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 Compliment ou Remontrances ...

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MessageSujet: Compliment ou Remontrances ...   Compliment ou Remontrances ... Icon_minitime22.02.10 14:01

Quel orgueil brillât dans ses yeux alors qu'il regardait une autre fois le petit ange posait dans son berceau. La jeune nourrice qu'il avait embauché -une brave femme de la campagne qui avait les seins plein de lait- se recula, le laissant profiter de son fils. Doucement, il se pencha sur le berceau.
Depuis que le petit était né, il ne se passait pas une journée sans qu'il vint dans cette chambre, proche de la sienne d'ailleurs.

Il était fier, fier au possible de son petit héritier. Et de son épouse aussi, également. Lorsqu'il l'avait épousé, il avait craint qu'elle ne soit pas capable, vu sa jeunesse, de lui donner cette descendance qu'il espérait nombreuse.
Lui-même venait d'une famille nombreuse et unie. Le mariage de ses parents n'était motivé que par l'amour. Ils avaient eu dix enfants. Godefroy était le quatrième et aussi le premier mâle. L'héritier des titres des Duc de Bouillon, de prince de Sedan. C'était ses titres qui serait remis à ce fils tant attendu. Il leur avait fallu trois longues années de mariage pour l'obtenir. A n'en pas douter, l'âge de la promise avait eu son importance!

Maintenant, il avait hâte que la famille s'agrandisse, mais il laissait bien entendu à son épouse le temps de se remettre. La jeune femme avait vite repris ses habitudes à la Cour et pour cela, Godefroy-Maurice lui en voulait un peu. Il aurait voulu, aurait souhaité qu'elle reste un peu plus longtemps à leur hôtel particulier. C'était plus ainsi qu'il voyait le rôle d'une épouse.

Il avait pour exemple de ce rôle d'épouse une seule: sa mère, Eléonore-Catherine, qu'il avait admiré longtemps. Elle était toujours disponible, douce, n'élévant jamais la voix, fervente catholique, elle respectait Dieu comme personne. Godefroy aurait souhaité une épouse à sa mesure …

Mais là, il n'en était rien. Bavarde et pleine d'esprit, la jeune Marianne aimait la Cour et les salons littéraires. Ce n'était point un péché, certes … Mais c'était surtout une manière de faire qui déplaisait souverainement au jeune Duc.
Traversant la maison, il rejoint la bibliothèque, il avait quelques papiers à traiter avant de recevoir la jeune mère de son fils. Leur hôtel était assez grand et fort bien fait. Godefroy aimait y vivre même si il savait que bientôt un voyage dans son domaine de Sedan s'imposerait: ses prérogatives de duc devait s'exercer!

Avisant sur son bureau une lettre de sa sœur aînée, Godefroy s'y assit et lut les nouvelles que Élisabeth lui envoyait. La jeune femme, mariée à un homme bien plus âgée qu'elle, n'avait pour réconfort que ses enfants. Au nombre de quatre, ils pullulaient dans les missives d'Élisabeth qui racontait sans cesse leurs aventures. Godefroy-Maurice en souriait, espérant que bientôt, lui aussi verrait gambader le petit duc, Louis-Charles.

Soudée, la famille de la Tour d'Auvergne l'était et Godefroy recevait des lettres de tout un chacun. Pêle-mêle sur son bureau, dans la bibliothèque de l'hôtel de Bouillon, on voyait des lettres de son frère Frédéric. Ce dernier le félicitait de la naissance de l'héritier, tout en lui avouant qu'il attendait la même faveur de son épouse: depuis quatre ans, leur mariage se révélait stérile … La mère de Godefroy lui écrivait également, donnant des nouvelles de ses frères et sœurs toujours au château familial. Mauricette-Fébronie était de ce fait au centre des dernières lettres. Elle venait d'atteindre l'âge de 14 ans et il serait bientôt temps de l'unir à son promis.

La pendule sonna 16h. Il avait enjoint à Marianne de le rejoindre dans la bibliothèque à cette heure et il espérait qu'elle serait prompte à lui répondre. La ponctualité était une qualité appréciable chez tous et d'autant plus chez une épouse.

Godefroy ne lui avait pas fait savoir la raison de sa visite: il ne s'y sentait pas obligé et préférait de loin lui faire la surprise. C'était une bonne nouvelle qu'il espérait lui apporter. Non point une réprimande. Bien qu'il devrait peut-être commencer par cela. Sans doute devrait-il expliquer à Marianne qu'elle était priée de lui demander son autorisation pour sortir en soirée ou qu'une jeune épouse, tout juste mère, se devait de sortir moins et surtout dans des tenues plus adaptée à sa position.

Un instant, il faillit soupirer et préféra à cela, se lever pour aller chercher le présent qu'il comptait lui remettre. Un petit paquet mystérieux prit place sur le bureau tandis qu'il posait son regard sur la grande pendule armoiriée.
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Marie-Anne Mancini

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MessageSujet: Re: Compliment ou Remontrances ...   Compliment ou Remontrances ... Icon_minitime22.02.10 14:57

Marianne n’était pas dotée de cet instinct maternel, fort présent chez certaines femmes, mais devant cet enfant, ce bébé endormi aux petits poings fermés, elle ne pu empêcher son cœur d’être attendri, mais aussi fier de cet enfant. Elle regrettait parfois ne pouvoir le tenir plus longtemps dans ses bras, le bercer, le consoler avec autant de soins que sa nourrice, mais elle savait profiter de ces rares instants auprès de lui pour faire ressortir la fibre maternelle qui sommeillait en elle.
Elle passa doucement sa main sur les fins cheveux épars de Louis, le regardant silencieusement dormir.

Des sentiments contradictoires naissaient en elle. L’envie d’être une mère présente et exemplaire pour cet enfant, était teintée de ce désir de ne pas s’attacher à ces devoirs qui restreindraient peut-être ses libertés actuelles. Comment, à 17ans, pouvait-elle profiter de sa pleine jeunesse, tout en étant présente pour son fils ?

Son fils.

Leur fils.

Godefroy s’était montré fort complaisant avec elle depuis cette naissance, tendre, presque. L’idée de le duper, de lui cacher certains de ses actes la plongeait dans la culpabilité, alors que le duc se montrait si patient envers elle.

Sans ôter sa main de Louis, elle ferma un instant les yeux, réfléchissant à tout ce qui s’était passé jusqu’alors. Son époux souhaitait lui parler en privé, et bien qu’il s’était jusqu’alors montré attentionné envers elle, Marianne soupçonnait toujours une autre affaire gardée au second plan.
Malgré leur relative proximité et la confiance qu’elle avait en lui, elle savait qu’il n’était homme à se laisser mener aisément comme elle agissait avec d’autres. Il était celui qui la connaissait le mieux, et le plus amène à deviner quelques actions peu glorieuses de sa femme. Même sans connaître les fondements de certaines, il savait lui montrer sa désapprobation.

Elle se mordit légèrement la lèvre inférieure en songeant à l’éventuel courroux de Godefroy, si quelques éclats – notamment ses derniers – lui étaient parvenus. Par esprit de contradiction, par refus de voir sa liberté enclavée, elle n’avait jamais cherché à se montrer plus proche qu’il ne fallait envers son époux, mais cette indicible attirance qu’elle sentait lui faisait peur. Elle n’en connaissait pas les raisons, et ne les cherchait pas, toutefois, elle savait qu’il avait sur elle un ascendant dont peu pouvait se vanter.
Sa raison refusait qu’elle se laisse à écouter ce que son cœur – ça ne pouvait être que lui – lui indiquait. Mais elle ne pouvait empêcher ce sentiment de culpabilité s’insinuer, alors qu’à son esprit, le visage du duc apparaissait.

Son regard se posa à nouveau sur son fils. Ce désir d’être cette mère exemplaire grandit en elle, atténuant les sombres pensées qu’elle avait eues alors. Elle saurait se montrer à la hauteur, non pas comme elle l’était avec ses deux neveux, si proches d’elle, mais comme cette mère qu’avait été Girolama. Elle saurait l’élever comme ce digne héritier qui devait succéder à son père, lui inculquant ce qu’il devrait savoir, choisissant pour lui les précepteurs les plus brillants.
Elle voulait qu’il soit à la hauteur de ses espérances, qu’il fasse taire à jamais ces rumeurs qui courraient sur elle. Une
manchine, comme on l’appelait alors, saurait faire de son fils un véritable duc de Bouillon.
Toutes ses culpabilités s’évanouissaient face à ces pensées, et l’envie d’être pour Godefroy une épouse exemplaire reprenait le pas sur ses ressentiments.
Elle sourit tendrement à Louis-Charles, caressant une dernière fois le duvet blond du garçonnet, et se leva, laissant la place à la nourrice.


-Madame, je crois que cet enfant aura plus d’amour qu’il ne lui en faudrait ! Monsieur le duc, qui est venu à l’instant, a posé sur lui ce même regard !

Marianne sourit doucement à la nourrice, et quitta silencieusement la pièce en direction de la bibliothèque. Elle songea ironiquement qu’en cas d’une quelconque ire de la part de son époux, l’endroit était fort bien choisi…elle s’y sentait comme dans ses propres appartements. L’odeur des livres, leur simple vue la rassurait, la confortait dans son élément, empêchant toute sombre pensée de s’immiscer dans son esprit.

Elle frappa doucement à la porte, et tourna silencieusement la poignée dorée, avant de refermer la porte sur elle.
Elle observa ainsi son mari, le visage apaisé, assis à ce bureau, où elle savait que les lettres de sa nombreuse famille s’entassaient, lui procurant quelques instants en dehors de toutes ses préoccupations quotidiennes.
Eux-mêmes auront-ils cette postérité ? Saurait-elle se montrer à la hauteur de cet époux, qui savait se montrer si attentionné envers elle ? A nouveau, la culpabilité occupa ses pensées, alors qu’elle s’avançait vers lui, cette expression si angélique qu’elle savait adopter en toute circonstance, sur son visage encore juvénile.


-Pardonnez mon léger retard, je me suis laissée un instant attendrir par notre fils.
Vous souhaitiez m’entretenir d’une affaire particulière ?


Elle jeta un œil rapide sur les papiers jonchant le secrétaire et sourit à son mari.

-J’espère que votre famille se porte bien !

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MessageSujet: Re: Compliment ou Remontrances ...   Compliment ou Remontrances ... Icon_minitime22.02.10 15:52

Godefroy-Maurice était affairé à lire les dernières nouvelles familiales quand son épouse lui fit le plaisir d'entrer. Elle plaquait son sur jeune visage un air angélique que Godefroy savait cacher quelque chose. Il saurait bientôt de quoi il en retournait. Il était absolument hors de question pour lui que sa délicieuse épouse lui cache quoi que ce fût. Relevant les yeux vers elle, il vit d'un même temps la belle pendule à laquelle il tenait tant et qui indiquait qu'elle était en retard.

Se levant, il alla à sa rencontre et l'emmena vers les doux fauteuils où l'on pouvait se perdre des heures dans la contemplation des histoires merveilleuses tirées des livres ou bien s'instruire du passé vivant et émérite des générations précédentes.


-Je vous pardonne d'autant plus votre retard qu'il a une cause qui me semble bien noble, Marianne.

Oui, pouvait-il reprocher à sa jeune femme de rester auprès de son fils? Il aurait souhaité pourtant qu'il en fut plus souvent ainsi. Les retards de Marianne lors de salons littéraires ou de festivités à Versailles étaient bien rares:

-J'aimerais pourtant que vous mettiez autant de ponctualité chez nous que lorsque vous allez à Versailles …

Une remarque anodine, rien de plus, sans doute … Godefroy-Maurice n'était pas du genre querelleur, à moins que son épouse ne dépassât un certain point au-delà duquel il ne pourrait rien supporter de plus. Et il serait trop tard pour la délicieuse Marianne.

La situation n'en était pas là, fort heureusement et il désigna un siège d'un geste à la duchesse. Répondant en même temps aux quelques questions qu'elle lui avait faite, il dit:



-Notre famille se porte bien en effet … Vous avez les compliments de mon frère Frédéric et de son épouse pour la naissance de Louis-Charles. Quant à la Duchesse-Mère, elle attend avec plaisir de voir d'elle-même le petit prodige m'a-t-elle écrite …

Derrière cette phrase, le duc se permettait bien des choses: tout d'abord, il rappelait à Marianne qu'en l'épousant, elle avait fait sienne la famille de la Tour d'Auvergne, qu'elle portait ce nom et qu'elle devait en mériter l'usage. De plus, il lui signifiait qu'un voyage en Sedan pour voir sa mère serait certainement imminent. Pas dans les mois qui venaient: Louis-Charle était encore si petit que ce ne serait pas raisonnable, mais dans l'année, c'était certain. De plus, en lui transmettant les compliments de son frère et de sa belle-soeur, il lui faisait part de son contentement.

Un léger sourire passa sur son visage sombre. Ils étaient désormais assis tous les deux et le jeune homme reprit après l'avoir laissée l'exprimer, si elle en ressentait l'envie:


-Je ne vous ai en effet pas faite venir pour mon simple plaisir, bien que je l'aurais pu … Les raisons de votre venue ici sont au nombre de deux. Commençons par la plus sombre, si vous le voulez bien.

Il s'arrêta un instant, cherchant du regard, celui si souvent rieur et mutin de la jeune femme. Jaloux, Godefroy-Maurice l'était sans conteste. Il ne s'en cachait pas et aurait trouvé tout homme qui ne l'était pas étrange. Il avait dans le sang le sens de l'honneur et tenait à ce que son épouse ne donne lieu à aucune rumeur ou à aucune médisance … Dans les faits, cela était compliqué car une jeune femme à qui on ne pouvait rien reprocher était souvent le centre des ragots les plus monstrueux: à Versailles, une bonne conduite pouvait passer pour très louches … Pour le moins!

-Marianne … Vous savez que j'aime votre esprit vivace, mais je ne puis supporter plus longtemps vos absences répétées … Votre fils et votre rang d'épouse vous impose une présence plus régulière à nos côtés. Que vous souhaitiez sortir, soit … Mais que ce soit en ma compagnie et en celle de nul autre.

Son regard chercha longuement celui de son épouse. Il ne la laisserait pas vagabonder à sa guise pour la simple et bonne raison qu'elle lui avait donné l'héritier qu'il souhaitait. Jamais. Il choisit de finir ses remontrances sur un ton plus léger:

-Enfin, j'espère que je n'aurais guère besoin de prendre quelque mesure que ce soit et que votre conduite convenable m'est acquise ?

C'était sa manière de clore le sujet. Une manière qui, il l'espérait, serait suffisamment efficace pour que sa jeune femme se taise ou mieux encore, s'excuse. Mais il ne fallait point trop demander de Marianne Mancini, il le savait. De délicieuse compagnie et humeur, elle pouvait aussi se revéler une parfaite tigresse lorsqu'elle souhaitait que son opinion soit prise en compte et en vérité, Godefroy-Maurice lui laissait toute latitude de lui répondre. A condition qu'elle prenne garde à ne pas dépasser une certaine limite. Une ligne de conduite qu'il lui avait imposé dès leur mariage d'ailleurs: ne point éléver la voix et avoir des arguments pertinents. A moins de cela, sa requête pouvait d'ors et déjà être enterrée: Godefroy-Maurice refuserait d'en entendre plus et ne lui donnerait point de crédit. Une femme doit pouvoir surveiller et son attitude, et son ton.

Voici ce que le mariage de ses parents lui avait appris: jamais il n'avait vu Eléonore-Catherine élèver la voix ou contredire frontalement son époux. Ce qui ne l'empêchait pas de donner points de vue et arguments bien sentis si elle le souhaitait. Marianne était tout à fait capable de se prêter au même jeu et avec la même virtuosité pour peu qu'elle le voulût. Il savait quelle épouse magnifique elle aurait pu faire si elle avait été plus présente et amoureuse de lui.

N'allez pas penser que Godefroy auraut accepté de l'être, lui, mais si son épouse avait éprouvé de tendres sentiments, cela lui aurait facilité la vie et flatté l'orgueil. Cependant, si il se fiait à leurs relations des trois dernières années, il pouvait être certain d'une chose: Marianne ne l'aimait point. Elle l'appréciait peut-être, le respectait surement … Mais rien de plus.
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MessageSujet: Re: Compliment ou Remontrances ...   Compliment ou Remontrances ... Icon_minitime23.02.10 11:34

Marianne avait suivi le geste de son époux, et sans répondre à ses premiers mots, elle s’assit en silence, réprimant un soupir. Il la connaissait parfaitement, et savait qu’il était inutile d’entrer dans de grandes éloquences pour lui asséner quelques petites réprimandes.
Elle opta pour une attitude soumise, qu’elle souhaitait pourtant rejeter dès qu’elle en avait le loisir. Ses résolutions à devenir une bonne mère – pour commencer – ne devaient pas être taries, étouffées par la réflexion du duc.

Elle suivi le geste de Godefroy, et arrangeant l’étoffe claire de sa robe, s’assit dans le fauteuil de lecture. Le buste droit, la tête relevée naturellement, un court instant elle n’avait plus rien de cette fière jeune fille de 17ans. Elle était pleinement duchesse de Bouillon, et mère du jeune héritier qu’elle venait de donner à son mari.

Son regard s’était adouci après avoir brillé au salut de Godefroy. Elle ne devait pas répliquer. Garder la réflexion qui bouillait en elle.
Il détestait cela, elle le savait, et rien ne devait donc s’interposer. Soumission, ce mot tant répugné, devait être son mot d’ordre lors de cet entretien.

Elle entra ainsi dans ce jeu des convenances, plus naturellement qu’elle ne l’avait elle-même prévu. Peut-être son habitude à la fourberie vis-à-vis de ses inimitiés l’avait-elle poussé à cette aisance !
Marianne sourit à nouveau poliment, ses mains fines posées sur ses genoux, le visage tourné vers le duc de Bouillon.


-Je suis heureuse de savoir…notre famille en pleine santé.
Peut-être pourrions-nous offrir ce plaisir à madame votre mère dès que notre fils pourra supporter un tel voyage. Revoir Sedan m’enchanterait !


Son sourire aurait pu se faire plus forcé, mais Marianne avait depuis trop longtemps joué ce rôle auprès de la cour qu’aucune de ses réelles pensées ne pouvait transparaître sur ses traits. Elle savait son mari tant attaché à sa famille qu’elle se devait de prendre régulièrement de leurs nouvelles. Elle en appréciait certain, mais elle sentait toutefois cette réserve de la duchesse-mère envers elle.

Elle connaissait toute l’animosité de certains du « clan Bouillon » envers son oncle, et les mariages fastueux que celui-ci avaient offert à ses neveux étaient sujets à de longues critiques.
Chaque fois qu’elle paraissait au sein de cette famille, aux yeux de sa belle-mère, elle adoptait cette attitude italienne, cette fierté méditerranéenne, afin d’étouffer dans l’œuf les éventuelles silencieuse critiques qu’elle pouvait lui faire.

Marianne acceptait ce désir de Godefroy à la mêler à sa famille, mais elle ne pouvait s’empêcher certaines réticences instinctives. Sa propre famille était bien plus importante à ses yeux qu’une ancienne entité frondeuse !
Elle chassa de son esprit ces pensées qui la fourvoyaient en cet instant, et n’effaça pas son sourire aimable.[/i]

-Mais je doute que vous m’ayez faite venir pour m’entretenir de vos longs courriers, Godefroy.

En effet. Elle l’avait senti, prédit, même joué ! Son regard se fit plus humble à l’annonce de la raison de cette entrevue.
Elle ne pouvait toutefois nier la délicatesse de son époux de la prévenir, et de garder la seconde nouvelle pour apaiser un éventuel conflit.


-Marianne … Vous savez que j'aime votre esprit vivace, mais je ne puis supporter plus longtemps vos absences répétées … Votre fils et votre rang d'épouse vous impose une présence plus régulière à nos côtés. Que vous souhaitiez sortir, soit … Mais que ce soit en ma compagnie et en celle de nul autre.

Ses dents se serrèrent instinctivement, alors que son cœur fit un bon dans sa poitrine, écrasant ses résolutions d’épouse modèle qu’elle avait forgé en entrant dans cette pièce. Elle savait que certaines de ses absences pouvaient être abusives, mais Marianne avait su prendre connaissance de ce travers qu’elle supportait difficilement chez Godefroy : quoique aimable, il se montrait intransigeant quant aux fréquentations de la duchesse. Petit à petit, l’idée de jalousie avait percé dans l’esprit de Marianne, et si elle avait jusque-là su calmer ce défaut, elle ne pouvait l’annihiler.
Elle n’arrivait pas à se sentir flattée d’être de cette importance aux yeux de son mari.

Etait-ce de la jalousie affective, ou cette envie d’avoir cette aura qu’elle possédait ? Ne pouvait-il pas, quelques jours, se montrer clément envers elle, et accepter ses relations amicales…..ou plus.
L’image de quelques galants s’insinua en elle, mais elle les repoussa instinctivement. Il n’y avait eu aucunes relations plus…intimes avec ces visages, rien n’en saurait la faire culpabiliser ! Cette jalousie ne lui faisait que la rendre cruelle à ses propres yeux !

Elle détourna à nouveau le regard, et le posa distraitement sur quelques ouvrages, apaisant son esprit. Elle ne devait pas se laisser ainsi aller à ces sombres pensées. Elle devait reprendre sa résolution, et devenir cette épouse que le duc attendait. Après tout, il était cultivé, d’agréable compagnie, peut-être accepter sa présence quelques semaines pouvait les faire se rapprocher. Elle se convainc presque elle-même que Godefroy pouvait découvrir une nouvelle…facette de son épouse.

Elle arrangea distraitement l’étoffe de sa robe, et la plissa machinalement, en reposant un regard apaisé sur le duc. Son visage ne pouvait transpirer plus d’honnêteté, et elle regretta soudainement son attitude. Il ne pouvait la détester, pour agir avec elle si calmement, si courtoisement. Jamais il n’avait élevé la voix contre elle, jamais il ne s’était montré impatient, ou pire, violent, comme son beau-frère de la Meilleraye.

Son éducation lui avait appris à être droite et sincère, mais la cour l’avait rendu aussi fourbe que ce que l’on disait de son oncle. Lui qui l’avait toujours poussé à être une femme forte et franche, malgré son jeune âge à cette époque, devait peut-être regretter de la voir ainsi agir.

Il lui avait offert une condition qu’elle ne pouvait dénigrer. Il lui avait choisi un mari franc, qu’elle ne pouvait qu’apprécier. Elle ne pouvait se montrer ingrate envers ce geste.
Une lueur de contrition passa dans son regard bleu, alors qu’elle le baissait instinctivement.

Relevant la tête, elle eu ce regard d’excuses, qu’elle tourna vers Godefroy.


-Votre courroux envers moi est compréhensible, Godefroy. Peut-être n’ai-je jusque ici pu comprendre certains enjeux, mais je saurais à l’avenir me racheter de quelques écarts.
La naissance de notre fils m’a donné ce désir d’être pour lui comme ma propre mère a été pour moi, et j’espère pouvoir me montrer à la hauteur de vos espérances.

Et je...
Elle se tut un moment, fuyant un court instant le regard ferme, mais doux, de son époux.
Les mots qu’il devait attendre ne sortaient pas. Ils restaient coincés au fond de sa gorge, se refusant à toute capitulation.
…Et je serais très heureuse de partager davantage de temps en votre compagnie.

Elle se surprit à le penser presque sincèrement. A la pensée de Louis-Charles, dormant paisiblement dans son couffin, sa résolution prit à nouveau le pas sur ses querelles intérieures. Elle ne pouvait lui offrir une enfance heureuse si ses parents se déchiraient. Elle ne voulait pas qu’il vive ce que ses neveux, enfants d’Hortense, subissaient.
Son regard se réchauffa, et elle le posa à nouveau sur Godefroy.


-J’espère que vous me pardonnerez quelques…conduites passées qui auraient pu vous déplaire. Je souhaite que nous puissions nous entendre sur certains points.

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MessageSujet: Re: Compliment ou Remontrances ...   Compliment ou Remontrances ... Icon_minitime23.02.10 12:38

Godefroy eut un bref sourire joyeux lorsqu'il entendit son épouse lui dire qu'elle acceptait de rendre visite à sa famille à Sedan. La soumission de son épouse, même si elle était forcée et contre sa nature, le satisfaisait totalement. Il aimait à penser qu'il était le maître chez lui. Un maître incotestable et incontesté.

Pour autant, il gardait en tête que Marianne n'était pas naturellement ainsi. Certes, il n'imaginait pas l'effort qu'elle faisait sur elle-même pour ne rien répliquer: lui-même n'avait jamais connu une pareille censure. Mais il supposait -à juste titre- que si il ne voulait pas être déçu, il faudrait rapidement cesser cette discussion.


-Je suis ravi, ma chère, que cette visite vous agrée. Nous organiserons cela, au printemps.

Voilà qui était dit et qui se ferait. Godefroy garda un instant dans sa mémoire le souvenir de leur dernière visite. La duchesse-mère avait alors été un peu sèche envers sa belle-fille. Une Mancini qui ne donnait nul héritier à son fils … Heureusement, à leur retour de Sedan, il avait pu rapporter par une missive longue et développée que la jeune femme était enceinte. Il ne doutait pas alors, qu'à leur visite avec Louis-Charles, tout se passe pour le mieux.
Il vit alors, puisqu'il cherchait le regard de son épouse, qu'elle se raidissait. Marianne n'aimait point qu'on la prive de sa liberté. Mais il savait que si il ne lui disait pas clairement qu'il désapprouvait, elle aurait continué, sans vergogne. Bien avant la naissance de leur fils, il avait détesté cette manie de sortir. Mais désormais qu'elle était mère, il fallait qu'elle soit digne de son rang.

Elle détourna son regard et cela ne rassura pas Godefroy qui était cependant loin de se douter qu'elle put le tromper. Il pensait Marianne au-dessus de cela. Si un jour, il découvrait pareille trahison, il aurait bien du mal à le croire, à l'accepter. Heureusement pour lui, Marianne revint finalement vers lui, visiblement plus calme, plus apaisée et Godefroy sentit tout ses muscles se détendre. Il avait craint, un instant, avoir perdu la jeune femme. Elle baissa alors les yeux.

Etonnament, ce n'était pas à cela que s'attendait Godefroy, ni même ce qu'il espérait. Il aurait préféré un franc regard bleu, qui serait tombé dans les siens et lui aurait montré qu'elle acceptait volontiers ses conditions, point si inhumaines d'ailleurs …

Ce regard d'excuse, qu'elle lui lança, avant de parler, le satisfit. Mais pas autant qu'il l'aurait pensé. Il attendait de voir ce qu'elle allait dire. Elle espérait être à la hauteur ? Lui n'en avait jamais douté. Jamais. Il savait pleinement, depuis leur mariage, qu'elle serait une parfaite épouse, pour le peu qu'elle le veuille et l'accepte. La fin de sa phrase le ravit. Elle venait d'accepter ses conditions. Elle resterait à ses côtés. Il sourit doucement.


-J'aime à vous voir si raisonnable, Marianne, vous le savez.

Assis à ses côtés, il s'empara de sa main et la garda dans la sienne.

-Je vous remercie de prendre conscience que votre place est auprès de moi et surtout de notre fils.

Le mot fils l'amenait à la suite de cette visite. Relâchant la paume de son épouse, il se leva en disant:

-Mais je vous ai pas faite venir ici uniquement pour cela. Je tenais aussi à vous remettre cela.

Il s'approcha de son bureau, prit le petit paquet qui était dessus. Contenu dans du velours, il y avait la bague des duchesses de Bouillon. Il aurait voulu la lui remettre dès leur mariage, mais sa mère s'y était opposée. Depuis la naissance de Louis-Charles, il avait cherché quel présent pourrait lui prouver sa reconnaissance.

Souriant, il revint à ses côtés, et lui tendit le petit écrin.


-Marianne, je suis comblée par la naissance de notre petit Louis. Je tenais à vous offrir ceci, en gage de mon respect et de mon remerciement.

Il continua son explication:

-Voici la bague des duchesses de Bouillon. Il était plus que temps qu'elle vous revienne.

C'était une magnifique bague, elle contenait un diamant où était gravé les armoiries de leur maison. Il espéra, très sincèrement, que cela lui plairait. Il se rappelait, allant retirer la bague dans le coffre où elle avait été gardée. Il se rappeler, revenant, si heureux. Il espérait qu'elle oublierait sa rancoeur en voyant le bijou. Il était sincère. Honnête. La tendresse le prit. Il avait envie aussi, qu'on leur amène leur fils, mais quand il était monté tout à l'heure, il dormait. Godefroy-Maurice aimait tendrement leur fils, depuis le jour de sa naissance. Non point uniquement parce qu'il était son héritier, non, il avait aimé de suite ce petit être pour lequel son épouse avait tant souffert. Il ne pensait pas cela possible avant de voir ce petit enfant dans le berceau.
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Marie-Anne Mancini

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MessageSujet: Re: Compliment ou Remontrances ...   Compliment ou Remontrances ... Icon_minitime01.03.10 10:42

Comment pouvait-elle en effet trahir cet homme qui se montrait si prévenant avec elle ? Une once de culpabilité teinta ses pensées, mais elle la réfréna rapidement. Elle n’avait jamais ses propres sentiments. Son esprit était entièrement à son époux, autant qu’elle le voulait.

Notre fils….ce mot résonnait toujours à ses oreilles. Godefroy et elle étaient liés par cet enfant, liés à jamais. Elle ne pouvait plus renoncer, elle ne pouvait plus espérer agir avec autant de liberté qu’auparavant. Elle était mère de leur enfant.
Elle se sentit un instant comme prisonnière de ce lien, tel un filet qui l’aurait enserré. Il ne fallait pas qu’il l’étouffe, elle devrait s’en dégager pour ne pas entraver sa conscience. Il s’agissait de leur enfant, mais malgré ses résolutions, elle ne pouvait se contenter d’obéir aveuglément à son mari. Sa volonté d’indépendance était plus forte que jamais.

Elle avait senti ce doux contact de sa main sur la sienne, lui donnant un petit élan de tendresse envers cet homme si patient. Elle se détendit, et posa à nouveau son regard dans le sien.
Comment pouvait-elle ressentir des sentiments si contradictoires ? Comment pouvait-elle sciemment songer au visage de cet homme qui la libérait de cet époux, tout en offrant cette main tendre à ce même mari, espérant être pour lui une femme à la hauteur de ses attentes ?
Elle se perdait elle-même dans ses pensées. Aucun homme ne devait ainsi l’agripper, l’attirer imperceptiblement à elle. Elle devait agir avec sa froide raison, et non se laisser couler par des sentiments qu’elle ne voulait pas refouler.

L’affection liait Marianne et son époux, mais elle ne voulait pas le voir se muer en un ressentiment plus fort. Elle ne voulait pas perdre cette liberté acquise dès son plus jeune âge. Elle avait été maîtresse chez elle, à Rome, elle serait maîtresse ici-même, à Paris ou Versailles.
Aucun sentiment indésirable ne devait interférer avec ses projets.

Godefroy avait lâché la mai de Marianne, qui, le regard toutefois anxieux, n’avait pu s’empêcher de le tourner vers son époux qui s’était levé.
Elle avait vu alors ce petit écrin qu’il avait sortit, et qui à présent était dans ses propres mains.

Un gage de remerciement, et un gage de respect.
La surprise de ce présent avait ôté les mots à Marianne. Aucun présent n’avait eu pour elle cette signification. Jamais un tel cadeau n’avait été en gage de remerciement, de respect.

A nouveau, cette culpabilité avait serré sa gorge, l’empêchant de parler comme elle l’aurait souhaité.


-Godefroy..je…vous m’ôtez les mots de la bouche, ce qui est bien rare !
Je vous en suis infiniment reconnaissante, et serais à la hauteur de ce présent.


Sa voix était marquée par la léger trouble, causé par la surprise.
Elle l’avait laissé glisser cette bague à son doigt blanc, ses yeux traduisant tout ce qu’elle sentait à cet instant. De la gratitude, mais également une certaine tendresse qu’elle qualifiait d’inhabituelle.
Elle était aux yeux de tous, la duchesse de Bouillon, et ce présent enfermait à présent tout les doutes qu’elle avait eu pendant ces quatre années.

Elle avait pris doucement sa main, la serrant doucement dans la sienne. Face à cet homme qui respirait l’honnêteté et la franchise, elle se sentait parfois petite, et incapable de lui prouver sa reconnaissance convenablement.


-Dites-moi comment je puis être à nouveau à la hauteur de vos espérances, Godefroy. J’ai parfois bien peur de me fourvoyer, et ma seule volonté est d’être celle que vous souhaitez que je sois, si je dois pour cela faire de nombreuses concessions.

Elle-même n’avait pas entendu ses propres paroles, qui avaient dépassé ses pensées. Que venait-elle de lui dire ? Qu’elle serait l’épouse qu’il attendait ? Qu’elle lui serait dévouée ? Qu’elle serait avec lui honnête et franche ?

Elle détourna à nouveau le regard, tant certaines images avaient obscurcis un court moment sa vision. Elle ne pouvait se défaire de sa nature, et ce qu’elle venait de demander à son mari était de l’aider à renoncer à ce qu’elle était.
Tout ceci était bien top contradictoire ! Un enfant ne pouvait la changer à ce point !

Elle reposa les yeux sur son mari, d’un regard plus franc.


-…et même si cela doit prendre du temps. Elle marqua une pause, hésitant à dévoiler ce qu’il y avait alors dans son esprit à cet instant précis. Je serais également heureuse de pouvoir vous combler à nouveau en…en agrandissant…notre famille.

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MessageSujet: Re: Compliment ou Remontrances ...   Compliment ou Remontrances ... Icon_minitime05.03.10 19:51

Les interrogations et questionnements que ressentaient la jeune Marianne était totalement inconnu à Godefroy. Il agissait par devoir avant tout: si il avait cessé toute relation hors-mariage depuis son union avec la jolie Mancini, c'était bien parce que son honneur et Dieu le commandait. Si il offrait ce bijou à Marianne, c'était pour la remercier d'avoir accompli ce devoir.

Le devoir et l'honneur réglaient sa vie comme une horloge règle l'heure. Et comme il prenait soin de la belle horloge de la bibliothèque, il prenait garde à huiler son devoir et son honneur afin qu'il n'ait point d'accroc.

Le jeune homme avait tenu et serré la main de son épouse. Il lui souriait alors avec douceur. Mais dans un instant, si la porte s'ouvrait, le masque de fierté reprendrait sa position devant les yeux de Godefroy-Maurice. Rapidement, il perdrait de sa douceur et sa voix se ferait cassant pour congédier sa femme si elle ne le faisait pas assez vite à son goût.

Elle parut touchée et cela plut à Godefroy. Il sourit une autre fois. Décidément, Marianne lui mettait le sourire aux lèvres ses dernières heures. Il la regarda, ouvrant l'écrin de velours puis glissant la bague à son doigt. Il eut l'impression que enfin, cette bague était à sa placet et au doigt de son épouse. Il en fut ravi. Tout autant que des mots qu'elle prononca. Emue et touchée, elle l'emouvait.

Mais alors, les paroles de Marianne l'étonnèrent plus que tout. Elle voulait … Elle souhaitait être à la hauteur de ses espérances ? Oh, le coeur de Godefroy marqua une légère pause. Etonné, il l'était. Qui aurait pensé que sa jolie et intelligente épouse souhaiterait combler ses voeux et le lui dirait ? Ce n'était pas de l'amour qui régnait entre eux.

Soudain, Marianne détourna les yeux et Godefroy prit peur. Que lui cachait-elle pour se détourner ainsi. Il aurait voulu s'emparer de son menton et tourner ses prunelles belles vers lui. Il ne le fit pas, il n'en eut pas le temps car d'elle-même, sa ravissante épouse revint vers lui. Et son regard l'étonna tout comme il le combla. Il attendit, la laissant parler.

Et elle le surprit encore. C'est qu'elle en avait toujours la faculté, même après trois années de mariage. Elle souhaitait lui donner d'autres enfants? Ou était-ce une annonce qu'elle lui faisait ? Etait-il possible que sa douce épouse soit à nouveau enceinte? Cette nouvelle le comblerait, mais les mots de Marianne n'était pas assez clairs. Godefroy s'enquit alors, reprenant d'une main ferme la douce paume de son épouse:


-Qu'est-ce donc que vous voulez m'avouer, Marianne ? Vous savez que chaque enfant de vous est un véritable délice pour moi …

Etait ce bien lui qui s'exprimait par ses mots doucement poétiques. Dans une proportion gardée, Godefroy essayait de plaire à sa douce épouse. Il était important qu'ils s'entendent bien. Même si elle lui avait donné un héritier, il ne comptait pas ce que leur relation cesse. L'idée qu'il se faisait des relations entre époux n'était pas du tout celle d'une cessation de relations, oh, cela non! Il voulait tout en vérité, de sa jolie Marianne.

Il cherchait son regard. Etait-ce une manière de lui avouer qu'elle souhaitait qu'ils aient plus de … contacts ? Il ne savait comment il devait interpréter les phrases de Marianne. Sa duchesse. Une merveilleuse duchesse dont il était très fier, quoi qu'il en dise. D'ailleurs, la bague portait cette symbolique.
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MessageSujet: Re: Compliment ou Remontrances ...   Compliment ou Remontrances ... Icon_minitime10.03.10 12:42

Marianne était en proie à des doutes, et la main de son mari, enserrant doucement ses doigts, ne pouvait que la troubler un peu plus.

Et pour cause ! N’avait-elle pas, quelques heures auparavant, maudit cette soudaine nausée qui l’avait prise ? N’avait-elle pas exécré ce futur qui pointait son regard cynique, lui faisant entrevoir les paysages sedanais ? N’avait-elle pas, à cet instant précis, détesté son époux, en prévision de ce qu’il allait certainement lui répondre ?

Plus qu’une douleur physique, c’était une douleur psychologique qui avait englouti Marianne, ces quelques heures auparavant. Elle n’avait que dix sept ans ! Elle devait profiter d’une jeunesse que son oncle, malgré tout l’amour qu’elle lui portait, lui avait volée, après même son décès ! Son ombre planait sans cesse au-dessus d’elle, se reflétant souvent dans le visage-même de son mari. Il avait choisi pour elle le plus respectueux, le plus courtois, mais il l’avait choisi se sachant condamné. Peut-être aurait-elle pu, si la mort n’avait emporté son oncle, être entièrement libre en cet instant, et non en proie à ces désagréments physiques.

Son esprit se reporta sur Godefroy. Pourquoi n’arrivait-elle pas à aimer comme elle le voulait, cet époux pourtant si tendre, si prévenant ? Elle savait qu’il attendait d’elle une réponse claire, et un mot qui ne permettait plus de le faire douter.

Elle ne savait comment le lui dire. Peut-être même refusait-elle de prononcer ces mots, comme pour reculer l’instant fatidique où elle se l’avouerait à elle-même. Plus elle retardait cette annonce, plus ses libertés pouvaient encore courir, avant que les entraves ne les enchaînent pour plusieurs mois.

Les doutes l’assaillaient, alors qu’elle posait son regard sur les livres recouvrant la bibliothèque. Ces ouvrages avaient toujours su la guider depuis toujours, et elle cherchait le titre de celui qui saurait la pousser à franchir le pas. Elle sentait son cœur battre un peu plus fort, alors qu’elle sentait sur elle les doigts tendres de Godefroy. Il espérait tant d’elle ! Marianne savait que la moindre déception qu’elle lui donnait pouvait le blesser.
Elle n’avait jamais su se poser, et ses résolutions allaient et venaient au gré des situations.

Alors qu’elle tournait les yeux vers leurs deux mains jointes, et sur cet anneau enserrant son doigt, la seule pensée qui éclaira son esprit fut celle des moments passés avec son époux. Ces instants, parfois de complicité, sinon de proximité, avaient permis à Marianne d’avoir un peu plus d’affection pour lui, au fil des années. Comment avait-elle pu douter un instant de son attitude envers lui ? Toutes ses questions furent éludées par la lumière qui brillait dans les yeux de Godefroy.

Un sourire un peu timide effleura les lèvres de Marianne, alors que son autre main était remontée de ses genoux à son ventre. Elle ne pouvait cacher plus longtemps à son époux cette nouvelle, qui malgré les sombres perspectives qu’elle lui faisait entrevoir, la comblait imperceptiblement. Elle n’osait fixer Godefroy dans les yeux, tant les mots se confondaient dans son esprit. Si son regard allait vers lui un instant, il se détournait soudainement, pour se relever à nouveau. Mais elle le posa enfin sur les yeux si tendres de son époux, et père de leur premier enfant.


-Je…je crois alors que…que dans quelques mois, un nouveau délice viendra vous combler, Godefroy.

Le sourire de Marianne s’était élargi doucement, alors qu’à l’annonce de cette nouvelle, ses yeux avaient brillé d’une nouvelle lueur. Elle voyait alors le petit Charles, dans son berceau, endormi ; elle oubliait en un instant tout ce qu’elle allait devoir vivre, et voyait aux côtés de cet enfant un second nouveau-né, aussi calme et paisible.

Elle n’avait que dix-sept ans, mais cette perspective ne pouvait que la combler elle-même, alors que Marianne sentait en elle un doux frisson de plaisir. Elle était duchesse de Bouillon, reconnue de tous, et bientôt, elle offrirait à son mari un second héritier.

A ce moment précis, rien ne pouvait entraver le bonheur qu’elle ressentait, bien que seuls son regard, son sourire et sa main tenant tendrement celle de son mari le traduisaient.


-Pardonnez-moi de ne vous l’annoncer qu’aujourd’hui, et de façon si soudaine….mais je n’ai pu trouver un meilleur instant.
Je pense que cette nouvelle ne pourra que satisfaire pleinement notre famille.


Elle lui sourit à nouveau, ne trouvant d’autres mots pour exprimer ses sentiments qui se bousculaient en elle.

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MessageSujet: Re: Compliment ou Remontrances ...   Compliment ou Remontrances ... Icon_minitime24.03.10 14:10

Elle était délicieuse et Godefroy ne se doutait pas un instant que sa délicieuse épouse puisse réellement envisager de céder aux agréables charmes d'un certain Nicolas un soir de pleine lune et encore moins, sans doute, qu'elle avait déjà, en son âme et conscience, la certitude qu'un jour ou l'autre, elle serait fatalement dans les bras du jeune mousquetaire.

Avoir dix-sept ans était certainement le principal défaut que Godefroy aurait attribué à sa jeune épouse. Non point qu'elle soit totalement naïve, la Cour avait eu raison rapidement de la blanche Colombe que la jeune Marianne aurait pu être.

Elle avait une langue acérée, les piques très faciles. Godefroy essayait sans cesse de reprendre la jeune femme qu'il avait épousé. Il détestait ce côté commère de haut vol qui était bien trop présent chez Marianne.
Mais assez parlé des défauts de la jolie jeune femme qui était sienne. Ceux-ci évolueraient peut-être dans le sens où le voulait Godefroy, mais peut-être aussi qu'il n'en serait rien. A vrai dire, il s'étonnait toujours de la versatilité de Marianne. A moins que ce ne fut la sienne. Elle le fascinait et il changeait d'avis sur elle aussi souvent que les secondes changeaient la minute précédente en la minute suivante.

Il la regardait, avec douceur et tendresse. Heureux des moments qu'ils avaient partagé depuis leur mariage, depuis la naissance d'un héritier qu'elle aimait, il l'espérait, autant que lui adorait ce petit être sorti d'eux-deux.
Il lui avait confié attendre avec imaptience la naissance d'un nouvel héritier ou même pourquoi pas, une héritière. Une petite fille, un petit ange que Marianne aurait porté pendant neuf mois. Il savait déjà qu'il aimerait n'importe quel enfant qu'elle lui donnerait. Avec Charles, il se découvrait père chaque instant.

Oh, ne vous y trompez pas, il n'y avait pas que l'honneur qui compte dans la vie de Godefroy, bien que celui-ci prenne une place parfois exagérée dans son univers. Si avoir un héritier avait été un vrai bonheur, avoir une épouse comme Marianne était bien souvent un enchantement. Il avait vécu avec des parents qui s'aimaient d'un amour vrai et véritable. Il aurait aimé qu'il en fut de même entre Marianne et lui, mais il doutait sincèrement que cela arrive un jour.

Ils étaient encore jeunes, tous les deux. Trop jeune peut-être pour réussir à se retrouver malgré leurs différences. Mais ce n'était pas le sujet. Il attendait que Marianne réponde sur un sujet important. Et la réponse ne se fit pas trop attendre. Elle souriait et ce sourire délicieux sur ces lèvres vermeilles amusa Godefroy.


Elle lui annonçait une nouvelle grossesse … Il sourit, à son tour. Ravi, il était comblé par cette femme. Un deuxième enfant, si vite après le premier … Il espérait qu'elle pourrait subir les aléas de cette grossesse sans trop de danger, mais après tout, le corps d'une femme était fait pour porter la vie. Il ne s'inquiétait donc pas trop.

S'emparant de la main de son épouse, il répondit à ses craintes en baisant délicatement la paume de la jeune femme. Mais une réponse parlée devait se faire également:


-Je pense aussi, ma douce, que cette nouvelle me ravit. Comment vous sentez-vous ?

Il lui caressa doucement le bras d'une main douce. Même si il était au courant de sa grossesse, il ne comptait pas la laisser seule pour les mois à venir. D'autant plus désormais qu'elle portait son enfant, il la surveillerait. Il savait que Marianne le savait et il était d'autant plus touché qu'elle lui en ait parlé: elle accepterait pleinement son rôle d'épouse et Godefory s'en réjouissait.
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MessageSujet: Re: Compliment ou Remontrances ...   Compliment ou Remontrances ... Icon_minitime26.04.10 21:21

Toutes ces marques d’affection étaient pour Marianne un délice, et passée cette annonce qui pourtant était venue douloureusement, elle se sentait à présent apaisée, et son esprit chassé de toutes pensées sombres et desseins peu avouables.

Alors que Godefroy tenait doucement entre ses doigts sa main, elle sentit en elle se petit être qui bientôt grandirait au fil des mois. Elle ferma les yeux un instant, sans quitter ce léger sourire qui étirait ses lèvres. Le mot plénitude traduisait à lui seul ce qu’elle ressentait alors.
Il n’y avait plus de Nicolas de Ruzé, le rebelle et l’interdit, ni de Guillaume du Perche, qu’elle aimait à faire languir par ses sourire, ni de comte ou de marquis qui avaient pu la détourner de son mari. Il n’y avait alors que Godefroy, leur fils, et cet enfant à venir.


« Ma douce. »

Il l’avait à nouveau appelé « ma douce », comme lors de tous ces instants intimes qu’ils avaient passés. Ces simples mots savaient la réconforter, et lui procurer ce petit plaisir de se sentir aimée pour ce qu’elle était, non ce qu’elle représentait aux yeux des hommes. Elle n’était pas, par ce mot, la manchine, la nièce du Diable Rouge, la sœur de Marie, d’Olympe, elle n’était pas cette enfant chérie de la défunte reine-mère et de la cours. Elle était Marie-Anne de la Tour d’Auvergne, duchesse de Bouillon, et elle avait offert un héritier à son mari. Rien ne pouvait la combler plus que cette perspective de respect affectueux.

-Je me sens….bien, mon tendre ami. Un peu lasse, parfois, mais les premiers vertiges sont passés, je crois. Ne craigniez rien, vous savez que mademoiselle de La Joliverie veille sur moi plus qu’une suivante doit le faire !

Elle sourit tendrement à son époux, et sentant dans un léger frisson la main de celui-ci caresser son bras nu, Marianne posa sa main sur la sienne, plongeant alors un regard pur dans les prunelles grises de son mari.

-Ces deux événements sont très rapprochés, et…

Elle se tut un court instant, détournant son regard vers les tranches des livres ouvragés meublant la bibliothèque, et chercha ses mots avec soin, afin de ne pas commettre d’impair.

-…et je souhaiterais néanmoins pouvoir profiter de mes amis quelques semaines, avant de devoir me retirer au calme en province. Mes sœurs m’ont à peine revu, et j’ai promis à monsieur de la Fontaine de lui obtenir cette audience auprès de monsieur Colbert.

Elle reposait son regard dans celui de Godefroy, et une lueur contrite avait illuminé ses pupilles. Elle craignait qu’il ne prenne ombrage de son souhait. Godefroy savait être complaisant envers elle, mais pouvait se révéler implacable lorsqu’une décision le touchait particulièrement. Son sens de l’honneur pouvait bien souvent agacer Marianne, et malgré ce soutien qu’elle lui offrait parfois, elle le faisait moins rarement par résignation que par plaisir.
S’il accédait à sa requête, elle pouvait estimer qu’elle avait réussi cette légère opération sur son mari. Elle savait que son entière confiance ne serait complètement conquise, mais si ça n’était la guerre, c’était au moins une bataille de gagnée.

La main posée sur celle de Godefroy, elle soutint son regard, comme une muette supplique. Elle renonçait à cette fausse soumission hypocrite, cela n’atteignait plus le jeune duc depuis bien longtemps. Il avait su déjouer les tours les plus fins de sa femme, et Marianne était à présent avec lui telle qu’elle était lorsqu’elle n’était qu’une enfant, avant d’être propulsée sur le devant de la scène qu’était la Cour de France.

-J’espère, Godefroy, que vous ne prendrez ombrage de ce petit désir. Vous savez que je souhaite avant tout vous être dévouée…comme une épouse et mère doit l’être.

Elle serra la main de son mari entre ses doigts, attendant silencieusement la réponse à cette question sensible.

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MessageSujet: Re: Compliment ou Remontrances ...   Compliment ou Remontrances ... Icon_minitime09.05.10 15:44

Godefroy s'était laissé aller à montrer à Marianne une partie de lui-même qu'elle ne devait pas connaître. Oui, la douceur, la tendresse de ses traits lorsqu'il lui avait parlé aurait pu étonner quiconque le connaissait. Mais pour autant, il ne fallait pas que sa jeune épouse s'imagine pouvoir lui faire tourner en bourrique. Godefroy de la Tour d'Auvergne suivait dans sa conduite envers Marianne l'exemple de son père. Ou du moins croyait-il faire cela. Car, à vrai dire, qui d'autres que la mère de Godefroy aurait pu dire, expliquer, comment son époux se comportait véritablement avec elle ? Godefroy avait certainement cru comprendre le fonctionnement de leur couple, mais il n'en était certainement rien.

Lui-même pensait souvent que la manière dont leurs relations évoluaient étaient de l'ordre du mystère. Il n'aimait pas Marianne comme deux amants peuvent s'aimer, de passion et de folie. Mais au fur et à mesure qu'il partageait sa vie, qu'il découvrait ses petits défauts, ses qualités également, il ressentait malgré tout ce qu'il aurait voulu, une certaine tendresse. Une tendresse avivée sans nul doute depuis qu'ils avaient leur fils.

Marianne n'avait certes que dix-sept ans, mais elle portait désormais le second héritier de Godefroy. Du moins, le second dont il était au courant. Depuis son mariage avec Marianne, Godefory lui avait était scurpuleusement honnête, étonnant au passage, ses amis les plus proches. Il était assez rare que'un gentilhomme ne s'en donne pas à corps joie … Surtout lorsqu'il était aussi ténébreux que Godefroy savait l'être. L'honneur pourtant, l'empêchait de papilloner et il se contentait de son épouse.

C'était d'ailleurs une des raisons qui le poussaient à enlever sa dulcinée jusqu'à leur domaine. Soit, ils ne s'aimaient pas d'amour, mais ils pouvaient profiter de quelques moments. Godefroy n'y était pas maladroit et se faisait toujours un plaisir de retrouver sa charmante épouse, certains soirs. Quand elle n'était pas dans les salons mondains qui emplissaient la capital … Avoir une épouse instruite pouvait être une merveilleuse chose, mais c'était également une véritable gageure. Il s'était inquiété de sa santé et la réponse qu'elle lui fit le combla.

Si la grossesse n'était pas une maladie, elle était, à l'époque, tout comme l'accouchement, la raison d'un grand nombre de morts chez les jeunes femmes. Godefroy ne souhaitait nullement à sa jeune épouse une pareille fin et prendrait en conséquence toutes les mesures pour la protéger. Mais, au final, ce serait Dieu et uniquement lui, qui dans l'esprit de Godefroy, pourrait épargner Marianne.

La main de sa jeune épouse vint recouvrir la sienne et Godefroy esquissa un sourire. Un léger sourire qui disparut rapidement. Déjà, Marianne tâchait de l'empêcher d'agir comme il le souhaitait. Il repoussa la main de la jeune femme, fronçant un sourcil. N'allait-elle pas essayer de le faire changer d'avis ? Elle serait bien mieux à la campagne, tout comme lui et leur fils.
Il croisa le regard de la jeune femme, ses prunelles bleus appelant de sa part un acquiescement. Il secoua la tête. Soupirant, Godefroy prit la parole alors qu'elle venait de lui demander ne pas prendre ombrage de cette demande.

-Je n'en prends point ombrage, Marianne … Toutefois, votre place, ainsi que celle de notre fils est dans notre domaine. Vous le savez pertinemment.

Il pouvait faire un effort, accéder, accepter d'attendre quelques jours, le temps que sa fatigue s'estompe un peu, mais il ne ferait guère plus. Il reprit la parole, sentant la pression de la main de Marianne sur la sienne.

-Toutefois, je suppose que je puis vous accorder un mois de plus à Paris … Mais pas un jour de plus, soyez prête à partir le mois prochain.

Son regard s'arrima à celui de son épouse. Il se leva, tenant la paume de son épouse dans la sienne.

-Si nous allions voir notre merveilleux fils, ma chère ?

Une façon comme une autre de clore le débat. Il souhaitait que Marianne n'en rajoute point sur ce sujet, car alors, il pourrait perdre patience et prendre une décision injuste vis à vis d'elle. Lui laisser un mois était largement suffisant, du moins, il espéra que cela calmerait la jeune femme.
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MessageSujet: Re: Compliment ou Remontrances ...   Compliment ou Remontrances ... Icon_minitime26.05.10 22:31

Cette main rejetée fut un couperet sur la nuque fragile de la jeune femme, et retenant un geste inutile, elle serra imperceptiblement les dents, prenant ce refus comme une punition.
Ne voyait-il pas qu’elle lui cédait petit à petit, que pour ce bonheur à venir, elle n’était qu’à ses désirs ? Elle tentait, depuis ces quelques années d’union, d’obéir à ses souhaits, à ses demandes, malgré les enclaves que celles-ci pouvaient être. Malgré son caractère volage, elle désirait plus que tout plaire à ce mari si complaisant, si doux et tendre.

Elle se pliait à de nombreuses règles, mais celle-ci sonnait comme un glas, et tombait dans le vase des concessions, comme une goutte d’eau supplémentaire, faisant déborder le récipient.
Marianne dégluti silencieusement à cette annonce, et empêchant un reniflement d’agacement, elle se redressa, et inspira calmement, afin de ne pas céder à ce sentiment d’injustice qu’elle sentait monter en elle.

En un geste de la part de Godefroy, elle en oubliait l’instant passé, et cet anneau qui entourait son doigt. Il venait involontairement de fermer cette porte qu’elle rouvrait.


-Cet hôtel est également notre domaine, Godefroy. Vous savez combien je préfère cet air citadin à la tranquillité parfois étouffante de la campagne.

Elle avait parlé d’une voix calme, camouflant une teinte de supplique qu’elle savait inutile. L’intransigeance de Godefroy pouvait aisément, pour la jeune femme, devenir un défaut majeur, et elle le connaissait assez pour savoir qu’en aucun cas des suppliques vaines pourraient le faire flancher.

Elle ne cherchait plus à rester, seulement à allonger cette période de liberté qu’il accepterait de lui octroyer.
Elle, Marianne Mancini, à qui l’on avait tout donné, se trouvait aujourd’hui à quémander auprès de son époux quelques semaines de plus à Paris. La situation aurait l’agacer plus qu’elle ne le faisait, s’il ne s’agissait de son époux.


-Vous savez que je me plierais à votre décision quoiqu’il puisse advenir. Je ne suis de retour que depuis si peu de temps, que je ne puis imaginer quitter mes sœurs, ainsi que mes amis, à peine revenue.

Elle soupira doucement, baissant son regard vert sur les tranches des livres, et fixa un court instant les titres dorés des ouvrages. Elle ne souhaitait plus vivre cet instant, où à nouveau un mur se dressait entre les deux époux. A chaque pas d’effectué vers l’un ou l’autre, cette barrière se dressait, comme une langue étrangère entre deux peuples distincts.
Comment son oncle avait-il pu lui choisir un époux si différent d’elle ?! Avait-il seulement songé à son bonheur futur, ou n’avait-il été aveuglé que par les titres et la puissance de la famille de Bouillon ?
Pendant quelques secondes, elle songea amèrement à ces étranges unions, fomentées par l’homme politique qu’avait été son défunt parent.

La main de Godefroy la tira de cette courte torpeur, et sentant sur elle ces doigts, elle la ferma doucement, mêlant dans cette pression ce besoin d’aide qu’elle ressentait, et cette silencieuse supplique.


-Toutefois, je suppose que je puis vous accorder un mois de plus à Paris … Mais pas un jour de plus, soyez prête à partir le mois prochain.

Ces mots, malgré leur fermeté, résonnaient doucement dans l’esprit de Marianne. Elle ne pouvait attendre plus de son époux, et déjà elle sentait cette faveur comme un effort considérable de la part de son époux.

Marianne releva la tête, tournant son visage vers celui de Godefroy, et son regard reconnaissant se posa sur les pupilles azurées de Godefroy. En une phrase, il avait ôté de la jeune femme ses récriminations, et doucement, elle sera à nouveau cette main qu’il avait tendu vers elle, comme pour marquer définitivement l’engagement pris entre les deux époux.


-Je sais combien cette faveur vous coûte, et vous savez combien il m’importait de pouvoir faire mes adieux à mes amis. Je vous promets d’être à la hauteur de vos espérances, et serais dans un moi, avec vous et notre fils, sur nos terres en campagnes.

Elle posa doucement ses lèvres rose sur la main de son mari, dans un geste tendre, et lentement, s’appuya sur elle, afin de se lever du lourd fauteuil de velours.

Elle sentait en elle ce nouvel avenir si proche, et étouffant ce sentiment de rancœur qui pointait, lui intimant de chercher quelques parades à cet engagement, elle enroula sa main autours du bras de son mari, et sorti à sa suite, laissant la bibliothèque dans un profond silence.


-Merci, prononça-t-elle enfin.

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MessageSujet: Re: Compliment ou Remontrances ...   Compliment ou Remontrances ... Icon_minitime31.05.10 12:04

Godefroy se serait moqué de quiconque aurait pu lui dire qu'il céderait un jour à son épouse. Oh, oui, il aurait ri et en aurait profité pour dire à l'impudent que son sens aigû de l'honneur l'empêchait bien entendu de céder à une femme, fut-elle la sienne. Il aurait secoué la tête, sans sourire. Quelle idée farfelue de penser qu'un Duc de Bouillon pouvait se laisser berner par une faible femme. Encore aujourd'hui, il ne se reconnaissait pas dans la permission qu'il avait donné à Marianne. Un mois. Voilà ce que Godefroy avait donné à Marianne pour faire ses adieux temporaires à sa famille et ses amis. Il va s'en dire que si il avait eu bruit des rumeurs qui courent sur Marianne, le jeune duc n'aurait absolument pas laissé à la jeune femme le loisir de revoir un plausible amant. Il l'aurait sans se soucier de son avis, amené à partir de suite pour leur domaine familial. Sans aucune possibilité de négociation.

Il était son époux devant Dieu et devant la Loi et il n'aurait aucune peine à faire ce qu'il souhaitait. Aux yeux de tous, il pouvait faire ce qu'il souhaitait à tout moment de son épouse. Hormis peut-être la tuer … Personne ne lui reprocherait d'envoyer Marianne où il le souhaitait et même la jeune femme n'aurait guère d'autres choix que de le suivre. Il n'avait pas réellement envie d'employer la force: il voyait plutôt cela comme une manière de dernière nécessité. Si elle n'entendait pas le langage qu'il lui tenait, il devrait prendre des mesures. Et alors, elle ne pourrait en vouloir qu'à elle-même.

Il va sans dire que Godefroy ne se sentait nullement coupable de priver Marianne de sa famille et ses amis, car, dans son orgueil, il se sentait capable à lui-seul, d'assurer famille et amitié à son épouse. Maintenant qu'elle était sienne, ses amis devaient être ceux de Marianne et leur famille était celle de Godefroy. Cela n'était pas négociable. Il pouvait tolérer, bien évidemment, que la jeune femme souhaite voir ses soeurs, ses anciennes amies. Cela ne le gênait point. Seulement, il ne fallait pas que ses relations de son épouse l'empêche d'agir comme il le souhaitait.

Marianne avait rétorqué, avec un ton assez calme, que leur hôtel parisien était également leur foyer. Godefroy hocha la tête: oui, il savait combien Marianne aimait la ville et son agitation désagréable. Mais que pouvait-il y faire ? Qu'elle change donc ses goûts afin de s'adapter aux siens. Elle ne l'avait pas supplié, et cela rassura Godefroy qui n'aurait pas souhaité qu'elle se mette à le supplier, voire à pleurer. Il aurait alors risqué d'être encore plus sévère envers elle et sa tentative de réconcialiation et de tendresse aurait été caduque. Il avait voulu remercier Marianne pour leur fils, pour leur vie commune et il aurait été dommage qu'ils se disputent violemment juste ensuite. Il ne commenta pas la remarque de Marianne, se contentant de secouer la tête.

Mais un sourire léger flotta sur les lèvres de Godefroy quand son épouse dit qu'elle se plierait à sa décision. Il acquiesça. Voilà une attitude qui lui semblait déjà bien meilleure et il s'empara de sa main. Il lui était réellement reconnaissant de cette réponse et c'est alors qu'il se laissa aller à lui accorder un mois.

Oh, le regard de Marianne le convainquit qu'il avait eu raison. Il s'en voulut un peu de se féliciter qu'elle le regarde ainsi mais toutefois, il ne pouvait se mentir: il était heureux de lui avoir fait plaisir. Il lui sourit tendrement, alors qu'elle appuyait ses lèvres sur sa main. Et il la regarda droit dans les yeux:


-Marianne, vous savez que je veux votre bonheur …

Il venait de dire ces quelques mots qui donnaient à son épouse une arme contre lui. Il se raidit, mal à l'aise. Où était passé son sens de l'honneur? Il se reprit de suite, laissant Marianne s'emparer de son bras. Maintenant, ils allaient voir leur fils. Notre fils, pensa Godefroy avec fierté. Un enfant né de leur union ne pourrait être qu'un être exceptionnel. Godefroy posa sa paume sur la main de sa femme alors qu'il la guidait jusqu'à cet enfant qu'il chérissait depuis sa naissance avec une fierté presque ridicule.

Le merci qui plana dans l'air, dans la voix basse de Marianne, ce fut la récompense la plus belle que Godefroy pouvait rêver. Car son épouse avait aussi sa fierté et nul doute qu'il avait été difficile pour elle de prononcer ces mots. Il attendit un instant, vérifiant qu'ils étaient seuls, pour dire:


-Je suis heureux de notre accord, ma mie.

Quelques mots qui pouvaient paraître bien froids. Mais dans l'esprit de Godefroy, il s'agissait d'un véritable engagement pour leur futur. Si il avait su que Marianne le trompait … Il s'en serait voulu. Mais il ne savait rien et ne saurait rien dans l'instant. Laissons le donc profiter de son innocence et de sa confiance dans sa femme. Notons que dans son orgueil, il n'imaginait même pas qu'un autre homme eut pu lui ravir sa femme: lui-même avait cessé toutes relations extérieures au moment de leur mariage.
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