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 Un samedi chez Mlle de Scudéry

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« s i . v e r s a i l l e s »
Côté Coeur: Une servante de ma connaissance...
Côté Lit: la servante sus-citée l'a déserté, profitez-en!
Discours royal:



ADMIN BIZUT
Phoebus
ৎ Prince des plaisirs

Âge : 20ans
Titre : Prince de Neuchâtel
Missives : 4009
Date d'inscription : 12/01/2010


MessageSujet: Un samedi chez Mlle de Scudéry   16.01.10 16:20

[...]

-Mon jeune Longueville, votre langue est aussi déliée que celle de votre mère! N'était-ce votre langage si plaisant, j'en aurai pu appeler la garde royale, pour ces insolents propos! Je doute en effet que le roi, tout complaisant avec vous qu'il puisse être, applaudisse ces délicieux vers.
Mais approchez-vous, mon garçon. L'on ne peut décidément jamais vous punir, tant vos dires sont exacts.

"Et la Rouge éminence
Jamais ne finira sa danse"


A qui pensiez-vous donc, monsieur de Longueville? je doute que vous les ayez sortis des méandres de votre esprit par le fruit de hasard.


De son fauteuil où elle se prélassait, Mlle de Scudéry, imitée par sa voisine, Mlle de Coulanges, applaudit poliment des deux mains le jeune homme qui inclina alors la tête modestement. Dix huit ans, et déjà se dégageait de lui une aisance naturelle. Les premières années loin de la cour, en Normandie l'avaient fait grandir plus vite que d'autres garçons de son âge, et ses interlocuteurs lui donnaient volontiers quelques années supplémentaires. Son regard était sûr, sa démarche droite et sa taille bien prise. Mais s'il flottait autours de lui une aura condéenne, ses traits dessinaient néanmoins un tout autre portrait. Ils donnaient au garçon cette douce expression naturelle, et ses gestes délicats. Son sourire n'était point celui des guerriers de son ascendance maternelle, et reflétait toute l'assurance d'un homme d'esprit. Il su très tôt qu'il ne pouvait nier son appartenance à la famille de Marcillac, et duché de la Rochefoucauld. Cette parenté avait su séduire Madame de Scudéry, et Paris, souvent à contrecoeur, en avait joué pour se promouvoir dans le salon d'une des femmes à l'esprit des plus éclairés.
Sur un signe de main de son hôtesse, il s'approcha, et rejetant en arrière les pans de sa veste, il prit place entre les deux femmes dans un petit fauteuil recouvert de velours bordeaux. Il lissa machinalement ses manchettes de dentelles, et d'un regard complice, se pencha doucement vers celle qui était alors, l'attention de tous.


-Madame, je ne puis livrer les fonds obscurs de ma pensée, de peur de fâcher quelques hypocrites, et de faire blêmir ces dévots qui nous entourent.

-Allons, ces messieurs sont déjà amplement choqués de votre présence ici. Continuez, je vous en prie, monsieur, ce salon se remplit de mécontents, il nous faut quelques sourires!

-Je suis tout à vous, madame, et les désirs de deux princesses de salons ne peuvent qu'être que des ordres.

La jeune Angélique de Coulanges ris doucement, et agitant doucement son éventail, lui lança un regard conquis, où se mêlait l'amusement.

-Gardez vos flatteries pour ces jeunes écervelées de la cour, et déroulez-nous enfin le fil de vos pensées!

Sur l'ordre de Mlle de Scudéry, Paris de Longueville se redressa alors, et pu, pendant quelques secondes, jouir de l'importance qu'elle lui avait donné. Les visages des courtisans le fixaient, attendant qu'il prononce enfin les mots que chacun attendait. Ils devinaient que sous ses longs cheveux châtains, se cachait un esprit acide, prompt aux remarques pertinentes, et parfois insolentes. Il savoura ce doux spectacle, celui d'être l'attention de toutes cette petite cour aux aguets. Quels mots assassins allait-il lancer? Vers qui seraient-ils tournés? Les sarcasmes publics du jeune Longueville, envers ceux qui ne bénéficiaient de son appréciation, étaient réputés aussi bien dans ce salon, que dans celui où le roi jouait en ce moment-même aux cartes, dans ce palais doré de Versailles.

Son regard s'illumina d'une lueur de mystère et un léger sourire cynique se dessina sur ses lèvres fines.


-Vous n'êtes pas sans savoir, Mesdames, que malgré un éloignement passager, les délicieuses créatures de feu le Cardinal sont encore bien présentes à la cour.
En elles vogue encore un doux souvenir de leur oncle, et je ne m'étonnerais point si quelques intrigues à l'encontre de ses anciens ennemis étaient dévoilées!


Mlle de Scudéry avait haussé un naïf sourcil, et à présent, affichait une surprise feinte. Mais son regard, fixé sur le jeune courtisan, trahissait les sentiments d'impatience de la femme, et l'intérêt qu'elle lui portait. La jeune Angélique de Coulanges, la tête inclinée vers le jeune homme, buvait ses paroles, clignant amoureusement ses yeux noisettes.

-Parlez donc, mon cher ami, j'en meurs d'impatience!

-Madame de Bouillon serait, dit-on, bien proche de ses neveux, dont vous n'ignorez point qu'elle est leur tutrice depuis quelques années.

Paris se tut quelques secondes, afin de mesurer l'effet d'une telle déclaration. Il aperçu au loin quelques regards scandalisés, d'autres horrifiés, et certaines jeunes filles se cachaient derrière leurs éventails pour ne point trahir leurs gloussements. Il savait que tout résidait dans l'attitude qu'il devait alors adopter. Il s'excusa auprès de la jolie Angélique d'un regard faussement contrit, non sans avoir auparavant lancé une œillade triomphante à la reine du salon. Il savait que depuis qu'il fréquentait cet endroit mondain, la protection de Madame de Scudéry était un atout majeur à ne point négliger. Elle imposait sa grâce et son esprit à cet endroit, et il savait qu'elle n'était point étrangère aux élans premiers que lui avait porté Angélique de Coulanges. Douce liaison dont cette protectrice était la confidente muette.
Il se méfiait, néanmoins, d'être dévoilé par le regard perçant de la femme de Lettres. Il la savait d'une étonnante perspicacité, et il ne craignait qu'un jour, quelques mots ne soient retournés contre lui. Etonnante relation qui unissait les gens de cour!


-Chère Angélique, ne vous effrayez point de ces mots, je ne puis que vous confirmer que seule une alliance m'en a fait le malheureux parent...

-...aucun doute ne pèsera donc sur votre relation avec Madame de Bouillon, m'en voici rassurée!

Paris prit dans ses doigts la douce main blanche de la jeune femme, et y déposa délicatement ses lèvres.

-J'eusse espéré que vous n'en doutiez point auparavant!

-Monsieur, le doute était permis! n'avez-vous point lancé à cette jeune manchine, l'autre jour, que le fiel ne coulait non seulement en ses veines, mais également de sa bouche?

Paris toussota pour cacher le rire qui le prit en cet instant. L'affaire était allée plus loin qu'une simple remontrance de la part de sa marraine, Charlotte de Montmorency.
Cette phrase avait assassiné l'amour-propre de la duchesse, qui était allée, furieuse, se plaindre de cet affront au roi en personne. En séance avec Mr Colbert, et l'humeur noire d'être dérangé pour une telle chose, il avait congédié d'un geste le porteur de la courte missive enflammée. Confus, le pauvre porteur croisa alors dans un couloir le marquis de Lauzun, qui, en proie à quelque ennui, et d'humeur badine, avait questionné le garçon sur l'origine de son évident malaise.
Une courte explication, et la lettre s'était retrouvée entre les doigts du marquis, qui savourait ce bonheur d'avoir des nouvelles fort intéressantes à diffuser. Après avoir rencontré au détour d'un jardin Mademoiselle des Verrières, dame d'atour de la reine, et amie bavarde d'Athénaïs de Montespan, le marquis entreprit d'en faire part au chevalier de Lorraine, qui ne tarda point à passer ce message aux amis qui l'entouraient alors.
L'innocente missive, en une après-midi, avait ainsi fait le tour des jardins, sans que la duchesse de Bouillon, qui entretemps était allée se plaindre auprès de son complaisant mari, ne fusse au courant de la merveilleuse aventure que cette lettre avait vécu.
L'affaire aurait pu finir sa course dans les mains du comte de Guiche, si Madame, qui lui avait offert quelques heures en sa compagnie, n'avait rit devant une telle insolence. Elle s'en amusa tant qu'elle conta l'aventure à son royal cousin le soir-même.

Si Paris avait jusque-là savouré sa rapide notoriété, il s'inquiéta lorsqu'il vit l'expression de son oncle le lendemain. Il su alors que l'affaire avait causé trop de bruit pour qu'elle puisse être étouffée. D'ordinaire froid lorsqu'il reprochait à son neveu ses incartades, le prince de Condé s'emportait dans de rares occasions; cette impertinence fut pour lui la goutte d'eau de trop dans le vase des insolences.


-Je me lasse de tout ceci, Paris! Ce coup de poignard était de trop! Pouvez-vous un seul instant imaginer dans quelle situation je fus, lorsque le roi en personne vint m'avertir de votre impertinence? Il tient à ce que vous présentiez personnellement vos excuses à madame de Bouillon, et ce, dès ce soir. Je ne vous cache pas que votre tante de Conti, est également fort fâchée.

Et ne me lancez point ce regard surpris, Paris. Estimez-vous heureux que ma présence ai pu calmer votre tante!



Et le soir était venu, mais la demande empressée d'Angélique de Coulange n'avait pu permettre à Paris de présenter d'hypocrites excuses à sa parente.

-Croyez que je suis fort contrits de ne point pouvoir accéder à sa requête, Angélique.

La jeune femme, de 6ans son aînée, avait amené Paris dans un petit salon isolé, éclairées par la lueur tremblotante d'un chandelier. Les bavardages résonnaient dans le salon voisin, mais tout deux savaient que Madame de Scudéry veillerait personnellement à ce que personne n'entra dans la petite pièce.
Seuls, la jeune femme avait attiré Paris à elle, et à présent, reposait sa tête sur l'épaule du jeune Longueville. Elle le laissait caresser doucement ses épaules.


-Mais cette petite "assassinade" ne fut qu'une réponse à ce que cette manchine peut dire de vous. Justice a donc été faite, Paris.

-Vraiment? Révélez-moi donc l'horreur de ses propos, s'ils valent à ce point les miens!

Angélique s'était écartée, et lui offrait un regard des plus amoureux. Elle prit ses mains dans les siennes, tout en jouant distraitement avec les manches de sa veste.
Elle releva alors la tête, et eu un sourire amusé lorsqu'elle se décida à dévoiler sa pensée.


-Elle m'a dit l'autre jour - je cite, Si cet impertinent monsieur de Neuchâtel est avec les femmes comme il use de son esprit, il doit être un bien mauvais amant!

Paris ne pu que rire de cette réponse fort bien lancée, et croisant le regard tendre d'Angélique, l'attira à nouveau vers lui, faisant glisser ses mains sur les hanches de la jeune fille.

-Et que pensez-vous de cet avis?

-Que vous usez de votre esprit fort brillamment, Paris.

Elle avait approché son visage du sien, et passé sa main sur son épaule, lorsqu'un bruit les fit sursauter. La porte s'entrouvrit, et la voix de Madame de Scudéry rompit le silence qui s'était fait.

-Les règles étaient ainsi, aussi je vous dérange! Mon cher Longueville, je crains que cette agréable soirée ne soit avortée. Un carrosse aux armes de Condé-Montmorency vient d'entrer dans la cour de l'hôtel, et je doute que vous souhaitiez qu'un scandale familial éclate ici.

Un éclair furieux éclaira le regard de Paris. Embrassant - trop rapidement à son goût - la douce et piquante Angélique, il se hâta de suivre la maîtresse des lieux, qui le conduisit en dehors du salon tumultueux. Madeleine de Scudéry de se trompait pas. Un valet en livrée aux couleurs des Condé attendait le jeune homme, qui arracha sans un mot le billet qu'il lui tendait.


Citation :

La ponctualité étant la politesse des rois, je puis vous donner ce titre immédiatement.
Mademoiselle de Coulange saura certainement vous en trouver le nom exact
.

Le billet n'était point signé, mais il reconnu au premier coup d'œil l'écriture familière. Il fit signe au valet de la suivre, et le regard noir, sauta dans le carrosse qui s'ébranla en direction de Versailles.

[...]

______________________



"Les inclinations naissantes, après tout, ont des charmes inexplicables,
et tout le plaisir de l'amour est dans le changement."


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