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 (Gascogne) La rancune reste au delà de l'amour fraternel [TERMINE]

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« s i . v e r s a i l l e s »
Côté Coeur: Après avoir souffert ces dernières années, ma belle Elodie le remet en marche ♥
Côté Lit: Je suis fidèle à l'amour et à un seul être. Et je l'attendrais.
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    Je te promets la clé des secrets de mon âme


Âge : 25 ans
Titre : Duc de Gascogne
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Date d'inscription : 01/06/2008


MessageSujet: (Gascogne) La rancune reste au delà de l'amour fraternel [TERMINE]   15.04.09 0:12


 »Un frère est un ami donné par la nature. »

    Je me dis que parfois, ma famille m'a oubliée. Personne ne s'est soucié de moi en deux années. Oui, déjà deux ans depuis une dizaine de jours, et la douleur m'est toujours aussi insupportable, surtout la nuit tombée. Et cela n'aide pas à penser aux miens, ceux restés à Versailles. Ce père sans coeur qui m'a accusé d'être une honte alors que je n'en avais pas besoin, suffisamment au plus bas ; ce frère avec qui je me croyais complice, que j'ai aidé lorsqu'il allait mal mais qui ne m'a pas renvoyer la pareille ; cette belle-soeur qui a rendu mon aîné heureux et dont le sourire empli la maison d'une certaine chaleur ; cette petite fille dont je me suis occupé non sans difficulté et que j'ai adoré comme ma propre fille ; ce serviteur qui m'a vu grandir, à m'appeler son « fripon » par mes frasques et qui adorait que je lui raconte mes voyages. Aucun n'a eu la décence de donner des nouvelles, une petite lettre. Je ne demande pas un roman comme ceux que j'écris, juste savoir qu'ils vont bien et qu'ils pensent à moi. Apolline avait raison, j'aurais du penser un peu plus à moi qu'aux autres, je ne serais pas si fâché, si abattu d'être délaissé comme un inconnu ...

    Philippe avait passé dix jours loin de son château, une affaire à Bayonne avec le gouverneur de la ville pour quelques affaires environnantes, parler du commerce avec l'Amérique avec le port de Biarritz non loin de là. Quelques traités signés, de longues discussions pour avoir des avantages sans négliger l'autre, régler la question des coûts pour finalement tomber d'accord. Cela prit quelques jours et le Comte, du nom d'Eugène, un quinquagénaire bien géré avec ses cheveux grisonnants et le teint halé grâce à sa passion pour le grand air, voulait montrer au Duc la beauté de sa ville et l'emmener à cheval ou carrosse si ses filles l'accompagnaient. Philippe découvrit de ses yeux azurs la cathédrale Sainte Marie où il se recueillit avec une pointe de béatitude à voir tant de beauté, cette oeuvre gothique si bien conservée et si riche qu'elle laissait sans voix. Il vit aussi la construction des fortifications, les châteaux forts du Moyen Âge et les deux hommes galopèrent jusqu'à la mer admirer la beauté du paysage et parler de l'Amérique car Eugène avait embarqué avec des espagnols pour le sud tandis que le jeune homme vit le nord. Les jours s'écoulèrent, différents en découvertes mais avec un fil conducteur : la famille. L'homme chérissait son épouse aux cheveux blonds teints mais allant parfaitement avec son doux visage, ses trois filles présentables et sages sans parler du fils studieux et cultivé, d'ailleurs les deux garçons d'un âge quasi similaire -Philippe était plus vieux de deux années- prenaient plaisir à discuter et partager des points de vue. Toute cette famille bayonnaise donnait plaisir, heureux tous ensemble et respectueux des uns des autres. La mère raconta un jour qu'elle envoyait une missive tous les deux jours lorsque son époux la quittait trop longtemps, il lui manquait trop. Philippe les enviait, personne ne pensait à lui écrire en deux ans, ce n'est pas maintenant qu'il aurait une missive tous les deux jours. Il n'y avait que son amie d'enfance, Apolline, qui daignait lui répondre. Tous les mois, il écrivait à sa famille, racontait ce qu'advenait du duché, ce qu'il faisait, avait vu, découvert, ses projets, ses rencontres … Bref, il remplissait des pages et l'envoyait toujours dans la première semaine du mois nouveau. Mais n'avait jamais de retour. Et bien qu'il savait à présent à quoi s'attendre, il persistait pour montrer que lui ne les oubliait pas. Il terminait souvent ses lettres par « vous me manquez, j'espère avoir de vos nouvelles au plus tôt, avoir la joie de vous lire et de vous savoir heureux et en pleine santé » ou une autre phrase dans ce genre mais toujours le même fond. D'ailleurs, il devait l'écrire en rentrant à Lupiac, son château chéri.

    Il partit à l'aube, Eugène lui fit ses adieux et les hommes se promirent de se revoir, un plaisir de converser de choses et d'autres. Sur le chemin du retour, cheveux au vent du galop, Philippe ne pouvait s'arrêter de penser qu'il aurait aimé un père dans cette trempe, un homme à l'écoute, pas toujours à juger, jauger et chercher la querelle, rabaisser son cadet jusqu'à le traiter de honte de la famille, qu'il aurait aimé qu'il ne soit pas son fils. Et même si Charles avait peut être regretté ses paroles, elles ont été prononcées et touchées au plus profond le jeune d'Artagnan qui avait plus besoin d'attention après le décès de sa fiancée. Il jura mais le vent violent rendit les paroles silencieuse, heureusement on touchait presque au blasphème. Pourquoi sa famille le hantait aujourd'hui ? Il n'avait plus rien de commun avec eux qu'un simple nom, lourd à porter surtout lorsque son père est soi-disant un héros. Mais ce n'était pas à lui qu'il en voulait le plus, Charles a toujours ce caractère bourru et pas porté sur la tendresse ni la compréhension. Alors un peu plus ou un peu moins, cela ne changeait pas grand chose. Non, il en voulait surtout à Alexandre, son frère aîné, son complice de toujours. Il a toujours veillé sur lui, de sa petite enfance jusqu'à son départ. Sans l'avoir dit à haute voix, ils s'étaient promis de se protéger mutuellement. Quand le mousquetaire fut mal après la perte de son enfant, qu'il n'osait plus parler à Marine de peur qu'elle le rejète, il était allé jusqu'au camp des mousquetaires pour venir lui parler, tenter de le raisonner et les avait rabibocher. Lorsque les deux partirent en mission, ils n'étaient que tous les deux et leurs aptitudes combinées avait permis de mener à bien ce qu'il y avait à faire, rapidement et sans véritable tâche, sauf peut être l'homme que son frère avait tué, mais il y avait circonstances atténuantes car il valait mieux lui qu'Alexandre. Bref, le jeune Duc n'a jamais bronché de l'aider, ce fut toujours un plaisir de lui prêter main forte, la question ne se posait même pas. Et lorsque ce fut au tour de Philippe d'avoir besoin d'aide, il avait espéré la main de son frère, une épaule sur laquelle se reposer. Rien, pas même une bafouille sur papier. Celui qui l'a aidé fut un serviteur sans âge, dont le dos n'aidait pas vraiment à porter le poids d'un garçon en mal de vivre. Aujourd'hui, il allait un peu mieux mais la rancune restait, tenace.

    Ses pensées le suivirent jusqu'au château. Là, tout se dissipa et un sourire vint naître sur ses jolies lèvres. Il avait le teint rougi par le vent et les cheveux, ainsi que les vêtements, couverts de poussière mais content de rentrer. Il aimait cet endroit, ce châteaux aux vieilles pierres claires, ces grandes fenêtres et ce jardin bien entretenu, ces écuries où il descendit d'Hébé, sa monture depuis de nombreuses années, et se dépoussiéra d'une main, ses papiers dans l'autre et se dirigea jusqu'à l'entrée où Grégoire lui ouvrit la porte après avoir visiblement courut. Ses yeux gris grands ouverts par une certaine surprise, accueillit son maître. Philippe lui adressa un petit sourire amical et passa la main dans ses cheveux pour enlever excédent de saleté entre ses mèches blondes.

    « A courir ainsi, j'ai l'impression que je vous ai manqué, Grégoire ! » Lança t'il, rieur.
    « Philippe, c'est un plaisir de vous revoir, surtout qu'il y a un visiteur ... »
    « Prenez ces papiers, mettez les dans mon cabinet, je vais un peu me nettoyer pour me sentir plus propre, bien que je me damnerai pour un bain … non peut être pas jusqu'à ce point là ! »

    Il n'avait pas prêté attention aux paroles de son serviteur ou s'en moquait. Il voulait d'abord se montrer plus présentable et se dirigea vers sa chambre tandis qu'il entendait le vieil homme s'excuser à la personne déjà dans le cabinet de travail du cadet d'Artagnan. Il alla passer une chemise propre et se décrasser le visage. Il en oublia son pantalon noir, qui a plutôt viré au gris. Son serviteur revint à la charge à frapper timidement et passer la tête. Bien que sympathique, son maître avait un caractère de cochon. Comme son père mais il ne fallait pas le lui dire !

    « Philippe, .... »
    « Oui j'arrive, je viens de rentrer, je ne vais pas me précipiter vers mon invité comme un manant ! » Répondit-il, excédé.

    Les deux hommes se dirigèrent vers le cabinet à présent, il n'était pas même pas curieux de savoir de qui il s'agissait. Il verrait bien devant lui, cela devait être un ambassadeur ou alors un seigneur de la région qui avait quelque chose à lui demander. Grégoire voulut le préparer à qui se cachait dans la pièce, sans que le jeune homme lui accorde le moindre crédit.

    « Il faut que je vous prévienne. Il s'agit de ... »

    Philippe le fusilla du regard et ouvrit la porte. Quelle ne fut pas sa surprise de voir Alexandre dans cette pièce ! Son propre frère, venu de Versailles, se trouvait ici, juste devant lui. Il n'avait pas changé, peut être l'air un peu fatigué par le voyage mais son aîné gardait toujours les mêmes traits, le même visage et la carrure de mousquetaire. Il devait trouver son frère amaigri et changé par contre. Grégoire finit sa phrase à retardement.

    « … votre frère. »
    « Alexandre ! Que fais tu ici ? Tu as du te tromper de chemin pour rentrer chez toi, ici c'est la Gascogne. »

    Oui le ton n'était pas des plus amical mais il fallait bien avouer que la rancune restait au fond de la gorge. Cela commençait plutôt mal pour les retrouvailles entre frères ...

______________________


Donner du style à son caractère- voilà un art grand et rare ! Celui-là l'exerce qui embrasse tout ce que sa nature offre de forces et de faiblesses, et qui sait ensuite si bien l'intégrer à un plan artistique que chaque élément apparaisse comme un morceau d'art et de raison et que même la faiblesse ait la vertu de charmer le regard.

Prince Philippe:
 


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MessageSujet: Re: (Gascogne) La rancune reste au delà de l'amour fraternel [TERMINE]   16.04.09 16:45

Cher Barnabé,

L'absence de père m'inquiète... Il est rare qu'il parte sans nous avertir et j'ai un mauvais pressentiment. J'ignore où il est... Peut-être s'en est-il allé quérir Philippe. Depuis qu'il a disparu sans crier gare, nous n'avons plus de nouvelle... c'est comme s'il était mort.

J'imagine que c'est ce qu'il recherche, et qu'il se contrefiche bien de ce que nous pouvons ressentir. Je ne l'imaginais pas si égoïste... Père a sans doute vu sa patience à bout. Je suis persuadé qu'il est parti à sa recherche et qu'il ne reviendra que lorsqu'il l'aura trouvé.

Mais il n'a plus la vigueur d'antan et sa blessure le faisait encore souffrir avant sa disparition. Je ne peux me permettre de le perdre lui aussi. Je partirais donc demain à l'aube, en Gascogne. Au Duché peut-être que j'y trouverais des réponses ou des informations. J'ai demandé à Marine de te confier Aurore et Guillaume.

Je serais de retour vite... je l'espère.


Barnabé posa la lettre sur la table et resta un long moment songeur. Le manoir était glacial. Ni Charles, ni Philippe n'y avaient mis les pieds depuis de longues semaines... Le serviteur était plongé dans la solitude. La présence d'enfants ne lui ferait que du bien. Cela égayerait son quotidien monotone... Il se souvenait de la dispute entre Charles et son fripon... Il se souvenait de l'état du jeune Philippe après son agression... Une larme roula sur sa joue et vint s'écraser sur le papier, troublant l'encre.

- Pourquoi pleurez-vous Barnabé ?

Etienne se tenait à ses côtés. Il était venu aux nouvelles et en profitait pour faire des infusions. Le serviteur le regarda avant de renifler et raconta, la voix brisée :

- Lorsque Philippe a perdu Emmanuelle... ça l'a abattu, détruit... comme si la mort de Marie-Béatrice n'y suffisait pas il fallait aussi qu'il perde sa fiancée...

- Il n'y était pour rien, il n'aurait rien pu faire... et vous non plus.

- Certes... mais ce que vous ignorez c'est que lorsqu'il fut en meilleure forme, Philippe est venu tout me raconter. Charles... il a... il s'est énervé... trop énervé... La discussion a dérâpé et il s'est emporté... je sais combien il déteste être impuissant. C'est donné à cette famille... enfin, le fait est que c'est à cause de cela que Philippe est parti.

Etienne leva un sourcil de surprise et dit étonné :

- Mais, Charles a toujours dit que Philippe était parti pour un caprice...

- Oui... il a menti... j'ai menti... à Alexandre.

Voyant qu'Etienne n'allait pas répondre, il poursuivit :

- Après le départ de Philippe, Charles m'a demandé de ne dire la vérité à personne. Il a dit à Alexandre que Philippe était parti sans prévenir, pour un caprice juvénile au sujet de son mariage. J'ignore pourquoi mais il m'a ordonné de maintenir cette version des faits. Ce que j'ai fait, à contrecoeur... Et maintenant... Voilà qu'Alexandre est parti sur les traces de son père... Je n'ai plus personne... Une chose est sûr c'est que Charles n'est pas allé chercher Philippe... ce n'est pas son genre, même si je suis persuadé qu'il sait où il est à cet instant même... Il cache des choses... et j'ai l'impression que c'est capital...

Etienne prit Banabé contre lui pour qu'il pleure et regarda la lettre non sans inquiétude. Quelque chose se tramait... il connaissait bien Charles pour savoir que ce dernier ne s'absentait jamais bien longtemps...


--------------


- Excusez-moi, gente dame, je suis à la recherche du Duché... de Gascogne... hum... pourriez-vous m'indiquer la direction ?

- Oh oui monseigneur, il vous faut continuer la route vers le sud, jusqu'à la ville. Le fort s'y trouve...

- Le château est-il habité ?

- Oui, le Duc d'Artagnan y réside, il est en voyage d'affaires depuis quelques jours.

- Comment se porte-t-il ?

- Oh, fringuant comme un jeune homme ! Vous savez, avec autant de vigueur et d'entrain, ce château ne pouvait trouver meilleur maître. Il paraît en plus que le Duc se montre très hospitalier avec les demoiselles.

La jeune femme eut un petit rire et s'en alla laissant Alexandre incrédule. Diable alors ! Même les rumeurs circulaient ici ? Ils devaient se tromper, il voyait mal son père conter fleurette à des pucelles... c'était du ressort de plus jeunes ! Il ne pensa pas un instant que cela pouvait être Philippe... Il suivit la route jusqu'à la ville et s'arrêta à une écurie. Tempête était épuisé, il le sentait. Descendant du cheval il demanda à un homme plutôt petit :

- Pourriez-vous vous occuper de lui ? Je doute qu'il veuille monter jusqu'au fort sans se plaindre. Prenez-en soin comme si c'était votre enfant, j'y tiens.

L'homme acquiesça. Alexandre entreprit alors de serendre au fort. A pied c'était beaucoup long qu'il ne l'aurait cru. Il faisait chaud par ici, tellement qu'il du s'essuyer le visage plusieurs fois d'un revers de manche. Lorsqu'il arriva enfin aux portes du château, épée et mousqueton à la ceinture, il fut accueilli par un homme assez âgé qui lui rappela Barnabé.

- Bonjour... je suis Alexandre d'Artagnan, je souhaiterais voir le Duc...

L'homme blêmit et parut catastrophé. Il l'invita à entrer lui servit à boire et répondit simplement :

- Il ne tardera guère à revenir, monseigneur...

Alexandre regarda les lieux. De sa vie il était venu de rares fois ici, dans ce château.

- Pardonnez-moi, votre visage m'est familier... vous êtes ?

- Grégoire, Monsieur.

- Oui ! Grégoire ! Vous avez changé, mon père ne vous nourrit-il donc plus ?

- Votre pè...

Il y eut un bruit de cheval dehors et Grégoire se précipita sans finir sa phrase. Il avait l'air catastrophé le pauvre... Surement n s'attendait-il pas à le voir arriver à l'improviste et avait peur qu'il ne le houspille pour quelques balivernes mal rangée. Il attendit donc patiemment, regarda par la fenêtre le paysage. Il se toiletta rapidement en passant sa main pour rabbatre ses cheveux vers l'avant, tapota sa tenue pour enlever un peu de poussière et s'éclaircit légèrement la gorge. La porte s'ouvrit et il commença en tournant la tête :

- Bonjour, Pèr...

- ...votre frère.

- Alexandre ! Que fais tu ici ? Tu as du te tromper de chemin pour rentrer chez toi, ici c'est la Gascogne.

L'aîné resta si surpris qu'il garda la bouche ouverte une longue minute. Il regarda son cadet de la tête au pied. Il avait maigri ! Et il semblait plus... homme que jeune homme... comme s'il avait beaucoup mûri. Intérieurement, son coeur bondissait de joie à le retrouver mais très vite, la rancoeur prit le dessus. Il toisa son frère avec froideur et répliqua :

- Ainsi, c'est toi le Duc qui était en affaires... J'aurais du y penser lorsque cette femme m'a signalé que ce château était plus un lieu de frivolités que d'affaires... J'aurais du savoir que ce Duc ne pouvait être que toi...

Il lança un coup à Grégoire qui essayait de se défiler discrètement puis ses yeux se plantèrent dans ceux de son frère. Il y avait une immense déception et de la colère et c'était bien visible. Il n'avait su cacher ses émotions.

- Je n'ai rien à faire ici, adieu Philippe. Salue bien tes maîtresses pour moi... ah et j'oubliais... à ta femme, si tant est que tu t'en soucies encore...

Grégoire se transforma presqu'en cadavre... Les derniers mots d'Alexandre, lâchés sur un air de mépris, avait surement eu leurs effets... D'autant plus qu'en de telles circonstances cela passait plus pour de la méchanceté gratuite. Ce que tous ignoraient c'est qu'Alexandre ne savait pas que la fiancée de Philippe était morte... trop tard, c'était dit.

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MessageSujet: Re: (Gascogne) La rancune reste au delà de l'amour fraternel [TERMINE]   17.04.09 18:49

    Vous ne trouvez pas cela stupide ? S'imaginer revoir un jour sa famille avec hâte et quand une partie de celle-ci se présente, se montrer désagréable au possible ? Ca l'était, Philippe ne réagissait pas toujours comme il le fallait. Un autre jour, peut être se serait-il précipité dans les bras de son aîné pour le saluer, trop heureux d'avoir une présence familière dans ce château, mais aujourd'hui, il jouait sa tête de mule. Cela était sans doute du aux pensées en cours de route, d'avoir vu l'autre famille si heureuse comparé à lui si seul, se remémorer des souvenirs d'il y a longtemps, trop à son goût, en vouloir de ne pas donner de nouvelles, l'abandonner à des centaines de kilomètres. Alors non, aujourd'hui n'était pas un bon jour pour faire irruption devant le jeune duc lorsque l'on portait le nom de d'Artagnan. Alexandre surgissait sans avoir prévenu, avait même l'air surpris de le voir. Philippe pensa immédiatement à sa transformation physique, il avait tant maigri. Encore là, le cadet avait un peu repris de poids par rapport à il y a encore un an, un véritable fil de fer. Malgré tout, les yeux tirés et le visage amaigri ne trompait personne, il n'était pas véritablement au meilleur de sa forme, il ne l'a plus été depuis longtemps. Des hauts et bas se succédant, plus de bas malheureusement mais il faisait avec, avec l'espérance de pouvoir faire un jour une véritable nuit de sommeil et se réveiller le matin avec un sourire, ne plus avoir de pensées obsédantes dans son esprit. Le Duc ne demandait pas la lune, même plus de revenir en arrière, juste d'avancer et se détacher de ce passé déchirant qui l'avait transformé. Si son aîné pensait voir un garçon totalement insouciant avec un constant sourire aux lèvres, il pouvait toujours rêvé ! Bien sûr, le jeune homme souriait, riait, reprenait goût à la vie mais rien ne serait plus comme avant. Plus jamais.

    Il se tenait donc là, l'air amer au fond de la gorge. Tristes retrouvailles, cela aurait du être une explosion de joie entre deux complices depuis l'enfance, deux frères où chacun avait manqué à l'autre. Pas de rire, pas de centaines de questions pour avoir des nouvelles, pas de sourires. Rien mis à part des regards froids, les sourcils froncés pour le maître des lieux, droit comme un i et la langue bien acerbe. C'était sorti tout seul, tout droit venu de la rancune d'avoir été tenu à l'écart comme un pestiféré, une honte à cacher. Cela ne serait pas surprenant, son grand frère a toujours voulu imiter leur père, alors se tenir éloigner d'un frère honteux qui n'avait pas su se battre pour défendre celle qu'il aime, quoi de plus normal ? Philippe n'avait digéré les mots de son père, il se rappelait de tout le discours, presque du ton. Les nuits sans sommeil ont eu pour effet de monopoliser sa mémoire, le harceler pour lui faire davantage mal. Les paroles l'envahissaient et il se sentait incapable de les faire terre, presque à en pleurer. Il avait l'impression de devenir fou, Grégoire dut de nombreuses fois le faire sortir d'un coin où il se tapissait, main sur les oreilles. Aujourd'hui, cela n'était plus aussi fort mais lorsqu'il dormait, les cauchemars prenaient bien du plaisir à lui jouer de mauvais tours … Et son grand frère rajoutait ses propres méchancetés, comme si le cadet en avait besoin. Il eut une expression d'incompréhension mêlée de colère : pourquoi Alexandre imaginait qu'il y avait un autre duc que lui ? Il avait les titres et bien qu'il ne soit pas plein détenteur tant que leur père serait vivant, il était celui qui habitait les murs et qui s'occupait de l'étendue des terres ; quant à la colère, c'est quand il osa réduire ce qu'il faisait à des frivolités. N'avait il pas lu une seule ligne de ses lettres où il racontait les avancées, les traités signés et les accords passés ? Une femme inconnue lui avait parlé et il la croyait, lui, Alexandre qui ne prêtait jamais attention aux rumeurs à Versailles, il les écoutait au bout du royaume, c'était le monde à l'envers ! Il ne fit qu'hausser les épaules, sa machoire se crispa pour ne rien balancer de méchant. S'il y avait bien un garçon gentil sur terre, c'était bien Philippe ! Mais il ne fallait pas le chercher ! Ah, le caractère sanguin des d'Artagnan, Grégoire répétait souvent que son maître était bien le fils de son père, ce qui avait le don d'irriter le jeune Duc, ne voulant rien avoir en commun avec son père.

    Pourtant, le pire était à venir. Alexandre voulut repartir, son frère ne le retenait pas, il n'avait pas envie de se faire juger sous son propre toit, sur ces terres par une personne qui n'avait jamais daigné lui donner de nouvelles en deux ans. Saluer ses maîtresses … D'accord, Philippe voyait quelques filles mais s'il y avait un défilé ici, c'était parce qu'il était un bon parti et les familles aimeraient bien marier leurs filles avec ce beau garçon bien fait, propriétaire d'une riche et vaste terre. Ce qui suivit fit mal au possible pour le jeune homme qui hoqueta de surprise

    « …ah et j'oubliais... à ta femme, si tant est que tu t'en soucies encore... »

    Un coup de poignard n'aurait pas fait aussi mal que le poids de cette phrase pour plusieurs raison : la première est qu'il parlait d'une femme; la seule que Philippe allait épouser n'est restée que sa fiancée, ils n'ont pas eu le temps de passer devant l'autel ; la seconde était qu'il avait osé imaginer qu'il tromperait sa femme, lui si carré sur la religion et dont la fidélité était son grand principe dans une relation. Le jeune homme en eut le souffle coupée que son frère ose parler ainsi, comme s'il ne savait rien. Cela était méchant et blessant mais si inattendu que les yeux bleus de Philippe s'ouvrirent en grand et la bouche aussi, la mâchoire lui en tombait. Aucun des deux ne savaient : Alexandre ne connaissait pas véritablement l'histoire de son frère autre la version dite de la bouche de son père, ce que Philippe ignorait. Ce dernier pendait que tous savait, après tout quelle histoire parfaite pour alimenter les conversations : un fils d'Artagnan, incapable de défendre sa fiancée qui mourut sous ses yeux et fuyant loin après avoir été clamé honte de la famille. Pour lui, personne n'était passé à côté de cette histoire, encore moins son propre frère puisque le jeune duc avait tout raconté à Barnabé, ce dernier aurait bien pu transmettre à Alexandre. Autant dire que les bourdes de ce genre pouvaient se répéter souvent. Tandis que le grand frère partait, le cadet baissait la tête et ferma ses yeux pour se calmer mais n'y arrivait pas, trop de douleur d'un coup, il ne s'y était pas préparé.

    « Vraiment très fin, là tu n'aurais pas pu faire mieux, surtout quand on sait qu'Emmanuelle est … est ... » Il prit une grande inspiration et se pinça les lèvres, il avait toujours du mal à le dire de manière aussi crue « ...partie. »

    ''Morte'' serait le terme plus exact mais c'était trop dur, surtout en période d'un si triste anniversaire. Mais là encore, pour ceux qui ne connaissent pas l'histoire, on pouvait simplement imaginé que la demoiselle a finalement rompu les fiançailles, voilà tout, sûrement ce qu'Alexandre comprendrait. Tant pis, cela allait continuer dans les phrases à double sens, de quoi bien alimenter les tensions. Puis il fit volte-face, releva la tête, son visage irrité et poursuivit, surtout sur ce ton à la fois sec et abattu à la fois.

    « Si tu as fait tant de kilomètres pour me parler de la sorte, oui pars. Deux années ne sont pas suffisantes pour me relever totalement, tu as vu que j'étais toujours vivant, que le duché n'est pas à feu et à sang, tu peux rentrer et rapporter au père que son incapable de fils s'en sort bien. »

    Puis il se dirigea vers son bureau en silence pour ranger les papiers ramenés de Bayonne mais dans un mouvement brusque, à cause de la colère bouillonnant en lui, et se prit l'angle au niveau du bras. Il serra les dents pour retenir sa douleur, lança un regard à Alexandre et continua ce qu'il faisait en se frottant de temps à autre là où il s'était cogné.

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MessageSujet: Re: (Gascogne) La rancune reste au delà de l'amour fraternel [TERMINE]   18.04.09 19:50

- Si tu veux t'adresser à papa, tu n'as qu'à le faire toi-même. Je ne suis pas ton messager et je ne cèderais pas à ce nouveau caprice sous prétexte qu'Emmanuelle est partie. Tu veux savoir la vérité, de la façon dont tu as considéré ta famille, tu n'as eu que ce que tu méritais. Tu as fui comme un voleur, libre à toi. Si tu as des messages à faire passer, demande soit à tes maîtresses ou déplace-toi seul. Mais ne compte pas sur moi pour te tendre la main.

Alexandre avait parlé sèchement, avec le coeur amer vis à vis de ce qu'il s'était passé. Ce qu'il en savait, c'était que Philippe était parti suite à une dispute absurde avec son père. Si absurde que Barnabé ne s'en souvenait plus vraiment. Et depuis plus rien ! Absolument rien... Alexandre avait cherché son frère dans Paris avec l'espoir qu'il y soit mais en vain. Le bât le blessa en son for intérieur à mesure que les mois passaient... Même lorsque Charles avait envoyé une lettre au Duché pour qu'il apprenne la naissance de Guillaume, son cadet s'en était moqué. Il ignorait que son père n'avait fait que parler mais n'avait rien envoyé du tout. Marine avait eu une emprise sur lui, elle l'apaisait dans ce moment difficile. Lorsqu'il faisait ses rondes, il pensait à sa famille et à Philippe... qu'il avait toujours protégé du mieux qu'il pouvait, qu'il aimait vraiment. C'était son frère... Dépité puis pronfondément touché par cette absence, Alexandre avait ruminé sa colère. Il ne s'était pas préparé à rencontrer ce frère égoïste qu'il connaissait finalement si mal. Il le toisa le regard dur, celui qu'il utilisait souvent lorsque sa fierté se transformait en mépris. Le malheureux Grégoire ne savait plus où se rendre. D'aussi loin qu'il s'en souvienne, les colères des d'Artagnan étaient collossales tant elles étaient sanguines. Alexandre continua, histoire de persister et de signer :

- De plus je ne suis pas venu pour toi. J'avais presqu'oublié jusqu'à ton existence tant ton comportement me répugne. Si j'avais su que tu serais ici, crois bien que je n'aurais jamais fait le déplacement. Je n'avais ni l'intention de te voir ni celle de te parler. Et pour dire des choses vraies, je te croyais mort... finalement, c'est presque comme si. Ici au moins, tu peux t'adonner à ce que tu veux, profiter de ta "liberté", au mépris de tout. Tu peux faire n'importe quoi, aller même jusqu'à nous faire des bâtards avec une quelconque pucelle... ce n'est pas plus mal que tu sois parti tant tu nous déshonores... je te souhaite de prendre du bon temps avec tes diverses amantes et les enfants illégitimes qu'elles pourront te donner.

Les mots avaient fusés tant la rancoeur était immense. C'était des mots qu'il ne pensait pas le moins du monde. Il aurait tellement voulu lui dire qu'il était heureux que son frère soit en vie... le voir respirer bouger après tant d'absence, c'était un vrai moment de bonheur. Malheureusement sa fierté naturelle revenait au galop et il préférait enterrer vivant ce sentiment de joie. Il pointa le doigt vers lui, les joues rouge de colère. Il ressemblait tellement à Charles que ç'en était troublant. Grégoire sentait l'orage pointer... et il préféra se reculer dans un coin, histoire de ne pas être inclu dans une joute et recevoir un coup ou un verbe perdu. Il sembla indigné par les paroles d'Alexandre, d'autant plus qu'il connaissait la vérité lui et que l'aîné s'enfonçait dans les mensonges qu'on lui avait transmis... Il serra son autre main, devenue un poing. Tremblant de fureur, il lâcha acerbe et blessant :

- Maman aurait de quoi avoir honte... tu salis sa mémoire... c'est à se demander si ça aussi tu en as quelque chose à faire ou si tu en as eu quelque chose à faire par le passé... tu es sa honte et je ne te laisserais pas humilier sa mémoire et son éducation. Ni cracher sur sa tombe pour satisfaire ton caprice immâture !

Il était de famille de céder rapidement à l'emportement. Que ce soit le père ou les deux enfants, la patience et la températion, ils ne connaissaient pas... Alexandre était si remonté contre Philippe, devant cet air indifférent, qu'il lui aurait volontiers donné une correction. Il n'arrivait à comprendre la haine qu'il semblait lui vouer. La façon méprisante avec laquelle il le regardait le blessait davantage. Pourquoi et comment Philippe en était-il arrivé à le détester ? Qu'est-ce qu'il avait fait de mal pour que son cadet le considère avec autant de méchanceté ? Il ignorait que son frère se posait également la question. En tout cas l'atmosphère était devenue très lourde, électrique même. Grégoire ne disait plus un mot à peine s'il osait respirer. Alexandre, la mâchoire serrée regarda longuement son frère. Il fit aveuglément abstraction de son air fatigué et changé. Il n'arrivait à en démordre... La blessure était réouverte et Philippe l'infectait par sa façon de faire. "Enfin quoi... c'est tout ce que je représente à tes yeux ? Tout ce que je t'inspire ? Du mépris...", cette question le taraudait mais il était trop fier pour la poser. Tout cela n'annonçait rien de bon... oui, très tendues les retrouvailles... Merci, vraiment merci... Charles !

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MessageSujet: Re: (Gascogne) La rancune reste au delà de l'amour fraternel [TERMINE]   20.04.09 1:05

    A l'instant, il voyait son père face à lui. Mêmes expressions de visage, avec ce visage dur et ces yeux remplis de colère. Il n'avait plus Alexandre face à lui mais Charles, cela en devenait troublant. Et si l'on rajoute les paroles, proches d'insultes plutôt, c'était le bouquet ! Son aîné semblait ne pas comprendre la gravité de la situation, comme s'il n'avait pas connaissance du décès de la jolie fiancée. Bien sûr qu'il le savait, ce genre d'informations ne se cachent pas en famille. Philippe voyait bien le père raconter à son fils l'incapacité du cadet à se défendre, cette lâcheté de s'enfuir et le fait qu'à présent, il ne faisait plus parti des leurs. Quelle famille où l'honneur et la fierté voudraient d'un garçon pleurnicheur, à la recherche d'une épaule compatissante. Il n'avait trouvé qu'une armure froide, un poignard en forme de mots comme honte et déshonneur et avait préféré partir pour pleurer et tenter de trouver la paix. Et si les larmes avaient quelque séché depuis le temps, la paix ne montrait pas encore le bout de son nez et ce n'était pas prêt d'arriver … Surtout si on venait rouvrir la plaie à tout bout de champ ! Là, il sentait plus meurtri que jamais, son frère lui plantait un couteau en plein cœur, cela faisait si mal que, s'il ne se retenait pas, le jeune homme aurait sans aucun doute pleurer. Mais il préféra l'option plus habituelle des d'Artagnan : le refoulement, accompagné d'une fausse indifférence, digne du plus grand mépris. Il a eu ce qu'il méritait … Cette phrase fut comme un boulet de canon. Qui mériterait de perdre la personne qu'il aime ? Philippe ne le souhaitait pas à son plus grand ennemi, c'était le pire des châtiments, surtout quand on ne croit pas à une seconde chance. Philippe avait perdu l'amour lors de sa vingt deuxième années, il était condamné à finir sa vie sans amour, la Bastille aurait sûrement meilleur goût du pendant qu'on pense que quelque part, une personne a le coeur qui bat pour vous. Là, il n'y aurait plus personne. Plus jamais.

    Comment son propre frère, complice toujours, pouvait lui parler sur ce ton, avec autant d'animosité et sans aucune pitié pour son coeur encore meurtri ? Alexandre avait toujours pu compter sur son cadet lorsqu'il avait besoin de lui, lorsqu'il se sentait au plus mal. Même après la mort de leur mère, durant le mutisme du mousquetaire, Philippe venait le voir, lui parler bien qu'il n'obtenait aucune réponse. Pas grave, cela ne le dérangeait pas. Et lorsque Marine perdit leur premier enfant, le Duc avait accouru le voir juste après son arrivée, malgré la fatigue du voyage, pour lui apporter son soutien, le secouer pour un retour à la réalité et l'aider à se relever. Jamais ne laisser tomber son frère, un principe de vie qu'il avait toujours respecté jusqu'à son départ. Il ne pouvait pas deviner que personne ne voudrait lui donner de nouvelles, savoir comment il allait. Son propre frère ne lui avait pas tendu la main lorsqu'il en avait le plus besoin. Il s'en moquait bien de ce cadet pas comme lui ni son père, trop cérébral et pas assez soldat. Finalement, il avait vécu avec une personne de son propre sang sans jamais le connaître réellement. C'est toujours dans les moments les plus difficiles que l'on reconnaît les véritables amis. Alexandre n'en était pas un, juste un frère inconnu finalement.

    Faisant mine de ranger son bureau, il faisait mine de ne pas prendre en compte chaque coup donné. Pourtant ses yeux si bleus habituellement s'assombrirent au fil des secondes, sa mâchoires se crispa et toute cette tension dans chaque partie de son corps. Ses joues devinrent rouges, comme s'il avait chaud. C'était le cas, son sang bouillonnait et la température interne virait à l'invivable. Les rares regards échangés ressemblaient plus à des boulets de canon visant à blesser, pulvériser l'autre. La colère faisait dire n'importe quoi car Alexandre savait assez que son frère avait des principes religieux stricts sur certains points : la messe, la fidélité et prendre en responsabilité si jamais il engrossait une demoiselle. Il n'aurait pas été du genre à semer des bâtards dans tout le royaume ! Voilà comment il était perçu alors : un lâche libertin sans aucune notion de maturité … Leur père n'aurait pas pu faire un meilleur portrait, ils se ressemblaient bien les deux, Charles l'avait formé à son image, il pouvait en être fier d'avoir réussi à monter les deux caractères opposés l'un contre l'autre. Dire qu'avant, être si différents ne les avait dérangés, mis à part une divergence de point de vue sur mais ils évitaient ce genre de sujet …

    Par exemple, parler de leur mère. Chacun avait un souvenir d'elle, chacun une connexion particulière. Tout divergeait car ils n'avaient pas vécu sa mort sous le même angle, bien que la douleur soit la même. Cela a toujours été un sujet sensible dont ils évitaient de parler car les blessures restent bien que les années passent. Et s'il y avait bien un sujet qui le mettait en colère, c'est exactement ce qu'Alexandre faisait : dire que son petit frère trahissait leur mère, qu'il lui faisait honte. D'accord, Philippe n'était pas vraiment un modèle de pureté ni une perfection humaine, bien qu'on lui a toujours appris que l'homme était un pêcheur par nature et que c'était par les erreurs pour pouvait accéder au pardon et la rédemption, mais il avait depuis une dizaine d'années une ligne conductrice : celle de faire honneur à sa mère, de respecter sa promesse de vivre sa vie sans trop dépasser les bornes et toujours rester sur le droit chemin, ou y revenir rapidement après une bêtise et de profiter de chaque instant. D'accord, il ne l'avait pas vraiment respecté pendant quelques mois, à rester enfermé entre les murs de ce château mais il s'en était aperçu. Alors non, il ne salissait pas sa mémoire et personne ne devait prétendre le contraire, frère de sang ou non. Là s'en était trop, il ne pouvait plus contenir et le regard noir jeté à son ainé le montrait bien. Il était à un point de non retour, Grégoire le remarqua et fit un signe de croix pour prier que rien de grave ne se fasse. Trop tard car avec une rapidité déconcertante malgré son corps amaigri, il se jeta sur son frère pour le plaquer contre le mur, le col saisi au creux de sa main. Pourtant pas de nature belliqueuse, Philippe lâchait toute sa rancoeur d'un coup dans ce geste non contenu et dans le ton cruel et amer.

    « TU NE PARLES PAS DE MAMAN COMME CA !!! Qui tu es pour te permettre de juger ce que j'ai vécu et pour parler ainsi d'elle ?! Tu n'as pas le droit de te servir d'elle car je ne trahis pas ma promesse ici, je suis fidèle à celui qu'elle a forgé et j'essaye de respecter ce que je lui ai promis sur son lit de mort chaque jour que Dieu fait ! C'est toi qui profane son souvenir en osant dénigrer la façon dont elle m'a élevée ! Je ne tolèrerais pas que tu parles ainsi d'elle ! Je ... »
    « Philippe cela suffit ! Lâchez le ! »

    Pourtant il ne fit rien, son corps tremblait tellement la rage le prenait au corps. Frère ou pas, en cet instant, cela ne comptait plus. Heureusement, avant que cela ne tourne mal entre les deux garçons, le vieil homme tentait de ramener son maître à la raison. Il savait comment le prendre dans le sens du poil et parla d'une voix calme, autoritaire au premier abord mais rassurante dans le fond.

    « Si vous vous acharnez sur votre frère, là vous salirez la mémoire de votre mère qui vous a appris à vous aimer. »

    Il resta un instant sans bouger, interdit, puis lâcha enfin le col d'Alexandre sans le quitter des yeux. Ses doux yeux bleus n'ont jamais su mentir ni cacher ses émotions, leur noirceur démontrait toute leur haine. Sa voix frissonnantes, ébranlée par tant d'émotions négatives d'un coup, restait posée et il parla tout bas, d'un ton menaçant.

    « Si pour toi je suis comme mort, reste dans cette optique, sors de chez moi, quitte ces terres et rentre à Versailles. Je ferais de même ici. »

    Quel ton froid d'un coup après ce coup de sang qui en avait étonné plus d'un. Un pas en arrière, il tourna les talons et passa la main dans ses cheveux pour tenter de s'en remettre. Difficile car tout était remonté sans prévenir, en masse et maintenant, il fallait laisser le temps de tout digérer. Il mettait à exécution ce qu'il avait dit et considérait son frère comme inexistant dans cette pièce. Il l'avait cherché et si Alexandre savait rayer les siens de sa vie, Philippe en ferait tout autant, bien qu'il regrettera ses paroles une fois le mousquetaire parti, sa maudite fierté l'empêchera de lui courir après.

    « Vous voyez, Grégoire, j'avais raison. Toutes mes lettres n'ont servies qu'à gâcher du papier, de l'encre et mon temps. Je suis certain qu'elles n'ont jamais été décachetées et ont fini au feu, pour alimenter la cheminée. Vu qu'ils s'en moquent, je n'écrirais plus. A quoi cela sert si j'ai aucune réponse et qu'ils se désintéressent de moi ? J'aurais du mourir quand j'en avais eu l'occasion. »

    Instinctivement, le vieil homme se tourna vers Alexandre. Il sentait qu'une parole l'avait déconcerté. S'ils savaient que le mousquetaire n'avait jamais eu connaissance de ces lettres, de cette correspondance à sens unique où Philippe racontait chaque mois ce qu'il avait fait, vu, rencontré, des lignes à raconter comment il allait et ses aventures, la manière dont il avait pris le duché en main et espérer une réponse de leur part pour savoir comment eux allaient. En vain et à cause de cela, il s'était senti rejeté et les paroles de son père avaient pris tous leur sens lorsque son aîné avait tenu un discours dans les mêmes tons. Et les mots font toujours aussi mal, encore plus en cet instant car il sentait vraiment sa famille lui échappé et si Alexandre quittait le château, la famille d'Artagnan s'émanciperait d'un de ses membres.

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Donner du style à son caractère- voilà un art grand et rare ! Celui-là l'exerce qui embrasse tout ce que sa nature offre de forces et de faiblesses, et qui sait ensuite si bien l'intégrer à un plan artistique que chaque élément apparaisse comme un morceau d'art et de raison et que même la faiblesse ait la vertu de charmer le regard.

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MessageSujet: Re: (Gascogne) La rancune reste au delà de l'amour fraternel [TERMINE]   23.04.09 23:38

Il n'avait pas vu le coup venir. Emporté par sa rancoeur et son amertume, il avait été trop loin. Intérieurement une infime, très infime partie de lui le savait et le regrettait. Mais pouvait-on vraiment lui en vouloir d'avoir parlé ainsi ? Il avait toujours cru que son frère était parti du jour au lendemain sans rien dire, à cause d'une dispute stupide au sujet d'absurdités. C'était le domaine de son père et son frère ça, chercher querelle sur des choses qui n'en méritaient pas tant. Ce qui mettait Alexandre en colère, c'était le fait que son frère l'accueille avec une telle froideur. Lui n'avait rien fait, il ne comprenait pas comment en l'espace d'un temps, il était devenu limite un pestiféré... C'était étrange parce que les deux partageaient ce sentiment. Que Philippe s'en prenne physiquement à lui, ça ne passait pas... une boule se formait dans sa gorge. Et ce n'était pas du au fait que son cadet l'étranglait... non il avait une rage qui montait. Sa fierté galopante voyait cela comme une immense atteinte à son honneur, d'autant plus que même si Philippe le détestait, il lui devait un minimum de respect. Grégoire lui fut de bon conseil et parvint à le raisonner mais le Duc était piqué à vif. Pire, il avait déclenché chez son frère une véritable rage. Alexandre arborait un visage si fermé, qu'il n'y avait même pas besoin de se focaliser sur ses poings serrés pour se donner une idée de l'envie de meurtre qu'il avait envie de commettre. A cet instant, il pensa à Marine. Elle serait indignée de le voir dans cet état, elle, qui avait toujours une attention et une douceur si particulière. Elle aurait voulu qu'il veille sur ses enfants, qu'il leur montre le bon chemin, celui de la patience et du calme. Mais avait-elle idée de ce qui se tramait à l'intérieur de lui ? L'indifférence, la méchanceté de Philippe le blessaient tant. Il voyait des souvenirs remonter, comme des tortures à son âme. Il se souvint du jour où il avait défendu son cadet face à Raoul... le fils d'Athos. Ce jour là, jamais il n'avait douté de ce qu'il devait faire. Cela lui avait valu une gifle mémorable mais tant pis, il avait donné des coups et s'était bien fait comprendre. Celui qui touche à son frère, hérite de sa hargne... et Dieu sait que les d'Artagnan sont hargneux lorsqu'ils s'y mettent... est-il encore nécessaire de le montrer.

Alexandre fut décontenancé par la suite. Grégoire le remarqua. De quelles lettres pouvait donc bien parler son frère ? Il n'avait donné aucune nouvelle et chaque fois qu'alexandre avait demandé à son père ou à Barnabé, seul le serviteur avait montré sa tristesse de n'avoir aucune missive. Charles était trop fier pour avouer publiquement ce genre de choses. D'ailleurs, il parlait peu depuis le départ du cadet. Tellement que son fils aîné craignait une déprime grave et profonde. Mais bon, chaque fois qu'il essayait d'évoquer ne serait-ce que le départ de son frangin de façon plus poussée, son père trouvait une échappatoire pour changer le sujet ou le remettre à sa place. Il avait trop de respect pour lui pour insister. Et puis, il le craignait, depuis tout petit il avait respecté son autorité, il restait soigneusement cadré dans les rangs, pour le satisfaire au maximum. C'était un peu son rêve de jeune gosse émerveillé par la force et l'agilité de son géniteur. Le Mousquetaire avait donc du mal à digérer les propos de Philippe. Les mots qu'ils lâche s'attaquaient directement à son père. Charles était têtu, emporté et terriblement colérique mais il n'aurait jamais jeté les lettres de son enfant au feu ! Quelle absurdité !


- Espèce de menteur !

L'éclat de voix résonna dans la pièce. Contre toute attente, Alexandre avait bondi sur son frère. Il était de coutume de ne jamais attaquer les gens par derrière dans la famille, aussi, l'aîné préféra-t-il empoigner violemment l'épaule de son frère pour le faire se tourner et frapper. Il était si en colère que son poing partit tout seul. Ses phalanges craquérent lorsqu'elles sécrasèrent sur la mâchoire du Duc. Déséquilibré, ce dernier fut projeté en arrière et fort heureusement fut amorti par le bureau. Grégoire n'osa pas intervenir, par peur de recevoir un coup non sollicité. Alexandre s'approcha de Philippe, l'air déterminé. A cet instant précis, sa colère et sa rage étaient devenues de la haine. Il aurait été si simple de prendre son mousqueton et de le tenir en joue... si simple de dégainer son épée et de l'humilier pour réparer son honneur. Mais un d'Artagnan n'était pas comme ça, un d'Artagnan faisait payer au prix fort, violemment... Alexandre éructait de hargne, jamais il n'en avait autant fait preuve. La réaction était à l'image de la blessure. Il regarda son frère qui avait la lèvre inférieure en sang et dit, d'une traite, ne trouvant même plus le temps pour respirer :

- Tu n'es qu'un misérable menteur... un immonde menteur. Tu es tombé bien bas pour agir de la sorte, convoler avec des traînées, disparaître du jour au lendemain et oser mentir... Au manoir, chacun attendait de tes nouvelles, plus le temps passé et plus l'espoir persistait... Mais en ce temps qui nous a semblé s'éterniser, pas une seule fois... PAS UNE SEULE FOIS, tu n'as daigné donner de tes nouvelles ! Tu es vraiment pire que tout ce que je pouvais m'imaginer, TU AFFABULES, tu oses prétendre que tu es une malheureuse victime mais pendant que tu forniquais avec des filles de joie, pendant que tu t'adonnais à tromper ta fiancée, que tu étais sensé épouser, pendant que tu déshonorais notre famille, cette dernière attendait un signe de vie ! Mais RIEN ! Strictement RIEN !

Il lâcha sur un éclat de voix, très tendu avant de lui asséner un autre coup de poing libérateur :

- RIEN DU TOUT !

Il n'aurait peut-être pas du taper si fort, Philippe semblait saigner du nez maintenant. Grégoire émit un gémissement leur intimant de cesser leur bagarre. Alexandre ne bougea pas incapable de se défaire de la vision actuelle de son frère... Il ne le quittait pas des yeux. Pourtant, malgré son air violent, son regard infiniment assassin, ses traits durs, il y avait une lueur dans ses yeux. Une larme ? Probablement, car il venait de perdre son frère, celui qu'il croyait être son confident et son épaule, celui qu'il avait juré de protéger et de guider. C'était terrible comme la douleur était intense à l'intérieur. Ses iris trahissaient le fait qu'il soit touché en plein dans le mille. Il détourna la tête et lâcha en se tournant vers Grégoire :

- Je m'en vais, je n'ai plus rien à faire ici, adieu Grégoire.

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MessageSujet: Re: (Gascogne) La rancune reste au delà de l'amour fraternel [TERMINE]   29.04.09 13:54

    Cela lui avait fait mal au plus profond de lui. Comme s'il en avait besoin après tout ce qu'il a traversé. Son propre père lui avait transpercé le coeur avec ses mots et voilà qu'Alexandre faisait de même à cet instant précis. Sans oublier les coups mais ceux ci furent secondaires, bien qu'humiliant. Il n'était pas homme de bataille, les seules fois où il avait cherché les ennuis fut sa période où il provoquait la mort sans se la donner elle-même, trop lâche mais surtout que cela allait contre le dogme religieux qu'il prônait. Mais là, la situation changeait radicalement, son frère avait, aux yeux du jeune homme, insulté leur mère, l'avait frappé et en plus le traitait de menteur ! Cela en était trop et la colère bouillait au fond de lui comme un volcan prêt à jaillir de sa lave. Aussi loin qu'il pouvait se souvenir, Philippe ne mentait pas, du moins pas pour se couvrir. S'il faisait une bêtises, il se déclarait coupable et prenait sa punition, en grandissant cela ne changeait pas. Bien sûr, il omettait parfois une ou deux vérité, mentait pour couvrir quand cela était dans une situation extrême mais jamais pour le plaisir de faire mal ou de se défiler. Il se souvenait encore de sa mère lui expliquer le mal des mensonges et ses conséquences. Ceux-ci s'attachent à nous comme de la mélasse, impossible de s'en défaire, juste prier que personne ne la voit, alors autant rester propre et dire la vérité. Tout enfant qu'il était avait pieusement retenu la leçon et ses quelques mensonges partaient en confession après quelques avé Maria et une repentance de ses quelques pêchés. Un homme de foi, peut être se serait-il tourné vers l'Eglise si sa mère serait toujours de ce monde, elle partie trop tôt. Mais une chose est sûre, jamais elle n'aurait toléré une telle alercation ne serait arrivé, jamais Alexandre n'aurait levé la main sur son cadet et lui parler sur ce ton. Et inversement, bien évidemment.

    D'un coup, la douleur à la mâchoire fut si vive qu'il crut qu'elle était cassée. Mais il n'osa bouger du coin de son bureau où il avait atterrit avec le coup de son frère. D'où il était menteur ! Philippe prenait la peine, chaque première semaine du mois d'écrire quelques pages pour donner de ses nouvelles, raconter ses aventures et informer sur son moral, avant d'espérer d'avoir de leurs nouvelles ou, pure utopie, les revoir un jour prochain. Il n'y avait aucun mensonge là-dedans, cela n'était que pure vérité ! Ses grands yeux bleus, empli de peur et de colère à la fois, se plantaient dans les émeraudes de son frère, devenues si sombre en cet instant. Voilà donc la vision que son ainé, une sorte de modèle, avait de lui : un menteur doublé d'un séducteur, friand des prostituées et infidèle à celle qu'il aimait. Comment avait-il pu changer de regard sur lui à ce point là ? Il n'avait plus l'impression d'avoir Alexandre en face de lui mais plutôt Charles ! Les mêmes expressions, les mots durs choisis par le fond de la colère. Sauf que leur père n'avait que rarement levé la main sur le jeune Duc. Deux baffes, trois maximum mais jamais avec une telle violence et sans raison apparente. Philippe n'avait qu'énoncer la vérité, celle qu'il écrivait tous les mois à sa famille pour leur dire qu'il était toujours en vie. Alors pourquoi son frère semblait ne pas le croire? Quelque chose n'était pas logique dans la discussion des deux garçons. Mais pas le temps d'y penser plus longtemps, un autre poing s'écrasa sur le visage du cadet, au niveau du nez du Duc. Un filet de sang vint instantanément couler mais Philippe l'essuya du revers de sa manche mais cela ne cessa pas. Les larmes lui montèrent aux yeux mais ne pleurèrent pas, trop fier pour se laisser aller devant son frère. Il lui en voulait d'une façon terrible, il se surprit d'autant de colère envers ce frère qui a toujours veillé sur lui, un gardien, un protecteur. Et là, il devenait inquisiteur, pourquoi ?

    Alexandre voulut à présent partir mais Philippe ne l'entendait pas de cette oreille, il avait eu trop mal, plus au coeur et l'âme qu'à son visage meurtri. Il se releva, essuya à nouveau son nez, sa manche blanche prit une teinte pourpre et il tapota sur l'épaule de son frère pour l'interpeller d'une voix faible.

    « Alexandre ... »

    Celui-ci se tourna pour lui faire face. Mais si le jeune homme n'avait plus de voix pour s'exprimer, il avait la force de frapper. Son poing partit comme un boulet de canon pour finir avec une incroyable violente sur la pommette du mousquetaire qui s'en trouva déséquilibré car il ne devait pas s'y attendre. Le jeune homme n'était pas de nature violente en général, juste pour se défendre, mais là il ne se contrôlait plus, la haine envahissait chaque réseau de veines et au plus profond de son être. Un d'Artagnan incontrôlable n'était pas beau à voir, alors deux dans la même pièce, on comprend mieux pourquoi Grégoire fit un signe de croix avant de rassembler ses deux mains pour une prière muette où juste ses lèvres remuaient. Il priait pour que son maître ne soit pas déraisonnable et que les deux trouvent un accord. Il avait entendu tant de fois son patron parler de l'importance de sa famille, il avait cru l'entendre sangloter il y a peu de se sentir abandonné mais il n'y était pas allé, respectait l'intimité du jeune homme, pudique au niveau de ses sentiments. Et pendant que le vieil homme en appelait au Seigneur, Philippe cracha son venin, les poings serrés, ses ongles se plantant dans les paumes de mains. Sorti de nulle part, il hurla presque de toutes ses forces.

    « AUCUNES NOUVELLES ? Tu te moques de moi !! S'il y a bien quelqu'un qui n'a pas donné signe de vie, c'est bien toi ! Tous les mois, j'ai pris ma plume pour vous raconter ce que je devenais, l'envie de savoir ce que vous deveniez et jamais, JAMAIS, je n'ai eu de réponse. J'ai espéré, prié que l'un d'entre vous se soucie de ma personne ! Et tu viens, comme une fleur et pour quoi ? M'insulter ! Mais tu es qui pour me parler de la sorte ! Tu aurais pris le temps de lire ce que j'écrivais, tu saurais la vérité !! »

    Les larmes s'apprêtaient à couler mais rien ne se produisit, ses yeux bleus s'embuaient sous la tristesse. Ainsi, voilà comment on le voyait au manoir, comme un menteur et un coureur de jupons, un déshonneur sur pattes qu'il faudrait oublier ou alors enfoncer davantage. L'un comme l'autre, cela pousserait Philippe à cesser de donner de ses nouvelles, les laisser tranquille, entre eux, personnes honorables et bien dans leurs vies. Tellement plus simple d'écarter les vilains petits canards plutôt que de les comprendre. Philippe se sentait plus seul que jamais, avant il gardait un infime espoir qu'on vienne un jour, mais pas pour ce genre de retrouvailles. Là, il s'en serait bien passé. Frère ou pas, peu importe, il s'approcha de lui sans aucune peur, quitte à se prendre un nouveau coup. Il se sentait comme quand il avait envie de mourir, sans peur, juste prêt à tout pour son but.

    « Si tu pensais tout cela de moi, pourquoi es-tu là ? Qui t'attendais tu à voir entre ces murs ? Il n'y a que moi, j'ai toujours été ici, ou du moins, j'y suis toujours revenu, ce n'était pas si difficile pour me trouver. Et toi, pourquoi n'as tu jamais pris la peine de donner de tes nouvelles, jusqu'à preuve du contraire, tu sais écrire et l'adresse du domaine ! Pourquoi devrais-je prendre tout pour moi alors que je n'ai à me reprocher que ma fuite ? Et encore, tu aurais peut être fait de même si le père t'aurais parlé de la sorte ! Tu parles de moi, mais regardes toi dans un miroir, tu verrais au moins une bonne nouvelle, tu as réussi. Tu as voulu être comme le père, tu y as réussi, bravo Charles deuxième du nom. »

    A ce moment précis, un coup de tonnerre éclata juste au dessus du château et la pluie tambourina contre les vitres. Une tempête faisait rare au dehors, les arbres se pliaient sous le vent. Personne ne l'avait vu venir mais il avait tant fait chaud ces derniers jours qu'il fallait bien que ça éclate. Philippe bouscula sans ménagement son frère pour sortir et se rendre jusqu'à sa chambre à l'étage au dessus, la manche contre son nez pour contenir le sang. Puis un claquement de porte violent résonna dans les couloirs, ce qui fit sursauta le vieux serviteur avant de poser la main sur son épaule.

    « Je vais vous conduire à votre chambre, la tempête va durer jusque tard, vous avez besoin de repos pour rentrer. A moins que vous vouliez continuer de chercher querelle à votre frère qui vous a dit la vérité. J'en suis témoin, j'ai moi-même écrit les trois premiers mois tant il était mal. Si vous ne voulez le croire, croyez moi au moins. »

    Le vieil homme ne mentait pas, il n'oserait jamais face à un d'Artagnan, surtout après la violence des échanges qu'il avait vu. Pendant ce temps, Philippe s'assit sur une chaise et tenta de soigner ses quelques blessures, bien que celles du coeur ne guérissent jamais.

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MessageSujet: Re: (Gascogne) La rancune reste au delà de l'amour fraternel [TERMINE]   29.04.09 19:16

Non, il ne s'était pas vraiment attendu à ce que Philippe le frappe. Mais il n'en fut pas surpris, son frère le détestait, à peine s'il daignait lui parler. alors qu'il le cogne ou pas, cela ne lui faisait rien, strictement rien. D'ailleurs, son regard, aussi dur que celui de son aîné témoignait bel et bien qu'ils étaient de la même famille et qu'ils avaient le même sang, pouvait bouillir en un centième de seconde. Cependant, malgré toute la hargne dont il faisait preuve, Alexandre ne put rendre le coup. La suite du discours de Philippe ébranla son assurance. Il connaissait son cadet dans le temps, et il ne se souvenait que trop bien de ce ton, cette attitude. Si explosifs, mais pourtant, par le passé si sincères... Son frère était-il en train de se jouer de lui et de s'enfoncer ? Le tonnerre gronda... c'était étrange qu'ils n'aient pas vu l'orage arriver. Le cadet en profita pour quitter la pièce avec une froideur extrême. Tandis que le Mousquetaire se massa la joue, il écouta Grégoire. Le serviteur corroborait les propos du cadet... il était au moins fidèle, il couvrait son maître. Une qualité essentielle, puisque Barnabé faisait de même... en tout cas dans cette situation, cela exaspérait l'aîné qui répliqua, derechef, le ton méprisant :

- Vous le couvrez... il ne nous a jamais écrit... pas une seule fois... ni à moi, ni à sa filleule, ni même à mon père. Traitez-moi de menteur ! Traitez-nous de menteur ! Vous n'avez donc plus aucun respect pour mon père ? Les choses changent vite... il y a quelques temps, Philippe était quelqu'un de bien... qui ne quittait pas le manoir pour un caprice ou s'il le faisait, donnait souvent de ses nouvelles. Là, rien du tout... pas une seule lettre, pas une seule visite... il nous a laissés nous mordre les sangs sans vergogne. Je n'ai même pas compris pourquoi il était parti ainsi, du jour au lendemain, sans prévenir... je ne comprends pas sa haine et son hypocrisie. Comment voulait-il que je lui écrive dans un pays comme celui de notre Roy, où les distances sont gigantesques ? Je ne pensai même pas le trouver là ! Je le croyais au loin avec sa femme... puisqu'il a préféré faire son mariage seul...

- Mais non, vous vous...

- LAISSEZ-MOI FINIR !

L'éclat de voix eut lieu en même temps qu'un nouveau coup de tonnerre, ce qui l'atténua un peu. Mais malgré tout, l'ordre fut si impératif, si imposant que Grégoire garda le silence. Alexandre poursuivit, le ton plein d'amertume et de colère :

- Je n'ai rien à me reprocher... et j'ai pu voir ce qu'il était devenu, aujourd'hui. Ce n'est plus mon frère... il n'a plus aucun respect pour personne et vous oblige même à mentir, pour lui. Je trouve cela lamentable... jamais je ne pensais qu'il tombe aussi bas... jamais je n'aurais pensé que vous, l'homme qui avait pourtant tant d'éloges de mon père vous ne partiez dans ses affabulations. Vous avez choisi votre voie, lui aussi. Moi je garderais la mienne... mais ne comptez pas sur moi pour garder le secret. Je ne mentirais pas à mon père, je lui dirais ce qu'il en est. Il sera surement plus touché que Philippe ne veut bien le croire, puisque de toute évidence, il le déteste sans raison. Enfin, encore faudrait-il que je le trouve... il est surement parti à la recherche de ce... traître... Est-il venu ici ?

Alexandre ne quittait pas Grégoire des yeux et la situation était si tendue, si lourde de malaise que le vieil homme avait chaud et froid. Il ne savait pas par où commencer tant la situation lui échappait... Il commençait à comprendre ce qu'il s'était passé et l'énorme malentendu qu'il y avait entre les deux frères... ses soupçons furent confirmés lorsqu'Alexandre reprit, exaspéré :

- J'ai bien compris qu'il fallait que je me débrouille seul... je n'attendais pas vraiment grand chose de vous. Finalement, je n'aurais pas du me lancer à la recherche de mon père, j'aurais du faire comme Philippe, vivre ma vie sans m'inquiéter, jouer mon égoïste. Sa femme n'aura sans doute jamais pu comprendre qu'il préfère se regarder le nombril plutôt que la chérir... c'est surement pour ça qu'elle est partie. Elle avait bien raison de refaire sa vie et je vais faire de même. Il est hors de question que je partage le même toit que ce... cet... abject personnage. Pour moi ni vous ni lui, ne méritait d'être de notre famille, c'est terminé. Et dîtes-lui bien que la prochaine fois que je le croise sur mon chemin lui et ses mensonges, je ne répondrais plus de moi-même. C'est valable pour vous aussi !

Et sur ces propos pleine de venin, il tourna les talons et se dirigea vers la sortie. La plui battante et les cordes qui le trempèrent en quelques secondes ne lui firent pas peur. Il refusait de rester, et Grégoire n'eut malheureusement pas le courage nécessaire pour le retenir. Le vieux serviteur était cependant pâle comme la mort. Jamais, il n'avait été au centre d'un tel malentendu... et si Alexandre le croyait capable de mentir, il savait à l'expression du visage de l'aîné qu'il était sincère... il ne savait strictement rien ! Comment était-ce possible ? En hâte, il se dirigea vers la chambre du Duc, son coeur et ses jambes redoublant d'effort pour ne pas perdre de temps. Pendant ce temps, au dehors, Alexandre essuya une larme qui se mêlait à la pluie. Il était à pied et le vent l'empêchait d'y voir loin. Trempé jusqu'aux os il n'arrivait pas à digérer que son frère l'ait à ce point détesté. Il ne s'était pas attendu à ce qu'il soit ici, tant son père paraissait inquiet. Et Barnabé ne lui avait jamais donné de lettres... Comment son cadet pouvait-il s'enfoncer aussi effrontément dans le mensonge ? N'avait-il donc pas eu des principes de leur mère ? Finalement, en y réféchissant... il n'avait plus de famille, sa génitrice était morte, son père s'était évaporé il ne savait où et Philippe... il sentit une bouffée de rage l'envahir rien que d'y penser. Il donna un coup de pied violent dans une pierre qui fut projetée au loin. La pluie perlait sur son visage d'homme blessé. Elle lui donnait l'air d'un gueux.

Il y eut un coup de foudre, non loin, car la terre trembla l'égèrement sous le rondement fracassant du tonnerre. Sa mère disait qu'il ne fallait pas sortir par temps d'orage... ni passer sous un arbre. il aurait peut-être mieux fait de l'écouter... en même temps dans cette région, les grands arbres poussaient comme des champignons Il était difficile de respecter les consignes. Le vent souffla fort, avec le tonnerre on aurait dit qu'il y avait une armée qui se livrait bataille faisait exploser les canons... Il n'y voyait pas vraiment et avec le souffle de l'air imposant, il était gelé... encore un coup à attraper un mal sombre, le clouant au lit pour des mois. Il y eut un nouveau coup de tonnerre, et un rafale de vent... un craquement, sinistre au premier abord. Alexandre vit une masse sombre lui venir droit dessus. Elle le heurta de plein fouet sur le côté du crâne. Sa vision se brouilla, il se sentit déséquilibré, en latence dans les airs puis s'écraser lourdement sur le sol. Pierre ou boue, il n'aurait su dire avec exactitude. Une douleur dans la tête le lança puis le son de l'orage se fit lointain, la lumière aussi... par contre, le froid lui, était bien là... Le Mousquetaire gisait désormait sous l'orage battant, au côté d'une lourde branche n'ayant pas résisté au vent. Un filet de sang venait peu à peu troubler l'eau alentour...

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MessageSujet: Re: (Gascogne) La rancune reste au delà de l'amour fraternel [TERMINE]   30.04.09 3:27

    Dans sa chambre, Philippe se remémora ce qu'il venait de se passer juste avant qu'il ne parte. Pourquoi ne lui avait-il pas tenu tête ? Car c'est presque impossible de faire changer un d'Artagnan en colère et qu'il avait eu l'impression d'avoir eu son père face à lui et, malgré toute la colère, le souvenir de la dernière conversation, ou plutôt dispute, avec son père. Ce même regard, ce même ton, les mots blessants qui transpercent le coeur, donnent les larmes aux yeux. Dans ce genre de cas, plutôt que de manquer de pleurer devant l'autre, il préférait fuir. Incapable de faire autre chose, affronter l'autre mais après tout, pourquoi faire ? Continuer à se frapper, s'insulter et s'enliser dans la haine ? Cela ne servait rien, aucune solution potable ne semblait se profiler. Quelle idée d'avoir hérité un pareil caractère ? Si seulement un des deux se seraient montrés un peu plus conciliant avec l'autre, tout serait si différent. Philippe n'aurait pas du se montrer aussi froid au départ, lui montrer sa joie de le revoir. Mais la rancoeur de s'être senti abandonné par ce qu'on appelait la famille. Cela avait tout déclenché et il s'en voulait tellement qu'il en baissa les yeux, même s'il était seul, et se mordit la lèvre inférieure, au goût de sang à cause des coups reçus. Puis ses yeux rencontrèrent un miroir, il vit ses yeux azur rougis par les larmes incapable de couler, un nez bien rouge aux narines dégoulinantes de sang sur la bouche elle aussi ensanglantée par la la lèvre ouverte. Et comme il avait essuyé, le sang s'était répandu jusqu'à ses joues. Il se sentait pathétique et soupira fort tandis qu'il entendit une voix s'élever, sans entendre les paroles, il reconnut son frère. Alexandre devait s'en prendre à ce pauvre Grégoire, incapable de mentir et très protecteur envers son maître, il avait oublié le vieil homme et l'avait laissé avec un autre homme en colère, dont les réactions faisaient réellement peur. Le jeune homme avait déjà vu le mousquetaire dans beaucoup d'états mais jamais ainsi, il avait tellement de rage et de haine envers quelqu'un, surtout son propre frère ! Cela faisait la deuxième fois qu'il se sentait abandonné par un des siens, et cette pensée lui arracha quelques larmes qu'il essuya rapidement. L'éternelle pudeur des sentiments de la famille, quelle connerie.

    Puis enfin, il se leva pour se rendre jusqu'au broc d'eau et la petite bassine pour se nettoyer un petit peu, histoire de se sentir un peu plus propre. A force de voyager, d'écorchures et chutes, il avait appris à se soigner lui-même alors c'est ce qu'il entreprit, dans un silence de mort, rythmé par sa respiration pas en rythme, avec quelques petits spasmes de sanglots qu'il retenait. Il déambulait dans l'immense pièce tout en déboutonnant sa chemise, la laisser tomber à terre et en chercher une autre quand ses pensées revinrent. Pourquoi Alexandre était venu ? Et pourquoi avait-il l'air surpris en le voyant ? Peut être pensait il que son cadet avait pu mettre le duché en jeu aux jeux de cartes et l'avoir perdu, quelque chose comme ça. Mais surtout, ce fut la réflexion sur Emmanuelle qui l'avait marqué. Pourquoi avait-il parlé d'elle comme sa femme ? Ils devaient se marier mais elle restera à tout jamais sa fiancée défunte, rien de plus. Et il ne l'avait pas trompée de son vivant et avait mis du temps avant de retrouver les plaisirs de la chair. Aujourd'hui, il n'en abusait pas, saisissait quelques opportunités mais sans plus, ce n'était plus comme avant. Rien ne serait plus comme avant … Mais une chose était sûre, il n'avait jamais payé pour l'amour, il trouvait cela dégradant autant pour la femme que pour lui, il se sentirait incapable de quoique ce soit. Emmanuelle, sa femme … Devant son armoire, il ne bougea pas quelques instants, il y repensa. Lorsqu'ils se promenaient autour du Grand Canal ou ailleurs, elle s'amusait à parler de comment se déroulerait la cérémonie. Il se rappelait encore qu'elle voulait des tulipes blanche en guise de fleurs pour décorer le château de ses parents, là où se déroulerait le mariage, elle avait trouvé un excellent tailleur italien pour sa robe perlée sur le bustier et à la longue traine de soie blanche pour le bas, que ses cheveux blonds soient relevés dans un magnifique chignon … Bref, elle avait tout imaginé depuis l'enfance et avait avoué en riant à Philippe qu'il ne lui manquait plus le futur époux, tout était prêt et il n'aurait qu'un mot à dire : oui. Et c'est tout ce qu'il voulait lui dire. Malheureusement, il n'eut pas le temps. Mais plutôt que de se souvenir de cette terrible journée, il préféra se focaliser sur son sourire lorsqu'elle lui en avait parlé ce mariage qu'ils attendaient. Au moins, elle ne le jugeait pas et lui avait permis de lui donner un petit sourire, triste certes, mais toujours mieux que rien.

    Il sortit de son souvenir pour la pitoyable réalité. Il n'y a jamais eu de mariage, il était seul et n'avait plus de famille, ce n'était pas réellement la vie qu'il s'était imaginé à son âge. Il saisit une nouvelle chemise pour s'habiller, évitant soigneusement de se regarder dans le miroir, son corps amaigri qu'il ne supportait toujours pas, malgré une petite prise de poids depuis qu'il avait tenté de reprendre du poil de la bête. C'est à cet instant précis que Grégoire ouvrit la porte sans se faire annoncer, essouflé après avoir surement couru dans les escaliers, manquant de tomber à plusieurs reprises car son corps n'avaient plus l'habitude d'autant de cavalcade. Philippe le regarda, les sourcils froncés et mettait ses boutons pour s'habiller.

    « Il est parti, Philippe. »
    « Quand ? »

    L'inquiétude se lit d'un coup dans ses yeux. Le vieil homme en aurait presque souri de voir qu'il s'inquiétait pour son frère, cela prouvait qu'il l'aimait toujours, un point positif qui est toujours un petit pas vers une possible réconciliation. Il bafouilla, voulait expliquer la colère, l'ignorance du Mousquetaire mais il ne fallait pas attendre le regard inquisiteur de Philippe, impatient de partir à sa recherche.

    « Alexandre ne voulait pas rester ici après votre … altercation. Il a du redescendre à la ville pour ... »
    « Il est complètement fou, on ne sort pas en plein orage ! Je dois aller le chercher ! »
    « Philippe, je dois vous dire qu'il... »
    « Cela attendra ! »

    Il avait fini de boutonner sa chemise, se saisi d'un pull et descendit à toute vitesse, ses talons claquèrent sur les marches de pierre dures. Il passa par son cabinet prendre une veste épaisse d'hiver et se mit à courir jusqu'à la porte. Dehors on n'y voyait pas grand chose. La pluie s'abattit d'un coup sur son visage mais cela ne le découragea pas. Les yeux plissés, il se mit à prendre le chemin pour descendre jusqu'à Lupiac, la ville en bas dont il surplombait par sa demeure. Il ne s'entendait plus penser tant le tonnerre grondait avec force juste au-dessus de sa tête. Pourquoi son frère s'était il empressé de partir par un temps pareil ? Mais pas le temps de trouver une réponse, la foudre tomba à une centaine de mètre, fendant un arbre en deux. Quelle violence ! A l'image de la dispute entre les deux hommes. Le froid lui gela le visage, dire qu'il avait fait si chaud dans la journée, quel changement ! Et voilà, à sortir par un temps pareil, il allait rester cloué alors qu'il devait partir sous peu. Il devait remonter sur Poitiers voir la mère d'Emmanuelle ainsi que se recueillir, comme il avait fait l'année d'avant. Mais il ne pourrait pas repousser ce voyage éternellement. Il serra ses bras contre lui pour tenter de se réchauffer mais il avait froid, sentait chaque vêtement devenir trempé vu la violence de la pluie. Nouveau coup de tonnerre qui le fit sursauter. Il cria ensuite le nom de son frère mais sa voix se perdit dans le vent. D'un coup, il manqua de buter sur une pierre et tournant les yeux, il vit son frère inconscient au sol.

    « Alexandre ! »

    Sans réfléchir, il se précipita sur lui et le secoua pour tenter de le réveiller mais le mousquetaire ne bougea pas d'un pouce, il était réellement dans les vapes. La panique l'envahit, il ne voulait pas se sentir incapable dans une telle situation et les larmes lui piquèrent les yeux mais après une bonne inspiration, il prit son frère en dessous des aisselles et le traîna petit à petit. Pas évident car Philippe n'avait plus la même force et son frère n'était pas léger, il était du genre musclé et costaud. Il s'essouffla rapidement au fil des pas mais ne lâcha pas l'affaire, continua de le traîner, malgré la boue au sol. Tant pis, les vêtements se lavaient mais une vie à sauver n'attendait pas. Il mit plusieurs longues minutes avant d'atteindre la porte du château. Il se mit à tambouriner violemment et Grégoire ouvrit, l'air terrorisé de voir son maître trempé, ses cheveux blonds plaqués sur son front, haletant et tenant entre ses bras, le corps d'Alexandre inconscient. Vite, les deux hommes l'emmenèrent jusqu'à la chambre le plus proche, ils alertèrent les quelques servantes devant la cheminée à discuter. Ils auraient besoin de leur aide pour des couvertures et des changes. Une fois dans la pièce, ils l'assirent dans un fauteuil pour qu'elles s'occupe de lui enlever ses vêtements et l'envelopper dans une chaude couverture. Philippe alluma un feu et avec quelques autres servants alertés par tout ce raffut, vinrent à son aide pour pousser le lit non loin, histoire de le réchauffer davantage. Puis ils le le portèrent et le mirent sous les draps, une apporta deux bouillottes pour les placer à ses pieds. Enfin on s'occupa de Philippe pour qu'il n'attrapa pas la crève. Il se sécha et entreprit de s'habiller avec de chauds vêtements puis de s'enrouler dans une couverture et se mettre dans un fauteuil entre le lit et la cheminée. Autant de monde dans la pièce, il ne resta pas que les deux d'Artagnan. Le jeune duc vit son frère à la peau devenue presque bleue par le froid. Il se sentit incapable de s'endormir ou quoique ce soit. Il en fut ainsi une grande partie de la nuit, il le regardait, priait puis se mit à tourner en rond, inquiet. Encore une fois, c'était de sa faute, il ne pouvait pas protéger convenablement les gens qu'il aimait. Pourtant, il était sûr qu'il ne serait pas tendre avec lui au réveil. Il le sentait mais ne savait pas comment contrecarrer ce fichu caractère.

    Enfin, à une heure très avancée de la nuit, plutôt proche du lever du soleil, il s'endormit enfin, emmitouflé dans sa couverture, avachi dans son fauteuil et la tête sur le lit. Le sommeil le prit au corps après l'épuisement physique et psychologique causées par ces retrouvailles. Le jour se leva, il fit à nouveau beau avec un timide soleil s'infiltrant entre les rideaux pas tout à fait tirés. Un rayon vint chatouiller plus tard, le visage de Philippe dont les cheveux n'étaient plus du tout disciplinés et le visage au teint blême. Mais la caresse du soleil lui fit du bien, cela l'éveilla doucement, quel changement lui qui sursautait habituellement après un cauchemar ou ne dormait pas du tout. Il se redressa dans son fauteuil, vit deux femmes apporter à manger à un Alexandre allongé dans son lit, l'air faible mais aux couleurs beaucoup plus approprié pour un humain vivant. Un petit sourire désolé se dessina sur ses lèvres. Il voulait dire tellement de choses : le coté protecteur voulait lui poser mille questions sur son départ et le coté mauvaise foi voulait l'enguirlander pour son inconscience. Mais, sa fierté d'un coté et sa tempérance de l'autre, il ne fit rien tout d'abord, se contenta de l'observer avec sa tignasse aplatie d'un à droite et ébouriffe de l'autre. Passant sa main dans ses cheveux, il osa demander timidement.

    « Comment te sens tu ? »

    Il vit la marque rouge sur le coté de son visage, surement quelque chose qui l'avait heurté. Hier, il eut la frousse de sa vie à le voir inconscient de la sorte. Il ne lui dira probablement jamais mais c'était vrai. Son frère était sacré à ses yeux, malgré les horreurs lancées, il y a toujours ces liens du sang. Pas sûr pourtant que cela dure longtemps. On ne sait jamais avec eux !

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MessageSujet: Re: (Gascogne) La rancune reste au delà de l'amour fraternel [TERMINE]   06.05.09 14:11

Si la nuit avait été difficile et longue pour Philippe, Alexandre en revanche n'avait pas à se plaindre. Du début à la fin, il n'avait eu aucune pensée, aucun rêve venant troublier son inconscience. En fait, il ne sentait strictement plus rien, n'avait plus aucun parasite dans mémoire. Il n'avait pas connaissance de ce qu'il se passait autour de lui, de son orientation et de sa respiration. C'était le vide. Les rayons du soleil filtrés par la fenêtre le réveillèrent. Il sentit leur chaleur... puis il écouta son coeur battre et ses poumons inspirer et expirer. Mais, malgré tout, il ne parvint pas à bouger. Alors, il se mit à penser... Où était-il ? Que faisait-il ? Quel était ce désagréable mal qui le prenait sur le crâne... des questions auxquelles il ne trouva pas de réponse. Et ce n'était pas la petite migraine naissante qui allait l'aider. Il y avait une odeur... comme du bois brûlé... quelque chose dans ce genre... du bois... c'était étrange, le simple fait d'évoquer ce mot lui invoquait quelque chose qu'il n'arrivait pas à se souvenir. Il sentit une présence... quelqu'un était proche très probablement. Peut-être Charles, Philippe ou sa mère... il devait être malade. Il avait souvenir que par le passé, cela lui était arrivé... Une main se posa sur ses cheveux, son contact ne le fit pas réagir ni frémir, comme s'il s'y attendait. Etrange cette paume... elle paraissait... différente grande. Mais à la voix il sut que ça n'était pas son père. Quel était donc cet homme. Il ouvrit les yeux et cligna à plusieurs reprises. La luminosité était trop forte et il ne distingua pas de suite le visage de l'inconnu. Il marmonna dans un grognement amplifié par sa voix rauque :

- J'ai mal à la tête... mais je vais bien... je crois... juste...

A cet instant, Grégoire entra dans la pièce. Alexandre qui s'était habitué à la clarté tourna ses yeux vers le serviteur puis sur l'autre homme qu'il n'arrivait pas à reconnaître. Le vieil homme lui rappela vaguement quelque chose... oui il le connaissait, ce devait être l'homme de maison de son père... quoique, il semblait plus fatigué...

- Je vous ai apporté de quoi manger... j'ignore si cela vous calmera, mais de grâce, ne vous battez pas...

Tandis qu'il déposa le plateau sur une table, Alexandre lui demanda timidement d'approcher. Grégoire, soudain inquiet s'exécuta et tendit l'oreille méfiant. Il n'était pas sans ignorer qu'un D'Artagnan avait sale caractère et que un tel calme n'était jamais bon. Le mousquetaire demanda, à voix basse mais malgré tout audible :

- Qui est-ce ?

- Je vous demande pardon ?

- Cet homme... qui est-il ?

Le coeur de Grégoire manqua plusieurs battements. Il blémit et lança un regard vers Philippe qui avait tout entendu. Ce n'était pas possible... et pourtant si ! Alexandre avait perdu la mémoire, il ne savait plus ni qui était vivant, ou qui n'était plus et à quoi ressemblait son cadet. Il avait de vagues souvenirs, mais rien de précis... A cet instant, un silence de mort s'abattit sur la pièce. Grégoire balbutia qu'il allait quérir un médecin puis s'en alla catastrophé. Soudain géné de ne pas connaître l'identité de son visiteur et le pourquoi de la réaction du vieil homme, il réfléchit. Finalement, il aurait fallu qu'il lui demande de suite. Enfin qu'importe, c'était peut-être un cousin du côté de sa mère... il avait pratiquement les mêmes traits. Mais où était donc sa famille ? Il chercha dans ses souvenirs mais n'y trouve que confusion. Ennuyé, il demanda :

- Et vous comment allez-vous ? Savez-vous ce qu'il m'est arrivé ? Il y avait ce dîner avec mère... et... eh bien... je crois que nous avions terminé et puis... mais n'étions que quatre... vous êtes arrivé ensuite ? Quel jour sommes-nous ? J'ai un de ces mal de tête...

Il porta sa main à son front mais se stoppa dans son geste... il ne savait pas ce qu'il était devenu mais il aurait juré que son corps n'était pas le sien ! Trop grand... lourd... et puis ses mains... ses bras musclés. Il resta stupéfait face à ce changement physique et pâlit. Il se redressa et allait sortir du lit lorsqu'il se rendit compte qu'il était dans une tenu de plus légères :

- Hum... pourriez-vous vous tourner, le temps que je sois présentable, s'il vous plait ?

Il s'enveloppa d'un drap autour de la taille et se leva, désorienté, avec quelques vertiges. Tant bien que mal, il parvint devant le miroir et resta stupéfait. Tellement stupéfait qu'il fit un recul...

- Mais qu'est-ce que... qui suis-je donc ? Ce n'est pas moi... Je...

Il se tint la tête, vacilla et s'écroula sur le sol, les choses tournant autour de lui à une vitesse démesurée. Il cligna plusieurs fois des yeux, ne put rien répondre à qu'il entendit et était incapable de bouger. Tout commença à se brouiller à se noyer lentement. Sa propre identité lui échappa, il resta le regard fixé au plafond, la luminosité descendant peu à peu. Jusqu'à ce que le noir n'envahisse tout, et que la migraine ne décuple de puissance. Une pensée traversa l'esprit et il bredouilla avant de perdre une nouvelle fois connaissance :

- Il pleuvait... je crois... il pleuvait...

[Je m'excuse pour le post court... mais j'ai le cerveau en bouillie après une très mauvaise nuit... :-/]

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MessageSujet: Re: (Gascogne) La rancune reste au delà de l'amour fraternel [TERMINE]   16.05.09 16:00

    Quelle nuit. Partagé entre la peur, l'inquiétude, la culpabilité, il tentait de se rassurer par des prières silencieuses et faire les cent pas autour du lit. Décidément, Philippe n'avait pas de chance avec ceux qui l'entouraient. Sa mère et sa fiancée étaient décédées, son père l'avait presque renié lors de leur dernière dispute et voilà que son frère avait perdu connaissance en plein orage après une violente altercation. Quelle famille, de quoi rendre fou n'importe qui ! Le jeune homme avait le cerveau bouillant à force d'y repenser, cela l'avait totalement épuisé mentalement, il s'en était écroulé dans son fauteuil, la tête sur le lit de son frère endormi. Alexandre n'avait pas le souci de se poser des milliers de questions, il semblait presque serein dans son sommeil, tout serait parfait sans la grosse marque violacée sur sa tempe. Chanceux, Philippe l'enviait avant d'avoir enfin fermer ses paupières. Le seul avantage de cette situation était que la fatigue le prenait tellement au corps qu'aucun cauchemar ne vint hanter sa nuit, toujours une bonne chose, cela n'aurait pas été bienvenu de sa part de se réveiller soudainement en hurlant, il ne voulait pas avoir à répondre à des questions trop personnelles sur ce qui le persécutait lorsque la nuit venait … Cette fois, le soleil l'avait levé tardivement, une nuit courte mais réparatrice, cela n'avait pas fait de mal.

    Lorsqu'il vit son frère assit sur son lit à manger, rien ne lui faisait plus plaisir. Parce que déjà, il était réveillé et de deux, il mangeait, toujours un signe de bonne santé ! Lui n'avait pas bonne mine, il faut avouer qu'on n'a jamais l'air véritablement fringant avec la maigreur d'un tel corps. Rajoutez à cela l'angoisse, les cheveux en bataille et vous pourrez imaginer Philippe en ce matin là. Mais la joie de voir son ainé en forme fut de courte durée. La conversation avec Grégoire le pétrifia un instant : se moquait-il de lui ? Ou alors … Ses yeux bleus rencontrèrent ceux du vieil homme et tous deux redoutèrent cette seconde solution : l'amnésie. Il aurait presque préféré que son frère ne daigne pas lui parler, mais là s'il ne le reconnaissait pas, c'était grave ! Bien qu'il ait maigri, Philippe gardait toujours les mêmes traits depuis son adolescence, facilement reconnaissable, même pour quelqu'un qui ne l'a pas vu depuis plusieurs années. Alexandre ne serait pas remonté au-delà quand même ! Cela lui fit mal de l'entendre le vouvoyer, ne pas le reconnaitre, une impression de devenir totalement un étranger face à quelqu'un qu'il connaissait mieux que personne. Toutes ces questions mais pas assez de temps pour répondre ni la manière de le faire : comment raconter à quelqu'un tous les évènements alors qu'il ne se souvenait de rien. Le jeune duc l'observa se contempler, lut la surprise et la stupeur sur la visage du mousquetaire, il ne reconnaissait même pas son propre corps ! Mais jusqu'où il était remonté dans les souvenirs. Il se tourna malgré tout pour le laisser se lever et aller se regarder dans le miroir au fond de la pièce. Machinalement, la main du plus jeune des deux d'Artagnan se dirigea vers sa chaine où les cadeaux des deux femmes de sa vie se tenaient contre son coeur, un signe d'anxiété et de réflexion que beaucoup connaissait. Il l'entendit parler tout seul mais n'y fit pas attention, il essayait de trouver un moyen de lui expliquer la situation sans lui faire peur ni le traumatiser. Pas évident d'avoir du tact avec une personne après une dispute violente la veille. Philippe allait devoir faire abstraction de cela, pas toujours évident pour lui …

    Puis un bruit sourd le fit se retourner et se lever instantanément. Son frère s'était écroulé sur le sol. D'une rapidité qu'il ne se connaissait pas, le jeune homme courut jusqu'à lui et tomba à genoux pour lui soutenir la tête, tenter de le ramener à la raison, le secoua même un peu. Rien n'y fit, l'ainé s'évanouit à nouveau, entre les bras de son propre frère, affolé avec les yeux grands ouverts, la panique sur tout sa face.

    « Alexandre !! Réveilles toi ! » puis il tourna la tête vers la porte pour hurler « Vite, j'ai besoin d'aide ! »

    Deux serviteurs accoururent jusqu'à leur maître, soulevèrent le corps inerte pour le ramener dans le lit, le couvrir pour qu'il n'attrape pas froid. Philippe s'assit à ses pieds et se balança avec le regard obstinément posé sur le visage de son frère, incapable de penser à autre chose que les mille et une culpabilité qui le rendait responsable de cette situation. S'il avait su, il n'aurait jamais parlé ainsi. S'il avait su … Mais comme le dicton dit, avec des si on pourrait refaire le monde. Les secondes semblèrent interminables et les minutes s'allongeaient en heure avant qu'enfin Grégoire arriva essoufflé avec un médecin à ses côtés, lui aussi pas en grande forme de s'être dépêché pour monter jusqu'au château. L'homme avait une quarantaine d'années, plus l'air d'un dandy anglais qu'un médecin de campagne avec ses cheveux trop bien coiffés et ses jolis vestons, cela amusait Philippe lorsqu'il venait le voir. Mais à cet instant, l'heure était grave, pas le temps aux plaisanteries, tous le savaient et ne dirent mot durant quelques minutes, le temps qu'il écoute son coeur et regarde ses yeux.

    « Que s'est il passé ? »
    « Nous avons une … une altercation et il est parti en pleine tempête ! Il a été complètement inconscient de faire cela ! Je l'ai retrouvé étendu par terre, sous la pluie battante et je l'ai ramené. Au matin, il ne me reconnaissait plus, n'avait plus l'air de savoir qui il était ... »

    S'il s'était énervé en repensant à cet acte stupide d'être parti un soir d'orage, son ton avait baissé pour raconter le reste des faits, avait eu du mal à ravaler sa salive et ne fit que davantage malmener sa chaine.

    « Il arrive parfois, à la suite d'un choc, une personne perde la mémoire. Celle-ci peut revenir lorsqu'il se réveillera comme ... »
    « Jamais ? »

    L'homme acquiesça gravement. Philippe se passa les mains sur le visage tandis que le médecin soigna la blessure au niveau de la tempe d'Alexandre et vérifia s'il allait bien sinon. Puis Grégoire le conduisit au salon, qu'il reste à proximité en cas de réveil, pour savoir quoi en faire en temps voulu. Le jeune homme recommença ses balancements, le regard dans le vide. Son serviteur, revenu dans la chambre, l'observa et eut l'impression d'avoir fait un bond en arrière de deux ans, cela lui fit plus que mal au coeur. Pendant plusieurs heures, il resta ainsi avant de se lever, toujours en silence et alla faire un tour à l'extérieur, dans le jardin. Les larmes montaient, incontrôlables mais il ne voulait pas pleurer, se frotta les yeux avec sévérité pour les ravaler tant bien que mal et rester immobile dans l'herbe et tenter de ne pas craquer. Pas maintenant, il devait être fort pour Alexandre, c'était son devoir. Après tout, c'était sa faute tout ce qui venait de se passer. Le jeune homme se calma un peu, à force de volonté flanchée mais retourna dans la chambre pour se rassoir et reprendre la garde du jeune homme endormi.

    « Philippe, vous n'avez pas mangé ... »
    « Pas faim … Laissez moi seul avec mon frère. »

    Le ton grave ne lui inspirait pas confiance mais Grégoire n'allait jamais contre les ordres de son maitre alors il inclina la tête et ferma la porte derrière lui. Le jeune duc se mordit la lèvre inférieur, réfléchit avant de baisser la tête. Il ne le regardait plus, trop difficile d'observer un visage sans réaction, endormi. Non, inconscient. Il parlait tout bas comme à lui-même et essuya une larme rebelle venue couler le long de sa joue creusée.

    « Pas possible d'attirer autant le mauvais sort sur soi. Je me demande parfois ce que j'ai fait pour qu'on s'acharne sur mon sort de la sorte. Il n'aurait jamais du venir … Au moins le message est lair, je n'approcherais plus ma famille, sinon cela va encore continuer. Tout est de ma faute ... »

    Et alors qu'il se passait les mains sur son visage, il sentit derrière lui le corps de son frère remuer et se tourna instinctivement pour le voir se réveiller. On était en plein après midi à présent mais peu importe le temps, Philippe s'approcha de lui avec un visage interrogateur.
    « Alexandre, tu te sens un peu mieux ? Tu me reconnais ? »

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MessageSujet: Re: (Gascogne) La rancune reste au delà de l'amour fraternel [TERMINE]   01.06.09 0:54

- J'ai... j'ai mal à la tête...

La bouche pateuse et l'air nauséeux il ouvrit les yeux. Il se sentait si épuisé... il porta la main à sa tempe et grimaçant lorsque ses doigts effleurèrent la plaie tuméfiée. Pendant tout le temps qui avait passé, il avait l'impression d'avoir rêvé à ne plus pouvoir s'arrêter. Il se souvenait vaguement d'un bois, et de deux hommes qui y bataillaient. Trois... trois hommes... à la silhouette étrange... floue et entourée d'un halo étrange. Il n'arrivait pas à voir les traits sur leurs visages. Un des hommes fut projeté à terre et désarmé. Il s'était élancé alors, épée brandie, pris d'une bien étrange frénésie. Suant à grosses gouttes sous le joug des coups qui lui étaient portés, il finit par tomber à genou, dans une dernière parade... Puis, quelque chose de dur s'écrasa alors que le tonnerre résonnait. Il aurait pu se réveiller mais finalement, cela continua, il se retrouva dans un lit, à être oppressé par un poids sur ses poumons. Se levant larmes aux yeux et dégoulinant d'eau comme s'il avait été sous la pluie, il sorti de la pièce. Un homme arriva à cet instant et lui asséna une gifle qui le fit s'écrouler. Grelottant sous le froid et la colère de cet homme, ce dernier le frappa encore en vociférant. Il disait que jamais il ne tolèrerait qu'on lui fasse des enfants dans le dos... Mais perdu dans son enveloppe charnelle de jeune garçon de 13 ans, Alexandre eut bien du mal à comprendre un quelconque logique... N'ayant aucun souvenir de ce qu'il venait de rêver à son réveil, il regarda Philippe longuement. Il fronça les sourcils, contrarié et dit :

- Qui êtes-vous donc ? Et pourquoi vous permettez-vous de me tutoyer ? Où est père ? Et mère ? Sortez et dites-leur que je veux les voir !

Il tenta de s'asseoir sur le lit mais un bourdonnement sourd et le noir qui envahit sa vision l'en dissuadèrent... Soudain plus pâle il préféra ne pas bouger le temps que ça passe. Clignant des yeux à plusieurs reprises, il vit alors la silhouette de Philippe qu'il n'arrivait pas à reconnaître. Et presque naturellement, il se souvint de cette allure amaigrie... de ce visage creusé qui lui apparaissait nettement puis de ces yeux bleus... Ce regard si abattu... La peur passa sur son visage, une peur presque panique qui le changeait tellement lui qui n'avait jamais montré signe de crainte à personne, et qui il fallait le reconnaître n'avait pas peur de grand chose... Il posa sa main sur sa blessure et bredouilla, perdant soudain ses moyens :

- C'est vous... je vous connais... Les gifles... le combat à l'épée... vous voulez me tuer... vous avez tué... A l'AIDE !!!

Il cria de toutes ses forces devant un Philippe effaré. Au diable sa douleur lancinante à la tempe, s'il devait mourir, autant le faire avec honneur. Il prit la première chose qui lui passa par la main, une chandelle et pointa la flamme vers son frère qu'il ne reconnaissait pas. C'est à cet instant que Grégoire entra, essouflé, en compagnie d'un autre homme. Ce dernier, voyant l'air paniqué et désespéré d'Alexandre s'approcha de lui. Le Mousquetaire ne reconnaissant aucune personne hormis Grégoire braque la flamme sur le médecin qui recula après avoir été brûlé légèrement. De la cire brûlante coula sur le bras de l'aîné d'Artagnan qui par réflexe lâcha le chandelier. Ce dernier vint s'écraser sur le lit dont les couverture commençaient à s'embrasser. Heureusement, Grégoire eut le parfait réflexe d'étouffer ce début d'incendie avec les couvertures. Médusés les tros hommes regardèrent Alexandre qui n'avait plus rien de calme. Son coeur battait à tout rompre de se retrouver ainsi, terriblement amoché sans personne à qui parler... Et il avait beau regarder il n'avait plus une seule échappatoire. Il toisa Philippe et lui dit, empli de haine :

- Si vous croyez que je vais vous supplier, jamais ! Cessez donc d'être lâche, et mesurez-vous à un adulte de votre taille !

Le médecin eut soudain l'air perplexe. Le Mousquetaire parlait comme s'il n'était pas adulte... en fait, il ne se souvenait plus l'avoir été un jour. Il profita d'un court instant d'inattention pour passer sa main sur son front. Il était brûlant... Il voulut examiner ses yeux mais à peine eut-il posé sa main sur son menton, qu'Alexandre plata ses dents dans sa chair, comme un sauvage. Criant de douleur le malheureux bonhomme fit un recul, agitant sa main ensanglantée dans tous les sens. Alexandre profita de l'aubaine pour tenter de se lever. Il s'appuya sur ses deux jambes, chancela puis tomba à genou, la tête lui tournait. Grégoire eut tout juste le temps de le retenir lorsqu'il s'évanouit à nouveau. Suffoquant sous le poids de muscles du soldat, il eut bien du mal à aider Philippe et le médecin à le remettre au lit... Montagne de muscles... peut-être que maigrir un peu ne lui ferait pas de mal. Après avoir nettoyé les plaies assez importantes sur sa main, localisées par les empreintes des dents, le médecin usa de bandage en lin que lui avait apporté Grégoire et regarda Philippe, très sceptique :

- Il est complètement perdu... je ne sais pas ce qu'il va advenir... c'est plus grave que je ne le pensais... vous vous êtes vraiment disputés à ce point ? Quelle idée saugrenue que de sortir par une tempête pareille !

- Oh oui... la dispute a été terrible et Alexandre est parti sans que je puisse vraiment le retenir... ils ne sont pas frères pour rien !

Le vieil homme avait pour la première fois parut fort excédé. Il allait ajouter quelque chose lorsque le médecin le coupa dans son élan, sans le savoir, alors qu'il examinait la blessure...

- Je crains malheureusement que cela ne prenne du temps, Monsieur le Duc... ce n'est pas un faible coup qu'il a reçu. C'est même un miracle que ça ne l'ait pas tué... et s'il arrive à parler et à bouger, c'est déjà très bien. Sa tempe saigne encore un peu, mais rien de très grave, c'est surtout le choc... à en voir la bosse, c'est loin d'avoir été doux... De quoi parlait-il ? Nous l'avons entendu crier au sujet d'un combat à l'épée... de coups... il se souviendrait de votre altercation... sans parvenir à mettre un nom sur votre visage... ce qui n'est pas vraiment de bonne augure... l'amnésie, elle peut se soigner... la confusion mentale en revanche, provoque de drôles de séquelles... certains vivent la vie d'un autre, parfois de personnages de rumeurs... d'histoire... de conte... Peut-être que...

Il marqua une courte pause et regarda Alexandre étendu sur le lit, le visage apaisé, malgré sa crise d'angoisse de tout à l'heure. Le Mousquetaire avait combré dans les ténèbres mais cette fois, il avait trop mal pour ouvrir les yeux ou pour entendre. La seule chose qui l'obnubilait c'était sa douleur qui pulsait à travers sa tempe. Le médecin poursuivit, hasardeux :

- Peut-être que si vous lui racontez son histoire... pendant qu'il dort, il pourra vous entendre et se souvenir... Ou alors, en supposant qu'il se croit encore adolescent, une histoire rassurante lui irait mieux. Comprenez bien que s'il parle comme s'il était enfant, c'est qu'il l'est encore au fond et ce malgré lui à défaut de ne pas se souvenir...

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MessageSujet: Re: (Gascogne) La rancune reste au delà de l'amour fraternel [TERMINE]   17.06.09 0:28

    Quelle peur ! Son frère en plein délire, il y avait de quoi reculer et se plaquer contre le mur d'en face et laisser faire les autres. Il n'avait ni la force ni le courage de s'approcher de cet homme complètement délirant. Non, lui n'était pas Alexandre, son frère aîné qu'il adorait, dont le courage et la détermination sans faille ont fait de lui un homme d'honneur, digne de la famille dont il est issu. Loin de Philippe, qui a toujours pensé depuis son arrivée qu'il n'était qu'un lâche et l'assumait puisqu'il ne bougeait pas un pouce pour faire quoique ce soit. Lâche, misérable et coupable, pas de quoi devenir un véritable d'Artagnan. Alors que le jeune homme dans ce lit, celui qu'il était la veille encore, représentait tant les rêves de leur père. Le cadet observait la scène sans véritablement la comprendre. Une morsure, des hurlements, une chute, tout cela allait trop vite que lui-même sentit ses jambes flancher sous son poids chétif par rapport à ce qu'il était auparavant. Il ne comprenait pas grand chose, à peine les paroles du médecin, il ne répondit pas à sa question lorsqu'il s'approcha, hagard et déboussolé. Ce ne fut que les mots de Grégoire et surtout ce ton, si dur de la part de ce brave vieil homme dont la gentillesse faisait partie intégrante du personnage. Là seulement, le Duc tourna la tête et son expression changea, surpris tout d'abord puis fronça les sourcils. Il ne ressemblait pas à son frère, du moins d'après lui, et être comme Alexandre en revenait à invoquer Charles, leur père. Pas vraiment un compliment pour le garçon, peu enclin à entendre pareilles choses dans un moment pareil. Il regarda son frère assoupi, l'air tellement paisible, comment pouvait il devenir aussi odieux et infantile une fois ses yeux ouverts ? Tout cela semblait tout bonnement idiot et improbable. Il examina la bosse à la tempe, enflée par rapport à son premier réveil. Un choc pouvait il provoquer un retour en arrière ainsi ? Son frère agissait comme à l'adolescence, c'est à dire effronté et pas sa langue dans sa poche. Jusqu'à mordre, cela lui ressemblait. Lors de plusieurs bagarres avec divers enfants de son âge, Alexandre eut recours à ce procédé pour déstabiliser son adversaire et ainsi gagner. Tout était pour arriver à la victoire dans un combat sans règles. S'il avait treize ans dans sa tête, cela n'était pas étonnant de son caractère.

    Puis Philippe se tourna vers le médecin qui lui proposa de raconter une histoire. Pour le rassurer ? Mais normalement, les rôles devraient s'inverser, le cadet n'avait pas à faire cela à son propre ainé. Ces deux derniers jours ressemblaient à un grand n'importe quoi. Dieu chamboulait complètement la vie du jeune Duc de Gascogne, trop pour qu'il puisse faire quoi que ce soit. Il resta figé à fixer le médecin. Ce dernier eut l'air surpris, ne semblait pas comprendre la réaction du jeune homme et resta silencieux, on ne parle pas à un Duc comme à un servant ou à un fermier, il y avait un certain respect. Comme on ne parle pas à un monarque, lui nous parle en premier. L'époque voulait une certaine hiérarchie que certains continuaient encore de préserver par souci de loyauté. Mais au lieu d'une parole, il vit Philippe tourner les talons et sortit de la pièce. Grégoire le rattrapa aussi vite que ses vieilles articulations le pouvaient et interpela son maitre, ou plutôt une sorte de fils adoptif.

    « Philippe, où allez vous ? »
    « Ailleurs. »
    « Mais votre frère a besoin de vous ... »

    Philippe s'arrêta net dans le couloir, se redressa, piqué en plein coeur avant de faire un volte face. Ses yeux se noyaient dans des larmes qui ne sortaient pas, son visage crispé par la colère et la tristesse à la fois, il explosait et se mit à hurler.

    « NON ! Non, il n'a pas besoin de moi, il était très bien avant de venir ici, vivait une vie de rêve où je ne faisais plus partie. Il est parti parce que j'ai joué l'imbécile trop fier et voilà le résultat ! Je n'ai aucune histoire rassurante à raconter car je n'arrive pas à m'en raconter à moi même pour arriver à m'endormir alors comment faire à un homme qui se croit enfant dans sa tête ? Je ne suis pas Dieu, je ne peux pas gérer mon frère car je ne peux pas me gérer moi-même !! »

    Le vieil homme resta pétrifié de voir tant de rage sortir de ce garçon dont le coeur brisé n'arrivait pas à se reconstruire. Tous les servants et servantes avaient sorti leur tête d'une des diverses portes pour voir leur Duc devenir fou de rage avant de reprendre sa route et sortir du château. Il avait besoin d'air, de se changer les idées et de trouver une solution. Il lui fallait du calme, que personne ne le pousse à faire quoique ce soit et penser par lui-même. Il se rendit à la chapelle proche du domaine. Il s'assit dans un coin du choeur et s'assit sur à même le sol sur le pierre froide et posa sa tête contre ses genoux repliés, ses bras les encerclant. Qu'il était difficile de s'occuper de quelqu'un d'autre, surtout lorsqu'il a une si grande importance dans son coeur. Depuis deux ans, la seule personne qu'il avait à charge, c'était lui. Un cas pas évident, complexe et solitaire malgré tout, Philippe ne se gérait toujours pas, ses nuits étaient toujours aussi courtes et remplies de cauchemars, il n'arrivait pas à vouloir revenir totalement à la raison. Et maintenant le voilà à avoir son frère amnésique sur le dos. Difficile de faire abstraction de ses problèmes, aussi altruiste soit-il.

    Combien de temps resta-t'il dans cette position ? Une heure ? Deux ? Plus ? Il ne s'en rendit pas compte, ne bougea pas d'un pouce, juste sa respiration indiquait qu'il était toujours en vie. Puis, il releva la tête, le visage bouffi et ses yeux marquaient clairement que des larmes avaient coulé précédemment, il y avait encore les traces sinueuses le long de ses joues. Il souffla un bon coup et se releva tout doucement, engourdi par le fait de rester immobile. Dehors, la nuit tombait doucement, le soleil commençait à se cacher derrière la montage, le ciel prenait des teintes orangées et des étoiles parsemaient le ciel. On voyait même le croissant de lune. L'air s'était considérablement rafraichi et il frissonna dans sa simple chemise alors il avança jusqu'au château, ouvrit une porte de service sans faire de bruit. Chacun s'attelait à sa tâche, quelques chuchotements ou conversations se mélangeaient aux bruits de casseroles et de tissus secoués. Lorsqu'il passa devant le salon, Le Duc vit Grégoire endormi sur un fauteuil. Pauvre homme, bien trop vieux pour travailler mais ne voulant pas s'arrêter, une montagne de gentillesse et Philippe lui avait hurlé dessus. Enfin, il s'en était plus à sa propre personne qu'à son serviteur. Toujours sans bruit, il se rendit à la chambre. Alexandre dormait toujours paisiblement, seul. Il resta bien cinq minutes juste derrière la porte qu'il avait refermé, que faisait-il ici ? Aucune véritable histoire à raconter, pas envie de parler du passé et leur mère racontait tellement bien, il ne serait jamais à la hauteur. Pourtant, cet aventurier savait posé les mots exacts lorsqu'il décrivait chacun de ses voyages, pour que le lecteur ait en tête tous ces paysages, ces personnes rencontrées et les situations cocasses. L'avantage de l'écrit était qu'on a le temps de penser aux tournures de phrases, du choix parfait des mots; L'oral était un exercice plus difficile, plus spontané et pas toujours bien choisi. Alors que dire, que faire ? Le jeune homme se posait toujours la question alors que ses pieds prirent inconsciemment le contrôle du corps pour avancer jusqu'au lit, s'assit tout d'abord et apposa son dos contre la tête de lit et resta encore une fois de longue minutes à ne rien dire, juste écouter la respiration régulière de son frère,

    « Tu te souviens quand on courait partout dans la maison et qu'en tirant la nappe, on a fait tombé l'horrible cruche et et son récipient en porcelaine que notre tante avait offert ? Ce jour là, le père était dans le jardin et il avait tout entendu. On était morts de trouille, on devait avoir … entre huit et onze ans, non ? Maman avait été un amour et elle avait menti car elle savait que l'on aurait eu droit à la correction de notre vie alors elle a été contre ses principes de vérité pour nous protéger. Quel amour, maman. Je me demande toujours, entre t'encourager à l'entrainement ou répondre à mes innombrables questions en plus d'aider à la cuisine et calmer le père, où elle trouvait le temps de se faire aussi jolie ? En tout cas, ce jour-là, on ne faisait pas les fiers. Heureusement, qu'on … que tu as bien changé. Je ne sais si t'en souviens mais elle a toujours dit que tu ferais quelque chose de grand et c'est vrai. Avec un modèle aussi prestigieux que le grand Charles d'Artagnan, il n'est possible d'avoir un autre chemin que celui que tu as emprunté. Celui de l'honneur, du courage, de la fidélité. Bref, ce qui t'a conduit chez les Mousquetaires. Comme tu étais fier ce jour là. Je ne me rendais pas vraiment compte, j'avais tellement de rêves en tête mais rien que voir ton sourire, on voyait que tu étais heureux. »

    Il essayait de se rappeler que des bons souvenirs, faire abstractions des disputes avec leur père, ses petites fugues, la mort de leur mère et tout ce qui pourrait affecter son esprit. Aussi bizarre que cela pouvait paraître, cela ne fut pas aussi difficile qu'il ne le pensait. Ce n'était pas vraiment une histoire, plutôt un résumé de la vie du bon côté. Il ne savait pas si cela allait marcher mais cette complicité malgré eux ressemblait à une thérapie (bien que l'époque ne connaissait pas encore cela) pour le jeune Duc, il arrivait à aller au-delà de sa solitude. Et d'ailleurs poursuivi sans s'apercevoir que Grégoire avait entrouvert la porte pour écouter, un petit sourire aux lèvres.

    « Ca, tu n'as pas pu l'oublier, le jour où tu es venu nous rendre visite à la maison avec ton magnifique costume de Mousquetaire et ce chapeau à plume que je trouvais ridicule mais que ne t'allait pas si mal. Je t'avais supplié de me prêter cet accoutrement et je ressemblait à un bouffon, cela en était risible et même Barnabé en riait. Rien n'a pu arrêter ce fou rire, pas même le père, furieux que je tourne au grotesque une élite si noble. Plus il me hurlait dessus, plus je riais, il a du me mettre dehors pour que je me calme. Quelle mémorable soirée, j'en ris encore tiens. »

    Et à peine avait il fini sa phrase qu'il éclata de rire. Le sourire de Grégoire s'agrandit, cela était si bon de le voir ainsi. Surtout avec son frère alors qu'il l'avait presque fichu à la porte la veille. Philippe riait de bon coeur avant de reprendre encore une fois.

    « Enfin bref, le costume te va comme un gant, je ne sais pas vraiment ce qu'il en advient aujourd'hui mais j'aimerais de te revoir avec ce chapeau, cela prouverait que tu as réussi. Comme tout le reste après tout. Entrer dans l'élite de la garde royale, une femme magnifique, une petite fille sublime. Elle a du grandir la petite Aurore, trois ou quatre ans ? Enfin, elle doit te faire vivre un petit enfer à courir partout comment nous faisions ! Un mousquetaire et un Duc, ce n'est pas si mal dans une famille. Avec la famille qu'on a, impossible de tourner mal. Toi tu aurais été réduit en charpie par le paternel et moi j'aurais été envoyé au séminaire. La castration et la chasteté, quelle vision d'horreur pour nous. On est pas si mal … Quoique toi t'as grossi et moi, j'ai … disons que je n'ai pas eu très fin ces deux dernières années... »

    Il y eut un silence puis un soupir. Non pas de son frère mais de Philippe. D'un coup, il se trouva ridicule de parler à quelqu'un qui ne l'entendait probablement pas. Il se leva du lit en secouant la tête. Ca ne servait à rien, autant s'en aller ...


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MessageSujet: Re: (Gascogne) La rancune reste au delà de l'amour fraternel [TERMINE]   21.06.09 16:53

[HJ : Un petit peu court, j'ai perdu mon premier post en voulant actualiser la page et mon copier coller n'a pas fonctionné... Dsl... Crying or Very sad ]

Complètement détaché du monde, Alexandre ne savait plus trop où il en était. Il dormait, mais il avait la désagréable sensation d'être perdu... il ne se sentait respirer qu'à moitié, son mal de tête le martyrisant sans relâche. Il aurait pu ouvrir les yeux mais il n'en fit rien. C'était un peu le chaos, il n'arrivait plus à savoir quel nom remettre sur les visages... ni pourquoi il les connaissait. Son "sommeil" fut noyé de cauchemards divers dont il n'arrivait à s'extriper. Il revit le doux visage de Marine, leur nuit torride... mais il ne la reconnut pas. Comment avait-il pu agir ainsi sans savoir son prénom ? C'était obscène... le rêve s'enchaîna sur Philippe... là encore il n'arrivait pas à savoir de qui il s'agissait. Cet homme partageait son toit... par quelle surpercherie ? Il y avait un point positif malgré tout c'est que même lancé dans une divagation sans précédent sur son être, il restait très terre à terre. Et dans un sens, cela le sauva en partie, puisqu'en éliminant la non-logique, il arrivait à rêver d'autre chose. Mais là où il buta... ce fut lorsque sa mère erra dans ses songes. Il la voyait morte... impossible de pleurer, impossible de réagir, il resta devant son cadavre dans le noir total et le froid... Ce froid... qui se faisait de plus en plus présent à mesure qu'il rêvait. Il y avait un poids qui s'ajoutait à tout ça... la solitude, l'impression qu'il fallait tout lâcher et laisser les choses partir.

Sans le savoir, son frère fut son garde-fou... l'infime liaison qui fut mise en place lorsque le cadet lui parla dans la vie réelle fut son câble de survie. S'il avait continué à se laisser aller, il y aurait eu très peu de chance pour qu'il se batte encore. La voix lui était familière... Philippe !!! Il arrivait à se souvenir ! Elle était calme... réconfortante... il se laissa guider par l'intonation. Oui, il souvenait de cette horrible cruche... il se souvenait d'avoir couvert son frère auprès de leur mère car c'était lui qui avait tiré plus fort sur la nappe. Indigné et remonté Charles avait bien failli perdre son sang froid. Mais leur mère n'avait pas agi sans concession... le lendemain, elle leur avait fait payer ce mensonge en les envoyant nettoyer les couverts et nettoyer l'écurie... ils avaient d'ailleurs fait une bataille d'eau avec la mangeoire... et étaient revenus tout crottés, trempés jusqu'à l'os, épuisés... leur mère les avait nettoyé non sans énergie, puisque tous deux avaient de la paille collante dans les cheveux... Oui leur mère avait toujours été là. Elle avait mis de l'énergie à les protéger quand il le fallait et à les éduquer de la meilleure manière possible. Surtout qu'ils ne lui avaient pas rendu la tâche difficile, lui car il était très têtu et n'admettait jamais son erreur, et Philippe car il était curieux... et dire qu'en plus elle devait supporter le mari !!!

Leur père qui n'avait jamais aimé qu'on se moque de ses coutumes et de ses traditions. Et il était vrai que pour cela, Philippe était champion. en réalité ce qui préoccupait son frère c'était la liberté. Il ne voulait pas appartenir à un moule, préférait se marginaliser plutôt que de suivre le troupeau. Et Charles avait à maintes reprises tenté de le ramener à la raison... Peine perdue ! Il n'y avait pas plus buté qu'eux-deux ! Comble de l'ironie, en plus, chacun avait ses prétextes pour déroger aux règles. Charles par exemple était sensé être très croyant... mais lâchait blasphème sur blasphème, juron sur juron. Mais c'est vrai, le costume de Mouquetaire était l'élément à ne pas toucher ! En rire, c'était un crime de lèse-majesté. Alexandre se souvint de cette scène, où son cadet en pleurait tellement qu'il n'arrivait plus à respirer. Et leur père était rubicond, fustigeant avec ses grand gestes bien gascons, beuglant et matraquant à moultes reprises les mots "honte", "immature", et j'en passe ! Mousquetaire... c'était son rêve en effet... devenu enfin réalité. Le soleil surgissant des ténébres...

Quelque soit ce rêve, il était en train de cesser... sa femme, ses enfants... allons ! Si Philippe était un songe, une divagation de son esprit... il devait au moins avoir la décence de considérer Guillaume comme son neveu ! Et tandis qu'il s'en faisait la réflexion, le silence retomba... Seul dans ce noir, sans aucune compagnie... tout lui revint en mémoire... la bagarre... la dispute... son ton hargneux et sec... l'attitude inquiète de son frère en le voyant dans un état quasi-second... sa voix réconfortante maintenant... comme s'il le veillait... il sentit qu'il se levait et qu'il s'éloignait... Le froid... il risquait bien de revenir... et maintenant il ne le trouvait plus du tout apaisant mais très douloureux. Il ne voulait pas que cela cesse... son coeur blessé, demandait plus d'apaisement. Il avait besoin de Philippe car il ne savait plus quoi faire. Il ouvrit les yeux, les referma rapidement sous la luminosité de la pièce et marmonna, la bouche pâteuse.


- "J'ai grossi" toi-même... non mais... je n'ai pas pris de poids... que de la force... la preuve, j'ai une sacrée poigne... Par contre toi... tu as maigri... enfin, tu t'en moques peut-être... j'avais dit à Grégoire que je ne voulais plus jamais te revoir... le destin m'a fait comprendre que j'avais tort...

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MessageSujet: Re: (Gascogne) La rancune reste au delà de l'amour fraternel [TERMINE]   21.07.09 0:50

    « Tu ne m'aurais plus revu si tu ne serais pas sorti en plein orage. Tu as eu une sacrée chance, avec les ravins et les grandes pentes qu'il y a dans le coin, de ne pas être tombé dedans. A quoi tu pensais en partant en pleine tempête ? Ici, ce ne sont pas des petites averses à la Versailles, personne ne sort de ce temps là, tu aurais pu te tuer. » Il lâcha un soupir avant de reprendre « Enfin que tu sois en vie et sain d'esprit, c'est le principal. Grégoire, vous pouvez apporter à manger, je sais que vous êtes derrière la porte ! »

    Presque instantanément, le vieil homme apparut l'air de rien. Comme s'il n'avait rien écouté et prenait son maitre pour un imbécile. Le serviteur n'avait pas lâché un bout de conversation derrière la porte à peine fermée. Et son sourire qui creusait d'ailleurs son visage ridé sans âge laissait deviner qu'il était content qu'aucune vague de dispute n'eut lieu ces deux dernières minutes et que Philippe s'était pris au jeu de parler à son ainé comme le médecin lui avait conseillé. Cela avait porté ses fruits puisqu'Alexandre était de retour parmi eux, encore affaibli certes mais il était conscient, cela était un grand soulagement après les nombreux délires qui eurent lieu. Alors oui, Grégoire avait de quoi sourire et une femme derrière lui apportait de quoi manger pour les deux garçons. Philippe avait tiré les rideaux pour que la lumière ne s'infiltre pas et alluma quelques bougies, histoire de ne pas abimer les yeux à peine ouverts de son frère. Puis il vint s'assoir au bord du lit en tailleur. La femme posa le plateau où se trouvaient des fruits, du pain, des viennoiseries et de quoi se rassasier, du moins pour Philippe qui se mit à sourire, avant de se moquer gentiment.

    « S'il est définitivement réveillé, il lui faudra plus que cela. Comme il le dit, il a pris de la force … et moi je n'ai pas très faim. »
    « Vous n'avez rien avalé de la journée, ce n'est pas raisonnable. »

    Il prit juste un bout de pain et se cala sur la planche de bois vernis au pied du lit, regarda le vieil homme comme le ferait un enfant à qui on forçait de manger sa soupe, puis il poussa le plateau. Il ne mangeait pas de façon régulière. Avec autant d'émotions, difficile d'avaler le moindre morceau, une boule à l'estomac s'était formée et elle ne partirait pas de sitôt. Quelle frayeur n'empêche d'avoir vu son frère inconscient et toutes ces crises d'identité. Philippe avait eu peur de le perdre lui aussi, juste sous ses yeux. Il ne l'aurait pas supporté, c'était certain même. Son quignon de pain entre les mains, il regarda son frère avec un petit sourire. Cela ne faisait pas de mal de les voir tous les deux à ne pas se prendre le bec comme depuis l'arrivée d'Alexandre. Il y eut un petit silence durant une ou deux minutes où Philippe avait baissé les yeux sur son morceau de nourriture qu'il n'allait même pas avalé, c'était juste pour faire plaisir à Grégoire, qu'il le laisse tranquille et que le vieil homme ne lui rabâche pas à propos de l'importance de manger pour rester en forme. Il faut avouer qu'à une certaine période, manger relevait du miracle chez Philippe, il ne voulait rien avaler. Il n'ouvrait pour ainsi dire, jamais la bouche sauf pour soupirer ou, à la rigueur, boire un peu d'eau ou de potage. Il avait fondu à vue d'oeil et aurait été méconnaissable aux yeux de sa famille à qui il aurait fait pitié. Il ne s'en rendait pas vraiment compte à l'époque, tout ce qui lui traversait l'esprit était la culpabilité sur la mort d'Emmanuelle et les mots durs de son père, rien de plus. Et lorsqu'il prit conscience de l'état de son corps, il était déjà bien amoché et encore aujourd'hui, des traces restent, au niveau des joues, du visage en général. Le corps allait encore, du moins habillé mais Philippe ne supportait toujours pas se regarder dans un miroir. Pourtant, les cuisiniers préparaient de bons plats mais il carburait à la tristesse et montait énormément à cheval, se dépensait et quand il n'était pas chez lui, manger devenait superflu. Il pensait trop, à en oublier les besoins de son propre corps, voilà pourquoi il n'était jamais revenu à sa musculature d'avant.

    Et là, il émiettait le pain comme un enfant, les yeux rivés dessus. Maintenant qu'ils étaient seuls tous les deux, le jeune Duc avait des questions à poser. Seulement voilà, s'il s'entendait en général bien avec son aîné, mis à part l'énorme altercation, communiquer n'était pas le plus évident. Philippe y arrivait mais Alexandre, beaucoup moins. Deux mecs qui se confient, cela ne faisait pas véritablement parti de l'éducation que leur père voulait, cet homme bourru que le mousquetaire prenait en exemple. Alors qu'il relevait la bouche pour dire ce qu'il pensait, une autre servante arriva avec un plateau un peu plus chargé et le posa sur une table non loin du rescapé de l'orage. Le jeune homme avait entrouvert la bouche et refermé aussitôt, hocha de la tête en guise de remerciement et attendit qu'elle parte. C'était trop tard, son visage prenait une moue interrogatrice et ses yeux trahissait la curiosité. La petite lumière au fond de ses iris n'était pas aussi forte qu'auparavant mais toujours présente.

    « Pourquoi étais tu surpris hier ? Enfin, quand tu m'as vu tu avais l'air étonné, comme si tu imaginais que je n'étais plus maitre des lieux, à croire que tu voulais voir quelqu'un d'autre ... »

    Il le regardait dans les yeux. Il voulait des réponses mais la pensée qui l'avait traversée et revenue plusieurs fois : pourquoi cet air surpris ? Philippe s'était imaginé que les autres avaient pensé qu'il s'était débarrassé du domaine, l'avait perdu aux jeux … Son esprit s'était emballé, c'est vrai mais il ne savait vraiment pas quoi penser d'autre. A noter qu'il ne lui était jamais venu à l'esprit de mettre en jeu le duché. Il aurait pu mais n'était pas si fou, il avait des valeurs et ces terres faisaient partie d'un héritage, il fallait le préserver dans la famille, s'en occuper le mieux possible. Et ces pensées auraient du rester dans sa tête mais comme un irrépressible envie, l'aveu tomba comme un pavé dans la mare. Il avait à nouveau baissé les yeux vers les miettes sur la couverture, il ressemblait tellement à un enfant dans cette posture que cela en était touchant.

    « Si toi et le père, vous avez pensé que j'avais perdu le duché aux cartes, sachez que je n'ai jamais pensé à le jouer. C'est idiot mais c'est la première chose qui m'est venu à l'esprit. A voir ton air, j'avais l'impression que tu attendais quelqu'un d'autre. Je n'ai presque pas bougé d'ici, enfin si, j'ai voyagé mais je suis toujours revenu. Quand tu n'as plus voulu de tes titres, j'ai du les récupérer et m'y faire. Et j'ai appris à me charger de tout sans aide car le père n'a jamais voulu m'aider, j'ai été lâché dans la nature pour faire mes preuves. Maintenant je tiens à ces terres et il est inconcevable que quelqu'un d'autre les dirigent, hormis après ma mort bien évidemment … J'espère me tromper mais à ta réaction à l'absence de nouvelles du père, je ne vois pas d'autres solutions. »

    Il espérait sincèrement se tromper les mots étaient sortis tout seul. Ici, il n'avait pas de véritables amis. Grégoire ne pouvait pas tout porter sur ses épaules qui avaient tant vu de la vie et il n'avait pas envie de remonter à Versailles pour voir entre autre son frère et Apolline. Alors il en profitait, cela ne durerait pas, Alexandre allait repartir bientôt. Mais pas avant que le cadet pose la véritable question. Il laissa à son frère le temps de répondre à la première question, moins importante mais quand même essentielle pour qu'il arrête de s'imaginer le négatif, ou alors confirmer ses pensées, que sa famille l'oubliait … Pas de nouvelles en deux ans, ni une lettre ni rien, il y avait de quoi s'inquiéter. Enfin, après un nouveau silence, l'autre question résonna. Le ton était un peu plus sec mais c'était involontaire, Philippe gardait toujours en travers de la gorge le fait qu'on le délaissait dans son coin en plein deuil, comme si cela n'avait pas d'importance.

    « Et pourquoi tu as mis deux années à venir ? Cela fait deux années que j'écris au manoir pour donner de mes nouvelles. Car oui, j'ai écrit, je ne mentirais à ce sujet. Tous les mois je raconte ce qui se passe au duché, si j'ai voyagé et si je vais mieux. J'aurais espéré au moins une lettre, même courte. Du père, qu'il reste sur ses positions, je veux bien. Mais toi … pourquoi maintenant ? »

    A cette dernière phrase, il releva la tête. Ses yeux exprimaient tant de choses qu'il était difficile de différencier la colère de la tristesse, les deux se mélangeaient dans le regard azur. Il n'agressait pas, il voulait juste des réponses, et espérait les avoir ...

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Donner du style à son caractère- voilà un art grand et rare ! Celui-là l'exerce qui embrasse tout ce que sa nature offre de forces et de faiblesses, et qui sait ensuite si bien l'intégrer à un plan artistique que chaque élément apparaisse comme un morceau d'art et de raison et que même la faiblesse ait la vertu de charmer le regard.

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MessageSujet: Re: (Gascogne) La rancune reste au delà de l'amour fraternel [TERMINE]   02.08.09 0:21

Une chose aurait été certaine, Alexandre aurait bien volontiers mangé les deux plateaux d'affilé, sans aucun problème. En temps normal, il avait l'appétit vorace. Un glouton comme disait Marine et d'autant plus en cette période où il se dépensait beaucoup pour faire face aux adversaires dans les rangs des Mousquetaires. Nicolas de Ruze ne manquait jamais une occasion pour le défier et se battre violemment contre lui, si bien qu'il était désormais toujours sur ses gardes. Il avait essayé de calmer le jeu mais à chaque fois cela s'était mal terminé. Ruze lui en voulait d'avoir été nommé sous-lieutenant à sa place, il voulait lui faire payer. A grand coups d'épées, de blessures mutuelles, ils s'arrangeaient pour gagner à tout prix. Un jeu extrêmement dangereux qui avait manqué leur coûter la vie. Jusqu'à présent il tenait ce chien enragé à bonne distance ayant toujours le dessus sur ses mouvements mais Alexandre le savait, tôt ou tard, il serait en position de faiblesse, et il serait tué. La différence entre son rival et lui c'est qu'il n'éprouvait aucune envie de tuer particulière et qu'avec deux enfants, il était déterminé à ne pas assassiner quelqu'un, un compagnon d'armes qui plus est. Les d'Artagnan n'avaient jamais été des tueurs, des têtus hargneux et valeureux, certes, mais qui avaient une grandeur d'âme assez importante. Quoique... Alexandre avait bien tué cet homme lorsqu'il étaient partis dans le nord, près de la frontière. Certes la situation était différente mais elle prouvait bien qu'en cas de force majeure, il pouvait tuer, finalement. L'instinct de survie pouvait resurgir et abattre ses airs vertueux, plonger le chevalier blanc dans l'ombre la plus totale, en damnant son âme. Pour retarder l'échéance, il avait donc décidé de prendre les devants et de se tenir toujours alerte, toujours au sommet de sa forme. Son entraînement physique avait décuplé, ce qui avait entraîné une fringale redoutable. Il avait de la chance, tout ce qui passait dans son estomac était bien digéré et ne le faisait pas grossir comme une oie que l'on gave. Il prit un morceau de pain lui aussi, en coupa un petit bout et le macha un court moment avant d'avaler. Sa gorge le brûla et il eut l'impression d'avoir cessé de boire pendant une semaine entière.

Son frère faisait pareil, il mangeait peu. Il le trouvait étrange, depuis qu'il s'était réveillé... On aurait dit qu'il avait vu un fantôme. C'était presque ça, mais il n'avait conscience que la mort n'était pas passée loin. A vrai dire, si Philippe ne l'avait pas suivi pour le ramener, et qu'il soit resté sous la plus diluvienne qui tombait, les corneilles aurait fait de son cadavre un festin. Il se toucha la tempe lorsqu'une vive douleur lui rappela qu'il avait le crâne décidément bien solide. Il s'en était fallu de peu, là aussi, quelques centimètres plus en hauteur, et il était tué net, sans autre forme de procès. Insouciant, la colère l'avait rendu immâture et irréfléchi. Un vrai d'Artagnan en somme tant on sait que le père ou les deux fils peuvent se montrer casse-cous et mettre en péril leur vie pour des détails d'arrière plan. Charles en sa jeunesse avait été très audacieux et presque suicidaire. Il était un véritable maître de la provocation et n'avait du sa survie qu'à son talent impeccable à l'épée. Il était donc devenu facilement une légende. Ses deux enfants en prenaient la voie, surtout Alexandre. Philippe était le plus posé des deux, et il avait toujours été un homme de lettres et découvertes, un aventurier en herbe. Et il avait la curosité nécessaire pour faire de chacun de ces voyages un rêve. Alexandre se souvenait lorsqu'il lui racontait les beaux paysages qu'il voyait. Lui n'aimait pas voyager, c'était limite une travail forcé que de se dépêcher au Duché de Gascogne alors qu'il avait failli en être le Duc... Il s'était toujours dit que c'était mieux que son jeune frère en hérite. Mais cela ne l'empêchait pas d'écouter, suspendu à ses récits agrémentés de gestes et d'entrain avec délectation. Il avait toujours eu une anecdote, un petit détail pour éveiller l'attention autour de lui. C'était un conteur né, un véritable musicien des sens, tant lorsqu'il parlait que lorsqu'il découvrait les profondeurs musicales de son violon ou d'un clavecin. Alexandre l'avait toujours imaginé poéte, barde ou comédien... quoique, il aurait été prêt à devenir prêtre voire même évêque juste pour agacer le père, comme il l'appelait. Tous ces instants de mélancolie et de bons souvenir furent balayés par la multitude de questions qu'il posa ensuite. Son aîné l'écouta et son visage se durcit.

La réalité était tout autre... autrefois, il aurait volontiers montré plus de clémence mais il avait trois raisons d'en vouloir à Philippe. Le première était d'avoir disparu s'en laisser aucune nouvelle... et ça ça passait très difficilement. Il n'était pas au courant des choses, en réalité, il ignorait tout ce qu'il s'était passé. Il n'avait pas vu la femme de Philippe et avait supposé qu'elle était partie. Voilà la seconde chance qui attisait sa rancune... ne pas avoir été invité à son mariage. Cela l'avait profondément blessé. Non pas qu'il ait voulu s'immiscer dedans, bien au contraire, il souhaitait simplement faire acte de présence et voir l'air radieux de son frangin, une bague au doigt. Le voir sourire de son plus bel accoutrement, connaître ce que lui-même avait connu plus tôt.. Au lieu de ça, il avait attendu une invitation, une manifestation de sa part mais rien n'était venu... strictement rien. Déboussolé au départ, il avait demandé à son père de faire quelque chose. Ce dernier avait refusé très clairement de se rabaisser à contacter Philippe, estimant qu'il n'avait rien à faire dans cette demeure après avoir si juvénilement fait déshonneur à sa famille. Puis il était parti dans sa chambre, en fermant à clé... Barnabé semblait fort peiné et plusieurs fois, alexandre était persuadé qu'il voulait lui parler de quelque chose. Mais il s'était ravisé... peut-être que lui savait où Philippe se trouvait. En tout cas aucune information ne filtrait... Pire, la vérité lui était totalement masquée. Alexandre se croyait donc légitimement lésé. Quand son frère eut terminé, il lui adressa un regard dur, plein de rancoeur. L'épisode de la veille risquait fort de se répéter. Mais ce coup-ci, Alexandre lui était redevable et le fait que Philippe l'ait sauvé et ramené chez lui lui indiqua qu'il était encore attaché à sa famille, chose qui lui avait paru impossible quelques heures plus tôt. Le troisième élément vint cependant brouiller le tableau déjà pratiquement déchiré... son cadet avait manqué la naissance de Guillaume et navait pris aucune nouvelle d'Aurore, pourtant il en était le parrain... Un boule se forma dans sa gorge. Elle était génante, il avait l'impression de ne plus pouvoir parler, pourtant lorsqu'il le fit, sa voix était ferme, déterminée, et plutôt dure... plus qu'il ne l'aurait voulu. Cependant son visage parlait pour lui, et on y lisait le désarroi le plus total, il avait été blessé...


- Cesse de me mentir, Philippe... tu n'as envoyé aucune lettre, aucune... j'ai attendu, papa et Barnabé ont attendu... nous n'avons jamais rien reçu. Je ne savais même pas que tu étais ici, je pensais que tu avais rejoint une contrée quelconque pour y passer du temps avec ta femme, loin de nous, un peu comme une mère dénigrerait ses bâtards. Ne me mens plus... nous avons passé ce stade de gamineries, ridicules et immâtures. Je n'attends de toute façon aucun justification, que soit elle ou toi, ou peut-être les deux ensembles qui ayez décidé de partir et de couper les ponts, je m'en moque. Mais ne me tiens pas pour coupable de ton égoïsme, tu n'as pas une seule once d'idée de la douleur que j'ai pu ressentir lorsque je me suis fait à l'idée que tu nous avais rayé de ta vie... comme ça du jour au lendemain, sans même me dire ce que nous avions bien pu faire, Marine, Aurore et moi. Surtout Aurore... elle adorait jouer avec toi. J'ai eu d'abord peur qu'il te soit arrivé quelque chose de grave, mais j'ai fini par rayer cette hypothèse, elle aurait la décence de nous prévenir, aussi manipulatrice soit-elle...

Il y avait des paroles blessantes dans ce discours... mais on ne peut plus sincères. Le silence s'installa et Alexandre reprit, sur une intonation moins dure mais suffisamment sèche pour ne pas montrer sa souffrance, doux euphémisme tant son visage le trahissait. Il avait toujours eu un air très expressif, ce qui l'avait toujours fortement handicapé avec les femmes et les liens relationnels en général. Il avait peur de trop en dévoiler... et ne savait pas s'y prendre correctement pour tisser une amitié ou un amour. Il agissait sur des coups de coeur ou de tête...

- Je ne m'attendais pas à te voir ici. Je cherchais papa... et quand je t'ai vu, j'ai été rassuré de te voir en vie. Je le suis encore aujourd'hui. J'aurais préféré que tu reviennes plutôt que d'avoir à te trouver par hasard. Il n'est pas ici, j'ai d'abord pensé qu'il avait du partir à ta recherche. Mais, n'en étant pas sûr, j'ai jugé qu'il souhaitait éventuellement s'assurer de l'avenir de ses terres puisque de là aussi, nous n'avions plus de nouvelles. Pas étonnant si c'était là que tu t'étais caché... j'aurais pensé que Grégoire, lui aurait eu la décence d'informer mon père de la situation et de lui donner aux moins quelles brèves nouvelles sur ta santé. Je suis déçu mais pas autant que pour toi... je partirais pour Paris demain. Si tu revois papa, évites de te montrer odieux et gamin cette fois... il ne l'a pas dit mais je sais qu'il en a souffert, de ton départ. Montre-lui au moins un minimum de respect, même si tu le détestes...

La dernière avait été dite comme une sentence. Alexandre plongea son regard dans son assiette et mangea. Il n'attendait aucune réponse, il y avait déjà plus d'un an qu'il n'y songeait plus... l'espoir ne faisait pas vivre... au contraire, il blessait le coeur des gens.

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MessageSujet: Re: (Gascogne) La rancune reste au delà de l'amour fraternel [TERMINE]   10.08.09 19:46

    Il y avait cru. Un peu de clémence de la part de son frère, avoir une discussion sincère. Philippe en avait cruellement besoin et n’avait pas hésité à ouvrir un peu son cœur pour exprimer sa crainte qu’on l’ait délaissé malgré ses lettres. Car oui, il avait écrit chaque mois sans faute, n’attendait plus de réponse mais voulait montrer qu’il était toujours vivant, toujours là et qu’il n’oubliait personne. Dans ses écrits, le jeune homme n’omettait pas de demander des nouvelles de sa filleule, de son frère et tout l’entourage. Il tenait à cette petite fille qu’il avait vu en parti grandir, jusqu’à son départ. Et puisqu’il n’envisageait plus le mariage, sur que sa chance de trouver l’amour était nulle puisqu’il était tombé amoureux déjà une fois, cet enfant serait le seul qu’il verrait grandir. Philippe ne connaissait pas l’existence du deuxième enfant de son frère, avait été coupé de sa famille pendant tant de temps qu’il en avait des choses à rattraper. Pourtant, revenir à Versailles lui semblait impossible, trop dur, surtout de revenir au manoir. Enfin, où qu’il aille, cela reviendrait au même, les nuits passées lui rappelleraient sa culpabilité, le sommeil viendrait tardivement voire pas du tout et comme à chaque fois, il serait levé avant le soleil ou, au contraire, ne s’endormirait qu’à se moment là. La vie lui était difficile, personne ne devait lui en faire supporter davantage. Et surtout pas son frère. Pourtant le regard dur d’Alexandre. Pas besoin de mots, ces yeux clairs le poignardaient en plein cœur meurtri et fissuré de toute part. Un poil masochiste, le Duc laissa parler son frère, reprendre le même discours que la veille. Menteur, pas de courrier, immature … Il avait plus l’impression de se retrouver devant son père, et comme lors de leur dernière conversation, Philippe se tut, laissa parler mais cette fois ci, il n’avait pas peur, juste las qu’on le prenne pour ce qu’il n’était pas. S’il se sentait lâche, le jeune homme abhorrait le mensonge et l’hypocrisie. Elevé selon les doctrines de la religion, le jeune homme ne se sentait obligé de mentir en cas d’absolu nécessité, lorsque sa vie en dépendait. Quel aurait été son intérêt d’inventer une correspondance à sens unique ? Il aurait été tellement facile de prouver sa tromperie. Sauf qu’il avait toujours écrit … Mais autre chose le touchait : pourquoi Alexandre s’obstinait à parler d’Emmanuelle comme sa femme ? Cela ressemblait à une attaque basse et méchante, de quoi lui faire encore plus mal. S’il l’avait épousé, sûr que la Terre entière l’aurait su tellement il aimait sa belle, surtout que personne ne s’opposait à l’union, la demande aux parents n’étaient qu’une simple formalité, un protocole d’usage dont tout le monde connaissait la fin. Il n’y avait aucune raison de s’enfuir pour aller se marier et même si ça aurait été le cas, il aurait mis son frère dans la confidence, au moins par lettre. Jamais il n’y eut de mariage mais plutôt un enterrement et un long travail de deuil qui continue toujours malgré le temps qui passe. Deux ans déjà et impossible pour lui d’imaginer refaire sa vie avec qui que ce soit.

    Alexandre ne le cherchait même pas, mais leur père. Cela faisait mal aussi, alors ce ne fut qu’un hasard, personne ne cherchait à le retrouver. Philippe secoua la tête de manière négative à propos du passage de leur père ici. Charles a toujours su où se trouvait son fils. Gascogne, Italie, Angleterre, l’Amérique … Philippe avait toujours donné trace de vie, peu importe où il passait. Il est vrai qu’entre le père et le cadet, ça n’a jamais été le grand amour, aucun n’était d’accord sur les position de l’autre. Il y avait des disputes plus violentes que d’autres, justifiées ou non. Leur dernière altercation n’avait pas lieu d’être. C’était Charles qui s’était montré odieux envers son fils. Les mots lancés ressemblaient à du venin crées juste pour faire mal, blessé au fond de l’âme brisée et en morceau d’un garçon venant de perdre sa fiancée. Tout ce qu’il aurait voulu, c’est qu’on le soutienne ou à la limite, qu’on le laisse se remettre seul. Mais son père l’avait enfoncé, c’était la goutte d’eau qui avait fait déborder le vase. Philippe avait fui car il n’aurait pas supporter éternellement ces reproches, sa lâcheté et le fait d’être coupable d’avoir laissé sa fiancée mourir à sa place. Il ne détestait pas son père, juste qu’ils ne se comprenaient pas, et là il lui en voulait de lui avoir fait si mal et en plus avoir embringué l’aîné qui avait pris parti sans entendre les deux versions.
    Le jeune homme n’avait pas bougé, l’avait laissé parler mais son visage montrait bien sa tristesse, ses grands yeux bleus si beaux, terni depuis quelques années, s’embuèrent et il les ferma un instant pour se contenir. Le silence de quelques secondes mourut par une soupir.

    « Jamais il ne viendrait ici car il savait très bien où je me trouvais durant ces deux ans, enfin s’il a pris le temps de lire mes lettres. Et je doute que quand on traite un fils de honte de la famille et qu’on vient jusqu’à en douter de l’appartenance à cette même famille, on vienne ici pour demander des nouvelles … »

    Son ton las et mélancolique voulait tout dire, cette dispute avec Charles l’avait profondément affecté, de quoi atteindre sa confiance en soi, les bases de sa vie. Enfin son frère ne le comprendrait certainement pas, leur père avait du façonner la réalité et si Philippe voulait la rétablir, qui croirait un homme parti depuis deux ans sans même un au revoir ? Alors plutôt que de reprendre une autre engueulade, il se leva du lit et se rendit vers la porte pour laisser son frère se reposer puisqu’il avait décidé de repartir à Paris. Il ouvrit et se retourna vers Alexandre, sans sourire, plutôt l’air sur le point de pleurer mais le peu de lumière cachait ses yeux embués, juste sa silhouette si mince se distingua de la pièce sombre.

    « Moi aussi je dois partir, je te dirais au revoir demain. Quand je suis allé en Italie, j’ai acheté quelque chose pour Aurore, tu lui ramèneras, j’espère que cela lui fera plaisir … Oh, et cesse d’appeler Emmanuelle ma femme, nous nous sommes jamais mariés. Il est difficile de passer devant l’autel seul, quand l’autre manque à l’appel. Bonne nuit Alexandre. »

    Et il referma la porte, se dirigea sans besoin de bougie jusqu’à la bibliothèque. Il connaissait le château par cœur, il en avait fait des centaines de fois le tour pour le découvrir, y avait errer des nuits entières lors de ses insomnies et adorait se rendre dans la pièce aux livres par dizaines, impeccablement bien rangé et où il se sentait bien. Mieux que dans sa propre chambre ! Il en avait gros sur le cœur, d’ailleurs ses larmes se mirent à couler seules sur le chemin et Philippe avait beau les essuyer du revers de sa manche, elles ne se décidaient pas de s’arrêter. Retrouver un membre de la famille aurait du ressembler à de grandes embrassades et prendre des nouvelles de l’autre, savoir comment se passe la vie, ce que certains deviennent … Au lieu de cela, ce ne fut que disputes, coups et son aîné avait même frôlé la mort puis la folie ! Inconsciemment, sa main se portait à son cou, sa jolie chaîne où deux trésors chers à son cœur se tenaient là, contre lui pour ne jamais oublier les deux femmes de sa vie, toutes deux disparues. Il aurait tellement besoin d’une épaule sur laquelle s’épancher mais il n’y avait personne. Si son frère ne le croyait pas, il n’avait plus personne hormis Dieu pour l’écouter. La bibliothèque était partiellement plongée dans la pénombre, Grégoire avait du prévoir puisqu’un feu crépitait et une bougie trônait sur la table. Sans lumière, Philippe se rendit dans une étagère derrière et prendre en hauteur son journal à moitié caché. Et à cette heure tardive, le voilà à noircir des pages et des pages sur ce qui venait de se passer. Les larmes avaient séché, il évacuait dans l’écriture.

    Je ne comprends pas Alexandre. Après ce qui m’est arrivé, il aurait pu être compréhensif. Il connait lui-même l’amour auprès de Marine et quand il avait cru la perdre, il était au plus bas. Lui a eu la chance qu’elle soit sauvée, ce que je n’ai pas eu. La vie est faite ainsi, je ne peux revenir en arrière. Mais j’espère que mon frère comprendra que perdre un amour peut faire perdre l’appétit et aussi la tête. Je m’en relève toujours pas, ou si peu, j’aurais eu besoin d’une épaule qui me comprenne …

    Le sommeil engourdissait sa main et ses yeux se mirent à se fermer alors il ferma son cahier et alla s’allonger sur le sofa et s’endormit instantanément. Toujours léger et jamais réparateur, il n’arrivait pas à être serein, même en pleine nuit. D’ailleurs, il sentit une présence dans la pièce, jamais bon signe. Il sentit une main s’approcher de lui. Rapide comme on ne me le soupçonnerait pas, Philippe attrapa cette main et se leva d’un bond. Ses yeux encore rougis par les larmes s’ouvrirent aussi grands que la fatigue lui laissait la possibilité.

    « Alexandre ? Tu m’as fait peur ! Qu’Est-ce que tu fais ici ? Si c’est pour venir chercher querelle, tu aurais pu attendre … »

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MessageSujet: Re: (Gascogne) La rancune reste au delà de l'amour fraternel [TERMINE]   14.08.09 23:23

- Assieds-toi... L'envie de crier ne me manque pas, si tu veux veux tout savoir. Je sais pas ce qui me retient d'ailleurs... peut-être le calme qui réside dans ce château. Je n'arrive pas à m'endormir, car quelque chose m'indispose. J'ai énormément de mal à croire ton mensonge... enfin... ta "défense", j'ai envie de dire... Mais Grégoire m'a assuré tout à l'heure qu'il avait conduit tes messagers directement à ton bureau... puis qu'il les avait raccompagnés au dehors en leur souhaitant bon voyage... Je n'aime pas qu'on me prenne pour un demeuré... mais il y a forcément une des deux personnes, entre toi et papa, qui ment effrontément. Comme tu vois, j'ai eu le sommeil très court... mais torturé... je me suis demandé qui pouvait bien mentir. Je vois mal papa me cacher ton état de santé quand j'ai demandé très inquiet de tes nouvelles. Il n'est pas un monstre.

Depuis de longues heures, il avait murement médité. Son frère avait quelque chose d'étrange... et son sentiment fut attisé par les petites phrases qu'il lâcha. Cette famille réagissait aux élans emportés, aux cris, à l'exagération. Là son cadet n'est avait rien fait. Il eut peur d'avoir mal parlé... il lui avait carrément dit, dans le blanc des yeux que si sa femme était partie c'était bien fait. Et il avait appris que finalement son frère ne s'était jamais marié. Quel imbécile... il commençait à culpabiliser... mais le ton de Philippe lui revint. C'était la première fois depuis son arrivée que son coeur lui soufflait des propos de ce type, contradictoires avec sa raison. Vu la façon et le comportement de son frère, il avait le choix entre le laisser mariner, ou aller vers lui. Naturellement, il s'était levé... puis le souvenir des longues semaines à attendre un messager lui revint. La rancune lui monta aux narines et il se rassit sur le lit. Un courant d'air froid le faisant frisonner, lui rappela qu'il était encore nu. Il cherche des yeux de quoi se rendre présentable et trouva un fûte simple, et un haut blanc, légèrement petit pour lui, sans doute à Philippe... Pieds nus sur la pierre gelée, il commença à faire les cents pas. Tellement de sentiments venaient le troubler... Il prit la nourriture que son cadet avait laissé, et grignota. A cet instant précis, un sentiment de malaise lui monta aux yeux. Sa vue se troubla. C'était encore trop tôt pour se lever... Il s'allongea sur le lit, finissant de mâcher le petit quignon de pain qu'il avait entre les mains. Lorsque le plafond cessa de tanguer, il put reprendre son combat intérieur. Fierté contre sentimentalité commençaient à s'entretuer. C'était un combat sanglant, car à peine il trouvait un argument, il le tuait. Il massa très doucement sa bosse qui lui faisait mal et prit machinalement le médaillon entre ses doigts. Sa mère aurait fait quoi à sa place ? Elle aurait prit Philippe dans ses bras... heureuse de le retrouver malgré les évènements qui avaient pu se produire. Oui mais voilà, elle était morte... difficile de prévoir une quelconque réaction lorsque la personne git 6 pieds sous terre. Se surprenant d'une telle réaction et d'une telle pensée, il s'en voulut immédiatement. Sa colère le poussait dans des retranchements négatifs... dans un état qu'il connaissait. Il accusait les autres de ses propres erreurs.

- Espèce de lâche !

Il lâcha ses mots, écoeuré, en se tapant les mains sur la tête. La douleur lui vrilla le crâne et il grimaça, le souffle coupé. Elle eut le mérite de lui faire recouvrer son esprit. Grégoire arriva à cet instant, un pichet d'eau fumante avec lui. Elle avait un parfum mentholé... un petit peu piquant. L'odeur n'était pas désagréable, au contraire même. Elle avait un côté apaisant. Le serviteur lui tendit un petit gobelet en précisant qu'il s'agissait d'une infusion que l'on donnait pour calmer les maux. Alexandre la but, d'une traite, il avait soif... Le liquide bien que très chaud ne lui fit pas mal, au contraire, il sembla qu'il n'avait rien avalé de liquide depuis des lustres. C'est là qu'il demanda au vieil homme où était Philippe. Il lui répondit qu'il devait errer quelque part dans le château. Il allait lui préciser autre chose mais d'Artagnan le coupa pour l'interroger. Il avait changé de ton, se montrait amer, parfois abject dans sa façon de demander. Grégoire savait qu'il était non seulement accusé mais aussi coupable et condamné... Cette famille était agitée de pulsions. Et chacune d'entre elles provoquaient une énorme bourrasque de colère ensuite. Il se faisait vieux pour tout ça... il répondit le plus calmement possible, en essayant de ne pas bafouiller devant le regard perçant d'Alexandre. Ce dernier garda son masque de fer, dérisoire, Grégoire savait qu'en ce instant précis l'aîné regrettait beaucoup de choses et était en proie à un dilemne important. Il fut congédié comme un malpropre, dans une sorte de pseudo-aboiement. Oui, ça aussi il avait l'habitude. Il était souvent remercié de cette façon, quoique... avec Philippe, il y avait toujours un peu de politesse, c'était le plus réservé des trois. Le plus aimable... et encore le mot est fort... car le cadet entrait parfois dans des colères noires et profondes, et c'était une sacrée tête de mule. Il laissa Alexandre seul, à ses réflexions et en profita pour aller s'asseoir un moment. Il était fatigué et avait besoin d'un peu de repos, ses os le faisaient souffrir. L'aîné des d'Artagnan s'assit sur le bord du lit. Il se sentait un peu patraque encore mais il prit une résolution. Il voulait trouver son frère et tirer les choses au clair... Et puis, il ne le cachait pas sous cette armure de brute épaisse, se cachait un coeur de velours sensible. Ce même coeur qui battait pour Marine, Aurore et Guillaume... pour son père... et puis... pour Philippe.

C'était probablement la dernière fois qu'il voyait son frangin... il semblait avoir décidé de s'installer ici, de façon définitive... et le désir qu'il avait à cet instant, était de simplement lui parler. De lui faire une accolade... Il sentit les larmes pointer au coin de ses yeux mais il les retint. C'était son frère... Marine avait été un rayon de soleil dans sa vie. Elle lui avait appris à combattre cette fierté maladive qui l'aurait poussé à retrouver Philippe pour lui chercher et sortir vainqueur de ce long combat. Un combat... mais lequel au final ? Il se battrait pour quoi ? Pour tenter de ne plus avoir mal ? C'était voué à l'échec, même s'il le battait comme plâtre, s'il le défigurait ou le soumettait à la moindre torture, rien ne serait apaisé. Il garderait toujours cette profonde blessure. Sa mère lui aurait conseillé de parler au moment présent... sans regarder le passé ni penser à l'avenir. Il se leva, déterminé à le retrouver. Il ne savait pas où aller. Il avança pieds nus sur la pierre glacée et humide et arpentant les couloirs. Il plaquait sa main contre le mur, par peur de tomber et s'arrêtait souvent lorsqu'il sentait que les choses tournaient autour de lui. Où pouvait se cacher Philippe ? Il le fuyait, ça il en était sûr... et il était malin. Quel endroit pouvait-il aimer plus que tout ? Aussitôt il pensa aux cuisines, son estomac gargouilla... il posa son autre main dessus en se disant que le repas avait été bien maigre... Alors il fit un petit détour aux cuisines. Il chaparda une bonne miche de pain et des mûres et continua sa quête. Il ne fit pas attention et tâcha son haut à plusieurs reprises de tâches rouges. Lorsque son estomac sembla satisfait, il put enfin réfléchir calmement. Non son frère serait dans un endroit que lui seul aimait dans la famille, une église... ou... une bibliothèque. L'idée lui vint comme un éclair. Bien sûr ! Entouré des discussions muettes de ouvrages, voilà où était son cadet ! Il arpenta donc le château mettant du temps pour se repérer. Puis il arriva à la bibliothèque, qui était grande mais pas trop pour ne pas donner le sentiment de vide, il avait regardé puis il aperçut Philippe, assoupi. En le voyant si chétif... si misérable, il eut un coup au coeur. Son frère n'allait pas bien... il commença à s'inquiéter et s'approcha lorsqu'il se réveilla. La suite, vous la connaissez...


Devant le silence pesant qui s'installait, il sut qu'il était temps d'être franc... et direct...

- En fait, je ne suis pas là pour ça... enfin, j'aimerais faire la lumière là-dessus mais ça gâche le moment. J'ai réfléchi... je sais que maman aurait voulu que je te pardonne sans explications mais ça m'est impossible. Tu n'es obligé de répondre à rien... Je suis furieux après toi, tu n'imagines pas à quel point. Mais malgré tout, je suis heureux de te savoir en vie. J'ai passé de longs mois à me demander si je te reverrais... à ruminer mon amertume. Et alors que je t'ai enfin trouvé, j'ai laissé parler ma colère davantage que mon coeur. Marine serait déçue... si je ne le disais pas... et moi aussi. J'ai eu peur pour toi, très peur... je ne m'excuserais pas pour mon attitude, peut-être aurais-je du éviter de te frapper... certainement même. Maman nous disait de vivre l'instant présent pour ne jamais se focaliser sur les regrets ou les espoirs perdus. Te voir vivant est tout ce qui m'importe vraiment. Que nos routes ne se recroisent plus jamais n'a pas d'importance, au final. Tu fais tes choix... je fais les miens. Reste que si le hasard nous a fait nous retrouver, je lui en susi reconnaissant pour avoir pu voir de mes yeux que tu étais vivant... fantômatique mais vivant. Pourquoi es-tu parti ? Avons-nous fait quelque chose de mal ? Père m'a dit que vous vous étiez disputés... comme toujours. Mais je ne comprends pas pourquoi j'ai essuyé ton mépris... j'avais accepté d'être ton témoin, comme tu l'avais fait pour moi. J'ai aidé à convaincre papa qui était réticent au début. Je l'ai accueillie à bras ouverts. du jour au lendemain, tu es parti, avec elle... vous êtes venus ici tous les deux ? Pourquoi vous êtes-vous séparés ? Je croyais que tu l'aimais et elle aussi... Philippe, je sais que quelque chose ne va pas. Il a bien du se passer quelque chose pour que tu disparaisses ainsi. Dis-moi quoi... s'il te plait...

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MessageSujet: Re: (Gascogne) La rancune reste au delà de l'amour fraternel [TERMINE]   26.08.09 1:53

    Le face à face nocturne des deux d’Artagnan allait mettre à plat tout ce qui avait pu se passer. Sur ses gardes, Philippe se mettait déjà sur sa défensive. Après tout, son frère l’avait frappé il n’y a pas si longtemps et le bougre n’y avait pas été de main morte. Sait on jamais … Mais il le laissa parler. A chaque fois qu’Alexandre parlait de leur mère, c’était toujours pour citer des paroles sages. Leur mère était un modèle de vertu, chaque mot respectait toutes les doctrines du monde. Aucune insulte ou blasphème, un respect de la religion, un côté humble mais avec un caractère lorsqu’il le fallait, elle n’a jamais levé la main sur eux, préférait les discussions et les punitions pour la pénitence. Pas besoin de frapper, voir la déception dans ses beaux yeux suffisaient à faire monter une bouffée de culpabilité en chaque personne. Elle croyait en la beauté du monde, en la monarchie, en Dieu … Une véritable sainte. Pour Philippe, elle aurait mérité sa place parmi les Saints de l’Eglise pour sa piété et sa douceur. Elle avait fait de lui un garçon droit, aux principes les plus droits et refusait de les piétiner. Rien que ces petits mots suffirent à capter l’attention du cadet. Son frère exprimait rarement ses sentiments ou ce qu’il avait sur le cœur, il tirait du père pour cela. Les deux préféraient se renfermer, ou au contraire exploser une rage sans raison, pour un détail idiot, plutôt que de dire la vérité. Non la fuite et enfouir ses sentiments semblaient plus faciles à leurs yeux. C’était donc un moment rare et privilégié où il fallait écouter chaque mot, chaque syllabe avec une rare attention. Un peu de baume au cœur lorsque Alexandre semblait heureux de revoir son cadet, cela faisait tellement de bien. Les mots arrivaient avec deux années de retard, lorsqu’il était au plus bas et que leur père l’avait accablé de reproches, de terribles mots qu’il n’avait pas besoin, le poids de la tristesse et de la culpabilité le rongeait. A ce moment là, il aurait eu besoin de son frère, d’une épaule sur laquelle pleurer. Mais leur père n’avait pas pris la peine de prévenir Alexandre de tout ce qui s’était passé, il avait voulu garder ce moment secret. Mais tôt ou tard, son aîné aurait bien découvert qu’Emmanuelle n’était plus de ce monde ! Puis Philippe était parti et avait espéré que quelqu’un vienne à son secours, l’aider dans sa détresse. Il croyait dur comme fer que son frère avait été mis au courant et qu’il pensait comme le père.

    Et là, coup de théâtre ! Alexandre ne savait rien ! Son frère lui demandait pourquoi il était parti, qu’Est-ce que leur famille avait bien pu faire pour s’en aller du jour au lendemain avec sa dulcinée. Et d’ailleurs, où se trouvait elle maintenant vu qu’il lui avait dit plus tôt qu’il ne s’était pas marié. Sous silence pendant deux années … Philippe en resta comme deux ronds de flanc, ses grands yeux bleus s’ouvrirent avec fond d’incompréhension. Son frère voulait savoir la vérité. A cet instant, deux sentiments se mélangèrent dans le jeune homme : tout d’abord le soulagement que son frère ne lui en veuille pas, car les deux garçons se sont soutenus dans leurs vies. Et en même temps, une colère insoutenable contre son père qui n’a pas été capable d’avouer son erreur d’avoir presque chasser son propre fils de la demeure familiale, par ses mots durs et ses reproches si méchants. Le premier l’emporta sur le second et choisir cette voie fit immédiatement ressurgir tous les mauvais souvenirs, qui ne l’avaient jamais vraiment quitté. Maintenant, il allait falloir raconter à voix haute, ce qu’il n’avait fait qu’une fois, c’était il y a deux ans, avant que son père ne s’en mêle, alors il y avait un poids supplémentaire. Ses yeux bleus regardèrent le sol où l’ombre de ses pieds dansaient au fil des flammes. Il y eut un long silence, le jeune homme tentait de se remettre de ce retournement de situation.

    « Alors tu ne sais rien … »

    Il avait parlé dans un souffle et s’était rassis sur sa méridienne, dos à son frère et cette fois il regardait le feu dans la cheminée. Il prit une grande inspiration et tenta à nouveau de trouver les mots adéquats pour tout dire sans souffrir. Ce serait impossible, rien que d’y penser, son cœur se serrait, il avait l’impression qu’on s’amuser à lui enfoncer un poignard doucement, juste pour le faire souffrir davantage.

    « Tu te souviens lorsque j’ai dit au père que j’allais me marier ? Après avoir eu son consentement, plus facilement que je ne l’imaginais, il restait la dernière formalité de demander la main d’Emmanuelle à son père. Nous devions donc partir vers Poitiers, nous voulions nous dépêcher car elle voulait un mariage en été, la plus belle saison selon elle … Alors, un matin nous sommes partis, nous avons empruntés le chemin habituel où il n’y a jamais eu de problème … Cette fois, des brigands nous ont attaqués … Me battre face à un homme, mais quatre, ce fut bien plus ardu. J’ai trébuché sur une pierre et … »

    Il se tut un instant, il revit la scène devant les yeux, l’homme prêt à le tuer et Emmanuelle le protégeant, son corps inerte sur lui, yeux grands ouverts le regardant.

    « Je suis retourné au manoir plein de sang afin de prévenir le père de cet accident … Et toute cette situation m’a rendu malade, j’en suis devenu fou et j’ai déliré durant des jours, j’étais hors de la réalité. Quand j’ai pu me remettre sur pied, j’ai enfin raconté à Barnabé l’attaque et tout le reste … Le père a tout entendu et s’est mis dans une colère noire. Jamais je ne l’ai vu comme ça et ses mots ont fait plus mal que toutes les gifles qu’il m’a mise … Incapable, il a remis en doute mon appartenance à la famille et a dit que je n’avais aucune dignité … Comment un père peut rabaisser son propre fils ? Ma fiancée est morte en me protégeant et lui pensait seulement à la honte que j’infligerais à la famille ! »

    Sa voix tremblait au fur et à mesure de son récit et les larmes coulaient, bien qu’il les essuyait, elles revenaient plus nombreuses et envahirent son visage rougi. Repenser à tout cela lui fit si mal comme si cela s’était passé il y a quelques jours. Il avait tant gardé pour lui que tout ressortait d’un seul coup. Mais il voulait continuer, tout mettre à plat pour que son frère sache tout et qu’il puisse enfin avoir une approche plus claire, qu’il sache tout, une bonne fois pour toute.

    « Ca a été trop dur de rester au manoir, j’ai laissé un mot et je suis parti dans la nuit. J’ai raté les propres funérailles de ma fiancée, je me suis senti encore plus indigne et je suis venu ici où je n’ai pas bougé de ma chambre pendant de longues semaines … Toi qui a failli perdre Marine, tu peux un peu comprendre ce que j’ai senti, au moins une infime partie … Grégoire a envoyé une lettre par mois pour expliquer mon état et puisque personne ne déniait répondre, que personne ne se souciait de moi, je me suis dit que la vie n’avait plus de sens … Ne crois pas que j’ai tenté d’en finir moi-même avec la vie, c’était au-dessus de mes forces, mais je l’ai cherchée, j’ai provoqué des gens qu’il ne fallait pas, je me suis rendu malade sous la pluie, tout a été bon pour tenter d’échapper à la vie … Mais ça n’a pas marché. Je suis resté trois mois au château ou dans ses proches environs, presque sans manger et parler … Puis comme j’étais obligé de rester en vie, j’ai repris les voyages, croyant naïvement qu’une fois passée la frontière, la culpabilité et les cauchemars s’en iraient. Même par-delà l’Atlantique, la vie avait un goût amer. Et j’ai continué à écrire au manoir, chaque mois, réglé comme une horloge … J’en voulais au père mais je voulais montrer que j’étais prêt à baisser les armes à la condition d’envoyer une simple missive pour se préoccuper de ma santé … Je n’ai jamais rien eu … Mais connaissant la fierté du père, jamais il ne s’abaisserait, trop fier … Et je croyais que tu me voyais comme un mauvais frère, indigne d’être de ton entourage … Le pire, c’est que j’en voulais plus à moi qu’à toi, car je me sens toujours aussi mal de ce qui s’est passé … Je n’ai cessé de me remettre en cause, à me dire que si j’aurais suivi un peu plus les traces du paternel, ça ne se serait jamais passé comme cela … Et que … »

    Il n’arrivait plus à parler, ses sanglots l’étranglèrent et il se laissa complètement aller à ses larmes. Il n’avait cessé de penser que s’il se serait forcé à assister aux entraînements, il aurait été capable de se défendre, que cela n’aurait été qu’un accident de parcours et qu’à l’heure d’aujourd’hui, il serait marié, peut être parent et surtout heureux. Et bien qu’Angélique était entré dans sa vie, cela ne changeait rien au fait qu’il se sentait tellement coupable, encore plus car si la jeune homme prenait une place importante de sa vie, il ne pouvait se résoudre à avancer. Enfin pour l’instant, toute la vérité avait éclatée enfin, Alexandre savait tout, libre à lui à présent de soutenir son frère ou non. S’il le faisait, ce serait certes à retardement, mais Philippe était tellement désemparé qu’il en avait encore besoin et comprenait à présent parfaitement pourquoi l’aîné était resté sous silence tellement longtemps …

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MessageSujet: Re: (Gascogne) La rancune reste au delà de l'amour fraternel [TERMINE]   03.10.09 1:21

Au fur et à mesure que la vérité tombait, implacable et cruelle, Alexandre avait pali. Son visage déjà fatigué par les derniers évènements avait pris comme un coup de vieux en quelques minutes. Son regard se perdit dans le vide. Il ne voulait pas y croire. Il voulait tout simplement se réveiller, dans son lit, près de Marine et d'Aurore, qui profitait honteusement de sa condition de fille chérie et adulée pour s'immiscer entre eux deux la nuit. Elle dormait au milieu de la couche, comme une princesse, prenant ses aises et sa place avec plus d'entrain que quiconque. Guillaume tentait bien de réclamer la même chose mais son père s'y opposait fermement. Non pas qu'il ne l'aimait pas, bien au contraire. Il voulait en faire un homme valeureux et courageux. Et ce genre d'homme n'avait pas peur du noir... ne dormait pas avec ses parents. En fait, il avait oublié que quand il avait son âge, il était terrifié par les bruits de la nuit... si bien qu'il angoissait au point de ne pas dormir correctement. Marine remettait les pendules à l'heure parfois. Mais dès qu'Alexandre terminait sa permission, elle cédait à ses deux bouts roses et les faisait dormir près d'elle. C'était son rôle de mère qui la prenait aux tripes, elle ne pouvait pas agir autrement. Une mère... Alexandre repensa à la leur... elle n'aurait pas laissé tout ça se produire. Toujours, même sur son lit de mort, elle avait accordé une oreille, une épaule à ses enfants. Philippe et Alexandre l'avaient vu dépérir lentement... ils avaient vu la force qu'ils croyaient éternelle s'échapper pour ne plus jamais revenir. Le malheur avait frappé une première fois. La mort de Marie-Béatrice avait été progressive mais elle avait déclenché un véritable séisme dans leurs vies. Puis, tandis que son frère lâchait prise et versait ses larmes, le souvenir de Marine lui revint. Elle aussi, elle avait failli mourir... victime du "fruit du pêché" comme disait les hommes d'églises. Ce terrible évènement était gravé dans son coeur, enfoui dans un méandre de mauvaises réminescences, placardé pour l'oublier et ne plus y penser. Le voir surgir tout à coup lui rappela la terrible solitude qui l'avait envahi. Tandis que la femme qu'il aimait luttait pour survivre, lui avait tout abandonné, même l'espoir et l'envie de vivre. Noyé par des remords qui n'avaient pas lieux d'être, il angoissait de perdre la seconde femme de sa vie. Mais heureusement, Marine avait survécu... elle avait lutté et s'en était sorti, plus rayonnante que jamais.

Contrairement à son père, Alexandre avait un avis plus mitigé sur la religion et sur Dieu. Il avait pensé à la mort de sa mère que ce n'était qu'absurdité et il l'avait haï. Lorsque Marine s'en était sortie, il avait alors revu ses positions et se sentait éternellement redevable à l'église... Mais là, un éclair de fureur passa dans son regard et il proféra un tel blasphème qu'il eut de la chance de seulement le penser... Il haïssait Dieu pour ce qu'il s'était passé. Mais soudain, le visage de son père lui apparut. Charles... qui avait plaisanté de temps en temps mais qui s'était montré distant. Charles... qui prônait la vertu et l'honnêteté... la droiture... Alexandre sentit la tête lui tourner, il mit une main sur le mur pour éviter de tomber et se ressaisir. Il regarda Philippe, les larmes lui montèrent aux yeux. Il ne pouvait pas imaginer sa tristesse... c'était impossible. Marine était vivante... ce n'était pas le cas d'Emmanuelle. Elle n'avait eu aucune chance... Il tenta d'imaginer la scène, le coeur noué. Il sentit une nausée agiter son estomac dans un vertige... plus il restait debout, plus son état se dégradait, lentement... une bouffée de chaleur plus tard, il se résolut à s'asseoir, au premier endroit libre... par terre, le dos appuyé contre le sofa sur lequel Philippe s'était allongé. Le sol froid lui fit le plus grand bien. Dans ce moment de flottement, c'était surement la chose la plus efficace. Son frère ne pouvait stopper ses sanglots et ça le rendait malade. Les moments comme ceux-là étaient rares. Généralement, lorsque les deux frères se voyaient c'était avec complicité et enthousiasme. Il était persuadé que si son frère n'était pas revenu à Paris c'était parce qu'il était mort... ou dans l'incapacité de revenir. Aveuglé par les mensonges de son père, influencé par la déception et la colère, il n'avait pas poussé l'enquête plus loin. Il se retrouvait donc avec une révélation explosive, qui l'ébranlait totalement. Il aurait préféré mille fois que ça ne ce soit pas déroulé ainsi. C'était terrible de manquer perdre quelqu'un, il le savait, il était passé par là... il y avait même laissé un enfant. Mais envisager de vivre sans Marine ? Impossible... Emmanuelle et Philippe avaient eu une idylle des plus sincères... le parfait amour. Alexandre était plus qu'heureux de savoir que son frère allait connaître le bonheur de vivre aux côté d'une âme soeur. Au lieu de ça, il était totalement dérouté d'apprendre qu'aucun mariage n'avait pu avoir lieu. Quelle chose terrible !

Un inquiétude monta en lui mais il la fit taire par fierté. Il savait que son cadet était détruit, moralement. Alexandre avait un gros défaut... depuis tout temps, il avait été gauche dans les actes de réconfort et de soutien. Elevé dans l'image qu'un homme doit être fort, il se confiait rarement et affichait un air bourru lorsqu'il servait d'épaule. Mais il savait que c'était stupide. Un homme fort, qui n'avait aucune compassion, aucune capacité d'écoute était cruel... Il se leva et s'assit sur le sofa, près de Philippe avant de le serrer contre lui. Son frère était agité par les larmes et le chagrin. D'une voix cassé par l'émotion, qu'il aurait cru plus ferme, plus empreinte de force, il dit doucement :


- Je ne peux pas imaginer ce que tu vis... si j'avais perdu Marine... en fait je ne sais pas ce que je serais. Quoiqu'il se soit passé, seuls des lâches attaquent un homme à plusieurs. Ce sont des couards, des bandits, tu aurais pu être comme papa, tu n'aurais rien pu faire. On nous a appris le courage et la vertu, mais ces valeurs ne peuvent rien face à ces sous-hommes... ses assasins. Le déshonneur est sur eux. Il est sur notre famille aussi.

Alexandre se leva, le visage fermé, la mine glaciale. Il jura intérieurement de traquer les bandits et de leur faire payer au centuple le mal qu'ils avaient fait. Il ne pouvait tolérer que l'on détruise la vie de son frère d'une façon aussi pitoyable. Il regarda Philippe et explosa :

- Je ne peux pas croire que papa m'ait menti ! Pourquoi l'a-t-il fait ? Comment a-t-il pu me regarder aussi directement lorsqu'il racontait ton départ rocambolesque... Barnabé aussi il savait ! Il ne m'en a jamais rien dit. Ils m'ont menti comme si j'étais un bâtard, comme si tu en étais un ! Que père aille croupir dans un quelconque château et qu'il y reste ! Menteurs et félons !

Avec une violence insoupçonnée, il donna un grand coup de poing dans une étagère et la fracassa. Les livres tombèrent par terre avec bruit. Il était furieux et se sentait trahi par celui qui lui avait servi de modèle. Son énervement lui donna mal à la tête. Il se massa la nuque et regarda les livres éparpillés sur le sol. Les choses se mirent une nouvelle fois à tourner et pour éviter de perdre connaissance, il dut se laisser glisser sur le sol glacé. Le froid lui faisait du bien, sur le moment mais s'il continuait il allait attraper mal... Il posa une main sur ses genoux et resta silencieux. Philippe continuait de se laisser aller à ses sanglots. Son coeur se brisa d'une telle peine. Il n'y avait pas de mot pour sa souffrance. Il puisa dans son énergie pour tendre le bras et poser sa main sur son poignet. Les choses semblaient un peu floues, tout autour.

- Je suis tellement désolé... de t'avoir frappé et crié dessus... si j'avais su la vérité, j'aurais agi autrement. Philippe, pardonne-moi... je n'ai pas été là au moment où tu en as eu besoin et je le regrette profondément aujourd'hui... Tu peux me parler, pleurer ou t'énerver, si cela peut te venir en aide. Je ne te laisserais pas, Philippe, tu m'entends ? C'est fini, je suis là... maintenant, je suis là... Tu sais comme quand Raoul te faisait mal ou te bousculait... je ne sais pas si tu t'en souviens, mais il s'y prenait souvent avec violence et mesquinerie. Je n'ai jamais regretté les moments où nous nous battions à cause de ça. Même lorsque papa me punissait... durement... je pleurais, j'avais mal et je perdais ma fierté... mais je n'ai jamais hésité à recommencer. Et je n'hésiterais pas. Philippe...

Il prit son visage d'une main, et le regarda dans les yeux. La tristesse se lisait sur leurs deux visages mais celui d'Alexandre dégageait une paix intérieure... la colère s'était transformé en force tranquille, sereine presqu'impassible. A cet instant précis, Alexandre prenait une vingtaine d'année physiquement. Son teint était fatigué, durement usé par les épreuves mais sa détermination le tenait encore debout, ça se sentait. Son ton était calme et posé, il devenait imposible de ne plus l'écouter :

- J'ai un fils... il s'appelle Guillaume, il est né peu après ton départ... et il te ressemble beaucoup. Il a les même yeux, le même caractère éveillé et curieux. Tu m'as dit que tu avais quelque chose pour Aurore... je vais retourner à Paris, et je veux que tu viennes avec moi. Nous t'hébergerons chez nous, Marine sera ravie de te revoir, elle aussi, elle s'est beaucoup inquiétée. Et puis tu verras comme Aurore a grandi... elle est déjà une experte en bêtises... je sais pourquoi tu es venu ici. Au fond de toi, c'est parce que tu as cherché la solitude... je suis pareil que toi tu sais, j'ai souvent cru que j'arriverais mieux à surmonter les épreuves seul. Mais ça ne réussit pas... il faut du soutien et du réconfort. La seule chose qui importe, c'est ton état maintenant... tu es devenu encore plus maigre que moi, tu as un air pouilleux et misérable, mal rasé et pas très frais et tu ne souris même plus. C'est dur, je sais que c'est dur... mais maintenant je suis là, je vais t'aider à le surmonter. Je ne te guérirais pas, autant être franc... car malheureusement, ces choses là restent, mais maintenant, il faut aller de l'avant, Philippe et ne plus regarder en arrière.

Une larme... une seule, roula sur sa joue lorsqu'il serra Philippe contre lui une seconde fois, et tandis que ce dernier continuait de pleurer, il se mit à fredonner la berceuse que leur mère jouait au clavecin, il sentit soulagé de serrer son cadet contre lui. Il était là, il était en vie... c'était ça l'essentiel. Il sentit une petite vague de froid monter à l'intérieur de son être. La même vague que tout à l'heure, qui lui demandait de lâcher toute prise maintenant. Sa vue se troubla encore légèrement et la douleur se fit ressentir une nouvelle fois sur son crâne. Il ne pouvait pas lâcher maintenant... non, il y avait Philippe qui allait mal. Mais c'était difficile... plus il résistait, plus il avait envie de céder pour que tout ça se termine. Il ne se rendit pas compte qu'il saignait du nez... et il continua sa berceuse, les yeux clos, concentrés sur Marine et ses deux enfants, qui lui servaient d'ancre pour ne pas dériver dans le noir...

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MessageSujet: Re: (Gascogne) La rancune reste au delà de l'amour fraternel [TERMINE]   19.10.09 18:10


    Tout ressortait d'un coup. Les peines, souffrances, la solitude déversaient des larmes accumulées en deux années. Philippe avait peu pleuré au cours de son petit exil, il avait toujours tenté de trouver un moyen de faire autre chose. A chercher la mort, à voyager, à tenter de se relever, à aider quelqu'un qui en avait besoin … Les pleurs étaient sans cesse refoulés par peur de ne jamais pouvoir s'arrêter d'être malheureux. Et voilà qu'il n'arrivait plus, il y avait tant à sortir … Son histoire était d'une tristesse insondable et en la racontant à haute voix, lui-même se rendit compte du vide en lui, encore plus abyssal qu'il ne l'avait soupçonné. Un décès, un rejet, un exil, une solitude, tout cela en même temps aurait poussé plus d'un homme à mettre fin à ses jours. Mais pas lui, son éducation religieuse lui interdisait le suicide et par amour pour sa mère et pour Dieu, Philippe n'avait pas cherché à mettre fin à sa vie. Pas de ses propres mains mais que quelqu'un trouve un prétexte pour lui ôter sa vie et qu'il parte en paix. Le destin n'avait pas voulu alors il avait continué d'errer un long moment avant de penser à avancer. La route vers la guérison n'existait pas, il y avait juste du réconfort pour soigner un peu, apaiser mais jamais refermer. Il se rendit compte qu'il n'avait rien fait de tout cela, que ses blessures étaient ouvertes et béantes, saignant au travers de ses larmes la douleur qu'il portait dans son corps amaigri. Après enfin avoir pu en parler à quelqu'un de proche, de vive voix, là seulement sa marche pourrait reprendre.
    Son frère l'avait pris dans ses bras. Il en avait besoin, même si celle-ci arrivait bien trop tard mais elle était toujours bienvenue. Il ne fallait jamais dire non à du réconfort, surtout quand cela du cœur et de son propre sang. Mais les larmes ne s'arrêtaient toujours pas, il se sentait incapable de les stopper, ce flot abondant de liquide lacrymal coulant sur ses joues creusées par un manque d'appétit chronique depuis son arrivée. Alexandre tenta de le déculpabiliser, à dire que personne, pas même leur père, ne serait arrivé à se défaire de cette situation. Il était sceptique mais tenta de le croire, au moins pour se réconforter un petit peu. Ah, leur père … Philippe n'avait cessé de dire à son aîné que leur paternel ne les aidait pas, ne savait pas éduquer ses fils, qu'il les prenait pour des pantins et qu'il fallait marcher dans son sens, sinon on était bon pour réprimande ou pire, être rejeté. Bien sûr que le jeune d'Artagnan en voulait à son père de ne pas avoir su comprendre son chagrin et le rejeter comme un malpropre pour une histoire d'honneur. N'avait-il pas perdu une femme aussi ? Cet homme n'avait un cœur mais que pour battre, aucune autre fonction que purement physique. Mais si Philippe l'avait compris assez jeune, les désillusions d'Alexandre furent grandes. Charles était son modèle, il a toujours voulu être comme lui, un homme honorable, courageux et vaillant. La chute n'est que plus grande lorsqu'on place quelqu'un sur un piédestal. Mais si le plus jeune se calmait par la fuite pour ne jamais aller trop loin, l'aîné avait cette impulsivité immédiate que certaines étagères de la bibliothèque n'oublieront pas avant longtemps.
    Philippe n'arrivait presque plus à distinguer ce qui se passait autour de lui, les couleurs et les formes seulement étaient visibles, tous ces pleurs lui brouillaient la vue et pris de spasmes, le voilà à hoqueter. A ce moment précis, l'impuissance prenait tout son sens. Il avait toujours été maitre de son destin, du moins c'est ce qu'il disait mais finalement il n'avait rien contrôler de plus que sa route vers l'échec et plutôt que d'en vouloir à quiconque de l'extérieur, Philippe s'en voulait à lui-même de ne pas toujours avoir fait les bons choix comme apprendre les armes à reculons plutôt que de devenir un bon escrimeur, de ne pas avoir su connaître véritablement ses limites et donc s'être brûlé les ailes. Lorsque son frère reprit la parole, le jeune homme essuya ses larmes, du moins tenta puisqu'elles revenaient toujours aussi nombreuses. Incapable de prononcer le moindre mot sans hoqueter, il ne fit que hocher de la tête. Il n'y avait rie à pardonner car il y avait eu une profonde méprise dans la situation, Alexandre ne savait pas l'histoire, il avait pensé que c'était son jeune frère qui abandonnait la famille … C'était oublié, maintenant, le jeune duc avait son frère à ses côtés, une véritable épaule qui l'avait toujours soutenu quoi qu'il se passait. Rien de pire ne pourrait arriver à présent, il n'était plus seul.

    Puis Alexandre reprit la parole, d'une voix sereine et apaisante. Il avait un fils. Philippe le regarda dans les yeux et un infime sourire vint naître sur ses lèvres. Il connaissait pas l'existence de cet enfant, de ce petit d'Artagnan qui venait prendre la relève. Une bonne nouvelle dans sa vie, cela fit du bien. Mais cela changea vite. Il ne se voyait pas rentrer à Paris, reprendre cette route de la mort comme il l'appelait, revoir le manoir et ces souvenirs ainsi que tant de choses … Non, il ne pouvait pas s'y résoudre mais il se tut car il savait qu'il avait tort de rester ici, seul. Bien sûr, il avait le duché à s'occuper, et puis Angélique mais … Mais à vrai dire, rien ne remplace la famille pour un garçon qui n'avait jamais su vivre sans.

    Alors toujours en silence, il se laissa à nouveau être dans les bras de son frère et cette fois ne resta pas comme une poupée de chiffon les bras ballants mais l'enlaça aussi, avec un hoquet occasionnel. Il l'écouta la berceuse et sourit un peu plus, cela l'apaisait et les larmes se firent moins nombreuses. De longues minutes s'écoulèrent ainsi avant que Philippe ne se détache doucement et vit Alexandre saigner du nez. La panique le prit et il se leva à la recherche d'un linge pour enrayer cela. Le long napperon blanc de la table suffira. C'est là qu'on reconnaissait une belle âme : Philippe se souciait d'abord de son frère plutôt que de lui même. Il prit une grande inspiration pour stopper son hoquet, sans succès.

    « Tu saignes du … du nez, tiens. Allez viens te coucher, je te ra...raccompagne à ta chambre. »

    Il n'avait pas une grande force physique mais savait puiser là où il faut pour aider son prochain. Il l'aida donc à se relever et lui fit passer le bras sur l'épaule pour mieux le soutenir. Sûr qu'ils mirent plus de temps qu'à l'accoutumée pour traverser le château mais il était hors de question d'abandonner et Philippe luttait pour que ses jambes ne dérobent pas sous un poids qu'elles n'ont plus l'habitude de porter. La chambre lui sembla impossible à atteindre mais pourtant il avançait. Comme sur le chemin de la guérison partielle, le chemin est long, difficile et on n'avance pas en courant mais à petit pas, parfois même on recule mais pour mieux avancer par la suite. Lorsqu'enfin, il pu asseoir son frère sur le lit, Philippe se sentit fier de ne pas avoir abandonner comme il l'a si souvent fait. S'il aurait été seul à traverser le couloir, sur qu'il se serait laissé glisser contre un mur et attendre.

    « Il faut que tu te reposes, demain un long voyage se prépare … Oh, et pour ton fils, je ne pense pas que tu aurais pu me dire meilleure nouvelle. Je suis content pour toi. Dors bien Alexandre. »

    Lui aussi la fatigue le prenait au corps donc son sourire contrastait avec ses rougis et mi-clos. Il quitta la chambre en fermant la porte doucement puis se rendit à la cuisine où une cruche d'eau servirait à satisfaire sa soif. C'est là que Grégoire fit son apparition.

    « Vous ne dormez pas ? »
    « J'ai entendu du bruit et je vous ai vu sortir de la chambre de votre frère. Tout va bien ? »
    Philippe avala une grande gorgée d'eau avant de le regarder.
    « Seigneur Jésus ! Vous avez pleuré ! »
    « Longue histoire Grégoire mais oui, tout va mieux maintenant. Alexandre ne savait rien et moi je croyais qu'il m'en voulait … A présent tout est clair. Maintenant, je vais dormir. »
    « Dans votre lit ? »
    « Cela semble si improbable que cela ? »
    « En toute franchise, oui. Bonne nuit Philippe. »
    « A vous aussi Grégoire. Au fait, réveillez Alexandre pas trop tôt, il a besoin de sommeil, il en a bien besoin. A demain. »

    Et il alla dans sa chambre. Pour la première fois depuis son arrivée, il se glissa dans les draps et s'endormit sur le champ. Aucun cauchemar ne vint le troubler ni aucune insomnie. Il avait besoin de toute sa concentration au réveil pour savoir s'il allait rentrer avec son frère ou non. Car il ne suffisait pas de le vouloir, c'était beaucoup plus complexe que cela pouvait paraître ...

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Donner du style à son caractère- voilà un art grand et rare ! Celui-là l'exerce qui embrasse tout ce que sa nature offre de forces et de faiblesses, et qui sait ensuite si bien l'intégrer à un plan artistique que chaque élément apparaisse comme un morceau d'art et de raison et que même la faiblesse ait la vertu de charmer le regard.

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MessageSujet: Re: (Gascogne) La rancune reste au delà de l'amour fraternel [TERMINE]   29.10.09 23:50

De tout le temps où Alexandre fut reconduit à sa chambre, il n'en garda qu'un vague souvenir. Il tentait d'aider son frère du mieux qu'il puisse mais ce n'était pas évident avec ce mal de tête. Il détestait se sentir faible, pourtant à cet instant précis, il sut qu'il avait été trop loin pour ce soir. Les nouvelles qu'il avait apprises lui avaient fait mal... et c'était probablement à cause de cela qu'il s'était affaibli davantage. Son frère le coucha et s'en alla, le laissant seul dans la chambre sous les épaisses couvertures qui lentement firent taire son claquement de dents. Il grelottait, normal, il était pieds nus, dans une tenue légère et mal en point. Au moins, dans ce lit il pouvait se réchauffer et se sentir mieux. Une petite bougie éclairait son chevet et juste à côté il y trouva un chapelet. Il n'était pas vraiment croyant, par le passé mais dernièrement, il était convaincu que si Dieu n'existait peut-être pas, il avait des anges gardiens. C'était eux qui veillaient sur le commun des mortels. Le jeune homme ne savait pas comment se nommait son protecteur, mais il éprouvait à son égard une grande reconnaissance. Il avait toujours su préserver les vies des personnes qui lui étaient chères. Ce soir encore, il venait de la prouver. Philippe était vivant... combien d'heures avait-il passé à l'imaginer ou à le rêver mort, mortellement blessé ? Des centaines... et presqu'autant de fois, il avait prié de toutes ses forces que son frère ait la vie sauve, qu'il vive encore. Oui mais à quel prix son cadet se maintenait-il en vie, maintenant ? Il avait tout perdu, son bonheur, sa future femme, sa force... Tout ça à cause de qui ? Du sort, du destin... oui, mais pas que. Son visage se durcit lorsqu'il pense à Charles. Si son père avait été "normal"... s'il avait été une épaule, au moins pour compatir envers Philippe, si au lieu de le rejeter aussi violemment il l'avait écouté, compris et réconforté... il y avait fort à parier que le jeune duc n'en serait pas à ce stade. A cet instant précis, une rancoeur lui monta à la gorge envers son paternel. Ce dernier ne lui invoquait qu'un seul mot : monstre. Comment pouvait-on en arriver à ce stade, détruire son propre enfant pour satisfaire son égo ? La gorge étroitement serré, Alexandre rumina un long moment. Qu'est-ce que seraient leur égo, leur fierté, leur honneur, une fois morts ? Des ateliers à légendes, à mythes déformés par le bouche à oreille et les hyperboles de tous... ils finiraient dans un vulgaire livre, comme l'Odyssée, d'Homère, à épater les galeries, à être ce qu'ils n'ont jamais été... Une fois six pieds sous terre, comme Marie-Béatrice, ils ne seraient plus rien que de la nourriture pour la Terre.

Leur vie, leur fierté, elle ne servirait à rien dans un siècle. Pour la première fois de sa vie, Alexandre détesta son père. Tout ce en quoi il avait cru, sa force, sa présence et son exemple volèrent en éclat. Il le haïssait, non il ne voulait pas devenir aussi froid et mesquin que lui. Il s'y refusait. Il n'acceptait pas que l'on puisse causer le malheur de son propre sang pour une question de dissimulation de sentiments. Le coeur meurtri d'avoir perdu son modèle, son unique pahre dans ce brouillard, il serra les poings, enfonçant ses ongles pourtant à ras dans la chair de sa paume. Son visage se crispa lorsqu'il laissa échapper ses larmes. Il regarda le chapelet, le regard embué et quelque peu troublé, puis il le prit dans sa main, le serrant si fort qu'il s'imprima dans sa poigne. Et il se promit à lui même devant Dieu, de faire payer et regretter les actes de cet homme qui avait toute la confiance de ses enfants et qui venaient de se montrer d'une cruauté sans pareille. Il allait le retrouver et... mais une seconde vérité le frappa de plein fouet. Non, en fait, il n'avait même pas envie de se lancer à sa recherche. Son père, ce héros était mort ce soir... cette nuit, dans les longs sanglots de Philippe. Il n'existait plus, il ne devait plus les troubler plus que ce qu'il avait déjà fait... il devait sortir de leur vie, pour toujours. Si le Destin l'amenait à croiser sa route, Alexandre règlerait les comptes. Il lui ferait payer lourdement, le prix de la souffrance que les deux enfants avaient enduré. Fort de ce serment, l'aîné ravala ses larmes, essuya celles qui avaient innondé son visage et laissa le noir s'installer autour de lui, lentement. La fatigue le gagnait, cette histoire l'avait vidé de ses forces déjà peu nombreuses. En une dernière pensée pour son père, il lâcha :


- J'ignore où tu es... mais que le Diable t'emporte !

La pression sur le chapelet se relâcha, l'obscurité tomba. Tout se figea dans le néant, il venait de s'endormir, vidé de toute force. La nuit fut très longue et très courte à la fois. Il n'entendit pas Grégoire entrer et l'appeler légèrement pour voir s'il dormait, il n'entendit pas non plus le médecin chargé de changer son pansement. Le silence était assourdissant, ses oreilles bourdonnaient, de façon continue pour pallier à ce manque de bruit. Il ne rêvait pas, il ne faisait aucun cauchemard. Il avait un visage totalement fermé, où la fatigue se liait et venait creuser ses traits. Finalement, il ouvrit les yeux au terme d'une longue phase d'entre-deux terres... durant laquelle il capta quelques paroles entrecoupées de ronflements.

- Vous êtes réveillé ! Votre sommeil a été de marbre ! Comment vous sentez-vous ?

- Qui êtes-vous ?

- Votre frère m'envoie, je le soigne lorsqu'il daigne se laisser faire. Vous avez une vilaine plaie...

- Elle ne me fait plus mal...

- Tiens donc ?

Il appuya alors sur le flanc d'Alexandre, à l'endroit préci ou Ruze avait fait sa blessure, ce qui fit bondir le Mousquetaire de douleur. Souffle et voix coupée, il lança un regard assassin à l'homme qui se tenait devant lui.

- Il vous arrive souvent de laisser vos blessures faites au fer rouillé, macérer dans la sueur et la crasse ?

- Elle était guérie !

- Allons, inutile de me mentir, je sais reconnaître une plaie soignée lorsque j'en vois une. Un peu plus et j'étais obligé de vous mettre des asticots pour enlever les chairs canfrées ! Vous ne serez pas vaillant à la bataille si vous y allez fiévreux et affaibli ! Ce fut une bonne chose finalement que vous ayez pris cette branche sur le crâne ! Et encore, je ne suis pas sûr que cela vous ait appris grand chose !

Alexandre n'en croyait pas ses oreilles, il lança un regard noir à son interlocuteur, et allait répliquer lorsque le médecin lui coupa la parole :

- Ne me remerciez pas, j'ai l'habitude de me faire congédier... votre frère est aussi forte tête que vous... j'ai pansé vos plaies, je repasserais ce soir. Quand à votre coup sur la tête, vous semblez récupérer d'une assez bonne façon. Evitez de partir au triple galop comme un fou furieux, de vociférer après des Ducs ou des vieux serviteurs, de n'en faire qu'à votre tête, et vous devriez guérir sous huitaine. C'est tout de même formidable que tous les ducs ayant résidé ici n'en fassent toujours qu'à leur tête ! Celle de votre famille est aussi dure que la pierre, allez donc faire comprendre à une mûle qu'elle fonce dans le mur ! Et ne vous avisez pas de lever le ton avec moi, jeune homme. Ma médecine pourrait y perdre de sa douceur !

Devant un d'Artagnan médusé et bouche bée, l'homme d'une soixantaine d'années, prit congé. De toute sa vie, jamais un médecin n'avait osé lui parler ainsi. Il aurait bien volontiers aboyé comme un chien pourri sur ce type, mais il se ravisa. Mieux valait éviter de rendre la médecine plus rude qu'elle ne l'était. Grégoire entra bientôt, un plateau dans les mains, sourire aux lèvres :

- Monsieur a passé une nuit agréable ?

De mauvais poil, Alexandre concéda, grognon :

- J'ai l'impression que ma tête et mon ventre ont été piétinés par des boeufs... mais j'ai bien dormi.

- Vous m'en voyez ravi ! Tenez, il vous faut manger.

- Plus tard... puis-je voir Philippe ?

- Il n'est pas levé, la soirée a été rude...

- Il ne croit quand même pas qu'il va dormir après que l'on m'ait réveillé tout de même ?! Le saloupiot, je m'en vais le tirer des draps prestement !

Il se leva avec détermination devant un Grégoire tout affolé. Il faut dire qu'il était sensé veiller à ce que son maître ne soit pas dérangé ! Alexandre se ménagea tout de même. Il voulait éviter de se faire jeter par le médecin... courageux, certes mais pas téméraire ! Il se mit donc en route vers les appartements de Philippe... mais il n'avait aucune idée de l'endroit où ils étaient. Le serviteur eut un sourire victorieux :

- Sieur Philippe dort encore pour un bon moment !

- Je suppose que je ne peux compter sur votre aide pour le trouver... je vais donc chercher moi-même. Faîtes préparer ses valises et ses bagages, nous partirons pour Versailles dès demain.

- Mais vous n'y pensez pas...

- Si j'y pense, nous rentrerons demain. Malles prêtes, ou pas.

- Philippe n'acceptera pas de partir !

- Pourquoi donc ? Il faut qu'il revoit Marine, Aurore et qu'il fasse la connaissance de Guillaume et nous aurons besoin de lui pour faire parler Barnabé.

- Barnabé ??? Mais que diable lui voulez-vous à ce pauvre homme ?

- La vérité !

Grégoire resta avec une réplique en suspens, doigt tendu, tandis qu'Alexandre parcourait les couloirs. Il se lança à sa suite, devant presque courir pour rester à son niveau. Et il tenta, en vain de raisonner le jeune Mousquetaire :

- Vous êtes encore souffrant... il n'est pas sage de partir ! De plus, Philippe a des affaires à expédier... importantes, très importantes.

Ils arrivèrent devant une porte où se trouvaient les armoiries de Gascogne. Grégoire soupira, visiblement lassé et Alexandre ouvrit les portes des appartements de son frère. Il entra, se dirigea vers les rideaux et les ouvrit, laissant le jour entrer. Il s'approcha du lit de son frangin et le secoua légèrement. S'il était aussi excité, c'était parce que la nuit lui avait permis de se souvenir d'une chose. Et il voulait à tout prix le dire à son frère. Quitte pour cela à le reveiller un petit peu brutalement.

- Fainéant, tu m'envoies ton guérisseur à la noix me cueillir au pied du lit et tu crois que je vais te laisser ronfler comme un sonneur ! Alors ça non ! Frère indigne, qui fait réveiller ses aînés au clairon ! Allez, on se lève ! il faut que je te parle de quelque chose ! C'est important ! Allez !

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MessageSujet: Re: (Gascogne) La rancune reste au delà de l'amour fraternel [TERMINE]   24.01.10 2:02

    Pour la première fois depuis son arrivée ici, le lit n'était pas vide de sa présence. Philippe avait collectionné ses nuits sans sommeil, assis sur le rebord de sa fenêtre à attendre que le temps passe, parfois il s'endormait peu avant le lever du jour, ou alors se reposait dans la bibliothèque, devant la cheminée du grand salon ou parfois, Grégoire le retrouvait dans la chapelle, endormi sur l'un des bancs en bois. Son lit le rappelait à ses cauchemars, à des sueurs froides et à des mauvais souvenirs. Combien de fois s'était il réveillé en pleine nuit en hurlant ? Pas besoin de compter, Grégoire devait le savoir, le vieil homme courait au plus vite qu'il pouvait pour entrer dans la chambre. Chaque fois le même spectacle d'un d'Artagnan tremblant de tous ses membres, le souffle coupé et le regard d'un enfant terrorisé. Bien triste tableau, lui qui l'avait connu tellement plein de vie, son maître était devenu à peine l'ombre de lui même … Alors, savoir que Philippe allait dormir dans sa chambre, le serviteur avait souri. Et le jeune Duc ne s'était pas fait prier pour s'endormir une fois sous les draps. Tant de révélations en cette soirée, toute sa souffrance était ressortie, cela avait fait si mal et tellement de bien à la fois. Il avait retrouvé son frère, les deux se rendaient compte de leur malentendu respectif … Cela faisait un bien fou et tant d'émotions épuisaient le corps fragilisé du jeune homme qui n'avait pas demandé plus qu'un lit pour tomber dans les bras de Morphée.

    Une nuit sans rêve, ni cauchemar. Un long trou noir réparateur. Banal pour certains mais si rares chez lui et un sommeil profond de même. Lui qui d'habitude dormait d'un œil … Cette nuit là, le jeune homme vivait un instant d'exception ! Il ne bougeait pas d'un poil durant toute la nuit, il se reposait comme il ne l'avait plus fait depuis ces deux années. Tant de tourments dans son être l'avait empêché de reprendre une vie correcte et à s'enfermer dans son mal être à presque en perdre la raison. Heureusement que sa foi, puisqu'il ne restait que cela, lui avait soufflé un peu de raison pour garder les pieds sur terre. Qui sait où cela l'aurait mené … A la mort, sans aucun doute. Ou au confinement du à sa folie. Bref, aucun avenir vraiment réjouissant. Et pourtant, il était là, en vie. Et dormait à poings fermés …

    Il ne vit pas le temps passé. La nuit sans qu'il ne puisse la voir, sans se réveiller en sursaut, sans pleurs, sans crises ni rien. Et cela pourrait encore continuer jusque tard dans la journée. Deux années de manque de sommeil à récupérer, il pourrait dormir des jours entiers ! Mais il n'en eut pas le temps. Philippe n'entendit pas la porte s'ouvrit, réagit à peine à la lumière dans sa chambre, juste releva le bras pour cacher ses yeux clos. Jusque là, rien ne le perturbait dans son voyage avec le marchand de sable. Mais il sursauta lorsqu'il sentit qu'on le secoua. Il entrouvrit les yeux sans vraiment voir le visage mais reconnut la voix. Alexandre ! Il était déjà debout et pas vraiment content d'avoir eu un tête à tête avec le médecin personnel de Philippe. Son aîné semblait vouloir se venger mais aussi avoir quelque chose à lui dire. Autant dire qu'à cet instant précis, le jeune homme encore endormi à moitié s'en moquait comme de l'an quarante ! A peine réussit il à faire une phrase correcte.

    « Quoi ? Que … Je dors et … attends un peu. »

    Il tourna dos à son frère, se couvrit à nouveau pour se rendormir mais savoir qu'il y avait quelqu'un dans sa chambre avait quelque chose de perturbant. Pourtant, il ferma les yeux. Des pas dans sa chambre. Lents. Chancelants. Et une voix qui se voulait basse pour ne pas le réveiller.

    « Alexandre, laissez votre frère dormir, il a besoin de repos. Ni lui ni vous n'êtes en état de vous réveiller de si bonne heure ni de prendre la route ! »

    Les derniers mots lui firent ouvrir un oeil. Au moins, sa curiosité naissante le réveillait alors qu'il aimerait pouvoir passer des heures et des heures à enfin dormir en paix, sans passer par la case décès.

    « Quelle route ? »
    « Reposez vous, votre frère vous parlera plus tard. »
    « Comment le pourrais-je ? Vous êtes tous les deux dans ma chambre à m'observer comme un animal en cage. »

    Non, Philippe n'était pas du matin, émergeait doucement quand il dormait bien. Il était du genre à prendre son temps quand il le pouvait. Mais ça, c'était avant … Il s'assit dans ses lits, les cheveux défaits et les yeux encore empreins d'une envie de dormir irrépressible. Il tourna la tête vers son frère qui l'avait réveillé comme un malpropre.

    « Tu sais qu'on ne réveille pas de la sorte celui qui vous héberge ? Et mon médecin est bien, un peu caractériel et ferme mais bien alors ne l'insulte pas ... »

    Il bailla à s'en décrocher la mâchoire avant de continuer.

    « Je te hais, je dormais bien. Dis moi ce que tu as à me dire et après promets moi de me laisser dormir car ce n'est pas humain de me lever de la sorte. »

    La curiosité l'emportait sur le sommeil. Il ne savait absolument pas ce que son frère allait lui dire, il voulait l'entendre de sa bouche car il n'aurait pas pu se rendormir sinon. QU'est ce qui pouvait être aussi important pour être réveillé si tôt ? Quelle mouche avait piqué Alexandre en pleine nuit ?


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MessageSujet: Re: (Gascogne) La rancune reste au delà de l'amour fraternel [TERMINE]   05.02.10 21:39

Alexandre regarda son frère avec un sourire satisfait. Il ne dormait plus. Bon, c'est sûr, le côté protecteur lui disait que c'était pas vraiment bon signe. Mais le côté passionné qui ressortait énormément ces temps-ci avait pris largement le dessus. En plus, Alexandre l'avait en travers de la gorge le coup du médecin. S'il était très tâtillon sur les principes d'hospitalité et de politesse, le Mousquetaire avait horreur qu'une tierce personne se préoccupe de ses blessures. A part Marine, bien sûr, mais le coeur avait ses raisons que la raison ignore toujours ! Il trouvait qu'être malade était montrer une faiblesse, et forcément, sa fierté en prenait un coup. Et puis, il avait du mal à le reconnaître mais il était douillet... Il aurait préféré mourir d'une septicémie que d'avoir à subir les reproches et les soins d'un docteur. Evidemment, ça n'allait pas dans le bons sens. Mais pour raisonner un d'Artagnan, il fallait être sacrément expert ou être très proche. Même Marine peinait parfois à le faire changer d'avis, pourtant, depuis qu'il était avec elle il avait beaucoup changé. Une chose lui restait, sa maladresse avec les femmes. Parfois il parlait maladroitement et devant la beauté de sa femme, il se voyait gauche, plein de défauts. La belle le tenait pratiquement à la baguette. Le fait le plus notable dans tout ça, c'était la facilité avec laquelle elle pouvait le faire changer d'avis sur des sujets moyennement importants. Bon, sur Nicolas de Ruze, elle avait bien du mal à le contrôler. Alexandre lui vouait une haine féroce et il était prêt à en découdre à la moindre petite provocation, question d'égo. Peut-être que s'il l'avait écouté, il ne se serait pas blessé et qu'il n'aurais pas eu la discussion avec le médecin. Ainsi par lien de cause à effet, Philippe aurait pu dormir de tout son saoûl ! Comme quoi, les choses étaient liées sans vraiment y paraître.

- Ton medecin... figure-toi qu'il essaie de m'empoisonner avec ses mixtures dégoûtantes. Je n'ai jamais goûté quelque chose d'aussi infect ! J'aimerais bien t'y voir toi, à avaler de la mort-aux-rats sans broncher ! Et il voulait me mettre des asticots sur les chairs ! Je ne sais pas où tu l'as trouvé, mais soit ce bonhomme est un tant soit peu déséquilibré, soit il a des pratiques extrêmement douteuses qui lui vaudraient guillotine ou potence si des gens hauts placés y mettent leur nez ! Et je ne te parle même pas de ce qu'en aurait fait l'Eglise, dont tu es si friand ! C'était direction le bûcher !

- Il faut dire aussi que Monsieur est à l'instar de sa famille assez mauvais malade...

Grégoire qui était toujours là regarda alternativement les deux frères non sans une lueur de malice dans son regard vieux et fatigué. Il n'était pas rare que l'homme use de ses paroles sages pour recadrer des choses de temps en temps. Alexandre lui lança un regard noir et répondit, d'un ton qui niait tout, avec une mauvaise foi horrible :

- Non Monsieur ! Je ne suis pas mauvais malade ! Je n'y peux rien si j'ai affaire à de mauvais médecins c'est tout ! Cet homme a failli de rouvrir une plaie pourtant guérie ! Et il m'a parlé sur un ton douteux, à la limite du respect et de l'affront. Qu'il m'ait été donné une épée et j'en faisais une affaire d'honneur ! Non mais !

Grégoire leva les yeux au ciel. Les d'Artagnan portaient tout à leur honneur mal placé. Un jour, Charles avait été confronté à un prêtre un peu trop entreprenant. Il détestait les hommes d'église surtout depuis la Fronde. Et là, comble du comble, un homme lui prêchait la bonne parole en instant sur l'absence de chapelle dans son domaine. Irrité, le père s'était vite emporté et avait chassé le malheureux homme d'église par la fenêtre... oui, il s'agissait de l'issue la plus proche du prêtre qui devant cette espèce de dragon en furie avait loué le ciel qu'elle soit ouverte ! Furibond et hors de lui, Charles avait lâché tout un tas de jurons, épée en main et l'avait pourchassé jusqu'à l'extérieur de son domaine. Depuis, les prêtres avaient laissé le château tranquille, n'y allant qu'en l'absence du Duc. Fort de son caractère têtu et fier, Alexandre ajouta, sur un ton qui ne laissait aucun doute. Il était ferme et définitif :

- De toute façon, je vais parfaitement bien ! Je me porte comme un soldat prêt à la bataille ! Que ce soit dit ! D'ailleurs, je n'ai eu aucun mal à vous surpasser pour arriver ici, c'est la preuve que je ne suis pas diminué tant que cela !

Le serviteur parut perplexe... il ne savait pas s'il devait prendre ça pour une insulte ou un compliment. En réalité c'était bien de la seconde option qu'il s'agissait. Alexandre avait toujours admiré Grégoire pour sa vaillance. L'homme se faisait âgé mais il avait une force qui inspirait le respect et l'admiration. Profitant du petit silence qui s'était installé, Alexandre s'installa à son aise sur le lit, en cachant une grimace de douleur lorsque sa plaie le lança. On aurait dit qu'il était tranquille mais en fait, il en allait autrement. Quand un d'Artagnan ne bougeait pas, soit il préparait quelque chose, soit il était mort. Et comme l'aîné respirait encore ça ne pouvait être que la première solution. C'était d'autant plus surprenant qu'il garde le mystère. Il était connu pour trépigner d'impatience et tout lâcher d'un coup. En fait, il réfléchissait longuement à ce qu'il allait dire. Après quelques instants passés sous les regards insistants des deux autres protagonistes, il déclara :

- Nous partons pour Versailles ! Demain matin, première heure !

Grégoire haussa un sourcil et secoua la tête mais il poursuivit :

- Père m'a menti, mais un mensonge comme celui-là ne peut être fait seul. Barnabé est complice, j'en suis certain ! Et quand je l'aurais en face de moi, je jure sur la Vierge que ses oreilles deviendront aussi rouge que le sang que j'ai versé ! Je veux en découdre avec cette affaire maintenant ! Si Barnabé était au courant, il sait aussi où se trouve notre Père et je ne serais pas étonné que ça soit non loin de Paris ! J'exige des explications et je les aurais, quitte à me faire rosser ou répudier par mon propre père ! Ou même à en venir aux armes !

Son regard implacable se posa sur Philippe. C'était la première qu'il parlait ouvertement de son père avec une telle fermeté. Et ce qui était inquiétant c'est qu'il n'avait pas eu une seule once d'hésitation dans la voix. Grégoire frisonna. Se pouvait-il qu'Alexandre, fervent admirateur de son père en vienne à se battre contre lui pour l'honneur ? A la vue de cette homme assis, si serein et si déterminé, le serviteur n'en douta pas un seul instant. La mine du jeune homme se radoucit et il poursuivit :

- De plus, tu pourras faire la connaissance de Guillaume et revoir Marine et Aurore. Tu leur as manqué. Et si tu le veux, je t'accompagnerais pour la voir et pour t'épauler.

"Pour la voir"... c'était la première fois que l'aîné mettait des gants pour parler de quelqu'un. Et ce quelqu'un n'était autre que la fiancée de Philippe. Il avait bien conscience que l'instant serait douloureux pourtant comme avec leur mère, Alexandre voulait maintenant aider son frère à tourner la page. Les rôles allaient être inversés, cette fois-ci.

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MessageSujet: Re: (Gascogne) La rancune reste au delà de l'amour fraternel [TERMINE]   09.02.10 23:27

    Ses yeux n'étaient pas tout à fait ouverts, la fatigue couvrait entièrement son visage et il avait du mal à écouter son frère parler de son médecin. A l'entendre, on pourrait presque penser qu'Alexandre avait manqué de mourir sous la torture d'un homme de science ! Cette tendance à exagérer faisait partie de la famille et avec la nouvelle génération arrivante, cela n'était pas prêt de s'arrêter … Cela n'aurait pas pu attendre quelques heures de plus ? Philippe s'était blessé à de nombreuses reprises comme des chutes de cheval ou toutes ces morts qu'il avait provoquées à l'époque où la mort l'obsédait, où il la désirait ardemment. Lui aussi avait lutté contre le médecin, l'avait chassé, s'était rebellé et ne voulait pas qu'on le touche. A cette époque, s'il mourrait de sa blessure, cette mort ou une autre, qu'importe après tout … Mais l'homme n'avait jamais baissé les bras et à bout de force, Philippe avait du se résigner à le laisser panser ses plaies. Le jeune duc avait continué de le laisser faire au fil de ses diverses maladies, non sans ronchonner mais on ne peut se débarrasser d'un mauvais caractère typique des d'Artagnan. Il était un mauvais malade et cela l'amusait de voir son frère dire le contraire ! Un sourire s'esquissa sur son visage et ses yeux s'ouvraient petit à petit pour regarder son aîné se débattre ainsi sur une simple petite moquerie de Grégoire. D'ailleurs, le vieil homme et le jeune homme échangèrent un petit sourire complices au sujet d'Alexandre.

    Quelle idée de toujours vouloir se montrer toujours au meilleur de sa forme alors qu'on n'est pas invincible ! Pas même un d'Artagnan, Philippe le savait bien … S'il savait où se trouvait la blessure, le duc gascon aurait bien appuyé dessus juste pour être sûr. Sûr qu'Alexandre ferait un bond à peine la blessure touchée. Courageux, battant et fier mais si douillet ! Il le cachait bien sûr, cela n'était absolument pas compatible avec cette virilité et cette vision d'homme invincible. Personne ne l'est … Cela avait beau être amusant quelques instants, à choisir, Philippe préfèrerait dormir ! Ils auraient bien le temps d'en discuter dans la journée !

    « Et tu m'as réveillé juste pour cela ? Et pousse toi de mon lit, je veux dormir ! »

    Il voulut le virer et voulu pour le pousser quand Alexandre annonça la ferme intention de le ramener à Versailles ! Ses grands yeux bleus s'agrandirent et se firent tout ronds. La première réponse qui lui vint à l'esprit fut un énorme non. Pas question. Même pas en rêve. Cela lui semblait impensable dans son esprit car il ne voulait pas y retourner, trop de mauvais souvenirs l'attendaient là-bas. Non, il ne pouvait pas … Pourtant, son frère aurait besoin de lui, pour le calmer ou l'épauler, il ne savait pas encore. Son aîné était tellement remonté contre leur père. C'est vrai, Charles lui avait menti, il avait caché les véritables raisons du départ de Philippe, avait ignoré son propre fils et s'était à son tour évaporé dans la nature. Alexandre admirait leur père depuis sa plus tendre enfance, il l'avait imité dans ses gestes, dans sa façon d'être, dans le caractère jusque dans le choix de carrière. Charles tombait de son piédestal après toutes ces années, normal que la douleur soit aussi vive. A l'inverse, Philippe n'attendait plus rien de son père, son silence devenait habituel, le cadet prenait cela comme une manière de communiquer sans le faire réellement. Mais entre les deux fils d'Artagnan, il y avait une différence de caractère et de point de vue mais une chose restait : le soutien et la fraternité. Il ne pouvait pas le laisser tomber … En plus, son frère venait de jouer sur la corde sensible. Revoir sa filleule, découvrir son neveu, serrer dans ses bras sa belle-sœur. Et son aîné faisait le pas de le soutenir pour Emmanuelle, il l'avait dit avec tant de discrétion et avait pris des gants pour ne pas le brusquer. Tout se bouscula dans la tête du jeune homme.

    Il resta silencieux une ou deux minutes, sans quitter des yeux son frère bienveillant. Il ne savait pas prendre une décision sans savoir si c'était la bonne. Mais laquelle était-ce ? Philippe baissa les yeux et tourna la tête … Avant d'un coup, se lever du lit et enfiler un pantalon.

    « Je … Laisse moi quelques minutes. »

    Il lui fallait de l'air pour réfléchir. D'un pas rapide, il sortit de la chambre, marcha pieds nus sur la pierre froide mais s'en moquait. Il savait où aller, poussa la porte et marcha dans l'herbe. Cela lui faisait du bien, le calmait légèrement mais un seul lieu dans le château où le calme et la sérénité régnaient : la chapelle. Sans forcément y prier, Philippe aimait ce lieu où peu venaient et où il pouvait y passer des heures pour se détendre et trouver des solutions. Assis par terre près de l'autel, le voilà à la recherche de la solution. Pesons le pour et le contre.

    Le pour ? Son frère le soutenait, il ne voulait pas le laisser tomber. Revoir sa filleule si grande et son neveu encore inconnu. Montrer à son père qu'il n'avait pas besoin de lui. Aider son frère, il fallait qu'il l'épaule à son tour … Et puis la solitude lui pesait, ses amis et ses habitudes se trouvaient à Versailles. Une pensée lui vint et il secoua la tête pour l'en sortir. Philippe ne croyait pas qu'il puisse retrouver un jour l'amour, ce n'était pas possible dans sa conception. Et il ne pouvait pas s'empêcher de parfois penser à elle. Une demoiselle rencontrée il y a quelques temps, si fraîche si différente des autres … Beaucoup de filles avaient croisé son chemin, même pendant son deuil, sans forcément qu'il se passe quelque chose. Des jolies, belles même, intelligentes, gracieuses … Bref, beaucoup de qualités. Mais une avait véritablement retenu son attention. Et il s'en voulait, culpabilisait quand son joli visage venait dans ses pensées, se rappelait de la bague pendu à sa chaîne. Elle vivait à Versailles lui avait-elle dit et malgré tout, il aimerait la revoir …

    Le contre ? La douleur de retrouver des lieux avec des souvenirs, merveilleux certains et si cruels d'autres.

    Partir l'emportait si l'on jugeait de la sorte. Sauf si la douleur serait insupportable. Et il ne le saurait qu'en y retournant. Alors il se leva, les jambes engourdies par le froid et fit le sens inverse. Il n'était pas sûr de prendre la bonne décision mais il fallait en prendre une et, de manière impartiale, il devait partir. Le soleil était beaucoup plus haut dans le ciel que tout à l'heure, il ne savait le temps passé dans la chapelle mais avait faim, bon signe cela. Personne dans la chambre, Philippe se déplaça à la cuisine où Grégoire et Alexandre se trouvaient à la cuisine. Il croisa les bras et un petit sourire en coin.

    « Je viens mais à une seule condition. » Il laissa un petit silence de quoi inquiéter mais surtout dans l'espoir que son frère accepte et s'approcha de lui avant de reprendre « Alexandre, tu te laisses soigner par mon médecin. C'est à prendre ou à laisser parce que ... »

    Il ne dit rien d'autre et se rappelant la minuscule grimace lorsque l'aîné s'était mis dans son lit, Philippe tenta en appuyant sur le flanc de son frère, juste pour voir la réaction ...

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