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 Amie, ennemie...[Victoire+Marianne] - [terminé]

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MessageSujet: Amie, ennemie...[Victoire+Marianne] - [terminé]   12.01.10 23:44

Il n'y avait que peu de rumeurs, d'intrigues et de complots dont Marianne n'avait fait partie. Chaque bruit qui courait sur les pelouses de Versailles venait souffler à ses oreilles, et son léger accent italien ne pouvait les retenir plus longtemps. Affaires politiques ou romantique, intrigue de cours et lettres échangées, si le hasard ne provoquait ces tourbillons de bruissements, elle savait aller à eux, et s'engouffrer dans ces souffles de rumeurs versaillaises.
Cabales ou simples correspondances enflammées, elle savait retenir ce qui était à ses yeux important, ce qui pouvait lui nuire, ainsi que son entourage, et ce dont grâce à quoi, elle pouvait nuire elle-même.
Manipuler tout ces souffles d'intrigues de cour était une nature que Marianne ne pouvait renier.

Telles les feuilles mortes soulevées par le vent qui soufflait ce matin-là dans le parc, tourbillonnant dans les bosquet, des bruits récents étaient venus aux oreilles de la jeune duchesse. Des bruits qui lui avaient fait quitter Shakespeare ne pouvaient qu'être importants, et sans correspondance aucune de ses sœurs, elle s'était résolu à prendre les devants.

Qu'était-ce, un bruit, à Versailles? Une rumeur. Une possibilité, voire une probabilité de malfaisance. Un bruit pouvait être un mot, un geste, un regard. Un bruit pouvait causer la perte des plus grands. Marianne avait su dès son plus jeune âge se méfier de tous bruissement qui s'éparpillaient dans les couloirs du château, parcourant les tapisseries, traversant boudoirs et alcôves avec une telle rapidité qu'il était parfois impossible de s'en saisir; le temps était alors compté pour couver les explosions qui pouvaient en résulter.
Son oncle lui avait appris à se méfier d'un mot caché, d'une phrase innocente. Si la cour avait été son terrain de jeu, l'enfant avait grandi, et la femme qu'elle était aujourd'hui voyait à présent ce terrain de jeu comme un vaste échiquier, où chacun n'avançait qu'en détruisant chaque obstacle qui barrait sa destinée.

Ne pas dévoiler son jeu; cacher ses atouts. Marianne avait appris de son oncle à ne pas se découvrir trop rapidement. Nul n'était a l'abri d'une trahison. Fervents catholiques, sa famille ne lui avait que trop répété qu'un peuple qui vous acclame aujourd'hui, peut vouloir votre mort le lendemain. Pour cela, Marianne n'abattait ses cartes qu'une à une, suivant l'objet de ses attentions.
Aujourd'hui, la personne touchée était trop présente dans le cœur de Marianne pour qu'elle ne puisse garder ces rumeurs de salons pour elle seule. Victoire de Noailles était certainement l'amie la plus proche de la jeune duchesse après ses deux aînées. Elles avaient toutes deux soutenu, à leur façon, la Reine-mère durant les lourdes épreuves qu'elle avait traversé. Toutes deux avaient porté le deuil de sa disparition, et Marianne, bien que se consolant de cette perte en voyant dans le fils royal un souverain divin, savait que leur avenir en serait changé.
N'était-ce déjà par ce mariage récent de Victoire, avec ce comte, ou peut-être ce duc, anglais.

Les souliers crissaient sur les graviers du labyrinthe, et Marianne hâtait le pas, pressée de délier sa langue, de parler enfin à qui de droit des rumeurs qui couraient à l'instant-même. Il ne s'agissait plus d'écrits, de lectures interdites ou de pamphlets à cacher. Elle l'aurait presque souhaité, et elle maudissait ce Garcin, ce poète maudit des rues, de ne plus nourrir les salons de ses pamphlets cyniques. Peut-être auraient-ils fait oublier les sombres complots politiques qui pouvaient croupir dans ce marécage versaillais!
Marianne serra les pans de son manteau de laine, coupant les bourrasques du vent. Ses cheveux noirs, malgré tout l'art de son coiffeur, s'éparpillait autours de son visage pâle. Ses yeux pétillants réchauffaient l'atmosphère rafraîchie de ce début de journée.

Quelle folle idée de se retrouver dans le parc! Un salon fermé et discret eu été bien plus chaud!Marianne regrettait sa décision; rentrer malade de cette expédition serait inquiéter le duc à nouveau. Marianne ne voulait lui fournir de nouveau prétexte de veiller sur elle de trop près.
Assise sur le banc de marbre, la jeune femme contempla longuement la statue qui la fixait de son regard creux. Le vide de ces pupilles laissait son esprit vagabonder, et se reporta à nouveau vers Victoire de Noailles. Norfolk. C'était cela. Elle l'avait épousé.
Norfolk. Un nom étranger, dont Marianne ne savait que ce que le public devait savoir. Sujet de Charles II.

Rien ne pouvait sembler inquiétant, si ça n'était que cette Gabrielle de Longueville qui, songeait Marianne, lui avait en effet parlé de la présence du sujet anglais, dans un rare instant de courtoisie.
Gabrielle de Longueville. Puissante. Peut-être trop. Mais elle ne ressentait pour elle que mépris et méfiance. Animosité naturelle, instinctive. Son esprit ne pouvait se résoudre à apprécier la nièce de celui qu'on appelait le Grand Condé, tout prince de sang qu'il fut. Il ne pouvait y avoir que pour Gabrielle de Longueville, ainsi que sa famille, que rivalité, basée sur le passé de ses parents. Intrigues, complots et trahisons. Tels étaient pour Marianne les mots associés au nom de Longueville. Fronde, exil de son oncle. Longueville et Mazarin étaient deux noms que rien ne pouvait rapprocher. Marianne porterait toujours en elle cette haine farouche de Condé et de tout se qui pouvait approcher de près à ce nom. Sa sœur, donc, ainsi que ses amants, ses enfants.
Imaginer un seul instant son amie, Victoire, proche de Gabrielle de Longueville lui était insupportable. Elle la savait éclairée de ces rumeurs qui transperçaient les murs les plus épais du château, mais si de toutes ses années à la cour, Marianne avait tiré un enseignement, c'était celui de la prévention. Et face à Gabrielle de Longueville, dont la seule évocation du nom la rendait nauséeuse, aucune prévention ne pouvait parfois suffire pour sortir des mailles de ses filets du diable.

Aucune autre raison n'avait pu, ce matin-là, pousser Marianne à attendre dans ce labyrinthe. Le bruit des pas de son amie la fit sortir de ses pensées, et elle se retourna pour saluer la jeune duchesse.



-Victoire! Pardonnez-moi de vous avoir fait sortir par ce temps désastreux! Mais si j'ai pu apprendre une chose après toutes mes années à la Cour, c'est que ces murs de pierre ont de nombreuses oreilles. Je ne souhaitais pas que notre conversation aie pu être entendue par quiconque. Me pardonnerez-vous?

______________________

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Dernière édition par Marie-Anne Mancini le 30.03.10 16:18, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Amie, ennemie...[Victoire+Marianne] - [terminé]   17.01.10 16:51

Seule dans sa chambre, Victoire écrivait à son père. Plus les jours passaient, plus cet homme qui l’avait élevée lui manquait. Elle se doutait, le jour de son mariage, qu’elle ne verrait plus ce père si cher à son cœur. C’est lui qui avait fait d’elle la jeune femme qu’elle était aujourd’hui. Elle se souvenait de leurs ballades à cheval, et du regard réprobateur de sa mère lorsqu’ils rentraient. Elle se souvenait de leurs discussions sur la politique et l’économie du pays, sur la littérature et la musique. Son enfance avait été heureuse, insouciante, innocente. Victoire avait été choyée par ses parents, et surtout par son père qui cédait à tous ses caprices de petite fille. A ce moment là, elle était loin de se douter qu’elle serait mariée à seize ans, et devrait alors quitter ses parents pour vivre à Versailles. Son père lui avait parlé de la Fronde, des Condé, de Mazarin, d’Anne d’ Autriche et la famille royale. Jamais elle n’aurait pensé fréquenter un jour ces personnalités. Tout lui paraissait si loin maintenant…Victoire avait l’impression d’avoir eu deux vies bien distinctes : sa vie avant son mariage et son entrée à la cour, et sa vie après. Comme si entre ces deux vies il y avait une coupure bien nette : la fin de l’enfance et son entrée dans le monde des adultes.

Heureusement, peu de temps après son entrée à la cour, Victoire avait eu la chance de rencontrer Marianne Mancini, la nièce de Mazarin. Cette jeune fille, d’un an son aînée, lui était d’une aide précieuse. Victoire avait très vite su qu’on ne pouvait avoir de véritable ami à Versailles, mais elle avait néanmoins confiance en Marianne. Celle-ci lui avait appris plusieurs choses indispensables à savoir sur la cour du Roi Soleil. Il était par ailleurs réconfortant de pouvoir se reposer, même rien que quelques minutes, sur quelqu’un, de pouvoir se confier sans se retenir. Victoire savait qu’elle pouvait compter sur Thomas, son mari, qu’elle aimait d’un amour sincère. Mais elle avait également besoin d’une présence féminine à ses côtés, une amie avec qui parler des rumeurs et se moquer des autres, une amie avec qui on pouvait parler de ses problèmes et de ses peurs. Marianne réunissait toutes ces qualités, et Victoire tenait beaucoup à elle.

Victoire relisait sa lettre, cherchant ce qu’elle pouvait dire à son père. Elle le rassurait, lui disait qu’elle se plaisait à Versailles. Mais ces derniers temps la nostalgie lui faisait regretter le domaine familial, où son seul souci était de s’occuper de son poney adoré. Ici, elle se devait d’afficher un sourire sur son visage, pour montrer qu’elle allait très bien et par là éviter les rumeurs. Car le moindre détail pouvait vous mettre au centre de rumeurs plus folles les unes que les autres.

Un point finalisa la lettre. Victoire la relu, la plia et la scella. Mais alors qu’elle se préparait à partir, on frappa à la porte de sa chambre. Puisqu’elle était debout, elle se déplaça et l’ouvrit, pour voir apparaitre devant elle un domestique, une lettre à la main. Il s’inclina, puis dit :

« Madame, une lettre pour vous, de le part de la duchesse de Bouillon »

Victoire prit la lettre et le domestique partit. Marianne demandait à Victoire de la rejoindre dans le parc. Un bref regard vers la fenêtre la renseigna sur le temps. Victoire prit un long manteau et posa la lettre sur son bureau, à côté de celle destinée à son père. Elle la ferait partir plus tard, ce qu’avait à lui dire Marianne paraissait plutôt urgent.

La curiosité de Victoire la faisait se presser dans les immenses couloirs du palais. Une fois dehors, elle se demanda pourquoi Marianne lui avait donné rendez-vous dans le parc. Le vent était glacial et faisait voler ses cheveux si bien coiffés quelques minutes plus tôt. Enfin, elle aperçut le dos de Marianne, et pressa encore un peu plus le pas. Son amie se retourna.

Citation :
« -Victoire! Pardonnez-moi de vous avoir fait sortir par ce temps désastreux! Mais si j'ai pu apprendre une chose après toutes mes années à la Cour, c'est que ces murs de pierre ont de nombreuses oreilles. Je ne souhaitais pas que notre conversation aie pu être entendue par quiconque. Me pardonnerez-vous? »

Un petit rire sortit de la gorge de Victoire. Qu’elle aimait la spontanéité de son amie lorsqu’elles étaient à deux ! Elle était contente de la revoir.

« Bien sûr que je vous pardonne, ma chère amie ! Je venais justement de finir une lettre, vous ne m’avez donc pas dérangée ! Au contraire, sans le savoir, vous m’avait sortie d’une nostalgie qui ne me quitte que rarement ces derniers temps. Et vous savez que votre présence me fait toujours beaucoup de bien. Mais allez-vous bien ? Votre lettre m’a parue urgente. Que se passe-t-il ? Il n’y a rien de grave, j’espère ? »
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MessageSujet: Re: Amie, ennemie...[Victoire+Marianne] - [terminé]   19.01.10 21:10

-Je suis bien heureuse que vous ne m'en vouliez point!
Et si je puis vous être utile pour vous sortir de vos rêveries, je suis toute à vous!


Marianne rit en se levant pour accueillir son amie. Elle avait baissé le capuchon de la chaude cape dans laquelle elle s'était enroulée, et observa rapidement sa compagne. Elle-même enfoncée dans son manteau avait du braver le vent, qui avait décoiffé la coiffure faite un peu plus tôt. Son regard traduisait en effet la nostalgie qui avait du la bercer jusque-là. Les deux jeunes femmes se connaissaient depuis d'assez longues années pour ne point cacher ces détails. Si Victoire pouvait sentir une colère bouillonnante retenue chez Marianne, celle-ci pouvait découvrir sans trop d'erreur ce qui chagrinait son amie. La présence de celle-ci lui ôtait bien souvent les poids qui pouvaient peser sur sa poitrine. Victoire était pour la jeune duchesse une rare confidente, en qui elle avait placé une confiance presqu'aveugle. Mais de son oncle, elle avait apprit à ne se fier qu'à elle-même. Peu avant de disparaître, celui-ci lui avait glissé un exemple. Celui du surintendant Fouquet..."un homme qui se perda, en plaçant sa confiance dans de trop nombreuses personnes."
Victoire. Marianne. Deux jeunes femmes élevées à la cour, qui avaient donc épousé les travers des habitudes mondaines.


-Je pense aller mieux que vous, Victoire. J'espère que cette nostalgie n'a point pour cause votre époux. Il m'a paru être un homme charmant, un parfait gentilhomme, lorsque vous m'avez présenté à lui.

Une inquiétude se lisait dans les yeux de la jeune femme. Marianne avait entendu assez de bruits courir dans le château sur le duc de Norfolk, pour avoir à s'assurer de l'âme de cet homme. Ce qu'elle avait à dire à Victoire pouvait la toucher, peut-être la blesser; aussi, si la légère lassitude du regard de son amie avait pour source son récent mariage, il faudrait alors à Marianne user de toute la diplomatie possible, pour ne point la froisser. Elle voyait en cette amitié un lien profond. Elles avaient toutes deux vécu de nombreux tourments ces derniers mois; le décès de la Reine-mère les avait chacune ébranlé, et la constante hypocrisie dont Marianne devait faire preuve envers certains membres de sa famille ne pouvait que peser leurs humeurs.
Auprès de Victoire, elle se sentait ainsi libérée de toute contrainte d'étiquette forcée, de sourires mensongers, et de mots policés. Elle souhaitait, réciproquement, être une épaule sur laquelle la jeune Noailles pouvait s'appuyer si besoin était.Cette confiance et amitié profonde était un lien que Marianne ne souhaitait rompre. Il était bien trop rare à Versailles.
Elle sentit l'inquiétude la gagner en songeant à ce qu'elle allait devoir lui annoncer.


-Mais le sujet qui m'a fait vous appeler est, je l'espère, un peu éloigné de cela. Par avance, ma chère Victoire, pardonnez-moi de vous dire le fond de ma pensée, sans qu'aucun détail ne soit omis.

Elle s'était approchée de Victoire, avait pris ses mains fines dans les siennes, recouvertes de gants de soie gris, et posa alors son regard dans celui de sa compagne.
Elle sentit une vague de reproche lui venir à l'esprit. Mais il fallait qu'elle la mette en garde, quitte à s'introduire partiellement dans la vie de Victoire. Elle respira lentement, tout en conservant son regard sûr et franc.


-Peut-être connaissez-vous cette jeune duchesse de Longueville, Victoire? Vous m'avez confié que, d'une certaine manière, elle était proche de votre époux.

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MessageSujet: Re: Amie, ennemie...[Victoire+Marianne] - [terminé]   30.01.10 13:56

Marianne rit et se leva, faisant face à Victoire. La voir rire redonna un peu de moral à Victoire. Elle savait que Marianne pourrait toujours l’aider, quoi qu’il arrive, et se sentir soutenue lui faisait beaucoup de bien.

Citation :
«Je pense aller mieux que vous, Victoire. J'espère que cette nostalgie n'a point pour cause votre époux. Il m'a paru être un homme charmant, un parfait gentilhomme, lorsque vous m'avez présenté à lui »

Son époux…Même si Victoire lui faisait confiance, il n’en mettait pas moins ses nerfs à rude épreuve. Il y avait d’abord sa santé fragile, qui ravivait sans cesse l’inquiétude de la jeune femme. Ne le voyant pas toujours, Victoire se demandait souvent s’il allait bien, ou s’il était en sécurité. Il était par ailleurs assez mystérieux, et il fallait avouer que Victoire ne savait pas grand-chose sur lui.
Victoire aurait voulu cacher son inquiétude à Marianne. Parfois elle avait un peu honte d’avoir aussi peur, puisqu’en général les femmes de la cour ne se souciaient que peu de leur conjoint. Certaines même n’étaient heureuses qu’en l’absence de leur mari. Mais Victoire ne pouvait s’en empêcher, elle recherchait la présence de Thomas of Norfolk.

" Marianne, je ne pourrai vous le cacher, mon époux est en partie responsable de ma nostalgie. Mais d’être ainsi éloignée de ma famille me rend également assez malheureuse. Mais je compte sur vous pour éloigner cette nostalgie qui m’habite par moment !"

Ces derniers temps avaient en effet été difficiles, et le temps maussade n’arrangeait pas l’humeur de la jeune fille. Il y avait toujours un moment dans l’année où l’on se sentait triste, mélancolique et nostalgique. Pour Victoire, c’était précisément maintenant qu’elle ressentait tout cela. Mais face à Marianne, l’inquiétude n’avait pas disparue. L’urgence avec laquelle elle l’avait fait venir inquiétait la jeune fille, qui se demandait bien quel pouvait en être la raison.
Marianne ne lui laissa pas le temps de lui demander de vive voix, et dit :

Citation :
Mais le sujet qui m'a fait vous appeler est, je l'espère, un peu éloigné de cela. Par avance, ma chère Victoire, pardonnez-moi de vous dire le fond de ma pensée, sans qu'aucun détail ne soit omis.

Victoire haussa les sourcils, saisie d’un mélange de surprise et d’inquiétude. Marianne prit les mains de Victoire, et cette dernière ne pouvait plus cacher sa peur. Son amie la regarda dans les yeux.

Citation :
Peut-être connaissez-vous cette jeune duchesse de Longueville, Victoire? Vous m'avez confié que, d'une certaine manière, elle était proche de votre époux.


Et voilà, maintenant Victoire connaissait la raison de leur rencontre. Mais loin de faire disparaitre la peur, cette réponse raviva encore un peu plus l’inquiétude qui ne la quittait plus. Ce nom avait même apporté un nouveau sentiment, la colère. Elle n’était pas en colère envers Marianne, non, mais envers Gabrielle de Longueville. Celle-ci était une lointaine cousine de Victoire, mais cette-dernière n’avait jamais sympathisé de quelque façon que ce soit avec elle. Elle ne l’avait vraiment connue que lors de son arrivée à Versailles. Victoire avait appris que son mari connaissait plutôt bien sa lointaine cousine.

La jalousie animait maintenant les sentiments de Victoire envers la duchesse de Longueville. Elle devait avouer qu’elle était particulièrement jolie, et cela l’inquiétait quelque peu. Elle était, par ailleurs, trop proche de Thomas of Norfolk, au goût de la jeune duchesse de Noailles.
Victoire sourit à Marianne, et lui dit :

« En effet je la connais. J’ai eu l’occasion de lui parler, et même si ses manières sont irréprochables, je dois vous avouer ma chère amie que je ne lui fais pas du tout confiance. Je trouve effectivement qu’elle est un peu trop proche de mon mari, et je me demande ce qu’elle lui veut. »

Mais si Victoire aimait se confier à Marianne, elle n’osa pas lui avouer qu’elle connaissait également le frère de Gabrielle de Longueville. Poussée par sa jalousie, la jeune fille s’était présentée à Paris de Longueville, pour conclure une sorte de pacte. Elle avait apparemment su l’intéresser, puisqu’il avait accepté de l’aider dans son entreprise.
Si elle ne dit rien de cela à Marianne, c’est que Victoire savait que son amie détestait ce Paris de Longueville, et la duchesse de Noailles avait peur de sa réaction. Son amitié était trop importante pour qu’elle prenne le risque de la perdre.
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MessageSujet: Re: Amie, ennemie...[Victoire+Marianne] - [terminé]   02.02.10 19:44

Cette petite révélation sur Thomas de Norfolk pinça le cœur de Marianne. Elle savait son amie attachée à son mari, comme elle-même savait apprécier le duc de Bouillon.
S’il n’était dupe du caractère de sa jeune épouse, il n’en n’était pas moins complaisant avec elle, et savait trouver les mots pour calmer cet esprit trop animé.
Elle avait partagé les inquiétudes de Victoire sur son mariage futur, avec cet homme qu’elle ne connaissait pas. Elle l’avait rassuré, avec essayé de trouver les mots justes, et à présent que Victoire avait un plaisant mari, elle ne pouvait accepter que cette nostalgie vint encore l’envahir.


-Vous savez que je serais toujours à vos côtés, Victoire, comme vous m’avez-vous-même soutenue l’an dernier, lors de ma grossesse ! Vous êtes la seule amie, qui n’est pas ma sœur, qui m’est aussi chère qu’elles.
Aussi, je vous demande de m’expliquer ce qui vous perturbe, mais avant cela, permettez-moi d’expliquer la raison de ce billet, et ces quelques avertissements envers Gabrielle de Longueville.


En tenant les mains de la jeune femme, elle cru pouvoir ressentir ce que Victoire songeait à l’instant-même. Elle connaissait la possessivité de son amie, et sa farouche détermination à ne laisser aucun obstacle lui faire perdre des êtres chers.
Elle s’inquiéta un instant de savoir ce qui motivait cette exaspération. Avait-elle déjà subi les méfaits des Longueville, frère et sœur ?
Elle vit le visage insupportable de Paris de Longueville, et serra les dents en songeant au tort qu’il lui avait fait. Elle ne pouvait se laisser aller à d’obscures phrases lancées dans le seul but de le discréditer. Elle devait aller plus loin, frapper plus fort, le faire tomber de ce piédestal sur lequel ils se mettaient, lui et sa sœur acariâtre. Ils étaient tout deux aussi jeunes qu’elle, et pouvaient aisément rivaliser de beauté.
Mais une chose ne quittait pas son esprit : Dom Juan avait rencontré le Commandeur. Elle ne pouvait que se réjouir du jour où ce Longueville rencontrerait son Commandeur.


-Ne vous basez en effet pas sur ses manières. Elles sont parfaites, et elle sait parfaitement en user.
Je ne vous cacherais pas mon animosité envers son détestable frère que j’exècre plus encore, je crois que nos récentes altercations ne vous ont pas échappé !

En ce qui concerne la jeune duchesse, je comprends vos craintes et ne puis que vous conforter dans votre idée. Je dois vous avouer que la proximité de votre époux avec cette créature m’ont inquiété, aussi, je tenais à vous mettre en garde contre le venin qu’elle cache sous ses manières empruntées.


Mais la réaction de Victoire répondit à la question que Marianne s’était préalablement posée. La jalousie pouvait animer Victoire. La relation entre ce sentiment et la proximité de Gabrielle de Longueville d’avec son mari ne pouvait être que la réponse à cette vague nostalgique dont Victoire avait fait allusion auparavant.

Elle avait à présent lâché les mains de Victoire, et quelques idées noires s’étaient formées à son esprit. Ses yeux brillaient alors d’un sentiment peu avouable, tandis que des fils invisibles tissaient ces toiles inextricables, dont seule Marianne avait le secret. La fourberie italienne faisait ici son œuvre la plus grande. Il ne tenait qu’à Marianne d’en faire la plus terrible.


-Victoire, est-ce la proximité de votre époux et de cette Longueville qui vous ennuie ainsi ?
Je ne peux voir que cette solution, et je crains en effet qu’il ne faille surveiller les agissements de la duchesse.
Vous savez que vous pouvez bénéficier de tout mon soutien, Victoire.


Elle poussa un léger soupir. Victoire, cette amie si proche ne pouvait être mêlée aux penchants destructeurs de Marianne. Elle craignait qu’en proposant son aide, elle ne soit plus machiavélique qu’elle pouvait l’être ordinairement. Lorsqu’il s’agissait du nom de Longueville, seule son nom était en jeu. Elle saurait garder les distances nécessaires.

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MessageSujet: Re: Amie, ennemie...[Victoire+Marianne] - [terminé]   12.02.10 19:29

Marianne lui avouait à quel point elle tenait à Victoire, et cela lui faisait chaud au cœur. « Ma seule amie… » Victoire sentait son cœur qui se serrait. Elle aussi tenait beaucoup à Marianne. Celle-ci était la seule à soutenir Victoire, quelques soient les événements. Elle avait toujours été à ses côtés, coûte que coûte. La duchesse de Noailles serra un peu plus fort les mains de Marianne. Elle n’écoutait qu’à moitié ce que lui racontait son amie. Victoire pensait à Thomas of Norfolk, et à Gabrielle. Ces derniers temps, la jeune fille sentait ses forces la quitter. Elle essayait de faire face à ses doutes, mais cela lui était difficile. Soudain, elle entendit son amie qui parlait de Paris de Longueville, le frère de Gabrielle. « Son détestable frère que j’exècre plus encore. » A cet instant, Victoire se sentit terriblement coupable. Les paroles de Marianne résonnaient à ses oreilles. « Son détestable frère… » Sa correspondance avec Paris lui vint à l’esprit. A vrai dire, Victoire trouvait Paris plutôt agréable, bien qu’elle ne l’ait jamais rencontré. C’était elle qui lui avait envoyé la première lettre. C’était elle qui avait fait le premier pas. Au détriment de Marianne. La jeune duchesse savait pertinemment que son amie haïssait Paris. Mais elle était passée outre. Elle avait besoin de l’aide de Paris, même si sa meilleure amie le détestait. Victoire s’était, en fait, mise à penser comme l’on devait le faire à Versailles. Elle avait pensé à ses intérêts avant toute chose. A vrai dire, Victoire ne savait pas quels sentiments animaient Paris en ce qui concernait sa sœur Gabrielle, mais elle avait réussi à faire de Paris un allié. Il allait aider la jeune fille à se débarrasser de Gabrielle. Mais de tout cela, Victoire n’en avait rien dit à sa très chère amie. Elle lui sourit, essayant d’écouter Marianne.
Soudain Marianne lâcha les mains de Victoire. Cette-dernière la regarda étrangement. Son amie lui demanda si c’était l’apparente amitié entre son époux et Gabrielle qui l’inquiétait. Elle avait touché juste.

« Vous avez vu juste, ma chère. J’ai peur de leur proximité. Thomas compte énormément pour moi. Il est même tout ce que j’ai, ici… »

Soudain, le poids de ses peurs brisa son apparente assurance. Des larmes lui montèrent aux yeux, et des larmes coulèrent sur son visage.

« Ce n’est rien, ca doit être la fatigue qui me rend fragile. Ne vous inquiétez pas. »

Victoire essuya ses larmes qui coulaient doucement. Elle avait appris qu’il ne fallait jamais montrer ses sentiments, et surtout pas pleurer devant quelqu’un. Mais là c’était Marianne qui voyait ses larmes, et cela lui faisait du bien de lâcher prise, rien que quelques instants. Ca lui faisait du bien de faire tomber ce masque qu’elle portait jour après jour, depuis son arrivée à Versailles. Ce n’était pas seulement à cause de sa jalousie qu’elle pleurait. Ces larmes avaient aussi pour cause ses parents, qu’elle ne voyait que trop rarement, et cette nostalgie qui ne la quittait plus depuis quelques temps.

« Je suis vraiment idiote. » La jeune femme rit, mais c’était un rire forcé. « Pardonnez-moi, je devrais savoir me contrôler. »

Victoire respira un bon coup, et reprit :

« Merci infiniment Marianne. Je ne sais pas ce que je serais ici, sans vous. Mais je vous suis éternellement redevable, pour tout ce que vous faîtes pour moi. Je ne sais pas encore ce que je vais faire, concernant cette Gabrielle. Je ne sais d’ailleurs pas pourquoi elle s’intéresse autant à mon époux. Et je dois avouer que tout ceci m’intrigue. Gabrielle…Elle n’a d’angélique que son nom et son physique, mais je suis sûre que ses intentions ne le sont pas. »

Victoire reprit les mains de Marianne dans les siennes.

« Mon amie, est-ce pour me mettre en garde contre cette dame que vous m’avez appelée ? Ou il y a-t-il une autre raison ? »
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MessageSujet: Re: Amie, ennemie...[Victoire+Marianne] - [terminé]   24.02.10 17:48

Marianne, réputée insensible auprès de nombreux médisants, avait néanmoins une grande sensibilité envers ceux qu’elle affectionnait. Elle sentait que son amie avait certainement besoin de se confier, et ses aveux, quant aux doutes concernant son mari, la touchèrent plus qu’elle ne l’avait pensé.
Victoire semblait vouloir être si proche de cet homme qu’elle ne connaissait à peine, que sa réaction pouvait être surprenante, mais Marianne avait apprit à la connaître, et l’affliction de son amie était partagée.

Elle ne préférait pas répondre trop vite, ses pensées, sombrement tournées vers Gabrielle de Longueville, pouvant lui faire dire des mots plus maladroits qu’elle ne le souhaitait. Elle serra les dents devant cette image de la jeune duchesse. Ne pouvait-elle donc pas quitter la cour un instant, entraînant avec elle toutes ces miasmes qu’elle déversait sur son passage ?
Non, elle n’était sûrement pas ce qu’elle prétendait être, Marianne en mettait sa main à couper ! Une Longueville ne pouvait être si innocente qu’elle le paraissait…n’avait-elle pas déjà montré à Marianne la couleur de son venin ?

Elle se défit de cette pensée face aux traits tirés de Victoire. Elle était tant attachée à son mari ! Comment une vipère comme Gabrielle pouvait-elle le lui enlever ?
Elle se rapprocha de la jeune femme, et face à ces larmes, eu envie de la prendre dans ses bras, comme Olympe l’avait si souvent fait avec elle. Elle prit affectueusement la main de Victoire, et la serra pour lui donner le courage dont elle avait besoin en cet instant. Personne ne pouvait sciemment faire souffrir ainsi ceux qu’elle aimait, encore moins Victoire.


-Oh, Victoire, vous savez que devant moi vous pouvez ainsi vous laisser aller ! Je crois sentir combien cela pèse sur votre cœur.

Elle lui offrit un sourire complice, et passa sa main sur ses épaules pour la rassurer. Marianne aimait trop Victoire pour la laisser ainsi dans sa tristesse. Son regard pétilla alors qu’elle le posait sur celui de son amie, afin de la soutenir. Celle-ci respira quelques bouffées d’air, et sembla se remettre, malgré ce rire que Marianne connaissait. Un rire forcé, pour se donner bonne conscience, de se consoler si rapidement. Mais au fond, elle doutait que ce poids se soit envolé à l’instant. Il pesait, elle en était certaine, plus qu’il ne le fallait sur le cœur de Victoire.

Marianne eu cependant un rire franc pour apaiser les craintes de son amie.


-Je ferais tout ce qui est mon pouvoir, vous le savez, pour alléger ce poids qui vous pèse ! Dussé-je devoir éloigner cette Longueville. Elle se tut, et un éclair brilla dans son regard bleu, comme une illumination. Elle lâcha les mains de Victoire, et un sourire fendit son visage. Ce sourire qui signifiait qu’une lumière avait éclairé son esprit.

N’est-ce d’ailleurs pas la solution, Victoire ? Eloigner cette Gabrielle de Longueville ?

Elle lui tourna le dos un instant, marchant en rond dans le bosquet, l’index posé sur la pointe de son nez. Cette attitude était habituelle chez la jeune femme, lorsque tout son cerveau était en ébullition, afin de trouver le point d’ancrage de ses plans. Les sourcils froncés, elle se détendit et tourna à nouveau son visage vers Victoire.

-Je ne sais malheureusement pas ce qu’elle pourrait trouver en votre époux qui pourrait l’intéresser…c’est une femme sans grand esprit, et vous m’aviez dit que le duc de Norfolk est un homme des plus charmants ! Je doute qu’il se laisse ainsi fourvoyer par cette femme.

Elle reprit sa marche lente, essayant de trouver ce point de base qu’elle cherchait. Gabrielle n’allait jamais sans Paris. Y avait-il ici un déclencheur ?

-Victoire, c’était en effet la raison de cette entrevue…je crois que nos deux esprits se sont à nouveau retrouvés !
Conjuguons-les, si vous le souhaitez, nous devrions certainement trouver ce qu’il faut pour éloigner cette femme de votre plaisant mari !

De mon côté, si en l’éloignant nous pouvons lui créer quelques conflits avec une personne dont le nom m’est venu en tête, cela serait ma récompense !
Peut-être connaissez-vous son…admirable…frère ? Je ne vous ferais pas aujourd’hui l’étalage de ses douteuses compétences ! Ce cher Neuchâtel est bien trop proche de sa sœur…peut-être lui-même serait-il un danger pour votre mari…si je puis les brouiller tout deux, frère et sœur, rien ne me ferait le plus plaisir !


Son visage à présent brillait de cette lumière de l’excitation de ces plans à venir. Elle aiderait autant qu’elle le pourrait Victoire, tout en évinçant ses ennemis. Rien ne pouvait lui procurer plus de plaisir.

-Bien entendu, Victoire, je ne souhaite en aucun cas à ce que mon cher époux nomme « mes petites intrigues ». Vous savez où sont mes limites, restreignez-les si vous le souhaitez, je l’accepte !

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MessageSujet: Re: Amie, ennemie...[Victoire+Marianne] - [terminé]   27.02.10 21:45

La compassion de Marianne réchauffa le cœur de Victoire. Ses paroles rassurantes apaisèrent la jeune duchesse. Pendant quelques minutes elle se demanda comment serait Versailles sans Marianne. Surement un immense palais où règnerait la solitude de Victoire. Le palais était un lieu plein de paradoxes. On n’y était que rarement seul, et souvent accompagné de courtisans avides de rumeurs, même inventées, d’ailleurs les rumeurs inventées étaient les plus délectables. Ceux qui lançaient les rumeurs jouissaient d’un plaisir incommensurable, celui d’entendre leurs histoires dans tous les couloirs du palais. Le plaisir était d’autant plus grand, lorsqu’on leur racontait leurs inventions, sans savoir qu’ils en étaient les auteurs. La vérité n’avait aucune importance, on n’en avait que faire ici. Les langues de vipères laissaient volontiers vaguer leur imagination, d’où sortaient des histoires toutes plus folles les unes que les autres. Et pourtant, on les croyait. Votre réputation pouvait être sabotée, juste parce que votre robe faisait des jalouses…Toujours entourés à Versailles, et pourtant si seuls…Personne ne savait ce qu’il se passait dans la tête de son voisin de table. Et alors qu’on croyait mener une conversation intéressante, on se rendait compte que son interlocuteur était plus occupé par ses pensées que par la conversation. Qui pouvait savoir ce qui se cachait derrière le masque de son interlocuteur ? Qui pouvait savoir ses véritables sentiments ? Dans ces moments de doute, la solitude régnait. Certes, on était toujours avec quelqu’un, mais physiquement. Les pensées, quant à elles, s’éloignaient rapidement du corps pour voler vers d’autres cieux. D’un battement d’aile. A Versailles, on était terriblement seul, sans toujours s’en apercevoir.

Victoire ne faisait réellement confiance à personne, tout du moins elle essayait. Car la jeunesse pouvait vous faire voir le monde comme étant merveilleux. La jeunesse pouvait vous dire que Versailles était un paradis sur Terre. Mais la duchesse de Norfolk savait qu’elle pouvait compter sur Marianne, quoi qu’il arrive. Elle avait déjà, bien sûr ; eu vent de bruits courants sur elle. On lui avait parlé de ce machiavélisme qui semblait caractériser sa jeune amie. Mais elle n’écoutait ces accusations que d’une oreille. Néanmoins, ces rumeurs lui vinrent à l’esprit lorsque Marianne lui évoqua ses idées. Eloigner cette Longueville coûte que coûte…Victoire reprit ses esprits lorsque Marianne parla de Paris de Neufchâtel. Ce nom résonna dans les oreilles de la jeune Noailles. Paris…Bien sûr qu’elle le connaissait. Et pas seulement à cause de ses nombreuses frasques. Ainsi Victoire et Marianne avaient eu la même idée…Et la jeune fille s’étonna alors de son propre machiavélisme. Devancer Marianne pouvait être flatteur, mais pouvait aussi faire peur. L’élève surpassait le maître. Il fallait donc trouver une solution, et son amie la lui donnait, sans s’en rendre compte. « Vous savez où sont mes limites, restreignez les si vous le souhaitez, je l’accepte. » Victoire ne se le fit pas dire deux fois. Elle attendit deux minutes, réfléchissant. Ne pas se montrer trop empressée. Cacher son effroi. Ne rien laisser paraître.

« Ma chère, sachez que j’apprécie votre dévouement, et votre aide m’est infiniment précieuse. Mais je crains que de se servir de ce prince de Neufchâtel ne soit une mauvaise idée. Qu’en serait-il de notre réputation si l’on apprenait que j’ai quelque relation avec lui. Et pire, que dirait-on de moi si l’on savait que je désirais l’éloignement de cette Gabrielle. Je ne connais pas ce Neufchâtel, mais je crois savoir qu’il faut l’éviter, surtout lorsqu’on est une jeune femme. Je sais que vous ne craignez rien, que vous n’êtes pas aussi craintive que moi pour votre réputation. »

Victoire s’arrêta. Elle venait de se rendre compte que ses dernières paroles pouvaient froisser son amie. Elle savait que Marianne n’était pas susceptible, mais elle ne voulait pas la vexer.

« Pardonnez-moi, ceci n’était en rien une critique. Au contraire, j’aimerai me sentir aussi détachée que vous, à propos de ma réputation. Quoi qu’il en soit, je ne pense pas que ce soit une bonne idée. Autant pour vous que pour moi. Si votre mari apprenait cela, il entrerait dans une terrible colère. Je ne connais pas suffisamment sir Norfolk pour savoir ce qu’il ferait si jamais mon nom vous serait associé dans une telle entreprise, mais je ne doute pas qu’il serait affreusement déçu. Je me dois de lui faire honneur. »

Victoire n’en revenait pas de son assurance dans un tel mensonge. Elle aurait pu se convaincre elle-même, si elle ne s’était pas souvenu que tout ceci n’était que pur mensonge, censé cacher ses relations avec Paris de Longueville. Elle déconseillait à Marianne ce qu’elle-même faisait. Elle qui détestait l’hypocrisie et les mensonges, se retrouvait à faire exactement ce que tous les courtisans faisaient. La duchesse de Noailles s’était prise dans le piège de Versailles. Elle mentait à son amie, l’une des personnes les plus chères à son cœur. Elle avait honte.
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MessageSujet: Re: Amie, ennemie...[Victoire+Marianne] - [terminé]   30.03.10 16:17

A présent, Marianne attendait, presque avec impatience, l’avis de son amie sur ses souhaits. Une point lumineux s’était allumé en son esprit, et elle devait coûte que coûte attiser cette petite flamme, si elle voulait que celle-ci grandissent encore.

Mais Victoire semblait comme hésitante, malgré la franchise de son regard. Elle garda le silence quelques instants, laissant le temps à la jeune duchesse de Bouillon de l’observer.
Victoire avait pour Marianne cette particularité de ne pas laisser transparaître ses pensées, et son ami, perplexe, jeta un regard à la dérobée, alors qu’elle s’éloignait de quelques pas.

Les nuages s’amoncelaient dans le ciel gris, et une bourrasque vint bruisser dans les bosquets, alors que la jeune femme s’enveloppait de son épaisse cape. Quoique que Victoire pu en penser, Marianne saurait trouver une parade, et rien ne pourrait l’empêcher d’aider silencieusement son amie.
Ces dernières semaines à Versailles avaient été trop calmes, et un brin de fantaisie dans son quotidien ne pouvait que lui plaire.
Et si le but de cette fantaisie portait le nom de Longueville, rien ne pouvait plus convenir à la jeune Bouillon.

Elle se retourna alors vers Victoire, et leur regard se joignirent, échangeant une plus grande franchise.


-Ma chère, sachez que j’apprécie votre dévouement, et votre aide m’est infiniment précieuse. Mais je crains que de se servir de ce prince de Neufchâtel ne soit une mauvaise idée.

Marianne retint une légère moue. Si elle avait pu mêler Neuchâtel à cette affaire, l’intérêt de celle-ci aurait augmenté ! Victoire venait d’évincer ce mince espoir.

-Qu’en serait-il de notre réputation si l’on apprenait que j’ai quelque relation avec lui ?

Je sais que vous ne craignez rien, que vous n’êtes pas aussi craintive que moi pour votre réputation.


La jeune femme eu un sourire compréhensif à ces paroles, et malgré l’honnêteté brusque de Victoire, elle ne pouvait lui en vouloir. Elle sourit largement, et émit un petit rire comme pour rassurer son amie sur ses dires.

Elle touchait la vérité, comme toujours, et sa nature franche n’était jamais tombé en disgrâce aux yeux de Marianne. Il était vrai que Marianne ne craignait moins pour sa réputation. Celle-ci grondait dans les couloirs du château, des bouches médisantes de courtisanes jalouses ou malintentionnées.

La duchesse de Bouillon veillait à ce que son attitude soit quotidiennement irréprochable, et jamais celle-ci n’avait été décriée. En revanche, sa langue était parfois acerbe, et ses mots trouvaient aisément des ennemis, qui ne tardaient pas à déverser leur propre venin sur le dos de la jeune femme.
Néanmoins, tant que son attitude restait sans défaut aux yeux des plus importants, elle ne saurait être inquiétée de cela. Elle savait par ailleurs jouir pleinement de cette position, détournant souvent les soupçons de sa personne, en utilisant quelques courtisanes en manque de reconnaissance, et prête à se faire couper en morceau pour un mot agréable de la reine des salons, et amie de la Fontaine. Rien ne pouvait plus faire plaisir à Marianne que cet ascendant qu’elle possédait sur ces petits esprits.

Victoire, par cette phrase emplie de franchise, avait prouvé à Marianne combien elle la connaissait, et en aucun cas elle ne pouvait lui en tenir rigueur. Au contraire, ce trait dévoilé l’amusa.


-Vous êtes entièrement dans le vrai, Victoire ! Il arrive que le nombre d’ennemis augmente avec les rumeurs qui circulent. Croyez bien que je ne pourrais accepter cette réputation, si les personnes qui sont chères à mon cœur ne me connaissaient telle que je suis !

-Pardonnez-moi, ceci n’était en rien une critique. Au contraire, j’aimerai me sentir aussi détachée que vous, à propos de ma réputation.

-Ne craigniez rien, Victoire ! Rien ne m’est plus précieux que votre franchise envers moi !

-Quoi qu’il en soit, je ne pense pas que ce soit une bonne idée. Autant pour vous que pour moi. Si votre mari apprenait cela, il entrerait dans une terrible colère. Je ne connais pas suffisamment sir Norfolk pour savoir ce qu’il ferait si jamais mon nom vous serait associé dans une telle entreprise, mais je ne doute pas qu’il serait affreusement déçu. Je me dois de lui faire honneur.

-Je comprends vos réticences quant à votre mari, Victoire, et sachez bien que je ne veux en aucun cas vous forcer la main ! Vous connaissez mon esprit vagabond, surtout lorsque l’affaire touche des personnes auxquelles je porte peu d’estime.

Le sourire de Marianne s’était légèrement effacé, malgré le regard amical qui brillait dans ses yeux.
Ainsi, Victoire souhaitait laisser cette situation en l’état ? Elle comprenait les craintes de son amie, mais pour la jeune femme, rien n’était plus odieux que de savoir sans agir.
Il fallait évincer la sœur Longueville ! Victoire semblait trop souffrir de cette situation pour que Marianne ne l’y laisse seule.
Elle craignait même que celle-ci n’empire si personne n’y prêtait attention.

Marianne détourna un instant le regard de Victoire, et fit quelques pas silencieux autours du petit bosquet de buissons qui les cachaient aux yeux des promeneurs éventuels.
Elle ne lui tenait aucune rigueur de cette appréhension à être mêlée à son nom dans cette affaire, mais l’idée de voir cette petite flamme s’amenuiser la vexait.

Elle se retourna à nouveau vers Victoire, et lui sourit amicalement, se rapprochant d’elle.


-Mon mari est lassé de mes petites affaires, et aucune colère ne vient, tant qu’elles ne débordent pas des limites que je me fixe. Je reste bienséante, vous le savez !
Mais encore une fois, je comprends tout à fait votre appréhension, et ne vous inquiétez en aucun cas, vos mots ne me blessent absolument pas, Victoire ! Vous savez que l’affection que je vous porte est assez forte pour écouter vos vérités !
j'aime votre franchise, et accepterait toute vérité de votre bouche, Victoire.


Elle eut un petit rire, comme pour cacher ce que son esprit fomentait à l’instant, mais ses paroles avaient un accent de sincérité profonde.
Tout en parlant à Victoire, cette petite flamme s’était ravivée, comme miraculeusement. Elle avait entrevu le visage de Paris de Longueville, cher être détesté entre tous, et le sourire fielleux de sa sœur. Elle ne pouvait laisser ce couple impuni, et l’envie de les doubler était plus forte.

Victoire refusait cette aide ? Marianne ne pouvait cependant accepter cette décision, tant les traits attristés de son amie l’avaient précédemment bouleversée. Elle ne dirait rien à son amie, mais l’œuvre se ferait néanmoins.

Un court silence suivit ses paroles, pendant lequel Marianne songea à sa propre situation. Elle ne pouvait laisser son amie quelques mois, si son mari venait à se rapprocher plus encore de la duchesse de Longueville. Cette idée l’effraya presque, et petit à petit, des images vinrent s’ajouter, illuminées par la petite flamme qui vacillait dans son esprit.


-J’espère cependant de tout cœur, Victoire, que cette situation s’arrange au plus vite. Peut-être devriez-vous en parler au duc de Norfolk ! Il est votre époux, et l’affection que vous lui porter saura sûrement excuser ces petites questions que vous pourrez lui poser !

Elle lui prit affectueusement le bras, et l’entraîna à pas lents en dehors du bosquet. Un sourire étira à nouveau ses lèvres de la jeune femme, alors qu’elle jetait un œil brillant sur son amie.

-Venez, j’ai peur que la pluie ne nous surprenne ! Je vous fais décidément sortir par un temps exécrable !

Par ailleurs, Victoire… j’ai une nouvelle à vous annoncer !


Un large sourire fendit le visage de Marianne, alors que les deux jeunes femmes disparaissaient derrière une allée de buissons épais.

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