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 Il faut douter de tout, même de ses soupçons. | Nicolas de Ruzé

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MessageSujet: Il faut douter de tout, même de ses soupçons. | Nicolas de Ruzé   Il faut douter de tout, même de ses soupçons. | Nicolas de Ruzé Icon_minitime09.02.10 17:37


L’après-midi naissait à peine sur un Versailles hivernal, fourmillant d’incessantes allées et venues, retentissant de bruits en tous genres, bourdonnant d’apostrophes, bruissant d’éclats de voix… bref, résonnant de toute cette agitation qui secouait quotidiennement la petite ville vivant à l’ombre de l’éclatante Cour de France et de son Roi Soleil. En cette heure peu avancée, beaucoup pourtant avaient déjà repris le travail, tandis que bourgeois et nobles, suivant des habitudes évidement plus aristocratiques, achevaient tranquillement et incessamment sous peu leur repas avant de retourner vaquer à leurs occupations marchandes pour les premiers, oisives pour les seconds. Une fois de plus, 1666 voyait commencer la deuxième partie d’une journée déjà fort remplie, assisté en cela par un ciel pur et dépourvu de tout nuage, mais recouvert encore par cet intangible voile d’hiver qui donnait à l’azur une teinte légèrement plus blafarde et au soleil un éclat un brin plus pâle que lors de ces chaudes et rayonnantes journées d’été. Fort heureusement, si l’astre du jour se faisait quelque peu pâlissant en ces temps fraîchement hivernaux, il était un autre Soleil à Versailles qui lui, automne comme printemps, été comme hiver veillait sans cesse et se chargeait de sublimer son variable frère et de combler par son propre éclat celui qui lui faisait parfois défaut. Du moins, c’est ce que le peuple se plaisait à dire, d’une façon ou d’une autre, louant ainsi le Roi qui siégeait au dessus d’eux, au milieu des innombrables magnificences Versaillaises et qui, pour se placer au dessus encore de ces merveilles de dorures, s’était choisi pour emblème l’indétrônable astre solaire. L’air, frais mais d’une douceur appréciable après l’hiver froid qui s’était abattu, avait ce côté agréable qui pousse l’Homme à l’enthousiasme, faisant ainsi irradier la cité et son agitation, les sortant peu à peu de leur torpeur de saison.

A chaque traversée de cette ville constamment en mouvement et pleine de cette agitation et de ces bruissements quotidiens, Elodie aimait à porter attention à tous ces moindres petits détails qui faisaient de Versailles ce qu’elle était. Habituellement, elle profitait des ses moments de libres, ceux qu’elle mettait à profit pour sortir dépourvue d’Eric et de son masque masculin – bien qu’elle se demanda parfois lequel du mousquetaire ou de la jeune fille était devenu déguisement, question qui la rappelait généralement à l’ordre en lui faisant remarquer que ce n’était pas en étant véritablement Eric qu’elle courait tous les dangers qui pesaient sur elle – pour se laisser aller à ces observations. Mais aujourd’hui, c’était bien sous l’identité d’Eric de Froulay et accompagnée de trois de ses compagnons d’arme que la belle avait chevauché à travers la ville, il y avait quelques moments de cela, pouvant ainsi découvrir ce qu’était Versailles en ce jour. Généralement moins bavarde que ses camarades – l’on comprend facilement pourquoi – il était d’ailleurs chose aisée à la jeune femme de se laisser aller à rêvasser durant toute une chevauchée sans toutefois jamais perdre totalement le fil de ce qui se disait autour d’elle. Méfiance et prudence, même là où il ne paraissait guère utile d’en faire preuve, étaient nécessaires dans la situation fragile dans laquelle elle se trouvait. Un passant du peuple pourrait reconnaître Elodie, – bien que cela ne ce soit jamais réellement produit, les mousquetaires imposant généralement le respect – la jeune femme que l’on voyait de temps en temps courir les rues, ou bien d’autres détails du même acabit auxquels il fallait, même l’esprit ailleurs, porter une attention constante. D’autant plus que venait récemment de s’ajouter à la maigre liste des individus connaissant son secret une personne qui, bien que digne de confiance à ce qu’en avait pu déduire la belle intrépide, faisait toujours une personne de plus – inévitable cependant vu les circonstances dans lesquelles le duc de Norfolk et Elodie s’étaient rencontrés.

Rencontre à laquelle elle avait gagné, sinon un ami du moins ce que l’on pouvait considérer comme un protecteur mais également dont elle gardait et inéluctablement encore quelques séquelles. Gauchère, la jeune femme s’était montrée particulièrement mal avisée d’être blessée, premièrement, mais surtout blessée à l’épaule gauche. Détail qui l’obligeait, encore maintenant, à se battre à droite ce qui sans en faire une épéiste moins douée et talentueuse, la rendait peut-être temporairement moins redoutable. Mais cela valait mieux, selon elle, que de rester oisive plus longtemps, aussi s’était-elle estimée guérie, - malgré une légère gêne persistante dont elle s’était bien gardé de souffler mot à qui que ce soit - et avait-elle insisté pour prendre part à la mission qui l’amenait aujourd’hui à Versailles, en dépit de tous les conseils que l’on avait bien pu lui donner. Condamnée un temps à ne plus quitter sa casaque de mousquetaire et à renoncer à ses escapades Versaillaises pour ne pas éveiller aucun soupçons sur son identité de par sa blessure, la belle n’avait jusque là fait que tourner en rond entre deux entraînements que l’on lui refusait aussi poussés qu’habituellement sous l’œil par trop protecteur de son frère. Elle n’aurait donc su laisser échapper une pareille occasion d’enfin pouvoir bouger, sortir de sa léthargie et retourner à son office de mousquetaire. Un moment d’insistance auprès de son lieutenant et ami avait fini par décider le sort en sa faveur et la jeune mousquetaire avait enfin obtenu gain de cause. Les avis médicaux, le peu d’importance de l’expédition et autres arguments n’avaient pu l’en faire démordre, l’obstinée n’avait fait que les réfuter un à un avec esprit sans espoir de renonciation, ajoutant même qu’elle savait parfaitement ce qu’elle faisait, ce dont elle était capable et que l’affaire ne paraissait à priori pas assez risquée pour que l’on lui opposât de pareilles raisons.

Affaire qui, d’ailleurs, n’aurait pas même dû être du ressort des mousquetaires. Une simple histoire de vol – vol dont le montant allait chercher haut, certes – mais dont la victime, un vieil homme de la haute noblesse, influent et proche de la famille royale, avait expressément exigé que l’on mit à sa disposition l’élite des soldats. Ne voyant pas d’intérêt à froisser les vaniteuses exigences de ce fantasque vieillard, l’on avait pas jugé utile de ne pas accéder à sa demande. Trois mousquetaires furent enfin désignés, en plus d’Elodie – ou plutôt d’Eric – pour les raisons que l’on connaît déjà. L’homme s’était donc fait dérobé quelques bijoux de valeurs par deux jeunes gens qu’il se plaisait à insulter de vandales, de vauriens et autres surnoms tout aussi gratifiants, qui s’étaient introduits en sa présence dans son hôtel. Trop âgé pour faire quoi que ce soit lui-même, il exigeait des mousquetaires de leur mettre la main dessus et de lui ramener ses joyaux « qui valent plus que toutes vos vies réunies ! » avait-il insisté quand les soldats s’étaient rendus auprès de lui pour recueillir sa plainte et ses informations, ce qu’il leur donna assaisonné d’ailleurs d’un nombre de jurons, de forfanteries, de menaces puis de jérémiades impressionnant et fort mal à-propos. Lassée de devoir se forcer à retenir sourires et éclats de rires sarcastiques face à ce vieux hiboux, Elodie avait même fini par descendre et sortir avant ses trois autres camarades, sous prétexte d’aller inspecter une première fois les abords de l’hôtel et la rue dans laquelle il se trouvait. Chose qu’elle fit rapidement – sachant très bien que les voleurs étaient déjà certainement loin et que ce coup d’œil ne lui apprendrait rien – très rapidement avant de revenir s’appuyer au mur, à côté de la porte d’entrée, laissant libre cours à ses mimiques moqueuses.

Il y avait à peine une minute qu’elle se trouvait à cette place, arborant cette attitude un brin cavalière qui lui était propre, qu’un autre mousquetaire sortit à son tour. La mine réprobatrice qu’il affichait en posant ses prunelles sur la jeune femme arracha une moue mutine à cette dernière.
« Que diables fais-tu ici, El… ?! commença François, aussitôt interrompu par un regard rigoureux de sa sœur. … Eric ! N’es-tu pas censé éviter ce genre d’expéditions encore un moment ?
- Il y a déjà bien plus de temps que de nécessaire que je les évites, vois-tu ? Et de toute façon, il ne fait pas bon pour moi de passer ma vie au camp, tu le sais très bien, répliqua Elodie, énigmatique.
- Pas plus qu’il ne fait pour toi d’être ici et dans cette tenue, de toute façon. Imagines un instant que tu sois de nouveau blessée… un Lord anglais ne suffit-il pas ?
- Il ne dira rien, fais moi confiance et cesse de remettre ce sujet sur le tapis ! Tout va bien, François, une fois de plus.
- Néanmoins, une fe…
- Chut ! Tu t’oublies et il n’est absolument pas prudent d’en parler ici, interrompit encore Elodie, voyant que les deux autres mousquetaires étaient sortit de l’hôtel et les attendaient. »
Elle lança un dernière regard sévère à son frère et se dirigea vers ses deux camarades qui n’avaient, en restant plus longtemps, évidement rien appris de plus du vieil homme, comme l’annonça Louis, un ami de François. Ce dernier proposa alors de faire deux groupes pour aller battre la ville et recueillir ce qu’ils pourraient comme informations, proposition approuvée à l’unanimité. D’une œillade, Elodie fit comprendre à son frère qu’il était inutile qu’il ne cherche à se mettre avec elle – ils passeraient le chemin à se chamailler plus qu’autre chose – et ce fut Louis qui l’emmena avec lui, laissant la jeune femme seule avec le dernier mousquetaire.

Nicolas de Ruzé et la jeune femme échangèrent un regard. A vrai dire, les deux jeunes gens ne s’appréciaient guère, voir pas du tout. La belle n’aimait ni ses façons, ni ses airs parfois patibulaires, ni ce qu’elle savait ou avait pu entendre de lui. D’autant plus que c’est à l’une de ses entreprises douteuses qu’elle avait soustrait Alexandre d’Artagnan ce qui, évidement, jouait en défaveur de sentiments plus amicaux. Enfin, la jeune femme avait tendance à se méfier de cet homme – comme elle se devait de le faire de tout le monde – plus que d’autres. Sans doutes pour les raisons précédentes, mais aussi à cause de ce qui s’était passé un ou deux jours auparavant. Sortie en femme, elle l’avait croisé en ville, dans un troquet. Evidement, Elodie avait reconnu le mousquetaire, même sans son uniforme mais lui n’en avait rien fait et ne l’avait considérée que comme une charmante jeune femme de plus à séduire. A la fois profondément amusée, comme souvent, de cette erreur et anxieuse quant au fait qu’il puisse mettre un nom sur son visage, elle l’avait subtilement repoussé et avait rapidement disparu du troquet afin de ne pas laisser à ses idées le temps de cheminer, mais une vague inquiétude restait. Apparemment, rien ne montrait de quelconques doutes dans son attitude, mais mieux valait s’en méfier encore quelques jours, jusqu’à ce qu’il n’ait totalement oublié la scène. Sur ses pensées, la jeune mousquetaire, dont l’ombre du feutre dissimulait quelque peu de le visage, se remit en selle sans avoir adressé une seule parole à de Ruzé. Silence qu’elle rompit promptement en disant :
« Je vous laisse le choix de la rue à prendre. M’est avis que cela n’a que peu d’importance, les voleurs devant déjà être bien loin. »
En effet, la mission qu’on leur avait confié ressemblait plus à une chasse aux trésors qu’autre chose ou même à la recherche d’une aiguille dans une botte de foin.
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MessageSujet: Re: Il faut douter de tout, même de ses soupçons. | Nicolas de Ruzé   Il faut douter de tout, même de ses soupçons. | Nicolas de Ruzé Icon_minitime10.02.10 20:16

Nicolas de Ruzé, mousquetaire du Roi, releva la tête. Le prêtre avait arrêté de parler. Un sourire triste prit les lèvres du jeune homme. Il déplia son long corps et se releva. Sortant de la rangée, il se rendit près de l'officiant. Quelque chose bougeait dans sa gorge. Il tenta de la réprimer. Non ce n'était pas vrai qu'il allait pleurer. En arrivant près de l'homme d'Église, Nicolas, tout de même rarement modeste, baissa la tête en signe de gratitude et offrit son front à la bénédiction du petit homme rond qui levait son bras. Il se faisait bénir alors qu'il tentait difficilement d'avaler sa salive. Nicolas se sentait légèrement misérable et détestait ce sentiment qui s'infiltrait en lui, tel un poison. Relevant ses terribles yeux vers le bon homme, il accepta ses mots de gratitude.

-Je suis certain que votre père et votre oncle seraient fiers de vous aujourd'hui, Nicolas. J'ai bien connu votre oncle abbé, il vous porte une admiration sans bornes. Quel dommage tout de même que vous ayez perdu votre père si jeune. Il était un grand homme.

-Oui, on m'a souvent parlé de ses qualités, mon père, mais je dois avouer que j'ai aimé mon oncle comme un père.

-Monsieur de La Porte était quelqu'un de fantastique, de grande bonté d'âme. Souvenez-vous en, mon fils. Tentez d'être clément et bon, comme il l'a été.

-J'essaierai, mon père, mais cela n'est guère facile lorsqu'on est mousquetaire.

-Alors, tâchez de servir le Roi comme vous servirez Dieu, avec modestie et dévotion. Allez en paix, mon fils, je vais prier pour votre oncle.

-Merci, mon père.


Nicolas baissa une nouvelle fois sa tête pour saluer le prêtre et se tourna afin de sortir de l'Église. Il le faisait avec un quelconque regret. En effet, il avait toujours trouvé dans ce milieu divin une tranquillité qui lui permettait d'accepter ce qu'il était. Lorsqu'il ressortait de l'église, il se sentait plus léger, plus apte à devenir ce que l'on attendait de lui. Pourtant, aujourd'hui, il avait la mort à l'âme. Il venait de payer une messe privée à la mémoire de son vénéré oncle. Il était mort il y avait deux ans et la plaie était toujours aussi vive. Nicolas avait perdu son père pour une seconde fois et il lui semblait que cette déchirure ne lui était que plus violente. Pourtant, Nicolas devait s'efforcer de faire son deuil, de faire comme si la vie continuait, malgré la perte de cet homme qui comptait tant pour lui. D'ailleurs, celui qui tentait de le remplacer n'était guère d'état à le faire. Son dévot et jaloux cousin n'était pas de la hauteur à pouvoir aider Nicolas. Davantage porté à la bigoterie qu'aux combats, ce grand maître d'Artillerie de France n'était guère prêt pour cela. Il ne pouvait tenter de remettre le mousquetaire rebelle sur le droit chemin alors qu'il déchirait des tableaux et emprisonnait sa femme dans ses forteresses d'Auvergne. Non, il n'avait rien à attendre de cet Armand-Charles. Une fois de plus, Nicolas se trouvait donc seul devant ses démons, devant son désir de vengeance, de gloire et de richesse.

Pourtant, il n'avait pas le temps de penser à cela, il devait rapidement se rendre dans un hôtel particulier de Versailles où lui et quelques mousquetaires devaient retrouver des traces dans une vulgaire histoire de vol. Nicolas avait bien protesté, mais on l'avait tout de même assigné à cette mission. Arrivé sur place, il trouva trois de ses compagnons, qui apparemment n'attendaient que lui pour monter à l'hôtel. S'excusant, mais n'étant pas d'envie à commenter à cause de son humeur massacrante, Nicolas fut le premier à monter les escaliers. Nicolas soupirait et fermait les yeux devant les insultes de ce vieux décrépit dont il avait seulement envie de couper la gorge avec son épée. Pourtant, Éric de Froulay fut le premier à fuir les lieux pour se réfugier à l'extérieur. Nicolas l'avait observé durant le discours haut en jurons du vieux noble. Éric se retenait pour ne pas rire. Décidément, ce mousquetaire était bien peu sérieux ou bien peu capable de contenir son sérieux. Pourtant, cela n'était pas sans plaire à Nicolas. En effet, Ruzé trouvait que le corps entier des mousquetaires était composé de jeunes hommes beaucoup trop sérieux pour leur âge. Il y avait qu'Olivier de Montalet qui était bien marrant et qui s'entendait très bien avec Nicolas. Bien que Montalet soit négligant et singulièrement en retard dans tout ce qu'il faisait, au contraire de Nicolas, les deux hommes s'entendaient bien et n'hésitaient pas à aller voir les filles de nuit ensemble. Les trois mousquetaires suivirent donc le jeune Froulay et commencèrent à examiner les lieux.

Nicolas remarqua bien l'intermède qu'avaient les deux frères Froulay et il se disait que, comme toujours l'aîné couvait le cadet de façon beaucoup trop protectrice. Il vint même à se demander s'il y avait quelque chose sous cela. Ah! Oui, oui, il le savait bien que les autres feraient des figures étonnées et offusquées, mais on ne pouvait nier que cela se passait beaucoup plus souvent qu'on pourrait bien le penser. D'ailleurs, le cadet Froulay était mignon dans son genre. Bien entendu, Nicolas aimait trop les femmes pour juger les hommes ainsi, mais il devait avouer qu'il y avait une sorte de charme étrange qui tournait autour d'Éric de Froulay.

Ce qui surprit davantage le jeune homme était qu'au moment où les mousquetaires devaient se séparer, il hérita du jeune Froulay. Il fut surpris. Il s'attendait bien à partir en repérage avec Louis, tant les deux frères étaient habituellement inséparables. Nicolas sourit à son jeune compagnon, mais ce dernier ne semblait pas disposé à faire de même. Ruzé pensa que quelque chose s'était produit entre les Froulay pour provoquer quelque chose d'aussi sensible. Les deux mousquetaires montèrent sur leurs chevaux et Éric lui laissa le choix des rues à prendre. Eh merde! Ils n'étaient pas sortis du bois! Aucun indice, aucune motivation, ils étaient autant mieux d'abandonner tout de suite, mais Nicolas savait l'ardeur démesurée que mettait Froulay au travail. Il n'osa donc pas lui proposer d'aller au troquet au lieu de faire la mission. Ah! Parfois, il regrettait Olivier...

-Je suis bien d'accord avec vous. Pourtant, je tenterais la rue de droite. Elle est... -comment dire?- elle mène vers Paris et les bas quartiers. Je ne suis tout de même pas d'avis qu'ils auraient pu se rendre jusqu'à la capitale, mais du moins, il serait plus logique de chercher dans les bordels et les lieux dépravés que dans les beaux quartiers.

Nicolas donna un coup de talon à son cheval pour le faire avancer, ou plutôt galoper. Le mousquetaire n'aimait pas perdre son temps et il était clair qu'il ne trouvait pas de traces dans les immeubles voisins où vivaient des veuves et où se trouvait un hospice.

-Ça m'énerve, vous n'avez pas idée, Froulay! Nous ne sommes pas des policiers, n'est-ce pas? Pourquoi ne prennent-ils pas des recrues pour faire le sale boulot?

Nicolas fouillait son esprit tout en tentant de parler à Froulay. Il lui semblait bien qu'il avait déjà entendu le nom du vieil homme quelque part. Était-ce? Était-ce au troquet qu'il avait entendu parler de monsieur de Longueuil? Si seulement la jolie fille qu'il y avait rencontrée pouvait être près de lui et lui souffler à l'oreille ce qu'il avait entendu ce soir-là?
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MessageSujet: Re: Il faut douter de tout, même de ses soupçons. | Nicolas de Ruzé   Il faut douter de tout, même de ses soupçons. | Nicolas de Ruzé Icon_minitime11.02.10 20:25


Elodie jeta un regard perçant autour d’elle, dernière tentative pour repérer quoi que ce soit qui puisse les mettre sur la piste des voleurs. Ce faisant, elle se remémora les paroles du vieillard, mais ce dernier avait bien plus pris soin de leur expliquer quel sort il ferait subir aux vauriens qui l’avaient dérobé plutôt que de leur communiquer des informations essentielles – comme par exemple la direction de leur fuite. Ces nobles avaient décidément tendance à perdre le sens réel des choses, enfermés dans cet univers doré qu’était Versailles. Il se préoccupaient finalement plus d’apparaître comme les victimes que des détrousseurs en eux-mêmes mais exigeaient en revanche des mousquetaires – qui avaient en général plus important à faire – pour régler leur soucis et pouvoir se sentir supérieur aux autres en commandant ainsi un temps à l’élite de l’armée. Dépasser les autres, toujours dépasser les autres et leur montrer qu’ils ne vous arrivent pas à la cheville. Tel était le passe temps favoris de ces pernicieux courtisans de bas étage qui grouillaient à Versailles. Même les plus médiocres n’hésitaient pas à se lancer dans la courses et joutaient vainement, au détriment même de leur honneur parfois, au nom de fumeuses illusions et désirs démesurés de gloire. Un sourire sarcastique effleura les lèvres de la jeune femme. La Cour, comme toutes choses en ce monde, avait aussi ses dessous, beaucoup moins glorieux que ce que l’on pouvait bien montrer. Revenant à la réalité, et autrement dit, à la mission qui les attendaient, elle exclut des hypothèses envisageables la rue par laquelle étaient partis Louis et François, ce qui laissait trois choix de directions à Ruzé et elle-même. Choix qui fut, en outre, rapidement fait :
« Je suis bien d'accord avec vous. Pourtant, je tenterais la rue de droite. Elle est... - comment dire ? - elle mène vers Paris et les bas quartiers. Je ne suis tout de même pas d'avis qu'ils auraient pu se rendre jusqu'à la capitale, mais du moins, il serait plus logique de chercher dans les bordels et les lieux dépravés que dans les beaux quartiers.
- Absolument. Je vous suis, répondit immédiatement Elodie en hochant la tête à ce raisonnement. »

En effet, chercher dans le secteur où ils se trouvaient à présent n’aurait vraisemblablement aucun effet. Les voleurs avaient, comme elle l’avait déjà noté, certainement dû fuir aussi loin que possible de l’hôtel de ce monsieur de Longueuil pour vendre leur butin – ou du moins en faire ce qu’il désiraient en faire, car l’on ne s’empare pas à la légère, sans raison et sans préméditation de pareils bijoux, surtout quand il s’agit de les dérober à une tel personnalité de la Cour. Sur les talons de Ruzé, la jeune mousquetaire éperonna sa monture et la lança au travers des rues de Versailles, le regard attentif mais également plongée dans ses pensées. Le nom du vieux hiboux qui les envoyait ainsi battre le pavé parvenait à remuer quelque chose en elle, mais impossible de retrouver ce en quoi elle avait déjà pu en entendre parler. Pourtant, la chose leur aurait été bien utile vu la chasse presque aveugle dans laquelle ils venaient de se lancer. Une moue frustrée apparut sur son visage, aussitôt dissipée par les nouvelles paroles de l’autre mousquetaire.
« Ça m'énerve, vous n'avez pas idée, Froulay ! Nous ne sommes pas des policiers, n'est-ce pas ? Pourquoi ne prennent-ils pas des recrues pour faire le sale boulot ? »
Elodie eut un sourire fugitif à cette réplique. D’un côté, il n’avait pas totalement tort et il était vrai que les soldats qu’ils étaient valaient mieux qu’une simple affaire de vol telle que celle-ci. Dans une autre situation, elle-même aurait peut-être protesté – quoique la chose n’était pas certaine – ou du moins n’en aurait pas pensé moins. Mais il y avait bien trop longtemps à son goût que pas même une banale histoire ne lui avait été confiée, raison pour laquelle elle avait absolument insisté pour pouvoir y prendre part.
« Parce que ce vieux hibou a exigé des mousquetaires et qu’on ne refuse rien à un vieux hiboux… noble qui plus est, répondit-elle avec une pointe d’ironie en levant les yeux au ciel. Et puis, pour ma part, il était temps que l’on me fasse faire quelque chose, ajouta-t-elle en faisant référence à sa blessure qui, de toute façon, n’était un secret pour personne. »

Elle adressa un regard vaguement amusé à son compagnon de route avant de retourner à ce qui se passait autour d’elle. Elle détourna vivement la tête à la vu d’un aubergiste qui connaissait Elodie, avant que ce dernier ne relève les yeux sur elle. Certes, son feutre la dissimulait et son habit de mousquetaire suffisait généralement à démentir le moindre doute, mais parfois, il valait mieux faire preuve de prudence. Et si l’on savait la belle plutôt tête brûlée, elle n’en était pas pour autant inconsciente. Une fois l’hypothétique danger passé, elle fit bifurquer sa monture dans une autre ruelle, à l’instar de Ruzé. De nouveau, elle fouilla dans ses pensées afin d’y trouver où elle avait bien put entendre le nom de ce monsieur de Longueuil. Elle passa en revue ce qu’elle avait fait ces derniers jours, se doutant que le mystérieux détail ne pouvait être que récent étant donné qu’il ne lui était pas encore sortit totalement de la tête. C’est en passant devant un des innombrables troquets qui bordaient les routes dans ces quartiers qu’une piste s’imposa à elle. Vaguement, elle se souvint avoir entendu deux jeunes routiers évoquer le vieillard, certainement dans un de ces endroits qu’elle fréquentait de temps en temps, lorsqu’elle quittait la casaque pour redevenir Elodie – enfin pas tout à fait, car Elodie de Froulay était noble et elle passait seulement pour une femme de la ville – afin d’y traquer quelques rumeurs et informations qui pourraient lui être utiles en tant que mousquetaire.
« J’ai déjà entendu le nom de ce monsieur… En revanche, impossible de me souvenir dans quelles circonstances, fit-elle autant pour son compagnon que pour elle-même, affichant une moue frustrée. »
Elle fut presque coupée par un fiacre qui passa trop rapidement auprès d’elle, faisant faire un écart à son cheval. Rendant honneur à sa réputation de mousquetaire particulièrement agile et muni d’excellents réflexes, la jeune femme contint rapidement sa monture, l’encadrant afin de l’immobiliser avant de la faire repartir. Vaguement, elle jeta un regard sévère à la voiture qui s’éloignait sans nullement avoir été troublée dans sa route puis reporta son attention sur ce qu’elle avait à faire.

Ce faisant, elle posa un instant les yeux sur son compagnon et… Une pensée traversa brusquement son esprit. Sans que rien dans ses traits ne trahissent la soudaine révélation qui s’imposait à elle, elle reposa les yeux droit devant elle. Ruzé venait, sans le savoir, de lui faire remettre un lieu et des circonstances sur le mystère qui travaillait ses pensées. Elle avait bel et bien déjà entendu le nom du vieux noble. Il y avait de cela deux jours, au troquet… où elle avait croisé le mousquetaire. Ce même troquet où elle avait dû repousser ses avances et s’évaporer rapidement, afin de ne permettre aucun soupçon sur son identité. Elle fronça un instant les sourcils, vaguement embarrassée. Certes, il fallait bien que les deux jeunes gens se rendent au cabaret où le fameux nom s’était fait entendre mais… c’était une entreprise, il fallait bien le dire, quelque peu risquée pour la jeune femme. Rien n’était sûr, mais si Ruzé se souvenait de la femme qu’il y avait rencontré… L’espace d’une ou deux minutes, elle hésita, tout en continuant d’avancer dans ce qui se trouvait par hasard être la bonne direction. Le dilemme n’avait pas réellement lieu d’être – elle se devait d’y aller pour retrouver les voleurs – mais il lui fallait trouver un moyen de parer aux soupçons… Moyen qui n’était guère existant. Faisant une fois de plus confiance en les idées arrêtées de la société qui rendaient inconcevable sa situation, elle trancha.
« Suivez-moi, lança-t-elle finalement à son compagnon. »
Sans lui laisser le temps de répliquer, elle piqua, envoyant sa monture au galop dans la direction du fameux troquet. Peut-être auraient-ils la chance d’y retrouver leurs hommes. Tenus en respect par l’uniforme aux armes du Roi et les longues rapières qui pendaient sur les flancs des belles montures, la plupart des gens s’écartaient de leur route, facilitant la route des mousquetaires. Elodie dû néanmoins écarter un homme qui, en pleine discussion – plutôt dispute même – avec un jeune gavroche qui refusa de céder passage. Vite convaincu par l’expression sévère de la jeune femme, il finit néanmoins par se déplacer, marmonnant une insulte à laquelle la belle ne prêta pas la moindre attention. La suite du chemin se déroula sans accident notable – et le cabaret visé n’était de toute façon pas loin. Arrivée devant, Elodie fit stopper sa monture et sauta lestement à terre, confiant les rênes à un jeune homme qui se proposait de s’occuper des chevaux durant les escales des clients.
« Reste là, nous risquons d’avoir à repartir rapidement, lui intima-t-elle. »
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MessageSujet: Re: Il faut douter de tout, même de ses soupçons. | Nicolas de Ruzé   Il faut douter de tout, même de ses soupçons. | Nicolas de Ruzé Icon_minitime11.02.10 23:37

Nicolas pestait intérieurement contre ce vieil homme. Un Longueuil. Un vulgaire petit Longueuil commandait un Ruzé, neveu du favori de Louis XIII, petit-fils d’un maréchal! Si ce n’était pas honteux! Il soupirait intérieurement de ce qu’il devait en permanence accomplir pour pouvoir enfin atteindre son moment de gloire. Si son père n’était pas mort, Nicolas serait en ce moment sur les champs de bataille du Roi en train de commander des centaines d’hommes, si ce n’était pas des milliers… Mais non, il prenait des ordres d’un vieux courtisan, qui boitait et qui crachait lorsqu’il parlait. Cela était extrêmement dur pour son si grand orgueil. Pourtant, il ne pouvait pas faire autrement… Versailles était le lieu où s’accomplissaient les pouvoirs de la naissance et non ceux de l’accomplissement. Et puisque son père avait eu la mauvaise idée de mourir avant que son fils fût installé dans la société et que son vénéré oncle avait dû mettre la priorité sur son dévot fils, Nicolas se retrouvait donc seul contre tous. C’était la raison précise pour laquelle il ne pouvait que prendre en serrant les dents les ordres d’Alexandre d’Artagnan. Ce dernier avait pu bénéficier de la protection de son père. Si François de Ruzé était toujours en vie, son fils serait devenu général ou peut-être aurait-il pris la place de Grand Maître d’Artillerie de son cousin, puisque Sa Majesté avait davantage d’estime pour l’orphelin que pour l’actuel duc de Mazarin. Fâché contre le destin, qui, manifestement, le détestait, Nicolas soupira. Il fallait tout de même qu’il exécute les ordres de ce détestable vieillard.

Alors que Froulay et lui parcouraient bien inutilement la ville, Nicolas tentait tout de même de chercher quelque chose. Cependant, ce n’était guère évident de trouver quelque chose alors qu’on ignore tout simplement ce que l’on cherche. La journée s’annonçait longue et le mousquetaire se demandait déjà quand il pourrait être relevé de cette ennuyeuse mission. Son regard fuyait dans le vague comme pour échapper à une vision trop morne. Ce matin de printemps, sans être splendide, était doux et beau; tout le long de leur chemin, les gens étaient au travail; le ciel, loin d’être sans nuages, promettait des beaux jours à venir; le bleu de ce ciel, qui était par endroits visible, était doux et calme, ses nuages étaient légers et vifs. Nulle humidité ne venait transpercer le feutre de l’habit de mousquetaire des deux jeunes hommes. S’il allait vers l’aventure, Nicolas savait qu’il aurait été heureux de voir le chemin diminuer devant lui, mais, au contraire, il semblait s’étirer, s’étirer, s’étirer à l’infini, sans qu’il ne puisse en voir la fin. Un jour, il se l’était promis, Nicolas de Ruzé deviendrait célèbre. On parlerait de lui dans les livres d’histoire, dans les contes pour enfants, il deviendrait une légende, comme d’Artagnan l’avait fait. Il y arriverait, peu importait les moyens qu’il devait prendre pour y arriver. Il ne savait même pas qu’il courrait possiblement vers un abysse insondable, qui l’entraînait dans une mort anonyme. Mais qu’y a-t-il de plus obstiné que la jeunesse, de plus aveugle qu’un homme tenté par la gloire?

Fort heureusement, le jeune Froulay se révéla de plus agréable compagnie qu’il ne l’aurait tout d’abord cru. Alors que Nicolas craignait la réponse de son compagnon sur sa haine de cette mission, Éric abonda dans le même sens.

-Votre blessure ne vous fait pas mal, j’espère? Je m’en voudrais d’aller trop vite pour vous.

Nicolas lui-même fut surpris de son commentaire. Habituellement, il était davantage cruel et méchant que cela. Pourtant, Froulay était jeune et il se prenait d’estime pour lui. En effet, Ruzé respectait ceux qui travaillaient sans relâche pour obtenir ce qu’ils voulaient et c’était exactement ce que faisait son compagnon. De plus, peut-être que la pâleur de sa peau jouait pour quelque chose. Nicolas haussa les épaules. Il tenta de se rassurer en se disant que leur mission n’avancerait pas plus vite si Froulay s’évanouissait. Il serait obligé de jouer au garde-malade, ce qui ne lui tentait guère. Nicolas jeta une nouvelle fois un regard vers Éric de Froulay. Oui, il oubliait parfois combien il était jeune. 21 ans seulement, mais ses traits étaient si enfantins, presque féminins, qu’il ne lui aurait pas donné plus que 18 ans. D’ailleurs à côté de Nicolas, Froulay était réellement petit. Tous ces facteurs forçaient probablement la sympathie de Ruzé envers son cadet.

Soudainement, son partenaire prit la parole. Il avait également entendu ce nom!

-Vous êtes sérieux, Froulay? Moi aussi. Est-ce que c’est possible que nous l’ayons entendu au campement? Après tout, il a peut-être des petits-fils chez les mousquetaires…

Nicolas était septique, car il était maintenant certain que c’était au troquet qu’il avait entendu le nom de Longueuil. À moins qu’il ne se trompe! Après tout, il était vraiment soûl quand il était rentré à Versailles!

-Attention! cria Nicolas pour son partenaire, alors qu’une voiture manqua d’arracher une patte à son cheval.

Vivement, Éric manœuvra de façon extraordinaire, ce qui le retira de tout danger. Nicolas, derrière lui, sourit. Il était peut-être jeune, Froulay, mais ce n’était certainement un faux parvenu. Le dépassant légèrement, il voulut le féliciter, mais le mousquetaire lui coupa toute envie avec un mystérieux regard. Nicolas ferma la bouche et se contenta de regarder autour de lui. Les immeubles s’entassaient, l’activité était grande et leur empêchait une grande liberté de mouvement, malgré qu’ils furent mousquetaires du Roi. Toujours fidèle à lui-même et à son bon ami Montalet, Nicolas sourit à une jeune boulangère aux joues vernies et aux boucles noires rebondies. La demoiselle rougit puis esquissa un petit signe de la main au beau mousquetaire qui venait de lui accorder ce séduisant sourire qui rendait toutes les filles folles d’amour pour ce magnifique minois.

Brusquement, Froulay lança un « Suivez-moi » avec une alerte et une urgence qui firent sursauter Nicolas. Éperonnant, le mousquetaire suivit son partenaire en catastrophe. Ils traversèrent une partie de la ville au galop, faisant peur aux passants, qui se collaient contre les murs pour éviter un accident avec les intrépides montures des mousquetaires.

Éric sauta en bas de son cheval et Nicolas l’imita avant de regarder où son compagnon l’avait mené. Intrigué, il regarda l’affiche. Ce nom lui disait quelque chose, mais vraiment quelque chose! Était-ce ici qu’il était venu le soir où il avait entendu parler de Longueuil? Impossible de s’en souvenir! Il était bien trop ivre! Nicolas rattrapa Éric.

-Qu’est-ce qui vous mène ici? Vous connaissez cet endroit?

L’aîné regardait son cadet, les sourcils froncés. Avait-il eu des indices et par égoïsme, ne lui en avait pas fait part ou était-ce parce qu’il avait eu une révélation soudaine? Pourtant, Nicolas imaginait mal Froulay dans un endroit pareil. Le plus jeune était beaucoup trop à son affaire pour venir boire les soirs de permissions. Juste avant qu’ils n’entrent, Nicolas tira Éric à l’écart.

-Dites-moi quel est votre plan?

Sans attendre, il entraîna son partenaire à l’écart dans une ruelle, où la lumière du soleil ne parvenait qu’avec peine.

-On peut faire cela à votre façon, ou à la mienne. Ou bien on peut essayer les deux, clama Nicolas, toujours en compétition constante.

Alors qu’il disait ces mots, il retira son chapeau à plumes, le jeta sur le sol, retira son pourpoint aux couleurs du Roi de France et le laissa rejoindre le chapeau. En enlevant le lourd morceau de vêtement, la chemise de lin blanche leva quelque peu et laissa voir le ventre et le torse de Nicolas. Celui-ci n’y prit pas garde et prit de la poussière sur le sol. Il en badigeonna ses bas de soie blancs de manière à ce qu’ils aient une couleur plus grise. Il enleva les boucles de métal de ses bottes et les rangea dans ses poches. Finalement, il ébouriffa ses cheveux après avoir réajusté ses bretelles.

-Alors, j’y vais. Vous entrez environ dix minutes après moi et vous faites comme vous le souhaitez. Moi, je vais prendre un pot avec les hommes qui s’y trouveront. On se retrouve ici dans une heure. Je serai derrière vous s’il y a quoique cela soit.

Ils retournèrent vers le cabaret, après que Nicolas eut pris tout ce qu’il avait jeté sur le sol. Il cacha le tout dans les sacs montés sur la croupe de son cheval, ainsi que son épée. Il vérifia que sa dague était bien cachée dans sa botte puis sourit à Éric de Froulay avant de se diriger vers l’intérieur du troquet, plein d’impatience.
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MessageSujet: Re: Il faut douter de tout, même de ses soupçons. | Nicolas de Ruzé   Il faut douter de tout, même de ses soupçons. | Nicolas de Ruzé Icon_minitime12.02.10 20:19


« Qu’est-ce qui vous mène ici ? Vous connaissez cet endroit ? »
Elodie, occupée à jeter un regard d’ensemble au troquet afin d’être certaine qu’il s’agissait bien du bon, se retourna vers son compagnon en le dévisageant à son tour. Se pouvait-il qu’il ne se souvienne vraiment pas de sa présence ici, à peine deux jours plus tôt ? Elle l’avait vu, un moment après leur rencontre, assez ivre pour que cette idée soit plausible, mais durant leur courte discussion, en revanche, Ruzé ne l’était pas encore assez pour justifier un tel oubli. Elle réprima une moue douteuse mais se garda bien du moindre commentaire. En un sens cela lui convenait parfaitement, il fallait bien le dire puisque ça avait au moins l’avantage de diminuer les risques qu’il ne reconnaisse dans les traits d’Eric de Froulay ceux de la jeune femme qui avait subtilement repoussé ses avances au troquet. Sans lui répondre donc, afin de ne pas éveiller ses souvenirs visiblement endormis, elle se dirigea vers la porte du cabaret, sans réel plan autre que l’évidence : en voyant des mousquetaires rentrer, les seuls ayant des raisons de s’enfuir seraient leurs voleurs, à supposer qu’ils ne soient encore ici. Pourtant, avant qu’elle ne puisse pousser la porte, Ruzé l’en empêcha, l’éloignant à la fois de l’entrée et du jeune garçon qui, en plus de garder leurs montures, laissait certainement traîner ses oreilles. Deux soldats arrivant à grand train et lui donnant l’ordre de se tenir prêt à leur redonner les chevaux ne pouvait manquer d’avoir éveillé sa curiosité. Elodie se laissa donc tirer à l’écart par le jeune homme. Travailler en équipe nécessitait ce genre d’apartés et, de toute façon, vu la différence de force entre elle et Nicolas, qu’elle veuille le suivre ou non n’aurait fait aucune différence.
« Dites moi quel est votre plan ? demanda ce dernier. »

La belle ouvrait la bouche pour lui dire qu’ils leur suffisait de rentrer tranquillement, comme s’ils n’étaient là que comme de banals clients du troquet, d’observer les gens et leurs réactions en écoutant leurs conversations pour savoir un minimum à quoi s’en tenir sur la présence ou non de leurs hommes ici, mais il ne lui en laissa pas le temps et l’entraîna vivement dans une petite ruelle jouxtant le bâtiment. Sombre, cette dernière leur permettait une certaine discrétion et surtout de pouvoir voir ne serait-ce que la rue sans être vus. Mais là n’était pas encore la question.
« On peut faire cela à votre façon, ou à la mienne. Ou bien on peut essayer les deux, lança Ruzé, l’air de vouloir prouver quelque chose, comme souvent d’ailleurs. »
Elodie fronça les sourcils en le dévisageant un instant tandis qu’il commençait par laisser tomber son feutre sur la poussière de la rue. Un moment perplexe, elle finit néanmoins par comprendre le but de la manœuvre en le voyant retirer son pourpoint et tout ce qui faisait de lui, en apparence, un mousquetaire. Elles acquiesça d’un signe de tête, et jeta un coup d’œil au dehors de la ruelle, sans bouger de sa place, vérifiant que personne ne puisse les avoir surpris. Quand Ruzé eut terminé de se déshabiller, elle vérifia d’un coup d’œil rapide qu’il n’avait rien oublié qui pourrait le trahir et hocha une nouvelle fois la tête.
« Parfait. Prenez tout de même une arme, cela pourrait vous être utile, lâcha-t-elle en le voyant se séparer également de son épée.
- Alors, j’y vais. Vous entrez environ dix minutes après moi et vous faites comme vous le souhaitez. Moi, je vais prendre un pot avec les hommes qui s’y trouveront. On se retrouve ici dans une heure. Je serai derrière vous s’il y a quoique cela soit. »

Sur ces mots, la jeune mousquetaire et son compagnon qui, pour l’instant, s’était changé en simple jeune homme venant prendre un verre, retournèrent dans la rue. Elodie rendit une vague moue en guise de salut au sourire de Ruzé puis l’observa rentrer dans le troquet. Elle resta ainsi quelques secondes, afin de vérifier discrètement qu’aucun client n’avait eut de réaction particulière puis se retourna vers le gamin qui tenait toujours les montures.
« Voilà six pistoles petit, fit-elle en se penchant sur lui pour lui déposer les pièces dans la main. Tu vas aller te mettre dans ce coin là, et ne pas bouger jusqu’à notre retour. Il y aura la même somme à gagner lorsque nous reviendrons, à condition que nos chevaux soient prêts et que tu n’ai pas dis un mot sur ce que tu as cru voir ou comprendre, suis-je claire ?
- Je ne vois pas de quoi nous sommes entrain de parler, répondit le gavroche avec un air mutin avant d’aller se poster à l’endroit indiqué. »
Elodie eut un sourire satisfait puis retourna dans la ruelle dans laquelle l’avait entraîné Ruzé. Chacun sa méthode ? Très bien, elle avait la sienne. Sans s’arrêter eu même endroit que quelques minutes plus tôt, elle fit rapidement le tour du bâtiment jusqu’à trouver l’entrée de service. Venant assez régulièrement ici – mais généralement vêtue en femme – elle connaissait particulièrement bien l’établissement. Se glissant comme une ombre dans les couloirs, elle monta au premier étage et jeta un regard. Le corridor était vide, et l’on ne pouvait que simplement entendre quelques bruits et éclats de voix s’échappant des rares pièces occupées en cette heure où l’on se plaisait à dire que les chambres étaient réservées aux amants et aux comploteurs. Mais laissons les premiers tranquilles, notre jeune mousquetaire n’étant intéressée que par les seconds.

Sachant que cela pourrait lui servir, Elodie avait réussi à obtenir du parton d’avoir le double de la clé d’une des chambres en question, lui laissant croire ce qu’il voulait sur ce qu’elle pouvait bien y faire – elle le savait d’ailleurs persuadé qu’elle était la maîtresse d’un homme dont le nom était par trop compromettant, ayant surpris une conversation avec sa femme, quelques mois plus tôt. La belle se faufila donc dans la petite pièce qui, bien évidement, ne servait aucunement ses aventures mais plutôt ses changements de costumes. Une heure lui suffirait largement pour ce qu’elle avait à faire. Sans tergiverser, elle ouvrit un coffre se trouvant au pied du lit dans lequel elle conservait quelques vêtements féminins pour ses escapades puis, avec l’aisance que confère l’habitude, se débarrassa – au minimum, il s’agissait d’être rapide – de casaque et pourpoint pour enfiler une tenue plus adaptée à la véritable Elodie de Froulay. Ceci fait, elle lâcha son épaisse chevelure fauve puis, jetant un coup d’œil dans un fragment de glace pour éviter tout détail pouvant la trahir, rangea son vêtement de mousquetaire dans le fameux coffre et sortit de la pièce en prenant garde à soigneusement refermer. Une fois la clé glissée dans son corsage, elle jeta un nouveau regard circulaire au couloir, toujours désert. La situation lui étant particulièrement favorable, la belle sourit puis alla à la porte qui se trouvait en face d’elle, d’où ne sortait aucun bruit. Elle y écouta un moment, sans résultat, tenta de l’ouvrir, tout aussi vainement et passa à la suivante. Elle réitéra cette opération plusieurs fois, évitant toutefois de tenter d’ouvrir les portes qui lui semblaient habitées par quelques tourtereaux jusqu’à arriver à celle dont s’échappaient les éclats de voix qui avaient déjà vaguement attiré son attention. Les timbres masculins et visiblement enjoués l’encouragèrent à se pencher avec plus de minutie sur la pièce. Elle s’efforça à écouter la conversation, et, au bout de quelques secondes de cet exercice, laissa un sourire énigmatique effleurer ses lèvres.

« Moi j’suis d’accord, on vend tout ça mais j’veux garder un collier pour – hum, garder un collier.
- Haha ! Et quelle dame s’il te plaît ? Fais nous donc un peu part de tes aventures, monsieur le galant !
- Partage tout ça et tais toi donc ! »
Nul besoin d’en écouter plus. Néanmoins, Elodie voulait en avoir le cœur net. Une erreur mettrait non seulement en alerte les véritables voleurs – s’ils étaient ici – mais produirait un éclat peu honorable. Providentiellement, une fillette se montra au bout du couloir, un lourd plateau rempli de bouteilles et de victuailles aux bras. La jeune mousquetaire se dirigea vers la petite, qui ne devait pas avoir dix huit ans, et lui intima le silence en lui glissant deux pistoles dans la main. Doucement, elle s’empara du plateau, intima à l’enfant de ne pas bouger et alla frapper à la porte qui l’intéressait. Avant de laisser le temps à qui que ce soit de répondre, elle la poussa – elle était ouverte, pauvres fous ! – et entra avec un sourire charmant en brandissant le tableau. Ce faisant, son regard perçant fit le tour de la pièce, et, bonne observatrice, repéra aussitôt les bijoux mal dissimulés derrière un coussin, les cinq hommes attablés et leurs cinq rapières posées non loin. Elle déposa vin et nourriture sur la table sans un mot, répondant seulement par deux ou trois œillades toujours aussi plaisantes et sortit de la pièce en leur souhaitant un bon appétit – prétexte pour jeter un ultime regard à la pièce. Une fois la porte refermée, un nouveau sourire, d’une toute autre sorte que celui arboré quelques secondes plutôt, étira sa fine bouche. Elle revint vers l’enfant, qu’elle avait déjà vu en compagnie du garçon qui, en ce moment, gardait les chevaux.
« Tu vas me faire plaisir et surveiller discrètement cette porte, d’accord ? S’ils sortent, tu viens m’attendre à côté de ton ami Jean qui se trouve en bas avec mes chevaux pour me dire où ils sont partis. Trois autres pistoles seront pour toi, mais seulement à ce moment-là. »

L’enfant acquiesça avec une moue espiègle et Elodie lui rendit la pareille. Elle savait qu’elle aurait ce qu’elle désirait, elle connaissait ces enfants encore une fois pour être venue plusieurs fois ici. Sur ces mots, elle se dirigea vers l’escaliers qui menait à la salle. Il lui fallait voir où en était Ruzé. Discrètement, elle descendit et se dirigea vers le comptoir où se trouvait le patron qui la salua d’un sourire jovial. Elodie lui commanda la première chose qui lui passait par l’esprit puis, son verre en main, se retourna pour observer la salle. Son camarade était attablé, à une dizaine de mètre d’elle, avec quelques hommes. Elle les observa, mais ne sut dire qui ils pouvaient être sans rien entendre ni en voir plus. Tant pis, elle ne pouvait se risquer à approcher – elle prenait déjà bien des risques en faisant ce qu’elle faisait maintenant. Vidant son verre, elle se retourna à nouveau, et demanda de quoi écrire au patron, matériel qui lui fut apporté en moins de deux. Rapidement, elle traça quelques mots, énigmatiques mais que Nicolas comprendrait certainement.
« J’ai quelque chose pour vous. Sortez, je vous rejoins dans dix minutes, E. »
Puis, prenant le patron en aparté :
« Fais moi plaisir, porte donc cela à ce joli minois en chemise, là-bas, fit-elle en montrant discrètement Ruzé de la tête. »
L’homme lui lança un sourire complice et pleins de sous entendus qui firent lever les yeux au ciel à la jeune femme. Elle l’observa discrètement faire sa commission – l’heureux eut la bonne idée de ne pas tenter de lire ce qu’il avait en main – et vérifia que Nicolas prenait connaissance du billet. De justesse, elle détourna la tête lorsque ce dernier jeta un regard autour de lui et se dirigea légèrement en direction de la chambre dans laquelle l’attendaient ses habits en espérant qu’il ne l’ait pas vue – il serait dommage de réveiller ses souvenirs. Elle repassa devant la porte auprès de laquelle la fillette se trouvait toujours, tourna dans le couloir puis retourna dans la pièce visée. Plus rapidement encore que plus tôt, elle revêtit ses habits de mousquetaires et sortit, par un autre chemin cette fois.

Dehors, elle vérifia que le garçon se tenait toujours où il le fallait et eut un sourire de satisfaction de l’y voir, et de pouvoir également noter que la fillette n’y était pas, et donc que les hommes n’avaient pas bougé. Elle en profita pour récupérer les affaires et surtout l’épée de Ruzé puis se dirigea vers la ruelle dans laquelle elle avait rendez-vous avec lui. L’opération avait duré environ quarante cinq minutes, d’après ce qu’elle pensait. Tant mieux. Ils avaient de la chance que les voleurs ne se trouvent ici et peut-être même auraient-ils l’occasion de ferrailler un peu, comme le laissait présager les rapières qu’elle avait pu voir dans la chambre de ceux-ci. Arrivée à quelques pas de la rue, elle ajusta son feutre qui, comme toujours, jetait une ombre sur son visage puis y pénétra. Les dix minutes qu’elle avait promises à Ruzé étaient écoulées et elle eut la satisfaction de l’y trouver. Elle s’approcha, un sourire énigmatique aux lèvres, qui dissimulait un reste de crainte. Crainte néanmoins assez faible car s’il l’avait vue, il ne pouvait l’avoir fait que brièvement et n’avoir en conséquence aucune certitude. Au pire, elle tenait toujours une excuse toute prête, parée à ce genre de dérapages. Dans sa situation, il fallait avoir tout prévu. Lui rendant ses affaires, elle lança :
« Chambre sept au premier étage. Armés, mais à première vue peu dangereux vu le vin qui se trouvait sur leur table et l’inconscience dont ils semblaient faire preuve. Méfions-nous cependant, ils sont gaillards et surtout, ils sont cinq. Cet exposé fait, elle ajouta avec un sourire espiègle : Qu’avez-vous pu apprendre de votre côté ? »


J'espère que les libertés que j'ai prises de ne te dérangent pas =$
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MessageSujet: Re: Il faut douter de tout, même de ses soupçons. | Nicolas de Ruzé   Il faut douter de tout, même de ses soupçons. | Nicolas de Ruzé Icon_minitime13.02.10 7:32

Nicolas jeta un dernier coup d’œil derrière lui avant d’entrer dans la taverne. Il ne faisait pas confiance à Froulay, pas qu’il eut peur qu’il le dénonce, mais il ne croyait pas en ces manières. Alors il allait entrer comme cela, avec le feutre à plumes, les écussons aux armes du Roi, dans l’endroit même où il recherchait ses proies ? Étrange façon d’agir. Pourtant, Nicolas ignorait totalement qu’Éric de Froulay avait plus d’un déguisement dans son sac. Il entra donc dans l’atmosphère étouffante du troquet. Cette gargote était pleine à craquer et la fumée emplissait le peu d’air qu’il restait au mousquetaire pour respirer. Nicolas, de sa main droite, éloigna les mèches un peu longues de sa frange de ses yeux et s’avança vers le comptoir. Il se retourna et observa les clients quelques instants, histoire de savoir qui soupçonner. Dans le coin derrière, il y avait un groupe de marins, de matelots, à vrai dire. Ils ne devaient pas avoir plus que 13 ou 14 ans. Nicolas ne s’arrêta même pas à les croire coupables. Ils pouvaient venir d’arriver, car plusieurs semblaient malades. À l’autre extrémité, il y avait un de ces groupes de paysans désœuvrés, venant chercher du travail en ville et dépensant leur salaire en alcool. D’ailleurs, il y en avait deux qui dormaient à même la table.

-Vous prendrez ? demanda une voix derrière lui.

Nicolas se retourna prestement et se retrouva face au tenancier qui le toisait avec un drôle d’air. Ses yeux lancèrent un regard vers la porte pour être certain que personne n’avait pu s’enfuir et revint à son choix de breuvage. Il misa sur une bière pour ne pas trop se distinguer des autres clients, puis retourna aussitôt à son observation. À quelques tables, il y avait des gens seuls. Deux prostituées se rinçaient la bouche dans un coin noir. Une main tapa sur son épaule et Nicolas entendit le bruit du verre se posant sur le bois. Il paya puis prit le pichet, y glissant ses lèvres. Pourtant, il dut retenir une grimace. Pouah ! Que c’était mauvais ! Comment tous ces gens pouvaient-ils s’en contenter ?

Soudainement, une main se leva d’une des tables, entraînant un grand et colosse homme dans sa montée. Nicolas plissa les yeux et reconnut la personne qui l’appelait maintenant en faisant de grands signes. Oui, possiblement que cette affaire pouvait être réglée rapidement après tout. Il s’approcha et l’homme demanda qu’on fasse de la place au nouveau venu. S’assoyant près de lui, Nicolas se pencha à son oreille.

-Je suis sur une affaire, O’Finlay. Utilise mon nom d’emprunt, s’il te plaît. J’ai des questions à te poser. Je te paierai la prochaine fois que je viendrai chez Mollie.

L’homme, ce grand roux, à la barbe crépue, se frotta le menton et d’un œil perçant évalua la somme qu’il ferait. Ce Ruzé payait toujours bien. S’il répondait bien à ces questions, il pourrait peut-être s’acheter ce nouveau cheval qu’il avait vu à la foire la semaine dernière. Il hocha de la tête, rapidement, et présenta son ami à la ronde.

-Mon cher, voici Morgan, Ryan, Patrick et Bram. Vous tous, je vous présente Alexandre d’Artagnan, le célèbre mousquetaire !

Nicolas eut un étrange sourire, plein de morgue et de mesquinerie. Sur ces quatre hommes, seul un fit l’étonné, il lui demanda comment c'était chez les mousquetaires. Le jeune homme lui répondit évasivement tout en constatant l’effet que son faux nom avait eût sur eux. Seul un connaissait d’Artagnan ! Il n’était pas tant célèbre après tout. Oui, oui, d’accord, possiblement que tous les Français auraient sursauté à cette nouvelle, mais pas de paisibles Irlandais. C’était donc dire que la légende n’avait pas traversé la manche. Oui, l’emprunt de ce nom lui était venu un soir à la taverne. Effectivement, il était bien clair que les mousquetaires au bistrot c’était le déshonneur. Mais ce n’était pas très grave. Ce n’était pas Nicolas de Ruzé, le dévergondé, c’était d’Artagnan. Nouveau sourire mutin de la part du jeune homme.

-Peut-être êtes-vous au courant, mes amis, je suis sur une affaire de vol. J’aurais besoin de votre aide.

-Aye, oui ! Je suis toujours prêt à aider le Roi, moi! lança Bram, avant de boire une nouvelle gorgée de bière.

Nicolas jeta un coup d’œil à O’Finlay. Cela serait bien trop facile. Cet Irlandais avait la touche avec tous les mécréants de Paris puisqu’il avait plusieurs pubs à Paris. Sa femme Mollie détenait un bordel où Nicolas faisait régulièrement preuve de présence avec Montalet. Bien sûr, ils avaient droit au bel équipement. On ne leur sortait pas les premières prostituées sortant des ruelles comme pour les vilains garnements. Non, les deux jeunes mousquetaires pouvaient aller au troisième étage, où des filles magnifiques étaient prêtes pour eux. Exotiques, jolies, mignonnes et séduisantes, ces courtisanes de haut rang, que l’on faisait probablement venir à Versailles dans de sublimes soirées de débauches, étaient à l’entière disposition des deux jeunes hommes. Tentant de ne pas se perdre dans ses pensées, Nicolas se concentra et rassembla ce que le vieux Longueuil leur avait donné d’informations.

-Hum, oui, ça me dit effectivement quelque chose. J’croirais ben que c’est la bande du Minet-Jacquet. Ils ont fait plusieurs maisons nobles à Paris, ces derniers temps. Mollie m’a dit que Margot en avait eu un de ceux-là, jeudi dernier. Un certain Gilles. Il lui disait que lorsqu’il aurait volé tous les nobles qui lui avaient déjà craché dessus, il la couvrirait de bijoux.

-Ouais, rendu à ce point, il n’a pas fini de voler et Margot n’aura jamais ses bijoux, rectifia Patrick.

-Tu te trompes. Elle est maligne, la Margot. J’parie que si elle le veut les diamants, elle aura.

-On s’en contrefiche de cela, reprit vivement Nicolas. Ce que je veux savoir c’est où ils sont en ce moment.

-Ça, je ne pourrais pas te le dire, mon ami, répondit O’Finlay, en fixant une tache rouge sur sa chemise, comme étonné de la trouver à cet endroit.

-Bah, moi, je pourrais te dire leur prochain arrêt.

Aussitôt, Nicolas se retourna vers Ryan. Si au moins, il pouvait obtenir cette information, il ne serait pas de corvée lorsqu’une histoire aussi stupide se produirait. De son menton, le mousquetaire encouragea l’Irlandais à parler.

-Un duc de Saint-Mulert ?

-Le comte de Saint-Hubert ? rectifia Nicolas, avec des grands yeux.

-Mouais, mouais, c’est ça !

-Parfait !

Nicolas eut un nouveau sourire et se frotta les mains de délices. Il avait trouvé la prochaine victime. Saint-Hubert était un jeune freluquet de l’entourage proche de Monsieur. Évidemment, sa maison regorgeait de bijoux, mais dans son inconscience ou dans son idiotie, Saint-Hubert n’était certainement le plus prudent.

-Et pour cette bande du Minet-Jacquet, vous ne savez pas non plus où ils ont leur base principale ?

O’Finlay réfléchit de nouveau, ce qui mit à dure épreuve la patience de Nicolas. Pendant que les pensées du propriétaire cheminaient, le mousquetaire eut une pensée pour Froulay. Depuis qu’il était entré, personne n’avait franchi la porte. Où était-il donc ? Rendu à ce point, il était bien possible qu’il l’attendait dehors. Soupirant, Nicolas retourna à O’Finlay, qui se leva soudainement.

-Paul, Paul ? cria-t-il, à l’adresse du tenancier, qui leva la tête à cet appel. Yves, Pierre et Robert, tu sais, celui qui louche ? Tu les as vu dernièrement ?

Nicolas baissa la tête, pris de honte envers son ami. Il se cacha le visage dans sa grande main. Il laissa passer un gémissement de déception alors qu’il frottait sa peau. Fort heureusement, le Paul était plus discret que son collègue irlandais et vint à la table pour apostropher son ami.

-Non, mais tu sais pas te tenir, toi ! Depuis quand on parle aux gens en leur criant après ? Qu’est-ce que tu veux ?

-Comment ça, tu n’as pas entendu ? Je l’ai crié… Je veux savoir si tu as vu Yves, Pierre et Robert, du Minet-Jacquet.

-Oui, oui, bien évidemment. Il sont en haut. Pourquoi ? Tu as un mauvais coup à leur proposer ?

-Non, pour savoir. Merci, vieux !

Paul retourna donc à son comptoir alors que Nicolas le regardait s’éloigner, totalement étonné. Voilà ? C’était aussi simple ? Il ne restait qu’à prévenir Éric de Froulay. Le mousquetaire eut un sourire de triomphe et leva son pichet à ses compagnons.

-Eh bien, merci à vous, messieurs !

Ils trinquèrent et finirent leur boc. Morgan émit un rot pour informer la table de sa délectation. Nicolas eut une grimace de dégoût. Des rots et de la bière… Eh bien, elle ne s’améliorait pas, cette mission !

-Monsieur ? demanda Paul, en revenant vers la table.

Nicolas se retourna et fronça les sourcils, regardant le tenancier.

-J’ai ce billet à remettre à vous. De la part de quelqu’un qui trouve que vous avez un joli minois, dit-il en lui remettant le billet.

Les compagnons de Nicolas riaient déjà, alors que le mousquetaire regardait autour de lui pour tenter de comprendre ce qui se passait. Joli minois ? Voilà qui était étonnant ! Que diable ne pouvait pas assez bien exprimer ces sentiments. Ce fut Morgan qui s’en chargea.

-What the hell ? C’est courant que les jeunes femmes envoient des messages aux hommes dans les pubs ici ?

Pourtant, Nicolas avait beau regarder partout et les deux seules femmes qu’il voyait étaient les deux prostituées qui n’avaient certainement envie d'heures supplémentaires. Troublé, le jeune homme se secoua la tête, remuant ses cheveux, avant d’ouvrir le billet. Ses yeux le parcoururent rapidement, tirant toute sa surprise. Le billet disait seulement :

« J’ai quelque chose pour vous. Sortez, je vous rejoins dans dix minutes, E. »

Depuis quand Éric de Froulay trouvait qu’il avait un joli minois ? Sous le choc, Nicolas recula et s’adossa davantage au dossier de sa chaise. Il contemplait le papier, comme s’il espérait que des mots nouveaux s’y inscrivent. Éric de Froulay trouvait qu’il avait un joli minois ? C’était peut-être une blague, mais le tenancier n’avait pas l’air du genre à plaisanter et s’il avait eu l’intention de rire de Nicolas, il serait resté pour le regarder ; il ne serait pas disparu pour essuyer des bocs. Éric de Froulay trouvait qu’il avait un joli minois ?

Nicolas se leva, toujours aussi tremblant de cette révélation. Les Irlandais lui jetèrent un regard étrange.

-Des mauvaises nouvelles ? demanda aussitôt O’Finlay.

-Non, non. Je vais… Je dois partir. On se reverra un jour. Je passe chez Mollie cette semaine. Merci pour tout, les gars.

Il sortit du troquet et alla attendre Froulay à l’extérieur, dans la rue. Avant que son compagnon de mousquetaire n’arrive, il fit les cent pas, repensant à cette révélation. Comment pouvait-il ? Nicolas croyait pourtant que Froulay le détestait, du moins ne l’appréciait pas particulièrement. Il n’aurait jamais pu imaginer une telle phrase. Soudainement, le dénommé arriva. Nicolas leva les abîmes bleus de ses yeux sur le jeune homme, fixant son visage, ne clignant pas des paupières.

-Chambre sept au premier étage. Armés, mais à première vue peu dangereux vu le vin qui se trouvait sur leur table et l’inconscience dont ils semblaient faire preuve. Méfions-nous cependant, ils sont gaillards et surtout, ils sont cinq.

Nicolas continuait de fixer le visage de Froulay, tentant d’y découvrir ce qu’il lui avait échappé. Un sourire victorieux prit ses lèvres

-Qu’avez-vous pu apprendre de votre côté ?

-Que vous me trouviez mignon ? dit innocemment Nicolas, en souriant à son tour.

S’adossant contre le mur, il accentua son sourire, ce qui fit apparaître une parenthèse dans sa joue gauche. Penchant la tête vers l’arrière, il ferma les yeux.

-Je dois dire que je ne vous pensais pas de ce côté-là, Froulay. Je dois vous dire que moi, je ne le suis guère, mais je suis tout de même touché que vous ayez de telles vues à mon égard.

Nouveau sourire. Nicolas se redressa.

-Sinon, j’ai appris des choses moins étonnantes et surtout moins intéressantes, qui confirment ce que vous disiez. J’appris le nom de trois d’entre eux, le nom de la bande ; le Minet-Jacquet, j’ai eu la confirmation du propriétaire qu’ils sont à l’étage supérieur et que leur prochain coup est le comte de Saint-Hubert. Quels sont vos plans maintenant, mignon compagnon ?

En disant la dernière phrase, Nicolas avait pouffé de rire et se mit à franchement se moquer de Froulay. Il ne pouvait pas s’empêcher à la gêne qu’il pouvait ressentir et il trouvait cela très drôle.

Le jeune mousquetaire réussit cependant à se contrôler. Il sortit l’épée de son fourreau et regarda son état, se plaisant à la faire crisser dans l’étui. Cependant, il n’attendit pas longtemps avant de faire un signe à Éric de Froulay pour lui dire qu’il était prêt et qu’il pouvait le suivre.

Traversant la rue, ils gagnèrent la devanture de l’établissement. Nicolas courrait à demi, tout impatient d’enfin pouvoir se battre. Même après tant d’années, il avait encore une excitation à l’idée de sortir son épée et pouvoir la rougir de sang. Il avait pris goût à cet art cruel qu’était la mort, et y avait possiblement gagné une dépendance. Il se réjouissait d’avance du combat. Oui, ils étaient peut-être cinq, mais Éric les croyait enivrés et personne, surtout pas des mécréants, ne pouvait avoir la peau de mousquetaires du Roi.

Soudainement, O’Finlay sortit en hâte de l’établissement et cria à Nicolas :

-Ils sont sortis par l’arrière ! Dépêche-toi, tu pourras les rattraper. Ils sont à pied !

-Eh merde ! fut la seule chose qui sortit de la bouche de Nicolas.

Il se retourna vivement et courut jusqu’à l’endroit où Froulay avait laissé les montures. Prenant de la main d’un jeune homme les rênes, il grimpa sur le cheval et l’éperonna, le mena à toute vitesse. Son cœur battait rapidement. Oh, oui ! Il allait les attraper !
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MessageSujet: Re: Il faut douter de tout, même de ses soupçons. | Nicolas de Ruzé   Il faut douter de tout, même de ses soupçons. | Nicolas de Ruzé Icon_minitime13.02.10 12:43


Tout en parlant, Elodie avait baissé les yeux sur sa petite dague, en vérifiant promptement et lame, et surtout en notant le regard intense que Ruzé posait sur elle. A cette insistance, peu d’explications seulement se présentaient à elle et la belle prépara mentalement l’excuse – toujours la même, évidement – qui rendrait plausible le fait qu’une femme lui ressemblant presque traits pour traits ne se balade dans Versailles. La coïncidence, le fait qu’elle se trouve au même endroit que le prétendu Eric, en revanche, serait plus difficile à justifier, mais chaque choses en son temps. Peut-être ce regard était-il simplement dû aux informations qu’elle venait de lui donner et dont il pourrait hypothétiquement se méfier. Après tout, le fait qu’elle ne l’apprécie guère n'était un secret pour personne– malgré son attitude plutôt avenante, mais Elodie estimait que se faire de véritables ennemis acharnés, dans sa situation, n’était guère recommandé. Et bien que toutes les animosités du monde ne puisse justifier un tel mensonge en mission, peut-être Ruzé cherchait-il à vérifier la véracité de ses dires. C’est donc en gardant toute sa contenance et sans que le moindre des traits de son visage ne bouge qu’Elodie se fit toutes ses réflexions, en l’espace seulement de quelques secondes. Mais la réponse de son camarade mit aussitôt fin à ses interrogations.
« Que vous me trouviez mignon ? lança-t-il en laissant à son tour un sourire étirer ses lèvres, mais faisant aussitôt disparaître celui de son interlocutrice. »
S’il y avait bien une chose à laquelle elle ne s’attendait pas, c’était celle-ci. Surprise, elle releva la tête, les sourcils froncés, cherchant dans l’expression faussement innocente du mousquetaire ce qu’il pouvait bien vouloir dire par là. Ou du moins, ce qui avait pu le mener à une telle conclusion et surtout, se demandant ce qu’elle avait bien pu dire ou faire que le conduise à cette idée.

Car certes, Elodie – et non pas Eric – ne pouvait nier le fait que Ruzé était bel homme - et c’était le moins que l’on puisse dire. L’on pourrait dire cela d’autres des hommes avec qui elle partageait son quotidien à la caserne, mais son camarade de mission du jour avait indéniablement de l’avance sur ses congénères dans ce domaine, du moins aux yeux de la belle qui, de temps en temps, se laissait aller à les observer autrement que comme des compagnons d’arme. Passade qui ne duraient guère plus de quelques minutes d’ailleurs car il y avait bien longtemps qu’elle s’était interdit de pareils idées et sentiments. En s’engageant aux mousquetaires, en se travestissant en homme, elle avait fait une croix sur eux, et elle en était consciente. Même Elodie, la simple jeune femme de la ville, ne pouvait se laisser aller de la sorte pour des raisons évidentes. Ruzé alla s’appuyer contre le mur, rappelant au moment présent les pensées de la jeune femme. Sans montrer son trouble, elle remit son arme au fourreau et le dévisagea encore un instant, se posant toujours la même question : qu’est-ce qui pouvait bien lui faire dire cela ?
« Je dois dire que je ne vous pensais pas de ce côté-là, Froulay. Je dois vous dire que moi, je ne le suis guère, mais je suis tout de même touché que vous ayez de telles vues à mon égard. »
Nouveau froncement de sourcils, auquel Elodie ajouta la parfaite expression de l’homme surpris et surtout quelque peu offensé dans sa virilité tandis que son esprit cherchait toujours, se repassant les derniers évènements et… Soudain, un éclat de rire lui échappa, ayant enfin mit la main sur ce qui pouvait conduire Ruzé à penser cela.
« Sinon, j’ai appris des choses moins étonnantes et surtout moins intéressantes, qui confirment ce que vous disiez. J’appris le nom de trois d’entre eux, le nom de la bande ; le Minet-Jacquet, j’ai eu la confirmation du propriétaire qu’ils sont à l’étage supérieur et que leur prochain coup est le comte de Saint-Hubert. Quels sont vos plans maintenant, mignon compagnon ? »

Nouvel éclat de rire, quant à la dernière partie de sa réplique. Elle se souvenait, maintenant, de ce qu’elle avait dit au tenancier du troquet. De faire passer son message au « joli minois » qui se trouvait à la table qu’elle lui avait désigné. Évidement, le sourire plein de sous-entendu du patron à ce moment aurait dû la prévenir. Il avait certainement dû répéter les mots de la jeune femme – car alors, elle était vêtue comme telle – à Ruzé qui lui, n’avait évidement pas compris pourquoi un tel message de la part de son compagnon. Si le soulagement ne se lut pas sur le visage d’Elodie, du moins en ressentit-elle un grand lorsqu’elle prit enfin la parole.
« Est-ce parce que je me suis servie d’un billet pour vous prévenir que vous vous laissez aller à de telles conclusions, Ruzé ? lança-t-elle avec un sourire ironique. Navré de vous décevoir, mais je pense que la personne vous trouvant mignon, comme vous le disiez, se trouve plutôt être la belle que j’avais chargé de vous faire passer mon message. Elle y sera allée de son commentaire et le patron aura voulu lui faire plaisir en portant lui-même le billet et en vous faisant part de son avis. »
La pirouette que voilà fit d’autant plus sourire la jeune femme qui, dans les fait, avait effectivement chargé une demoiselle de lui faire parvenir le message. Une demoiselle qui se trouvait-être elle, mais rien ne l’obligeait à préciser cela, n’est-ce pas ? Sur ces paroles, elle adressa un sourire quelque peu moqueur à Nicolas puis se retourna vers le troquet. Il n’y avait plus qu’à aller cueillir leurs hommes, et l’affaire serait terminée. Lorsque son camarade lui annonça qu’il était prêt, elle hocha la tête, ayant retrouvé tout son sérieux, puis sortit donc de nouveau de la ruelle sombre, Ruzé sur ses talons. Inutile d’utiliser la grande porte, ils passeraient plus discrètement par derrière.

Cependant, une vision arrêta la jeune femme, tandis qu’ils se trouvaient en vue de l’endroit où elle avait laissé les chevaux, où elle reconnu non seulement le garçon qu’elle y avait laissé, mais aussi la fillette… chargée de se montrer ici si les malfrats avaient bougé. Au même moment, un homme qui sortait en toute hâte de l’établissement interpella Ruzé en lui criant qu’ils étaient sortis, mais qu’il était possible de les rattraper. Elodie se mordit l’intérieur de la joue, comme elle le faisait quand d’autre préférait jurer, et bondit à la suite de son compagnon vers leurs montures. Ce faisant, elle détacha une bourse contenant les six pistoles promise au garçons et les trois autres pour la fillette. Mais cette dernière, intelligente, s’écria :
« Non ! C’est une dame qui me dois de l’argent, pas vous ! Je veux Elo…
- Elle m’a chargé de te les donner. Que t’importes, cela reste de l’argent ! la coupa vivement l’intéressée en montant souplement et légèrement sur son cheval. »
Tout en maudissant l’enfant d’avoir failli prononcer son nom – ce qui, en soit, ne la mettait pas réellement en danger, mais vu les récents évènements, la donne était changée – la jeune mousquetaire éperonna et s’élança à la suite de Ruzé qui partait déjà loin devant. Néanmoins, elle parvint rapidement à le rattraper et galopa à ses côtés, lui indiquant à un moment où tourner pour atteindre plus rapidement l’arrière du troquet. Un sourire étira ses lèvres. Il ne faisait nul doute qu’ils ne manqueraient pas de rattraper leurs hommes et une rencontre promettait certainement ne serait-ce qu’un petit combat, ce qui ne lui ferait pas de mal. Il y avait trop longtemps qu’elle n’avait pas eu l’occasion de se battre pour de vrai, et cette perspective suffisait à lui faire sentir le sang lui battre aux temps et l’excitation si particulière habituelle aux duels.

Afin de ne pas laisser les voleurs les distancer et tout en se demandant ce qui les avait poussé à sortir, elle fit accélérer sa monture et la fit tourner dans une rue transversale sur laquelle débouchait obligatoirement la sortie par laquelle elle imaginait qu’il étaient sortis – puisque l’inconnu avait crié à Ruzé qu’ils étaient sortis pas l’arrière. Ayant pour l’instant – et peut-être à tort – oublié tout danger à propos de sa véritable identité, elle fit un signe à son compagnon lorsqu’elle aperçut enfin leurs hommes, qui venaient de bifurquer dans une autre ruelle. Les deux mousquetaires parvinrent rapidement au même endroit et les y suivirent, gagnant du terrain à chacune des foulées de leurs imposants chevaux. Un sourire de satisfaction étira les lèvres d’Elodie à ce constat – surtout que les voleurs, se voyant suivis, s’étaient mis à courir, se trahissant ainsi à coup sûr. Evidement, il ne fallut donc guère de temps aux deux soldats pour les rattraper et surtout, réussir à les coincer dans un cul de sac, ce qui s’avérait être un grand avantage. Les cinq malfrats finirent donc, obligés qu’il l’étaient, par arrêter leur course folle et se retournèrent vers leurs poursuivants… rapière au poing.
« Au nom du Roi, lâchez vos armes ! leur cria Elodie en arrivant à portée de voix.
- Ah ouais ? Viens t’battre, pour voir ! répliqua un des hommes, en ajoutant une insulte à laquelle la jeune femme ne prit pas même garde.
- Fort bien, voyons ! se contenta-t-elle de répondre à son tour, en sautant de son cheval, se réceptionnant avec légèreté sur le sol. »
A peine remise debout, elle sortit sa longue épée de son fourreau, vérifiant d’un coup d’œil que Ruzé en faisait autant. Les voleurs se ruèrent alors sur les deux mousquetaires et Elodie ne se concentra plus que sur le combat qui s’offrait enfin à elle. Elle prit son arme à la main gauche, comme à l’ordinaire, mais quelques passes plus loin, se retrouva bien obligée à changer, visiblement encore assez peu remise de sa récente blessure. Fort bien, il n’y avait plus qu’à user d’encore plus d’habileté que d’habitude puisque la force – déjà peu existante lorsqu’elle combattait comme la gauchère qu’elle était – ne lui serait pas une alliée aujourd’hui. Aussi commença-t-elle à se battre, faisant honneur à sa réputation de mousquetaire assez redoutable.
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MessageSujet: Re: Il faut douter de tout, même de ses soupçons. | Nicolas de Ruzé   Il faut douter de tout, même de ses soupçons. | Nicolas de Ruzé Icon_minitime13.02.10 23:26

Nicolas écouta l’excuse d’Éric avec un air déçu. Non pas que Froulay ne le trouve pas mignon, mais qu’il ait ainsi manqué l’occasion de faire une bonne blague au campement. Puis, l’information atteignit un nouveau degré qui plut encore davantage au mousquetaire.

-Et cette fille ? Elle était jolie ? Vous la connaissez bien ? Peut-être que… Ah, laissez tomber.

En voyant le visage d’Éric de Froulay, Nicolas savait bien qu’il ne voudrait pas être son pourvoyeur. Ah et qu’il aille au diable, lui et ses principes ! Sérieusement, ces mousquetaires ne savaient vraiment pas s’amuser. Dommage pour eux ! Il dut suivre son compagnon pour aller arrêter les malfrats. Peut-être que si toute cette histoire finissait assez tôt, Nicolas pourrait aller terminer la soirée dans les bras d’Alaina… Il y avait bien longtemps qu’il ne l’avait pas vu, celle-là !

Après l’avertissement que O’Finlay lui servit, Nicolas poussa son cheval, de même qu’Éric, qui lui demanda de le suivre. Il en prenait de la latitude celui-là ! Il n’était tout de même pas à ses ordres. Pourtant, il se trouva dans l’obligation de le suivre, devant reconnaître qu’il ne connaissait pas tant Versailles. Paris était davantage son domaine. Il en connaissait les coins les plus sombres et les plus illuminés. Au nombre de nuits qu’il y avait passées, il ne pouvait pas faire autrement. Il devait l’avouer.

Soudainement, ils retrouvèrent les voleurs, qui se mirent à courir pour tenter de leur fuir. Vain effort ! Les mousquetaires étaient sur des chevaux, alors qu’eux chargés de leur butin, visiblement affaiblis par l’alcool, tentaient d’avancer en ligne droite pour éviter de se foncer mutuellement dessus. Les vilains s’arrêtèrent et d’un commun accord, sortirent leur épée. Nicolas eut un sourire sadique, celui que doivent avoir les tueurs lorsqu’ils aperçoivent la victime parfaite, et jeta un regard à Éric, qui leur cria :

-Au nom du roi, lâchez vos armes !


-Ah ouais ? Viens t’battre, pour voir !

-Fort bien, voyons ! répondit Éric en descendant de son cheval.

En le voyant faire, Nicolas sauta lestement de son cheval et prit le temps de s’étirer en avançant vers eux, ce qui était une preuve marquante de son insolence. Tandis qu’il avançait, les hommes se mirent à reculer. D’un regard à Froulay, ils se séparèrent les hommes. Nicolas avait l’intention d’en prendre trois puisque son compagnon se remettait d’une blessure récente. Mais possiblement qu’il aurait de la difficulté à le faire puisque pas plus bêtes qu’il ne le fallait, ces hommes remarqueraient bien qu’Éric était beaucoup plus petit et de fine ossature que Nicolas.

Puis, après un dernier regard à Froulay, Nicolas se jeta sur le plus grand des hommes. Aussitôt, il fit preuve d’une grande vigueur ainsi qu’une grande technique. Il était certain que ces petits voleurs n’étaient pas de taille à lutter contre des mousquetaires, dont la vie se résumait dans le mot « bataille ». Effectuant des coups droits, Nicolas attaquait directement, n’ayant absolument aucun besoin de parer. Il ne faisait que sauter autour de son adversaire avec agilité pour l’épuiser. Parfois il faisait un coup inversé pour tenir les deux autres hommes à distance. Se servant des prises de fer, Nicolas faisait de liements afin d’écarter la rapière adverse et conserver l’avance jusqu’au toucher. Presque déçu de la capacité faible de son ennemi, il se retourna et frappa un autre voleur qui ne s’attendait pas à cela. Il l’accouda au mur, collant son épée sur sa gorge. Évidemment, comme toujours, Nicolas eut une profonde envie de faire glisser le fil de son épée sur la peau de son ennemi et de voir le sang couler. Comme toujours, il éprouvait un désir de salir son arme de rouge. Comme toujours, la volonté de tuer se lisait dans le bleu de ses yeux. Pourtant, il ne pouvait se laisser aller et vivement, il coupa les nerfs derrière les genoux, laissant choir son ennemi sur le sol avec un grand cri.

Rapidement, il se retourna et donna un coup de pied à son ancien ennemi, puis retournant vers lui. D’un coup d’œil rapide, il regarda comment la bataille avançait du côté d’Éric. Une seule seconde lui suffit pour qu’il devine le plan des voleurs. Derrière Froulay, se tenait le dernier malfrat non maîtrisé. Son épée était pointée dans le dos du mousquetaire, qui, visiblement, était moins habile qu’à son habitude. Dès qu’il viendrait à parer, les contre-sixtes se multipliant, il serait bien obligé de reculer et ce serait à cet instant que la rapière transpercerait le torse du jeune Froulay. Pourtant, cette seconde fut trop longue et son adversaire en profita. Nicolas reçut un coup de poing dans le visage. Son regard revint vers son ennemi avec la sauvagerie d’un fauve. Il avait un goût acre dans la bouche. C’est qu’il l’avait fait saigner, ce chien galeux ! À cet instant, pressé d’en finir, il lâcha un cri et se jeta avec fureur sur son adversaire. Alors que le voleur tenta un coupé, Nicolas fit un dégagement et s’accroupit sur le sol. D’un pied agile, il fit un croque-jambe à l’homme, qui tomba sur le sol. Automatiquement, le jeune mousquetaire se releva et s’assit sur lui pour rouer son visage de coups, ce qui n’était guère typique des mousquetaires du roi. Pourtant, ayant essuyé plusieurs batailles à la sortie des tavernes, Nicolas avait appris bien des attaques moins nobles que les parés au fleuret. Lorsqu’il sentit le nez se briser sous ses jointures, il se retourna vers Éric. Vivement, il se remit sur ses pieds et courut jusqu’à lui. Voyant l’épée de son ennemi se rapprocher du jeune homme, Nicolas se lança littéralement sur son compagnon, l’empêchant, et s’empêchant par la même occasion, d’être éventré vif. Laissant son ami sur le sol, il se releva et se rejeta aussitôt dans la bataille. Il devait s’avouer qu’il commençait à être épuisé, mais pour rien au monde, il ne pourrait le dire. Continuant, il réussit à maîtriser son troisième homme. Il avait fait une belle esquive qui lui permit de riposter, faisant glisser la rapière de la main de l’ennemi.

D’un coup de poignet, Nicolas jeta son arme sur le sol et maîtrisa l’homme avec ses bras, en étirant un, qui menaçait de céder sous la pression. Nouveau coup d’œil vers Froulay.

-Vous vous en sortez ?

Étonnamment, il avait dit cela par pur altruisme. Pour une fois, ce n’était pas pour se moquer.

[J'ai fait ce que j'ai pu... Je ne suis pas hyper talentueuse pour raconter des combats... Pourquoi j'ai pris un mousquetaire alors? Ah oui, parce que c'est Gaspard Smile J'espère que ça te plaira tout de même et que tu pourras faire quelque chose avec ça Wink ]
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MessageSujet: Re: Il faut douter de tout, même de ses soupçons. | Nicolas de Ruzé   Il faut douter de tout, même de ses soupçons. | Nicolas de Ruzé Icon_minitime15.02.10 20:29


Rapidement, Elodie trouva au bout de son épée deux des cinq hommes. Supposant que les trois autres se battaient, selon toute évidence, avec Ruzé, elle ne chercha absolument pas à s’en préoccuper et se livra entièrement à sa propre bataille. Pourtant, en habituée des rixes telles que celle-ci, la jeune femme avait eu le temps, en trois ans, d’avoir un large aperçut d’un grand nombre de stratagèmes utilisés à ces occasions – stratagèmes qui, aussi divers et variés soient-ils, consistaient souvent à tomber d’abord sur les plus faibles, afin de se débarrasser d’éventuels parasites lorsqu’il s’agissait ensuite de se battre contre les plus forts. Ruse qu’Elodie avait tendance à profondément dédaigner. Comment juger, sans le connaître, de la faiblesse ou non de son adversaire ? Et surtout, elle était particulièrement bien placée pour savoir qu’il ne fallait pas se fier aux apparences, elle-même étant la preuve vivante de cette maxime. Mais évidement, si elle pensait de la sorte, tous n’étaient pas de son avis, et notamment lors de combats comme celui-ci, dans lesquels, fréquemment, les prétendus stratèges la classaient immédiatement dans la catégorie des ‘faibles’. Plus petite – souvent largement d’ailleurs -, fine voir même frêle et arborant, certainement de par ses traits féminins, des airs plus fragiles, il faut dire qu’à première vue, elle donnait, du moins physiquement parlant, raison à ce genre d’idées. Idées qu’elle se faisait ensuite un plaisir à voir être démenties lorsque ses adversaires se heurtaient finalement, au lieu du délicat jeune homme auquel ils croyaient avoir affaire, à un mur de souplesse, d’agilité et autres talents de duelliste qu’il était bien plus difficile qu’escompté à faire tomber. Talents d’ailleurs également reconnu parmi ses camarades et dont Elodie avait conscience et sans lesquels jamais elle ne serait ni permis ni risquée à se faire mousquetaire. Si certains semblaient ne parfois pas y mériter leur place, elle, en tant que femme – même dissimulée – se devait d’être excellente, ce à quoi elle s’entraînait sans relâche.

Mais son adversaire, cette fois-ci, bien que peu redoutable, n’était pas assez ivre ou méprisable pour qu’elle ne laisse son attention s’égarer de la sorte, d’autant plus qu’elle se battait à main droite. Le fait qu’elle n’ait que deux voleurs bout de son arme ne l’inquiéta donc pas outre mesure – elle ne s’en préoccupa pas le moins du monde, en vérité – et elle se mit à ferrailler avec habileté, jonglant entre ses deux adversaires au fil des assauts. Le plus imposant des deux hommes – largement plus qu’elle du moins – semblait néanmoins rester légèrement plus en retrait que son comparse, se contentant de quelques parades ajustées aux attaques de la jeune femme, le regard quelques fois posé derrière plutôt que sur elle. Observatrice, Elodie ne manqua pas de noter ce détail, mais supposa, un peu vite certes, que c’était de Ruzé et de ses adversaires qu’il se préoccupait. Profitant d’un instant d’inattention, elle attaqua au fer celui qui, en revanche, ne cessait de lui tourner autour afin de le désarmer et de le mettre hors d’état de nuire plus que pour le tuer, ce qu’elle ne faisait généralement pas par plaisir. Celui-ci, qu’il lui semblait avoir entendu être nommé Pierre, fut pris au dépourvu par l’assaut et, bien qu’ayant réussi à garder son arme en main, s’empêtra dans ses propres pieds. Le voyant au sol, Elodie s’apprêtait à l’assommer du pommeau de son épée mais le deuxième, agissant enfin concrètement, s’interposa en se fendant vivement mais trop brusquement pour pouvoir porter un coup précis et ajusté. D’un simple bond en arrière, la belle esquiva presque gracieusement avant de fondre à son tour sur lui. Avec un sourire de satisfaction, elle sentit le fer de sa lame entailler quelque peu la peau du torse, ce qui n’empêcha toutefois pas l’homme de riposter, après avoir reculé de quelques pas, accompagné cette fois de son camarade remis sur pied.

Ses deux adversaires face à elle, elle commença à distribuer quelques coups droits et justement placés mais rapidement, comme d’un commun accord, les deux hommes se mirent à redoubler d’ardeur, usant de mouvements violents destinés visiblement et vu leur attitude à la faire reculer – ce qui n’avait logiquement aucun intérêt particulier, le mur contre lequel elle pouvait être bloquée étant trop loin pour espérer la faire arriver jusque là, d’autant qu’elle ne se laisserait pas faire. Néanmoins, à main droite, la jeune femme ne put que céder après quelques moments de résistance où elle parvint à tenir sa position, et fini par devoir rompre de plusieurs pas une première fois, puis une seconde, un nouvel instant de combat plus tard. Un sourire perfide étirant soudain les lèvres d’un de ses assaillants, Elodie sentit qu’un piège se profilait sur ses arrières. Elle fronça les sourcils et amorça un mouvement pour pouvoir se placer latéralement à ses adversaires et ainsi changer de direction mais cette fois, ce fut Ruzé qui l’en empêcha. Sans qu’elle ne le voie venir, le jeune homme se jeta brusquement sur elle, la plaquant au sol. Dans sa chute, la belle eut juste de temps de voir le cinquième homme, rapière tendue à un petit mètre seulement de l’endroit où elle se trouvait quelques fractions de secondes plus tôt, prête à lui passer traîtreusement au travers du corps. Action heureusement avortée par le mousquetaire qui déjà se relevait et retournait au combat. La jeune femme, quant elle, laissa échapper une grimace douloureuse, son épaule à peine remise ayant durement heurté les pavés de la rue. Un infime moment plus tard toutefois, elle était de nouveau sur pied et, par une flèche violente mais précise, passa son épée au travers du bras du premier homme qui tenta de l’attaquer et de profiter du fait qu’elle soit entrain de se relever. Le blessé lâcha son arme avec un cri et un second coup, de pommeau cette fois, l’envoya au sol, assommé.

Soufflant, Elodie lança un regard autour d’elle. Celui, imposant, qu’elle avait déjà éraflé fondit alors sur elle tandis que Ruzé achevait de maîtriser son homme. La jeune femme para habilement, enroula l’épée de son attaquant et le repoussa brusquement contre le mur.
« Vous vous en sortez ? lança soudain l’autre mousquetaire. »
Cette réplique intervint au moment où, par une botte qu’elle avait apprise de Marc de Beauharnais, la jeune femme faisait sauter l’épée de son homme, avant de donner du pied dedans pour l’envoyer trop loin pour qu’il ne puisse la ramasser. Elle resta un instant face à lui, épée sous la gorge, puis baissa son arme, afin de s’approcher et de lui ôter toute envie et possibilité de fuir. Le voleur fit un instant mine de ne plus savoir que faire puis, lorsqu’elle se fut approchée, sortit brusquement une dague de sa ceinture et, la prenant littéralement en traître, tenta de lui asséner un coup qui se voulait meurtrier. Toujours sur ses gardes, la belle, mue par ces étonnants réflexes dont elle faisait souvent preuve, se détourna. La dague, au lieu de la poitrine, alla lui entailler légèrement la joue. Un brin furieuse, elle repassa alors immédiatement son arme à la main gauche afin d’assurer son coup et en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, alors qu’il tentait une nouvelle fois de l’attaquer, botta de façon à se retrouver derrière lui et lui passa fermement son épée au travers du torse, sans lui laisser aucun espoir d’en réchapper.
« Parfaitement, répondit-elle enfin à la question de Ruzé, sortant son épée du corps qui s’effondra sur le pavé. »
Elle en observa la chute avec un regard froid, avant de porter une fine main à sa joue, esquissant une vague moue agacée. Ses doigts couverts de fines gouttelettes de sang et le peu de douleur de la plaie lui indiquèrent que l’entaille n’était pas profonde. Une grosse éraflure, rien de plus.

« Tout va bien de votre côté ? demanda-t-elle ensuite en posant un regard sur son compagnon. »
Elle le dévisagea un instant, notant qu’il avait également dû prendre un coup, mais rien de grave visiblement. Tout en allant ramasser son feutre, tombé dans un de ses brusques mouvements, elle essuya les quelques gouttes de sueur qui perlaient sur son front et remit rapidement à leur place quelques unes des ses mèches fauves qui encadraient son visage au teint pâle. Le chapeau remis, elle observa ensuite le champ de bataille. Trois des hommes gisaient sur le sol, laissant de temps à autre échapper un gémissement. Les deux autres ne disaient rien, l’un étant encore sonné et l’autre… l’autre, qui ne dirait plus jamais rien de toute façon. Elodie se dirigea vers celui qui semblait porter la plus grosse de leurs besaces en tissu. Vu le temps qu’ils avaient mis à partir, ils ne devaient pas avoir eu le temps de se séparer le butin. Elle ramassa le sac de lin et l’ouvrit pour y jeter un œil. Des bijoux, bien évidement… mais en nombre bien petit par rapport à ce qu’avait vociféré ce monsieur de Longueuil qui prétendait qu’une partie de sa fortune s’en était allée. Certes, il y avait tout de même là de quoi faire le bonheur de plus d’un de ces vauriens. La belle laissa échapper un éclat de rire, puis fit passer le sac à Ruzé afin qu’il voit à son tour. Ce geste fait, elle grimaça une seconde fois, massa un instant son épaules récemment blessée et endolorie par la bataille – heureusement que François n’était pas là, il lui aurait encore seriné, plus tard, qu’elle avait eu tort de ne pas rester encore au campement comme cela lui avait été conseillé - puis revint aux voleurs, une main toujours posée sur son ancienne blessure.
« Bien, que fait-on de ceux là ? »
En effet, ils risquaient d’avoir du mal à les transporter, et plus d’un n’étaient pas en état de marcher.
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MessageSujet: Re: Il faut douter de tout, même de ses soupçons. | Nicolas de Ruzé   Il faut douter de tout, même de ses soupçons. | Nicolas de Ruzé Icon_minitime16.02.10 17:49

Un son particulier attira l'attention de Nicolas, qui se retourna vers son partenaire. Avec un crissement, il entendit l'épée de Froulay sortir du corps d'un des voleurs, entraînant dans son extraction, une nouvelle giclée de sang. Eh bien! Il ne lambinait pas sur les moyens, celui-là. Habituellement, il était interdit de tuer des coupables. Ce devait être la justice, ou plus exactement la torture, qui s'en chargerait. Pourtant, Nicolas de Ruzé n’avait rien contre une déviation du règlement, lui-même le transgressant souvent.

-Parfaitement, répondit enfin Froulay en regardant le corps de sa victime lentement s'affaisser sur le sol.

Nicolas se releva, alors que son compagnon lui retournait la question. En regardant autour de lui, il frotta une de ses hautes pommettes rougie par les coups. Il eut un sourire de satisfaction en voyant leur carnage. Sur cinq hommes, trois étaient blessés, un évanoui et l'autre mort. Eux s'en sortaient avec un bilan pas trop mauvais, quelques blessures mineures, des éraflures, quoi?

-Oui, ça va. Je crois que l'on a bien maîtrisé la situation. Les bijoux? demanda-t-il, seulement en regardant autour de lui.

Éric de Froulay lui tendit un sac plein de joyaux, bien que la quantité fut inférieure à ce que proclamait Longueuil. Mais encore là, il n'avait pas de preuve qu'il y en ait autant. C'était déjà une chance qu'ils en aient retrouvés une partie! Ce matin, ils étaient partis dans une mission impossible et revenaient maintenant avec un accomplissement tout aussi étonnant par sa faible possibilité de réussite. Nicolas, bien curieux, piocha dans le sac et regarda les dit-bijoux, tentant de résister à l'envie d'en prendre quelques-uns pour lui. Après tout, cela ne ferait pas de différence; personne ne savait ce qu'ils avaient retrouvés. Ils pouvaient bien en garder la moitié pour eux, en guise de butin, que rien n'y paraîtrait. Les voleurs avaient déjà pu en vendre la moitié. Pourtant, la présence de Froulay le dissuada d'essayer. Avec un autre mousquetaire, il eut peut-être tenté le coup, mais habituellement, celui-ci était à cheval sur les principes, ce qui pouvait bien l'empêcher de prendre sa part de salaire dans cette affaire. Nicolas leva les yeux vers Éric pour voir comment il réagissait. Peut-être qu'il lirait dans son regard un assentiment à son geste. Pourtant, ce ne fut pas le cas. Il remarqua qu'il se tenait à l'épaule. Peut-être était-il plus blessé qu'il ne le prétendait. Or, il ne voulait vraiment pas le laisser paraître. Déjà, il retourna à leur mission.

-Bien, que fait-on de ceux-là?

Il était vrai que cela ne serait certainement pas facile. Ils étaient 7 hommes pour deux chevaux... On s'entend qu'il est impossible de monter 3 adultes sur chacune des montures nerveuses des mousquetaires, dont des inconscients et morts. Nicolas chercha rapidement dans sa tête une solution raisonnable à leur problème.

-Et si vous alliez chercher votre frère et Louis? Nous pourrions aller les reconduire chez les policiers, sous bonne garde. Après tout, nous avons fait notre travail; nous allons pas nous les trimbaler dans toute la ville non plus!

Nicolas jeta un nouveau regard vers Éric de Froulay pour vérifier son assentiment, mais il vit que le jeune mousquetaire était blessé à la joue. Une fine ligne, probablement peu profonde, mais qui saignait tout de même. Fronçant les sourcils, le jeune homme s'avança et eut un drôle de sourire. Étirant sa main, il pointa la blessure.

-Vous savez que...

Il s'approcha encore plus pour essuyer lui-même cette blessure. Un minuscule sourire étira ses lèvres. D'un geste doux de la part d'un mousquetaire envers un de ses collègues, il passa son pouce sur l'entaille afin de retirer le sang qui s'y trouvait. Le regard bleu de Nicolas se fondit dans celui d'Éric, avec un bienveillance qui le surprit lui-même. Avalant difficilement sa salive, il découvrit combien la peau de Froulay était douce, imberbe et blanche. En retirant son pouce, il en éprouvait encore la sensation. Un étrange sentiment prit le ventre de Nicolas, comme si un trou venait de s'y ouvrir, laissant une place vide en son intérieur. L'émotion était douloureuse, mais plaisante, lui donnant envie de la conserver. Il continua de fixer le visage fin, aux traits si juvéniles et féminins. Imperceptiblement, il se rapprocha davantage de Froulay. Il était plus grand que lui, près d'une tête et demie. pourtant, il penchait son visage doucement pour garder son regard dans le sien. Son souffle s'accéléra. Délicatement, avec une tendresse, qui l'effraya lui-même, il posa ses longs doigts sous le menton de Froulay, levant sa tête.

-Vous savez que vous êtes blessé.... finit-il, en le regardant plus étroitement, le menton du cadet prisonnier des doigts de Nicolas.

Que faisait-il? Il l'ignorait lui-même. Il savait que cela n'avait pas lieu d'être. Il savait qu'il le regretterait, mais une sensation le poussait à aller plus loin. Oui, maintenant, en regardant dans ses yeux, Nicolas savait qu'il n'y avait aucune fille messagère, que c'était Éric de Froulay qui avait envoyé le billet, que son excuse n'était que mensonge. Une langue mutine humecta ses lèvres, asséchées par le combat. Une nouvelle fois, il déglutit douloureusement. Sa gorge partagée entre l'envie de pleurer ou de crier lui faisait un signe évident de reculer. Pourtant, Nicolas n'en fit rien. D'un geste brusque, il étendit sa main jusqu'à la nuque de Froulay, plongeant ses doigts dans la chevelure attachée. De son autre main, il lui retira son chapeau puis parcourut la courbe gracieuse du cou. Il savait que ce qu'il faisait était mal, qu'il ne comprenait pas ce qu'il faisait, mais il ne pouvait s'empêcher d'en avoir terriblement envie. Il éprouvait une sensation de désir semblable à celle d'un homme venant de parcourir la distance Paris-Versailles en courant devant une source d'eau froide. Son regard se baissa sur les lèvres roses de Froulay. Ses yeux se posèrent sur ces lèvres entrouvertes et tremblantes. Il se sentait attiré vers elles par une force inconnue. Son cerveau était engourdi et sa conscience endormie… Comment pouvait-il expliquer cela? Oui, c'était le mot qu'il cherchait, ces lèvres, elles le tentaient.

D'une manière douce et sans brusquerie, il pencha son visage vers celui de Froulay et colla sa bouche contre la sienne. Ce fut léger, frais et tendre. Les lèvres d'Éric ne résistaient pas et se pliaient aux désirs des siennes. Levant la tête de son partenaire vers la sienne, il continua de maintenir une pression proche du tiraillement. Il aurait voulu aller plus loin, mais il ne le pouvait pas. Il ne pouvait pas ouvrir sa bouche, laisser glisser sa langue entre les lèvres de Froulay. Se rapprochant encore plus davantage de son compagnon, il colla son corps contre le sien et ses mains descendirent sur la taille étroite d'Éric. À ce contact, il ouvrit les yeux, prit d'une peur sans borne et se recula sensiblement, rompant le baiser. Ses paupières papillonnaient rapidement en regardant Froulay. Qu'est-ce que.... ? C'était étrange! Il avait aimé! Merde! Merde! Merde! Il avait aimé embrasser Éric de Froulay! Nicolas de Ruzé avait aimé embrasser un homme! Mais c'était comme si... comme s'il avait embrassée une femme, tous comptes faits! La même tendresse, la même douceur, le même goût sucré!

Ses cils faisant bouger sa frange, Nicolas se retourna, honteux. Il venait d'embrasser Éric de Froulay! Il tentait de réfléchir rationnellement à tout cela, mais cela lui était impossible. Il ne lui restait que l'impression de joie qui avait pris son cœur lorsqu'il avait posé ses lèvres sur les siennes, que l'odeur du garçon qui flottait autour de lui, que l'excitation qui l'avait prise... Merde! Qu'avait-il fait? Il se retourna vers Éric de Froulay et tenta de mettre un sourire moqueur sur ses lèvres.

-Je... voulais essayer? dit-il au hasard, comme si c'était une excuse suffisante.

Seigneur! Qu'avait-il fait?
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MessageSujet: Re: Il faut douter de tout, même de ses soupçons. | Nicolas de Ruzé   Il faut douter de tout, même de ses soupçons. | Nicolas de Ruzé Icon_minitime17.02.10 0:02


Elodie jeta un regarda autour d’elle. Vraiment, ils n’allaient pas pouvoir transporter ces hommes, même à supposer qu’ils ne décident de laisser le cadavre sur place – ce qui n’était, au reste, guère édifiant –, trois hommes par chevaux seraient bien trop lourds, surtout si l’on considérait la nervosité de leurs montures et le fait qu’elle soit entraînées à être rapides et à porter seulement un soldat, voir deux éventuellement, légèrement armés qui plus est. Ses prunelles s’attardèrent un instant sur le corps sans vie de sa victime, sans aucun regret apparent, si ce n’est celui d’avoir tué un coupable alors qu’elle n’était pas censée le faire. Elle dérogeait d’ailleurs rarement à cette règle, tuer n’étant pas quelque chose qu’elle prenait particulièrement plaisir à faire, mais cette fois-ci l’homme l’avait cherché et surtout, ne lui avait pas laissé le choix. On lui en voudrait certainement moins de l’avoir tué que de l’avoir laissé fuir ou même de s’être laissée blessée, alors basta ! Tranquillement, elle remit son épée au fourreau, en attendant une réponse de Ruzé quant à ce qu’ils allaient faire avec les voleurs.
« Et si vous alliez chercher votre frère et Louis ? Nous pourrions aller les reconduire chez les policiers, sous bonne garde. Après tout, nous avons fait notre travail ; nous allons pas nous les trimbaler dans toute la ville non plus ! lança d’ailleurs le mousquetaire. »
La jeune femme se retourna vers lui, fronçant légèrement les sourcils. Certes, si Louis et François avaient été là, problème aurait été réglé. Chacun des trois hommes en prenaient un en croupe et elle, bien plus légère que les autres, pouvait bien en charger deux, mais évidement, il était bien difficile d’avoir une idée de l’endroit où pouvaient se trouver leurs deux camarades. Ils ne s’étaient donné rendez-vous à l’hôtel de Longueuil qu’en fin de journée, or il n’y avait qu’un peu plus de deux heures qu’ils s’étaient séparés, ce qui signifiait environ trois heures de l’après midi. Ainsi, impossible de savoir ce qu’il advenait des deux mousquetaires, si ce n’est qu’ils étaient entrain de chercher vainement, puisque les larrons étaient ici.

Une moue fugitive tordit ses lèvres, tandis qu’elle pensait aller chercher quelqu’un au troquet où aux alentours pour l’envoyer mander d’autres soldats pouvant se trouver non loin. Elle se retourna pour faire part de cet idée à Ruzé, mais le regard et le sourire de ce dernièer l’arrêtèrent. Le voyant approcher, elle haussa un sourcil perplexe, expression aussi claire que si elle lui avait oralement demandé ce qui se passait pour qu'il ne la dévisage ainsi.
« Vous savez que… commença le jeune homme en la pointant du doigt. »
Suivant son bras, Elodie comprit qu’il parlait de sa joue légèrement blessée, plaie à laquelle elle ne comptait pas apporter plus d’importance qu’elle ne le méritait, à savoir pas grand-chose si ce n’est qu’elle devrait se méfier si, de sortie sous son costume de femme, quelqu’un venait à reconnaître l’éraflure et à faire le rapprochement avec Eric. Elle allait donc balayer ce détail d’un geste de la main et revenir à leur souci, mais Ruzé s’avança encore, main tendue vers la petite plaie pour finalement s’arrêter juste devant elle, la prenant plus qu’au dépourvu. Avant qu’elle n’ait eu le temps de réagir, le jeune homme caressa doucement du pouce l’entaille dont s’échappaient encore quelques gouttes de sang. Si elle n’avait pas été aussi surprise, la belle se serait certainement vivement écartée, mais l’étonnement la cloua sur place tandis que les prunelles azurées de Nicolas accrochaient les siennes. Quelque chose s’agita dans l’esprit d’Elodie, comme un avertissement contre cette étrange attitude, mais l’ébahissement que se lisait dans son regard brun était visiblement trop grand pour permettre une réaction concrète. Elle se contenta de le dévisager, prise au piège de ses yeux bleus, tandis qu’il s’approchait encore, baissant la tête vers elle, largement plus petite.
« Vous savez que vous êtes blessé… continua-t-il en encadrant des doigts le menton de la jeune femme. »

Si seulement elle avait pu hocher la tête, ou même répondre ne serait-ce que par une syllabe, peut-être Elodie aurait-elle pu rompre ce qui était entrain de se produire, mais l’effarement et l’emprise du regard – superbe, il fallait l’avouer – de Ruzé semblaient paralyser la moindre de ses réactions. Pourquoi faisait-il cela… ? Était-ce par simple jeu ou parce qu’il… parce qu’il avait des doutes assez sérieux sur ce qu’elle était vraiment pour aller jusque là ? Après tout, peut-être avait-il fini par reconnaître derrière les traits d’Eric le visage de la jeune femme qu’il avait croisé deux jours plus tôt dans le même troquet. Peut-être était-ce un stratagème – quelque peu mesquin d’ailleurs – pour sortir le vrai du faux et avoir la certitude de ce qui n’était pour le moment que des doutes. Peut-être… Toutes ces questions tournaient en rond dans l’esprit de la belle, annonçant quoi qu’il en soit un danger qu’elle ne se trouvait pas en mesure de repousser. Une vaine tentative pour parler se solda d’ailleurs par un échec lorsque Nicolas passa brusquement sa main derrière sa nuque, dans sa chevelure fauve. Elle tressaillit, de plus en plus inquiète mais de moins en moins capable de la moindre réaction tandis que c’était son feutre qui tombaient de nouveau à ses pieds. Elodie fut parcourue d’un frisson qui la traversa de part en part au contact de la main du jeune homme avec sa nuque, mais rien ne parvenait à la détacher du joug de ses prunelles, même lorsque le danger se fit clairement sentir, imminent, inéluctable ; lorsque le regard de Ruzé s’abaissa sur ses lèvres et qu’elle ne put que comprendre ce qui était sur le point de se passer. Or, il ne fallait pas que cela arrive. Quelles que soient les raisons du mousquetaire, il n’était absolument pas prudent qu’il ne parvienne à ses fins, qu’importe ce qu’ils pouvaient êtres.

Malheureusement, si la résolution était bonne, le corps d’Elodie resta de glace et n’esquissa pas le moindre mouvement, rien qu’un violent tressaillement lorsque les lèvres de Nicolas se posèrent doucement sur les siennes. Elle avait beau s’y attendre, se douter que c’était ce qui allait arriver, ses prunelles s’agrandirent de stupeur et un geste de surprise lui échappa enfin, mais inutile. Aussi maître d’elle-même que pouvait l’être un pantin, elle se laissa faire, n’ayant ni aucun choix, ni aucune échappatoire à cette situation. L’espace d’un instant la rue, les voleurs, la mission, tout s’effaça dans son esprit pour ne laisser place qu’à cette redoutable évidence : Ruzé était entrain de l’embrasser – et ce, presque tendrement, avec une légèreté qu’avec n’importe qui d’autre elle aurait certainement apprécié, comme ce baiser en entier d’ailleurs, mais les circonstances étaient bien trop troublantes à commencer par celle-ci : Nicolas de Ruzé, jusqu’à preuve du contraire, était censé la prendre pour un… homme. Ce qui ne l’empêcha pas de se coller brusquement à elle, faisant glisser ses main sur sa taille de guêpe. C’est à cet instant, et cet instant seulement qu’elle put enfin avoir une réaction normale, face à l’urgence du danger qui la guettait. Si cette étreinte durait, s’ils restaient aussi proches plus longtemps, Ruzé se rendrait forcément compte qu’elle n’était absolument pas un homme. Lequel des deux rompit le baiser en premier, il aurait été impossible de le dire. Toujours est-il que les deux mousquetaires s’éloignèrent vivement l’un de l’autre de plusieurs pas, Elodie allant même jusqu’à s’appuyer contre le mur qui se trouvait derrière elle, les yeux agrandis d’une horreur presque digne de celle d’un enfant en plein cauchemar. Elle ne put que dévisager la jeune homme, ne parvenant pas à retrouver son éternel contrôle sur elle-même, trop stupéfiée par ce qui venait de se passer. Dieu, qu’avait bien pu se passer dans la tête de Ruzé pour qu’il ne prenne une telle initiative… avec un homme – ou du moins ce qu’il devait croire être un homme. A moins que cela ne soit justement un abject moyen de lui faire comprendre qu’elle s’était trahie, de quelque façon que ce soit, ou même qu’il avait simplement deviné la supercherie. Pourtant, à en voir l’ébahissement qui s’était également emparé de ses traits, cela semblait peu probable.

« Je… voulais essayer ? fit-il, prenant visiblement la première chose qui lui passait par la tête. »
Elodie aurait bien voulu froncer les sourcils ou même avoir un sourire énigmatique, comme toujours, mais elle ne parvint qu’à forcer ses lèvres à adopter une moue à l’expression indéfinissable. Elle repoussa une mèche de cheveux qui lui chatouillait la joue.
« Je… Vous… Vous vouliez quoi ? répondit-elle en appuyant sur le dernier mot, presque prise d’un soudain élan de colère. »
A ces mots, un éclat de rire saccadé résonna derrière elle, lui rappelant soudain la présence des voleurs et tout le reste. Elle se retourna vivement, dardant un regard flamboyant sur l’un des hommes blessés qui semblait rire allègrement – du moins autant que son état le permettait – de la scène à laquelle il venait d’assister.
« Ben vous avez plus qu’à… commença le voleur, moqueur.
- A ta place, je prendrais un moment pour observer ce qui est arrivé à ton ami avant d’oser ajouter quoi que ce soit, l’interrompit brusquement une Elodie au ton menaçant, faisant évidement référence au cadavre qui gisait dans son sang. »
L’homme cessa instantanément de rire, ne put s’empêcher de jeter effectivement un regard sur son camarade avant de baisser de nouveau la tête, coupé dans ses envies de railleries par la menace limpide de la jeune mousquetaire. Une fois le voleur ravisé, cette dernière revint à Ruzé, s’entaillant l’intérieur de la joue.
« Quant à vous, je vous serais reconnaissant de ne plus vous oublier de la sorte, lança-t-elle sèchement, mais d’une voix bien moins assurée qu’elle ne l’aurait voulu. Faites vos… essais avec quelqu’un d’autre, Ruzé. »
Sur ces mots, elle alla ramasser son feutre et le coiffa de nouveau, vaguement rassurée par l’ombre que ses bords jetaient sur son visage, dissimulant le trouble angoissé qui s’était emparé d’elle.

Elle prit une longue inspiration puis tenta de se concentrer à nouveau sur la mission qu’ils devaient néanmoins terminer. Bien, il leur fallait de l’aide pour transporter les blessés et les ramener ; et cette aide ne leur tomberait pas du ciel s’ils restaient plantés là, bras ballants. Ayant besoin d’être active pour ne pas s’arrêter à ce qui s’était passé, elle avisa le sac de bijoux que Ruzé avait laissé tomber. Elle alla le récupérer à ses pieds, avant de s’éloigner vivement, gênée de la proximité que ce geste avait de nouveau établie entre eux puis l’accrocha à la selle de sa monture, heureusement restée dans le cul de sac.
« Je vais… hum, chercher les soldats qui doivent traîner dans les parages, annonça-t-elle, ce qui sous entendait que lui restait ici pour surveiller les voleurs chose que, vu leur état, il ne devrait pas avoir trop de mal à faire. »
Sans attendre de réponse, elle se mit lestement en selle puis éperonna vivement jusqu’à tourner au coin de la rue. Là, tout en conduisant son cheval, elle passa une nouvelle fois les doigts sur la fine estafilade de sa joue, qui avait cessé de saigner depuis un moment puis soupira profondément. Pourquoi, bon Dieu, pourquoi Ruzé avait-il agit de la sorte ? Malgré l’air désemparé qu’il abordait, elle ne pouvait s’empêcher de craindre pour son secret, d’y voir un moyen détourner pour fixer des doutes… Elle secoua la tête, arrivant rapidement à la rue principale, le combat s’étant déroulé non loin. Là, elle aperçut une troupe de gardes désœuvrés et alla droit à eu. Sans détour, elle leur expliqua brièvement et en omettant certains détails bien sûr, ce qui s’était passé et leur demanda leur aide pour transporter ceux qui pouvaient maintenant se considérer comme prisonniers. Obéissant à un uniforme plus prestigieux que le leur, les soldats acceptèrent à condition que les mousquetaires ne les laissent pas avec les voleurs sur les bras – comme cela arrivait visiblement souvent – mais qu’ils les accompagnent également jusqu’à l’endroit où il fallait les amener. N’ayant de toute façon pas le choix, même si cela impliquait de faire le retour avec Ruzé, Elodie acquiesça et les invita à la suivre jusqu’au cul de sac où elle avait laissé les blessés et le jeune homme. Une fois arrivée, elle descendit de nouveau de cheval, sans adresser un regard à l’autre mousquetaire.
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MessageSujet: Re: Il faut douter de tout, même de ses soupçons. | Nicolas de Ruzé   Il faut douter de tout, même de ses soupçons. | Nicolas de Ruzé Icon_minitime18.02.10 5:57

Une seule question trottait dans la tête de Nicolas. Une seule, mais c’était probablement la pire qu’il se fût posé de sa vie. Pourquoi avait-il aimé embrasser Froulay ? Pourquoi une telle envie l’avait pris ? Comment pouvait-il ?… Non il ne comprenait pas. Rapidement, son esprit tenta de réfléchir et de trouver une solution rationnelle. Le baiser avait été nouveau sans pour autant ne pas être familier. Oui, il était familier. C’était exactement ce qui le tracassait. Pourtant, ce qu’il ignorait, c’était si les hommes s’embrassaient de la même façon que deux personnes de sexe différent. Par contre, l’idée d’essayer le dégoûta, lui tirant un frisson le long de la colonne verticale, se traduisant dans tout le reste de son corps, hérissant son poil. Pourquoi l’idée d’embrasser un homme lui faisait-elle cette réaction, alors qu’il avait presque été excité par son baiser avec Éric ? Bon. Chose certaine, il était impossible qu’il soit amoureux de lui. Ce matin même, il éprouvait un vague ressentiment envers le jeune homme, qui était beaucoup trop ami avec Alexandre d’Artagnan. Qu’est-ce qui l’avait pris ? Il leva ses yeux vers Éric, qui le regardait avec un air indéchiffrable. Il n’avait aucune idée si son compagnon était heureux ou fâché de la latitude qu’il avait prise.

-Je… Vous… Vous vouliez quoi ?

Un des voleurs ricana derrière eux. Merde ! Il les avait oubliés, ceux-là ! Prestement, d’un mouvement vif, Nicolas dégaina son épée et fit un moulinet très élégant, très provocateur. Pourtant, il n’eut pas de le mettre en application car devant la remarque du blessé, Éric se chargea de menacer tant bien le gêneur qu’il décida de se taire. Pourtant, le jeune mousquetaire déclara bien vite une mise en garde à l’égard de Nicolas, qui se sentit légèrement gêné dans toute cette histoire.

Faire ses essais avec quelqu’un d’autre… Il n’en était pas question ! Pas question que les lèvres de Nicolas de Ruzé touche celles d’un homme encore une fois. C’était une erreur de parcours, voilà tout. Il était hors de possibilité qu’il devienne comme Monsieur et son précieux Chevalier. Non ! Hors de question ! Ce qui s’était passé entre Éric et lui ne provenait que d’un malentendu ! Nicolas avait cru que cela lui ferait plaisir. Maintenant, il s’apercevait qu’il avait fait erreur. Toujours reculé de son partenaire de mission –cela lui faisait du bien d’ajouter ce terme après partenaire – Nicolas observa Éric se recoiffer de son chapeau et tenter de reprendre une allure noble.

Nicolas sentait une rougeur prendre ses joues. Gêné, ce qui lui arrivait que très rarement, il regarda derrière le couvert de ses longs cils le mousquetaire, armé de la volonté de reprendre leur mission. Se donnant un air d’affairé, Éric reprit le sac de bijoux, l’accrochant à sa monture. Double merde ! Il partait avec leur butin en plus ! Pas moins d’en voler quelques-uns !

-Je vais… hum, chercher les soldats qui doivent traîner dans les parages, annonça-t-il avant de partir.

Mouais… La chance. Il ne restait qu’à Nicolas que le choix de rester sagement avec leur otage à attendre le retour d’Éric. D’un pas lent, il se dirigea vers le mur. En passant, il caressa l’encolure de son cheval. Il alla jusqu’à la clôture, sur laquelle il se laissa glisser jusqu’au sol. Les jambes pliées, les bras accoudés sur ses genoux, Nicolas regardait les options qui lui restaient. Il faudrait définitivement qu’il aille voir Alaina, ce soir ! Mais peu importe combien il tentait de placer le visage de sa maîtresse dans son esprit, le visage d’Éric lui revenait toujours en tête. Pourquoi ?

Il s’en voulait. Ce n’était pas quelque chose qu’il n’avait prévu, ni désiré. C’était seulement arrivé. Malheureusement. Pourtant, l’image de leur baiser lui revenait toujours en tête, le faisant rougir, le rendant honteux. Il avait tout de même embrassé un homme ! Accotant sa tête contre le bois de la clôture, le regard au ciel, Nicolas soupira. Il ne lui restait qu’une seule solution.

Se relevant rapidement, il alla chercher une petite fiole dans le fond du sac accroché à son cheval. La serrant dans la paume chaude de sa main, le mousquetaire retourna s’asseoir de la même manière qu’auparavant. Un sourire mutin prit ses lèvres, en faisant presque un rictus. Il contempla la fine fiole de cristal qu’il tenait dans sa main. Avec un couvercle en forme de diamant, elle était délicate, presque féminine. Par contre, ce qu’elle contenait n’avait rien à voir avec un accessoire féminin. Nicolas en observa le contenu. Il faudrait qu’il demande à Lucas d’aller lui en chercher d'autre bientôt. Avec son pouce, il retira le couvercle et pencha la bouteille précautionneusement vers son autre paume étendue. Il en versa trois gouttes. Craignant d’échapper son précieux liquide, il remit rapidement le couvercle et glissa la fiole dans ses poches. Puis, il revient à l’examen de ces gouttes. Il soupira. Trois misérables gouttes. Trois foutues gouttes ! Il n’y parviendrait pas. Pourtant, s’il en prenait plus, cela risquait de mal tourner. Sa dose habituelle était le double, mais il était courant qu’il touche le dix lorsque quelque chose allait mal.

Vivement, ne pouvant attendre plus longtemps, Nicolas sortit sa langue et lécha les trois gouttelettes brunes qui souillaient sa main puis remit sa tête contre la clôture. Il ne se concentrait sur la seule pensée que dans quelques minutes, ce serait moins difficile….

Le laudanum, cette sublime drogue, son seul oubli, son seul rempart contre le monde cruel qu’il devait affronter. Cette dépendance le rendait malade, mais si bien… Habituellement, il devenait léger comme si son corps se libérait de cette prison terrestre, puis ses extrémités devenaient si lourdes, le retenant dans ce monde. Étrange, cette sensation ne l’était pas, pour lui qui était habitué à ses effets. En temps normal, il priait pour que tout se passe bien, mais après quelques minutes, les idées de son esprit se faisaient plus claires, si ce n’était pas plus obscures. Comment exprimer les sentiments qui le prenaient? Nicolas ne parvenait pas à définir si le laudanum le soulageait ou le tuait. Il lui faisait faire des rêves si beaux de malheur, si tragiques de leur beauté. Il en tirait quelques heures d’immédiat bonheur dans le sommeil afin de les échanger pour une réalité plus froide par la suite. Une intense sensation de bien-être se perdit en lui. Dans un monde que lui seul connaissait ; un monde où il était impossible de ressentir quoique ce soit qui ne fut point des sentiments. Comme par magie, la douleur, la faim ou les pulsions sexuelles fuyaient dans le monde du laudanum. Et c’était cet enchantement que recherchait le pauvre homme. Pour l’instant, il voulait oublier qu’il avait embrassé un homme. Mais parfois, il en prenait car sa vie était inutile et n’était pas ce qu’il aurait voulu qu’elle soit. Il était ce que les autres appelaient une âme torturée. Dans l’univers merveilleux qu’il se créait, il arrêtait de penser exclusivement à son échec face au monde. Et dans cet univers, il n’y avait qu’une gloire imaginée, crée de toutes pièces; il s’entourait de pensées belles, de choses dont il rêvait, qu’il n’avait jamais pu obtenir; des sentiments si beaux, si purs qu’ils auraient pu faire pleurer la plus âcre des âmes. Lorsqu’il était sous la happe de cette fantastique médecine, il introduisait l’équilibre et la tranquillité dans son esprit. Le temps passait, mais il l’ignorait. Maintenant, les secondes ne voulaient plus rien dire, comme l’espace inexistant qui l’entourait.

Mais, Nicolas n’avait pas pris assez de laudanum pour atteindre cet état d’extase. Non, il ne faisait qu’être un peu moins amer. Son esprit, au lieu de s’apaiser, tournait encore plus rapidement. Éric… Ce n’était pas normal… C’était faux! Il était tellement étrange… Comment Nicolas pouvait-i lexprimer cela? Aucune barbe, ni moustache ne pointait sous cette peau blanche et douce – il en avait maintenant la confirmation. La taille qu’il avait touchée était étroite comme celle d’une jeune femme. Éric était petit, comparé à François qui était presque aussi grand que Nicolas. Nicolas remarquait qu’il ne se mêlait pas aux discussions des mousquetaires lorsqu’ils parlaient de femmes. Et par-dessus tout, son baiser… Ce n’était pas le baiser d’un homme. Un homme aurait embrassé comme lui, pas avec cette douceur et cette soumission. D’ailleurs, pourquoi s’était-il offusqué, alors qu’il ne s’était pas reculé lorsqu’il avait posé les lèvres sur les siennes? Non, tout cela était définitivement étrange. Nicolas avait maintenant des soupçons sur Éric de Froulay. Et si jamais c’était une femme?

Pouah! Non, bien sûr que non! Une femme chez les mousquetaires, se battant avec l’agilité de Froulay. Non. Impossible. Alors que Nicolas secouait la tête pour combattre l’effet imaginatif du laudanum, Éric revint. Le mousquetaire se releva rapidement, non sans devoir s’accrocher à la clôture pour ne pas tomber. Bien évidemment, le laudanum avait de ces effets pervers! On pouvait dire adieu aux possibilités de mouvements brusques, ainsi qu’à une bonne partie de son équilibre. Fort heureusement, Nicolas était habitué, ce qui diminuait les effets. Une chance! Après cinq ans de prises régulières, cela aurait bien été la catastrophe s’il se trouvait mal avec seulement quatre gouttes comme au début. Maintenant, il lui en fallait environ douze pour se retrouver sur le sol en train de vomir et de vouloir vomir… Il était presque fier de cette accoutumance.

Il chargea avec les autres soldats les malfaiteurs sur leurs chevaux. Deux sur celui d’Éric, qui était plus léger que les autres. Était-ce normal qu’un homme de 21 ans soit aussi mince? Nicolas monta sur sa monture, sans jeter un regard en la direction du jeune mousquetaire. Il ne fallait pas tenter sa chance plus longtemps et ils se mirent tous en route. Comme tout soldat, ceux-ci étaient bavards et cherchaient à se distraire.

-Hier, on a été déniaisé le soldat Pioche au bordel. Vous auriez dû voir sa tronche, monsieur!

Nicolas ricana, le laudanum aidant son naturel ténébreux à disparaître sous un jour plus joyeux. Il jeta un regard vers le désigné Pioche qui baissa la tête, terriblement gêné, rougissant sous son chapeau. Le jeune homme décida de se joindre à la raillerie.

-Alors, comment c’était, le jeune?

Aucune réponse. Nicolas releva la tête vers celui qui semblait le chef de la bande.

-C’était avec une experte ou une débutante?

-Bah, à mi-chemin, disons. Fallait pas l’effaroucher, non plus. C’tait une jeune demoiselle, p’t-être ben, vingt ans. Mais elle était rousse!

-Vous savez ce qu’on dit, monseigneur, sur les roux? Ils ont été conçus pendant leurs mères saignaient, c’est pour cette raison qu’ils sont autant dévergondés. Les rousses, des vraies démones, n’est-ce pas, Pioche?

Nouveau baissement de tête et rougissement de la part du jeune désigné, qui tentait de se faire le plus petit possible.

Nicolas mit sa monture au petit trot, rattrapant le grand costaud, le plus déluré des soldats. Il se pencha vers lui, voulant en savoir plus. Ils parlèrent quelques moments, ricanant et se moquant. Le nommé Gauthier se pencha vers lui et lui chuchota à mi-voix :

-Et le jeune seigneur derrière? Il est déniaisé? Parce que moi, je serais partant pour une autre tournée des fillettes, ce soir!

-Vous crairez pas à ça, lança soudainement le voleur moqueur, sur la croupe de la monture de Nicolas.

Aussitôt, celui ce retourna et fusilla l’incongru du regard.

-Lui et le p’tit jeune…

Cela avait été presque crié. Brusquement, l’esprit de Nicolas se mit en marche et parcourut rapidement ce qui pouvait émaner de cette bouche édentée trop ouverte. D’une manière fort habile, pliant son genou gauche – que Gauthier ne voyait pas- il poussa le voleur, couché sur le cheval, sur le sol. Il tomba, tête première vers le sol et on entendit un craquement, après son cri. Malheureusement, ce n’était qu’un bras. Heureusement, sa douleur l’empêcherait d’en dire plus. Le soldat Pioche et un autre hissèrent de nouveau le voleur sur la monture de Ruzé. Cela ne prit pas beaucoup de temps pour que Gauthier reprenne la charge.

-Alors?

-Oui, oui, nous y sommes allés la semaine dernière, déclara Nicolas, pour continuer le début de la phrase de ce vilain.

Les soldats et les deux mousquetaires s’arrêtèrent devant la préfecture de police. Nicolas jeta un regard vers Éric. Avait-il entendu?
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Il faut douter de tout, même de ses soupçons. | Nicolas de Ruzé Empty
MessageSujet: Re: Il faut douter de tout, même de ses soupçons. | Nicolas de Ruzé   Il faut douter de tout, même de ses soupçons. | Nicolas de Ruzé Icon_minitime19.02.10 16:22


Elodie, tout en évitant soigneusement de rencontrer le regard de Nicolas, jeta un regard aux quatre blessés et au mort qui gisaient sur les pavés. Celui qu’elle avait assommé était toujours inconscient et deux de ceux dont s’était occupé l’autre mousquetaire avait également fini par s’évanouir. Ne restait plus que celui qui avait bien failli aller rejoindre le premier cadavre quelques minutes plus tôt en essayant de commenter la scène à laquelle il avait assisté. Bien failli oui, car s’il ne s’était pas tu, la belle n’aurait certainement pas hésité à mettre sa menace à exécution. En le tuant ou en le blessant seulement, elle rien ne l’aurait empêchée de le faire taire, plus ou moins définitivement. Bien que femme, elle savait également se montrer particulièrement impitoyable parfois et si elle ne tuait pas par plaisir, elle n’avait néanmoins pas le moindre scrupule à le faire lorsqu’elle estimait cela nécessaire. Mais là n’était plus la question, puisque le voleur un peu trop bavard s’était contenté de la menace qu’on avait fait peser sur lui et n’avait, semblait-il, plus laissé échapper une seule parole. Les soldats qu’Elodie avait rallié à la mission étaient au nombre de trois, mais le plus imposant d’entre eux était déjà bien assez lourd pour sa monture pour que l’on y ajoute le poids d’un autre homme. Quatre cheval donc pour cinq corps, restaient disponible. Particulièrement légère et frêle, la jeune femme annonça qu’elle pouvait charger les deux hommes les plus minces sans que cela ne pose trop de problèmes. La proposition acceptée, pour ne pas rester immobile et donc assaillie par questions, doutes et angoisses, elle se dirigea vers l’un des moribonds afin d’aider les soldats à les monter sur les chevaux, mais dut rapidement renoncer à le porter, trop frêle et surtout son épaule s’y refusant encore. Elle eut une moue agacée tandis qu’un des hommes venait à sa rescousse et prenait sa place, non sans lui avoir jeté un regard interrogateur. Un signe de tête évasif signifiant que tout allait bien plus tard, la belle mettait le pied à l’étrier et la petite troupe se mettait en marche.

L’on choisit judicieusement de petites rues qui certes rallongeaient le chemin mais évitaient un nombre important de badauds curieux et voulant en apprendre plus sur ce sinistre équipage de mort et de blessés. Equipage qui n’avait en revanche de sinistre que la forme. En effet, les gardes, bavards et cherchant toujours l’occasion de se divertir, formaient un étrange paradoxe de gaieté et d’insouciance avec ce qu’il transportaient en croupe. Les plaisanteries commencèrent à fuser quelques minutes à peine après que le trajet n’ait débuté, traitant évidement des même sujets à peu près que ceux que l’on pouvait entendre parmi les mousquetaires, avec encore moins de retenue cependant. Une nouvelle moue tordit encore les lèvres d’Elodie. Dieu que les hommes pouvaient êtres monotones… A croire que leur vie se résumait aux femmes, aux troquets, au jeu et aux duels. Rares étaient les conversations qui ne passaient pas par tous ces aspects, négligeant d’une façon affligeante bien d’autres des aspects de la vie. Parmi la plupart des soldats du moins, Shakespeare et Corneille laissaient place aux bordels ou aux parties de cartes, mais si la part féminine de la jeune mousquetaire avait tendance à le regretter, toutefois se gardait-elle bien de l’exprimer. Elle passait pour homme et devait se comporter plus ou moins en homme. La discussion roula donc autour des femmes, tandis que les pensées d’Elodie s’égaraient inévitablement vers de bien moins joyeux horizons. Malgré l’expression sereine et qu’elle se forçait à montrer, ce qui s’était passait avec Ruzé la perturbait terriblement. Oh, les sentiments n’avaient rien à voir là-dedans de cela, elle en était certaine. Ce baiser avait été purement… physique. Et nouveau, aussi, il fallait bien l’avouer. Et agréable, d’ailleurs. La jeune femme prise d’un tressaillement. Si Eric de Froulay passait après de ses camarades pour un homme cachant bien son jeu et ses conquêtes, Elodie en revanche ne connaissait rien de tel. La double vie dangereuse qu’elle menait lui interdisait évidement tout amant, aussi n’en avait-elle encore jamais eu. D’enfantines amourettes peut-être, il y avait longtemps, mais jamais depuis que Versailles était devenu sa demeure, il y avait trois ans de cela.

Peut-être était-ce aussi ce qui l’avait prise au dépourvu. Cette nouveauté… agréable, douce, qu’elle réitérerait bien, d’ailleurs. Avec un autre homme… Homme auquel elle s’interdit aussitôt de penser, éloignant de son esprit de pareilles pensées. Le problème était loin de se trouver ici. Le problème était pourquoi. Pourquoi, pourquoi Ruzé avait fait cela ? Perturbée, elle leva les yeux sur le dos du mousquetaire, derrière lequel elle se trouvait. Etait-ce cette histoire de billet et de joli minois, une plaisanterie ou alors, bien plus grave en ce qui la concernait, l’expression de doutes sur ce qu’elle était… ? Elle se mordilla doucement la lèvre, signe de trouble chez elle, tandis que la conversation roulait toujours entre les autres soldats à propos d’un pauvre jeune homme, gêné de voir ainsi ses nouvelles découvertes exposées aux oreilles de tous. Elle lui jeta un vague regard compatissant, mais la discussion entre Ruzé et un dénommé Gauthier, à la tête de la petite troupe attira aussitôt son attention.
« Et le jeune seigneur derrière ? Il est déniaisé ? Parce que moi, je serais partant pour une autre tournée des fillettes, ce soir ! demanda le soldat en parlant évidement d’elle.
- Vous croirez pas à ça… Lui et le p’ti jeune… »
Elodie releva vivement dans leur direction. Non pas à cause de la question du soldat – cela, elle y était habituée – mais plutôt en entendant la voix du voleur s’élever brusquement, le même voleur qui avait assisté à la gênante scène qui n’aurait jamais dû avoir lieu. Elle s’entailla de nouveau la lèvre, prête à interrompre le malfrat en répondant elle-même à la question du garde mais Ruzé réagit avant elle. De là où elle était, elle put le voir pousser l’homme qui tomba de cheval, heurtant lourdement le sol. Un sourire fugitivement satisfait étira les lèvres de la jeune femme, le voyant ainsi réduit au silence. Car, s’il n’était pas sévèrement blessé, il devait néanmoins avoir – elle l’espérait – assez mal pour se taire et surtout, comprit qu’il ne survivrait pas à une troisième tentative de remarque sur ce qui s’était passé. Clairement, il avait maintenant tout intérêt à garder un silence définitif sur cette affaire s’il ne voulait pas mourir sans avoir goûté de nouveau à la liberté – car nul doute que son larcin le mènerait en prison.

« Oui, oui, nous y sommes allés la semaine dernière, termina Nicolas. »
Cette fois-ci, en revanche, le regard peu amène de la belle fut bel et bien adressé au mousquetaire qui se permettait une telle latitude, mais elle se garda de tout commentaire. La troupe s’arrêta à cet instant, enfin arrivée à bon port. Néanmoins, Elodie ne coupa pas à l’inévitable question :
« Alors, c’était comment ? lui demanda le garde avec un sourire plein de sous-entendus.
- Charmant, répondit-elle simplement en haussant les épaules. Nous y voilà, merci de votre aide, soldats, ajouta-t-elle ensuite pour couper court à tout discussion en désignant le bâtiment devant lequel ils se trouvaient. »
Les intéressés répondirent qu’il n’y avait pas de quoi, puis celui qui ne portait personne en croupe alla prévenir le lieutenant de police. Ce dernier ne tarda pas à sortir, accompagné de ses hommes qui prirent les voleurs en charge. Elodie, descendue de cheval, lui expliqua brièvement la situation, le vol et tout ce qui s’en suivait en lui cédant le butin qu’ils avaient récupéré. La conversation dura quelques minutes à peine puis l’homme rentra, prenant l’affaire en charge le reste n’étant pas du ressort des mousquetaires. Elodie inspira longuement avant de se retourner vers Ruzé avec qui elle restait seule. Elle se força à le dévisager un instant en restant le plus neutre possible, tentant de deviner, de trouver des réponses aux questions qui la tourmentaient. Mais rien ne parvint à lui apparaître clairement au travers des prunelles azures du jeune homme.
« Bien, voilà qui est fait… lâcha-t-elle simplement avant de se remettre en selle. Je pense que nous n’avons plus rien à faire si ce n’est prévenir d’une manière ou d’une autre François et Louis qu’il n’y a plus rien à chercher. Je m’en occupe si vous voulez... »
Elle s’interrompit, ayant épuisé ce qu’elle pouvait bien avoir à lui dire. Elle hésita un instant à se faire franche, à lui poser la question, à tenter de fixer ses doutes… mais renonça. S’il ce n’était pas cela, elle se trahissait. Elle soupira puis, sur un vague signe d’adieu, éperonna sa monture et la lança en direction de l’hôtel Longueuil afin d’y attendre les deux autres mousquetaires et prévenir le vieillard que tout était terminé. Enfin, tout… ou presque.
FIN DU TOPIC
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