Louis XIV en roi tout puissant, maître de son château où les vies se font et se défont
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Les suites d'une impertinante missive...

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Athénaïs de Mortemart
~*Etoile Montante*~



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MessageSujet: Les suites d'une impertinante missive...   Mar 8 Avr - 9:11

Versailles...Début de printemps. Les jardins sont en fleurs et le soleil les nappe de quelques rayons tièdes. Telles les filles d'honneur de la Reine, elles s'étirent, batifollent avec les premières abeilles et se tournent amoureusement vers les premiers chants des oiseaux. Que d'amour naissant dans les jardins du plus grand monarque d'Europe en devenir!

Hélas! Si l'on pouvait en dire autant de ce qui se passait derrière les murs du grand château...Il lui paraîssait que son absence s'était transformée en exile tellement il lui avait été pénible d'apprendre à quel point la vie de Cour s'était rembrunie depuis son départ. Bien qu'un couple -et non des moindres!- s'était trouvé, d'autres, malheureusement, avaient éclaté. Et tout ceci alors qu'elle s'était trouvée si loin!


"La Peste soit du devoir et de ses dévôts!"

Quoi? Un juron de la part de la Précieuse des Précieuses comme Monsieur aimait tant à la surnommée! Encore que...si le pauvre savait dans quelle aventure la jeune femme s'était une fois de plus engagée, il était sûr qu'il ne lui pardonnerait pas facilement d'avoir mis la main sur un des hommes les plus beaux de la Cour. Mais peut-être le savait-il déjà? Tout se savait si vite par ici et les couloirs étaient si étroits...!

Assise devant sa coiffeuse, la Duchesse de Mortemart laissait aller la lourde brosse d'ébène incrustée de perles dans la masse soyeuse de sa chevelure brillante. Alors qu'il était près de dix heures que le soleil venait d'annoncer le Bal du Matin, la jeune femme était encore en...négligé de dentelles, très fines et souples, qui semblait peint sur son corps et sa taille dont on avait envie de prendre les mesures! Sa tenue consistait en effet d'une sorte de gilet infiniement long, traînant quelque peu sur les beaux tapis de ses apartements, fait de ces mêmes dentelles et d'une fine chemise de nuit blanche qui laissait dépasser un peu du haut de ses cuisses. Mais trève de laisser-aller puisque de fin bas crème venaient aussitôt les chatouiller, dont le haut n'était, comme le reste, que jolis rubans et dentelles. Ses pieds étaient quand à eux chaussés de petits souliers d'intérieur à hauts talons et pourvus d'un ruban blanc chacun.
Et oui! Même en petite tenue, Athénaïs de Mortemart tenait à son apparence!

Alors qu'elle se laissait aller à de langoureux mouvements de tête tout en brossant ses boucles brillantes, on frappa lestement à la porte: Marie, sa première camériste l'ouvrit presque après y avoir frappé et vint promptement à l'encontre de sa maîtresse. Après une courte révérance et les habituels
"Madame a-t-elle passé une bonne et agréable nuit?" -sur quoi la belle se contentait de lui sourir- la petite, qui ne devait pas avoir plus d'une douzaine d'années, lui remit deux enveloppes. Athénaïs reconnut la première comme un billet...et se contenta de le tourner entre ses doigts d'un air satisfait. Inutile de se jeter dessus comme une affamée, d'autant plus qu'elle savait pertinemment de qui les mots doux pouvaient provenir. Elle le posa donc près de sa poudrière et attacha en revanche plus d'attention au deuxième paquet: une missive, une lettre laquelle, qui plus est, portait sur le cachet de cire, le blason des Mortemarts.

"Quand cela vous a-t-il était apporté?"
demanda-t-elle à Marie qui entreprenait d'aérer les draps en désordre de son lit. La petite se retourna et porta un instant un doigt éffilé à sa bouche en signe de réflexion.
"Ce matin, Madame...peu de temps après votre lever. L'émmissaire devait savoir que Madame se lèverait tardivement...
-Certes...A supposer que ma noble famille m'espionne -ce qui me paraît tout à fait impossible à en juger par les recents évènements. Quelque chose vous-t-il supris quand le messager vous l'a remise?
-Non, Madame. C'est que...je n'ai pas reçut l'enveloppe de sa part, mais de Madame la Baronne."


Ainsi, Prudence était en charge d'intercepter son courrier...voilà bien de mystères pour seulement un mois de retour à Versailles...précisément le lendemain de...Songeuse, elle décacheta l'enveloppe et, se levant de son fauteuil en tortillant d'un doigt libre les boucles floconnant à sa frêle nuque, Athénaïs se plongea dans une lecture...qui la mit dans tous ses états!

En effet, quelques instants plus tard, la belle Duchesse se trouvait arpentant les couloirs en direction des apartements de Monsieur, dans une fureur des plus profondes, sans que les courtisans qu'elle croisa en chemin, n'y remarquèrent quoi que ce soit. Elle eût droit aux discours élogieux, aux flatteries et autres badinages de mise, mais rien n'y personne, pas même le bel auteur du billet du matin même aurait pu l'empêcher de se trouver chez Monsieur à onze heures précises.
Drapée dans une robe de leger gris fûmé qui lui donnait l'aspect d'une de ces nymphes sorties tout droit des marais, elle arriva enfin devant la lourde porte où deux gardes étaient postés, de jour comme de nuit.

Un mignon se tenait là.

"Faites savoir à son Altesse que la Vicomtesse de Limoges-Rochechouart, Duchesse de Mortemart souhaite l'entretenir au plus vite. Et priez-le de bien vouloir m'excuser de ma visite à une heure aussi matinale!" ajouta-t-elle avec un sourir, sachant pertinemment que le jeune frère du Roi serait plutôt mort de curiosité s'il l'avait renvoyée!
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Philippe d'Orléans
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MessageSujet: Re: Les suites d'une impertinante missive...   Jeu 10 Avr - 1:11

Un printemps à Versailles, c’était toujours sublime. La neige fondait sous un soleil qui réchauffait le sol et les cœurs, les feuilles verdissent et les fleurs s’ouvrent, libérant de chatoyantes couleurs et une odeur printanière des plus délicieuses, surtout quand on s’y promène le matin lorsque la rosée s’installe, donnant une autre dimension aux jardins. Mais pour s’y promener de bonne heure, il fallait se lever tôt et se hâter de se préparer pour sortir. Si certains nobles le faisaient, si certaines personnes du peuple pouvaient le vivre presque quotidiennement, ce n’était pas le cas de Philippe. Lui était plus du genre à passer les heures où le soleil se lève sous ses draps, à dormir profondément jusqu’à pas d’heure. Parfois, il daignait se montrer au lever du Roi son frère pour faire bien vu qu’il était tout de même de la famille royale. Mais en cette matinée, malgré toute l’agitation dans les couloirs, le bruit des talons sur le parquet et le flot de paroles, le Prince se trouvaient toujours dans les bras de Morphée. Et tant qu’il ne voulait pas, il ne se réveillerait pas. Une grasse matinée ne faisait jamais de mal à personne, c’était réparateur surtout avec la vie agitée qu’il menait. Malgré son côté pieu, il n’empêchait pas de vivre dans la luxure et la débauche. Mais le soleil se montrait taquin et une fine ouverture entre ses lourds rideaux de velours lui permit de s’infiltrer pour venir terminer sa course sur le visage princier. Il ouvrit ses yeux petit à petit. La matinée était entamée, beaucoup de personnes se promenait déjà dans les jardins, avait peut être même eu le temps d’écouter quelques ragots par d’autres lèves tôt que Monsieur enfila une sorte de peignoir en soie pourpre. A croire que certains avaient un sixième sens mais quelques mignons entrèrent prudemment au départ puis s’avancèrent quand ils le virent débout entrain de s’étirer. Se retournant, Philippe les regarda avec un air impatient.

Hé bien … Qu’attendez vous ? Nous sommes à une heure avancée de la matinée, j’ai faim.

C’était clair. A peine levé, le jeune homme donnait déjà des ordres et déambulait dans ses appartements le temps que sa compagnie prenne soin d’ouvrir les rideaux, de faire le lit pendant que d’autres entreprenaient de préparer un bain. Les derniers s’étaient précipités vers les cuisines ramener le petit déjeuner qu’il attendait. Les voila qui arrivent d’ailleurs avec des plateaux et coupes, de fruits, de pâtisseries autres petits mets dans lesquels il picora un petit peu, de quoi caler sa faim matinale tout en choisissant bien consciencieusement. Les minutes défilaient mais il semblait s’en moquer, prenant son temps alors que la journée avançait. Si vous saviez comme il se moquait de l’heure à laquelle il pouvait faire son apparition en dehors de ses murs. Au contraire, se faire désirer faisait partie d’un de ses petits plaisirs quotidiens. Ensuite, ce fut le tour du bain pour se sentir propre et bien dans ses costumes, pour se sentir plus beau et désirable. C’était très important pour lui de voir les regards flatteurs sur lui, qu’on dise que le Prince de France se tenait à la pointe de la mode et était un beau jeune homme qui prenait soin de lui. Alors, il se fit beau après s’être lavé, il passa en revue ses tenues, choisir laquelle il portera aujourd’hui. Choix difficile surtout avec le nombre de tenue qu’il possédait. Avec minutie, il tâtait, rejetait, pestait contre celui qui avait choisi une « horreur » comme il le disait si bien, essayait, se tournait puis finalement passait à autre chose. Il fallait être patient avant de voir Philippe se satisfaire d’une tenue qui lui semblait à la fois belle, confortable, unique et qui lui plaisait. Là il s’agissait d’un ensemble vert foncé en satin avec des coutures dorés avec des boutons et des sortes de fanfreluches au niveau des manches. Très seyant et allant à merveille avec ses yeux verts. Maintenant, le voila devant sa coiffeuse pour se pomponner et se faire coiffer. Autant être précieux jusqu’au bout des pointes. C’est à cet instant qu’un de ses mignons arriva.

Monsieur, à la porte, Mademoiselle …

D’un geste, il le fit taire et continuait de se regarder dans le miroir.

Je ne veux personne dans mes appartements. Renvoyez la.

Mais il s’agit de Mademoiselle de Mortemart. D’ailleurs, elle s’excuse de cette visite matinale.


Là, Philippe tourna enfin la tête et un sourire heureux naquit sur ses lèvres. Son amie se tenait sur le pas de la porte et elle ne venait jamais par hasard.

Faites la entrer voyons ! Pressez vous, il ne faut jamais faire attendre ma chère Précieuse !

Et il se leva, non sans jeter un dernier coup d’œil pour savoir si tout allait. Il mit de suite ses chaussures, des talons assortis et vint à la rencontre de son amie qui était égale à elle-même, c'est-à-dire élégante et distinguée. Une Précieuse en sorte. Une salutation dans les cordes, Philippe se faisait d’accueillir son hôte comme il se doit.

Bien le bonjour, ma chère Athénaïs. Ravi de vous voir.

Puis il vit la mine de la jeune femme. Elle avait beau paraître souriante et aimable, il y avait ce zeste de colère au fond de ses yeux qui n’échappa pas au Prince qui avait l’œil pour tout, surtout qu’il la connaissait tellement depuis toutes ses années. L’invitant d’un geste à rentrer un peu plus en direction d’une sorte de petit salon avec de somptueux canapés et de nombreuses œuvres d’art de toute sorte, de bon goût bien sûr.

Hé bien mon amie, qu’avez-vous pour venir ici ? Votre tailleur n’avait plus assez de tissus pour votre prochaine robe ? Je vous promets que je n’y suis pour rien !

Plaisantin ? Absolument ! Il savait qu’Athénaïs ne se déplacerait pas pour si peu. Il avait hâte de tout savoir. La jeune femme avait l’art et la manière de mener la conversation, de tourner autour avant enfin d’entrer dans le sujet, le tout promettait d’être passionnant !
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Athénaïs de Mortemart
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MessageSujet: Re: Les suites d'une impertinante missive...   Jeu 10 Avr - 9:24

Alors que le mignon –et Athénaïs constata une nouvelle fois combien son absence avait été cruelle puisque les traits du jeune homme lui étaient totalement inconnus- pivota des talons pour avertir « son Prince » de l’impromptue visite, la jeune femme prit soin de méditer comment, et non sans quelque ironie, elle allait présenter son affaire à Monsieur. Elle ne doutait point que possédant l’ouïe la plus fine autant que la langue était rapide de la Cour, Philippe d’Orléans devait être au courant des projets de Gabriel de Mortemart à l’égard de sa cadette. Aussi, c’était non sans quelque amertume que la Duchesse allait s’enquérir de la véracité de ce qu’il fallait bien appeler ses soupçons…



Elle n’eut pas longtemps à attendre. Déjà, le jeune mignon réapparut, un sourire encore enfantin faisant briller la peinture rouge appliquée sur ses lèvres. La jeune femme ne pu alors s’empêcher de penser à quel point Monsieur avait de talent : comment se faisait-il qu’il mettait toujours la mains sur ce qu’il y avait de plus beau dans la gente masculine en devenir. Car visiblement, le petit plaisantin ne devait pas avoir plus de quinze ans. Ce dernier, après lui avoir certifié avec complaisance que « Son Altesse vous prie de se joindre à lui », la fit passer dans les appartements du Prince et Athénaïs, sous son éventail où brillait ça et là quelques pépites d’émeraude assorties à ma chimère qu’elle portait au creux du décolleté –et qui constituait la seule parure dont elle avait besoin !-, laissa échapper un rire discret : elle avait l’impression d’être transportée dans un paradis féminin. Tout n’était que vêtements, joyeux et poudrières, perruques, éventails et autres mouches. De quoi faire pâlir bien des dames de la Cour…plaisir bien particulier du Prince de France !



Ce dernier la reçut comme il se devait : après une révérence de la Duchesse et un signe bien distingué de Monsieur, il la salua avec quelque chaleur, après quoi il se tu pour examiner de plus près sa visiteuse. Elle se doutait bien qu’il devinait le trouble –et peut-être même une pointe de colère dans ses yeux gris vert car il la fit passer dans une sorte de petite alcôve, un salon plus ou moins improviser puisqu’il ne constituait pas une pièce à part, bien qu’il en avait toute la décoration requise. Après avoir jeté un bref coup d’œil à une des peintures légères, la jeune femme prit place à ses côtés ; déjà, il commençait sur un ton badin.



« Eh bien mon amie, qu’avez-vous pour venir ici ? Votre tailleur n’avait plus assez de tissu pour votre prochaine robe ? Je vous promets que je n’y suis pour rien ! » Quelques minutes de pause durant lesquelles les deux amis se sourire de la plaisanterie de Monsieur, après quoi Athénaïs entra dans le jeu improvisé.

« Il est vrai que je renvoyais ce tantôt ce fripier pour quelques fâcheux – songez qu’il me fut incapable de lui commander un ourlet de perle sur soie !- mais je gage que pour ce faire, je ne me serais pas déplacée chez vous : j’en serais allée me plaindre à votre royal fraternel ! » Ponctuant sa réplique d’un geste de la tête qui fit voler sa masse brillante, disciplinée en de savantes torsades à la mode londonienne, Athénaïs redevint sérieuse.

« Mon cher, apprenez que je suis dans une désordre des plus…gênant et je gage que, me pouvant dire de vos amis, je n’ai point de crainte – ni de douceur- à vous faire part de ce qui me préoccupe. En un mot, Philippe : on songe à me marier. »



La nouvelle, toute de miel et de fraîcheur enrobée, fit presque l’effet d’une bombe. Dans d’autres circonstances, les bouches des courtisans auraient suffit de bavarder, les éventails agités frénétiquement, les respirations presque coupées. Ce ne fut pas le cas ici. D’ailleurs, pour accroître un peu plus la tension, Athénaïs ajouta d’un air propre à la bouderie :

« Je l’appris ce matin même par courrier ; la lettre provenait de mon père. C’est pourquoi j’ose espérer que, si vous fûtes au courant de ses projets, vous ne m’envoyâtes pas précisément, et cela pour y échapper, pour mon long et pénible voyage. »

Les soupçons de la jeune femme n’étaient pas infondés : Gabriel de Mortemart était un des hommes les plus influant du royaume, et sa fille était en bonne positions pour gagner une réputation encore plus prestigieuse. De ce fait, si le Pair de France avait pour projet de marier sa fille, la famille royale ainsi que quelques indiscrets de la Cour en auraient vite eu vent…
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MessageSujet: Re: Les suites d'une impertinante missive...   Lun 14 Avr - 2:54

Les appartements princiers n’avaient pas rien à voir avec ceux des princes dits « conventionnels ». Il n’y avait aucun document officiel, aucune carte ni de stratège, encore moins de lettres de demoiselles transies. On en est même loin. Si l’on ne savait pas qu’ici se trouvent les appartement de Monsieur, on jurerait ceux d’une femme avec toutes les tenues qui s’y trouvaient, plus ou moins rangées, les bijoux dans de nombreux coffres remplis plus qu’il ne le fallait pour un homme, une coiffeuse avec bon nombre de poudre et maquillage. Sans parler de ce que vous ne voyez pas, des autres tenues, des perruques et de tous les accessoires innombrables, de quoi faire pâlir bon nombre de femmes qui se voulaient à la pointe de la mode alors que celle-ci était conduite par un homme. Et pas n’importe qui, le Prince de France, héritier du trône jusqu’à la naissance du Dauphin je vous prie ! Malgré sa maniaquerie de la propreté, chez lui était toujours un grand bordel, dans tous les sens du termes, et il ne s’en souciait pas plus que ça. Les quelques personnes qui pénétraient dans sa chambre avaient d’autres occupations que celle de l’entretien ou de l’inspection, c’était certain même. Peu de femmes pouvaient prétendre d’entrer en ces lieux ressemblant presque à une sorte de harem entièrement constitué d’homme où Philippe vivait allègrement. Vous voulez les compter ? Oh, ce sera du rapide : sa mère parfois, son épouse rarement et son amie Athénaïs, celle qui venait sûrement le plus souvent bien que ses derniers temps, elle ait brillé de par son absence. Et la voici de retour pour le plus grand plaisir de Monsieur, paré et prêt à la recevoir comme il le fallait.

Quand les deux se retrouvaient, les histoires fusaient, les ragots aussi. La Précieuse par excellence avec son homologue masculin réunis ne pouvaient donner qu’une discussion aussi enrichissante que futile. Il lui donnait les dernières histoires de la Cour en son absence, elle donnait son avis et inversement. Ces deux là formaient un bon tandem, on comprenait un peu mieux comment leur amitié se forgeait depuis toutes ces années. Généralement, ils se croisaient plutôt dans les jardins ou dans les Salons du château, chacun avec de la compagnie qu’ils trouvaient un peu fade à leurs goûts mais, sauf grand évènement, ils ne venaient jamais l’un chez l’autre. Autant dire que le déplacement de la Duchesse de Mortemart signifiait une nouvelle de la plus haute importance, bien plus qu’un tailleur qui ne pouvait pas faire un ourlet comme la jeune femme le demandait. Après un petit rire amusé de cette boutade, il se tourna vers elle, l’observant, aussi gracieuse qu’indomptable. La jeune femme charmait, aguichait peut être un peu parfois mais ne se mariait pas. Même Monsieur s’était laissé passer la bague avant la Duchesse, c’est pour dire ! Mais la nouvelle qu’il entendit lui fit ouvrir grand ses yeux verts maquillés légèrement, il n’avait pu faire plus par manque de temps. Athénaïs, se marier ? A dire vrai, si quelqu’un devait être au courant, c’était bien lui malgré ses vadrouille ces derniers temps ou affairer dans son palais de Saint Cloud, n’était guère à Versailles.


Vous marier ? J’ai eu vent de cette histoire de par le Roi mon frère mais je pensais à une plaisanterie de mauvais goût. Bien que vous serez la plus exquise des mariées le jour de vos noces, votre mari sera le plus à plaindre pour l’avenir.

Evidemment qu’il était au courant. Presque aucune histoire ne faisait le tour de Versailles sans passer par Monsieur lui-même, d’autant plus si cela concernait l’une de ses amies les plus chères. Cela ne semblait pourtant pas perturber le moins du monde son amie, peut être elle aussi habituée de cacher ses émotions sous des masques de convenance comme tous en ses lieux. Philippe s’approcha d’elle et lui prit délicatement sa main.

Mais comment avez-vous pris la nouvelle ? Je vous connais assez pour savoir votre désir de liberté et ce refus de vous voir imposer un mari …

Il lui lâcha la main et se recula de quelques pas. Philippe connaissait tout de même la demoiselle, décider à mener sa vie comme elle l’entendait. Si Athénaïs devait se marier, il fallait que le mari soit à la hauteur et elle avait placé la barre haute vu son statut et sa préciosité. D’ailleurs il reprit tout en effleurant du bout de ses doigts les bagues de son autre main.

Surtout si celui-ci manque cruellement d’intérêt, surtout à vos yeux.

Le ton était compatissant malgré la moquerie dans le ton de leur conversation. Philippe avait un cœur et rien ne pouvait briser une vie qu’un mauvais mariage …
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Athénaïs de Mortemart
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MessageSujet: Re: Les suites d'une impertinante missive...   Mer 21 Mai - 15:11

Si Athénaïs soupçonnait son amie d'enfance d'avoir été tenu au courant des projets matrimoniaux que Gabriel de Mortemart avait pour sa fille, elle ne lui en tena pas rigueur. Quand on était Prince de France, rien ne pouvait rester chacher trop longtemps de vos royales oreilles et ce fut avec toute la passiveté dont elle était capable que la jeune duchesse acceuilli les dires de son compagnon.
Intérieurement, elle restait piquée. Comment ne pas l'être? Voilà qu'après des années de travail, elle s'était forgé une réputation de femme insoumise, une pointe indomptable même, deux hommes s'étaient permis de disposer d'elle, de comploter de son avenir. Elle n'était pas le premier prix d'une tombola que Diable!

Il est vrai qu'en tant quéhritière du plus grand duché de France avec Bourgogne et Bretagne, Françoise-Athénaïs de Limoges-Rochechouart de Mortemart était un des plus beaux partis du moment. Pour ne pas dire le plus en vue car depuis son retour du Japon, la belle était à nouveau assiégée de rumeurs, d'intérêt et autres jalousies qui avaient déjà fait sa gloire avant son voyage. Certains allaient jusqu'à parier pour entrevoir celle qui -on le chuchotait- était une des jeunes femmes les plus prometteuses au sein de la Cour. Aussi, il semblait pourtant à l'intéressée que les enchères étaient montées un peu trop haut cette fois-ci...

Comment elle avait pris la nouvelle? Athénaïs se souvenait encore des ses membres raidis alors que sa camériste s'était empressée de l'habiller. Elle s'était montrée d'aucune pitié devant les maladresses de l'enfant à laquelle, habituellement, elle démontrait une réelle douceur. Elle la savait très pauvre et se doutait à quel point combien sa charge allait secourir sa famille. Bien qu'elle pouvait s'estimer bien au-dessus le rang qu'elle occupait face à -il fallait quand même le dire!- routurière, Athénaïs s'était toujours montrée compatissante et aimable envers la jeune fille.
Cependant, la nouvelle de prochaines noces, le futur époux déjà choisi et le tout lui ayant été apppris par une missive des plus commune, l'avaient mise hors d'ellle même si devant Monsieur, il semblait que le sujet d'une éventuel mariage rimait avec amusement pour elle. Rien de cela, non!

Alors que Philippe exprimait toute sa compassion, lui prenant la main et agissant avec douceur, la jeune femme se dit que plus elle y pensait, plus elle était folle de rage. Non content de lui avoir appris la nouvelle de manière aussi commune, Grabriel de Mortemart avait également chargé Prudence d'intercepter son courrier; à croire que toute la Cour devait être au courant sauf elle! Combien de temps la nouvelle mettrait-elle à circuler à travers couloirs et galleries, salons et appartements de Versailles? A cette pensée, Athénaïs eu un léger pincement dans la région du cœur. Et si par malheur IL...

Ma fois comment voulez-vous que je réagisse? Il est vrai que je n'apprécie guère que l'on me cache ce qui me concerne, surtout s'il s'agit du domaine privé. Mais voyez-vous, mon ami...je suis assez curieuse.

En effet, Athénaïs ne connaissait nullement celui que son père lui avait choisi comme époux. Ô bien sûr, il était fortuné et d'une grande maison, quoique marquisane. Mais ce qui lui plaisait le plus, c'était que certains privilèges lui seraient alors accéssible une fois l'alliance au doigt. Une fortune doublée, voir même triplée et un homme pendu à n'importe lequel de ses caprices. Le goût de l'aventure et des délicieuses prémices était un des côtés les plus perfides -et ambigüe de la personnalité de la Duchesse.

Cependant, la jeune femme repporta son attention vers Monsieur; ce dernier s'était quelque peu retiré et la jeune femme perçu dans son regard une lueur sur le point de s'éteindre. Dans ses beaux yeux vert! Quel dommage! Se pouvait-il que Monsieur d'Orléans trouvait quelques cohérences entre ce qui arrivait à son amie et entre sa propre situation...?

Mais Philippe je vous en prie, dites-moi...Etait-ce là la raison pour laquelle vous m'avez envoyée dans le lointain? Pour que je n'eu vent que plus tard des intentions de mon père?
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MessageSujet: Re: Les suites d'une impertinante missive...   Jeu 29 Mai - 21:32

Ils se ressemblaient tellement tous deux. Bien que de sexes différents, ils aimaient la mode, les frivolités, les ragots, les histoires de la Cour et s’amuser en toute liberté. Cela aurait pu se stopper lors du mariage de Philippe. Après tout, en bon Prince de France et encore héritier du trône à ce moment là, il aurait du montrer l’exemple de ce qu’était un bon mari. Que nenni ! S’il emmenait son épouse les premiers temps de son mariage, il ne se servait d’elle car ils étaient une sorte de couple à la mode, comme assortis. Mais au-delà des apparences, il n’y avait aucun amour et le Prince continuait sa vie de d ébauche bien qu’ayant prêté serment devant Dieu. Que voulez vous, on ne se refait pas juste parce qu’on a une bague au doigt ! L’avantage d’être un homme serait qu’on tolère plus les infidélités, même si les penchants sont tendancieux et qu’il s’agit d’un membre de la famille royale. Mais pour une femme ? Tromper son mari s’associait à un délit, voire même un crime. Si lui pouvait voir ailleurs, elle devait rester fidèle. Cela faisait toujours rire Monsieur qui avait raconté un soir que cela ne l’étonnerait pas que son épouse partage ses draps avec les hommes que lui. Bon, ce soir là, peut être qu’il avait abusé un peu trop de champagne et que la fête lui tournait la tête même s’il ne croyait si bien dire. Sauf que Madame devrait se cacher, qu’on ne la surprenne pas tandis que lui pouvait s’afficher ouvertement avec un de ses amants sans qu’on ne lui fasse la remarque. Tout au plus, on chuchotera sur et après son passage. Enfin, tout ça pour en venir à Athénaïs qui, étant une femme, devrait donc renoncer aux plaisirs de la vie qui les caractérisaient si bien tous les deux. La duchesse, se tenir bien, pratiquant les bonnes mœurs et ne se contentant d’un seul homme ? Vous voulez rire j’espère ! Il la voyait très mal ainsi bien que son époux soit le plus chanceux des hommes d’avoir une aussi belle femme à ses côtés … et malheureux de par sa résistance.

Bien sûr qu’elle ne prenait bien pas la nouvelle, cela était même évident. La jeune femme aimait décider de sa vie, de qui elle fréquenterait, qui pourrait prétendre être un ami, un amant ou alors repousser au plus loin. Quand on vient d’une famille aussi prestigieuse, on peut tout se permettre sans craindre véritablement la chute, à moins vraiment de le vouloir. Mais Athénaïs était une jeune femme intelligente, elle savait ce qu’elle faisait, quoiqu’elle fasse. Même les choses les plus déraisonnables sont calculées. Moins impulsive que le Prince, c’était certain, elle avait l’avantage de réfléchir avant d’agir. Mais il ne fallait pas la marier, non ce n’était pas le genre de femmes qui se laisserait faire. Sa famille devrait bien le savoir depuis le temps … Enfin la savoir curieuse signifiait qu’elle prenait malgré tout le bon côté des choses. Bien sûr, avec qui voulait on la marier ? C’était une grande question.


Curieuse ? Je devine que vous aimeriez savoir qui est assez fou pour s’engager auprès de vous. Je ne pense pas qu’il sache réellement à qui il aura à faire toute sa vie durant.

Lui la connaissait après toutes ces années, ses réactions, la significations des expressions de son visage, quand quelque chose la tracassait ou la mettait en joie … Bref, après tout ce temps, difficile de ne pas remarquer des détails. Et inversement, bien sûr. Elle le connaissait si bien qu’il serait regrettable qu’elle ne voie pas le visage de Philippe moins jovial et l’air quelque peu ailleurs. D’ailleurs il était ainsi depuis quelques mois … et entre autre pour la raison qu’invoquait Athénaïs. Pour un homme qui ne voulait pas crouler sous la responsabilité de quoique ce soit, il se fourrait dans de ces situations avec des drôles de conséquences. Il aurait pu feindre l’ignorance, ne pas savoir de quoi elle parlait et d’ailleurs, il ouvrit grand les yeux, sourcils relevés comme s’il ne savait pas de quoi il s’agissait. Mais quand on est amis depuis autant d’années, il est difficile d’être bon menteur. Et vu qu’elle était sûrement une des rares personnes avec qui il pouvait se montrer honnête, autant ne pas gâcher cela. Il soupira en la regardant dans les yeux, pour une fois qu’il était sérieux.

Pas tout a fait. Moi-même je ne savais pas les intentions, on m’a conseillée qu’il serait bon que je vous confie une mission, un voyage de quelques mois. Moi qui avais envie d’un peu d’exotisme chez moi, je n’ai pas pensé à mal en vous faisant partir. Vous m’êtes chère alors ce n’était pas totalement de gaieté de cœur que je le faisais. Ce n’est qu’après que j’ai su mais pensez vous, je ne pouvais pas envoyer une missive si loin et je vous avouerais que cela m’est sorti de la tête. Et je vous avoue que ce n’est sensé pas être de mon ressort de vous informer de cela.

Il continua à marcher dans ses appartements, invitant la jeune femme à le suivre pour qu’elle puisse s’asseoir sur un des canapés luxueux. Lui restait toujours debout, l’air préoccupé, cela se voyait à son froncement de se sourcil et sa bouche pincée.

N’avez-vous été prévenue qu’aujourd’hui ? Cela m’étonne que votre père prenne autant de temps pour une histoire d’union puisque cela était fait des mots que cela se trame vu la longueur de votre voyage. Ca ne lui ressemble guère …

Et il s’assit délicatement sur un des sofas à la manière des dames, c'est-à-dire très distingué et gracieux avant de croiser les jambes. Qui a dit que les Précieuses n’était que des femmes ? On voyait un exemple flagrant que non finalement.
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Athénaïs de Mortemart
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MessageSujet: Re: Les suites d'une impertinante missive...   Lun 21 Juil - 17:12

" Vous lisez en moi comme dans un livre ouvert! "

Et comment pouvait-il en être autrement? Elle avait rencontré Philippe d'Orléans alors qu'elle n'était qu'une fillette de dix ans que l'on venait de libérer des Saintes Marguerites afin de fêter les fiançailles de sa sœur aînée. Dans un esprit de frivolités et de banquets, les deux enfants s'étaient découverts un appétit de vivre égal et les quelques jours passés ensembles avait celé à jamais une grande et belle amitié. Amitié qui ne se tarissait pas au fil des années et lorsque Françoise-Athénaïs de Tonnay-Charentes était arrivée au service de la fiancée de son ami d'enfance, les retrouvailles avaient été des plus belles. Pas étonnant que dans un moment pareil, il aurait su la comprendre. D'autant plus que la jeune femme devinait assez facilement ce à quoi le jeune homme pensait, ainsi posté devant elle alors qu'il l'avait invitée à prendre place sur un petit canapé tout drapé de vert, sa couleur fétiche!
Bien que la position de Prince de France était des plus enviées, Philippe se trouvait en union plus qu'étrange: certes, Henriette-Anne d'Angleterre d'Orléans était une charmante créature et aussi dévouée aux Arts et Cultures que son mari mais après? Athénaïs pouvait penser en toute connaissance de cause puisqu'elle gérait la Maison de l'actuelle Dauphine de France (Marie-Thérèse ne présentait aucun signe de grossesse!), avait accès aux petites affaires de Madame et se montrait en fidèle conseillère de la jeune Princesse qui avait du quitté son Angleterre natale sous le poids de la raison d'État! Et ce qu'elle pensait? Que l'on avait jamais vu plus beau couple en apparence! Car la couche de Son Altesse restait bien vide...enfin, sur ce chapitre, la jeune poitevine en savait un peu plus long que le Duc lui-même. Mais pour l'instant, ils parlaient d'elle...pas de ses soucis matrimoniaux. C'est pourquoi elle posa avec délicatesse un bel éventail de crêpe magnifiquement bien assorti à sa tenue sur la place laissée libre par son ami pour se tourner vers le beau visage plein de piquant d'ordinaire, mais dont le regard vert s'était assombri. Pour elle!

" Curieuse! Moi, la duchesse française merveilleusement gourmande de tout! Avouez Philippe qu'il faut mieux en rire qu'en pleurer. D'autant plus que vous n'êtes pas sans ignorer les quelques rares privilèges destinés aux femmes mariées? Allons...je sais seulement que mon très cher papa me destine un homme de grande fortune et de belle renommée militaire."

Elle fut touchée de sa franchise et de sa droiture. Lui, l'homme de tous les masques et de toutes les farces, se montrait sans détours à une jeune femme en proie à une colère qu'elle arrivait à cacher à tous, sauf à lui bien évidemment! Ah! Comme ils se complétaient bien. D'ailleurs, Anne d'Autriche avait longtemps songé à les marier tous deux; de si bons amis auraient formé un ménage sans trop de complications. Mais elle avait aussi compris que la belle Françoise aurait été difficilement éloignée des affaires d'État...une décision des plus sages donc mais qui ne se posait plus! Philippe était marié avec une des plus belles princesses d'Europe et quand à Athénaïs elle-même...
Elle se rendit soudain compte à quel point l'idée d'une union devenait obsédante! C'était presque effrayant. Depuis deux bonnes minutes, la jeune duchesse ne pouvait plus penser à autre chose, passait son temps à comparer les ménages qu'elle croisaient à Versailles ainsi que dans son Poitou natal et même au delà des frontières françaises. On racontait que Marie de Fontsomme et Lord Athony Blakeney se fiançaient dans deux mois...Ah! Voilà que cette manie recommençait!! Elle fut saisie d'une furieuse envie de s'éventer, et ce d'une manière assez violente. L'air avait d'ordinaire la rare vertue de l'apaiser. Toute en grâce, elle reprenait ses esprits sous l'effet de la petite brise qu'elle se créait. Mais pas assez cependant pour calmer tout à fait ses nerfs mis à vif.

" Il fait d'une chaleur ici! N'auriez-vous pas un de ces délicieux Chablis dont seules vos terres ont le secret? Cela aurait de quoi me redonner un peu de fraicheur ..."

Promptement, comme s'il existait sous les teintures luxueuses quelques orifices desquelles pages et autres mignons qui faisaient la Cour Privée de Monsieur puissent subvenir aux moindres de ses désirs, un de ces petits lutins - car Monsieur les choisissait petits et fluets et surtout très jeunes!- fit son apparition auprès de la Duchesse dont les yeux couleur de marais s'amusaient à détailler la tenue.
Beaucoup de froufrous et de dentelles sur une tignasse de boucles blondes. Un petit Chérubin en somme qui, les mains gantées et les pieds chaussés de chausses à hauts talons et grands rubans tout incrustés de pierreries, s'agenouillait auprès de son Prince comme s'il s'apprêtait à lui baiser les genoux. Un de ces petits sourires en coins dont elle avait le secret, la jeune femme caressa la tête blonde de cet enfant - elle ne lui donnait pas plus de treize ans!- et d'un geste spontané, lui prit le menton pour relever son visage vers elle. Le garçonnet possédait un bouche des plus exquise où perlaient quelques bulles de salive au coin droit de la lèvre supérieure et ce fut avec des yeux caramels qu'il poussa un grand soupir en voyant la belle de Mortemart s'intéresser ainsi à lui.

" Soyez assez aimable pour apporter à Son Altesse ainsi qu'à moi-même un peu de ce vin de pays d'Orléans. Faites vite! Je meurs de soif!

- Madame le désire-t-elle frais ou mousseux?

- Mais l'un n'empêche pas l'autre, enfant! Allez vite, pressez le pas ou je cesse de me montrer gentille. Je suis en fâcheux état..."

" L'enfant " en question ne se fit pas prier deux fois et après une belle petite révérence qui aurait fait pâlir de jalousie toutes les petites filles en âge d'être présentées à la Cour, se relevait avec grâce pour pivoter sur ses talons et partir chercher ce pourquoi Athénaïs l'avait distingué.
Le petit page parti, elle se tournait de nouveau vers Philippe qui semblait amusé de cette petite scène. Le même sourire s'affichait alors sur lee lèvres roses nacrées de la jeune femme cependant qu'elle recommençait à s'éventer. Elle allait quelque peu mieux mais elle se sentirait divinement bien lorsq'elle aurait trempé ses lèvres exquises dans le langoureux liquide sucré qui était livré à Philippe tous les matins et dont elle était particulièrement friande. Mais le petite page parti et le souvenir de son petit plaisir en cours de réalisation, ses pensées se tournaient de nouveau vers l'objet de sa visite.
Étonné? Philippe? C'était presque anachronique et pourtant, il aurait du savoir que Gabriel de Mortemart avait été forgé de ce fer que connaissent les gens de haute noblesse et qui consistait à garder secret toute grande nouvelle qui touchait sa famille. Tournant vers son ami un regard à la fois surpris et interrogateur, la jeune femme s'éventa une dernière fois.

" Décidément, je vous préfère assis à mes côtés! ... Plus sérieusement: je gage que vous ne vous êtes trompée sur le compte de mon père. Mais vous savez...la mort de Louis-Victor l'a profondément ébranlé. Imaginez! Son seule héritier mâle tombé lors de la bataille de Malte. Ce fut un choc pour tous, y compris pour moi qui aimait beaucoup mon aîné, vous le savez sans doute. Je pense qu'il ne cherchait pas non seulement à me marier au plus vite puisque je suis en âge mais aussi un homme sûr et suffisamment respectable pour gérer les part du Duché de Mortemart convenablement. Songez qu'avec la succession, je suis en possession d'une fortune dont je ne sais que faire! "

Athénaïs n'était pas du genre à ne pas prendre au sérieux les histoires de famille et il était vrai qu'après la mort de son frère, elle en ce moment la femme la plus riche de France après les membres féminins de la Famille Royale. Plus d'un convoitait sa main et Gabriel s'était sans doute laissé du temps pour trouver la personne qui convenait le mieux.
Seul un détail titillait la belle...

" Je ne regrette qu'une chose: mon père m'assure que mon promis est un homme bien fait de sa personne et de ce que l'on peut compter des plus cultivé. Cependant - et je vous parle en toute franchise : ce n'est rien qu'un Marquis..."
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MessageSujet: Re: Les suites d'une impertinante missive...   Mar 22 Juil - 22:19

Bien sûr qu’il lisait en elle, ils se ressemblaient si bien tous les deux, ils pensaient de la même façon. Cela faisait dix ans qu’ils se connaissaient, à force il était donc logique que le Prince de France et la Duchesse de Mortemart se comprenaient et n’avaient pas besoin donc de longues discussion pour faire passer les messages. Il faut dire que leurs vies n’ont pas été des longs fleuves tranquilles. Tous deux venus de hautes familles, dont une royale, au caractère bien trempé et à la fortune aisée, ils ont été éduqués comme leur rang le devait mais ont acquis ce petit truc en plus, cette préciosité qui ne fit que s’accroître au fil des années. Cultivés, élégants, intrigants et friands de la vie des autres, autant vous dire qu’ils passèrent leur temps à critiquer les autres sur leurs vies et leurs tenues sans pour autant être mieux. Sauf pour les vêtements, fort heureusement. Et pourtant, ils sont de ceux sur qui on peut aisément parler. On ne compte plus les amants de l’un et de l’autre, il y en a tellement eux qu’on ne se souvient même plus des noms, on les confond, on en invente. Dire que certains crurent que ce tandem infernal serait brisé et que Monsieur se calmerait dans sa vie totalement débridée. Que nenni ! Philippe continuait de plus belle, malgré sa jolie femme que beaucoup lui enviait, mais en plus il avait mis son amie d’enfance au service de celle-ci. Athénaïs pouvait donc être dans le quotidien du Prince. Rien de mieux que le duo suprême des Précieux se moquer de leur entourage pour donner un peu plus de piment à la vie versaillaise. Quoique la Duchesse doive avoir plus de ragots du fait qu’elle conversait aussi avec Madame, qui n’était pas non plus une sainte ! Mais nous ne sommes pas là pour parler de leurs vies, quoique celle-ci aurait pu être bien drôle s’ils auraient été mariés. Essayez d’imaginer rien qu’un instant les héritiers qu’ils auraient eu ensembles : d’adorables petits diables à l’apparence angélique perché sur talons hauts. Mon Dieu que ça aurait pu être drôle à voir … Mais revenons à nos moutons. Tous deux assis dans ces confortables sofas à la soie fine venue directement de Venise. On aurait écouté Monsieur, elle serait venue de Chine mais le voyage était trop long et lui trop pressé alors il s’est contenté de la soie vénitienne, déjà d’excellente qualité. Il l’écouta, souriant en coin. Oui, il valait mieux en rire de cette situation, de toutes façons le sort était scellé, pas même le meilleur parti de France ne pouvait s’en défaire. S’il s’avérait bon parti, pourquoi pas après tout. Mais Philippe y ajouta son grand de sel, comme toujours, le visage malin.

Espérons que son passé militaire ne remonte pas à la révolte de Bohème d’il y a quarante années et que sa fortune ne date pas non plus de cette époque, dépensée entre temps dans tous ces jeux d’argent. Les personnes bien faites, à la tête pleine, fortunée et de sang noble se font bien rares.

Il se tut, souriant, repensant à ses paroles à peine dite avant de reprendre.

Je crois que nous sommes des exceptions, ma chère amie !

Et il se mit à rire. Qui a dit égocentrique ? Non, Monsieur ne faisait que dire la vérité. Beaucoup possédaient une de ses caractéristiques mais peu peuvent prétendre à tout. Philippe avait eu de la chance avec son épouse, celle qui auparavant possédait un physique ingrat dont il n’osait imaginer l’union. Puis quand elle apparut dans toute sa grâce et beauté quelques mois avant leur union, il changea d’avis. Quitte à avoir une épouse, autant que celle-ci soit présentable en société, surtout à côté d’un homme qui passait plus de temps devant son miroir que la plupart des autres femmes. Il n’aurait pas supporté une épouse disgracieuse comme certaines qu’il rencontrait au détour d’un couloir. Pourtant on lui avait promis plusieurs épouses. On avait tout d’abord pensé à sa cousine, la Grande Mademoiselle, et complice de toujours. Lui avait fréquenté Mademoiselle de Gourdon, une marquise anglaise, aux alentours de ses seize ans en lui offrant parures et vêtements. Athénaïs fut aussi dans l’objectif de l’héritier du trône mais finalement, pour faire alliance avec la famille royale anglaise, il épousa Henriette Anne. Autant dire que Monsieur fut un parti important, convoité. Tout comme l’était à présent la Duchesse. Encore une fois, il la comprenait plus que bien dans sa recherche du probable époux que son père lui aurait trouvé. Ne sait on jamais qui cela pourrait être, il y avait tant de familles, peu de bons partis certes mais on ne peut avoir tout ce que l’on désire dans la vie. Sauf si l’on s’appelle Philippe de France, duc d’Orléans et que l’on pique des crises outrancières si l’on ne cède pas ses caprices les plus futiles les uns que les autres.

Ce fut à cet instant que la jeune femme agita à nouveau son éventail. Vu la puissance de celui-ci, on ne pouvait pas donner cher des pensées de la Précieuses. Sa curiosité éternelle voulait être satisfaite et ne rien savoir l’exaspérait au plus haut point. Son visage si doux prirent quelques couleurs au niveau des joues, une légère bouffée de chaleur la prit au corps et elle demanda de quoi se rafraîchir. Philippe jouait avec ses bagues avec un petit sourire en coin. Sans tintement de sonnette ni besoin de taper dans ses mains, un enfant vint jusqu’à eux. Le Prince veillait à l’éducation de ses pages et à l’obéissance de ceux-ci ainsi que de ses mignons. Une rigoureuse fidélité, une obéissance sans faille et une grâce sans pareille. Bref, Philippe savait s’entourer des plus jeunes hommes de France et d’ailleurs, il était envié pour cela. Il se sentait toujours flatté, ce qui ne l’aidait pas à redescendre sur l’échelle de la vanité.


Il suffit de le demander pour que ce soit exaucé.

Une phrase dite du bout des lèvres tandis que la jeune femme se mit à observer le jeune garçon richement habillé et qui baissait les yeux malgré son menton relevé. On ne regarde pas les demoiselles dans les yeux, encore moins lorsqu’elles sont de hauts rangs ! L’enfant partit, se hâtant avec grâce, ce qui fit que ses talons semblèrent à peine claquer sur le parquet. Philippe avait été amusé par toute cette scène, il avait cet inimitable sourire malicieux sur ses jolies lèvres légèrement maquillées. Les demandes du Prince, et de ses amis, étaient toujours effectuées dans les minutes qui suivirent. Par peur de la colère de leur maître, ils s’engageaient à tout faire vite et bien. Autant dire que beaucoup se faisaient taper sur les doigts pour une erreur aussi idiote que celle d’un vin un peu trop chaud ou alors d’un pli mal travaillé sur un vêtement. Futile mais n’oublions pas que Philippe avait pour principal trait de caractère ce pointillisme extrême où il voulait que tout soit parfait. Et en attendant, la discussion continuait. Ahténaïs connaissait assez son père pour savoir ce qu’il faisait et aussi le pourquoi. Il continua d’hocher la tête avec un petit sourire. On sait toujours quoi faire d’une fortune ! En tout cas, le Prince lui dépensait la sienne dans diverses choses qui lui sont chers : les vêtements, bijoux, œuvres d’art, pour ses amants bien évidemment mais aussi dans son domaine de Saint Cloud qu’il aménageait et donc les jardins façonnés par Le Nôtre sortait de terre à vue d’œil. Bientôt, ça deviendra un petit palace digne de ce nom !

Mais il n’eut pas le temps de lui dire quoique ce soit, son amie lui confia que son futur époux ne serait qu’un marquis. Une duchesse et un marquis, quel mauvais assortiment. Il y avait bien peu de marquisats de haut rang. C’est à ce moment que le page revint avec une bouteille et deux jolis verres en cristal sur un magnifique plateau en argent. De petite taille, il se tenait droit et avait l’air sur de lui en le posant sur une petite table en chaîne finement sculpté puis avec infinie délicatesse, il versa la boisson dans les verres sans ne pas en renverser une goutte, Philippe y veillait du coin de l’œil. Il finit de servir et le Prince lui caressa sa chevelure tout en parlant avec la jeune femme.


Maquis ? Croyez moi, il vaut mieux un marquis bien fait qu’un Duc grabataire. Tant de jeunes filles feraient n’importe quoi pour être à votre place, épouser un homme qui peut faire encore un époux décent, si tant est que ce soit le cas, qu’un vieillard amateur de chair fraîche. Rien que de penser à ce genre d’union, j’en frissonne.

Il fit une grimace de dégoût tandis que l’enfant baisa la main baguée du Prince avant de repartir vers nulle part comme il est venu, mais toujours avec une gracieuse révérence. Délicatement, il prit les verres, le bruit de ses multiples bagues sur le cristal tintèrent délicatement tandis qu’il le tendit à son amie avant de se rasseoir confortablement sur son siège.

Et voila très chère, de quoi vous rafraîchir et oublier vos tracas !
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