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 Et bien, complotons ! (Cédric de Portau)

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MessageSujet: Et bien, complotons ! (Cédric de Portau)   Et bien, complotons ! (Cédric de Portau) Icon_minitime27.08.09 22:13

Et bien, complotons ! (Cédric de Portau) IslagurlEt bien, complotons ! (Cédric de Portau) Icgreene01
(c)Islagurl et Unknown


Tout vient à point à qui peut attendre.
[Clément Marot, Chansons]



Gabrielle de Longueville chassa une mouche imaginaire d’un geste de la main. La chaleur était proprement insupportable. La jeune femme poussait à intervalles réguliers des petits soupirs destinés à alerter sa chambrière, Perrine Harcourt, qu’elle désirait que celle-ci lui rafraîchisse le visage en passant un linge humide sur ses tempes. Allongée sur un divan, la duchesse avait ordonné que l’on ferme les volets du petit salon de repos dans lequel elle se trouvait et qu’on l’évente en permanence. Un jeune noir venu tout droit des Amériques se chargeait de cette mission d’importance. Mais rien n’y faisait. Gabrielle avait toujours l’impression d’étouffer. Des mains invisibles lui enserraient le crâne et oppressaient sa poitrine. Sa respiration restait difficile malgré tous les efforts que déployait Perrine pour que sa maîtresse se sente à son aise. Une fine sueur coulait sur son front et le long de son dos. Par lassitude, Gabrielle ferma les yeux. C’était ainsi à chaque jour chaud de l’année. Et quand ce n’était pas la température élevée qui l’indisposait, elle grelottait de froid malgré le feu de la cheminée et les épaisseurs de fourrure. La jeune femme se savait de faible constitution. Son corps de grande finesse ne supportait pas les conditions extrêmes du temps, ni les efforts physiques, ni même les souffles lourds des parfums et des bougies. La dernière fois que Madame de Montespan avait voulu montré à sa demoiselle de compagnie ce qu’était l’encens, ramené tout exprès de l’empire de Chine pour le confort de la dame, Gabrielle s’était sentie mal et on avait du lui amener les sels afin qu’elle ne perde pas connaissance. En cela, Athénaïs différait totalement de sa jeune amie. Un jour où la marquise avait entraîné les courtisans à l’Orangerie un jour d’intense chaleur, la totalité des dames de qualité corsetées et vêtues de plusieurs jupons avaient eu des vertiges et s’étaient arrêtées sur les bancs afin de pouvoir se remettre. Seule la Montespan avait continué à avancer sans paraître le moins du monde gênée par les fortes senteurs de parfums qui s’entremêlaient, à la grande admiration des hommes qui l’accompagnaient. De toute manière, songea Gabrielle, quelqu’un qui peut supporter sans se plaindre l’odeur affreuse de l’encens peut tout subir sans dire un mot.

- Désirez-vous que je vous apporte des rafraîchissements, madame ? Le cuisinier de votre frère a fait des sorbets que vous apprécierez sûrement.

La duchesse de Longueville refusa d’un geste.

- Le maître d’hôtel les proposera lorsque monsieur de Portau sera présent.

Le solide normand qui travaillait pour Charles-Paris de Longueville n’avait certes pas le talent du maître cuisinier de l’oncle Condé. Vatel était réputé dans tout le royaume pour sa crème glacée à la vanille et la crème légère qu’il avait inventée et appelée, du nom du château dans lequel il exerçait ses services, « crème chantilly ». Mais le comte de Gan ne ferait pas le difficile devant des sorbets froids en ce temps d’extrême chaleur. Gabrielle avait envoyé un message cacheté à Cédric de Portau dans la matinée pour l’inviter courtoisement à lui rendre visite au cours de l’après-midi. Elle serait ravie de lui offrir une collation en son hôtel de la rue Saint-Antoine. La jeune femme affectionnait particulièrement le comte, ami fidèle de son frère de cœur, Hector de Valois. Mais ce n’était pas pour le simple plaisir qu’elle souhaitait le rencontrer. Elle le savait à Paris et comptait bien profiter de cette occasion pour prendre des nouvelles de l’action qu’ils menaient pour renverser le roi Louis. En l’absence d’Hector, parti dans des terres en province, Cédric prenait la tête du complot. Hélas, Gabrielle craignait que rien ne fut vraiment avancé. Au début, elle pensait se rendre dans l’hôtel particulier du jeune homme mais elle s’était résignée à l’appeler en songeant à ce que pourrait penser les parisiens en voyant un carrosse blasonné aux trois fleurs de lys, signe des princes de sang, arriver chez un simple comte de petite noblesse. Un jour, peut-être, Cédric aurait un rang plus élevé…
Un laquais pénétra dans la pièce sombre et déclama d’une voix forte :

- Monsieur le comte de Gan se trouve dans le hall. Madame souhaite-t-elle que je le fasse pénétrer dans le salon de réception ou préfère-t-elle ne pas le recevoir ?
- Mais enfin quelle heure est-il ? Quatre heures ? Pourquoi arrive-t-il donc si tôt ? Je ne suis point prête à l’accueillir !

Brusquement remise, Gabrielle se redressa et tapota dans ses mains pour donner ses ordres.

- Que l’on le fasse patienter dans le hall et qu’il prenne son mal en patience. Ouvrez les fenêtres, je veux le recevoir dans le salon de repos. Perrine, aide moi à enfiler une robe d’intérieur…
- Mais Madame, une robe d’intérieur alors que vous rencontrez un homme, n’est-ce pas indécent ? Protesta Perrine Harcourt.
- Fais ce que je te dis. Mais enfin, continue à nous éventer, ne vois-tu pas la chaleur qu’il fait aujourd’hui ?

Avec un extrême rapidité, Gabrielle ôta sa robe de cour et enfila une tenue légère et simple qui était réservée aux soirées entre intimes. Les rayons brûlants du soleil entrèrent alors dans la pièce. Recoiffée et repoudrée par une Perrine efficace, la jeune duchesse se rassit sur son divan alors que le noir continuait à agiter de haut en bas la prétendue feuille de palmier pour la rafraîchir. Gabrielle hocha alors la tête pour affirmer que l’on pouvait désormais introduire monsieur de Portau. Elle l’attendait avec une impatience croissante et paraissait avoir oublié que le jeune homme était arrivé trop tôt et qu’il l’avait surprise alors qu’elle prenait du repos. Elle demanda aux jeunes servantes qui l’entouraient de partir. Quant à Perrine, elle lui faisait confiance pour cela, elle écouterait la conversation à travers la porte tout en chassant les malotrus. Seul le jeune noir d’Amérique continuait en silence.
La porte s’ouvrit alors et le laquais laissa passer l’invité en annonçant :

- Monsieur Cédric de Portau, comte de Gan.

Et il referma la porte. Gabrielle se leva pour saluer Cédric :

- Monsieur, vous me voyez enchantée de votre venue. Je vous en prie, asseyez-vous sur cette banquette. Je vais demander que l’on nous apporte des rafraîchissements.
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