien de bon et instinctivement, le jeune homme était resté sur ses gardes, non sans sentir ses forces faiblir entre ces deux femmes qui le connaissaient trop bien. Pourtant, Gabrielle avait attiré son regard comme un aimant, comme elle savait si bien le faire sans même le chercher.
Il fixa Perrine d’un regard noir avant de se forcer à prendre un ton détaché.

-Bonjour Gabrielle, lança-t-il d’une voix morne.
Chaque mot, chaque geste, chaque phrase qu’il allait dire ou faire ces prochaines minutes allaient être épiés et étudiés par Gabrielle, Paris en mettait par avance sa main à couper. Insupportable situation, alors qu’il n’avait souhaité en venant ici qu’enterrer une hache de guerre avec elle !
Il observa du coin de l’œil le manège de la duchesse, laissant planer le silence quelques secondes qui en parurent des minutes.

-J’étais simplement venu te montrer une lettre fort amusante, mais j’ai croisé Perrine et….
- Paris devait être en train de dire qu'il était nostalgique de ces années passées en Normandie, lança-t-elle d’une voix fraîche sans qu’il pu terminer ! Après tout, nous étions si proches tous les trois ! Vous devez avoir tant de choses à raconter, cela fait si longtemps que vous ne vous êtes pas adressé la parole, à croire que notre amitié ne comptait pas.
-Gabrielle, commença-t-il….
-Oh mais je crois comprendre, fit-elle en tournant la tête vers Paris d'un air faussement choqué, maintenant que mon cher frère est devenu un Grand, il croit pouvoir s'affranchir de ses anciennes amitiés...

Déstabilisé, le jeune homme sentit à nouveau chauffer ses oreilles et jeta un regard noir à sa sœur aînée. L’idiote se croyait donc affranchie de tout et de tous ? Comment pouvait-elle se permettre de….. ?! Pourtant, une courte seconde, il senti qu’elle pouvait remporter cette manche. Comment savait-elle l’attraper si facilement dans ses filets, lui faire tomber toutes ses résolutions ?
-Tu te trompes, Gabrielle, se reprit-il d’un ton d’affront en détournant le regard de sa trop envoûtante sœur. Cesse de te permettre des insinuations infondées qui n’alimentent que tes calomnies ! Je...demandais justement à Perrine de m’excuser pour l’apparente froideur que je lui ai témoigné ces dernières années…il se tu un court instant avant de reprendre…et je lui demandais de ne pas m’en tenir autant de rigueur. N’était-ce pas cela, Perrine ?

Il se racla poliment la gorge, content de cette petite prestation qui n’avait pour but que de poser un premier clou sur le bec de la pie qu’était Gabrielle, mais aussi d’exprimer clairement ce que Perrine l’avait empêché de dire depuis quelques minutes.
Mais pris entre Perrine et Gabrielle, entre celle qui avait pris son cœur et celle qui occupait son esprit, Paris était en bien mauvaise posture et sachant pertinemment que Gabrielle n’en resterait pas là, il agrippa fortement le dos du fauteuil, espérant y trouver une force qui le pousse à tenir tête aux deux jeunes femmes.

Il jeta un regard appuyé à Perrine, sentant son cœur se serrer inexplicablement lorsqu’il posa ses yeux dans les prunelles déterminées de la jeune femme ; il espérait pourtant y trouver cette fois un mince appui contre sa langue de vipère de sœur qui s’apprêtait à leur cracher son venin une fois encore. Un regard pouvait pourtant trahir les pensées les plus intimes, mais Paris n’y avait songé lorsqu’il croisa les yeux de Perrine.


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MessageSujet: Re: De l'inconstance des sentiments [la Team Rocket]   De l'inconstance des sentiments [la Team Rocket] Icon_minitime09.01.12 18:18

« Ne t’inquiète surtout pas, j’ai toute ma nuit pour la retrouver, siffla Paris en réponse à sa petite provocation, tirant à la jeune femme qui lui faisait face un regard noir qu’elle ne put rendre aussi détaché qu’elle l’aurait souhaité. Cette Angélique qui portait beaucoup trop bien son nom avait l’exaspérait à un point qu’elle n’admettrait certainement jamais. Elle part pour l’Angleterre sous peu… tu peux t’en réjouir et surtout, ne le cache pas. »
A ces mots, une moue mauvaise tordit la bouche de Perrine, qui ne pouvait se mentir au point de nier que voir partir l’une des ces tenaces conquêtes du jeune Prince qu’elle n’arrivait pas à faire fuir lui procurait un certain plaisir.
« Ah oui ? Et bien tu m’en vois rav… commença-t-elle sans chercher un instant à se dissimuler. »
La conversation avait pris un tour bien trop personnel – et l’espace d’un instant, la camériste en vint presque à bénir la porte qui s’était soudain ouverte toute grande. Mais son soulagement ne fut que de courte durée, et s’estompa aussitôt qu’elle reconnut les traits de Gabrielle.

« Comme c'est charmant ! Mon frère et ma meilleure amie ensemble ! s’exclama la duchesse avec une surprise dont personne ne fut dupe – et qui ne fit que pousser Perrine à se demander avec une pointe d’inquiétude depuis combien de temps elle se trouvait derrière la porte. Elle n’avait que peu de secrets pour elle, mais ces troubles sentiments qui la tiraillaient faisaient partie de ceux-là. Et elle craignait qu’à un œil moins impliqués que celui de Paris, ils aient pu paraître trop évidents dans la conversation soudain interrompue.
Se gardant bien d’exprimer la question à voix haute, néanmoins, elle retrouva opportunément ses réflexe et sa place de domestique, baissa les yeux, et tourna brusquement les talons vers le bac de linge qui avait déjà manqué de la sauver une fois. Mais c’était oublier qui était Gabrielle.
Non, non, reste, chère Perrine, je ne voudrais sûrement pas déranger votre conversation si passionnée. Je vous en prie, continuez. »
Les mains autour du bac, Perrine se crispa l’espace d’un instant et, sur une imperceptible inspiration, se retourna en dardant sur le jeune Longueville un regard aussi noir que celui qu’il venait de lui lancer.

« Il n’y a rien à déranger, nous en avions justement terminé, lâcha-t-elle après qu’il eut salué sa sœur. »
L’air décidé, elle fixa un instant son amie et maîtresse, espérant qu’elle comprendrait par là qu’il n’était pas utile de creuser un peu plus la plaie, mais contrairement aux habitudes de cet étrange trio qu’ils formaient, il semblait aujourd’hui qui ça ne soit plus Gabrielle et Perrine face à Paris, mais Gabrielle seule maîtresse de la situation.
« J’étais simplement venu te montrer une lettre fort amusante, mais j’ai croisé Perrine et…
- Paris devait être en train de dire qu'il était nostalgique de ces années passées en Normandie, le coupa la duchesse, implacable, tout en adressant à Perrine un sourire de prédateur, tirant à celle-ci une moue indéfinissable, entre amertume et ironie. Après tout, nous étions si proches tous les trois ! Vous devez avoir tant de choses à raconter, cela fait si longtemps que vous ne vous êtes pas adressé la parole, à croire que notre amitié ne comptait pas.
- Gabrielle… tenta vainement Paris.
- Oh mais je crois comprendre, fit-elle en tournant la tête vers lui d'un air faussement choqué, maintenant que mon cher frère est devenu un Grand, il croit pouvoir s'affranchir de ses anciennes amitiés... »

Perrine s’entailla l’intérieur de la joue, sans réellement savoir quelles réactions adopter ou contenir. Elle avait toujours, dans ces fréquentes altercations qui opposaient les deux Longueville, su trouver le meilleur parti – qui, lorsqu’ils prenaient tous les trois par à ces conversations, se résumait généralement à celui que formait les deux complices jeunes femmes.
Mais aujourd’hui, alors qu’elle se contentait habituellement d’arbitrer ou d’envenimer les conflits, la demoiselle s’y trouvait bien trop investie à son goût. L’espace d’une courte seconde, elle envisagea l’idée de s’en sortir par l’une de ces vicieuses pirouettes dont elle avait le secret, laissant Paris se débattre seul face à sa sœur, mais il fallut avant cela que le Prince reprenne la parole.
« Tu te trompes, Gabrielle. Cesse de te permettre des insinuations infondées qui n’alimentent que tes calomnies ! Je... demandais justement à Perrine de m’excuser pour l’apparente froideur que je lui ai témoigné ces dernières années… Il se tu un instant, le temps pour la camériste qui ne s’attendait pas à cela, de redresser vivement la tête, et de froncer les sourcils. Et je lui demandais de ne pas m’en tenir autant de rigueur. N’était-ce pas cela, Perrine ? »

Perrine croisa le regard du Prince qui, inconsciemment peut-être, cherchait visiblement un appui. L’espace d’un court instant, elle resta silencieuse, les traits volontairement fermés. Rares étaient les situations où il lui déplaisait autant de pouvoir ainsi décider du tour que pouvait prendre une conversation. Mais les dernières paroles de Paris avaient réussi à la troubler, elle d’ordinaire si sûre d’elle lorsqu’il s’agissait de tenir une telle conversation. S’il était vraiment venu s’excuser pour cela, pourquoi ne pas le lui avoir dit plus tôt ? Certes, elle ne lui en avait guère laissé le temps ; mais Perrine était, on le sait, dotée d’une mauvaise foi à toute épreuve lorsqu’il s’agissait d’admettre ses propres torts.
Parce qu’elle ne pouvait indéfiniment rester silencieuse et que les quelques petites secondes écoulées lui paraissaient déjà énorme, la jeune femme finit par lever les yeux au ciel.
« Nous ne nous sommes pas compris, alors, lâcha-t-elle avec un détachement calculé, jugeant que c’était là la solution la plus prudente. Il t’aurait suffi de le dire… Mais voilà qui répond à tes inquiétudes, Gabrielle : même devenu un Grand, il porte encore un peu d’attention à ses… anciennes amitiés, ajouta-t-elle néanmoins en se tourna vers la duchesse, poussée par un reste de rancœur à ne pas le laisser s’en sortir aussi simplement que cela. »

Une moue lui échappa, un brin mesquine. Elle ignorait si sa petite pirouette aurait l’effet escompté, tant elle était bancale derrière la voix fraîche et assurée qu’elle avait su recouvrer. Mais comme pour s’assurer un peu plus de chance de succès, elle reprit rapidement.
« Mais n’aviez-vous pas quelque chose à montrer à la duchesse ? demanda-t-elle au Prince, se souvenant heureusement des paroles qu’il avait prononcé en pénétrant dans les appartements de Gabrielle. »
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MessageSujet: Re: De l'inconstance des sentiments [la Team Rocket]   De l'inconstance des sentiments [la Team Rocket] Icon_minitime11.03.12 12:11

Spoiler:
 



Que Gabrielle appréciait de se retrouver dans cette situation ! Elle était là, adossée à un fauteuil, serrant un peu trop fort son chat dans ses bras, à regarder se débattre et se noyer ceux qu'elle tenait entre ses griffes. Elle devait bien le reconnaître, c'était une situation inédite. Généralement, dans leur trio infernal, elle ne se trouvait jamais seule face à Perrine et Paris, les deux amies faisant plutôt face au jeune homme. Elle avait toujours eu la certitude de trouver un soutien indéfectible chez sa camériste. Pourtant, en les voyant baisser la tête comme des enfants pris en faute, Gabrielle sut qu'elle avait beau être isolée, elle était en position de force, elle dominait la situation. Son sourire plein d'ironie et de morgue ne trompait personne sur ses sentiments. Elle se délectait de les avoir surpris dans cette position bien compliquée à défendre ce qui parvint même à ne pas lui faire relever cette pointe de jalousie qu'elle sentait grandir dans son cœur. Était-ce la première fois qu'ils se retrouvaient l'un et l'autre dans son dos ? En jetant un coup d’œil à sa meilleure amie, elle se rassura. Bien sûr, Perrine ne pourrait jamais la trahir, comment pouvait-elle seulement en douter ? Si elle ne faisait aucune confiance à son frère, elle ne pouvait en dire autant de sa chère camériste qui avait perdu une bonne partie de son assurance habituelle, comme si, sans doute pour la première fois de son existence, elle désirait se retrouver ailleurs.

Pendant qu'ils s'expliquaient, la jeune duchesse les observa avec une mine amusée, étudiant chacun de leur geste, chacune de leurs inflexions de voix. Elle se baissa pour lâcher l'animal qui ronronnait de mécontentement dans ses bras et le chassa d'un geste de la main. Chevreuse, après avoir lâché un petit miaulement désapprobateur s'enfuit de la pièce pour trouver refuge dans un lieu où elle ne serait pas prise au milieu d'une bataille, n'était-elle que de paroles. Le ton effronté de Paris se contenta d'arracher un haussement de sourcils à la jeune femme. Elle ne l'avait que rarement ainsi, l'air si gêné et si mal à l'aise comme s'il dissimulait (mal) un secret honteux et qu'il craignait que sa sœur ne fonde dessus comme un rapace qui aurait déniché une proie. Il serrait nerveusement le dossier de la chaise derrière laquelle il était debout, faisait blanchir la jointure de ses doigts. Comme pendant une partie de jeu de paume, il renvoya la balle à la demoiselle Harcourt ce qui poussa Gabrielle à garder le silence. Elle n'avait pas l'intention d'apporter la moindre aide à ces deux-là, qu'ils se débrouillent pour trouver des excuses plausibles. Elle ne put s'empêcher de penser qu'il était risqué pour Paris de faire appel à la meilleure amie de sa sœur pour prendre sa défense. Mais dès qu'elle surprit le regard qu'il lança à Perrine et dès les premiers mots de la jeune femme, Gabrielle sentit la colère l'étreindre. Certes, elle n'aurait pas du s'étonner qu'ils fassent front contre elle mais que signifiait donc tout cela ? Si la voix ferme et mesquine de Perrine aurait pu la faire douter des sentiments de celle-ci, son changement brutal de sujet confirma Gabrielle dans ses craintes. Ils avaient bien quelque chose à dissimuler et elle avait peur de savoir ce dont il s'agissait. La mine fort confuse de son frère, sa manière d'éviter les questions gênantes, le regard plein d'espoir qu'il avait lancé à Perrine, tout cela indiquait bien quels sentiments l'agitaient. A vrai dire, Gabrielle s'en était déjà doutée. Il avait suffit qu'il cherche à éloigner son amie d'elle pour que le soupçon naisse. Mais Perrine ? Perrine éprouvait-elle également quelque chose pour son camarade de jeux d'enfance ?

Inexplicablement, Gabrielle se sentait trahie et elle contrôla la colère qui avait coulé dans ses veines pour garder un visage impassible et un air ironique. Mais elle sentait qu'elle avait perdu la partie. Tout ce qu'elle pourrait dire à présent ne serait que des attaques pour sauver l'honneur, un peu désespérées, du genre de celles qu'on lance alors que l'on sait que l'on va mourir mais parce qu'on ne peut pas se résigner à laisser les autres s'en sortir sans blessures. Sa chance était que les deux jeunes gens ne s'étaient certainement pas rendu compte de ce qui s'était révélé à elle. Elle s'approcha de son frère, soudain pleine de haine et de mépris pour celui qui osait lui voler de ce qu'elle possédait et tout ce qu'elle aimait. Elle ne se souvenait pas l'avoir détesté autant qu'en cet instant-là mais peut-être était-ce simplement parce qu'il parvenait toujours à le lui faire oublier lors de leurs réconciliations. Mais cela, à la fois sa volonté de lui enlever Perrine tout comme son affection pour la jeune femme alors que Gabrielle considérait avoir tous les droits sur son cœur, elle ne pourrait jamais le lui pardonner. Dans une tentative pour l'humilier, elle ébouriffa les cheveux de Paris comme une mère l'aurait fait avec son fils et laissa un éclat de rire affreusement faux s'échapper de ses lèvres :

- Et bien, mon petit frère chéri, dites-nous ce que vous avez déniché, nous sommes impatientes, n'est-ce pas Perrine ?

Elle ne se retourna même pas vers la jeune femme pour demander son approbation mais s'écarta de Paris pour se diriger vers son cabinet de toilette en ôtant les premières épingles de ses cheveux. De longues mèches brunes tombèrent sur son visage et dans son dos. Elle savait bien que ces deux traîtres voudraient fuir le plus vite possible de cette désagréable position mais par ces mouvements, elle indiquait qu'elle ne souhaitait pas en rester là. Oh bien sûr, Paris trouverait une excuse pour partir, Perrine appellerait une petite servante pour déshabiller la duchesse mais avant que cela ne puisse signer la défaite de Gabrielle, elle tenait à faire montre d'une dernière bravade.

- Une fois que cela sera fait, Paris se fera un plaisir, j'en suis sûre, de nous expliquer ce qu'il entend par son « apparente froideur »...

Elle les regarda dans le miroir et se retourna vers eux avec un sourire carnassier qui indiquait assez ses intentions :

- Il ne faut pas vous gêner pour moi, voyons, je vous connais bien. A vrai dire, je suis aussi curieuse que Perrine, ne cherche pas à le démentir, ma chère, de savoir pourquoi vous vous montriez froid envers elle et ce qu'il en est vraiment de vos sentiments envers elle, puisque vous semblez dire que vous êtes un habile dissimulateur. Je ne peux croire que vous avez attendu aussi longtemps et notamment attendu que je ne sois pas présente pour faire vos excuses...
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MessageSujet: Re: De l'inconstance des sentiments [la Team Rocket]   De l'inconstance des sentiments [la Team Rocket] Icon_minitime09.04.12 23:32

Les minutes qui passèrent jusqu’à ce que Perrine consente à répondre parurent des heures à Paris. De longues heures qui s’égrenaient lentement sur les aiguilles de l’horloge.
Il savait que dans ce trio, il était en constante opposition contre les deux jeunes femmes ; elles avaient tant partagé depuis leur enfance qu’il s’était longtemps résigné à les séparer, à les monter l’une contre l’autre, sachant cette partie déjà perdue.
Mais aujourd’hui, à son cœur plus qu’à ses yeux, la donne avait changé et ce qu’il ne parvenait à avouer à Perrine lui faisait espérer que la jeune femme se range de son côté. Paris connaissait bien assez le venin de sa sœur pour le craindre.

-Nous ne nous sommes pas compris, alors, lança enfin Perrine en levant les yeux au ciel. Ce simple geste enfonça un clou dans le cœur du jeune homme qui voyait-là la paix s’éloigner. Il t’aurait suffi de le dire… Mais voilà qui répond à tes inquiétudes, Gabrielle : même devenu un Grand, il porte encore un peu d’attention à ses… anciennes amitiés.

Paris ne pu que serrer les dents et ses doigts se crispèrent à nouveau sur le dossier du fauteuil. Il n’osa lever un seul regard vers Gabrielle, imaginant déjà son aînée jubiler de le voir en si mauvaise posture. Perrine lui en voulait-elle tant?! Ne pouvait-elle pas comprendre qu’il cherchait ce jour-là à être franc avec elle et que cela ne pouvait se faire qu’en l’absence de Gabrielle?
Il se sentait pris au piège tel un lièvre, retenant la déconfiture de se lire sur son visage. Il fixait toujours Perrine pour éviter toute confrontation avec Gabrielle, mais il ne pu s’en empêcher, au moment où Perrine tentait bien trop maladroitement de changer de sujet.
Etait-ce là une tentative pitoyable pour lui montrer qu’elle tenait également Gabrielle à l’écart de leur discussion ? Il l’espéra, mais il avait tant espéré de Perrine toutes ces dernières années qu’il ne savait réellement qui se cachait derrière ce sourire forcé.

En réalité, Paris n’avait plus aucune envie de montrer à Gabrielle sa dernière trouvaille. Celle-ci se méritait et il préférait la montrer à d’autres qu’à celle qui s’ingéniait en ce moment à détruire tout ce qui pouvait y avoir de bon en lui.
Profitant de l’instant où Gabrielle s’était levée, il jeta un regard entendu à Perrine, espérant qu’elle comprenne l’inutilité de sa question. Mieux, si la camériste pouvait comprendre qu’il était temps d’en finir, il respirerait.
Mais ses yeux se déportèrent sur Gabrielle qu’il assassina du regard et il rejeta fermement la main qui lu avait ébouriffé les cheveux.
- Et bien, mon petit frère chéri, dites-nous ce que vous avez déniché, nous sommes impatientes, n'est-ce pas Perrine ?
-Otes ta main, Gabrielle, lui lança-il d’une voix mauvaise en se dégageant. Il l’avait souvent détesté, mais peut-être en cet instant la haïssait-il simplement. Il ne ressentait plus aucune envie d’aller la chercher pour qu’elle se fasse pardonner, ni même de jouer ce petit frère devant qui ses barrières fondaient. Il ne voyait à présent là qu’une harpie qu’il souhaitait éloigner le plus possible. Gabrielle était pire qu’une sangsue lorsqu’elle souhaitait aspirer le moindre petit secret que l’on conservait. Il était capable de l’aimer bien trop, mais de la détester en peu de seconde et lorsqu’elle s’installa, détachant ses longs cheveux qui tombèrent sur ses épaules, il n’aspirait plus qu’à quitter la pièce et se réfugier à Versailles jusqu’à temps que la sorcière se calme.

Mais quitter la pièce et l’hôtel, c’était capituler et cela, Paris en était désormais incapable. Tant que Perrine n’avait osé affronter son amie, il ne quitterait pas l’endroit.
- Une fois que cela sera fait, Paris se fera un plaisir, j'en suis sûre, de nous expliquer ce qu'il entend par son « apparente froideur. Gabrielle pivota, mesquine, leur faisant face. Il ne faut pas vous gêner pour moi, voyons, je vous connais bien. A vrai dire, je suis aussi curieuse que Perrine, ne cherche pas à le démentir, ma chère, de savoir pourquoi vous vous montriez froid envers elle et ce qu'il en est vraiment de vos sentiments envers elle, puisque vous semblez dire que vous êtes un habile dissimulateur. Je ne peux croire que vous avez attendu aussi longtemps et notamment attendu que je ne sois pas présente pour faire vos excuses...
Paris ravala son propre venin pour s’efforcer de rester calme, mais l’envie d’égorger Gabrielle sur place fut néanmoins forte. Parfois, il se plaisait à penser que leur tante à Châteauroux aurait bien une chambre pour accueillir Gabrielle.
-Tu le dis parfaitement, ma chère sœur, répondit-il en insistant ironiquement sur ces derniers mots, si je suis si habile dissimulateur, c’est que certaines choses se doivent de t’échapper assez longtemps, pour que je puisse profiter d’une paix relative. Ne crois pas ton nez assez supérieur pour lui permettre de fouiller les affaires personnelles de tes proches.

Le geste humiliant de Gabrielle, s’il l’avait d’abord rabaissé, avait rapidement fait bouillir son sang et il se retenait de ne pas la gifler…elle et son petit air supérieur si détestable à cet instant.
-Puisque tu parles de sentiments, continua-t-il d’une voix aigre, sache que si tu penses que nos consciences t’appartiennent, nos sentiments nous restent propres. En cela ils te seront toujours fermés tant que nous ne décidons à te les dévoiler.
Il n’avait lâché le fauteuil des mains, la peau blanchie à force d’enserrer le dossier. Qu’importe ce que pensait Perrine de cela, il voulait bien plus faire comprendre à Gabrielle qu’aujourd’hui, il n’était pas ce jouet entre ses mains. L’humilier avait été une piètre méthode pour l’enfoncer dans son malaise.
-J’espère, Perrine, que tu te sens assez libre pour accepter ce que j’ai souhaité te dire depuis de nombreuses minutes, ajouta-t-il d’une voix tranchée avant de lâcher enfin le fauteuil.

Il avait jeté un dernier regard noir à Gabrielle au travers du miroir et avait ressorti la petite lettre pliée qu’il agita devant son nez.
-Quant à cela, je n’ai plus envie de le partager avec toi. Ni cela, ni d’autres choses d’ailleurs. Il rangea la lettre et termina d’une voix hautaine. J’espère que ton voyage sur nos terres en Normandie sera pour bientôt, j’ai bien hâte de ne plus te voir hanter cet étage. Perrine, dit-il enfin avant de quitter le salon, pardonne-moi encore, j’espère pouvoir bientôt terminer cette conversation sans ce suppôt de Narcisse accroché à mes basques, si tu le veux bien.
Il avait lancé cette dernière phrase assez haut pour que Gabrielle n’en perde aucune miette. Paris avait bien souvent ressenti cette possessivité de son aînée envers sa camériste et l’attitude aigre de Gabrielle semblait lui donner raison sur ce point. Ainsi, lancer face à elle que Perrine et lui pourraient se retrouver seuls sans elle était un dernier coup d’estoc, qu’il espérait avoir correctement visé.

-Adieu, mesdemoiselles, lança-t-il d’une voix pleine d’orgueil. Il claqua la porte, préférant ne pas songer aux deux jeunes femmes jusqu’à ce qu’il fut rentrée dans ses appartements.


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MessageSujet: Re: De l'inconstance des sentiments [la Team Rocket]   De l'inconstance des sentiments [la Team Rocket] Icon_minitime21.06.12 17:05

La seule chose dont put être sûre Perrine fut que ses dernières paroles n’avaient eu l’effet escompté ni sur Gabrielle, ni sur Paris. Rares étaient les conversations où on la pouvait voir si maladroite, mais cette fois, elle eut la très désagréable sensation d’accumuler les erreurs dans ce qui n’était ni plus ni moins qu’une partie tout particulièrement serrée entre les trois membres d’un trio qui ne cessait de se déchirer.
Pour être certaine de l’inutilité de sa pirouette, il suffit au regard acéré de la camériste de noter la soudain raideur de Gabrielle et la façon dont les doigts de Paris s’étaient à nouveau crispés sur le dossier du fauteuil. Et dire qu’elle avait espéré réussir à concilier les deux camps, entre lesquels elle était ballotée depuis l’entrée de la duchesse...

Cette dernière mit un terme au court silence qui avait suivi les paroles de Perrine, en se fendant d’un éclat de rire terriblement artificiel. A son tour, la jeune domestique se crispa et comme pour se donner contenance, déposa à nouveau le panier de linge qu’elle n’avait toujours pas lâché sur l’un des fauteuils.
« Et bien, mon petit frère chéri, dites-nous ce que vous avez déniché, reprit Gabrielle en ébouriffant les cheveux de son frère, nous sommes impatientes, n'est-ce pas Perrine ? »
L’intéressée haussa les épaules, leva les yeux au ciel et darda deux prunelles qui se voulaient neutres sur le Prince furieux.

Elle allait répondre, bien que la duchesse n’ait pas réellement demandé son assentiment, mais celle-ci lui coupa l’herbe sous le pied après s’être retournée vers une petite coiffeuse depuis laquelle elle ne les lâchait des yeux dans son miroir. Perfide Gabrielle ! C’était l’une des nombreuses facettes de sa personnalités qui trouvaient tant d’échos dans celle de Perrine, l’un des points sur lesquels elle s’accordait terriblement bien, mais aujourd’hui la camériste ne put s’empêcher de regretter de ne point l’être un peu plus. Sans doute aurait-elle réussi à se sortir de là indemne, si les scrupules et le trouble ne l’arrêtaient pas.

« Une fois que cela sera fait, Paris se fera un plaisir, j'en suis sûre, de nous expliquer ce qu'il entend par son « apparente froideur », continuait la vipère en se tournant veux eux. Il ne faut pas vous gêner pour moi, voyons, je vous connais bien. A vrai dire, je suis aussi curieuse que Perrine, ne cherche pas à le démentir, ma chère, de savoir pourquoi vous vous montriez froid envers elle et ce qu'il en est vraiment de vos sentiments envers elle, puisque vous semblez dire que vous êtes un habile dissimulateur. Je ne peux croire que vous avez attendu aussi longtemps et notamment attendu que je ne sois pas présente pour faire vos excuses... »

Perrine resta muette, croisant les bras devant sa poitrine pour s’éviter tout geste d’impatience. Les questions que posaient son amie n’étaient au fond pas infondées et si elle-même ne brûlait pas d’en entendre les réponses, c’était par peur de ce qu’elles pouvaient être et non par désintérêt. Seulement, l’instant était on ne peut plus mal choisi et, sans qu’elle n’en laisse rien paraître, la demoiselle ne put qu’approuver intérieurement les paroles de Paris.
« Tu le dis parfaitement, ma chère sœur, si je suis si habile dissimulateur, c’est que certaines choses se doivent de t’échapper assez longtemps, pour que je puisse profiter d’une paix relative. Ne crois pas ton nez assez supérieur pour lui permettre de fouiller les affaires personnelles de tes proches. Puisque tu parles de sentiments, continua-t-il d’une voix aigre, sache que si tu penses que nos consciences t’appartiennent, nos sentiments nous restent propres. En cela ils te seront toujours fermés tant que nous ne décidons à te les dévoiler. »
Ce « nous », l’évocation de « sentiments » firent froncer les sourcils à Perrine qui se rendit compte que ses doigts jouaient nerveusement avec un pan de sa robe, tandis que son regard fermé passait régulièrement de la duchesse au prince. Son silence, obstiné, était une manière comme une autre de s’éloigner du conflit - et elle souhaita de toutes ses forces pouvoir le conserver jusqu’au départ de Paris, qui ne saurait tarder.

Mais comme s’il avait entendu ces pensées, le Prince contraria ses projets.
« J’espère, Perrine, que tu te sens assez libre pour accepter ce que j’ai souhaité te dire depuis de nombreuses minutes, lança-t-il, ce à quoi l’intéressée répondit d’abord par une moue amère.
- Encore faudrait-il que tu aie dit quelque chose de précis, marmonna-t-elle pour sauver les apparences face à Gabrielle, mais en jetant au jeune homme un regard qui démentait presque ses paroles. »
Elle se garda bien d’ajouter quoi que ce soit, et le vit avec soulagement brandir la lettre qui n’avait finalement pas été l’objet de toutes les attentions.
« Quant à cela, je n’ai plus envie de le partager avec toi. Ni cela, ni d’autres choses d’ailleurs. J’espère que ton voyage sur nos terres en Normandie sera pour bientôt, j’ai bien hâte de ne plus te voir hanter cet étage. Perrine, pardonne-moi encore, j’espère pouvoir bientôt terminer cette conversation sans ce suppôt de Narcisse accroché à mes basques, si tu le veux bien, conclut-il tout haut, avec l’intention évidente d’être audible des deux femmes, et surtout de Gabrielle. Adieu, mesdemoiselles. »

Là-dessus, il tourna les talons et claqua la porte des appartements de Gabrielle. Perrine resta quelques secondes immobiles, les yeux fixés sur le battant que Paris venait de refermer. Elle s’entailla vivement la lèvre, et inspira avant de tourner un regard indéfinissable vers la duchesse à laquelle elle ne pouvait s’empêcher d’en vouloir - un peu.
« Je suppose que tu es fière de toi... osa-t-elle souffler platement. Il était juste venu te montrer une lettre, il n’y avait pas de quoi provoquer une scène pareille. »
Etait-ce un soupçon de regret que l’on pouvait lire derrière cette horrible mauvaise foi ? Sans doute. Quant à ce qu’elle regrettait, elle même ne le savait vraiment. De n’avoir pu mener à bien cette conversation ? De n’avoir pas entendu tout ce que Paris avait à lui dire ? Pour l’heure, la seule chose lui apparaissant clairement était la situation de porte-à-faux dans laquelle elle s’était placée.

Au coin de la porte, Chevreuse pointa à nouveau le bout de son nez, comme si elle avait senti que l’orage avait fini par passer. Perrine lui jeta un regard désintéressé puis alla définitivement se saisir du panier à linge. Fermement, elle se tourna vers son amie et lui adressa un sourire qui souhaitait enterrer la hache de guerre qu’elle n’avait pas encore réellement sorti.
« Je tâcherai de savoir ce qu’il y avait dans ce pli, la façon dont il est entré le montrer m’a rendu trop curieuse pour renoncer. »
Là-dessus, elle appela la petite servante qui s’occupait de Gabrielle lorsqu’elle-même n’était pas là et avant qu’elle n’entre, sortit à son tour de la pièce pour aller déposer son chargement à la lingerie déserte. Elle y resta un moment, vaquant à ses devoirs de simple domestique avant de retourner auprès de la duchesse.
Mais au fond, elle s’y était résolue : cette conversation avec Paris n’était que partie remise.
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MessageSujet: Re: De l'inconstance des sentiments [la Team Rocket]   De l'inconstance des sentiments [la Team Rocket] Icon_minitime10.07.12 17:57

L'amertume de se sentir trahie laissait un goût désagréable dans la gorge de Gabrielle mais rien dans ses mouvements, dans l'expression de son visage ou même dans l'éclat dangereux de son regard ne le laissait paraître. Un fin sourire ironique flottait sur ses lèvres et comme un chat, elle observait ses proies se débattre entre ses griffes, multiplier les erreurs avant d'enfin trouver la sortie pour s'échapper. Mais ce sourire était faux, ces paroles étaient teintées d'aigreur. Malgré sa position de force, elle avait perdu cette manche. Pire encore, ce qu'elle soupçonnait, ce lien qui existait entre Perrine et Paris et dont elle ne s'était pas assez méfiée, sinon il aurait été détruit avant même de pouvoir se développer – elle se serait fait un plaisir de l'étouffer car Perrine tout comme Paris lui appartenaient, à elle avant tout autre, ce lien donc venait de prendre forme sous ses yeux et il faudrait plus que quelques piques pour effacer cela. Mais Gabrielle n'était pas du genre à baisser les bras et les deux traîtres qui lui faisaient face la connaissaient assez pour s'en douter. Si elle capitulait pour ce soir, le bras de fer continuerait, le sujet reviendrait dans les conversations. On ne pouvait laisser Gabrielle à l'écart bien longtemps même si on le voulait. Les relations entre les trois amis d'enfance étaient bien trop fusionnelles et retorses pour cela.

La duchesse pinça les lèvres en déposant les épingles qui retenaient jusque-là ses cheveux. Ses longues boucles brunes tombaient désormais en cascade dans son dos et elle les rejeta négligemment en arrière. Décoiffée, les traits tirés et fatigués, les dernières semaines avaient été riches en intrigues et en préparatifs pour son voyage, elle paraissait beaucoup plus jeune, presque une enfant. Une enfant à l'air innocent mais ne disait-on pas que le diable se dissimulait derrière les apparences les plus juvéniles ? De toute façon, elle s'accorda à peine un regard et ses yeux se fixèrent sur le reflet de Perrine, restée dans son coin avec sa panière de linge, rêvant sans nul doute de fuir sa position délicate entre les deux frère et sœur ennemis et celui de Paris, toujours crispé sur son fauteuil. Elle attendait leurs réactions pour les étudier. Tout connaître d'eux pour mieux contrôler la situation. Et son frère ne la déçut pas. Bien entendu, il ne se mit pas en colère, ne tempêta pas contre elle, contre sa malheureuse tentative de l'humilier, non, il ne perdit pas la face, elle n'en espérait pas tant. Rien que de deviner derrière les quelques paroles qu'il prononçait pour sa défense la colère qui bouillait en lui, la haine qu'il avait à son égard lui procurait une vraie jouissance. Elle avait réussi à le toucher. Un vrai sourire éclaira ses traits et sans chercher à répondre à sa provocation, Gabrielle affecta de saisir un linge pour ôter son maquillage comme si tout ce qu'il pouvait cracher ne la concernait pas. Après tout, il était dans ses propres appartements, c'était bien un moyen comme un autre de le lui montrer. C'était lui qui n'était pas à sa place.

- Mon cher frère, apprends que si tes sentiments te sont propres, en parler dans ma chambre, avec ma camériste et mon amie n'est pas le meilleur moyen de tenir mon nez à l'écart, comme tu le dis, prononça la jeune femme d'un ton guilleret.

Il ne l'écoutait pas et tout dans son attitude disait que la conversation était finie. Il avait lâché le dossier et s'apprêtait à partir. Qu'espérait-il ? Qu'elle les laisse à leurs explications sirupeuses ? Qu'elle se défende d'intervenir ? Qu'elle oublie qu'à peine quelques semaines plus tôt, elle avait découvert qu'il avait cherché à l'éloigner de la cour à la demande d'une pimbêche, paix à son âme ? Elle avait cru tenir sa revanche en allant distiller son venin auprès de l'oncle Condé, peut-être serait-il venu se faire consoler auprès d'elle des réprimandes du prince, la soirée aurait dû se terminer sur leur réconciliation, elle le serrant dans ses bras et fustigeant avec hypocrisie la sévérité de l'oncle. Mais cette journée était définitivement gâchée. Ils se quitteraient pour des semaines, brouillés. Et bien tant pis pour lui ! Gabrielle eut une petite moue devant la lettre que brandissait son frère. Dire que ce petit bout de papier avait tout déclenché. Un vague intérêt la poussa à jeter un œil sur lui mais un mépris souverain lui fit hausser les sourcils. Malgré sa curiosité naturelle, elle s'en détourna. Que pouvait bien valoir n'importe quelle information en cet instant, en plein milieu du cataclysme qui avait secoué les Longueville ?

- Rassure-toi, Paris, nous partons bientôt, nous avons même rallongé notre voyage pour partir dans le sud, aux alentours de Toulouse. Sois donc assuré que Perrine et moi allons te laisser seul un certain temps, tu pourras t'occuper de tes petites affaires sans nous avoir dans les pattes...

L'idée qu'ils puissent se revoir dans son dos la fit de nouveau bouillir de rage mais elle s'efforça de garder la tête froide pour ne pas perdre son calme. Mais après ce dernier coup réussi, Paris était sorti en claquant la porte sans qu'elle puisse réagir. Ça y est, c'était terminé. Du moins le pensait-elle car le jeune homme parti, toute la rancœur de Gabrielle se reporta sur la personne qui restait, celle qui l'avait trahie. L'unique personne au monde en laquelle elle avait une totale confiance. Se décidant enfin à quitter le miroir des yeux, elle fixa la silhouette de Perrine en silence, un peu songeuse. Toute la tension qui aurait du disparaître avec Paris demeurait, à son grand regret. Ce fut la jeune camériste qui craqua la première en soufflant :

- Je suppose que tu es fière de toi... Il était juste venu te montrer une lettre, il n'y avait pas de quoi provoquer une scène pareille.

Un soupçon de regret, celui d'avoir pu blesser Perrine, ce qu'elle n'avait jamais voulu mais qu'elle avait sans doute réussi à faire dans son obsession de provoquer son frère, étreignit le cœur de Gabrielle mais cela ne dura que quelques secondes. Elle se contenta de pousser un soupir un brin méprisant. Si son amie avait décidé de ne pas ouvrir les yeux sur les véritables enjeux de cette scène qui venait de se dérouler sous ses yeux, grand bien lui fasse ! Cette lettre n'avait rien à voir avec le cœur du problème, elle n'avait été qu'un prétexte. Mais dans l'hypothèse où Perrine se voilait la face, la duchesse préféra ne pas insister davantage. Elle se sentit terriblement lasse. Après tout, leur départ était pour bientôt, il était temps qu'elle prenne des forces, elle en avait besoin.

- Je tâcherai de savoir ce qu'il y avait dans ce pli, la façon dont il est entré le montrer m'a rendu trop curieuse pour renoncer.

Perrine souriait désormais et Gabrielle lui répondit de la même façon. Elle retrouvait là sa meilleure amie qui savait se faufiler pour trouver les informations. Même elle avait bien conscience que la jeune femme ne trouvait là qu'un moyen pour changer de conversation.

- Si tu le souhaites... Je le saurai bien tôt ou tard. Notre prochain départ est bien trop important pour ce genre de distractions.

Au moment où la camériste s'apprêtait à quitter la pièce, Gabrielle l'interpella d'une voix claire :

- Perrine ! Tu sais que je ne t'ai jamais rien demandé de ce genre... Mais fais quelque chose pour moi. Ne vois plus Paris sans que j'en sois avertie. C'est tout ce que je veux... Cesse de le voir.

Le ton était cette fois-ci devenu menaçant mais la duchesse ne s'intéressa pas à la réaction de son amie et se retourna vers sa coiffeuse tandis que Chevreuse venait se frotter à elle. Elle l'écarta d'un geste du pied et sentit plus qu'elle ne vit le départ de Perrine. Pendant les quelques instants où elle resta seule en attendant l'arrivée de la petite servante pour la déshabiller, elle se prit la tête entre les mains, épuisée. Une nouvelle guerre venait de commencer. Mais cette fois-ci, elle se retrouvait isolée dans son camp.
Il était temps de partir, d'éloigner Perrine et Paris l'un de l'autre. Et de mettre en œuvre son grand projet. Oui, elle ne devait plus avoir que cela en tête maintenant. Aussi difficile cela soit-il.


FIN




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