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 (Gascogne) La rancune reste au delà de l'amour fraternel [TERMINE]

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MessageSujet: Re: (Gascogne) La rancune reste au delà de l'amour fraternel [TERMINE]   19.02.10 22:15

    - Tout de même partir pour Versailles maintenant, ce serait imprudent. Vous avez besoin de repos tous les deux.

    - Douteriez-vous de nos capacités physiques ? Je serais prêt à partir combattre si on me l'ordonnait ! Et Philippe aussi, j'en suis sûr. Après tout, son direct du droit, même si après coup je ne l'avais pas volé, il était suffisamment puissant pour assommer un espagnol avec embonpoint sur le fait ! Vous vous inquiétez pour rien !

    Tandis que Grégoire avait servir à Alexandre un plateau de nourriture que l'aîné engloutissait avec ferveur, le temps passait doucement. Les deux hommes avaient rejoint la cuisine car le mousquetaire avait été pris d'un creux et comme tout homme, il ne pouvait réfléchir l'estomac vide. Enfin vide... pas tant que ça tout de même... Dehors le temps s'éclaircissait. En son for intérieur, il voyait ça comme un bon signe. Néanmoins, s'il n'affichait pas ses inquiétudes par fierté, il devait reconnaître que rien ne s'était déroulé comme il l'imaginait. D'abord il avait pensé trouver son père et finalement c'était son cadet qu'il avait découvert... Il s'était dit que Marine avait raison qu'il serait heureux de le retrouver et que ça primerait sur tout... Dire qu'il l'avait molesté comme jamais, qu'il avait refusé de le croire... il se sentait très mal à l'aise vis à vis de ça. Et même s'il essayait de relativiser avec un peu d'ironie et de dérison, il était rongé par l'inquiétude de savoir que son frère avait été seul à un moment où la présence de sa famille et de son frère aîné était capitale. L'épisode était difficile à vivre. Il allait laisser des marques, d'ailleurs, il faisait comme si rien ne s'était passé mais il avait une foule de questions, de doutes et de souffrances par "procuration". La fraternité, depuis la mort de leur mère, c'était tout ce qui leur restait. Charles ne faisait aucun sentiment, il était devenu un être glacial, distant, fermé à tout dialogue à tout épanchement verbal ou même amical. Alexandre se demanda comme il avait pu être son modèle... comment avait-il pu être autant aveuglé ? Et surtout comment pouvait-il avoir envisagé d'être identique à cet homme ? Il ne se l'expliquait pas.

    Une boule lui serra la gorge et il repoussa le morceau de pain qu'il mangeait, pas un geste qu'il aurait préféré ne pas faire. Grégoire le regarda. Il semblait avoir compris ce qu'il se passait. Depuis le temps qu'il les servait, il pouvait se vanter sans honte de les connaître sur le bout des doigts. Il ne dit rien, ce qui déplut à Alexandre. Il détestait les silences lourds de sens, parce que lorsque le propos était dit, il pouvait contrer. Or, lorsque tout était tu, s'il répondait pour se défendre il trahissait le fait qu'il avait vu ça comme une attaque et cela éveillait davantage de soupçons. Les choses dégénèreraient alors en une discussion à coeur ouvert, chose qu'il fuyait pas dessus tout. Mais le silence était pesant. Il fallait le combler. C'est à cet instant là que Philippe entra. L'aîné se leva, l'air grave. Il voulait que son frère se taise de peur d'essuyer un refus... pourtant, il allait bien être obligé d'entendre la réponse qu'elle lui plaise ou pas. Le deux premiers mots le soulagèrent, il venait ! La joie aurait pu être moins éphémère si la phrase s'était arrêtée là. Prenant soudain conscience qu'il allait y avoir une contrepartie, il ne se méfia par lorsque le cadet approcha et qu'il continua sa phrase. Son frère lui demandait l'impossible ! Il allait lui offrir un non catégorique lorsque son inspiration se transforma en cri de douleur. Ce fut si vif et si soudain qu'une assiette en terre cuite échappa des mains de Grégoire et se brisa en mille morceaux sur le sol de pierre. Le Mousquetaire avait fait un bond sous la douleur, il avait pâli et les larmes lui étaient monté aux yeux de façon si rapide qu'elle manquèrent couler. Il les retint mais adressa à son frère un regard assassin... puis il s'emporta :


    - Mais ça ne va pas ? Tu ne vois pas que c'est douloureux ? Espèce d'imbécile ! Tu es complètement malade, quelque chose ne tourne pas rond chez toi !

    Et sous la colère, il le poussa vivement pour l'éloigner de lui, le regard furibond et le visage rouge de colère. Vu la façon dont il l'avait éloigné, Philippe aurait pu tomber et se faire bien mal. L'aîné n'en départissait pas de sa fureur. Non seulement Philippe avait trouvé pile poil le point sensible mais en plus de ça comme un imbécile il venait de ne plus laisser aucun doute là-dessus ! Il se retenait de lui retourner une mandale mémorable. Comprenant que son frère le tenaitpar le bout du nez maintenant et qu'il avait un moyen de pression il enragea contre lui-même. Grégoire, qui était inquiet depuis que Philippe avait annoncé son départ prochain semblait troublé par la façon dont le Mousquetaire avait réagi. Il osa un regard vers son maître, un regard grave, préoccupé. Et fort heureusement pour lui, Alexandre était trop pris par sa mauvaise humeur pour le remarquer, car ça l'aurait agacé davantage ! Il lâcha une multitude de jurons aussi grossiers que blasphématoires tandis que Grégoire approcha de Philippe. Il n'avait pas besoin de parler, ils s'étaient compris. Le ton empleint de rancoeur et de d'entêtement amer, Alexandre lâcha :

    - Je rentrerais tout seul à Paris, alors ! Reste cloîtré dans ton château tout seul !

    Et il partit en claquant la porte.

    - Que Monsieur m'excuse si je suis téméraire, mais il est désormais urgent qu'il se fasse soigner... pour que ça soit si douloureux, c'est que quelquechose ne va pas... je n'ose même pas imaginer l'état de la blessure... je devrais appeler "ledit-tortionnaire"... il nous mettrait au courant... à cette heure-ci il doit soigner la goutte de ce malheureux Samuel.

    Samuel était un jardinier assez âgé, qui venait souvent tenir compagnie à Grégoire lorsque ce dernier restait seul. Le serviteur s'éclipsa un court instant et revint dans les cuisines avec le médecin. Ce dernier parut étonné :

    - Allons donc, ne me dites pas que vous avez essayé de vous entailler les veines ou de vous empoisonner !

    - Non, il s'agit d'Alexandre, qu'a-t-il exactement sur le flanc ?

    - Ah... je vois... c'est une vilaine blessure, faite à l'épée... Elle n'est pas une blessure habituelle car l'épée a été tournée dedans, surement par son propriétaire. L'intention de créer une blessure était bien là. Par chance, et on peut dire que vous en avez dans cette famille, aucune artère n'a été touchée... Les chairs se sont nécrosées et infectées. Un peu plus et pour lui c'était la scepticémie. Vous avez l'art de jouer avec votre vie dans cette famille... J'ai nettoyé comme j'ai pu. Je ne lui ai pas encore dit mais c'est profond, je devrais probablement avoir recours à une suture dans quelques temps. S'il accepte de se laisse faire. A ce propos, je pensais qu'un peu de "tranquilisant" dans sa boisson me permettrait de pouvoir le soigner sans être défiguré. C'est qu'il est vaillant, l'homme. Et que sa force héritée n'est pas que légendaire ! Gnôle ou eau peu importe, je suppose qu'il doit apprécier davantage la première !

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MessageSujet: Re: (Gascogne) La rancune reste au delà de l'amour fraternel [TERMINE]   27.02.10 23:53

    Cela n'était pas bien malin ce qu'il avait fait. Appuyer sur une blessure encore bien douloureuse, bond de douleur assuré. Et Alexandre, aussi fier qu'il pouvait être et le montrer, n'avait pas dérogé à la règle. Pire, il avait hurlé, bondi, pâli et presque pleuré. Oui, oui, les quatre à la fois. Autant dire qu'il devait avoir bien mal ! Mais pourquoi ne pas se faire soigner dans ces cas là ? L'aîné et le cadet se ressemblaient bien dans ces cas là, le médecin ne passe pas par eux, seulement à l'agonie et encore, ils auraient la force de se battre … Quelle tête de mule cette famille d'Artagnan ! Et quelle force aussi ! La réaction de son frère fut plus que violente, la façon dont il bouscula Philippe montra à quel point il avait mal. A sa blessure ou à son ego ? Les deux à la fois, Alexandre ne supportait pas que l'on le mette à nu, qu'on montre à jour ses faiblesses. Le cadet percuta un meuble mais rien de grave, juste un choc de la réaction de l'aîné. Il ne bougea pas, surpris par cette subite violence qu'il ne lui connaissait pas. Grégoire et lui se regardèrent puis le serviteur rejoignit son maître, inquiet de ce qui venait de se passer.

    « Je rentrerais tout seul à Paris, alors ! Reste cloîtré dans ton château tout seul ! »

    Voilà la phrase d'Alexandre avant de quitter la pièce, la porte en prit un coup. Les deux hommes restant se regardèrent. Philippe n'en revenait pas de la réaction de son aîné. Pour se mettre dans un tel état, il devait drôlement avoir mal. Le vieil homme semblait lire dans les pensées du Duc puisqu'il parla la premier.

    « Que Monsieur m'excuse si je suis téméraire, mais il est désormais urgent qu'il se fasse soigner... pour que ça soit si douloureux, c'est que quelque chose ne va pas... je n'ose même pas imaginer l'état de la blessure... je devrais appeler "ledit-tortionnaire"... il nous mettrait au courant... à cette heure-ci il doit soigner la goutte de ce malheureux Samuel. »

    Philippe acquiesça et s'assit sur une chaise pour se remettre du choc. Tout avait été violent, de la réaction quand il toucha la blessure, à la bousculade. Dans les yeux verts d'Alexandre, la colère et tant de choses négatives y étaient passées, Philippe eut peur qu'un instant, son frère le frappe à nouveau. Et là, il n'aura pas été du tout tendre ! Il resta pensif un long moment. Pourquoi s'être rabiboché pour être rejeté de la sorte ? Oui, il avait mal mais de là à une telle réaction !! Le jeune duc n'en revenait toujours pas … Pourquoi son frère ne se soignait-il pas ? Philippe était aussi bien malade mais quand on est au pied du mur, on ne peut faire autrement. Lui le savait bien, à l'époque où il cherchait ardemment la mort, il s'était blessé à plusieurs reprise, avait toujours refusé les soins mais on ne lui donnait pas le choix. Et si son frère avait quelque chose de grave et qu'il ne se soignait pas ? Le Duc se sentirait personnellement responsable d'avoir su et de n'avoir rien fait. C'est à ce moment là que Grégoire revint avec le médecin.

    « Allons donc, ne me dites pas que vous avez essayé de vous entailler les veines ou de vous empoisonner ! »

    A cette phrase, Philippe tira sur ses manches de manière instinctive. Il avait encore beaucoup de zones d'ombres dans son passé que personne ne connaissait et dont il ne voulait pas parler. Grégoire et le médecin parlèrent et tout ce qu'il retint c'est l'intention de la blessure, une possibilité d'infection, de septicémie, … Pour lui cela signifiait une possible mort ! C'est là qu'il se leva d'un coup de sa chaise, ouvrit la porte et courut en direction de la silhouette au bout du couloir. Philippe n'avait pas beaucoup d'énergie pour l'effort mais il donna tout ce qu'il pouvait pour rattraper son frère dont il hurla la nom.

    « Alexandre ! »

    Il manqua de trébucher sur un pavé mal placé mais continua sa course et redoubla d'effort pour arriver jusqu'à son aîné qu'il attrapa par l'épaule et se plaça face à lui. Essoufflé, il reprit sa respiration mais il n'avait pas beaucoup de temps, vu la colère de son frère, la patience ne devait pas être la qualité de l'instant.

    « Avant de partir …. Écoute moi un instant ... »

    Il prit une grande inspiration et planta son regard dans le sien pour bien se faire écouter et montrer sa détermination.

    « Tu te rends compte dans quel état tu te mets pour ta blessure ? Si tu te faisais soigner, cela serait fini … Je te laisserais pas entre les mains d'un boucher, ne t'en fais pas mais t'es tu entendu hurler ? T'es tu vu bondir lorsque j'ai touché la zone blessée ? Alexandre, tu dois te faire examiner !! »

    Un simple discours sur la qualité du médecin et la nécessité d'en voir ne suffirait pas, il fallait encore une fois se livrer. Philippe n'aimait pas trop en parler, il ne voulait ni faire pitié, ni quoi que soit. Il baissait alors les yeux et se mordit la lèvre supérieure avant de prendre une grande inspiration, une nouvelle fois. C'était parti pour les confidences.

    « Si tu ne te fais pas soigner, qui sait ce qui va t'arriver. Et quand je te dis que mon médecin est bon, je ne mens pas. Il m'a sauvé la vie à plusieurs reprises. La première fois, lors d'une pluie torrentielle, je suis resté dehors et j'espérais tomber malade. J'ai réussi à avoir une fièvre de tous les diables, j'ai déliré plusieurs jours et, même si à cette époque j'aurais espéré ne pas survivre, il m'a guéri à force de patience et de soins. La seconde, j'ai fait une mauvaise chute de cheval et je m'étais blessé au mollet. Je n'en ai pas parlé, fait des bandages de fortune et je me suis caché de tous. Quand j'ai commencé à boiter, Grégoire s'est inquiété, je n'ai pas voulu mais lorsque je n'ai pas pu me lever un matin, j'ai bien été obligé de voir le médecin. Grâce à Dieu, ou du moins à Grégoire, que j'ai pu garder ma jambe car, comme toi, j'ai laissé pourrir les chairs, il s'est manqué de peu de ne plus avoir qu'une seule jambe ! La troisième ... »

    Il tira ses manches de chemise et se rendit compte que ses yeux s'embuaient à nouveau. Repenser à des moments douloureux mais il ravala le tout et leva ses yeux azurs vers son frère pour lui faire comprendre.

    « Alexandre … Si je te dis tout ça, c'est que souffrir et traîner le mal que tu as, ce n'est pas humain ; si tu ne le fais pas, imagine les conséquences, cela va s'infecter, tu ne pourras plus combattre, plus porter tes enfants. Et si tu ne fais toujours rien, tu … Oh, je ne veux pas encore perdre quelqu'un, je ne veux pas perdre mon frère. Je ne m'en remettrais pas … S'il te plait. »

______________________


Donner du style à son caractère- voilà un art grand et rare ! Celui-là l'exerce qui embrasse tout ce que sa nature offre de forces et de faiblesses, et qui sait ensuite si bien l'intégrer à un plan artistique que chaque élément apparaisse comme un morceau d'art et de raison et que même la faiblesse ait la vertu de charmer le regard.

Prince Philippe:
 


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MessageSujet: Re: (Gascogne) La rancune reste au delà de l'amour fraternel [TERMINE]   20.03.10 0:56

    Quand Alexandre entendit Philippe l'appeler, il serra les poings et les dents et accéléra le pas. Là dans l'immédiat, il avait une telle rage qu'il ne valait mieux pas qu'il parle à son cadet, d'autant plus que ce dernier était véritablement dans une position de supériorité qu'il détestait. Il ne se retourna pas et fit comme s'il ne l'avait pas entendu. Il était résolu à n'adresser la parole à personne et à quitter la Gascogne pour retourner à Paris. Sa plaie le lançait encore. Il en vint à maudire à voix basse ce félon de Ruzé, qui lui avait coupé les chairs de la façon la plus déloyale qui soit. Un jour, Alexandre le savait, il recevrait un coup mortel. Les deux mMousquetaires, l'un fier et droit, l'autre fier et opportuniste ne s'entendaient absolument pas. Ils ne manquaient pas une occasion de se battre et de se quereller. D'Artagnan l'emportait souvent mais Nicolas n'était pas du genre à laisser une quelconque victoire à ses adversaires. Il adoptait pour parvenir à ses fins le comportement d'un loup, l'intelligence et la manipulation, la tromperie. En sentant le métal de la lame qui lui avait taillé le ventre, Alexandre n'eut pas vraiment mal sur le coup. Il avait réussi à se dégager et à désarmer son ennemi. Mais après quelques heures, le sang avait imbibé ses vêtements. Il était Sous-Lieutenant, il ne pouvait pas s'absenter comme il le voulait. Il avait donc fini son tour de garde avec un pansement de fortune, en montrant le moins possible qu'il était blessé. Et pendant de longues heures, il était resté, blessé, la douleur étouffé par sa volonté et sa fierté prédominante. Mais la nuit qui avait suivi avait été ignoble, extrêmement difficile à vivre. Sa plaie le lançait. Refusant de voir un médecin qui l'aurait placé aux arrêts il avait soigné ça comme il le pouvait. On peut pas dire qu'il avait usé de moyens bien convaincants... de la liqueur pour désinfecter et endormir la souffrance, des tissus à l'hygiène douteuse, plaqué par des vêtements toujours un peu humide de sueur. Il avait laissé libre cours au mal pour s'installer. A mesure il s'était habitué à cette douleur et même si la plaie conservait un aspect étrange, il avait tendance à l'oublier.

    Elle se rappelait à lui lorsqu'elle saignait, et lorsque ses saignements étaient accompagnés d'un écoulement de pus qui en aurait inquiété plus d'un. Ces derniers temps, Alexandre feignait d'être bien. Son corps s'était fait une raison. Mais les maux les plus pernicieux étaient les maux les plus dangereux. Lorsque la douleur était silencieuse, elle était alarmante. Rares étaient ceux qui lui accordait une telle importance et ce n'était pas un Mousquetaire qui plus est un d'Artagnan qui allait déroger à la règle. Manque de bol pour l'aîné, Philippe parvint à le rattraper et d'un geste le stoppa dans son élan et le fit se retourner. Le regard que lui portait Alexandre était résolument assassin. Sil y avait une chose dont il avait horreur c'est qu'on découvre un point faible qu'il tentait par tous les moyens de cacher. Et le pire c'était que son frère le connaissait suffisamment bien pour avoir tapé pile poil dans le mille. Il était si enragé qu'il serra les poings avec la ferme intention de se défouler sur cet individu qui lui parlait. Mais lui n'avait aucune envie de parler ! Il avait fait comme bon nombre de soldat lorsqu'une pointe d'acier leur arrive dessus, ils avaient dressé un bouclier de défense. Mieux, il avait réenfilé son armure, celle dont la cuirasse était impénétrable ou presque... Pourtant, le regard de Philippe avait le don de percer ses remparts, qu'ils soient bâtis depuis des lustres ou totalement improvisés. Et les premiers mots de son frère se firent avec tellement de vérité et de logique, qu'Alexandre fronça les sourcils et allait se dégager de celui qui le retenait prisonnier. Hors de lui il rétorqua :


    - Tu n'avais qu'à pas poser tes pattes dessus ! C'est mon problème et je vais d'ailleurs très bien. C'est douloureux, c'est tout mais ça se guérira ! Et toi, tu te mêles de choses qui ne te regardent pas ! Fiche-moi la paix et reste dans ton château, je n'en ai que faire !

    Il allait partir lorsque le cadet joua sur la corde sensible. Mais il ne s'attendait pas du tout à ce florilège d'aveux... Lui qui jouait les durs fut bien forcé de reconnaître qu'à cet instant, tout son esprit avait abandonné l'envie de frapper Philippe. Il avala difficilement sa salive lorsqu'il entendit son frère parler de se tremper sous la pluie et d'espèrer en mourir ensuite, de fièvre. Il peinait à croire qu'il ait pu vivre ça loin des siens sans personne pour l'épauler, l'écouter, lui parler... Un sentiment de culpabilité l'envahit, il aurait du être là. Puis, vint l'épisode de la jambe... et il remercia intérieurement Grégoire d'avoir pris les devants. Il ne sut trop quoi lui répondre. D'un côté il trouvait le procédé assez traître... son frangin voyant qu'il ne l'aurait pas par la force essayait d'appuyer son propos par les sentiments. C'était de bonne guerre et si aucun bon sens ne pouvait dominer un d'Artagnan, une bonne dose d'émotions en revanche avait son effet. Il aurait du partir, il le savait mais il hésita l'instant de trop... et son cadet releva ses manches. Le sang d'Alexandre se glaça, son coeur se figea devant les scarifications qu'il avait devant lui. Là, sur cette peau qu'il connaissait pour l'avoir souvent vu gigoter pleine de vie, des blessures refermées mais toujours visibles témoignaient d'une douleur sourde, insurmontable. Il ne put même pas avaler ni répondre. Il avait pâli et un frisson lui parcourut le dos. Sur l'instant il fut comme tétanisé, et bien que Philippe eut masqué rapidement les traces de ces tentatives désespérées, il les voyait toujours à travers le vêtement. Elles étaient à jamais inscrites dans sa mémoire et dans son esprit. Il n'écouta pas vraiment la suite et lorsque son cadet eut terminé, il ne le remarqua que parce que le silence se faisait pesant.

    D'un geste presque naturel et par pur réflexe il le gifla. Cela n'avait rien de bien méchant, au contraire, c'était même mou. En fait il ne voulait pas lui faire mal, le fair souffrir, cela avait relevé davantage du tic qu'autre chose. Il n'empêche que la gifle claqua dans le couloir et résonna contre les murs du château. Il serra Philippe contre lui sans prévenir, encore un mouvement incontrôlé ? Pas sûr non... Tandis que son frère était contre lui il lui dit, la voix étranglée et serrée par l'émotion :


    - Imbécile... crétin... tu aurais pu mourir pour de bon... mourir... imbécile...

    Il était trop ému pour ajouter autre chose. Il faisait abstraction de sa blessure réveillée pour le serrer contre lui du plus fort qu'il pouvait. C'était son frère et de savoir que livré à lui-même, plongé dans la solitude et le rejet il avait manqué se suicider. L'échec de ses tentatives n'avait été du qu'à la présence de bonnes personnes au bon moment. Avec un goût amer, Alexandre s'en voulut de ne pas en avoir fait parti. Il aurait tant du être présent, l'accompagner... profondément blessé comme il l'avait été, c'était une chance s'il était encore en vie. Il prit sa tête entre ses mains et le regarda droits dans yeux. Sur ses joues deux larmes avaient coulé.

    - Ne recommence plus jamais, tu m'entends... plus jamais... tu t'inquiètes de me perdre aujourd'hui, mais que ferais-je si je t'avais perdu hier ? Philippe... Promets-moi de ne pas recommencer, je t'en conjure. Je suis là, maintenant... près de toi... mais te perdre ce serait insurmontable pour moi aussi. Cette blessure, ça n'est rien comparé à ce que tu as vécu. Je m'en remettrais.

    Il fit une grimace lorsque la douleur se rappela à lui de façon poussée. Voyant que Philippe l'avait vu, il baissa le regard et souleva légèrement sa tunique pour dévoiler la plaie. Une entaille de cinq centimètres aux bordures rapprochées était visible. Un peu de sang suintait sur les commissures et l'absence de croute témoignait de la profondeur. Comprenant qu'il ne servait à rien de continuer ainsi, il poursuivit :

    - Je me ferais soigner avant notre départ par ton fou... médecin... puis nous partirons pour Paris demain, où Etienne prendra la relève. Je sais que tu ne l'aimes pas mais il a fait des miracles pour Marine. Je pense pouvoir tenir un voyage... et il me tarde de revenir à Versailles, cet endroit n'est pas pour moi, si je reste encore une minute de plus dans ce château, je vais devenir dingue...

    Et cela n'était que trop vrai. Ces murs le faisaient étouffer par leur épaisseur. Et il préférait largement l'air de la ville à celui de cette Gascogne broussailleuse.

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MessageSujet: Re: (Gascogne) La rancune reste au delà de l'amour fraternel [TERMINE]   19.04.10 23:05

    La claque rebondit sur sa joue et résonna dans les couloirs de pierre. Elle était justifiée d'une certaine façon, Philippe avait révélé une de ses faiblesses, une bêtise monstre qu'il avait commise quelques temps auparavant. Alexandre avait raison, il était un imbécile, un crétin, il le savait et chaque fois que ses mains effleuraient ses poignets, les cicatrices toujours présentes le faisaient frissonnaient d'une douleur vive et toujours présente, il ne pouvait jamais s'en défaire, et même si elles venaient à disparaître, le souvenir de cette tentative de se donner la mort resterait à graver dans sa mémoire. Une cicatrice, non pas physique mais psychique. Il ne réagit pas à cette gifle et sursauta lorsqu'Alexandre le prit dans ses bras. Si innatendu et si agréable à la fois, il ne dit rien, se laissa faire tel un pantin et écouta les paroles de son aîné. Ils pensaient la même chose à propos du cadet d'Artagnan : imbécile et crétin.

    Philippe avait vécu ses deux années en solitaire, à ressasser ses angoisses et ses erreurs. Il y avait de quoi devenir fou et lui n'en était pas passé loin …

    *Flash-back*

    Deux mois qu'il était au château de Castelmore, à Lupiac. Il n'était presque pas sorti, sauf peut être dans son jardin y faire quelques pas. Rien ne lui plaisait, rien n'avait de goût, de sens, de raison de vivre. Philippe restait cloîtré dans sa chambre, ou parfois dans la chapelle. Il ne mangeait pas, buvait peu, s'amaigrissait à vue d'oeil. Ses nuits d'insomines l'épuisait et il ne ressemblait en rien au Philippe bout en train que tout le monde connaissait, juste le nom et une vague apparence. Le reste n'existait plus. Plus de voyages, de rêves de bonheur, de liberté. Rien que la déchéance, le vide, la tristesse. Un vide abyssal emplissait son coeur. Depuisl a mort d'Emmanuelle, il ne vivait presque plus, à peine de quoi rester sur cette planète. Et puisque sa famille ne voulait pas l'aider, il n'avait plus de raison d'être, ni de vivre. Le désir ardent de la mort le hantait. A chaque cauchemar ou crise de larmes, d'Artagnan avait davantage envie de mourir. Là, il sortait mais dans un seul but : chercher la mort. A croire que même elle ne voulait pas de lui. Malgré les ennuis trouvés, les situations où tout le monde aurait pu mourir dix fois, lui en sortait indemne, pour son plus grand désespoir.

    Une nuit, après un énième cauchemar se produisit : Emmanuelle le réveillait de sa douce voix, elle se tenait au pied du lit et lui souriait. Sa beauté illuminait la pièce, ses beaux cheveux blonds encadraient son doux visage angélique, sa bouche rosée dont les doux baisers l'ennivraient d'amour … tout en elle respirait l'amour et la douceur. Sa présence faisait du bien à un Philippe malheureux comme les pierres. Elle lui parlait, elle disait qu'elle pensait à lui, qu'elle serait toujours à ses côtés. Bref, tout pour le rendre heureux … jusqu'à ce qu'elle tende les bras. Et là, la blessure mortelle qu'elle avait reçue se montra, ainsi que la mare de sang sur sa robe immaculée. Lui qui s'était approché recula et se plaqua contre le mur. Et, toujours de sa voix douce, elle continuait de parler, sans un ton de reproche ou quoi que ce soit, mais cela était facile à comprendre. Elle lui disait qu'ils auraient pu vivre heureux ensemble. Tout ce flot de paroles devint insupportable pour Philippe qui se réveilla en sursaut, la chemise trempée de sueur et les larmes sur le visage. C'en était trop, il ne pouvait plus supporter cela. Il tourna, tourna longtemps en rond à pleurer, à faire des gestes incontrôlé, prêt à frapper sans le faire. Il voulut hurler sa douleur mais rien ne sortit de sa bouche. Il se sentait étouffé, un besoin d'air se fit sentir d'urgence. D'Artagnan sortit doucement par la porte, marcha pieds nus sur le sol de pierre jusqu'au jardin. Le froid le saisit au corps. Mais il avait essayé de prendre froid, on l'avait soigné. Il cherchait quelque chose à faire et vit la chapelle. Prier l'aidait à tenir debout, même si parfois il n'y croyait plus. La chapelle était petite et simple, fraîche. Il titubait par les larmes et voulant se mettre à genou, il fit tomber un vase. Enrageant devant tant d'injustice, il entreprit de ramasser les morceaux. L'un d'entre eux, plus coupant que les autres attira son attention.

    Et ce qui était inconcevable à ses yeux arriva. Le morceau sur ses poignets, les sang coulant sur ses bras. Il refit le même geste à plusieurs reprises avant que la tête lui tourna, il vascilla et s'écroula juste devant l'autel. Plusieurs heures passèrent sans qu'il ne reprenne conscience.

    Malheureusement, pour lui du moins, il ouvrit les yeux. Ses poignets bandés où un rouge couleur sang teintait le blanc des pansements. Il en voulait à Grégoire de l'avoir secouru, au médecin de l'avoir soigné mais ce dernier fut ferme et déterminé à ce sujet, il ne l'aurait pas mourir de « cette façon aussi stupide et lâche » pour le citer.


    *Fin Flash-back*

    Alexandre lui parlait et, toujours comme un pantin, il hochait de la tête. C'est vrai qu'il n'avait jamais pensé à sa famille à ce moment là, il n'avait pas pensé tout court. Et puis, sa famille l'avait abandonné, du moins il le croyait. Et là, il se rendait compte du mal qu'il aurait pu causé s'il avait disparu. Son frère lui avait ouvert les yeux. Les deux mains de son frère encadrait le visage, il lui fit promettre de ne pas recommencer. Il ne voulait plus vivre ces tranches de vie horrible, ne voulait plus que l'on s'inquiète comme Alexandre le faisait. Il ne voulait pas être un fardeau.

    « Promis ... »

    Voilà tout ce qu'il était capable d'articuler à ce moment, il ne pouvait pas dire plus mais c'était essentiel. Une promesse à son frère, on ne pouvait pas la briser, impossible car elle était sacrée, liée dans le sang fraternel. Un sang qui continuait à couler par la blessure de son aîné, grimaçant sous la douleur. Il le vit, ce fut bref mais Alexandre ne pouvait plus reculer, il devait se faire soigner par le médecin avant de partir. D'ailleurs, lui aussi fit une promesse. Celle de ne plus laisser cette blessure lui gâcher la vie et le mettre en danger. Si Philippe perdait son frère, il ne s'en remettrait pas. Puisque leur père avait décidé de faire le mort et de ne plus donner des nouvelles à son cadet, Philippe n'avait plus que lui et la petite famille qu'il avait formé. Son frère avait un fils, un petit d'Artagnan qu'il ne connaissait pas encore, cela valait le coup d'avancer, du moins d'essayer. Le duc se recula et essuya ses yeux encore embués avant de planter son regard dans celui de son frère.

    « Fais le maintenant tant qu'il est dans le château, il ne va pas passer sa vie ici. Pendant ce temps là, je vais me reposer, je me sens fatigué et puisque j'arrive à dormir un peu, je préfère en profiter. Je dois être en forme pour voyager. Si je suis réveillé cet après midi, nous irons faire un tour, histoire que tu ne vois pas que les murs du château. Dehors, tu ne risqueras pas d'étouffer. »

    Il lui fit un petit sourire et une petite tape sur l'épaule. Plus loin se tenaient le médecin et Grégoire, Philippe n'eut qu'à hocher de la tête pour faire comprendre que son aîné se laisserait soigner. Lui repartit dans sa chambre pour encore une fois s'écrouler dans son lit.

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MessageSujet: Re: (Gascogne) La rancune reste au delà de l'amour fraternel [TERMINE]   12.05.10 23:29

Alexandre n'aimait pas l'idée qu'on le charcute encore mais il n'avait pas trop le choix. Il acquiesça simplement en signe d'accord. En vérité, il aurait préféré dire un non ferme et résolu, mais une promesse était une promesse. Philippe repartait vers sa chambre. Jamais il n'avait été aussi inquiet pour lui. Les cicatrices sur ses poignets étaient terribles. Elles étaient la preuve de son désespoir, sa chair en était marquée à vie. Pour en arriver là, il avait du endurer le pire du pire, l'innommable. Il connaissait son cadet, il savait que depuis toujours il était accroché à la vie, qu'il éprouvait une joie de vivre motivant son entourage dans les heures les plus sombres. Il lui arrivait de déprimer mais jamais d'envisager la mort. Où était passé ce d'Artagnan passionné, qui racontait ses voyages en les faisant vivre en les rejouant sous les yeux de sa famille ? Celui qui lisait, et jouait merveilleusement du violon ? Avait-il disparu ? Un instant, Alexandre en eut la crainte. Tout portait à croire que plus jamais le jeune homme allait sourire. Quel cruel destin que le sien... Il en avait les larmes aux yeux. Ils allaient revenir à Versailles, pourrait-il s'adapter à la vie mondaine que l'on y menait ? Les rumeurs allaient bon train à la Cour. On disait que Marine envisageait d'empoisonner son mari pour obtenir l'héritage, qu'Alexandre avait fait disparaître son père et son frère pour garder les richesses... certaines rumeurs contradictoires disaient que Philippe louait les services de femmes de passe, de catins, pour déshonorer son père.

Tant de mensonges et de calomnies circulaient qu'il était difficile de faire le tri. L'aîné avait réussi à en faire abstraction, même s'il ne rechignait jamais à empoigner et à molester de sombres individus lorsque l'occasion de défendre son honneur se présentait. Philippe allait-il supporter tout ça ? Lui qui avait toujours eu cet esprit de liberté, d'indépendance, de vie au final ? Il en était arrivé à renier tout ce qui faisait l'homme qu'il était, à rompre, à briser, sa propre personnalité. Alexandre eut un sérieux doute. Si son frère rentrait et ne supportait pas toutes les horreurs venant des autres ? Ne valait-il pas mieux qu'il reste ici, en Gascogne, à l'abri ? Son avis était mitigé, il voulait son frère près de lui, à l'absence de Charles, c'était lui son phare dans la famille, son ancre. Oui mais... l'ancre venait de céder et elle n'avait plus le même visage qu'auparavant. Il se sentait fautif, évidemment ! S'il avait été présent au moment où il le fallait, rien de tout cela ne serait arrivé. Si Philippe avait pu compter sur sa famille, sur son père et sur son frère, jamais il n'aurait tenté de mettre un terme à ses jours. Le Mousquetaire serra les dents tandis que son frangin s'éloignait. Il en voulait terriblement à Charles. Certes leur père n'avait été très sentimental, ni très enclin à se confier, il était froid, bien que bouillant aussi, surtout quand il s'emportait. En fait, il s'emportait souvent, c'était sa façon de montrer son affection. Envers le cadet, il faisait preuve d'autorité, pour le pousser à bout et déclencher une dispute. Leurs querelles étaient un moment de conversation entre eux. L'aîné n'avait jamais compris le phénomène, il ne savait pas ce que ça symbolisait. Lui avait voué une admiration sans faille envers un héros, un homme dont les éloges ne tarissaient jamais. C''était presque son Dieu... ou du moins ça l'avait été.

Mais les choses changent... et après ce qu'il venait d'apprendre, toute l'admiration qu'il avait gardé depuis sa tendre enfance avait disparue. Cette fois, les faits étaient avérés et il se retrouvait nourri par une colère noire, plus sombre que le ciel de la nuit. Une nuit sans étoile, où le seul astre qui brillait, d'une lueur faible, c'était Philippe. Pouvait-il lui faire confiance ? Telle était sa nouvelle question. Un homme qui tente de se suicider allait-il tenir sa promesse de ne pas recommencer ? A l'heure où plus rien n'avait peu d'importance, pouvait-il se souvenir et se rattacher aux liens fraternels. L'esprit torturé et assailli de question, Alexandre s'avança machinalement vers Grégoire et le médecin. Ce dernier se raidit légèrement, prêt à esquiver un quelconque coup au besoin. Il marcha avec eux jusqu'à une pièce qui ressemblait à une sorte de cuisine. C'en était une mais rarement utilisée sauf pour la concoction de mixtures, puisqu'il y avait un mortier et un pilon avec deux alambics. Combien de potions ou d'onguents avaient été fabriqués ici ? Des centaines pour soigner Philippe à chaque fois que la mort l'avait refoulé ? Plus... certainement plus... ne serait-ce que pour soigner ses rhumes, ses états fébriles, ses plaies, ses coups, et probablement aussi ses excès. Alexandre se souvint alors de ce qu'avait dit son frère. Il avait cédé à la chair à plusieurs reprises. Il savait ce que le jeune homme cherchait : une femme susceptible de lui apporter la même chose que sa fiancée, morte trop tôt et dans des conditions terribles. La fierté de Philippe en avait pris un coup, fatal ou presque, mais c'était surtout son cœur qui avait du être démoli. Voir agoniser celle que l'on aime à pleine puissance, ça ne peut être décrit, c'est inhumain. Lui-même avait déjà donné... dans cette famille ils étaient presqu'habitués, si ce n'est que chaque perte les détruisait, comme des verres en cristal.


- Je vais devoir improviser si vous voulez partir. La plaie est profonde, il faut que je la nettoie à l'intérieur et que je recouse...

Alexandre regarda le médecin et ne répondit rien. Son regard exprimait simplement une certaine haine de circonstance, il détestait qu'on se préoccupe de sa santé et de toute façon, il ne recourait au médecin qu'une fois quand il était VRAIMENT malade... L'homme gardait sa mine impassible puis ajouta :

- Ce sera douloureux, Grégoire, pourriez-vous amener la liqueur la plus forte que vous ayez ?

- Pas la peine.

- Alexandre, je vous assure que ce serait beaucoup plus supportable avec...

- Je n'en veux pas. Dépêchez-vous, faites ça vite et ça ira.

Grégoire hocha la tête tandis que le médecin haussa des épaules. Il récupéra un petit marmiton, et commença la préparation d'un étrange mélange, mi-pâteux, mi-nauséabond. Inconsciemment, Alexandre ne put s'empêcher de penser qu'il usait de sorcellerie ou de magie sombre. Si un prêtre avait été dans les parages, il aurait probablement était accusé d'hérésie et brûlé en place publique, enfin s'ils avaient été quelques années plus tôt... à l'époque de ces barbares de la Renaissance... Tandis que l'homme de science ou de toute autre chose s'affairait, Alexandre demanda, à Grégoire :

- Pourquoi l'avoir empêché de le faire ?

- Quelle drôle de question vous avez là !

- Je connais mon frère, s'il est arrivé à vouloir se donner la mort sans hésiter, c'est qu'il va très mal. L'amoureux de la vie et des choses dans la famille, c'est lui. Je veux savoir ce que vous avez vu pour le retenir en vie, ce qui vous a poussé à ne pas le laisser se vider de son sang. Si son fardeau était si grand et si la mort pouvait lui amener la paix intérieure, pourquoi l'avoir empêché de mourir ?

Grégoire baissa les yeux quand le regard d'Alexandre se posa sur lui. Il cachait quelque chose ou alors il savait quelque chose mais ne voulait pas le dire. Finalement, il concéda :

- Parce que Philippe ne mérite pas de mourir de cette façon.

- C'est à dire ?

- Votre père a reçu les lettres, il a même répondu à l'une d'elle.

- Vraiment ?

Alexandre parut soudain rassuré mais le visage funèbre du serviteur l'inquiéta.

- Que disait-elle ?

- Rien... elle ne disait rien. La lettre n'est jamais arrivée ici.

- Comment savez-vous qu'il a répondu alors ?

- Parce que le messager à qui la lettre a été donnée est un ami et qu'il m'a confirmé avoir été agressé par un homme d'âge avancé, encapuchonné. Ce dernier lui a volé la lettre. Je n'ai aucun doute sur le fait que ça soit votre propre père qui ait agi ainsi.

- Pourquoi diable aurait-il fait ça ?

- Je l'ignore, mais je ne l'ai jamais dit à votre frère. Il était dans un état lamentable et je n'ai pas voulu en rajouter. Mais si Philippe avait le sentiment d'être abandonné de tous, je savais que son père avait au moins essayé de lui répondre même s'il s'était ravisé. C'est donc qu'au fond, il restait un espoir et une lueur de voir enfin un jour votre famille se réconcilier.

- Vous l'avez également sauvé parce que le laisser mourir relèverait de la folie pure et simple. La mort vient vous faucher, mais en aucun cas quand vous le voulez. Les suicidés ont leur âme damnée à jamais.

Alexandre regarda le médecin qui faisait bouillir son marmiton. Plus le temps allait, plus son sentiment à son égard était partagé. Il n'avait pas tort dans ce qu'il disait. Mais son attention se recentra sur Grégoire. L'homme lui avait révélé quelque chose de particulier sur son père. Un détail intéressant mais consternant surtout.

- Comment c'est arrivé ?

- Hum... votre frère avait le sommeil agité je l'entendais crier et pleurer pendant son sommeil. Cette nuit là, je l'ai entendu se lever et sortir. Je l'ai vu se diriger vers la chapelle. J'ai ouvert ma fenêtre, pour l'appeler mais il était déjà rentré. Je me suis vêtu pour éviter de prendre froid et j'ai entendu un bruit de choses qui se cassent. J'ai d'abord pensé que Philippe voulait se défouler sur quelque chose pour extérioriser sa rage. J'ai donc refermé pour le laisser écumer sa colère tout en restant près de la fenêtre pour le voir ressortir. Mais après une bonne heure, toujours personne à l'horizon. En rouvrant j'ai senti qu'il n'y avait pas un bruit dehors. Peut-être s'était-il assoupi, ai-je pensé. J'ai quand même décidé d'aller voir par moi-même. Mais quand j'ai été dehors, j'ai vu un détail qui m'a mis la boule au ventre. Près de la porte de la chapelle, deux rats grattaient le bois pour entrer, quand ils m'ont vu, ils se sont échappés mais cela n'était pas de bon augure. Je suis rentré en trombe et ce que j'ai vu a confirmé l'horreur à laquelle je m'attendais. Votre frère était allongé au sol, dans une flaque de sang. Il était pâle comme jamais, avait les poignets mutilés et des débris de vase autour de lui. J'ai déchiré mon pourpoint en deux morceaux pour les lui serrer autour des poignets. Il ne parlait plus et respirait à peine. Je l'ai porté jusqu'au château...

- Tout seul ?

- Votre frère ne se nourrissait pratiquement plus, tant et si bien qu'un coup de vent l'emporterait s'il était trop violent. Par chance, nous avons pu le soigner à temps. Mais il avait presque réussi à mourir.

- Cette famille m'étonnera toujours, vous avez une telle propension au drame que cela en serait presque touchant. Bien, maintenant que c'est prêt...

Grégoire s'écarta tandis que le médecin arriva avec son marmiton fumant, il prit une spatule fine, en bois, la trempa dans la mixture et de son autre main en un geste expert, écarta les parois de la blessure. Alexandre en sursauta de douleur mais il n'eut pas le temps d'encaisser le coup, qu'une sensation de brûlure lui arracha un cri étouffé. Le médecin appliquait la mixture à l'intérieur, sans ménagement. Après de longues minutes, la douleur s'estompa. Il sentait des flammes dans ses chairs mais plus de sensation véritable. Lentement, avec minutie, l'homme lui recousu la plaie. Il avait mal, mais c'était supportable. Lorsqu'il eut terminé, il épongea le sang avec un linge et déclara :

- Je vous conseille vivement de ne pas gratter, ni même toucher cette plaie pendant une bonne semaine. Il faudra couper les fils, ce qui sera douloureux mais au moins vous éviterez la mort. Ah et nettoyez votre blessure avec cette mixture, n'oubliez pas de boire ceci aussi.

Il lui tendit une fiole bizarre.

- Qu'est-ce que c'est ?

- Un puissant somnifère, qui vous fera dormir comme un bébé. Le sommeil fait cicatriser plus vite et il vaut mieux pour vous, surtout pour cette nuit et les prochaines heures que vous dormiez bien. La douleur sera très vite insupportable.

N'ayant rien d'autre à ajouter, il rangea ses affaires et sortit. Grégoire raccompagna Alexandre à sa chambre.

- Merci.

- En quelle occasion ?

- De lui avoir sauvé la vie. Sans vous il serait mort.

- Pensiez-vous vraiment que je l'aurais laissé faire ? Même sans la lettre de votre père, je ne l'aurais pas laissé mourir. Votre frère est quelqu'un de profondément bon, les injustices qu'il a vécu sont terribles mais son histoire n'est pas vouée à s'arrêter là. Si vous rentrez à Versailles, veillez à ce qu'il soit heureux. Pour lui la blessure la plus profonde aura été de ne pas avoir son frère comme épaule. Il faudra que vous retrouviez votre père. On ne peut délibérément punir un enfant de cette façon, et agir comme il l'a fait.

Alexandre acquiesça et laissa Grégoire partir. Il ouvrit la fiole et la vida avant de se coucher à même les draps. Il se demanda si son frère dormait ou s'il faisait encore ses cauchemars. Puis son esprit se brouilla et il s'endormit. Son sommeil fut si lourd qu'il ne sentit pas la douleur dans son abdomen, une douleur terrible, où brûlures, cisaillements et pointes semblaient trouver un lieu adéquat à leur libre expression...

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MessageSujet: Re: (Gascogne) La rancune reste au delà de l'amour fraternel [TERMINE]   08.06.10 0:13

    Cela aurait du être qu'un petit somme, une sieste pour compléter sa nuitcar son frère l'avait réveillé en sautant sur son lit. Cela se transforma en seconde nuit où il dormit le reste de la journée et la nuit. Il en avait besoin, Philippe ne dormait plus depuis ces deux dernières années, ou très peu. Des petites siestes en après midi ou quelques heures grapillées les nuits à cause d'une trop grande fatigue mais réveillé à cause de cauchemars. Alors là, un poids sur la conscience en moins, il pouvait enfin dormir. Son frère connaissait sa vie, la véritable raison de son départ, ses états d'âme, ses dérives, sa connerie. Oui tenter de mettre fin à ses jours était une totale connerie qu'il regrettait à présent mais gravé à jamais sur ses poignets. Alexandre l'avait gifflé et il avait eu raison. Ce geste instinctif était totalement justifié et il ne lui en voulait pas. Philippe retrouvait son grand frère qui lui avait tant manqué. Il lui en avait voulu, une rancoeur nourrie puisqu'il n'avait pas eu la moindre nouvelle, le jeune d'Artagnan avait pensé que lui et leur père l'avaient rejeté de la famille et qu'on l'avait abandonné au fond de la Gascogne. Maintenant, tout cela était réglé.

    Il n'avait pas bougé de sa nuit. Ecroulé sur le lit, il se réveilla dans l'exact position. La trace des plis du drap sur l'oreiller étaient plus que visible. Il jeta un coup d'oeil vers la fenêtre et vit les rideaux tirés. Grégoire prenait soin de lui plus que son père ne le ferait jamais. Ce vieil homme veillait sur lui avec grande attention, il connaissait ses forces mais surtout ses faiblesses, il a soutenu son maître lorsqu'il était au fond du gouffre. Sans le bousculer ni faire de grands discours, Grégoire se montrait présent avec discrétion, attendait le moment pour intervenir, que le duc le veuille ou non. Il y eut des grands moments où le jeune homme s'en prenait verbalement au vieil homme, juste parce qu'il était exaspéré par une chose et juste parce que Grégoire était là, c'est lui qui prenait les mots. Mais le serviteur préférait encore la colère à l'indifférence chronique du duc. Philippe souriait en cet instant, il ne sait pas ce qu'il serait devenu. Un mauvais frisson lui parcourut l'échine. En fait, il savait que trop bien comment il aurait fini …

    Il décida de se lever et d'entrouvrir les rideaux. Il faisait encore nuit. Quelle heure était-il ? En tout cas, il était certain qu'il avait plus que bien dormi. Il s'étira et admira la vue qu'il avait sur son jardin et les paysages qui s'étendent à perte de vue. Tout était encore sombre mais l'on distinguait les arbres, les plaines, les collines et les montagnes qui se dessinent à l'horizon. Sans rien voir, Philippe les connaissait par coeur. Non seulement car il les avait admirés pendant des heures et qu'il les avait parcourus à cheval ou à pieds. En tant que duc, il avait tenu à visiter les villages et les bourgs, voir tout ce qu'il possédait et aimait cette vie. Finalement, il ne se sentait pas prisonnier de son statut, de son titre. Lui qui avait eu peur lorsque son frère les refusa pour se marier avec une fille du peuple, il le remerciait à présent, adorait sa condition et s'était étonné de se savoir si responsable. Après tout, il ne s'agissait plus de se précoccuper de sa petite personne mais de centaines, milliers d'autres. Il soupira à l'idée de quitter tout cela. Qu'est ce qui l'attendait là-bas, à Verailles ? Un bout de famille car son frère en avait fondé une. Une amie. Quelques connaissances. Des mauvais souvenirs. Elle … Elle lui avait dit qu'elle vivait à Versailles et qu'Elle espérait le revoir. Elle ? La belle Elodie. Il n'avait rien demandé, ils s'étaient rencontrés et d'Artagnan s'était trop attaché. D'ailleurs, il secoua la tête en pensant à elle. Il ne fallait pas. Philippe était persuadé que le véritable amour ne se trouvait qu'une seule fois. On lui avait retiré celle qu'il aimait, il n'avait que le droit de vivre seul. Mais son coeur ne l'entendait pas de cette oreille et continuait de battre un poil trop fort lorsqu'elle venait dans ses pensées.

    Il quitta la fenêtre et sortit de sa chambre. Les couloirs étaient déserts. Une porte s'ouvrit tout d'un coup : Grégoire, qui ne dormait que d'un oeil depuis la tentative de suicide de Philippe. Le moindre bruit le mettait en alerte.

    « Que faites vous debout si tôt ? »
    « Quelle heure est-il ? »
    « Environ quatre heure du matin … Votre frère dort, voulez vous partir maintenant ? »
    « Oh non ! Laisse le encore dormir, je vais finir mon bagage. »

    Et Philippe se dirigea vers la bibliothèque. Il restait à lui prendre l'essentiel : son journal. Il devait d'abord écrire quelques lignes pour raconter ce qu'il venait de vivre. Au milieu des ouvrages, le jeune homme saisit son cahier en haut d'une étagère et l'ouvrit pour coucher ses derniers mots gascons. Sur la tête en bois massif trônait une plume et de l'encre qu'il saisit. Ecrire était un exutoire à ses pensées et Philippe collectionnait les cahiers avec sa vie palpitante et pleine de rebondissements, bons comme mauvais.

    […]
    Mon frère. Le retrouver me rend une partie de mon âme, une partie de moi-même. Je ne pouvais plus penser au passé sans lui en vouloir de m'abandonner. Tous mes souvenirs se brouillaient, je ne les reconnaissais plus, ils n'avaient plus cette saveur réconfortante, il n'éxistait plus cette branche à laquelle me raccroché.

    Alexandre est grand, comme celui qui portait son nom autrefois. Autant dans ses colères, son caractère de feu dont nous avons tous hérités mais où chez lui tout est escacerbé mais aussi dans son pardon, dans sa douceur et son honneur. Il sait baisser les armes quand il a tort, même avec difficulté. S'il ne règne plus sur la Gascogne puisqu'il me l'a léguée, il règne en second sur les mousquetaires avec force et justesse. Je l'ai vu très peu de fois à l'oeuvre mais je le sais, je le connais. Alexandre est Grand.

    [ … ]

    Le temps passa vite et lorsqu'il eu fini, le soleil faisait des reflets rouge orangé au loin. Il devait finir de rassembler quelques affaires et réveiller son frère. Il ne lui fallait pas grand chose. Quelques chemises, de quoi s'habiller assez correctement, de l'argent, une arme, son journal … Les deux sacs furent rapidement faits. Philippe avait fait un brin de toilettes, s'était habillé en cavalier pour prendre la route et se dirigea vers la chambre de son aîné. Grégoire lui emboîta le pas.

    « Faites attention, il risque d'être plutôt grognon au réveil. »
    « A cause de la douleur ? »
    « Et du somnifère. Le médecin lui en a prescrit et il s'est écroulé peu après l'intervention. Connaissant votre famille sur le bout des doigts, il ne se réveillera pas frais comme une rose et tout sourire. »
    « Même sans cela, Alexandre sera grognon parce qu'on le réveille. »

    Il entra dans la chambre où son frère dormait dans approximativement la même pose que son cadet précédemment. Cela fit sourire Philippe qui rejeta sa cape vert sapin en arrière et s'assit sur le lit avant de secouer son frère assez vigoureusement.

    « Alexandre, fini la sieste, paré pour le départ. »

    Mis à part un grognement, aucune réaction.

    « Si tu ne te réveilles pas d'ici deux minutes, je reste ici. Et je tiendrais ma parole. Grégoire, comptez le temps, je vais manger. »

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MessageSujet: Re: (Gascogne) La rancune reste au delà de l'amour fraternel [TERMINE]   01.08.10 23:20

La nuit d’Alexandre fut paisible, sans rêve, sans qu’il ne ressente une quelconque douleur. Il aurait volontiers prolongé ce repos dans lequel il se sentait si bien. Oui, mais… Philippe n’avait pas oublié leur départ et était prêt à partir. Le Mousquetaire émit un grognement de désapprobation. S’il y avait bien quelque chose qu’il détestait c’était qu’on le réveille. En fait, non, il détestait le simple fait de se lever. Il était bien dans son lit, avec la chaleur des draps réconfortante. Généralement, les dix premières minutes de sa journée, il les passait à émerger de sa nuit, aussi doucement que le soleil se levait. Si ces dix minutes duraient moins longtemps que prévu, il se montrait irascible pendant les vingt autres minutes qui suivaient… jusqu’à ce qu’il ait l’estomac plein en fait. C’était drôle de voir comme la faim pouvait mettre un homme comme lui de fort mauvaise humeur. Il aurait tellement voulu rester couché… à cet instant précis, il haïssait son frère et Grégoire, qu’il savait dans la pièce. Il ouvrit les yeux dans un second grognement exaspéré. Au début la lumière lui piqua les yeux, mais il s’y adapta rapidement. Philippe lui faisait payer ses esclandres de la veille. « Tout se paie », disait leur mère. Alexandre venait de comprendre la profondeur de ce propos. C’était de bonne guerre, il ne récoltait que ce qu’il semait. Réveiller son cadet avec une telle violence, puisqu’il n’y avait pas d’autre mot, était un bon motif pour la vengeance. Il posa les yeux sur son frère, avec ce regard noir typique dès son réveil. Les deux protagonistes n’avaient pas idée à quel point le Mousquetaire avait envie de les étriper, là, maintenant, tout de suite. Ce coup d’œil assassin montrait que non seulement il était réveillé mais qu’en plus il était de mauvais poil. Ce n’était pas vraiment surprenant en fait… si Philippe avait du s’inquiéter à chaque fois que son aîné s’était fait menaçant au lever du lit, il ne dormirait plus et passerait son temps à monter la garde pour lui, arme à la main. Et puis, du reste, Alexandre était trop ensommeillé pour pouvoir frapper quelqu’un, c’était peut-être pour cela, finalement, qu’il préférait se montrer odieux par quelques phrases bougonnes et agacées. Il articula, le visage grognon et la mine renfrognée :

- Oui ça va… c’est bon… je me lève… c’est ça, va donc manger. Et Grégoire aussi… allez, dehors.

Il attendit qu’ils soient sortis et s’étira, faisant craquer ses articulations. Une petite douleur au ventre le fit cesser. Il en avait oublié sa blessure. Il passa sa main dessus et regarda. Cela n’était pas douloureux au toucher et tant mieux… il sentait juste que ça le tirait, comme si son abdomen voulait partir dans deux directions opposées. La plaie était déjà plus belle d’aspect. Il se leva, les yeux encore ensommeillés. Il regarda dehors et resta un petit moment à regarder le soleil éclairer les arbres. Les rayons passaient au travers des quelques rares feuilles orangées qui n’avaient pas été arrachées par la tempête et les orages. La vue était très agréable, et les couleurs chatoyantes avaient de quoi réjouir n’importe quel homme. Sauf Alexandre… il regarda le lit et se rendit compte que Marine lui manquait énormément. Il ressentait le besoin de se blottir contre elle et de respirer allègrement l’odeur de ses cheveux, en contemplant l’horizon. Que pouvait-elle faire, à cet instant précis avec les enfants ? Elle devait être inquiète, car il n’aurait pas du être aussi long pour rentrer chez lui. Il lui avait promis d’être vigilant et de faire attention à sa peau. Sauf qu’en fait... il avait manqué se faire fracasser le crâne par une branche et s’était battu avec son frère. En y repensant, le Mousquetaire eut un grand élan de fierté. Le cadet avait beau se dire au dessus de la violence brute, il avait une sacrée droite. C’était devenu un homme vigoureux, à la force masquée mais bien présente. Son petit frère avait du répondant et ça il en était très fier. D’ailleurs, il bomba machinalement le torse à cette réflexion. Il jeta un œil autour de lui, récupéra les quelques affaires éparses. Il détestait les matins… il détestait le fait d’avoir à se lever à l’aube et pire encore, il détestait qu’on vienne le réveiller. Pourtant, il était bien obligé avec son métier de faire avec. Un grognement résonna dans la pièce. Ce n’était pas lui, mais… son estomac ! Qui n’avait rien mangé depuis la veille ! Inutile de préciser l’état dans lequel d’Artagnan se trouvait à cet instant… lui qui ne pouvait concevoir sa journée sans un premier festin.

Et dire que Philippe voulait partir sur le champ ! Sans manger ! Voilà qui avait de quoi susciter nombreuses interrogations sur sa santé mentale. Alexandre sortit de la chambre et se dirigea vers les cuisines. Pas de problème pour se repérer, il avait déjà analysé les lieux et marqué d’une croix fluorescente dans son esprit, l’emplacement du garde-manger. Il aurait été dangereux de ne pas en faire autrement surtout en cas de fringale nocturne. Il arriva bientôt dans la pièce vide, et propre. Apparemment, Grégoire, ou un autre domestique s’il ne faisait pas la cuisine, avait pris le soin de mettre de l’ordre davantage qu’à chauffer les poêles. Il se mit donc à fouiller à la recherche de quelque chose de comestible. Après avoir fait un long tour d’horizon, il prit une chaise, s’assit à la table au milieu de la pièce et admira toutes les victuailles. Il y avait du pain, avec du miel, de la confiture maison de cerise, une petite tranche de viande cuite au sel, une brioche aux raisins secs, du lait frais, amené plus tôt par un livreur habitué, une orange et une pomme. Inutile de préciser qu’il avait pris les plus grosses. Il entreprit donc de manger tranquillement. Et à mesure qu’il comblait le creux de son estomac, il affichait un sourire satisfait. Finalement la journée n’était pas aussi mauvaise ! Fort de se constat, il rajouta avec un couteau une couche de confiture sur sa tranche de pain, et l’engloutit sans tergiverser. Il continua de manger sans se soucier du temps qui passait, ni même du fait que Philippe et Grégoire l’attendaient probablement. Il ignorait qu’en fait son cadet mangeait de son côté. Il se leva et chercha dans les placards en bois légèrement vieilli. Et alors qu’il regardait avec la ferme intention de trouver quelque chose, son frère entra dans la pièce. Alexandre ignora sa mine surprise et lui demanda, la bouche pleine, étant donné qu’il avait engouffré une tartine entière pour avoir les mains libres :


- Te fffoilà ! Tufff lllombes vvvien ! Vvve ferfe lle pain t’évvviches !

Il ouvrit un autre placard, mâchant bruyamment puisqu’il ne pouvait pas fermer la bouche au risque de s’étouffer. Il se tourna vers Philippe et lui lança :

- Vehhé alors ? Tufff m’aives ?

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MessageSujet: Re: (Gascogne) La rancune reste au delà de l'amour fraternel [TERMINE]   06.08.10 15:10

Quelle humeur matinale ! Certaines choses ne changeaient pas, Alexandre était toujours grognon et menaçant à son réveil. Son cadet avait l'habitude, cela a toujours été ainsi. Voilà pourquoi il ne releva pas le regard noir ni ne répondit à ses grognements comme quoi il se levait. Philippe n'avait pas envie de partir, il se forçait plus que de raison alors il ne fallait pas retarder le départ, il serait capable de changer d'avis et de rester enfermé dans son château et ne plus remonter à Versailles. Pourtant, il avait des obligations là-bas, en particulier familiales puisque leur père avait disparu. Entre le père et le fils, la tension a toujours été palpable et aucun d'eux ne voulait céder ni admettre leurs torts. Et pourtant, Charles avait disparu et le cadet remontait au nord pour aider son aîné à le retrouver. Et il devait voir sa famille, sa filleule devenue une petite fille et son neveu qu'il n'avait jamais vu. Mais Philippe ne voyait pas quoi d'autre y faire et une fois Charles revenu au manoir, lui s'en irait. Les deux d'Artagnan sous le même toit, ce n'était plus possible. La dernière fois avait provoqué en Philippe un mal indescriptible et l'avait poussé à quitter le manoir définitivement. Du moins, c'est qu'il avait pensé sur le moment et pourtant, il revenait. Le jeune homme, tout en retournant à son cabinet pour mettre en ordre les derniers papiers, songeait à Versailles. Qu'y trouvera t-il là-bas ? A ses yeux, rien d'important. Il y avait bien des amis, comme Apolline Beauregard, toujours la pour lui. Mais tous les bons souvenirs s'éclipsaient face au malheur qu'il avait connu, la folie vécue, cette dispute, cette mort dont la blessure ne se refermait pas.
Il soupira en poussant la porte du cabinet et s'assit, retira sa cape puis prit la tête entre ses mains. Philippe avait du mal à se faire à l'idée d'être à nouveau confronté à son passé. C'était dur et malgré cette assurance apparente, d'être sûr que c'était une bonne idée, il n'y pensait pas le moindre mot. Et il ne pouvait pas faire machine arrière, le jeune homme s'était trop avancé et avait dit oui à son frère. Alexandre aurait besoin de lui pour trouver leur père, ils étaient toujours meilleurs ensemble. Il n'entendit pas Grégoire arrivé avec un plateau où quelques nourritures pour qu'il prenne des forces. Il le posa sur un coin du bureau vide de papier et osa parler.

« Je vous l'avais dit : partir n'est pas une bonne idée. »
« Ce n'est pas une question d'être une bonne idée ou pas. Alexandre a besoin de moi. »
« Mais regardez vous. Vous n'êtes pas encore parti que vous souffrez déjà. »
« Souffrir ici ou là-bas, la douleur sera la même …  »
« Au moins, souffrez l'estomac plein. Le voyage sera long, vous devez prendre des forces. »

Sur le plateau, des fruits du verger non loin avec des prunes, des pêches et des fraises. Trônait aussi du pain d'épice, le petit pêché mignon de Philippe. Celui-ci ne pouvait pas résister et sourit.

« Que ferais-je sans toi, Grégoire ? »
« Vous aurez Barnabé … Un vieil homme contre un autre ! »

Les deux hommes rirent de bon cœur et le Duc décida de combler son estomac bien vide. En même temps, il finit quelques documents à porter ici et là, des directives à suivre et qui prévenir en son absence. Personne ne l'aurait cru mais Philippe faisait un bon Duc de Gascogne, il connaissait son territoire et les nobles à son service ; il savait en qui faire confiance et d'autres pour émettre des réserves ; il avait un bon réseau international pour des échanges commerciaux et diplomatiques. Il avait tout mis en place quand son père avait laissé le duché en berne alors qu'il était si productif et riche lorsqu'on s'y attardait. On comprend mieux pourquoi les jeunes filles venaient en Gascogne, un jeune Duc d'une grande famille d'armes, plutôt beau garçon, riche et seul était un excellent parti. Mais bien maigre aussi et bien qu'il ait beaucoup mangé, il restait pas mal de fruits et quelques tranches de pains d'épice. Et il se chargea se ramener le plateau pendant que Grégoire s'occupait des sceaux sur les lettres pour les donner à un coursier.

Dans la cuisine, il vit Alexandre et surtout la table, qui servait peu, assez sale. Son frère était passé par là et avait du vider pas mal de placards. Et lorsqu'il se tourna vers son cadet et lui parla, une tartine dans la bouche, Philippe plissa les yeux et eut une moue interrogatrice pour tenter de déchiffrer les paroles de l'aîné. Il garda son sérieux et hocha la tête.

« Bien sûr … Je viens d'allonger ma liste de langues comprises. Je suis capable de déchiffrer cette curieuse langue nommée tartine dans la bouche. »

Il eut un petit sourire en coin, le genre à relever les pommettes et donner un air malicieux. Mais sur le visage de Philippe, les joues creusées s'accentuait à ce sourire. Il faudra du temps avec qu'il se remplume. Il tendit l'assiette où restait trois tranches de pain d'épice.

« Le pain d'épice, c'est à moi normalement ! Il ne reste que ça. Si tu veux finir et après on part, mes affaires sont prêtes, mes papiers sont à jour, je n'attends plus que toi ! »

Il tourna les talons et retourna dans sa chambre prendre ses baluchons et dans son cabinet pour la cape puis se dirigea vers les écuries où un palefrenier avait fini de seller son cheval, Hébé, son fidèle compagnon de voyage depuis plusieurs années et s'occupait à présent du cheval de son frère. Philippe accrocha ses balluchons et caressa la bête les yeux dans le vide. Il savait qu'il faisait une bêtise en partant, tout son être le suppliait de rester mais il était trop tard pour faire machine arrière, les pas de son frère se rapprochait et, tournant la tête, il le vit à côté de sa monture. Philippe sortit l'animal de son box et monta dessus. Le voyage pouvait commencer, qu'il le veuille ou non. Grégoire se trouvait non loin d'eux, comme un grand père donnant les derniers conseils à ses descendants.

« Pas d'imprudence en chemin ! Je vous connais trop bien … Et vous saluerez cette vieille bique de Barnabé pour moi. Bon voyage les enfants. »

Et ils prirent enfin la route, sortirent de l'enceinte du château et descendirent la pente de la colline doucement avant d'arriver dans les terres. Philippe avait tant fait ce chemin qu'il connaissait la route les yeux fermées et les auberges sur son chemin. Et il devait faire un arrêt aux alentours de Poitiers avant d'arriver à Versailles alors il conduirait son frère et tourna la tête pour lui expliquer.

« Je ne sais par où tu es passé mais je connais un chemin rapide. En trois jours, quatre si la pluie nous retarde, nous serons arrivé au manoir. Si tu as le courage de tenir le plus longtemps possible sur ton cheval, d'ici ce soir nous serons aux alentours de Brive. »

Il garda un silence de quelques secondes puis repris mais cette fois, il regarda le chemin droit devant lui.

« Nous ferons un brève halte vers Poitiers, je dois … enfin tu sais … Cela fait deux ans ... »

Il préféra se taire et continuer la route sans prononcer le moindre mot.


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Donner du style à son caractère- voilà un art grand et rare ! Celui-là l'exerce qui embrasse tout ce que sa nature offre de forces et de faiblesses, et qui sait ensuite si bien l'intégrer à un plan artistique que chaque élément apparaisse comme un morceau d'art et de raison et que même la faiblesse ait la vertu de charmer le regard.

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MessageSujet: Re: (Gascogne) La rancune reste au delà de l'amour fraternel [TERMINE]   15.08.10 0:05

Alexandre avait enfourné les trois tranches de pain d'épices sans faire de chichi. Pas de pitié pour la mangeaille ! Et dire qu'il n’avait même pas avalé cette tartine ! Il mâchait encore bruyamment dans le couloir lorsqu'il se rendit dans la chambre qu'on lui avait accordée, pour récupérer quelques affaires. Pas grand chose, en fin de compte. Il avait son épée, son chapeau, sa cape de voyage, une gourde et une petite besace pour y cacher quelques victuailles. Il récupéra le tout et se rendit à nouveau aux cuisines, pour récupérer quelques mets qu'il pourrait manger sur la route. C'est que le départ lui donnait faim d'avance ! Passer des heures à chevaucher, c'était fatigant mais répétitif, et ennuyeux. Aussi, il fallait bien meubler le temps et penser à des choses élémentaires. Il aurait pu penser à Marine, mais vu l'état hormonal dans lequel cela le mettait, il préférait s'abstenir d'y penser trop fort. Alors à part sa femme, il se centrait sur la nourriture. Evidemment, la disparition de son père lui préoccupait l'esprit par moments, bien que là, pour le coup, depuis qu'il eut appris que Philippe avait écrit et que le paternel n'en avait rien dit et n’avait même pas daigné lui répondre, il se disait que peu lui importait son sort. L'acte de Charles restait déraisonné. Pourquoi chasser son fils en le détruisant presque totalement et ne pas lui répondre, ne serait-ce qu'une fois ? Certes, le vieux d'Artagnan était quelqu'un de têtu, de bourru, qui avait une notion des sentiments assez farfelue. A vrai dire, il restait froid, même avec ses enfants. Mais Charles avait toujours marqué un point d'honneur à son devoir de père et conspuer un fils dans la détresse, ça ne lui ressemblait pas. Qu'avait-il donc bien pu lui passer par le crâne ?

Alexandre se mit à réfléchir intensément à la question, tout en faisant ses provisions, au culot. Peut-être que leur père avait craint qu'il n'arrive quelque chose à Philippe ? C'était peu probable... même si le cadet n'était pas un homme d'armes mais un homme d'esprit, il savait se battre, pour avoir pris un coup de poing tout récemment, l'aîné s'en rappelait bien et le reconnaissait volontiers. Leur père faisait confiance dans ses capacités. Alors quoi ? Il le détestait tant que ça ? Pourtant, il avait beau lui chercher querelle dès qu'il le voyait, l'homme vieillissant n'en demeurait pas moins paisible et content de le voir. Cela se sentait autour d'eux. Philippe n'avait jamais été détesté par le paternel, au contraire, il était écouté secrètement d'une oreille attentive, il était libre de faire ses choix, libre de tenir tête, sans se trouver déshérité... Pourquoi donc une telle réaction ? En y repensant, Alexandre se dit que ce modèle lui était bien mystérieux... lui qui pensait tout connaître de son géniteur ! Il s'était fermement fourvoyé. Et si... et si leur père n'avait finalement réagi que pour fuir la réalité ? Perdre celle que l'on aime, lui avait déjà vécu cette situation. La période de deuil avait été difficile. Ainsi, on pouvait supposer que l'ancien Capitaine des Mousquetaires par la force des choses sentait qu'il allait revivre à travers son fils des instants forts douloureux et il l'avait envoyé balader pour ne pas souffrir à nouveau. Une attitude bien lâche, qui ne ressemblait en rien à ce que son père lui enseignait plus jeune. L'honneur et la fierté personnelle avaient disparus... ça en avait tout l’air…

L’aîné, rejoignit bientôt les écuries, étouffant un rot qui aurait du être plus que sonore. Il n’était pas chez lui et de toute évidence, il était bien éduqué, donc, les bruits incongrus étaient tout sauf la marque d’une personne bien élevée. Tempête, son fidèle destrier, magnifique étalon plein de forme était prêt à partir, on l’avait sellé, brossé et il se faisait une joie de quitter ce plat pays de province, où, le Mousquetaire devait bien le reconnaître, moustiques et chaleur étaient pénibles. Sans compter les quelques mouches, venant de l’écurie, qui ne trouvaient pas mieux que de harceler les chevaux et leurs anges-gardiens à longueur de temps. Vivement qu’ils rentrent à Paris et à Versailles ! Et vite ! Tout cet endroit était trop pittoresque pour l’aîné qui détestait quitter son train-train quotidien. Il n’était pas voyageur, il préférait se terrer chez lui, vivre tranquillement, loin des routes, des trajets interminables, où il espérait qu’un combat vienne le changer du bruit berçant des sabots. Alexandre salua Barnabé d’un signe de main. Il était monté en selle, enfin il retrouvait une partie de sa vraie nature ! Il ne s’épancha pas en sentiment, ouvrant la route au début, sans un regard en arrière. Bon vent la Gascogne ! Et au plus tard possible ! Non pas que les gens y soient désagréables, mais l’endroit était nouveau, assez calme pour un soldat. Et puis, il avait tout à Paris, sa femme, ses deux enfants, son travail, sa famille bientôt, avec le cadet il comptait bien mettre la main sur son père… et lui dire le fond de sa pensée. Alors qu’ils faisaient route vers Brive, l’aîné écouta ce que disait Philippe. Faire une halte à Poitiers serait judicieux… en tout cas, Alexandre ajouta spontanément :


- Très bien, nous ferons halte à Poitiers, le temps qu’il faudra. Du pendant que je ne reste pas dans le château dont j’aurais du hériter, ça me va très bien. Pour être honnête, je suis bien content que tu l’aies récupéré, tu t’en occupes bien mieux que moi et toi au moins, tu t’y intéresse. De toute façon, tu as toujours eu ça dans le sang, la noblesse. Tu n’es pas le rustre soldat de service, tant mieux. En tout cas, je t’accompagnerais et je ne te laisse pas le choix. Je n’ai pas été là, alors que j’aurais du, je compte bien rattraper ce temps perdu et ne pas te faire défaut. Tu sais que tu peux compter sur moi. Et d’ailleurs, je suis là, autant que je serve à quelque chose.

Il marqua une courte pause. Puis regardant le paysage autour de lui, il fit une mine maussade et lâcha l’air grognon :

- Cette route m’ennuie déjà… vivement que nous soyons rentrés !

Alexandre n’était pas réputé pour être patient, c’était de famille. Ils n’étaient même pas partis depuis une heure qu’il témoignait de lassitude et d’ennui. Durant le reste du trajet, les deux hommes ne dirent pas grands chose. Alexandre avait ramassé quelques pommes sur un arbre, et en dehors de ses mandibules en activité, il y avait un grand silence. En fait ça n’était pas pesant, l’aîné faisait avec, il estimait que son frère avait droit au calme après la tempête qu’il avait traversé et puis, il économisait quelques sujets de conversations pour la suite du voyage, afin d’éviter de tout aborder d’un coup. Le Mousquetaire ne résista pas à l’envie de raconter une anecdote à son cadet, entre deux pommes englouties, sans ménagement :

- Je ne te l’ai pas raconté, mais Aurore sait parler et elle parle même plutôt bien. Figure-toi qu’un jour, j’avais enfin ma permission. Je suis rentré chez moi, Marine était tout heureuse, mais comme une brise de vent, elle m’a filé entre les doigts pour aller au marché, sans que je ne sache vraiment ce qui la rendait si joyeuse. Aurore savait marcher, combien de fois j’ai du l’empêcher de partir de la maison, toujours prête à l’aventure, je suis sûr que tu lui as craché dessus à la naissance. Je n’ai pas l’habitude de gérer les enfants, moi… je suis soldat, je gère des hommes, parfois de grands gamins, mais adultes, la discipline, ça marche et ça paie. Mais avec elle, je ne sais jamais comment réagir. Toujours est-il qu’elle m’a mené la vie dure. Ce n’est que quelques minutes après qu’elle est revenue vers moi en me disant « lon-lon ». Je me suis demandé de quoi elle me parlait pour finalement m’apercevoir qu’elle parlait de violon… elle a mimé l’air que tu jouais. Je ne sais pas comment elle s’en est souvenue. Ce que je sais, c’est qu’elle m’a tellement sidéré que j’en ai même failli l’oublier. Résultat, quand Marine est revenue, Aurore avait mangé les quartiers de pomme que sa mère avait découpés. Et cette dernière m’a envoyé acheter des pommes manquantes… sauf que j’en ai rapporté que la moitié… j’avais faim sur le chemin. Ces pommes sont excellentes, elles me rappellent celles que maman mettait dans ses tartes…

En général, les deux frères évitaient d’évoquer leur mère car la cicatrice n’était pas refermée totalement, en tout cas chez Alexandre. L’aîné avait toujours du mal à l’évoquer. Mais sur cet aveu à valeur de confession partielle, il voulait aussi changer les idées de son petit frère, celui qu’il avait juré de protéger. Même adulte, ce désir de vouloir le défendre en permanence était plus fort que tout. Et puis, une part d’égoïsme le poussait à agir pour lui. Cette présence était rassurante, il était le seul membre de sa famille présent, à proximité, celui avec lequel il partageait toute une enfance, des joies, des peines, des douleurs. C’était son sang, il ne pouvait le renier, au contraire. A la tombée de la nuit, ils parvinrent à une petite bourgade, non loin de Brive. Alexandre descendit de cheval et le laissa aux mains d’un garçon d’écurie aimable et courtois. Les d’Artagnan se dirigèrent vers l’auberge et y entrèrent. Elle était vide, hormis l’hôte qui les regarda venir.

- Bonsoir. Nous souhaiterions dormir ici pour la nuit.

- Ah mais mes bons m’sieurs, pour sûr ! J’n’ai qu’une chambre avec un lit unique, tou’le reste est pris, pardi !

Alexandre, que le voyage avait fatigué, haussa les épaules et répondit :

- A vrai dire c’est parfait, nous prenons.

L’aubergiste marqua un temps d’incrédulité. Et il répondit, suspicieux, haussant son sourcil brousailleux :

- Parfait ? Parfait ! Comment ça parfait dis donc ? C’n’est pas l’genre de l’maison vous savez ! C’est une auberge tranquille, honnête, sans histoire ! Pas comme les bordels de Saint Cloud ! Nous n’acceptons pas les bonshommes de cette contrenature-là, mon bon M’sieur ! Comme qui dirait l’autre, certaines voies du seigneur demeurent impénétrables !

D’Artagnan resta pantois devant un tel discours. Son visage passa du blanc déconfit au rouge rubicond de colère. Il explosa, en tapant durement du poing sur le comptoir faisant dangereusement craquer le bois vieilli par le temps, ce qui fit sursauter le malheureux aubergiste :

- Pendard ! Maroufle ! Oserais-tu prétendre que nous nous adonnons à ce genre de pratiques répugnantes ? Tu vas tâter de ma lame, c’est moi qui te le dis ! Tu oses salir notre honneur, à nous, deux frères !! En supposant que nous pratiquons des actes contre-nature ! Prends donc ton épée, couard, ventripotent ! Que l’on en finisse et que je lave l’honneur de notre famille que ta médisance a terni ! Allez en garde !

Avec une rapidité fulgurante, Alexandre dégaina son épée. L’aubergiste, paniqué, se mit à balbutier des propos incompréhensibles. Il regarda Philippe, le regard effrayé :

- Pitié, pardonnez ma méprise… je vous en prie, pardonnez ma méprise grands seigneurs… je suis qu’aubergiste, hôtelier, je ne sais manier une épée !

- Lâche !

Alexandre tempêta et fit un pas en avant, épée brandie. Il avait faim et il était de mauvaise humeur...

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MessageSujet: Re: (Gascogne) La rancune reste au delà de l'amour fraternel [TERMINE]   17.08.10 23:57

Ce qu'il entendait de la bouche de son frère le fit éclater de rire. Pas un petit rire discret mais quelque chose de franc, sonore et véritable. Philippe devait rétablir la vérité sur ce que venait de dire son frère qui lui semblait tellement incongru à ses oreilles.

« Sérieusement Alexandre, as tu idée de ce que tu viens de dire ? Sur le fait d'avoir la noblesse dans le sang ? Tu as bien la mémoire courte, comme le père ! » Il secoua la tête et reprit un bref rire avant de reprendre. « Tu ne te souviens, il y a cinq ou six ans, lorsque je partais des jours entiers en voyage et revenait couvert de boue, sale comme un pouilleux ? Ou alors que je quittais le manoir sur un coup de tête pour deux ou trois mois ? Ce n'était pas l'attitude d'un duc ! Je vivais de ma liberté et c'était parfait. Je ne voulais pas du duché, je ne voulais rien devoir au père ni être attaché à un endroit. Le seul endroit que je voulais était soit une église si je me décidais d'entrer dans les ordres ou soit chez moi si je fondais une famille. Mais pas d'un château au fin fond du royaume ! » Il haussa les épaules et soupira doucement, amer de ce doux passé. « Je t'ai detesté pour t'être octroyé la vie que je voulais. Tu épousais une fille du peuple et tu me laissais entre les mains des titres dont je ne comprenais pas grand chose. Je me trouvais réduit à une terre et à me marier avec une noble, moi qui n'ai fréquenté que des filles sans richesses et encore moins de titres ! J'ai appris à gérer le duché, à aimer les lieux et tout ce qui s'en suit. Aujourd'hui, je suis bien heureux d'avoir cela pour m'occuper, et je ne suis pas mécontent des résultats. »

Il sourit. C'est vrai, à présent il adorait la Gascogne et, contrairement à Alexandre, avait mal au coeur de quitter ses terres. Il aspirait à la tranquilité, loin des complots et autres trahisons de Versailles. Là, il n'avait pas besoin de plaire et paraître, sauf bien sûr lorsqu'il recevait ou était reçu. Mais si loin de la Cour, pas besoin d'en faire trop, juste être propre, avoir une table bien dressée et un bon repas. Il allait du apprendre à se comporter en société, s'en était bien sorti mais ne voulait pas se montrer, il s'en tiendrait éloigner de ces vautours, ces hyènes déchireuses de cadavres. Car il en était un, trop faible pour se montrer totalement vivant. Oui, il avait ri, oui il mangeait et se déplacait, mais ses moments d'absence restait encore trop nombreux. Grégoire le surprenait parfois à sa fenêtre sans bouger des heures durant, immobiles telle une statue de marbre. Philippe se complaisait dans ses pensées pas toujours gaies. Le jeune homme laissait son esprit vagabonder sans maîtriser quoi que ce soit et ce qu'il venait de dire son avenir s'il n'avait été duc, il y avait longtemps penser. Sa mère avait toujours espérer faire de lui un garçon bien, pourquoi pas en faire un homme de Dieu. Elle l'avait emmené aux messes, il avait toujours écouté avec attention et même encore aujourd'hui, il priait ardemment alors que beaucoup aurait maudit le Tout Puissant. Et s'il était devenu homme d'Eglise ? Il y aurait eu deux solutions :
- Il s'y serait senti bien. Après avoir bien vécu et vu le monde, il se serait retranché dans une abbaye pour apprendre les enseignements théologiques, aurait pu avoir devenir abbé, évêque ou un noble titre par l'appui de son père auprès du roi. Une vie chaste, bien plate par rapport à ses aventures mais le besoin de se retirer du monde était plus fort. Il aurait eu un quotidien fort pieux et chaste, aurait donné des sermons de sa plume, à la fois poétique et juste. Il n'aurait condamné personne, juste mis en garde et aurait accordé pardon à ceux qui l'aurait demandé. Il serait devenu un véritable messager de Dieu et n'aurait eu aucun problème de coeur, il n'aurait pas connu l'amour mais celui du Seigneur lui aurait suffit. Il serait mort vieux, paisible et en paix.
- Plus probable, il n'aurait pas supporté bien longtemps la vie dure des moines et leur doctrine. Bien vite, l'aventure l'aurait appelé de sa douce voix. Malin, il aurait trouvé un moyen de s'échapper et, bien que toujours croyant, serait plus devenu un fugitif, aimant trop la vie pour ne pas en profiter. Il serait sans doute arrêté avant d'atteindre la frontière. Ou serait mort jeune de maladie comme il en courait à l'époque.
Et s'il n'aurait été ni Duc ni prêtre ? Oh, il serait resté un aventurier, un voyageur à travers le monde. Il serait parti en Asie et en Orient découvrir d'autres cultures, comprendre ces pays dont ni la langue, ni la religion ni les pratiques quotidiennes sont les mêmes. Il aurait assouvi sa soif de connaissances, de découvertes, d'envie. Comme les marins, il aurait eu une demoiselle dans chaque port, peut être autant de petits bâtards qu'il n'aurait peu ou pas connu. Il serait mort jeune, succombant peut être à ces drogues orientales, d'une maladie inconnue, d'une attaque de pirate où il aurait tenté de sauver son honneur. Il serait mort comme il avait vécu : beaucoup trop vite.
Ou alors il se serait marié avec une fille du peuple, peut être une bourgeoise et entre deux voyages où il serait resté fidèle par amour, il aurait été un bon père, ouvert d'esprit et aurait raconté ses aventures à ses enfants le soir pour les endormir. Il leur aurait raconté la tempête pour rejoindre les Amériques, les beautés de Venise, la glaciale Russie, les chaudes nuits d'Orient … Qui sait quand il serait mort mais il aurait vécu pleinement et heureux.

Bref, sa vie n'avait rien à voir avec ce que lui avait imaginé. Devenu duc, il avait continué de voyager mais outre les connaissances et les découvertes de paysages, il nouait des contacts, cherchaient des échanges commerciaux intéressants, monnayaient des transactions. Il y avait toujours une question d'argent quelque part. Si cela l'avait dérangé au départ, tout devint naturel avec le temps. Il avait su qu'un jour ou l'autre, il devait passer devant l'autel. Avec une jeune fille de bonnes conditions, il n'avait pas le choix. Mais Philippe avait demandé à son père que seul lui choisisse celle qui sera assez bien pour lui passer la bague au doigt. Il ne voulait pas d'un mariage arrangé où chacun se serait ennuyé dans son mariage. Il cherchait un mariage d'amour, ou moins de complaisance. Cela aurait du se passer ainsi. Lorsqu'il avait demandé la main d'Emmanuelle et qu'elle dit oui, ils auraient du arriver aux environs de Poitiers pour qu'il demande officiellement la main de la demoiselle, que la noce se passe peu de temps après, dans de grandes festivités où les proches auraient été convié. Ils auraient du passer leur première nuit ensemble puis partir pour la Gascogne. Elle aurait du tomber enceinte. Il aurait du être père. Le château de Lupiac entouré d'une multitude d'enfants aurait été tellement vivant. Grégoire avec la mine réjoui de voir tous ces bambins … Tout aurait du être différent. Emmanuelle n'était plus de ce monde, il allait voir son tombeau où elle était sculptée dans la pierre, l'air paisible. Il n'aurait pas du partir seul à Lupiac et passer ses nuits blanches, ou errer à chercher la mort, ni même à chercher à se la donner. Où était passé ce garçon plein de vie galopant sur son cheval cheveux au vent, heureux d'être vivant ? Il était parti, il avait quitté ce monde dans cette forêt, en même temps que la belle qui lui avait sauvé la vie. Et alors qu'il tentait de se reconstruire, voilà qu'une autre demoiselle venait percer son coeur meurtri. Sûr de ne pouvoir aimer qu'une fois dans sa vie, il tentait de repousser les sentiments mais tout était ancré en lui et s'abattait davantage sur lui le poids de la culpabilité.

Pendant le trajet, perdu dans ses pensées, Philippe ne disait mot et ne faisait pas vraiment attention à son frère qui prenait des pommes sur son passage, mangeait pour passer le temps. Mais la voix de l'aîné le fit sursauter et il se tourna vers lui. La petite Aurore, elle avait du grandir. Quand il était partie, elle avait à peine un an, tentait de tenir plus de quelques secondes sur ses pieds. Il imaginait aussi son frère apprendre à devenir père. C'est vrai qu'entre diriger des mousquetaires et élever un enfant – et même 2 ! – il y avait un sacré changement. Il sourit à imaginer Alexandre perdu face à une enfant qui le menait par le bout du nez. Le reste de l'histoire le laissa sans voix. Comment une enfant si jeune pouvait se souvenir de l'air du violon? Philippe avait pour technique d'endormir l'enfant avec son instrument, une douce musique que sa mère jouait au clavecin et qu'il avait appris à son tour. Cette enfant serait une fille maline et assurémment intelligente. Après cela, l'anecdote sur leur mère passa tout seul. Il n'est jamais évident de parler de quelqu'un dont on ne peut faire le deuil, la douleur est toujours violente lorsque l'anniversaire de sa mort fait surface ou quand certains jours, les souvenirs vont jusqu'à celle qui les a mis au monde. Il resta quelques instants silencieux, étonné de ce qu'il venait d'entendre.

« Comment … comment peut-elle se souvenir de cela ? Je veux bien croire que la mélodie est entêtante mais pour une enfant en aussi bas âge ! Maman m'avait appris cette musique, je suis bien content qu'elle s'en souvienne. J'ai hâte de la voir, elle a du drôlement changé. J'espère qu'elle ressemble à sa mère, sinon je la plains si elle te ressemble ! Il faudra mettre le paquet pour la dot ! »

Il aimait taquiner son frère, cela lui avait tellement manqué ! Et ça revenait tellement naturellement que le duc ne se privait pas pour les sortir ! La route passa assez vite finalement, le soleil disparaissait lorsque Philippe montra la route pour se rendre à l'auberge. Il commençait à tomber de fatigue, les voyages l'épuisaient mais il fallait bien user sa monture pour arriver à destination. Ebée aura grand besoin de repos lorsque le palfrenier prit en main les montures. Ils entrèrent tous deux dans l'auberge. C'était le mari qui tenait boutique ce soir. Philippe connaissait davantage la femme, lorsqu'il venait ici, elle tentait par tous les moyens de le faire manger et ne trouvait pas ça raisonnable de ne pas remplir son estomac après une journée à cheval. Il laissa son frère parler puisqu'il était devant lui. Très mauvaise idée car l'aubergiste les insulta. Les deux frères d'Artagnan, pervertis par le vice italien ? Si les relations entre hommes ne dérangeaient pas Philippe du pendant qu'il n'entrait pas dedans, parler d'inceste était répugnant. Mais l'homme n'avait pas du les prendre pour des frères, il n'avait pas posé les yeux sur le cadet. Et ce qu'il devait arriver, arriva. Alexandre s'emporta, insulta l'homme devenu pâle comme un linge, le mousquetaire en sortit même son épée. Cela allait trop loin et Philippe intervint en se mettant entre la lame et l'homme.

« Alexandre, calme toi !! » Sa voix prenait un ton sévère qu'il ne se connaissait pas lui même et tourna la tête vers l'homme. « Aubergiste, où es ta femme ? »

Il n'eut pas le temps de répondre qu'une petite bonne femme, les cheveux bruns relevés en chignon, la quarantaine bien passé, les traits marqués par le labeur se présenta non loin du groupe.

« Mais que se passe t-il ? Qu'as tu fait encore Geoffroy comme imbécillité ! Oh Monsieur d'Artagnan, cela f'sait longtemps ! »
«  Juste une altercation entre votre mari et mon frère à cause d'un … malentendu. Et Alexandre, baisse ton arme devant une dame, voyons ! C'est très impoli et mal avisé ! »
« Une dame, avec vous on croirait que je suis une princesse ! J'vous conduis à votre chambre, il en reste qu'une mais j'pense que si vous restez qu'une nuit, vous vous arrangerez. Geoffroy ! Mets le couvert pour ses messieurs !! »

Il était amusant d'entendre la différence entre le temps aimable pour Philippe et la méchanceté lorsqu'elle s'adressait à son mari pas bien malin. La chambre qui s'ouvrit à eux n'étaient pas du grand luxe mais le grand lit semblait suffisant pour les loger tous les deux et assez moelleux pour passer une bonne nuit.

« Je vais aider l'idiot à vous préparer à manger. Pas de grands repas mais un bon porc rôti et des légumes vous ferons du bien à l'estomac. A toute à l'heure messieurs. »

A peine eut-elle fermée la porte que Philippe se déchargea de ses sacs dans un coin et se retourna vers son frère, l'air sérieux.

« Tu ne peux pas sortir ton arme à tort et à travers. Ce qu'a dit l'aubergiste n'était pas très malin mais si je t'ai emmené ici, c'est que je connais l'endroit. Tu peux au moins te tenir bien ! Va manger, je vais me coucher. »

Il mangeait peu, c'était bien connu vu son état. Il attendrait que son frère sorte pour se mettre en tenue de nuit, faire sa prière et s'endormir, au moins grapiller quelques heures car il ne ferait pas une nuit complète, il se connaissait trop bien. Enfin, pas sûr que son frère le laisse se coucher le ventre vide …

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MessageSujet: Re: (Gascogne) La rancune reste au delà de l'amour fraternel [TERMINE]   17.09.10 23:26

Alexandre rangea son arme avec grande difficulté. Mais il la rangea tout de même, ce qui fit pousser un soupir de soulagement à l'aubergiste. L'aîné était rouge de colère et il lança à l'homme un regard si assassin que ce dernier préféra se faire petit derrière son comptoir. Il se rendit compte que Philippe connaissait la femme de cet abruti. Au moins, elle semblait beaucoup plus intelligente que ce sac à gras qui lui servait d'époux. Le Mousquetaire fulminait, ses yeux trahissaient sa fureur et autour de lui, on sentait comme s'il envoyait des éclairs. Il était tendu comme un arc, et n'en départirait pas de toute la soirée et la nuit ! C'est que sur les questions d'ouverture d'esprit, l'aîné était bon dernier de la famille. Il était buté sur les principes et les poussaient parfois à son paroxysme. Evidemment, il lui arrivait de faire des écarts. Comme il se le disait pour se justifier intérieurement, c'est bien joli de considérer sa femme comme le dit la Bible... mais quelques folies ne peuvent pas tuer, après tout, c'était sa femme, pas celle de l'Eglise. En ce qui concernait les homosexuels, il était catégorique, un peu comme son père mais en bien pire. Pour lui, deux hommes ensemble faisaient honte au sexe fort et bien évidemment, étaient contrenatures. Pareil pour les femmes, à la différence près c'est qu'il assimilait ça à une forme de rituel de sorcellerie... quelque chose dans le style. Alors forcément, avec quelqu'un d'aussi intolérant que lui, il ne fallait pas s'attendre à ce que les allusions cocasses et libertines passent comme du beurre dans... bref. N'étant guère disposé à se montrer aimable, il suivit Philippe en vociférant intérieurement. Tellement bien qu'un léger grognement lui échappa. Le femme sortit, les laissant seul et Philippe en profita pour placer quelques mots de réprimande... énorme erreur, puisqu'Alexandre, que toute cette histoire avait mis à bout, n'entendait pas qu'on l'accuse de s'être mal comporté.

- Mais MOI, Monsieur, je-côtoies-n'importe-qui-même-des-simples-d'esprit, je me suis bien tenu ! J'ai été AIMABLE, MOI ! Ce n'est pas moi qui aies supposé que nous entretenions un lien incestueux contrenature, dégoutant et absoluement immonde ! Ce n'est pas MOI ! ET c'est à moi que tu reproches d'avoir agi ? Il nous a insulté ! Et c'est tout l'effet que ça te fait ? On te traite de... de... oh et puis au diable le nom de cette sous-espèce ! On nous insulte ! Et je devrais laisser passer un tel propos ! Ah mais certainement pas ! Je rufse qu'on salisse mon honneur de cette façon, tu m'entends ? JE REFUSE ! Et d'ailleurs, tu devrais refuser aussi ! Ma parole de Mousquetaire que je coupe la langue avec ma rapière et que je la donne à manger aux cochons ! Quel pourceau !

Il fit une légère grimace lorsqu'il gesticula un peu trop fort. Après un tel voyage, la fatigue se faisait sentir et il avait sa plaie suturée qui le lançait par moments. Au moins la douleur lancinante avait disparu. Et ça allait mieux, condition de ne pas trop tirer dessus et de ne pas gesticuler de façon trop théâtrale. Le silence tomba alors qu'Alexandre s'assit sur le côté du lit qui était le plus proche. Il était irrascible, ça se voyait rien qu'à sa mine renfrognée et colérique. C'était ça, son plus gros défaut... cette fierté stupide qu'il voulait garder en permanence. Cela le conduisait à s'emporter pour n'importe quelle bêtise. Il fustigeait des gens même s'il était en tort, il se mettait dans une rage parce qu'un aubergiste avait commis une bourde qui aurait pu survenir à n'importe qui... Oui, d'Artagnan était quelqu'un de très fier, et comme s'il était fait d'or, la moindre petite trace lui était intolérable. Il se tourna vers Philippe et lui adressa un regard noir. Il ne parvenait pas à comprendre comment son frère pouvait rester aussi calme. Et cette attitude sereine l'énervait au plus haut point. Il finit par se lever, furieux et par ruminer en faisant les cents pas. Ce qui était énervant pour toute personne à côté de lui, parce que c'était le genre d'attitude agaçante, qui mettait les nerfs à fleur de peau ! Mais c'était aussi le moyen qu'avait l'aîné pour se calmer. Dans son monologue grognon, les mots "sale engeance", "couard", "diable", "maudit", "abject" et "nom de Dieu" avaient une place privilégiée et redondante... Finalement après cinq bonnes minutes, il finit par retrouver son calme, mais pas sa bonne humeur. Il se rassit sur le lit, ôta ses bottes et déclara, de mauvaise foi :

- De toute façon, je ne lui aurais pas fait de mal, il n'était pas armé, et je n'attaque pas les gens qui ne sont pas armés... on croirait que tu m'accuses de l'avoir agressé sauvagemment, alors que ce n'était pas mon intention.

A peine... mais c'était comme ça, il était de mauvaise foi, par pure fierté. Il défit les premiers boutons de sa chemise, se releva à nouveau pour allez placer les bottes sur le rebord de la fenêtre. Il aurait du les garder pour manger, mais il estimait qu'après l'offense qu'il avait essuyé, il pouvait se permettre de rester sans sa paire de bottes aux pieds. Sans prévenir, il attrapa Philippe et le fit basculer sur son épaule. Son cadet avait maigri, il n'était qu'un poids plume ! Sans qu'il ne puisse agir, il se dirigea à l'extérieur de la chambre, la ferma à double tour et fit tomber son frère sur ses deux jambes brutalement. Rangeant les clés à sa ceinture, il lui dit, catégorique :

- Tu n'iras pas te coucher tant que tu n'auras pas mangé. Dommage pour toi, il n'y a qu'une chambre de libre et c'est moi qui en ai la clé ! Donc tu as le choix. Soit tu me regardes manger et tu dors dans l'écurie, soit tu manges et tu dors dans un lit. Non mais regarde-toi donc ! Un coup de vent et tu t'envolerais ! Et je n'ose même pas imaginer l'allure que tu as sans tes vêtements pour te faire paraître plus gros ! Mais s'il y a besoin de te materner alors, je vais le faire. Tu vas manger, une bonne grosse floppée de bonne nourriture, si tu veux dormir dans la chambre. Sinon, trouve-toi une autre couche, la paille pourrait être confortable, si les chevaux n'ont pas déjà uriné dedans. Ce ne sera pas le lit en tout cas ! Je vais t'apprendre moi à te laisser maigrir de cette façon ! Allez, en avant !

Il le poussa en avant, sans ménagement et ils arrivèrent bientôt dans la grande pièce qu'ils avaient traversé. Une table avait été préparée et sur invitation de l'hôtesse, Alexandre s'installa, respirant les fumets divers. Son ventre grogna bruyamment alors qu'il observait son frère, visiblement courroucé.

- Si tu ne manges pas, nous n'arriverons jamais à Paris. Et tu vas faire peur à Marine si tu arrives avec une allure cadavérique. Je ne comprends pas pourquoi tu ne veux plus te nourrir normalement. D'accord tu as toujours eu un faible appétit, un appétit de femme d'ailleurs, c'est troublant... mais ce n'est pas une raison pour te laisser fondre comme neige au soleil ! Tu es plus léger que Marine ! Et je t'assure que c'est vrai parce que l'autre jour, je l'ai portée pour... euh... enfin, bon, bref, peu importe...

Oups... un petit peu plus et sa langue se déliait... Gêné par ce qu'il avait failli avouer aussi ouvertement, Alexandre attrapa le quignon d'une miche de pain et le rentra tout entier dans sa bouche, ayant à peine de la place pour la refermer...

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MessageSujet: Re: (Gascogne) La rancune reste au delà de l'amour fraternel [TERMINE]   04.10.10 22:33

Il avait oublié à quel point son frère pouvait avoir une si grande mauvaise foi ! Même si l'aubergiste n'était pas d'une finesse absolue, Alexandre s'emportait bien trop facilement et savait parfaitement rejeter la faute sur les autres. En gros, lui ne faisait rien de mal, les autres le poussaient à bout ! Le jeune duc regarda au plafond d'un air las. Certaines choses ne changeaient pas alors qu'elles devraient ! Son aîné ne savait pas mettre de l'eau dans son vin, ne savait pas se tempérer ni reconnaître ses torts. Philippe adorait son frère mais détestait cette partie de sa personnalité encore ancrée dans cette foutue fierté, cet honneur à deux sous qui ne voulait pas dire grand chose. A quoi sert l'honneur lorsque l'on perd ses repères ? Quand on perd la femme de sa vie et que personne ne vient vous réconforter ? Pire ! Quand son propre père vous rejette, vous insulte et vous accable des pires maux de la tête, vous rend responsable d'une mort dont vous ne vous remettez pas. A quoi sert la fierté lorsque la douleur est tellement forte sous le poids de la culpabilité, que votre cœur vous abandonne et que vos yeux n'ont plus assez de larmes pour pleurer votre chagrin ? Certes, Philippe avait lui aussi ce caractère des d'Artagnan, il n'aimait pas que l'on touche à sa famille ni à son amour-propre et pouvait s'emporter rapidement. Ces derniers temps furent assez troublants et son humeur ressemblait à un perpétuel haut et bas. Avec un rien, il se montrait agressif, blessant, méchant. Il aurait pu l'être lorsque son frère lui parla presque comme à un chien ! Mais non, il resta presque blasé. Il connaissait trop bien Alexandre pour savoir que répondre ne ferait qu'alimenter une querelle stérile où rien de bon ne sortirait. Il préféra déposer ses affaires et commença à fouiller pour prendre de quoi dormir. Dans son dos, Alexandre faisait les cent pas, c'était stressant mais il fit comme si de rien n'était mais il ne fallait pas le contrarier, le laisser ronger son os dans son coin pour qu'il se calme et qu'ils puissent passer à autre chose. Philippe était un garçon plus que tolérant pour son époque mais il ne supportait ni le mensonge ni le blasphème. Et dans son dos, le grand d'Artagnan réunissait les deux en un instant. Philippe parla tout bas mais pouvait sans complexe se faire entendre.

« Blasphème et mensonge. Passeport pour l'enfer avec de tels bagages … »

Cela paraissait excessif mais pour un garçon élevé dans l'amour de la religion, avec une mère le prédestinant à une carrière d'ecclésiastique, le jeune homme avait toujours tenté de suivre les grands principes et de ne jamais se trahir. Alors oui, il aime le jeu, il a connu plusieurs femmes – mais est toujours resté fidèle avec celle qu'il était – n'a jamais été un fils exemplaire envers son père, a sûrement effreindquelques lois dans d'autres royaumes, certes … Mais il restait intransigeant sur le respect de la religion et avait en horreur les blasphèmes et ne mentait presque jamais. Sûrement que ses mensonges se comptaient sur les doigts d'une main et semblaient à ses yeux, plus que justifié. Il agissait soit en danger de mort, soit pour protéger une personne à laquelle il tient ! Alors il détestait ceux qui mentaient à tort et à travers. Son frère le faisait par mauvaise foi et cela le rendait fou. Cette phrase, il lui disait quand il était plus petit et elle était ressortie toute seule, par réflexe sans doute. Il faut dire qu'en deux années, Philippe n'avait pas eu l'occasion de parler à sa famille, difficile donc de parler en espèce de langage codée avec ses proches. Si, avec Grégoire, il disait des phrases comme quand il était petit. C'était dans ses jours où il allait bien … De toute façon, la phrase passa inaperçue. Il crut que tout serait fini et qu'il pourrait goûter enfin au plaisir de dormir, de fermer les yeux et prendre un peu de repos. Il fallait avouer qu'il avait un capital sommeil plutôt réduit et savait que dormir avec Alexandre serait tout sauf du plaisir. Vu son gabarit, il allait prendre de la place et il ne manquerait plus qu'il ronfle ! Le Duc de Gascogne aimait son intimité et avait pris l'habitude de dormir seul, alors autant prendre de l'avance avant de se faire écraser ou alors de se réveiller en pleine nuit par un cauchemar, ce qui était son lot quotidien.

Quelle ne fut pas sa surprise lorsqu'il se sentit soulevé de terre et porté comme un vieux sac à patates. Avec son physique presque maigrichon, il n'était pas difficile pour Alexandre de l'emmener jusqu'en dehors de la chambre malgré les protestations de Philippe qui tentaient de se dégager en vain. Il fallait l'avouer, il n'avait pas le gabarit pour lutter face à un mousquetaire sur-entraîné, il fut poser à terre dans le couloir et lança un regard noir envers son aîné, il détestait qu'on le traite comme un enfant. Pourtant, le discours d'Alexandre résonnait dans tête et lui fit mal car il étai criant de vérité. Il se souvint lorsqu'il s'était regardé dans le miroir après tous ces mois à vivre à moitié dans les limbes, pleurer sur son sort et vouloir à tout prix la mort, il fut saisi d'horreur par tant de maigreur, il ne se reconnaissait plus ! Il ne s'était pas ressaisi pour autant ! Il était trop mal pour penser à manger et l'appétit lui manquait. Il n'allait pas se forcer alors que son estomac ne réclamait rien ! Grégoire le pressait parfois pour qu'il mange quelques bouchées mais rien de plus. Il n'avait jamais été un glouton, sauf au retour d'un long voyage sans escale mais cela restait assez exceptionnel. Il chapardait parfois à Barnabé, préférait les fruits et les sucreries aux grosses victuailles, aux gros repas de la noblesse où il se rendait. Poussé sans ménagement, Philippe grogna à moitié. Il n'avait plus l'âge d'être traité comme un enfant, il avait vingt quatre ans, était Duc de Gascogne et n'avait pas d'ordres à recevoir de qui que ce soit. Pourtant, il se laissa entraîner jusqu'à la salle à manger où deux belles assiettes les attendaient. C'est vrai que le plat avait l'air appétissant mais contrairement à Alexandre, son ventre ne s'alertait pas à la vue de la nourriture. Il s'assit en face de son plat, soupira et continua de lancer un regard noir à Alexandre. Il prit un air presque dégoûté lorsque son aîné commença à presque raconter sa vie conjugal.

« Trop d'informations, Alexandre. »

Il touilla légèrement le plat fumant, une odeur délicate se promena jusqu'à ses narines mais il ne démordait pas.

« Je ne comprends pas pourquoi tu t'obstines à jouer les grands frères protecteurs, je suis assez grand pour décider quand je veux manger. Là, je n'ai pas faim, ce n'est pas un crime quand même. Ce n'est pas que je ne veux pas, c'est que je refuse de me forcer juste parce que tu l'as décidé. Je ne vois pourquoi tu penses que c'est volontaire, je ne suis pas un fou voulant se détruire ! »

Pourtant, il se décida à avaler quelques bouchées, dans le silence le plus total. Il refusait d'en dire plus, il savait qu'il aurait tort aux yeux de son frère. Il laissa une bonne moitié de l'assiette dont Alexandre se ferait une joie de la finir. Les yeux dans le vide, il attendit que l'autre d'Artagnan finisse sa première assiette. Là, il ne tenait plus beaucoup sur ses jambes et se frotta la yeux.

« Finie la plaisanterie Alexandre, passe moi la clé s'il te plait. Je veux vraiment dormir et je veux t'épargner le spectacle de moi à demi-nu. Je ne veux pas te filer des complexes. »

Il lui fit un petit sourire. C'était bien sûr ironique, son corps n'était pas un canon de beauté. Il était totalement maigre et avec ses cicatrices sur les poignets, il ne voulait pas faire souffrir davantage son aîné qui en avait appris trop en si peu de temps. Conciliant, Alexandre lui avait donné et Philippe s'était empressé de retourner à la chambre, se changer en quatrième vitesse et faire sa prière, toujours en latin, et se coucha. Le sommeil ne tarda pas à le prendre au corps et il se retrouva rapidement dans les bras de Morphée. Il fallait en profiter avant qu'un cauchemar se faufile dans la nuit et l'empêche de faire une nuit complète. Et cela arriva. Il fut flou, sombre, tortueux mais d'horribles sentiments s'engouffrèrent en Philippe qui se tourna et retourna dans son lit. Il ne sut plus vraiment ce qui le réveilla mais il se redressa d'un bond dans le lit, haletant et en sueur. Il faisait nuit noir et Alexandre dormait profondément à ses côtés. Le jeune homme se leva et se mit à tourner en rond, ouvrit doucement la fenêtre pour prendre l'air puis finit par s'asseoir dans un fauteuil installé dans un coin. Le temps passa et il put enfin profiter de dormir à nouveau. Pas longtemps, une heure ou deux peut être. La tenancière venait le réveiller à l'aube, comme il l'avait demandé. Elle ne réveilla que lui, Philippe ne voulait pas que la pauvre femme se fasse enguirlander par un frère pas du matin. Il se leva du fauteuil où il dormait à moitié en position fœtal et s'étira. Il passa ensuite un peu d'eau sur son visage et s'habilla. Puis, il prit un verre qu'il remplit d'eau qu'il jeta sur le visage d'Alexandre. Solution radicale et il se recula assez vite.

« Chacun son tour d'empêcher l'autre de dormir. Dépêche toi, nous avons encore de la route. »

Il voulait arriver aux alentours de Poitiers avant la nuit. Ils y passeraient une nuit, il parlerait avec celle qui aurait du devenir sa belle mère, irait se recueillir seul sur la sépulture de sa bien aimée et ils pourraient repartir sur Versailles. Il mangea un peu en ce matin, peut être plus que d'habitude car la peur le prenait au ventre, un mal-être indescriptible et il éprouva le besoin de compenser. Puis comme à la veille, ils repartirent sur les routes. Cette fois, Philippe ne dit pas un mot. Ses yeux azurs se perdirent dans le vide, il connaissait cette route par cœur, la route de Poitiers que l'on contourne jusqu'au château de la Sayette, château qui a bercé la vie de celle qu'il aurait du épouser … Pas un mot ne sortit de sa bouche mais il portait tout le poids du monde sur ses épaules, son visage se figea par la douleur et la tristesse. Sa bouche se tordait dans un léger rictus de mal-être, ses traits durs le vieillissait d'un seul coup. Ses yeux brillaient, il sentait les larmes montées et cette fichue boule dans la gorge lui faisait un mal de chien mais il ne tentait de ne rien montrer. Cette tentative d'impassibilité fut un échec lamentable mais parler le trahirait totalement alors vaut mieux piper mot.

Le soleil se couchait lorsque Poitiers se dessina dans un horizon proche, ils n'étaient plus très loin. Son cœur se mit à tambouriner à l'intérieur de lui-même, il en eut mal presque à en crever. Il croyait que la douleur s'atténuerait avec le temps mais non. Il s'en voulait trop pour réussir à faire son deuil et le souvenir se faisait toujours aussi vif, laissant un goût âcre dans sa bouche. Le Château de la Sayette se dessina juste sous leurs yeux. Philippe s'arrêta d'un coup, jeta un coup d'œil à son frère, le regard presque désespéré, puis reprit au pas jusqu'au parvis du château. Là, une nouvelle fois tout s'enchaîna : un serviteur leur ouvrit puis la vieille comtesse, mère de la défunte Emmanuelle, arriva à son tour pour saluer les deux garçons ; une nouvelle fois, de la nourriture les attendaient ainsi qu'une chambre, chacun cela allait de soi dans un si grand château. Philippe appréciait cette vieille femme, endeuillée par la perte d'un mari puis d'une fille. Elle aussi portait la douleur sur ses épaules mais tous deux firent la conversation avec plaisir. La soirée ne s'éternisa pas, chacun regagna sa chambre, où Philippe ressortit presque aussitôt. Il préférait s'y rendre seul, à l'abri des regards. Il ne connaissait pas bien ses réactions. Le tombeau familial se trouvait non loin de la main, il s'y rendit à pas de loup. La crypte regorgeait d'ascendants de la famille, il fallait descendre pour trouver sa fiancée. En bas, il s'arrêta. Face à l'escalier de pierre, sa sépulture de pierre fraîche où était sculpté son corps endormi. Il eut quelques spasmes puis sans la moindre résistance, des larmes coulèrent et il se rendit jusqu'à la maison de pierres qui abritaient les restes de celles qu'il aurait du épouser, déposer quelques roses blanches cassées dans le jardin. Les larmes s'intensifièrent et il eut tellement mal au cœur qu'il ne sentait plus ses jambes et se laissa tomber jusqu'au sol, il pleura. Il resta plusieurs heures dedans à répéter qu'il était désolé, qu'il s'en voulait. Lorsqu'il n'y eut plus de larmes pour soulager sa peine, il rentra pour dormir. Il était assez tard pour dormir d'une traite jusqu'au matin. Ce même matin où ils repartirent à nouveau tôt le matin, Philippe avait les yeux gonflés, rougis par les pleurs de cette nuit et sa respiration restait toujours irrégulière.

« Ce soir, nous serons au manoir. »


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MessageSujet: Re: (Gascogne) La rancune reste au delà de l'amour fraternel [TERMINE]   29.01.11 17:34

- JE VAIS TE TUER !!!

Visage trempé, regard meurtrier adressé à son cadet qui quittait la chambre, Alexandre se leva brusquement du lit, dans le but à peine dissimulé de mettre sa parole à exécution. Mais par un hasard et une sacrée chance, il se prit les pieds dans les draps et trébucha, manquant de peu s'étaler de tout son long sur le sol. Il jura un nombre incalculable de fois, parce qu’il n’arrivait à se dépêtrer de l’étoffe brodée et tiède, ses nerfs ne faisant qu’empirer sa situation. Il parvint à s’extirper de là au bout d’un long moment, mais son frère était déjà parti… Il en profita pour s'habiller en poursuivant son lâcher d'obscénités à l'encontre de Philippe. Des noms d’oiseaux en passant par des propos argotiques peu raffinés, on avait une pléthore d’amabilités ma foi fort particulières ! Quand le mousquetaire descendit dans la salle à manger de l’auberge, il fusilla son frère du regard et s’assit carrément à une autre table, annonçant directement la couleur de cette journée, où du reste, pendant qu’Alexandre ruminait sa hargne et sa colère, les oiseaux chantaient, le soleil venait éclairer les arbres, faisant ruisseler la rosée sur les feuilles. Le contraste était aussi saisissant que drôle, sauf pour lui bien évidemment… Il ne remercia ni l’aubergiste ni sa femme pour le petit-déjeuner qu’ils lui offraient et leur aboya même dessus lorsque l’homme eut la folie de vouloir lui ôter le couteau avec lequel il étalait sa confiture, craignant probablement qu’il ne s’en serve contre son frangin. Quand vint l’heure de partir, il fut le premier à sortir, le visage renfrogné, sans desserrer les dents. L’aubergiste se sentit soulagé, cet homme était pire que sa femme ! L’aîné se dirigea vers Tempête, qui en sentant la tension chez son maître décida de jouer profil bas. Ce cheval était très intelligent, en plus d’être racé, il savait adopter la meilleure attitude selon le comportement de son propriétaire. En l’occurrence, il savait qu’Alexandre allait le seller sans ménagement et qu’il se montrerait très certainement brusque. Il se fit donc docile, sachant parfaitement qu’il était aussi inutile que dangereux de le provoquer davantage ! Comme prévu, le mousquetaire n’eut aucune douceur quand il mit la selle sur le dos de sa monture, aucune douceur non plus quand il monta sur son dos. Toujours dans un silence tendu et glacial, il lui donna un coup de pied sur les flancs. Si Tempête n’avait pas été habitué, il serait parti au triple galop après avoir rué. Il se contentant simplement d’un renâclement et se mit en route.

Alexandre ne fut pas très proche de Philippe durant toute la journée, comme bon nombre d’entre vous pourront s’en douter. A vrai dire, il ne lui adressa pas un mot, pas un regard, pas la moindre considération. Mais même sans le voir, il savait parfaitement que son cadet éprouvait une douleur que lui aussi avait embrassée, lorsque Marine avait manqué mourir. Aussi, il se tint en retrait et ne l’attaqua pas frontalement. Il respecta une trêve de circonstance, bien que l’envie le démangeait d’obtenir vengeance et de se défouler ! Intérieurement, il ne cessait de ruminer la façon dont le Duc avait osé le réveiller, en lui jetant un verre d’eau en pleine figure ! Il avait bien fait de s’éloigner parce que le Mousquetaire ne manquait pas de réflexes. Il n’avait du son salut qu’à cette saleté de draps, maudits un bon millier de fois. Evidemment, Philippe s’y était attendu et s’était mis très rapidement en sécurité. Il ne savait que trop bien qu’en restant il se mettait en danger. Les deux frères n’avaient pas besoin de se regarder ou de se parler pour se comprendre. Il y avait un langage des corps, des attitudes certes, mais il y avait aussi des silences, des instants où aucun mot, aucune échange n’était fait mais durant lesquels l’un et l’autre savait ce que ressentait l’autre. Poitiers allait être une étape difficile… Alexandre souhaitait s’éloigner de lui-même pour le laisser vivre les instants difficiles tout seul. Non pas qu’il l’abandonnait, il restait proche de lui, là pour le soutenir, l’épauler et l’aiguiller dans le brouillard qui l’envahissait à mesure que leurs chevaux avalaient les kilomètres les séparant de la ville. Malheureusement, il n’était pas spécialiste en relations sociales. Marine avait eu l’occasion de s’en rendre compte puisqu’il avait à plusieurs reprises eut un discours sûr de lui et fier, effaçant toute trace de sentiment. Et même si son épouse savait s’y prendre, elle savait que par moments, il se renfermait et s’isolait de tout ressenti, par nécessité. Il ne voulait pas être un fardeau pour son frère, le troubler avec une querelle finalement assez stupide, parce qu’il souhaitait le laisser faire son deuil et régler ses comptes personnels ici.

Ils arrivèrent à Poitiers vers la fin de la journée, alors que le soleil avait entamé sa descente vers l’horizon. Alexandre jeta un coup d’œil au Château et à son frère. Ce fut probablement le seul regard qu’ils eurent de la journée, pourtant quand leurs yeux se croisèrent, ils se transmirent mutuellement peine et soutien. Philippe était désespéré, ça se lisait dans son regard. Alexandre lui était simplement compréhensif. C’est peut-être parce qu’en cet instant précis, ils avaient eu cet échange silencieux qu’ils poursuivirent leurs routes et ne rebroussèrent pas chemin. Par respect pour ce qu’avait vécu la famille de la jeune femme et Philippe, il resta à l’écart, remplaçant son mine glaciale de toute la journée par un masque condescendant et aimable. Ainsi, il se montra fort poli, discret, calme. C’était troublant de le voir ainsi, ça lui demandait de faire un effort mais il n’éprouva rien à agir de la sorte. Il voulait simplement que son frère puisse avoir ce temps là pour lui, sans que rien ne vienne interrompre cette espèce de pèlerinage nécessaire à Philippe pour aller de l’avant. Par respect, il mangea normalement, respecta un certain silence. Il n’entra pas dans la crypte, de toute façon, il détestait les cimetières et les tombeaux. Il demeura dans les couloirs jusqu’à ce que son frère revienne. Il avait eu un frisson en le voyant, il était maigre, cadavérique… comme s’il ne tenait vivant que par un miracle… A cet instant, Alexandre en oublia sa vengeance personnelle et puérile et se rendit compte que son petit frère qui en passant était devenu aussi grand que lui, errait, sans but et sans destinée. Il semblait attendre qu’on le fauche, survivre dans une réalité qu’il voulait quitter. L’aîné était tapi dans l’ombre, oui, il l’espionnait, de façon discrète et efficace puisqu’il ne se fit pas repérer. Mais il n’avait pas la conscience tranquille, il craignait qu’il ne lui arrive quelque chose, qu’on lui fasse du mal, ou qu’il s’en fasse lui-même. Il s’en voulut à lui-même d’avoir la faiblesse de laisser échapper une larme qui roula sur sa joue. Quand il fut assuré que Philippe avait regagné sa chambre pour dormir, Alexandre retourna dans la sienne et resta allongé sur le lit, seul.

La nuit dernière lui revint en mémoire. Il avait apprécié le fait d’avoir le corps chaud de son frère non loin, cette présence qui le rassurait, qui mettait en veille ses instincts et ses craintes. Il fut surpris de voir que ça lui manquait, lui qui pourtant dormait seul au camp. Habituellement, il ronflait, il bougeait, et prenait pratiquement toute la place dans le lit. Marine avait trouvé l’astuce, elle dormait sur sa poitrine, qui bien que musclée, n’en était pas moins douce et confortable. Mais il aurait été indécent que Philippe fasse pareil, ça c’était clair ! Le problème ne s’était pas posé puisque pour la première fois de sa vie, Alexandre était resté immobile, il n’avait émis aucun ronflement, en tout cas, beaucoup moins qu’à l’accoutumée. Il était sensible à ce que vivait son frère, ayant failli vivre la même chose. Il l’avait entendu geindre, l’avait senti bouger, comme s’il revivait des cauchemars interminables. Alors certes, c’était à la longue assez pénible, mais il pouvait difficilement imaginer son frère torturé par ses songes sans qu’il ne puisse rien y faire. Cela le mettait en colère. Tellement qu’il ne ferma pas l’œil de la nuit et en profita même pour se lever et aller chercher de quoi manger, son ventre, vide depuis à peine trois heures criant famine. Avec ses entraînements et sa condition de Mousquetaire, Alexandre ne grossissait pas vraiment. L’exercice lui donnait de l’appétit en plus de celui qu’il avait déjà depuis qu’il était gamin. Des deux frères, il était celui qui mangeait pour deux et qui plaçait ça dans une réalité parallèle, ne prenant pas un seul gramme en plus. Quand il ne mangeait pas c’était que quelque chose le tracassait ou qu’il était malade. Autant dire qu’il demeurait toujours, dans ces cas là, dans une humeur exécrable, détestable et fort pénible, refusant toute approche et tout geste pouvant « blesser » son égo.

Lorsque le soleil vint doucement éclairer l’extérieur, il se leva sans peine et descendit. Mais il ne mangea presque pas, évènement rare, s’il en était. Bon vous me direz, vu ce qu’il s’était enfourné dans la nuit, c’était peut-être normal… mais non pas vraiment ! Il attendit Philippe puis ils partirent, reprenant la route. Tempête, qui sentait que son maître allait mieux aujourd’hui, se fit un peu plus douillet, histoire que son grognon de cavalier se fasse pardonner. Alexandre le caressa, se montra doux ce qui plut à l’animal. Il avait ce qu’il voulait, il était heureux. Non mais, avait-on idée de traiter un cheval aussi fidèle de la sorte ? Les excuses étaient le minimum. Quand je vous disais que la brave bête était intelligente ! L’aîné resta silencieux pendant une bonne heure, son ventre muet, nourri par les nerfs de la nuit précédente. Il se décida à prendre la parole lorsque son frère lui annonça qu’ils atteindraient le manoir le soir même.


- Non. Ce soir, tu viendras dormir à la maison, tu mangeras les bons petits plats que t’aura mitonné Marine, et ensuite, tu feras la connaissance de Guillaume. Et Aurore sera ravie de te retrouver ! Nous irons au manoir demain matin, rien ne presse. Je me moque d’être au manoir ce soir. Il y a des choses plus importantes, comme savoir comment tu vas, par exemple. C’est plus important que de retrouver deux menteurs, ça l’est pour moi. Tu sais que tu peux te confier à moi. Je vois bien que tu es retourné et que ça ne va pas vraiment. Tu as besoin de te changer les idées. Le Manoir attendra, toi tu viendras chez moi.

Il se tourna vers lui et leva le doigt impérieux, le regard déterminé :

- Et c’est un ordre.

Comme ça le démangeait d’aller au bout de sa pensée, il ne se gêna pas pour le faire, sans mettre de gant :

- Et plutôt que de rester muet comme une carpe, parle-moi, dis-moi ce que tu as sur le cœur. Tu commences à m’agacer à te murer dans ton silence assourdissant !

Mauvaise foi ? A moitié, en fait. Parce que même si Alexandre ne lui avait pas desserré les dents toute la journée de la veille, Philippe avait fait de même. Donc ils étaient à égalité et comme l’aîné avait rompu le silence le premier, il estimait que son frangin portait les torts, puisqu’à y être, il fallait trouver un coupable. Ce côté-là pouvait être énervant, mais le jeune Duc y était habitué à la longue.

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MessageSujet: Re: (Gascogne) La rancune reste au delà de l'amour fraternel [TERMINE]   05.02.11 2:01

La courte nuit lui fit du bien. Pas de cauchemar, pas de réveil en sursaut ni de sueur sur tout le corps. Juste quelques heures de sommeil pour tenir le coup et finir son voyage. Depuis deux années, Philippe dormait mal, ou à des heures irrégulières. Il n'était pas rare de le voir endormi dans le jardin, dans l'herbe, en pleine après midi, ou alors se réveiller vers midi car le sommeil lui est venu au lever du soleil. Ou alors il s'épuisait dans des activités toute la journée et se couchait, épuisé d'avoir couru ou galopé jusqu'à ne plus tenir debout. Mais il ne pouvait pas passer ses journées à se fatiguer, il lui fallait bien travailler et recevoir. C'est là, le soir, où il tourne en rond ou dans son lit, à chercher vainement les bras de Morphée qui ne viennent jamais. Et voilà comment une nuit se passe sans dormir ; à l'inverse, le jeune homme s'endort rapidement mais les cauchemars l'envahissent à vitesse folle, tous ses démons viennent se glisser dans ses rêves, l'affaiblissent au possible et le font se réveiller en sursaut, la culpabilité à fleur de peau et les larmes aux yeux la plupart du temps. Quand le cauchemar est trop pesant, il n'est pas rare non plus de l'entendre hurler. Les serviteurs de Lupiac ne s'inquiétaient plus à force mais les premiers temps, ils accouraient jusqu'à la chambre, croyant que leur maître s'était fait mal. Ici, il aurait été mal venu de hurler dans le château de son ancienne fiancée à cause d'un cauchemar. Heureusement, enfin d'une certaine façon, que la chagrin l'avait épuisé jusqu'au bout.

Autant dire que le gascon n'avait pas envie de faire la causette ni même de sourire. Après la nuit difficile dans la crypte à pleurer et culpabiliser, ses traits étaient tirés, fatigués et ses yeux encore rouge. Son visage fermé le vieillissait davantage, il faisait dur et si sérieux. Pas un mot adressé à Alexandre pendant un petit temps, pas envie de parler ni d'entendre des tremblements dans sa voix. Pas encore assez stable pour faire quoi que ce soit sauf continuer le trajet sur sa monture. Pourtant, un phrase sortit de sa bouche pour annoncer la durée de leur voyage. C'est tout ce qu'il pouvait dire et cela suffisait pour l'instant. Du moins, le croyait-il. Philippe n'attendait pas que son frère lui refuse d'accéder au manoir. Alexandre le protégeait et voulait lui éviter qu'il se retrouve seul au manoir, juste en compagnie de Barnabé. C'est vrai que le programme pouvait être alléchant : de bons plats par une belle-soeur sympathique, une vraie soirée en famille comme cela lui manquait, revoir sa filleule qui devenait une vraie petite fille et il lui tardait de découvrir son neveu Guillaume. Oui, tout cela semblait être une bonne chose et la logique voudrait que Philippe accepte sans broncher.

Sauf que Philippe n'aimait pas qu'on lui donne des ordre. Et quand Alexandre rajouta cette petite phrase, le duc fronça les sourcils. Par certains côtés, Alexandre ressemblait à leur père et ça le dérangeait, surtout ce ton tranché, comme s'il n'avait pas d'autres choix. Alors, rien que par esprit de contraction, il avait envie de dire non. Heureusement, il n'y avait pas que cela. Le Manoir regorgeait de souvenirs à la paix, bons comme mauvais certes, mais c'est là où le jeune homme avait grandi, s'était épanoui et avait vécu les meilleurs moments. De son enfance tumultueuse à la complicité de sa mère, des conflits avec son père aux fous rires avec son aîné, des discussions avec Barnabé aux repas de famille, tout s'était passé dans cette immense maison. Et sa chambre … La même depuis toujours, là où il passait son temps à écrire, à rêver mais aussi à accumuler ses souvenirs de voyages : tableaux, tapisseries, livres, vêtements … Tout venait de Venise, Vienne, du Nouveau Continent … Un mélange d'exotisme et bons moments qu'il avait passé loin de la maison. Revoir tout cela lui ferait du bien. Il avait besoin de ses racines, de repères anciens, de pouvoir se souvenir de choses positives dans chaque pièce. Pas comme au château de Lupiac où il n'y avait vécu principalement que la désolation, le chagrin et la recherche de la mort. Puis il devait parler à Barnabé de tout un tas de choses, le vieil homme l'avait vu grandir, il était à la fois un grand père pour l'âge, un père pour la présence et un ami pour l'écoute. Bref, Philippe préférait largement rentrer au Manoir. Sans compter que voir la famille d'Alexandre, la vie parfaite qu'il s'était construit lui renverrait en pleine face ce qu'il n'aurait jamais …

Ses pensées furent de courte durée, il n'avait toujours pas prononcé le moindre son lorsqu'Alexandre s'énerva et être de si mauvaise foi. Cela fit sortir le jeune d'Artagnan de ses gonds et il répliqua sèchement.

« Quand tu as fait ta tête de cochon hier, je n'ai rien dit, je ne t'ai pas adressé la parole parce que je savais que tu me parlerais mal. Par contre, quand moi je me tais, cela t'agace. Je suis désolé que cela ne te convienne pas mais j'ai passé deux années en tête à tête avec moi-même principalement, la conversation n'est pas une chose évidente, encore moins avec un caractériel lunatique. »

Voilà, c'était sorti. Philippe ne voulait pas parler méchamment mais il détestait qu'on lui impose les choses ou qu'on lui ordonne quoi que ce soit. Et Alexandre était de si mauvaise foi que de mettre les points sur les i était presque nécessaire. Et puisqu'il était lancé dans la conversation, il reprit en soufflant, mais dans un ton plus calme.

« Et merci de l'invitation mais je préfère rentrer au Manoir. Ce n'est pas contre toi ou ta famille mais ce soir, je serai fatigué et tout ce que je voudrais, ce sera mon lit. Quitte à voir ou revoir tout le monde, autant ne pas ressembler plus à un cadavre que je ne suis. Et, puisque tu veux que je te parle sincèrement, je préfère vraiment ne pas avoir le reflet de ta vie parfaite sous mes yeux après … après cette nuit. Tout cela est déjà assez difficile à supporter mais de voir tout ce que je n'aurais jamais le sera davantage. Alors toi tu peux rentrer voir ta famille, moi j'irais au Manoir, peu importe ton ordre. »

Il soupira, la gorge serrée de se rappeler à quel point il ne lui restait plus grand chose dans la vie. Lui, l'aventurier avait laissé place à un duc amoureux, un fiancé prêt à se marier et aujourd'hui il n'était plus rien. Pour la famille, il savait qu'un jour pourtant, il devrait bien se marier, au moins pour les conventions et avoir une descendance. Mais ça ne sera jamais pareil que de vouloir vraiment fonder une famille avec la femme que l'on aime. Parfois, il se dit aussi qu'il avait à présent un neveu et que l'héritier, ce sera lui puisque Philippe n'aura pas le cœur à jouer au mari avec une fille choisie plus par dépit que par sentiments. Cette pensée resta incrustée dans son cerveau un certain temps avant qu'une autre vienne la remplacer.

Alexandre avait parlé de « retrouver deux menteurs », de qui parlait il ? L'un des deux était leur père, c'était plus que sûr ! Mais le second … Et le vieux Barnabé apparut comme une évidence dans sa tête. La question était pourquoi ! Philippe avança son cheval et barra la route à son frère. Il sera plus simple de le faire parler et de le regarder dans les yeux que cote à cote sur leurs chevaux.

« Deux menteurs as tu dit tout à l'heure. Le père et … Barnabé ? Qu'a fait ce vieil homme à part te cacher mon état sous la coupe du père, sans aucun doute ? Lui pourrait tout nous raconter. Tu me parlais que tu étais venu à Lupiac rechercher père. Et si Barnabé savait quelque chose sur sa disparition ? Je pense qu'il serait judicieux d'aller le voir avant quoi que ce soit. Si je remonte, c'est en premier pour ce but et quand nous l'aurons retrouvé, je rentrerai chez moi. Alors autant se renseigner sans tourner autour du pot, ne crois-tu pas ? »

Son ton sérieux et son visage grave précisait qu'il ne plaisantait pas le moins du monde. S'il venait voir la famille, Philippe était surtout là pour aider Alexandre à retrouver leur paternel. A cette minute précise, le jeune homme n'avait qu'une envie : rentrer chez lui, et ferait tout pour y retourner rapidement après un bol d'air versaillais. Il y eut un silence de quelques instants, puis Philippe reprit la route et annonça dos à son frère.

« Nous serons donc au Manoir ce soir. »

Et il n'en démordrait pas, telle était sa décision. Après tout, il n'était pas d'Artagnan pour rien, ce caractère impérieux et l'idée de n'en faire qu'à sa tête quoiqu'il se passe était typique de la famille ! Et là dessus, Philippe ne pouvait pas renier son père, et inversement.

Le reste du voyage se passa rapidement et sans embûches. Tout comme ils virent les premiers rayons en partant de Poitiers, les derniers rayons allaient disparaître sous peu et l'orée de la forêt domaniale se profilait enfin. Mais plus ils avançaient, plus le ciel commença à s'obscurcir et le soleil se cacha derrière d'épais nuages gris. La pluie se mit à s'abattre sur les deux cavaliers. Le jeune Duc n'en avait cure, les tempêtes gasconnes étaient bien plus redoutables ! Juste, il prit soin de mettre la capuche de sa cape et se lança dans un galop endiablé. Quelques kilomètres le séparaient du domicile familial et pour la première fois du voyage, son cœur battait pour le plaisir d'y revenir. Semant Alexandre, le jeune homme arriva donc le premier au Manoir, là où la pluie se raréfiait progressivement. Enfin à terre après une journée de cheval, Philippe flatta sa monture lorsqu'il entendit des pas derrière lui, quelqu'un qui, à défaut de courir, se traînait dans son dos.

« Alexandre ! Te revoilà enfin ! Il faut que je te dise quelque chose … d'important … Au sujet de Philippe … »

Barnabé ! Le vieil homme tentait tant bien que mal de s'approcher de celui qui semblait être l'aîné des d'Artagnan. Avait-il enfin compris que cacher la vérité n'était que tromperie, que leur père l'avait lui aussi manipulé ? Mais avant tout, Philippe allait créer la surprise et fêter ses retrouvailles.

« Et que voudrais tu lui dire à mon sujet ? » répliqua t'il en découvrant son visage.
« Philippe ! Dieu sois loué, tu es de retour parmi nous ! »

Et voilà que les deux hommes tombèrent dans les bras l'un de l'autre. Philippe adorait ce vieil homme, une sorte de socle pour cette famille jamais d'accord et ce dernier aimait son petit fripon, celui qu'il avait vu grandir et s'épanouir.

« Tu es si maigre ! Comment vas tu ? »
« La vie continue … Mais avant de te préoccuper de moi, fais attention à toi. »
« Comment cela ? »
« Tu as menti à Alexandre sur ma fugue et, tu le connais, il est très remonté. »

Le vieil homme acquiesça tandis que le cheval d'Alexandre arriva enfin. Lorsqu'à son tour, il descendit de sa monture, deux enfants accoururent jusqu'à lui en criant.

« Papa ! Papa ! »

Philippe resta en retrait, à observer la petite famille tandis que Barnabé alla saluer Alexandre, même s'il savait que l'aîné d'Artagnan n'allait pas être le plus aimable. Se sentant de trop l'espace d'un instant, le Duc s'éclipsa dans les écuries pour enlever la selle d'Hébé et laisser enfin sa monture se reposer un peu avant de retourner dans la maison poser ses affaires. Dans l'entrée, Philippe regarda la maison de son enfance et constata que rien n'avait changé, comme s'il n'était jamais parti. Et pourtant, à ses yeux, cela semblait une éternité …




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Donner du style à son caractère- voilà un art grand et rare ! Celui-là l'exerce qui embrasse tout ce que sa nature offre de forces et de faiblesses, et qui sait ensuite si bien l'intégrer à un plan artistique que chaque élément apparaisse comme un morceau d'art et de raison et que même la faiblesse ait la vertu de charmer le regard.

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MessageSujet: Re: (Gascogne) La rancune reste au delà de l'amour fraternel [TERMINE]   15.08.11 14:32

- Ah tiens donc ! Parce que c'est moi le caractériel lunatique peut-être ? Tu manques pas d'air !

Il avait marmonné ces mots d'un ton hargneux mais il réfléchit un instant. Effectivement, Philippe ne faisait que se recueillir et rester silencieux. Il avait respecté son silence à lui et en retour il se devait de respecter le sien. Mais ne comptez pas vraiment qu'il exprime la moindre excuse ni à ce qu'il reconnaisse ses torts. Pour lui, Philippe était pénible à ne plus parler pendant des heures, il ne supportait pas de voir son frère plongé dans un tel mutisme. Et l'envie ne lui manquait pas de lui faire remarquer, que c'était lui qui s'était isolé et qui l'avait oublié, rayé de sa vie. D'ailleurs, il avait trouvé surprenant que son frère d'habitude indépendant et plutôt mature, ne cherche pas à renouer des liens avec lui... Alexandre ne lui avait rien fait, il avait cru aveuglément ce que lui disait son père et Barnabé. Il se radoucit néanmoins quand le cadet évoqua sa famille. Il comprenait pourquoi il refusait de la rencontrer le soir même. A vrai dire, Alexandre ne voulait pas étaler sa vie "parfaite", il cherchait simplement à avoir son frère près de lui. Pas question de l'avouer, encore une fois il taisait tout ce qui pouvait donner un coté trop sentimental. L'aîné en voulait à la terre entière de voir le plus jeune malheureux. Il aurait volontiers échangé sa vie contre celle de Philippe pour le rendre heureux et pour lui redonner le sourire. Néanmoins, il était agacé par le côté défaitiste que l'autre arborait. Et aussi par son refus d'autorité. Alexandre ressemblait à son père plus qu'il ne l'aurait voulu. Il avait cette fâcheuse tendance à mettre les gens devant le fait accompli et à ne pas supporter le moins écart de conduite. Une telle attitude générait du respect car il passait pour charismatique. Parfois pourtant, elle engendrait des conflits et des tensions. C'était le cas avec Philippe mais aussi avec Nicolas de Ruzé. Loin de se remettre en question, d'Artagnan préférait faire retomber la faute sur les autres dans une incroyable mauvaise foi. Il répondit donc à Philippe :

- Tiens, regarde, et après c'est moi le lunatique et le caractériel ? Moi Monsieur, je ne suis pas un contestataire permanent ! Si tu veux aller au manoir, va au manoir... mais arrête de dire que tu n'aurais jamais ma vie. D'abord c'est faux et ça, tu le sais. Maman nous a toujours dit quand nous étions petits que nous devons croire en nous pour réussir notre avenir. Tu sais comme moi ce qu'elle aurait dit en t'entendant aujourd'hui. Ensuite, ma vie n'est pas parfaite... la vie avec Marine et les enfants n'est pas rose tous les jours et je ne les vois pas aussi souvent que je voudrais. J'ai pas envie d'étaler tout ça si ça te fait du mal. Je respecte ton choix. De toute façon, tu as raison. Va falloir te raser avant d'embrasser ma femme et te remplumer pour pas faire peur à mes gosses !

Il lui lança un regard taquin avant de redevenir sérieux. Quelques secondes passèrent avant que sa voix pleine d'amertume ne marmonne :

- Si je le pouvais, j'échangerais ma place contre la tienne, Philippe... Je ne supporte pas de te voir dans cet état. Mais toi aussi tu as droit au bonheur... il faut que tu avances maintenant...

Pertinemment il savait que c'était plus facile à dire qu'à faire. Lui-même avait réagi pareil quand Marine avait failli mourir et qu'il s'était fait copieusement sermonné par son père. Il avait pu compter sur le cadet pour l'aider aussi il était déterminé à lui rendre la pareille même s'il savait qu'il s'y prenait tard. Les blessures étaient faites, et pendant toutes ces années d'isolement, Philippe avait eu malheureusement le temps de se torturer au point de déprimer. Il haussa un sourcil de surprise quand il lui barra la route de son cheval et l'observa. Un air réprobateur commençait à naître sur son visage car il n'aimait pas qu'on lui impose un arrêt de cette façon. Le cadet aborda en plus un sujet qui fâchait. Pour Alexandre, oui, il y avait deux menteurs. Son père en était un et ça il ne lui pardonnerait pas. Mais la personne à qui il allait pardonner encore moins, c'était Barnabé. Aussi vieux eut-il été, l'aîné n'allait pas le manquer et ne se garderait pas de lui expliquer le fond de sa pensée. Il était déterminé à tirer tout ça au clair. Le serviteur était forcément au courant de la situation avec Philippe et il ne lui avait rien dit ! Or, depuis qu'il avait vu que le jeune homme avait essayé de se tailler les veines, le mousquetaire était furieux que sa propre famille lui ait menti au risque de mettre en danger la vie du Duc. La colère commençait à lui monter et il écouta son frère émettre des hypothèses pour essayer de sauver la peau du vieil homme. Cela eut pour effet de l'énerver et il répliqua avec une intransigeance impitoyable :

- Ne commence pas à lui chercher des excuses ! Pas toi ! Père était au courant de ce qu'il t'avait fait et de ce que tu allais faire. Barnabé aussi l'était ! Et ça ne les a pas dérangés le moins du monde de me mentir sur ton sujet en me disant que c'était toi qui était parti pour éviter que je ne te recherche. Il n'y a pas d'excuse à donner à cela ! AUCUNE EXCUSE ! En me mentant, ils t'ont isolé, ils t'ont laissé seul, dans tes malheurs ! Je n'aurais pas du leur faire aveuglément confiance ni prendre pour moi ton départ... je ne le nie pas. Je suis en tort sur ce point. Mais si on ne peut plus faire confiance à sa propre famille... Tu as failli te tailler les veines, parce qu'ils m'ont caché la vérité ! Tout aurait été différent si j'avais su. On parle d'honnêteté, alors je vais être honnête. Je me moque éperdument de ce qu'est devenu Père, je veux savoir pourquoi ils m'ont menti ! Et je le saurais, quitte pour cela à devoir me montrer brutal. Et ça, Philippe, tu pourras essayer de chercher des hypothèses, tu ne m'en empêcheras pas. Alors je te le dis, ce n'est même pas la peine d'espérer me faire changer d'avis et de méthode. Tu ferais mieux de garder ton énergie pour toi.

D'un signe de la main il balaya toute tentative de réponse et après un geste énervé, il fit dévier Tempête pour reprendre sa marche. Le reste du voyage se passa dans le silence. Lui aussi languissait de rentrer, ne serait-ce que pour retrouver sa famille... du moins ce qu'il en restait. Il nourrissait la rancoeur et la rage au fond de lui. Son visage était crispé, il était nerveux. La discussion avait eu le don de le rendre irritable. Et quand l'averse commença, inutile de préciser que ça en rajouta une couche. Il vit Philippe partir au galop sur sa monture et il ne put s'empêcher de penser que le jeune homme se berçait d'illusions. La demeure de leur père ne serait plus le lieu d'innocence, de chaleur et de retrouvailles de leur enfance. Il traînait le pas, conscient que de toute façon, plus lentement il arriverait et moins il serait agressif. Il était même tenté de partir directement sur Paris et de ne pas suivre le Duc. Sa femme lui manquait davantage que tout le reste et elle était une des personnes à laquelle il pouvait se confier et obtenir de bons conseils, même s'il s'entêtait parfois à ne pas les respecter... Quelques minutes après le cadet, le mousquetaire arriva enfin. Il stoppa sa monture et en descendit. Il avait vu les deux hommes s'enlacer et une colère sombre monta en lui. Heureusement, ses enfants se dirigèrent vers lui, tout heureux de le retrouver. Il les prit dans ses bras et les souleva de terre, les faisant reposer sur ses biceps légèrement endoloris à cause du voyage. Sa blessure le lança légèrement mais il s'efforça de ne pas le montrer. Il les embrassa l'un après l'autre puis les déposa sur le sol et leur dit :

- Rentrez maintenant. Ce sale temps pourrait vous faire attraper froid.

Les enfants s'exécutèrent avec entrain. Barnabé s'était approché de l'aîné pour le saluer mais Alexandre se contenta de lui jeter un regard glacial qui stoppa l'initiative du vieil homme. Il prit Tempête par la bride et se dirigea vers les écuries où il croisa son frère. Demeurant silencieux, il enleva la selle de son cheval et se mit à le brosser. C'était machinal, il avait besoin de ça pour se contenir. L'animal apprécia et ne semblait pas mécontent d'avoir enfin droit à une pause bien méritée. Avec le temps il commençait à fatiguer et avait du mal à suivre la fougue de son maître. Ce dernier s'en était rendu compte et il en prenait soin autant que possible. Ce cheval en plus d'être fidèle était aussi très intelligent. Le Mousquetaire savait qu'il n'était pas éternel et il avait commencé des recherches pour trouver une jument racée et le faire procréer. Cela mettrait du temps car il était exigeant et il fallait marchander sur cet échange de bons procédés. Après dix longues minutes, Alexandre sortit de l'écurie et laissa ses bottes à l'entrée, sous le petit portique du manoir. Il était trempé de toute façon... Visage fermé et impassible il se sentit observé. Il tourna ses yeux vers des buissons et un éclair zébra le ciel, l'éblouissant légèrement. Il ne vit rien de suspect, et poussa la porte pour rentrer dans la maison où il avait grandi. Il y faisait bon... et il y avait une odeur de gâteau dans l'air. Pourtant, la porte fut claquée dans un grondement sourd, accentué par le roulement proche du tonnerre. L'expression qui disait que le silence annonçait la tempête prenait ce soir, tout son sens...

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MessageSujet: Re: (Gascogne) La rancune reste au delà de l'amour fraternel [TERMINE]   24.10.11 23:27

Maison ! Finalement revenir ici n'était pas des plus difficiles. Il y avait quelque chose dans ce jardin et entre ces murs, des souvenirs à la pelle, pas toujours des plus sympathiques mais c'était sa maison. Philippe avait eu beau voyager, découvrir le monde jusque par delà l'Atlantique mais finalement, il revenait toujours ici avec grand plaisir. Et là, il était presque soulagé que son père ne soit pas, pour profiter pleinement des retrouvailles. Revoir ce second père, Barnabé, lui faisait tellement du bien ! Et peu importe ce que pouvait dire son frère, le vieil homme avait été obligé de lui cacher la vérité, ce n'était pas de sa faute, il ne fallait pas chercher un coupable à tout prix. Et voir ces deux enfants courir vers leur père, c'était quelque chose à ne pas rater. C'était tellement adorable, le jeune Duc s'était senti de trop et avait emmené sa monture aux écuries pour laisser un moment d'intimité. Il prit tout son temps pour retirer la selle d'Hébé et le mettre davantage à l'aise, avant de retourner dans le manoir. Il y avait une aura dans cette maison, quelque chose d'indescriptible qui emplissait Philippe de joie. Ses yeux bleus se posèrent sur chaque pan de mur, meuble, bibelot pour imprimer cet instant, comme s'il n'avait jamais cru pouvoir revenir.

En fait oui, le jeune homme ne pensait remettre les pieds chez lui, il avait tenté de mettre fin à ses jours et n'avait plus eu envie de quitter sa Gascogne, son château de Lupiac où il avait construit une vie. D'accord, elle était des plus mélancoliques, d'Artagnan n'était pas le même là-bas, plus sombre, sérieux, introverti, loin de celui qui avait rempli cet endroit de ses rires, ses vers et sa musique. Il allait retrouver SON violon, pas un ersatz acheté pour combler l'ennui en Gascogne. Combien de temps apprécierait-il cette maison ? Combien de temps avant l'envie de repartir ? Une chose était sûre : une fois leur père de retour, Philippe rentrerait en Gascogne, il était hors de question qu'il vive sous le même toit que cet homme. Il avait toujours en travers la façon dont le paternel l'avait enguirlandé juste après la mort d'Emmanuelle, il s'était comporté comme la pire des ordures alors que son fils avait besoin de soutien … Mais bien vite, il balaya cet horrible souvenir du regard, profitant de cet instant présent, presque insouciant. Tant qu'Alexandre n'entrait pas dans la maison, ce moment serait un bon moment. Il savait son aîné en colère, le pauvre Barnabé allait s'en prendre plein la tête alors qu'il n'avait fait que respecter les directives de leur père.

Retirant ses bottes et son manteau qu'il accrocha, Philippe fit quelques pas à l'intérieur et fut accueilli par les deux enfants qui le fixaient. Interdit l'espace d'un instant, il vit ces deux paires d'yeux le détailler de près, puis Aurore tendit son doigt vers lui et parla d'un ton accusateur, ce qui était risible vu son jeune âge tandis qu'il s'accroupissait pour être à leur hauteur.

« T'es qui, toi ? »
« Moi ? Je suis le frère de ton papa. »
« C'est MON papa ! »
« Oh mais je te le laisse ! Moi, mon papa c'est papi. »
« Prouve »
« Voilà qu'il faut prouver que je suis un d'Artagnan ! »
lâcha Philippe en riant.

Le jeune homme croisa le regard de Barnabé puis regarda à nouveau les deux enfants, dont sa filleule qui semblait attendre sa réponse. Le cadet de la famille chercha un moyen de prouver sa bonne foi puis repensa à la musique qui lui jouait quand elle était petite et dont Alexandre lui avait raconté l'anecdote. Alors Philippe se mit à fredonner doucement la mélodie, la connaissant par cœur tant il avait écouté sa mère avant de la jouer à son tour.

« Le lonlon ! » s'écria Aurore avant de courir vers Philippe et enserrer la jambe de Philippe.

Guillaume, toujours réticent, hésita avant de s'approcher de cet oncle qu'il n'avait jamais vu et tendre les bras pour que le duc le porte, ce que fit Philippe alors que le vieil homme regardait la scène, amusé.

« Tu as toujours eu un don pour les enfants. »

Philippe ne fit que sourire avant de se tourner vers le petit garçon dans ses bras qui n'avait rien dit jusque là mais qui le dévisageait depuis tout à l'heure, sans aucun pudeur.

« Alors Guillaume … tu entres dans la lignée. Toi aussi tu as un nom de roi, comme Guillaume le Conquérant ! Toi aussi tu as un nom prédestiné. »
« Moi aussi j'ai un nom de roi ? »
« Toi, tu as un nom de déesse, tu es celle qui ouvre les portes du jour. »


Il caressa les cheveux de la petite fille qui lui fit un large sourire pendant que Guillaume entoura ses petits bras autour du cou du gascon et posa la tête sur son épaule. Philippe se sentait apaisé à cet instant, pensa que son frère avait une chance inouïe d'avoir de tels enfants.

« Qui veut du gâteau ? »

Les enfants se détachèrent de leur oncle pour courir vers la cuisine où une bonne odeur se dégageait. Barnabé tendit un morceau à Philippe qui refusa poliment.

« Tu es si maigre, tu dois manger. »
« Je n'ai pas faim. »
« Tu es contrarié ? »
« Je sais qu'Alexandre t'en veut de ne pas lui avoir parlé de ma situation et … »
« Ton père m'a fait promettre de ne rien dire. J'avais donc le choix entre le courroux de d'Artagnan père ou d'Artagnan fils. Autant choisir entre la peste et le choléra. »
« Tu aurais pu lui dire. J'ai passé deux ans seul, j'aurais aimé au moins voir mon frère … Papa a eu mes courriers ? »
« J'ai pu avoir entre mes mains les trois premiers. Après … Oh, ai-je besoin de t'expliquer comment fonctionne ton père ! Si secret ! »

Alors que Philippe acquiesça, la porte claqua violemment. Alexandre revenait dans la maison, fin de la pause détente. Les petits regardèrent leur père comme si Dieu en personne venait d'entrer dans la pièce. Philippe était accoudé contre une poutre en bois, connaissait chaque expression de son frère et le trouvait trop calme en cet instant. Il décida d'intervenir avant que cela ne dégénère. Il se plaça entre Alexandre et Barnabé et prit la parole en premier.

« Il a certes fait une erreur il a reçu des ordres du père, tu ne peux pas le blâmer d'être un serviteur fidèle. Si moi je ne lui en veux pas, tu n'as pas de raison pour l'être. Et tu ne vas pas hurler devant les enfants, quand même. » Philippe se voulait le médiateur de la paix et continua avec un petit sourire. « Je suis de retour, n'est ce pas le plus important finalement ? »


[Faudrait quand même le clôturer non ? ]

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Donner du style à son caractère- voilà un art grand et rare ! Celui-là l'exerce qui embrasse tout ce que sa nature offre de forces et de faiblesses, et qui sait ensuite si bien l'intégrer à un plan artistique que chaque élément apparaisse comme un morceau d'art et de raison et que même la faiblesse ait la vertu de charmer le regard.

Prince Philippe:
 


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MessageSujet: Re: (Gascogne) La rancune reste au delà de l'amour fraternel [TERMINE]   28.04.12 23:17

Alexandre n'était clairement pas de bonne humeur. Quand il entra, sa seule envie était d'en découdre sur le champ. Il gardait ça depuis trop longtemps et même si le voyage du retour s'était plutôt bien passé dans l'ensemble, il avait largement eu le temps d'accumuler une rage sans précédent. Et quand l'aîné explosait de colère, il n'était pas beau à voir. Philippe avait raison de tenter de tempérer son frère. Et d'ailleurs il le connaissait suffisamment pour savoir qu'il l'écoutait, même s'il bouillait au fond de lui. Aurore et Guillaume le virent et démandèrent immédiatement à être pris dans ses bras. Le Mousquetaire les souleva, les tenant chacun de ses bras massifs et entraînés. Il lança un regard foudroyant à Philippe mais fut distrait par Aurore, qui bien que petite, avait déjà préparé tout un discours pour raconter son petit quotidien. D'Artagnan se radoucit un peu et l'écouta avant de leur faire une bise. Il les posa au sol et avec sévérité, mais une certaine douceur, il leur demanda de se rendre dans leur chambre et de fermer la porte. Aurore allait émettre une objectif lorsqu'il fronça les sourcils. Elle céda finalement, à contre-coeur et pris Guillaume avec elle pour le conduire dans leur chambre, située au rez-de-chaussée. Quand la porte se referma, Alexandre retrouva son air froid et tendu et il lâcha mauvais, à voix basse, à l'encontre de Philippe :

- Toi, tu ne lui ne veux peut-être pas pour t'avoir menti et manipulé, moi si. Si tu n'as pas de raison de le blâmer, c'est ton problème, pas le mien. Et ce n'est pas parce que tu es de retour et que cela va créer l'euphorie, que tout doit être effacé. Je veux des explications et je les aurais, de gré ou de force. Et comme tu le vois, les enfants ne sont plus un problème.

D'un geste déterminé et un peu brutal, il l'écarta de son chemin en le poussant sur le côté. Barnabé le regardait avec calme. Il était habitué aux colères de son père et il n'y avait pas pire... Alexandre était nerveux, il avait tellement de choses sur le coeur qu'il ne savait plus par où commencer. Le serviteur brisa le silence le premier, conscient qu'il fallait crever l'abcès désormais et serein quant au sort qu'il allait lui être réservé. Il n'était pas lâche, il n'allait pas supplier Alexandre de se calmer et il ne tenterait pas de s'esquiver. Il avait toujours assumé ses positions et ses choix même devant un Charles hors de lui. Et dans cette histoire, s'il n'avait pas donné de nouvelles, c'était simplement parce qu'il s'était laissé convaincre que la famille était plus protégée de façon éparpillée et qu'il fallait du temps à Charles pour éliminer la menace qui pesait sur leur famille.

- Sache que le fait de crier ne va servir à rien.

Alexandre avait fait d'énormes efforts pour être tendre avec ses enfants et pour ne pas exploser littéralement sur le seuil de la porte. Il n'avait plus d'énergie pour résister une seconde de plus. Il explosa, dans un éclat de voix grondant comme un coup de tonnerre, le visage écarlate de colère :

- Je crie si je le veux ! Je devrais me taire peut-être ? Après ce que vous avez fait ? Lui et toi ? Comment as-tu pu trahir ma confiance ? Quel monstre es-tu donc ? Vous m'avez tout caché, la dispute, son éjection de la maison ! Vous m'avez menti, en me faisant croire qu'il ne voulait plus nous voir ! Après ce qu'il avait subi, après ce qu'il avait vu et vécu, vous l'avez considéré comme un bâtard ! Même pire qu'un bâtard ! DEUX ANS !!! DEUX ANS QUE JE CROIS VOS CALOMNIES !!! ET IL FAUDRAIT QUE JE ME TAISE ? JAMAIS ! JE CROYAIS QUE NOUS ETIONS UNE VRAIE FAMILLE MAIS VOUS N'ETES QU'UNE BANDE D'HYPOCRITES PAPA ET TOI ! Vous n'êtes que des lâches ! Où sont-elles ses valeurs que nous devions suivre à la lettre ? Oubliées ! Piétinées ! Vous avez craché dessus nom de Dieu ! Vous avez renié ce que vous nous avez toujours enseigné !

- Nous ne l'avons pas rénié. Ton père a donné des directives, concernant ce qu'il pensait être bon. Tu sais que son instinct est toujours bon.

- SON INSTINCT ? AU DIABLE SON INSTINCT ! Ce que je vois, c'est qu'il a détruit notre famille, il nous a éloigné. Que reste-t-il des d'Artagnan ? Un nom et une réputation sur laquelle vous avez craché ! JE VEUX TOUT SAVOIR !!! ABOLUMENT TOUT TU M'ENTENDS !!! TOUT !

Il vociféra les derniers mots avec une telle puissance qu'il en perdit sa voix. Il donna un grand coup de poing sur la table qui bien qu'en bois massif trembla étrangement. Barnabé qui n'avait pas cillé et ne le quittait pas des yeux, lui répondit, d'un ton calme :

- Nous n'avons pas détruit la famille, c'est grâce à votre père si vous êtes en vie aujourd'hui.

Il n'eut pas le temps de poursuivre. Alexandre n'en démordait pas. Il saisit violemment le bras de Philippe, arrache d'un geste brusque le bout de sa manche et exhiba les scarifications qu'il avait sur les poignets. La mâchoire serrée, il répliqua, cinglant :

- Et ça ? C'est grâce à lui, oui ! A lui et à toi ! Il avait besoin de nous, vous l'avez tous abandonné à son sort ! Tu crois que je vais te pardonner ? A toi comme à lui ? JAMAIS ! Tu m'entends ? Jamais !

Barnabé vacilla et pâlit devant les marques de Philippe. Ce dernier retira violemment son bras et lança à Alexandre un regard noir. Il n'aurait jamais pensé que l'aîné exhiberait sa tentative ratée de la sorte, probablement. Le serviteur s'assit sur le siège le plus proche et confia :

- J'ai dit à votre père que c'était une mauvaise idée, qu'il devait rattraper les choses autrement. Il a refusé de revenir sur ses positions. Je n'aurais jamais cru que tu ferais ça Philippe... et ton père non plus... les apparences ne sont pas ce que vous croyez. C'est un homme bon, même s'il ne vous le montre pas très souvent.

- Il ne le montre jamais, à part critiquer, aboyer et se comporter comme un chien enragé, il n'a jamais ressenti le moindre amour pour nous !

Aveuglé par sa rage, Alexandre se laissait aller à de la mauvaise foi, ce qui agaça le serviteur :

- Ne sois pas stupide et désobligeant ! Charles vous aime plus que tout ! Tu veux savoir pourquoi il est parti, n'est-ce pas ? Pourqu'il a chassé Philippe ? Tu n'as pas idée des raisons de ses actes et tu le juges quand même. Les vraies raisons de ses actes vous dépassent !

- QUELLES SONT-ELLES ?!?

Alexandre était de plus en plus énervé. Il était le portrait craché de son père à cet instant précis. Le serviteur se dirigea calmement vers la cheminée pour y caresser doucement l'arrête de bois massif dans l'encadrement. Il y eut un petit déclic dans la colonne. Barnabé tira sur un tiroir mince encastré de façon camouflée et habile dans la pierre. Il en sortit un paquet de lettres. Alexandre, impatient s'approcha mais le vieil homme le stoppa d'un regard. Il déplia le vieux papier jauni où s'étalait l'écriture linéaire et très lisible de Charles. Il les invita à s'asseoir. L'aîné refuse, alors il prit sa chaise pour s'intaller. Le silence s'était soudainement installé dans la pièce. Barnabé s'éclaircit la gorge et commença sa lecture, doucement, tenant son assistance en haleine. Même Alexandre ne disait plus un mot et semblait hypnotisé par ses révélations.

Citation :
Mon cher Barnabé,

Les temps sont difficiles. Je vous ai fait promettre de ne rien dire et gare à vous si j'apprenais que vous aviez donné les informations de cette missive à qui que ce soit. Je vous rappelle que je n'accepte pas les trahisons et que cette affaire concerne désormais le secret d'état, auquel je suis sommé, comme vous le savez de me plier.

Les pistes ont été difficiles à trouver. J'ai longtemps parcouru les chemins en quête des bandits qui ont assassiné la fiancée de Philippe. J'ai pensé que les deux affaires se recoupaient, ainsi que je vous l'indiquai dans ma précédente lettre, celle que je vous ai ordonné de jeter au feu et qui j'espère a subi le sort que je lui avais réservé en l'écrivant. Ainsi, disais-je, je me suis lancé sur la piste de ces assassins. J'ai gâché mon temps ! Les malotrus ont agi par appât du gain, simplement attiré par la fortune potentielle de ce si beau couple, qui leur est tombé sous le nez par la plus pure des providences. Et dire que vous y voyiez l'intervention de Dieu pour nous punir ! Je me gausse ! Quand cesserez-vous donc de croire en ces sornettes ! Vous finirez par vous y perdre vous-même !

Enfin, qu'importe, là n'est pas le sujet. Pourquoi tuer pour de l'argent ? Je vous le demande ! Le monde ne compte-t-il désormais que des saligots répugnants de convoitise et couards au point de s'en prendre à une femme ? De mon temps, les hommes avaient le courage de s'en prendre aux hommes, et de se battre dans des duels équitables ! Le vrai combat et la vraie valeur sont des choses qui se perdent ! Et c'est affreux ! Qu'il me soit donné l'occasion de faire ravaler leurs injures à ces ignominies sans nom ! Parbleu ! La tragédie de ce meurtre, n'est pas simplement le chagrin que cela a apporté à Philippe mais le fait que même armé d'une râpière, d'un mousqueton ou de n'importe quel canon, il n'aurait pas pu se battre et l'emporter. Pas par faiblesse, tout simplement parce qu'il sait ce qu'est le courage, comme tout d'Artagnan qui se respecte et que la lâcheté, le mépris sont des armes viles contre lesquels, nous ne parviendrons jamais à nous défendre et à nous protéger.

Je sais que vous allez rire de façon ironique et en fronçant les sourcils ! Cessez donc de vous en cacher ! C'est comme si vous étiez en face de moi ! J'aurais du dire cela à Philippe, mais vous savez comme moi que la décision que j'ai prise était nécessaire. Après les menaces dont j'ai fait l'objet, ce qui m'importe le plus c'est de savoir mes enfants en sûreté, loin de moi, ayant une raison pour me détester ou ne pas me retrouver. Philippe devait partir et ne pas revenir. Croyez-vous que ça me réjouisse de le savoir en haine contre moi ? J'ai fait un serment, vous vous en souvenez, vous étiez là ! Je lui ai promis que je veillerais sur eux et c'est ce que je fais, dûssai-je sacrifier ce qui m'est cher. Les sentiments n'existent plus dans ce combat. Par malchance, j'ai hérité d'enfants aussi curieux qu'entêtés ! Et je vous défends de sourire, nom de Dieu ! Ils sont tellement brillants et éveillés qu'ils sont bien capables de tout faire basculer et de tout découvrir ! Alors, allez au diable avec vos supplications ! Rien ne doit arriver à leurs yeux ou à leurs oreilles, du moins pour l'instant. Et je vous interdis de leur révéler quoi que ce soit, je vous en ferais découdre dans le cas contraire !

Je suis désormais à la recherche des auteurs de ces lettres de menace, les bandits n'étant qu'une simple coincidence sur nos chemins. Nul ne sait où je me trouve à part vous, et encore, j'ai brouillé les pistes pour que personne n'ait exacte connaissance de ma position. Le Fou va bientôt passer à table et il y a des mets délicieux à déguster. Ma lettre s'achève, je vous tiens au courant de mes investigations dans les jours prochains. Barnabé, vous savez tout de moi et de mes décisions. Celle que j'ai prise envers Philippe était la plus difficile qu'il m'ait été donné de prendre mais je ne la regrette pas. Il est en vie, il va bien. Grégoire s'en occupe. Cette vieille carne a suffisamment de recul et d'expérience pour le protéger et lui remonter le moral. Je compte sur vous pour veiller sur Alexandre, autant qu'il veille sur Philippe. A la moindre alerte, vous savez que la chouette sait suivre les nuages pour se masquer de la lune.

Vive l'Abysse et vive le Roi.
Bien à vous,
Charles.

Barnabé, posa la lettre sur la table alors qu'Alexandre s'en empara pour la relire, ses yeux scrutant le papier comme s'il voulait le percer et voir au travers. L'air distant il dit :

- C'est absurde... nous protéger de quoi ?

- Pas de quoi, mais de qui. Peu avant que le malheur ne frappe Philippe, votre père avait reçu des menaces de mort, des lettres anonymes, envoyés par un messager dont il n'a rien pu tirer. Le pauvre bougre a bien failli finir pendu dans la cour. Quand Philippe est revenu couvert de sang et qu'il a raconté son histoire, Charles a immédiatement pensé que quelqu'un avait essayé de le tuer.

- Pourquoi ne nous a-t-il rien dit ? ensemble nous aurions remonté la piste !

- Votre père est ce qu'il est, un homme plus têtu que vous. Il craignait trop pour vos vies. J'ignorais ce qu'il cherchait à faire lorsqu'il t'a chassé Philippe, il ne m'avait rien dit. J'ai subi la scène sans rien y comprendre. Et puis tu es parti. Quand j'ai voulu te rattraper, il m'a retenu en me disant que je devais rester là et ne rien faire. Il pensait que tant que tu serais sur Paris, ta vie serait en danger. En te laissant partir sans attache, il te mettait en sécurité, sur les routes, dans la discrétion et le silence. Il savait que tu t'en sortirais... Et il m'a demandé de ne rien révéler de tout ça. Alors je me suis tu.

Il jeta un coup d'oeil fatigué à Philippe et précisa :

- Il m'a été impossible de le ramener à la raison. Dernièrement, il a reçu de nouvelles lettres, cette fois dirigées contre Alexandre, Marine et les enfants. Il avait deux possibilités, soit il disparaissait, soit il devait s'attendre à ce que vous soyez tués. Il est donc parti, là encore sans que je ne parvienne à le raisonner. En gascogne m'a-t-il dit, mais je sais qu'il n'a pas été au château ducal. Il avait des affaires à gérer là-bas.

- Mais enfin, qu'a-t-il pu bien faire pour que des inconnus cherchent à l'éloigner et à la faire disparaître.

- C'est à lui de vous le dire. Je ne sais pas où il se trouve avec précision. Mais si je m'en réfère à sa dernière phrase, je dirais qu'il fait référence à une des auberges retranchées dans lesquelles nous avions fait escale quand il était chargé d'une mission pour la Reine Anne. Aujourd'hui, je n'ai plus de nouvelles depuis trois semaines. Je m'inquiète parce que ce n'est pas dans sa nature de ne pas me tenir au courant.

- Où se trouve-t-elle ? Nous partons à sa recherche ! J'ai deux mots à lui dire !

- Nous verrons ça demain. Mangez tous les deux et reposez-vous.

Il se leva et fit revenir les enfants. Il servit à tout le monde une part de gâteau, qu'Alexandre ne toucha pas, la laissant à ses enfants. Barnabé ne leur donna aucune autre information hormis un emplacement sur la carte, à quelques kilomètres du Havre, le lieu où peut-être, parviendrait-il à trouver leur père. Philippe et Alexandre avaient probablement deux objectifs différents. L'un avait très certainement de nombreuses questions alors que l'autre comptait bien se faire entendre et remettre les pendules à l'heure.

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