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 Dans les délices de Capoue [Gabrielle°Paris]

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Paris de Longueville

« s i . v e r s a i l l e s »
Côté Coeur: Une servante de ma connaissance...
Côté Lit: la servante sus-citée l'a déserté, profitez-en!
Discours royal:



ADMIN BIZUT
Phoebus
ৎ Prince des plaisirs

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Titre : Prince de Neuchâtel
Missives : 4041
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MessageSujet: Dans les délices de Capoue [Gabrielle°Paris]   Dans les délices de Capoue [Gabrielle°Paris] Icon_minitime17.02.10 18:21

Dans les délices de Capoue [Gabrielle°Paris] Ashley-G-3-ashley-greene-10394795-100-100 - Dans les délices de Capoue [Gabrielle°Paris] James-james-mcavoy-603647_100_100

***

Citation :
[…]

Votre dévouée,

Victoire de Noailles.

***

Les yeux perçants de Paris s’arrêtèrent sur ces derniers mots de la missive envoyée par la jeune femme. Relevant la tête, d’un fin sourire qui ne présageait rien de bon sur ce visage, il congédia d’un signe de tête le valet silencieux que la lui avait apporté.


-Rapporte-lui simplement que je me mets à la tâche le plus rapidement possible. Sa confiance trouvera acquéreur.

L’homme s’inclina sans prononcer un mot de plus, et tourna les talons, sortant du hall marbré où il avait rejoint son maître.

Déjà Paris avait ôté son manteau de voyage, et sans jeter un seul regard à la jeune servante qui s’était approchée timidement, lui passa la cape humide.


-N’est-ce point des bruits de portes provenant des appartements de mademoiselle de Longueville, demanda-t-il d’une voix inquisitrice ?

Paris avait tendu l’oreille, et son ouïe fine n’avait pu le tromper. Gabrielle était rentrée. Son sourire s’élargit, et ses yeux eurent une lueur étrange, teintée de malice et d’intérêt particulier. En un instant, le désir de retrouver sa sœur mis au ban de ses occupations ce qu’il avait promis à Victoire de Noailles. Sans plus une seule parole pour la jeune servante, habituée aux sautes d’humeur du jeune homme, il grimpa rapidement les marches qui menaient à l’appartement de la jeune femme.

Si une personne pouvait éclipser et annihiler toutes ses volontés, il s’agissait bien de Gabrielle. A sa seule pensée, des sentiments contradictoires assaillaient Paris ; mêlés de passion, de crainte, mais dilués par un venin qu’il ne pouvait s’empêcher de cracher en sa présence. Reniant toute volonté, il se laissait aller dans cette relation destructrice. Jamais il n’avait pu ressentir autant d’amour et de haine pour la même personne, à quelques secondes d’intervalle.
Alors qu’il montait les marches, seule la pensée de la voir enfin accaparait son esprit. Quelques pas à faire…un couloir, puis cette porte recouverte de fines feuilles d’or. Elle était entr’ouverte, laissant s’échapper quelques sons indistincts. Mais un timbre de voix le fit tressaillir une demi-seconde, élargissant alors son sourire.

Il poussa doucement la porte, et refermant derrière lui en tournant silencieusement la poignée de porcelaine, fit face à cette ennemie tant adorée, les mains derrière le dos. Elle était enfin là, en face de lui, resplendissante de toute sa beauté. Une courte semaine à Versailles avait suffit à donner à Paris l’impression de ne l’avoir vu depuis de longs mois, et il semblait la redécouvrir à nouveau. Tout, de ses cheveux à ses yeux pétillants, passant par sa bouche si sensuelle, faisait naître en lui ce désir de possession.
Elle qui avait été une heure avant l’ennemie à éloigner, devenait en une seconde une chose à détenir.

Il posa sur elle son regard limpide, profond, illuminé par la flamme de cette étrange passion, et s’avança enfin pour saluer sa sœur. Il savait qu’un seul faux pas de sa part pouvait libérer le regard moqueur de Gabrielle, et se gardant de toute action importune, il ne lâcha pas un instant ce regard soutenu. Il sentait parfois en elle ces propres pensées contradictoires, et la seule idée de la troubler ainsi lui plaisait. Chaque regard, chaque sourire était calculé dans ces instants, et malgré toute l’affection qu’il lui portait alors, Paris ne pouvait faire taire ce désir instinctif de lui nuire.

Il s’était approché d’elle, et avait saisi ses deux mains dans les siennes, posant doucement ses lèvres sur ces doigts raffinés. Ses yeux couvrirent le visage de Gabrielle, reflétant cette lueur intense teintée de malice.


-Ma chère Gabrielle…vos derniers éclats à mon encontre étaient…délicieusement cruels, je dois l’avouer. Il lâcha l’une de ses mains, mais conservant fermement, quoique doucement, la seconde au creux de la sienne, il recula d’un pas, comme pour jauger d’un œil intéressé la femme qu’il avait devant lui. Ce sourire au coin de sa lèvres ne l’avait pas quitté, et se rapprochant à nouveau de Gabrielle, porta cette unique main à ses lèvres, reposant sur elle son regard azuré. Si cruels qu’ils m’ont donné envie de vous revoir, ma chère grande sœur.
Votre absence m’a coûté, j’ai cru un instant devenir un véritable gentilhomme en acceptant quelque proposition de notre admirable tante de Condé.


Il avait définitivement lâché la douce main de Gabrielle, et rejetant les pans de sa veste croisa à nouveau les bras dans le dos, se promenant distraitement entre les fauteuils. Gabrielle avait cette faculté, quels que soient leurs sentiments du moment l’un envers l’autre, de le rendre sûr de lui, et de faire gonfler son orgueil. Il était loin de ses douceurs auprès d’Angélique ; Gabrielle faisait se réveiller en lui toutes ses vanités et ses désirs ambitieux. Il se tourna à nouveau vers elle, et entrevit alors le visage glacé de la princesse russe qu’il avait rencontré le matin-même. Froide, distante, il n’avait toutefois pas baissé sa garde auprès d’elle, et entrelaçant ces deux visages de femmes, il sentit monter en lui ce désir malsain de jouer avec sa tendre sœur. Il reposa un œil peu innocent sur son aînée, alors que son sourire s’élargissait au coin de sa bouche.

-Ma présence à vos côtés pendant quelques semaines ne vous dérangera pas, je l’espère. Rester à Paris me permettrait d’être plus disponible si notre hôte de Russie se perd dans les dédales de la ville. Sa voix avait ce timbre sarcastique, tout en jouant sur une corde franche. Il s’était, tout en parlant, rapproché d’elle, poursuivant ce manège qui n’avait d’autre but que de la faire attendre sur ses réelles intentions. Il connaissait ce trait de caractère, presque identique au sien, et plus il la faisait languir en omettant de dévoiler toutes ses intentions, plus ce manège pouvait l’impatienter. Il prenait ce malin plaisir à la faire attendre, dans le seul but d’une innocente vengeance. Il avait opté pour le pesant calcul de chacun de ses mots, même dits d’un ton badin C’est une femme des plus charmantes, par ailleurs, ajouta Paris, il serait dommage de perdre un si joli visage dans une cours des Miracles, ne crouyez-vous pas?

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et tout le plaisir de l'amour est dans le changement."


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MessageSujet: Re: Dans les délices de Capoue [Gabrielle°Paris]   Dans les délices de Capoue [Gabrielle°Paris] Icon_minitime28.02.10 15:20

Gabrielle de Longueville était d’une humeur particulièrement maussade. Les sujets de désagréments s’étaient accumulés au cours de la journée et elle ne pouvait guère compter sur la compagnie plaisante du duc de Valois, en voyage dans le Nord, officiellement pour des cures thermales, officieusement dans le but de lier des contacts avec des mécontents de la politique du roi de France. Tout soutien, même s’il ne se manifestait que dans une neutralité bienveillante, devait être saisi. Sans compter qu’Hector comptait sur des subsides néerlandais qui pouvaient se révéler décisifs dans la levée de troupes dans les provinces du royaume. Gabrielle, bien que proche de l’initiateur du complot, n’avait pas été mise au courant de ces projets mais elle comprenait bien les paris audacieux qu’espérait tenter son presque frère. Mise à l’écart des activités du groupe à cause des circonstances, la jeune duchesse s’ennuyait ferme à Versailles en compagnie de la marquise de Montespan, rattachée à la maison de la reine. Cette dernière enrageait de voir le roi conter fleurette à sa favorite en titre et pestait en permanence contre « l’abominable anglaise ». La marquise avait donné à la jeune duchesse une course à faire à Paris et Gabrielle avait été ravie de s’éloigner de la cour et de la sombre Montespan pendant une petite semaine. Elle ne doutait pas un seul instant que la jeune femme se remettrait rapidement de ses malheurs dans la perspective du bal qui approchait. Athénaïs allait pouvoir s’amuser avec son vieil ami, le duc d’Orléans et fait tout son possible pour paraître la reine de la soirée. C’était pour cela que Gabrielle séjournait à Paris par ailleurs. Elle avait été chargée de dénicher un maître parfumeur au nom italien qui avait fort bonne réputation auprès des gens de cour pour qu’il fabrique une fragrance inédite pour la jeune femme. Gabrielle profitait de ses quelques jours de congés pour visiter ses amis de la ville et profiter des salons littéraires.
La jeune duchesse avait toujours préféré Paris à Versailles. C’était dans la capitale qu’elle avait fait sa première entrée dans le monde en compagnie de sa mère qui avait été la reine des salons précieux, en son temps. C’était encore le seul endroit du royaume où l’on pouvait laisser s’exprimer sa pensée et ses opinions sur tous les sujets même s’il fallait avouer que le thème de la politique avait été rétrogradé depuis que l’on s’était rendu compte que Louis ne supportait guère les critiques et la liberté d’expression surtout celles des femmes. Et bien soit ! Gabrielle parlait volontiers de littérature et prenait plaisir à critiquer la nouvelle bouffonnerie de monsieur Molière devant une compagnie brillante. Depuis la mort de la dame de Rambouillet, des petits salons s’étaient multipliés dans Paris, le plus important étant celui de Mlle de Scudéry. Une longue amitié liait la dame de lettres et la jeune duchesse qui était d’ailleurs surnommée « Clélie » depuis que le roman du même titre lui avait été dédié. Mais Gabrielle boudait ce salon depuis que la dame prenait grand plaisir à recevoir son frère cadet Paris. Le jeune homme, comme à son habitude, avait charmé ces dames en leur racontant des bons mots et en leur montrant régulièrement son aimable minois. Fortement jalouse des faveurs que recevaient son frère, Gabrielle ne voulait plus, selon ses propres termes, « leur infliger sa présence ». Elle attendrait que Mlle de Scudéry l’invite officiellement pour faire une entrée triomphale dans le Marais.
Malheureusement cette décision empêchait la duchesse d’aller se divertir comme elle le souhaitait. Sa domestique qui lui tenait aussi lieu de demoiselle de compagnie, la chère Perrine, avait été chargée de lui trouver un autre endroit où se rendre. On avait écarté le salon de la scandaleuse Madame de La Suze qui avait dernièrement fait un procès pour divorcer de son époux, ceux trop bourgeois de Mesdames Scarron et Robineau et choisi celui de Madame de La Sablière, femme d’esprit. Ayant fait annoncer son arrivée, Gabrielle fut fort bien accueillie de l’hôte qui recevait rue de la Folie-Rambouillet. Marguerite Hossein, dame de La Sablière, l’avait installée à ses côtés et toute la soirée, la compagnie avait pu apprécier les bons mots de la duchesse. On avait volontiers parlé science et astronomie puisque madame de La Sablière était connaisseuse.
« Voyons, mademoiselle de Longueville, vous ne pouvez me faire croire que vous êtes ignorante de science, vous, une jeune fille si intelligente et si bien élevée !
- Hélas, madame ma mère a préféré m’enseigner les lettres, je connais parfaitement le latin et la grammaire mais je ne sais rien de science.
- Nous ne pouvons vous laisser si peu éclairée, ma chère fille. Permettez que je vous conseille des ouvrages qui m’ont fort intéressée. Tout commence par les mathématiques…
Madame de La Sablière lui avait énuméré tout ce qu’elle se devait savoir. Gabrielle possédait quelques bases en mathématiques et en géométrie, la situation n’était donc pas désespéré. Elle avait promis de lire et d’apprendre avant de revenir rue de la Folie-Rambouillet. Satisfaite, la dame avait changé de sujet et lui avait présenté un « jeune auteur très doué », monsieur Racine. Gabrielle qui avait lu l’une de ses pièces l’avait complimenté :
- Monsieur, j’espère être la première à découvrir la prochaine pièce que vous comptez écrire. Avez-vous déjà trouvé un sujet ?
- Ce sera une tragédie, mademoiselle. Je vous ferai parvenir le texte, soyez-en sûre.
Gabrielle lui avait proposé de l’aider dans ses projets, s’il en ressentait le besoin. Après tout, ne fallait-il point soutenir tout concurrent sérieux à monsieur Molière ?
La soirée s’était agréablement terminée malgré une mauvaise surprise. Au moment où elle comptait s’éclipser, ravie, Gabrielle s’était retrouvé face à face avec monsieur de La Rochefoucauld qui rentrait au même instant. Comme toujours, elle reçut un énorme choc. Il ressemblait tant à Paris ! La jeune femme avait la vision de son frère en plus vieux, quelque peu ridé. Le duc avait les mêmes yeux pétillants et le même sourire en coin que son fils. Le fameux sourire s’effaça devant Gabrielle et La Rochefoucauld exécuta une petite révérence pour dissimuler son trouble. La duchesse salua pour ne pas paraître impolie puis sortit. Ainsi son frère ne cessait de la poursuivre où qu’elle se rendait ! Même si Paris n’était pour rien dans l’apparition de son père à qui il n’avait jamais adressé la parole, Gabrielle sentit grandir sa haine pour ce petit frère qu’elle détestait tant. Dans la voiture qui la ramenait rue Saint-Antoine, elle sentit encore sa détestation augmenter. Il lui volait sa place auprès de Mlle de Scudéry ! Il ne cessait de lui jouer des mauvais tours pour la ridiculiser ! Il ne souhaitait que la voir mariée à un homme âgé, lointain prince d’une contrée inconnue pour enfin s’emparer du titre de duc de Longueville ! Son visage s’éclaira à la vue de Perrine Harcourt qui la rejoignit dans le carrosse qui s’était immobilisé devant l’Hôtel de Scudéry :
- Qu’as-tu appris Perrine ?
- La cuisinière est mon amie, elle a été ravie de me revoir et de me raconter tout ce qu’elle savait. Monsieur de Longueville est souvent chez Mlle de Scudéry sauf cette dernière semaine où il était à Versailles. Le scandale a bien failli éclater puisque votre oncle Condé est venu le chercher ici-même afin qu’il présente ses excuses à la duchesse de Bouillon. Mais d’après la cuisinière dont la nièce est femme de chambre, votre frère ne vient pas ici uniquement pour faire la conversation. Il est, dit-on, fort épris d’une nouvelle protégée de la bonne dame, une certaine Angélique de Coulanges.
- La petite Coulanges, cousine de Marie de Sévigné dont cette dernière m’a vanté les charmes et les mérites ?
- Celle-là même.
Comme toujours, Gabrielle se sentit blessée. Comment une femme pouvait être assez jolie et avoir assez d’esprit pour oser s’attacher le prince ? Elle remercia Perrine. Après tout ces renseignements n’étaient pas utilisables de suite mais ils étaient fort intéressants.
L’Hôtel de Longueville n’était pas plongé dans l’obscurité. Paris était-il présent ? C’était la seule raison qui pouvait expliquer un remue-ménage. Les craintes de Gabrielle se trouvèrent fondées lorsqu’elle distingua un carrosse aux armes croisées des Longueville et des Neuchâtel dans la cour de l’hôtel particulier. Des laquais aux livrées de son frère l’accueillirent quand elle descendit les marches de sa voiture. Paris était là.
Gabrielle s’était réjouie de ses récentes frasques qui lui avaient attirées maintes réprimandes et regards amusés. Son frère s’était ouvertement moqué de la duchesse de Bouillon, Marie-Anne Mancini, nièce du trop fameux diable rouge, « sorti de la Comédie Italienne » comme disait son oncle Condé aux temps de la Fronde. La dame, particulièrement sotte et vexée de l’attaque, s’était ridiculisée en demandant réparation au roi même. Celui-ci, bien que naturellement porté à défendre les intérêts de la sœur d’une des femmes qui avait partagé son lit - ni la plus jolie, ni la plus brillante, par ailleurs -, avait été ennuyé de l’affaire dont il n’avait que peu à faire. Paris avait du faire ses excuses publiques pour complaire au souverain et s’était vu faire des remontrances par Louis de Condé et par son épouse Charlotte. En guise de punition, on lui avait confié la garde d’une petite sotte, venue tout droit de sa lointaine Russie - Gabrielle reconnaissait l’intercession de sa tante dans ce châtiment - qu’il devait promener et charmer. Autant dire que la punition était bien douce. Une fois de plus, Gabrielle constatait l’indulgence coupable que tout le monde, et en particulier les femmes, avaient pour son frère. Mais ce qui la chagrinait le plus dans cette affaire, c’était que la Mancini s’en sorte sans dommages et qu’elle en profitait pour exulter dans les salons de Versailles, jetant des regards méprisants sur Gabrielle remplaçant les haineux de la veille. Cette femme la fatiguait et la duchesse se promis intérieurement de lui donner une bonne leçon. Les Mancini ne méritaient que de retourner dans la fange où elles étaient nées.
Gabrielle pénétra d’un pas alerte dans l’Hôtel et commanda qu’on ne la dérange pas dans ses appartements. Ce « on » désignait évidemment son frère dont elle ne souhaitait ni voir le visage ni entendre les remarques moqueuses. Elle s’installa dans son cabinet de toilette et des servantes lui ôtèrent sa coiffure compliquée pour dénouer ses cheveux pour la nuit. On lui passa une robe simple d’appartement pendant que la jeune femme donnait ses instructions pour le lendemain. Pendant ce temps, sa porte aux feuilles d’or s’était lentement ouverte pour laisser passage à l’être qu’elle détestait le plus au monde. Maudites servantes ! Aucune d’elle n’était capable de barrer le passage à Paris tant il les impressionnait.
Gabrielle se retourna et fit enfin face à son frère cadet. Toute sa haine et ses soucis s’évanouirent. Il était charmant dans un costume qu’elle ne lui avait encore jamais vu et surtout, ses yeux pétillaient d’une malice enfantine qui ramenait invariablement la jeune femme dans son enfance heureuse en Normandie quand ils jouaient des tours à leurs précepteurs et à leurs parents. Paris était la seule personne qui pouvait la faire changer de sentiment en une seconde. Le simple fait de le voir la déchargeait de ses passions. Seul existait son immense amour fraternel et cette obsession malsaine pour ce petit frère qu’on lui avait préféré. Elle le regarda quelques instants, silencieuse, admira son visage où brillaient ses yeux et où souriaient ses lèvres et se demanda une fois encore ce qu’il pouvait trouver à une Coulanges, forcément sotte et insipide. Paris lui appartenait, son cœur était à elle, il n’était point question de le partager avec une autre femme. Cette possessivité malsaine la faisait évidemment souffrir puisque Paris était un coureur de jupons. Si elle acceptait ses aventures régulières, elle ne pouvait accepter un intérêt trop évident.
Il s’approcha pour lui baiser les mains tout en faisant allusion à un des mauvais tours qu’elle avait pu lui jouer. Gabrielle ignorait s’il avait découvert qu’elle avait réussi à ne pas le faire inviter à une chasse royale ou s’il pensait plutôt à une scène de ménage plutôt comique qu’une de ses anciennes maîtresses, mal mariée, lui avait fait en plein salon de Versailles. Dans le doute, elle ne répliqua pas, se contentant d’un petit sourire moqueur. Elle adorait le voir ridiculisé et son désir le plus cher était de le voir abattu. Même si dans ces cas là, elle ne pouvait s’empêcher de le consoler. Maudit frère qui faisait naître en elle des sentiments si contradictoires qu’elle ne comprenait plus son propre cœur !
Il continuait à parler puis lâcha sa main. Gabrielle se tendit : elle le connaissait bien et savait que l’expression réjouie qu’il arborait n’était pas innocente. Elle se devait de rester méfiante malgré la joie de se trouver réunis après une semaine de séparation.
- Je vous en prie, cher frère, vous êtes ici chez vous. Restez tant que vous voudrez pour promener la petite Russe. Après tout, vous ne faites qu’obéir aux ordres de notre tante.
Gabrielle haussa un sourcil pour montrer qu’elle n’était pas dupe de la dureté de la punition. Elle se rassit et demanda à une petite servante de lui peigner ses longs cheveux bruns pourtant parfaitement lisses. Elle ne cessait pas pour autant de fixer son frère dont le ton badin cachait véritablement quelque chose. Prête à bondir et à répliquer à la première parole dérangeante, elle réfrénait son impatience et paraissait parfaitement calme. Pas question de lui montrer son trouble.
- « Une femme des plus charmantes ». Mais mon cher Paris, quelle femme n’a-t-elle pas un certain charme à vos yeux ? Hélas, puissiez-vous ne pas la perdre totalement !
La jeune duchesse gardait l’expression fermée de leur mère quand elle mettait en garde ses enfants. Cette matière n’était pas affaire de plaisanterie. Mais elle détestait faire les frais de la conversation et décida de reprendre la parole :
- Je rentre de toute manière bientôt à Versailles, j’ai fait mes achats et plus rien de me retient ici. Après tout, la Cour doit être bien triste sans un Longueville pour l’animer !
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Paris de Longueville

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MessageSujet: Re: Dans les délices de Capoue [Gabrielle°Paris]   Dans les délices de Capoue [Gabrielle°Paris] Icon_minitime04.03.10 17:31

Paris fronça le nez à la réplique de sa sœur. Bien que tout deux fort attachés à leur tante, il avait toujours aimé se sentir le préféré auprès d’elle, sans que ce favoritisme ne soit cependant soulevé. Son orgueil en ce point était discret, et devait le rester.

-Mais vous savez qu’elle prend le plus grand plaisir à me donner ce que vous appelez des..ordres. Elle tient ainsi la parole qu’elle a donnée à cette jeune étrangère, qui était de lui fournir un guide des plus compétents.

Il n’aimait pas voir Gabrielle sans réaction. Il voulait la sentir se réfréner, l’entendre réagir, sentir sa voix se durcir…cela lui aurait prouvé qu’elle n’était pas indifférente à son jeune frère. Plus Paris se sentait important auprès d’elle, plus il savourait ce mince pouvoir. Il avait ainsi assez d’ascendant pour l’adorer…comme la détester selon les circonstances.
En cet instant, l’amertume le gagnait très lentement, tandis qu’il ne lâchait le regard soutenu de Gabrielle, tels deux rivaux se jaugeant mutuellement.

Elle était parfois si….si semblable à lui dans ses réactions qu’elle l’agaçait profondément. Un désir de lui planter une dague en plein cœur, de le retourner pour la voir à ses pieds pouvait alors le prendre soudainement, mais aujourd’hui, le calme de la jeune femme le réfrénait dans ses pensées. En vérité, la beauté physique d’une femme l’attirait toujours avant son esprit, en particulier celle, qu’il considérait parfaite, de Gabrielle.
Comment pouvait-il ressentir ce désir de lui nuire, alors qu’elle venait tout juste de s’asseoir froidement, emprunte de cette grâce qu’il adorait, sans prêter aucune attention à sa servante qui lissait ses cheveux parfaitement coiffés ? Tout, dans son attitude, lui renvoyait cette image sans défaut de sa sœur aînée. Silencieuse, fixant son propre regard de ses yeux calmes, Paris ne pouvait voir que la beauté qui se dégageait de Gabrielle, faisant à nouveau naître en lui ce désir de la posséder. Lui, et lui seul.

Il aurait pu ainsi laisser son esprit aller dans de trop douces pensées, si elle n’avait poursuivit, de cette voix qui ressemblait de trop à celle de sa mère. Ainsi, Gabrielle avait opté pour ce masque maternel ?
Il se tut et se promenant silencieusement autours du fauteuil, se garda de toute expression qui eu peu trahir ses pensées. Elle savait qu’il détestait ces leçons de morales, et celle de Charlotte de Montmorency résonnait encore à ses oreilles. Elle avait appuyé sur son point faible pour le faire réagir.
Mais Gabrielle n’avait pas assez de pouvoir sur lui pour le rabaisser à écouter ses conseils, et Paris se contenta d’un faible sourire un brin railleur à l’encontre de son aînée.

Il s’était approché de la grande cheminée de marbre, sur laquelle il s’était appuyé, observant à présent sa sœur d’un regard vague. Il pianotait de sa main sur le manteau de la cheminée, la seconde jouant distraitement avec une montre, reliée à une poche de sa redingote par une fine chaîne d’or.
Il haussa le sourcil avec un léger soupir.
En effet, toutes les femmes avaient du charme à ses yeux, même les plus ingrates, dont il évitait pourtant soigneusement la compagnie. Même Gabrielle, lorsqu’elle montrait ce petit air pincé de précieuse, qui pouvait la rendre détestable, avait du charme. Et dans ses agréables moments, elle pouvait supplanter toutes celles que Paris pouvait préférer ordinairement, exerçant alors sur lui ce pouvoir si attractif qu’il réfrénait autant qu’il le pouvait.

Un mot le sortit de ses distractions, et dans un mouvement sec, il ferma le couvercle de sa montre, relevant soudainement la tête vers Gabrielle.
Il du faire un insurmontable effort afin de ne pas faire percer la déception qui avait étreint sa voix. S’il ne pouvait la montrer, elle grondait toutefois en lui.


-Vous retournez donc à Versailles ? Il se reprit rapidement, et ajouta dans un sourire qui n’appartenait qu’à Paris de Longueville : un sourire mêlant raillerie et intérêt, franchise et mesquinerie camouflée. Un sourire léger, relevant doucement chacun des coins de ses lèvres.
Voilà qui est fâcheux, je pourrais croire que vous me fuyez ! A peine suis-je arrivé, que vous me quittez déjà !


Il rouvrit le clapet de sa montre quelques courtes secondes, regardant distraitement les aiguilles tourner, puis releva la tête, posant des yeux faussement contrits sur Gabrielle.

-Avouez, Gabrielle, ma chère soeur…ma présence vous dérange, n’est-ce pas ?

Il adopta une expression déçue bien trop marquée pour qu’elle puisse être franche, et perçue comme telle. Rangeant définitivement sa montre dans sa poche, il quitta la proximité de la cheminée, et s’approcha à nouveau de Gabrielle. Il leva alors les yeux vers la jeune servante, qui, dès qu’elle croisa son regard azuré brusquement illuminé par un éclair d’intérêt, plongea la tête vers la chevelure brune de sa maîtresse, les joues fortement empourprées en une demi-seconde. En silence, elle entreprit de lisser plus frénétiquement les cheveux de la jeune femme, n’osant plus lever les yeux sur le jeune prince qui la fixa une dernière seconde, le sourire en coin.
Face à Gabrielle qui se révélait être aussi froide qu’un seau d’eau glacé, savoir que son charme avait encore un ascendant sur les femmes le réjouissait au plus haut point.
Il savait tourmenter avec délice ces jeunes femmes innocentes ; malgré toute son éducation et les principes que ses parents, ainsi que ses précepteurs, s’étaient forcé à lui inculquer, son orgueil prenait le pas sur toutes ses qualités de gentilhomme. Connaître son propre pouvoir ne pouvait que le gonfler d’importance.

Tout ceci n’avait duré que quelques secondes, et Paris reporta rapidement son regard limpide sur son aînée, se forçant à ne pas prêter attention à ses traits, mais à la diabolique intelligence qu’ils renfermaient. Seule cet esprit tortueux pouvait le réfréner dans cette trop forte attirance.


-De toute évidence, oui…vous n’auriez, dans le cas contraire, pris la peine de ne pas me faire convier à cette chasse.

Paris avait volontairement appuyé sur ce mot de « pas », comme un son accusateur. Il posa doucement sa main sur celle de sa sœur, dans un mouvement non moins tendre, et croisa alors les pupilles de sa sœur, ses yeux brillant d’une lueur d’excuse.

-N’y-a-t-il donc rien que je fasse qui puisse vous plaire, ma chère grande sœur ?
Perrine vous aurait-elle encore raconté quelques rumeurs éhontées sur mon compte, provenant de servantes trop bavardes et imaginatives ? Vous savez pourtant que ça ne sont que des rumeurs !


Malgré son visage contrit, les rouages du cerveau de Paris tournaient, alors qu’il se prêtait à cette petite comédie. Si la jalousie ne pouvait blesser sa sœur, il la tourmenterait en lui faisant baisser sa garde…même s’il fallait user pour cela de certains noms.
Celui de Perrine, devenue créature de sa sœur, ne devait cependant être entaché de ses idées manipulatrices, et il savait prononcer ce nom avec une certaine réserve. A ses yeux, malgré la proximité des deux femmes, il n’y avait pas de femme plus parfaite à ses yeux que la jeune camériste.
Il était cependant indéniable que Gabrielle, toute sa beauté et son terrible esprit, avait une place en dehors de tout. Elle était en effet la seule qui poussait Paris à se demander s’il avait pu la posséder autant qu’il le désirait, si elle n’avait été sa demi-sœur.

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MessageSujet: Re: Dans les délices de Capoue [Gabrielle°Paris]   Dans les délices de Capoue [Gabrielle°Paris] Icon_minitime06.06.10 21:26

Paris était parfaitement agaçant. C’était ce que se répétait Gabrielle alors que la jeune servante continuait à lui lisser les cheveux d’une main distraite. Parfaitement agaçant. Il continuait à arpenter la chambre de sa sœur aînée sans manifester la moindre intention de sortir afin de la laisser tranquille pour la nuit. Avoir été confrontée au portrait de son frère avec quelques dizaines années en plus dans la soirée avait déjà été un choc en soi. Avoir son véritable frère en chair et en os devant elle alors qu’elle se sentait lasse et peu enthousiaste à mener une bataille d’esprit et de repartie était franchement désagréable. Mais malgré elle, elle se surprit à songer aux bonheurs enfantins qu’ils avaient partagés. C’était à la fin de la Fronde, peu après le départ de l’oncle Condé dans les Pays-Bas espagnols. La tension était manifeste au sein de la famille Longueville qui voyait de plus en plus l’absolue nécessité de faire allégeance au roi et surtout à la régente et à son ministre favori. On se souciait peu des enfants qui se sentaient vraiment seuls et abandonnés du centre d’attention général. Dans le froid des nuits que l’on passait sur les routes, en fuite, le petit Paris rejoignait sa grande sœur dans sa chambre et se glissait sous les couvertures tout à ses côtés pour bénéficier du peu de chaleur que pouvait lui offrir Gabrielle. La jeune femme se souvenait encore de serrer ce frère si charmant et si agaçant dans ses bras et de sentir l’odeur d’enfance qui émanait de lui. Tout était si simple alors ! Ou plutôt, tout était si compliquée en cette époque mais Gabrielle était peu préoccupée d’analyser ses propres sentiments. Il lui semblait parfaitement normal de l’adorer puis de le détester l’instant d’après. Aujourd’hui, ses sentiments s’étaient encore exacerbés et elle détestait de ne pas se comprendre elle-même.

- Un guide des plus compétents, dites-vous… J’espère juste que vous prendrez soin d’elle et qu’elle ne soit pas totalement naïve. J’aurais de la peine en vous voyant pourchassé par les affreux soldats Russes de son roi de père.

A vrai dire, cela pourrait faire une scène assez comique digne de la pire comédie de monsieur Molière. Mais il n’était certes pas question que l’on fasse du mal à son petit frère et quiconque osait le blesser pourrait subir ses foudres fusse-t-il un roi qui cherchait à défendre l’honneur de sa progéniture ! Une seule et unique personne avait le droit de le faire souffrir et cette personne, c’était elle-même. Elle désirait tant lui ôter son petit sourire hautain ! Peut-être autant qu’elle désirait qu’il lui sourit ainsi. Paris lui appartenait. Mais pour l’instant, ils étaient partis dans un bras de fer qui pouvait durer fort longtemps. C’était à celui qui baisserait la garde en premier, celui qui attaquerait et serait vainqueur de cette joute verbale où se jouaient autant leur ego personnel qu’un amour et une haine fraternels. Paris n’était certes pas rentré dans ses appartements uniquement pour venir la narguer ou pour lui souhaiter le bonsoir. Le fait qu’il s’attarde ainsi en sa compagnie montrait clairement qu’il avait quelque chose à lui annoncer. Gabrielle faillit lui demander de quoi il retournait mais elle s’abstint au dernier moment. Cela aurait été pire qu’un signe de faiblesse. Un renoncement, une capitulation. Et dans cette guerre qu’ils se livraient, il ne serait pas dit que c’était elle qui avait demandé la cessation des combats en premier. Elle décida donc d’éviter le sujet en prenant pour objet de la conversation la cause initiale de leur mésentente, sachant que parler d’elle à son jeune frère ne pourrait que l’agacer. Et cette idée était proprement exaltante. Elle prit un ton sentencieux en fronçant son petit nez dans un air mutin :

- Je suis allée rendre visite à Mère hier à l’heure des visites. Vous serez ravi d’apprendre qu’elle se trouve bien. Elle m’a encore demandé de vos nouvelles et désire vous voir au plus vite. Je sais que vous n’aimez pas plus que moi les barreaux du Carmel mais il faudra forcer votre nature. Elle m’a appris une nouvelle déplaisante : vous savez comme moi qu’elle est la protectrice de l’abbaye de Port-Royal. Pour une raison mystérieuse, le roi a décidé la destruction de cet endroit. J’ai promis que vous parleriez au roi avec qui vous êtes en bons termes. Mais cessons-là, ces paroles désagréables, cher frère.

Gabrielle savait parfaitement que ce ton maternel ne pouvait qu’impatienter son jeune frère. Mais il ne se laissa pas déstabiliser et revint sur le prochain départ de la duchesse pour Versailles. Les suppositions qu’il émettait l’énervèrent au plus au point. Comment pouvait-il se supposer tant d’importance pour qu’elle adaptât son emploi du temps à ses allées et venues ? Certes, sur ce point, elle était quelque peu hypocrite : c’était elle après tout qui évitait de se rendre chez mademoiselle de Scudéry pour l’éviter. Mais enfin ! Le dire de cette manière mettait en évidence qu’elle lui accordait une importance démesurée. La jeune femme, non sans difficultés, resta parfaitement immobile et calme. Mais son esprit bouillait d’indignation. Comment osait-il ? La duchesse surprit la mimique de son frère à l’égard de la jeune servante et la brusque gêne de cette dernière qu’elle vit rosir de le miroir. C’en était trop ! La pauvre servante fit les frais du brusque énervement de sa maîtresse qui se leva sans prévenir et arracha le peigne des mains de la gamine.

- Enfin, petite idiote ! Tu m’as tiré les cheveux !

D’un geste d’irritation, Gabrielle lui intima l’ordre de se retirer. Les larmes aux yeux, la servante salua, sembla attendre que Paris prît sa défense avant de sortir prestement. Toute la belle tranquillité dont elle avait fait preuve jusqu’à présent s’était envolée. Dieu, que Paris l’agaçait ! Le pire était qu’il avait raison. Non, il ne la faisait pas fuir, elle ne rentrait pas à Versailles parce qu’il se trouvait à Paris mais le simple fait de l’entendre dire cela rendait l’idée vraie. Elle qui voulait l’entendre supplier, reconnaître sa supériorité, la voilà qu’elle se laissait aller à ses sentiments en face de lui sans plus rien contrôler. Ah, ce qu’elle le détestait pour ce qu’elle ressentait ! Gabrielle jeta le peigne au sol et arpenta quelques instants la longueur de sa chambre sous les yeux de son frère. La pensée qu’il la voyait perdre le contrôle de ses nerfs la rasséréna brusquement. Après tout, à quoi bon s’énerver ? C’était aussi le laisser gagner. Elle interrompit sa marche devant son frère et le laissa prendre sa main. La poigne de Paris était si douce et si naturelle qu’elle crut presque une seconde qu’il était sincère dans son affection et sa peine pour elle. Mais elle se reprit aussitôt. Cet être était aussi mauvais qu’elle. Il était dangereux de l’oublier.

- Allons, petit frère, ne crois pas que ta présence me dérange. Au contraire, j’aime à te sentir près de moi et j’aime ta compagnie. Encore que je craigne qu’en restant ici, tu sois trop occupé à promener la petite Russe pour me manifester quelques instants d’attention… Que suis-je donc, moi la grande sœur ennuyeuse face à l’attrait de la nouveauté et de la pureté venue tout droit du lointain froid du l’est ?

A lui de prendre cela pour de la sincérité ou pour un mensonge éhonté. Gabrielle s’était parfaitement calmée et Dieu seul savait comment elle était bonne actrice. Elle se pencha et baisa la main de son frère dans un geste de pure affection fraternelle.

- Ne mêle pas Perrine à tout cela, je te prie. Elle n’a rien à voir avec toutes nos histoires. Et en parlant de rumeurs, n’accorde donc pas de crédit à celles qui disent que je veux te nuire. Voyons, tu connais mon amour pour toi, je serais incapable d’une chose pareille, Paris !

Elle avait remonté les murailles et les barrières entre eux. Ces dernières paroles, Paris savait que c’était entièrement faux. Mais elle espérait qu’il fasse mine de le croire. Elle voulait que cette conversation finisse au plus vite tant sa perte subite de contrôle d’elle-même lui avait fait peur. Qu’il s’éloigne au plus vite ! Elle pourrait alors se blottir dans ses couvertures et réfléchir à un moyen de se venger de ce terrible affront. Mais elle voulait aussi que cette conversation se finisse dans de bons termes. Elle désirait voir le regard de son frère briller, son expression mutine lorsqu’il savait qu’il allait jouer un bon tour ou encore son sourire charmeur qu’il lui réservait. Avant qu’il s’en aille, elle voulait toutefois soulever la question de la Mancini :

- J’ai appris que tu avais été humilié par la Mancini, la sotte qui a épousé le duc de Bouillon. Il est grand temps que cette…personne ravale son fiel et se repente de tous les torts qu’elle cause à notre famille. Ton mot était de bon goût mais il nous faut trouver une vengeance dont on ne puisse nous accuser d’en être les auteurs. Je ferais bien circuler une rumeur sur son compte mais je crains de n’en pas trouver d’assez honteuse. Mais sache que nous nous vengerons de sa petite arrogance de parvenue. Elle retournera d’où elle est venue cette sale peste !

Gabrielle sourit. Elle savait parfaitement qu’eux deux unis, rien ni personne ne pourrait résister et même les résistants Mancini. Ah le jour où Hector serait roi… ! Ce jour-là, Marie-Anne et ses sœurs regretteraient d’avoir pensé qu’elles étaient les égales d’une Longueville, descendante de saint Louis !

- Avant que tu ne me quittes, cher frère, sache que si je retourne à Versailles dès demain, je vais sans nul doute partir en province quelques temps dans les semaines ou les mois qui arrivent. Je sais que Monsieur organise un bal à St-Cloud mais tu n’es pas sans ignorer que la mort regrettable de notre oncle Conti nous empêche de toute manière de nous y rendre. Notre famille est en deuil. Je pense donc retourner à Pont ou à Rouen avant de faire des visites dans nos propriétés du sud-ouest. Il me tarde de me reposer loin de toute cette agitation. N’es-tu pas trop attristé de cette nouvelle ?

S’il savait ! S’il savait ce qu’elle projetait de faire lors de ce voyage de « repos » ! Pour le moment, Gabrielle espérait juste qu’il serait déçu de la voir lui échapper pendant de longues semaines.

- Baste ! Allons, petit frère, embrasse-moi avant que j’aille me coucher. La journée a été longue…
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Paris de Longueville

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MessageSujet: Re: Dans les délices de Capoue [Gabrielle°Paris]   Dans les délices de Capoue [Gabrielle°Paris] Icon_minitime20.07.10 16:52

Gabrielle avait en cela d’exaspérant qu’elle faisait osciller son jeune frère entre cette franche détestation et cette passion inavouable.
Dans chacun de ses gestes et de ses mots, il espérait pouvoir y déceler quelques preuves d’une réciprocité qu’il désirait aussi ardemment que les formes de sa sœur.
Seule cette jalousie mutuelle liait pour Paris son existence à celle de Gabrielle, et il voyait en elle ce moyen de raviver une flamme passionnelle interdite, seul piment à son quotidien. Depuis combien d’années ne cessait-il d’attiser cette animosité ? Il ne pouvait lui-même le dire, tant il n’avait jusque-là accepté de laisser s’éteindre cette maladive passion. Rien ne saurait lui faire aimer Gabrielle comme une sœur, pas même les regards suppliants de leur mère, demandant cette trêve dans des querelles qu’elle croyait innocentes.

Malgré tout ce qu’il demandait silencieusement à Gabrielle, chaque amertume qu’il entendait dans la voix pourtant railleuse de sa sœur pouvait faire froncer le nez au jeune homme, qui ne pouvait s’empêcher de répliquer sournoisement.


-Si ces soldats étaient anglais, croyez bien que je me serais fait un plaisir de vous les présenter ; j’aurais ainsi pu jouer deux cartes en une main : me défaire d’eux et contenter ma trop innocente sœur.

Il lâcha ce dernier mot d’une voix neutre, s’éloignant alors de la jeune femme, et tournant le dos aux éclairs qu’il imaginait aisément dans ce délicieux regard noisette, contempla un bref instant l’horloge qui égrenait ses secondes inlassablement. Le visage de Victoire de Norfolk lui était soudainement revenu, alors qu’un léger courroux avait ponctué l’acidité coutumière de son aînée. Ressentait-elle réellement cette jalousie qu’elle laissait transparaître par ses paroles ? Même ces longues années si proche d’elle n’avait su lui faire connaître chaque émotion qu’elle tentait de camoufler, et cette impuissance à les déceler pouvait aisément assombrir l’humeur de son cadet.

Il se retourna néanmoins le sourire satisfait aux lèvres, et contempla quelques fugaces secondes la silhouette si parfaite de Gabrielle. Elle était si agaçante qu’elle en était désirable, et face à ce petit air hautain qu’elle affichait, les idées les plus destructrices lui venaient. A cette seule pensée qu’ils puissent tous deux se jauger, s’évaluer et se haïr silencieusement, Paris se gonflait de cet orgueil qui ne l’avait pas encore étouffé en son sein. Sa sœur était bien trop parfaite pour qu’un autre puisse la détester autant que lui, et cette sensation de puissance l’enfonçait peu à peu dans ce désir de destruction.
Il voyait s’installer sur ce visage cette fausse candeur, et au premier mot de Gabrielle, Paris su qu’elle avait longuement pesé les paroles qu’elle lui lança insidieusement.
Elle avait touché juste, et l’évocation maternelle crispa les traits de Paris, qui se retourna à nouveau pour masquer son irritation.
Qu’avait-elle besoin de le lui rappeler ? Il savait que seule cette jalousie enfantine pouvait la pousser à glisser ces quelques mots. Paris avait toujours su jouer de l’affection étouffante que lui avait porté sa mère au détriment de son aînée, et à présent, il recevait cette remontrance ô combien sournoise comme une gifle injuste.
De quel droit avait-elle pu faire une telle promesse en son nom, auprès de leur mère ?! Il joua distraitement avec les bibelots trônant sur l’imposante cheminée, et sans prêter attention au petit nez de Gabrielle qui devait frétiller de plaisir, lança d’un ton badin, cachant le monstre nommé orgueil qui avait soudainement enflammé son esprit.


-L’absence attise le désir, Gabrielle, et peut-être serez-vous heureuse d’apprendre que j’ai décidé de me rendre très prochainement au chevet…que dis-je…aux côtés de notre mère.

Il se tut un court instant, pianotant sur le manteau de la cheminée, et se retourna enfin, plongeant ses doigts dans sa poche en quête d’un nouveau jouet pour occuper ses mains. Plus son esprit se tournait vers ces petites choses, moins l’envie d’écraser l’adorable visage de Gabrielle se faisait sentir, et il calmait ainsi cette haine passionnelle.

-Les dernières louanges de notre oncle Condé m’a en effet rendu en grâce auprès de notre roi, et je l’en remercie ! Je tâcherais d’intercéder en faveur de notre mère et de Port-Royal, bien que le jansénisme soit loin de mes prérogatives ; mais vous savez combien notre monarque garde une farouche animosité envers les intrigants et tous ceux qui se complaisent dans ces cabales politiques. J’espère que le passé aura pu être effacé à son esprit par la descendance.

Paris prenait ce malin plaisir à croiser ce fer des mots avec sa sœur. Elle avait remporté une première bataille, le forçant à la retraite, mais il venait de lui lancer cette botte nommée « jalousie », dont il était friand. Il savait qu’elle ne pouvait ignorer la lueur malfaisante qui s’était allumé dans son regard, montrant tout ce plaisir malsain dont son frère se délectait à l’instant.
Il revit brièvement leur enfance, et cette relation qui avait toujours uni leur oncle à son aînée. Lui qui recevait toute l’attention de leur mère avait toujours cherché l’admiration d’un oncle qu’il se figurait comme un héro, et paradoxalement, l’enfant qu’il avait été s’était à jamais senti lésé. Si le présent avait su rapprocher le prince et son neveu, il restait toujours pour Paris cette barrière infranchissable, que Gabrielle n’avait jamais eu à franchir. Cette idée était bien souvent insupportable, et aujourd’hui, il ne voulait que se délecter de rappeler à la jeune duchesse qu’il restait à jamais le préféré, et celui grâce à qui leur mère pouvait encore accéder à une once de pouvoir sur la cour et les décisions royales.
Gabrielle ne serait certainement pas dupe de ce petit manège, et Paris savait que son seul sourire satisfait et son regard brillant pourrait l’agacer un peu plus. Il avait su par ses dernières paroles lui glisser qu’à jamais, leurs vies de puissance seraient liées ; que sans sa place à la cour, leur famille n’aurait l’appui d’un roi, et que sans l’esprit délicieux de la jeune femme, il ne bénéficierait de ce crédit auprès de nombreux courtisans, lassés de ce qu’ils appelaient son « libertinage ».

Mais ce soir, l’idée de remporter ce duel le poussait à oublier combien l’appui de Gabrielle pouvait lui être profitable, et observant à la dérobée le visage impassible de la jeune femme le frustra. N’avait-il donc plus d’ascendant sur elle ?! Lui cachait-elle encore quelques sentiments qu’il ne fallait qu’il découvre ? Encore une fois, cette façade immobile piquait son orgueil, et seule les joues rosies de la servante le rassuraient.
Il savait toucher à ces petits détails qui faisaient de Gabrielle sa supérieure en de nombreuses choses, et ainsi la descendre de ce piédestal sur lequel il la juchait.

La satisfaction mesquine se dessina sur son visage trop angélique lorsque la pauvre victime fut chassée par la susceptibilité de la duchesse. Immobile et silencieux, il jouait à nouveau avec ce petit gousset, goûtant à la joie de la colère provoquée par son seul regard vers ce que possédait Gabrielle. Ils étaient seuls à présent, et l’un et l’autre pourraient enfin parler à mots découverts.
Elle le possédait par ses charmes, mais il savait lui rappeler que sans lui, sa vie manquerait de ces couleurs apportées par cette haine passionnée.
Comment était-elle capable de le faire passer du désir à la destruction ? Alors qu’il la suivait du regard, il sentait monter en lui ce bonheur de la voir s’énerver contre lui, et ressentait ce qu’elle-même devait couver : qu’elle devait le détester en cet instant ! Se sentait-elle également si impuissante face à ces contradictions ? Se demandait-elle comment elle pouvait l’aimer autant, puis le haïr sur un simple regard ?
Un frisson de plaisir le parcouru alors qu’il se délectait de cette courte victoire sur les sentiments qu’il devinait chez Gabrielle, et dans l’unique but d’étouffer une prochaine victoire de sa sœur, Paris joua cette carte de la candeur feinte, dont seuls les deux Longueville étaient capables.

Il se doutait que Gabrielle ne rentrerait pas dans ce jeu, malgré toute la douceur qu’il mettait dans son geste ; cependant, son propre piège se referma un instant, lorsqu’il cru aux paroles ennuyées de la jeune femme.


-Tu es mon nord, Gabie, et qu’importe où me portera le vent glacé de Russie, je retrouverais toujours le chemin jusqu’à ma chère grande sœur.

Il posa sur elle un regard plus franc peu habituel avant de lever les yeux au ciel, et l’accompagnant d’un sourire entendu, brisa ce jeu dont aucun d’eux n’était dupe.

-Tu es d’une hypocrisie qui pourrait être supérieure à la mienne, si tes manières n’étaient si douces. Encore une fois, tu as bien failli me faire tomber dans ce piège.

Il ne s’attarda pas sur ce geste plus faux que ses paroles, et retirant sans brusquerie sa main des doigts de sa sœur, se redressa, et se promena à nouveau autours du fauteuil, témoin de leur joute.

-Je suis bien aise que Perrine n’aie rien à y voir…ton ascendant sur elle est bien trop évident pour que je m’en inquiète. Tu sais que malgré les années, mon…affection pour elle n’a pas changé.

Néanmoins, il tourna à nouveau son regard vers elle, les sourcils froncés par les derniers mots de Gabrielle. Devait-il relancer cette flamme de la dispute, ou attendait-elle de lui qu’il se range ? Les dents serrées par le mensonge aussi flagrant qu’un huguenot chez un janséniste, il lança un éclair à la jeune femme.

-Tu es aussi innocente qu’un gamin des rues, Gabrielle. Tu me sous-estimes en espérant peut-être que je te croirais…c’en est presque insultant !

Il avait cessé ce jeu de frustration silencieuse, et cet affront qu’elle venait de lui lancer, peut-être sans attendre une réelle réaction, l’agaça au plus au point. Il la savait coupable de tous les maux qu’elle niait honteusement, et seule l’idée de sa douce vengeance apaisait sa susceptibilité. Il saurait trouver le moyen de lui faire payer cela, et imaginer son aînée tenter de déjouer le fil qu’il tisserait alors le rasséréna. Il n’avait pas encore perdu cette guerre ouvertement déclarée.
Paris arpenta silencieusement la pièce, songeant aux paroles closant définitivement leur querelle du soir. Même s’il n’oubliait en aucun cas sa promesse à la duchesse de Norfolk, il ne pouvait s’abaisser à pousser à nouveau la discussion sur un terrain glissant, voire dangereux en cette fin de journée. Il calculait.
Apaisant son humeur, il se plia de bonne grâce aux idées de Gabrielle. N’était-ce donc pas plus agréable de lier leurs deux esprits à un ennemi commun ? Stoppant sa marche lente, il se planta devant elle, mais ne pu afficher qu’une mine un peu bougonne.


-Pour le moment, nous ne pouvons faire que cela, Gabrielle. Crois bien que je cherche un moyen de l’atteindre par ce qu’elle chérit le plus.

L’idée qui pointait était si mauvaise qu’elle ne pu retenir un sourire d’élargir légèrement les lèvres du jeune homme, effaçant la moue qu’il affichait alors.

-Par son mari, par exemple…elle est aussi possessive qu’une chatte avec ses petits. Nous l’écraserons par la suite, lorsqu’elle sera entièrement affaiblie. Je sais que tu meurs d’envie de la voir cracher et demander grâce autant que moi. Je te promets que je te placerais à mes côtés lorsque ce jour viendra !

Paris avait délibérément inclus sa sœur dans ce projet, connaissant son animosité envers l’italienne d’une part, et sa vanité d’autre part. Pour ce qu’il voulait lui demander, mieux valait laisser là tout argument attisant la susceptibilité de la jeune femme, et abonder en son sens. Les paroles de Gabrielle se perdirent au lointain, alors que Paris, reprenant ses pas lents, songeait à nouveau à la jeune duchesse de Norfolk. S’il avait été libertin, comme ce Perche, il n’aurait pas hésité un seul instant à rapprocher Gabrielle de Norfolk, et ainsi profiter de cette touchant naïveté ; mais sa morale – il en possédait ! – l’empêchait d’agir en ce sens, et le moment était pour lui venu d’agir en gentilhomme. Elle lui proposait une aide bien minime, mais il ne doutait pas un seul instant qu’il saurait rappeler à la jeune femme son bon souvenir, si son aide s’avérait utile. Il s’était arrêté, et un sourire relevant le coin de sa bouche, se retourna pour lancer cette dernière hostilité, lorsqu’un mot frappa son oreille, le laissant interdit.

-Tu me quittes donc si longtemps ?

La surprise était cette fois non feinte, et en un seul mot, tous les plans qu’il avait sournoisement montés contre elle s’évanouirent. Elle le prenait diablement de court, et après un bref silence, il s’efforça de se ressaisir, et tendit la perche qu’elle lui tendait, la voix profondément cynique.

-Attristé par cette tragique disparition, ou par ton départ ? Tu sais combien j’appréciais notre oncle, ma tenue aurait du te le rappeler, continua-t-il d’un ton ironique, jetant un œil à sa veste d’un gris bien trop clair.

Il ne souhaitait s’attarder à aucun moment sur les relations entretenues avec celui qui avait osé accepter d’épouser une nièce du diable italien, et reporta toute sa réponse sur ce qu’il voyait lui échapper : la reconnaissance d’une âme qu’il pourrait utiliser par la suite. A nouveau, mais sans le vouloir cette fois, Gabrielle était un frein à ses ambitions, et prenait ce plaisir à se mettre en travers d’un chemin qu’il se traçait.
Evitant un air maussade flagrant, Paris se contenta de jouer distraitement avec un petit chien de faïence, et relevant les yeux, fixa Gabrielle brièvement, l’air soudainement inquisiteur.


-Que feras-tu à Pont ? Il n’y a plus rien que des souvenirs. Et te connaissant, je doute que tu souhaites sincèrement te reposer.

Il s’approcha doucement du fauteuil dans lequel trônait sa sœur aînée. Abrité de toutes ces mauvaises pensées qui l’avaient jusque-là assaillie, il la voyait à nouveau aussi belle que dans ses agréables souvenirs. Pourquoi ne pouvaient-ils s’aimer d’un amour simple et fraternel ? Pourquoi ces tensions devaient-elles attiser une passion malsaine ? Il se devinait plus attiré par tout ce que Gabrielle représentait, plus qu’elle ne l’était elle-même de lui ; ce sentiment ne l’aidait qu’à la détester un peu plus de se servir de cette faiblesse, mais il ne pouvait s’empêcher d’entrer dans ce jeu, poussant sa sœur à rompre les barrières qu’elle mettait entre eux.
A présent que l’atmosphère était apaisée, il la voyait comme chaque fois lorsqu’elle cherchait à supplanter quiconque à son cœur : dangereusement attirante. Un sourire allégeant ses paroles, il obéit et se pencha vers la joue de sa sœur aînée, jouant lentement avec une de ses longues mèches châtain, avant de lui jeter cette dernière acidité à l’oreille sur un ton des plus doucereux.


-Ta seule beauté m’empêche de chercher ce que tu manigances à nouveau, Gabrielle.

Il embrassa affectueusement la joue de son aîné, et se redressa, observant la jeune femme de son petit air suffisant.
Il se dirigea à pas lents vers la porte, et tenta un dernier soubresaut dans l’esprit aussi curieux que possessif de Gabrielle.


-Puisque tu me chasses ainsi rapidement, je déduis que ma présence t’ennuie réellement, ou que le sommeil te gagne. Tu ne sauras donc pas ce que je tenais à te demander ; et crois-moi, j’en suis fort contrit.

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"Les inclinations naissantes, après tout, ont des charmes inexplicables,
et tout le plaisir de l'amour est dans le changement."


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MessageSujet: Re: Dans les délices de Capoue [Gabrielle°Paris]   Dans les délices de Capoue [Gabrielle°Paris] Icon_minitime22.01.11 22:18

    Gabrielle de Longueville avait parfaitement repris le contrôle d'elle-même et la colère qu'elle avait laissé échapper quelques temps auparavant s'était évaporée comme un mauvais souvenir. Se jouer de son cadet avait toujours été une de ses activités favorites. Ainsi, elle le regardait arpenter sa chambre sans mot dire, un simple éclat malicieux dans ses yeux bruns et un demi-sourire aux lèvres. Dans ces moments là, elle avait l'impression de maîtriser un tant soit peu ce jeune homme qu'elle connaissait si bien et détestait autant. Et rien ne pouvait plus lui faire plaisir que cette idée. Elle se rappelait de lui encore tout bébé quand elle ne cessait de le taquiner méchamment dès que leur mère avait le dos tourné. Au début, il se mettait à pleurer, faisant accourir à lui toute la maisonnée tant son pleur et sa tristesse étaient insupportables. Invariablement, Mère la giflait avant de prendre le petit garçon pour tenter de le calmer. De toute manière, c'était toujours de sa faute à elle si Paris se sentait mal, s'il pleurait, s'il boudait. Seul Père savait se montrer juste et mesuré. Mais en même temps qu'il grandissait, Paris était devenu dissimulateur et aussi cachottier qu'elle-même. Terminé le temps où il ressemblait à une poupée qu'il suffisait de pincer pour que des larmes s'échappent de ses yeux ! C'était désormais elle qui devait surveiller ses arrières. Mais parfois, plus rarement qu'elle ne saurait le dire, Paris laissait apercevoir les véritables sentiments qui le troublaient et cela réjouissait sa grande sœur si aimante et si douce.

    Elle ne put cependant s'empêcher de hausser les sourcils suite à sa mauvaise plaisanterie à propos des soldats anglais. Mais ne répondit pas. C'était terminé, elle ne lui ferait pas ce plaisir. Depuis que leur mère était partie se réfugier derrière les barreaux d'un couvent, il n'y avait plus personne pour tenter d'apaiser leur querelle et pour prendre sempiternellement la défense du jeune homme. Le seul censeur moral qui les surveillait, c'était leur oncle de Condé. Mais celui-ci, déjà tout à ses problèmes avec le roi dont il tentait de regagner la confiance et avec son fils, être instable, se contentait de sermonner les deux jeunes gens pour leur conduite dès qu'il le pouvait. Oh, certes, ils n'étaient pas dépravés et faisaient honneur à leur rang mais les disputes qu'ils ne cessaient de causer avec ces stupides Mancini ou d'autres arrivistes qui se croyaient à leur hauteur remontaient parfois en hauts lieux. Il était difficile de croire à la guerre qu'ils se livraient entre eux tant le frère et la sœur étaient unis pour défendre leur nom bec et ongles. Les causes et les rebondissements de la discorde fraternelle qui les liait autant qu'elle les séparait leur restaient secrets. En privé, ils ne cessaient de se disputer, conscients que personne n'était à leur hauteur pour jouer à ce petit jeu malsain.

    C'était la raison pour laquelle Gabrielle avait tant de mal à accepter qu'une autre femme qu'elle-même puisse occuper les pensées de Paris. Cette possessivité la rongeait et troublait son cœur et sa raison plus qu'elle ne se l'avouait à elle-même. Elle vouait une grande partie de ses efforts à détruire les relations qu'il mettait du temps à construire avec des femmes naïves qui pensaient que son cœur était encore libre. Car Gabrielle était persuadée d'occuper un espace suffisamment important dans ce cœur pour détruire celles qui voudraient s'y introduire. Malgré toutes les passades qu'elle lui avait connues, les amantes belles ou quelconques, intelligentes ou stupides, mystérieuses ou futiles, toujours il revenait vers elle comme un enfant venant se faire consoler auprès d'une mère compréhensive. Toujours, Gabrielle pardonnait cette incartade sans avouer qu'elle était souvent pour quelque chose dans les ruptures ou dans les mauvais regards que lui jetaient maintenant ces femmes. Toujours, elle pardonnait car elle n'avait pas le choix. Elle le voulait auprès d'elle. La jeune femme redoutait le jour où Paris serait marié. Évidemment, sœur Geneviève y réfléchissait, il fallait sauvegarder le nom des Longueville à défaut du sang. Gabrielle se mordit la lèvre. Si Paris n'avait pas une goutte de sang Longueville, il l'était assurément, par cette fierté démesurée commune aussi aux Condé, il l'était par cet esprit fin et cette aptitude à gouverner les esprits. Il était plus que Longueville et Valois de sang, il l'était de cœur et d'esprit. Aucune femme, de n'importe quel rang qu'elle soit, ne pourrait jamais le comprendre et être à sa hauteur.

    Gabrielle ne se formalisa pas de ne pas être crue. Paris n'était pas dupe, évidemment de ses démonstrations d'affection. Mais elle aurait aimé qu'il fasse semblant, rien que pour ce soir-là, pour que cette rancœur qu'elle sentait poindre en elle s'éloigne et disparaisse. Qu'elle puisse se coucher l'esprit en paix sans repenser à son frère et à ses mauvais tours ou encore à cet homme beaucoup plus âgé qui lui ressemblait tant et que sa mère avait aimé à la folie. Au lieu de cela, son frère insistait pour souligner sa duplicité. La jeune femme leva les yeux au ciel malgré elle. Elle se trouvait bien stupide de chercher à oublier qu'il la connaissait autant qu'elle le connaissait, lui. A chaque attaque, il savait où parer. Il savait quels étaient ses points faibles. Même s'il ignorait nombre des secrets de sa sœurs comme la trop grande affection qu'elle portait à un jeune comte, il envoyait toujours des piques et des pièges qui faisaient mouche. Alors qu'il se réjouissait d'être en la faveur du roi et de parvenir peu à peu à faire oublier qu'il était le fils de deux Frondeurs qui avait combattu les troupes royales en d'autres temps, Gabrielle ressentit une satisfaction intérieure à l'idée qu'il n'était pas mêlé à la petite affaire d'Hector de Valois. Il n'aurait pas compris que c'était autant pour Hector que pour lui qu'elle faisait tant d'efforts. Elle souhaitait qu'il puisse utiliser son intelligence à autre chose qu'à des intrigues de cour, qu'il fasse preuve de son ingéniosité et de conseils avisés auprès du monarque. Que la famille des Longueville retrouve la place qui aurait toujours dû être la sienne. Mais elle ne voulait pas qu'il soit au courant. Elle aurait trop craint pour sa vie et ne souhaitait pas que ses intrigues soient un moyen pour lui d'avoir une plus grande maîtrise sur sa sœur. Il y allait de sa tête.

    Les paroles de son frères la détournèrent vers un autre ennemi autrement moins dangereux pour son cœur mais dont les persiflages l'agaçaient au plus haut point. Marianne Mancini était la seule des sœurs Mancini qui n'était pas assez intelligente pour les laisser tranquilles. Elle le payerait, évidemment. L'atteindre dans ce qu'elle a de plus cher ? Gabrielle doutait qu'il s'agisse de son époux. La peste se servait de lui sans aucun doute. Comment un Bouillon avait-il pu accepter de se marier avec une fille sortie de la rue ? C'était déjà si humiliant que leur oncle Conti ait été obligé de le faire... C'était comme si le sang des Mancini voulait envahir toute la plus haute noblesse française et la pervertir. Conti, Bouillon, Vendôme... Tous des lâches et des traîtres ! Elle frissonna en repensant à ses propres épousailles. Comment Père avait-il pu envisager, ne serait-ce que quelques minutes, pouvoir la marier à un Mancini, au propre frère de Marianne dans l'utopie d'une réconciliation ? Chaque jour, elle qui était pourtant une libertine convaincue, chaque jour, elle remerciait le Ciel d'avoir empêché que cette union se fasse. Était-il possible qu'elle eût pu passer le reste de son existence à partager le lit et les enfants d'un être tel que Philippe Julien Mancini ? Mais le destin en avait décidé autrement. Il avait d'autres projets pour la duchesse.

    Que Paris songeât à faire cavalier seul dans leur lutte contre la petite Marianne vexa profondément Gabrielle mais elle ne rebondit pas sur les paroles de son frère. Elle avait bien l'intention de jouer à cette délicieuse partie d'échecs de son côté et d'avancer ses propres pions, beaucoup plus sûrs que ceux de Paris. Elle trouverait bien un moyen de faire souffrir la Bouillon, personne ne pouvait résister à son esprit machiavélique même une fille à la repartie aussi cinglante que Marianne. Elle était possessive... Il fallait donc s'en prendre à sa petite famille parvenue. C'était une piste sur laquelle Gabrielle ne manquerait pas de s'engager lorsqu'elle aurait plus de temps pour y songer. De toutes les façons, faire déchoir les Mancini de leurs rangs et de leurs titres serait la plus grande victoire de Gabrielle. Mais pour cela, il lui fallait continuer à soutenir Hector de toutes ses forces.

    Penser à Marianne entraîna Gabrielle vers un autre terrain tout aussi glissant. Victoire de Noailles... Le visage de cette petite peste sans intérêt et stupide traversa son esprit. Sa cousine qui la détestait sans doute autant et qui voulait l'éloigner de son mari, comme si elle représentait une quelconque menace pour un être aussi charmant et intelligent que Thomas ! La seule menace qui planait sur ce couple, c'était que Thomas se lassât d'une gamine aussi jeune et futile que son épouse. Mais Victoire était aussi une amie du cercle de la Bouillon, qui partageait de nombreux moments dans leur hôtel parisien à subir les pantalonnades d'un Molière ou les paroles doucereuses de la vipère qu'était Marianne. La colère s'empara de nouveau de Gabrielle, cette fois-ci mêlée de rancœur. Son frère lui reprochait de tenir un rôle ? Quelle hypocrisie ! Il en faisait de même avec elle ! Mais cette colère était pleinement maîtrisée car elle se savait en position de supériorité. Pour la première fois de la soirée, elle avait pleinement conscience de le dominer. Elle ne se donna pas même la peine de répondre aux paroles faussement ennuyées de Paris qui regrettait de la voir partir si loin et le laissa déposer un doux baiser sur sa joue. Ses manigances ? Un instant, elle crut avoir imaginé ces mots en le regardant doucement s'éloigner d'elle pour s'apprêter à sortir. Elle aurait aimé qu'ils puissent s'aimer comme deux frère et sœur, sans disputes et sans trahisons. Mais c'était au-dessus de leurs forces, au-dessus de ses forces.

    - Allons, petit frère, es-tu donc si triste que je parte si loin de toi ?

    Sa voix s'était faite ironique et moqueuse. Elle avait une longueur d'avance sur lui et comptait bien en profiter pour le faire languir puis lui porter le coup fatal. Il avait déjà commencé à s'éloigner, faisant quelques pas en direction de la porte qui donnait sur le couloir. Gabrielle savourait d'avance sa revanche. Elle le connaissait si bien qu'elle devinait, bien qu'il lui tournât le dos, qu'il se demandait pourquoi sa sœur l'attaquait sur ce terrain-là et ne cherchait pas à savoir ce qu'il cherchait à lui cacher. Doucement, Gabrielle se leva et s'approcha de lui, glissa sa main gauche sur son épaule et lui caressa le menton de sa main droite pour lui faire tourner la tête vers elle. Elle se plongea dans son regard vert mais c'était elle qui avait le contrôle en cet instant. Elle aurait pu l'aimer s'il était aussi innocent qu'il le laissait paraître. Elle aurait pu le détester si elle ne l'aimait pas autant.

    Mais Paris n'était pas le jeune homme angélique qu'il laissait paraître. Gabrielle se sentit de nouveau envahir par une rage justifiée. C'était Perrine qui le lui avait dit. Sa jeune confidente avait des oreilles et des yeux partout et rien ne lui échappait. Une lettre interceptée, un couple surpris en train de comploter. Une fois encore, Perrine avait bien fait son travail. Les deux jeunes femmes s'étaient longtemps disputée sur la raison pour laquelle Victoire était bien plus proche de Paris qu'elle ne l'aurait dû. Cependant, le doute n'était pas permis et Gabrielle était parvenue à devancer sa demande.

    - Après tout, il me paraît fort hypocrite et peu charitable de ta part de déplorer mon absence alors que même que tu intriguais pour m'éloigner de Versailles et de Paris. Ne te réjouis-tu pas intérieurement de n'avoir pas même dû déployer tes talents d'éloquence pour me convaincre de me rendre à Nemours, Pont de l'Arche ou je ne sais quel endroit où tu avais prévu de m'exiler pour faire plaisir à une petite sotte intrigante que tu sembles apprécier depuis fort peu ? Ne cherche pas même à nier, je supporte depuis longtemps tes mensonges et tes bassesses mais ce soir, je ne le pourrais pas. Alors réjouis-toi en silence, ô frère qui m'aime tant et qui cherche à me plaire, et va donc retrouver ta stupide Noailles pour lui rendre compte que tu as remplis ta part du marché. En attendant, quitte ma chambre immédiatement. Je ne veux plus te voir.

    Gabrielle finit sa tirade d'une voix rauque, pleine de ressentiment et d'irritation. Elle lâcha le visage de son frère et le poussa dans le dos pour l'inciter à sortir. Puis elle fit mine de se désintéresser totalement de son frère dont elle imaginait la mine stupéfaite et rageuse pour retourner s'asseoir dans son fauteuil. Elle ne tressaillit même pas en entendant la porte de son appartement se claquer derrière Paris. Immédiatement, Perrine apparut à l'embrasure du passage qui reliait sa chambre des appartements de sa maîtresse.

    - Comment allez-vous, Gabrielle ?

    Gabrielle tourna vers elle des yeux secs et un regard décidé.

    - Bien, Perrine, prépare mon coucher, je te prie. Nous partirons demain dès l'aube à Versailles. Fais en sorte que je ne recroise pas mon frère.
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