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 [Salon Apollon] Une audience de haut rang [Thomas]

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Louis XIV

« s i . v e r s a i l l e s »
Côté Coeur: Belle et douce Amy, l'unique. Peu importe mon alliance ...
Côté Lit: Avec ma femme au nom du devoir conjugal, avec la Reine de mon coeur au nom d de l'amour
Discours royal:



ADMIN ROYAL
L'Etat, c'est Moi

Âge : 28 ans
Titre : Roi de France
Missives : 1184
Date d'inscription : 26/08/2006


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MessageSujet: [Salon Apollon] Une audience de haut rang [Thomas]   [Salon Apollon] Une audience de haut rang [Thomas] Icon_minitime21.06.09 1:20

La bienséance. A Versailles, voilà le mot qui revient à chaque pas de chaque courtisan. Ici tout est codifié, au nœud près sur une robe pour être à la mode. Ici, tenir un bougeoir pour le coucher du Roi relevait de l'honneur, une distinction pour la personne auprès de sa majesté. Cette entière soumission à la volonté royale concernait autant les aristocrates de la cour que les ambassadeurs et les plénipotentiaires des puissances étrangères. Tous savaient que chaque détail d’une cérémonie était la marque d’une faveur. Tous se devaient de se soumettre à la volonté de Louis XIV et d'être impressionné par ce jeune homme ainsi que par son château et cette façon d'être reçu. Cela paraissait surfait aux yeux de certains, une marque d'un narcissisme absolu mais cela allait bien au-dessus de tout. Si Louis continuait cette volonté d'appliquer un règlement de Cour amélioré au fil des monarques depuis Henri III, lui l'avait élaboré pour tenir en joug chaque personnalité, ou presque. Il ne fallait pas être stupide pour deviner d'où cette volonté d'asservir la Cour venait. Ceux qui ne le savent pas, l'épisode de la Fronde, des princes rebelles et de l'exil à quitter Paris pour retourner à Saint Germain, partager la même chambre que son jeune frère et que la plupart de la noblesse fidèle dormait sur des lit de paille pour un peu plus de confort mais les décorations bien vides sur les murs et les pièces tandis que Paris se levait contre le pouvoir. Il y avait de quoi en avoir peur, craindre du pire et dans la tête d'un garçon d'une dizaine émergeait une idée qui fit son bout de chemin : lui seul sur le trône, personne ne viendra entraver son règne. Pas de Condé ni de Vendôme, juste lui seul et eux à sa merci. Tout cela avait mûri au fil qu'il grandissait, il avait mis l'idée en place, durcissait les règles au fil du temps et son frère le mettait en pratique avec ardeur. Voilà comment il gérait d'une main de fer dans un gant de velours toute cette population aussi richement paré, aussi futile que dangereuse. Et puisqu'il était aussi prudent qu'intelligent, il voulait se prémunir d'une nouvelle Fronde. Qui oserait s'élever face un homme avec tant de poigne ? Il n'était pas sa mère, bien qu'elle fut « un grand roi » comme il l'a dit lui-même mais bien peu expérimentée en la matière, ni son père, trop occupé par ses problèmes personnels. Il se voulait plus grand et plus soucieux de sa sécurité. Voilà aussi pourquoi Versailles et non le Louvre ou le Palais Royal. Le peuple parisien lui aussi s'était révolté, trop rebelle, trop crève la faim pour qu'il soit vu. Versailles, construit de toutes pièces sur un marécage, la ville s'est aussi construite, pas véritablement plus riche mais celle ci n'encerclait pas le domaine et était trop peu nombreuse pour tenter quoi que ce soit.

Tout cela pour dire qu'à Versailles, tout était dans l'intérêt de bien se conduire pour les uns et de bien recevoir pour les autres. Et aujourd'hui, une audience particulière aurait lieu, le monarque était maître dans l'art de recevoir des ambassadeurs. Cela ne l'inquiétait pas plus que cela, rien ne serait chamboulé dans sa journée. Ni son lever en grande pompe, ni son Conseil de onze heures et encore moins son déjeuner qu'il partagea avec son épouse ainsi qu'avec son frère ne furent perturbés. La promenade non plus, dans les jardins qu'il adorait admirer accompagné de Le Notre dont les mots pour décrire ses bosquets ressemblaient à de la pure prose. Jamais seul, Louis savait toujours bien s'entourer pour entendre les conversations, les bons mots et s'en amuser. Aujourd'hui, rien de bien faramineux, rien de nouveau ces derniers temps et les dames n'allaient certainement pas parler de Mlle de Leeds, maitresse du Roi, objets de tous les ragots et médisances. Gare au sot à la gaffe, il en serait châtié, peu importe son rang. Quand l'après midi se prolongeait, il retournait à ses appartements se changer pour recevoir cette fameuse audience.

A dix sept heures sonnantes fut celle de l'entrée de ce visiteur. Sir Thomas of Norfolk, ambassadeur tout droit arrivé de la Cour d'Angleterre pour l'entente cordiale entre les deux royaumes, liés dans le sang puisque la princesse Henriette avait épousé le prince Philippe et qu'une descendance se fit malgré les tendances de son frère. L'Angleterre et la France, ennemis de toujours, ont réussi enfin à trouver, pour le moment du moins, un terrain d'entente pour ne pas faire la guerre, du moins ne pas se la faire. Chacun y voyait des intérêts d'avoir une armée aussi puissante comme alliée. Oh, pas pour tout de suite mais l'Histoire se veut belliqueuse, l'avenir saura se prémunir de ses alliances. Charles II était après tout un cousin puisque sa mère fut la fille d'Henri IV, une de ses tantes donc. Quoi de plus normal de bien s'entendre dans une famille. Tout deux aussi se ressemblaient puisqu'ils couraient dans la même tranche d'âge, Charles seulement plus âgé de huit années, donc des monarques jeunes et frais dans cette Europe vieillissante, à l'âme conquérante, aussi bien de terres que de femmes; tous deux aussi marqués par des révoltes et un exil, ils se ressemblaient dans les grands traits. Et, d'après ce qu'il savait de l'ambassadeur dont les pas s'entendaient derrière la porte, le jeune homme fut bien choisi pour ses grandes qualités aussi bien diplomatiques qu'artistique, tout pour plaisir à sa Majesté, qui aimait qu'on le flatte, parler avec des gens intelligents et partager sa passion pour l'art. D'autant que certains le disaient excellent chanteur, si cela s'avérait vrai, il pourrait être une belle distraction. Enfin chaque chose en son temps et tout d'abord impressionner l'invité par la splendeur du Château puis de l'accueil. Comme le voulait la tradition, les huissiers ouvraient les deux battants de porte, signe de haut rang, et un autre scanda le nom du jeune homme avant, enfin, son entrée.

Louis, assit droit sur son trône richement décoré d'or, fixa de ses yeux bleus la fine silhouette qui apparut. Pour tout avouer, il ne s'attendait pas à voir un être si mince, si finement constitué, il en était presque à se demander comment ce garçon avait pu survivre à la traversée en mer, doublée de la route menant à Versailles. Un court instant, ce garçon ne payait pas de mine mais à la réflexion, les apparences sont trompeuses. Le monarque observa la posture, la démarche, les yeux à la fois sérieux et mélancoliques. Et puis, on le disait un bourreau de travail, préférant son cabinet ou sa bibliothèque que les lits et jupons des dames, il était bien rare de voir un garçon aussi peu penché sur le pêché de la chair et y préféré la compagnie des livres. Ce Thomas serait d'autant plus intéressant lorsqu'il pourra enfin s'exprimer après sa révérence que Louis stoppa d'un geste de la main pour le regarder d'un peu plus près et non courbé en deux. Un silence de quelques longues secondes se fit, au Roi de France de parler le premier comme le voulait encore une fois l'étiquette, que Norfolk semblait connaître par coeur puisqu'il attendait que cela se fasse. Toujours assis, l'air impassible dans ses beaux habits et l'air si sérieux pour un jeune homme si jeune, Louis coupa court à cette absence de mot pour accueillir son invité avec un signe de la tête.
    « Sir, il est un plaisir de recevoir un ami de mon cousin sa Majesté Charles II et d'en avoir de ses nouvelles. Soyez le bienvenu et sachez que vous serez traité comme il se doit de votre rang. »
Si le Roi aimait les bons mots, les mots d'accueil les plus sobres sont souvent les plus efficaces. Sir Thomas, si proche du roi d'Angleterre, devait vivre comme un prince, sans réellement jouer sur les mots, et il était donc normal qu'ici aussi, il en soit de même. L'ami d'un cousin était aussi un ami après tout. Il avait tout de même hâte de l'entendre parler, pour écouter enfin ce garçon où tous disaient tant de bien de par sa diplomatie, son amabilité et ses jolies tournures de phrase. Au moins une personne intéressante à écouter dans l'après midi, cela ne se refusait absolument pas.

______________________



« C'est toujours l'impatience de gagner
qui fait perdre. »
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MessageSujet: Re: [Salon Apollon] Une audience de haut rang [Thomas]   [Salon Apollon] Une audience de haut rang [Thomas] Icon_minitime17.07.09 18:52

[Le bac et une semaine de vacances imprévue et de laquelle je viens de rentrer m'ont empêchée de finir mon message, que j'avais commencé avant de me faire littéralement harponnée par les épreuves What a Face ^^ Enfin, c'est enfin achevé, et je tiens à assurer que ce ne sera plus si long, j'avoue avoir eu du mal à entrer en matière. Bref ! salutations et respects ! Wink ]


" My lord, my lord, please, wake-up ! "

La vieille matrone écossaise qui officiait en tant que gardienne de son manoir français de Belle-Isle trempa d'une main fébrile un mouchoir de soie fine dans une lotion d'eau de bleuet et tamponna non sans une tendresse et un respect tout maternels le visage pâle de son maître, soucieuse de le tirer bien plus rapidement de son sommeil de plomb. Comme il l'avait lui-même ordonné en pressentant l'assoupissement le gagner, il lui fallait être réveillé vers 13 heures le lendemain, afin d'avoir le temps de s'apprêter correctement pour la grande rencontre qui allait se produire ce jour suivant : une entrevue avec le roi de France en personne, ce Louis le Quatorzième dont tout un chacun lui avait fait le récit de rumeurs et de jugements les plus incroyables les uns que les autres... En bien tout comme en mal, d'ailleurs !

Comment ne pas songer aux réflexions grinçantes et farouchement hostiles de sa jeune amie Gabrielle, qui perçaient avec une ironie assassine dans leur correspondance assidue, et à laquelle Thomas goûtait tant ? Ah, pour sûr, Mademoiselle de Longueville s'était depuis toujours fait un devoir d'avilir avec un acharnement qui frôlait parfois la haine cet homme tant honni par ses détracteurs, qui eux-mêmes ne pouvaient réprimer avec une hypocrisie et une faiblesse consommées et méprisables un frémissement craintif et admiratif lorsque le héraut annonçait d'une voix de stentor Sa Majesté ! Si un courtisan s'avisait de questionner perfidement le duc de Norfolk sur un éventuel comportement similaire à l'égard de Charles II, l'ambassadeur et maréchal d'Angleterre ne pouvait s'empêcher d'offrir à son interlocuteur un rictus un rien condescendant devant l'innocence frisant la niaiserie qui filtrait de ce genre de personne, qu'il devait hélas côtoyer bien souvent lors d'interminables banquets honorifiques. " Mais Monsieur, tel attitude est effective aussi bien à la Cour de France qu'à la Cour d'Angleterre, ainsi qu'au sein de toutes les Cours royales existantes et imaginaires. " Et lui de rincer ce goût amer qui envahissant sa bouche sèche, par une rasade d'eau citronnée et mentholée scintillant dans un verre de cristal...

Les traits fins de Sir Howard eurent un léger tressautement, et bientôt le jeune homme étira son corps leste avec la souplesse et la sensualité d'un chat, avant de sauter hors de son lit d'un mouvement énergique et preste. Il offrit un sourire chaleureux à sa bonne Sorcha, la remercia d'un petit hochement de la tête qui fit dodeliner ses boucles brunes, et se dirigea vers un charmant petit salon attenant où une abondante collation lui était servie. Son estomac vide depuis deux jours se mit à rugir avec une colère comique, et tout en portant une main réconfortante sur son abdomen, Thomas consola enfin son ventre en dévorant littéralement mais tranquillement un bon tiers de la corne d'abondance sur la table basse devant laquelle il était confortablement assis dans un énorme et protecteur fauteuil revêtu de velours vert sapin. Absolument toute la nourriture provenait de ses terres françaises, que ce fut de la petite baronnie normande de Beaumont, ou de la poignée de paysans qui oeuvrait sur son petit domaine de Belle-Isle. Du miel, de la confiture, du pain aux céréales à la mie si foncée comme il l'aimait, du lait de chèvre pour la digestion délicate du jeune duc, autant de choses délectables qui ne méritaient pas d'être qualifiées de mets, mais qu'il préférait davantage à toutes les folles inventions culinaires des cuisiniers royaux dont la vue et le fumet lui soulevaient le coeur.

Charles aimait à le taquiner en arguant du fait que c'était là, encore, la preuve de cette méfiance instinctive et inébranlable que Thomas manifestait envers tout et n'importe quoi... Ce qu'il reconnaissait avec une sorte d'indifférence, en soupirant que la prudence était une des vertus les plus salutaires qui fussent pour l'homme qui savait déjà la sentir, et ensuite s'y conformer sagement. Et après tout, n'était-ce point pour cela que Thomas Howard était tant loué par tout un chacun ? En effet, la méticulosité, la patience, la vigilance, la prévoyance, la réflexion et la discrétion, voilà tout ce qui faisait l'unanimité chez cet homme de vingt-six ans, ambassadeur ponctuel pour son Roi par sa personnalité cosmopolite, et surtout maréchal du royaume, qui n'avait point attendu d'hériter de la charge pour prouver sa valeur sur le champ de bataille... Mais trop de circonspection menait fort souvent, hélas, à un comportement maniaque et perfectionniste quasiment destructeur, qui plombait certes fugacement l'humeur du duc de Norfolk, mais n'allait pas, heureusement, jusqu'à ruiner ses actes et ses projets.

Avec une ponctualité toute britannique, l’ambassadeur d’Angleterre franchissait le seuil de l’antichambre du Salon d’Apollon, le lieu de rendez-vous qui avait été convenu par Sa Majesté même, et qui offrait au moins l’avantage de n’être point trop lourdement écrasé par un luxe si tapageur, que la grandiloquence qui en aurait résulté aurait plombé mieux que les mines ridiculement enfarinées des courtisans et outrageusement rougies des dames - ?! – cette entrevue royale. Le duc se sentait scruté sous toutes les coutures par tout un chacun, qu’ils fussent courtisans ou de discrets domestiques qui faisaient parfaitement tapisserie, et ignorait superbement les murmures empressés qui fusaient à son passage. Oh, il parvenait parfaitement à reconstituer le fond de ces verbiages futiles et le plus souvent follement tissées de sottises mirifiques à son propos. Le plus croustillant était de ressasser toutes les idées reçues que tout un chacun se faisait sur « les Anglais » (à prononcer avec un ton traînant, assez éloquent sur l’instinct français incompréhensiblement toujours si hostile à l’égard de leurs cousins d’Outre-Manche… ce qui d’ailleurs était vérifié à l’inverse !), puis, après avoir bien exposé avec un air que l’on voulait fin et spirituel toutes les tares de ces « Aaanglais », les comparer soigneusement à l’exemplaire qu’ils avaient sous les mirettes.

A vrai dire, ce Lord Howard correspondait parfaitement à l’être à l’air si inaccessible et froid que se devait être le spécimen typiquement britannique ; un visage à la beauté lisse, cependant sans la moindre expression qui viendrait froisser ces traits si fins et réguliers, et dont la pâleur charmante ne rosissait point à la vue des regards emplis de convoitise ou de simple curiosité que la gente féminine décochait à ce séraphin somme toute tout à fait commun quant à sa beauté classique, mais dont l’attitude et le regard en révélaient bien plus long… si tenté est que le jeune homme voulût bien régaler ses spectateurs d’une infime part de son attention, qui semblait tout accaparée par « on ne savait quoi » (comme si une rencontre avec le roi était un fait totalement anodin, comme de prendre le thé avec son intendant, ou boire une bolée de cidre avec un vieil ami d’enfance… surtout lorsque l’on est maréchal d’Angleterre, diplomate, et à moitié sujet de l’homme royal avec qui il fallait absolument traiter d’un ouvrage de paix – ou tout du moins, d’entente…). Autant de vanités blessées que le duc de Norfolk foulait inconsciemment au pied, d’un pas paisible et mesuré, révélant assurance mais non point arrogance ou insouciance ; ç’aurait été folie de considérer sa mission comme un jeu d’enfant, toute cette affaire entre la France et son pays était loin d’être réglée, surtout qu’elle n’en était encore qu’à ses prémisses !

Dix-sept heures moins une minute, Thomas Howard stoppait son pas lent et léger devant la porte somptueusement sculptée du Salon d’Apollon qui faisait office de véritable Salle du Trône. L’air songeur, il constata avec une attention plutôt incongrue dans pareilles circonstances que chaque objet, chaque élément quels qu’ils fussent étaient prétexte à créer de magnifiques oeuvres d’art commandées à la talentueuse cohorte d’artistes et d’artisans que Louis XIV entretenait généreusement, fidèle en cela à sa réputation de grand mécène que la construction de Versailles avait largement justifiée. Enfin ! Les premiers battements de clochettes des horloges d’or, splendeurs d’orfèvrerie, se firent entendre et dans le même temps les deux battants de la porte du Salon s’ouvrirent comme par magie devant le duc de Norfolk, dont on déclina l’identité d’une voix forte et trop déclamatoire, ce qui ne manquait pas d’agacer légèrement le jeune diplomate, qui n’en montra toutefois rien, se bornant à observer comme toujours cet air sérieux et majestueux qui lui étant naturelle, devait rompre agréablement avec toutes ces mines savamment composées, mais dont il ne fallait attendre nulle sincérité.

Chez Thomas Howard, il n’était point question de mystification, de malveillance ou de duplicité ; son attitude semblait être transparente, comme si tous ses gestes, regards et paroles soufflaient clairement à autrui que son intention n’était certes pas de tromper hypocritement, mais d’user d’une franchise aussi rare que dépourvu d’âpreté, habilement nimbée d’une délicatesse et d’une amabilité pure, sans calcul aucun. Un véritable gentleman, qui préférerait se couper les veines plutôt que de trahir, même un parfait inconnu. Un homme de valeur, et qui les nourrissait sans les napper de trop d’emphase qui gâterait tant de noblesse d’esprit et d’attitude.

Une fraction de secondes de silence, où le duc de Norfolk s’avançait à pas comptés, parfaitement conscient d’être en cet instant précis la cible de mire de tous, et, angoisse suprême, celle du roi de France ! Angoisse qui n’en était point vraiment une pour le diplomate, qui avait depuis sa prime jeunesse usé ses fonds de chausses dans un nombre incalculable d’antichambres fastueuses et diverses, participant en douce à ces mêmes réunions politiques auxquelles il devait participer dans le futur comme un membre éminent. Et puis, ce n’était point la première fois que cet ambassadeur à ses heures perdues rencontrait une tête couronnée… bien que celle-ci l’impressionnât davantage que toutes autres. Cette Majesté magnifique, telle une statue marmoréenne sise royalement sur son trône ne déparait pas à cet hommage ! Son large chapeau à plume blanche à la main, Thomas Howard s’apprêtait à réviser sa parfaite maîtrise et aisance de l’étiquette lorsqu’à sa plus grande surprise, il fut fermement interrompu par l’ordre plutôt inhabituel de Louis Dieudonné.


« Sir, il est un plaisir de recevoir un ami de mon cousin sa Majesté Charles II et d'en avoir de ses nouvelles. Soyez le bienvenu et sachez que vous serez traité comme il se doit de votre rang. »

Ce à quoi le duc de Norfolk répondit tout de go avec un délicieux sourire espiègle, et qu’il aurait eu tort de ne point se permettre tant cette petite audace conférait à ses yeux un éclat allègre qui invitait instinctivement et cordialement le plus hostile de ses interlocuteurs à une détente immédiate.

« Votre Majesté, à laquelle j’ai l’heur et l’honneur d’adresser les respects et les vœux d’amitié de l’Angleterre pour la France, devra malheureusement composer avec les hommages personnels et respectueux que je me compte lui faire, quoi qu’il m’en coûte. »

Réalisant son propos en exécutant une profonde révérence admirablement empreinte d’une grâce avérée de danseur, la silhouette fine toute vêtue d’une tenue des plus sobres, d’un velours bleu nuit que réhaussait avec un goût appréciable et une distinction toute aristocratique la broderie discrète d’arabesques d’argent et d’or, ainsi que d’une broche ornée de trois petits lions d’or soutenus par un lis de cristal – le jeune homme se redressa avec un naturel désarmant, et qui avait le don de dédramatiser quelque peu l’ambiance pesante et ô combien trop solennelle qui planait dans le Salon d’Apollon. Une aisance tranquille et qui irradiait une politesse à la fois raffinée et authentique, et que l’on ne pouvait confondre avec de l’affectation ou de la désinvolture. Sa voix veloutée, véritable caresse à l’oreille, exprimait un français parfait, sans le moindre accent.

« Car ni la naissance, ni la charge, ni la faveur ne peuvent avoir prééminence sur les respects dus à un souverain légitime. Et a fortiori lorsque ce dernier se révèle être un des êtres les plus puissants qui soient. Par un accord tacite qui fait la hiérarchie et l’harmonie parmi les hommes, chaque rang se doit d’être certes respecté ; cependant en manquant au vôtre, je manquais au mien. Puisse Sa Majesté pardonner à une offense protocolaire qui aurait été a contrario celle de l’honneur. »

Le jeune homme à la courtoisie enjouée mais toujours mesurée avait de nouveau fait place à l’homme sage et sérieux, et le doux regard mélancolique avait retrouvé sa gravité et sa réserve mystérieuse et toute anglaise. Il y avait un temps pour le badinage, un autre pour les affaires diplomatiques. Ceci ne constituait qu’une entrée en matière, il fallait à présent tailler subtilement mais certainement dans le vif du sujet.
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