
Louis XIV en roi tout puissant, maître de son château où les vies se font et se défont |
| | [Bassin du Miroir] Emerveillée par un lieu encore inconnu... | |
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| Auteur | Message |
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Mary of Monaghan

Age : 17 Inscrit le : 06 Juin 2008 Messages : 72 Âge : 19 ans Titre : Duchesse d'Irlande Monaghan Humeur Versaillaise Côté Coeur: Personne ne s'y trouve, mis à part mon frère et ma tendre cousine, restée en Irlande. Côté Lit: Personne. Mais, sans doute mon promis s'y retrouvera-t-il un de ces jours, pour mon plus grand malheur... Noble Humeur:
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 | Sujet: [Bassin du Miroir] Emerveillée par un lieu encore inconnu... Mer 11 Juin - 16:44 | |
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Il faisait à peine jour lorsque la jeune Mary of Monaghan s’était réveillée. Dans la pénombre de sa chambre, une faible lueur transparaissait à travers les rideaux mal fermés de son baldaquin. L’esprit encore embrumé de rêves, la jeune femme avait mis un certain temps à se rappeler de l’endroit où elle était à présent, là où elle avait passé la nuit. Il y avait de cela un mois, Mary était à Londres avec son frère, Matthew, et deux mois plus tôt, elle demeurait en Irlande. A cette époque encore, elle n’avait point encore connu de voyage et n’avait même jamais gagné le comté voisin de Louth. Mais en cet instant, alors qu’un rayon de soleil matinal l’avait tirée du sommeil, elle était en France, à Versailles. Si on lui avait dit quelques temps plus tôt qu’elle se retrouverait ici, en temps que dame de compagnie d’Henriette-Anne Stuart, la propre sœur du roi d’Angleterre, la jeune irlandaise en aurait probablement rit, ignorant alors tout de son avenir…
Se redressant dans ses draps, elle contempla un instant sa chambre. Des murs blancs, agrémentés de quelques boiseries de couleur vert pâle, des rideaux dans les mêmes teintes… Visiblement, Charles II d’Angleterre avait souhaité faire en sorte qu’elle n’oublie point d’être irlandaise, et cela ne lui déplaisait pas... Finalement Mary sortit de son lit, et se dirigea vers le coffre contenant ses robes de tous les jours. Les tenues étaient magnifiques et sans doute bien trop somptueuses pour elle, mais la jeune fille avait reçu « l’ordre » de les porter. Aussi choisit-elle pour la première fois sa tenue du jour, entrouvrant un peu plus ses rideaux pour être en mesure de distinguer plus facilement les couleurs et les formes. Un peu honteuse devant tant de soie et de rubans, elle n’osa se décider à mettre cette robe aux teintes bordeaux. Tout ce… luxe. La jeune irlandaise en avait presque le souffle coupé. Jamais elle n’avait porté ce genre de tenue.
Il était hors de question de paraître à la cour sans élégance, surtout devant Madame. Mais il n’était pas non plus question de devenir une courtisane. Non. Ah ! Cette robe verte lui irait à ravir si elle n’était guère si décolletée ! Et celle-ci, rose pâle ? Elle laissait trop voir les épaules. La rouge ? Trop provocante. Finalement, Mary réussit à se convaincre, par élimination, que la robe verte n’était point aussi décolletée, et se décida [enfin] à la porter.
Le soleil ne commençait qu’à peine à pointer le bout de son nez, et la servante qu’on lui avait attribuée à Londres dormait encore à point fermé. Mary n’avait guère envie de la réveiller, à moins qu’elle ne préférât sans doute la solitude pour s’habiller… D’ailleurs, elle ne rencontra presque aucune difficulté sur ce point, car la robe était taillée à la mode anglaise, comme-ci la chance avait décidé d’être du côté de la jeune irlandaise.
Une fois habillée, Mary se coiffa rapidement en maintenant ses cheveux en arrière par deux mèches entrecroisées et liées d’un ruban vert qui passait par là. L’ensemble n’atteignait point la grande élégance mais ne paraissait pas comme des plus débraillés, ce qui aurait été un comble pour une demoiselle d’honneur de Madame…
Sur la pointe des pieds, la jeune irlandaise sortit de sa chambre, prenant soin de fermer les rideaux de son baldaquin, au cas où Matthew passerait par là vérifier qu’elle se trouvait bien à sa place. En réalité, la liberté lui manquait. Mary ne pouvait plus se promener en forêt ni chanter quand cela lui plaisait. D’ailleurs, elle n’avait point touché son violon depuis… depuis une éternité. L’instrument se trouvait pourtant là, en France, auprès d’elle. Elle s’en saisit et l’enveloppa dans un tissu, une taie d’oreiller à vrai dire, s’enroula dans une cape et sortit. Quelques minutes plus tard, la jeune fille se trouvait dans les jardins de Versailles, qu’elle ne connaissait que fort peu. Marchant au hasard, le violon serré contre sa poitrine, elle se laissa guider par un instinct inconnu mais fort utile, qui la conduisit au bassin du Miroir. Le symbole du Baroque par excellence. Le cœur au bord des yeux, la jeune irlandaise ne su prononcer une parole devant cette étendue d’eau lisse et intacte. Les jets d’eaux ne fonctionnaient pas, mais l’ensemble charmait au plus au point Mary. Elle était véritablement éblouie. Déjà. Sans avoir vu la Galerie des Glace. Cela promettait...
Mais en cet instant, la rêverie avait déjà gagné la pensée de la jeune fille. Emue, elle défit le tissu qui enveloppait soigneusement son instrument, et se saisit de son violon. Elle fit glisser lentement l’archer sur ses cordes. Miracle : il était à peine désaccordé et n’avait point souffert du voyage ! Mary retrouva en cet instant précis la joie de vivre et l’espérance. Oui, l’espérance que tout s’arrangerait. Elle retrouverait le nom de celui qu’elle devait épouser. Elle ferait honneur à sa famille, elle ne se montrerait jamais ridicule devant Madame, elle…
Elle posa son archer sur les cordes de son violon après l’avoir accordé. Parfait. Quel air ? Quelle mélodie pourrait symboliser son bonheur de l’instant ? The Butterfly. Bien sûr.
Alors que tout semblait calme autour d’elle, Mary se mit à jouer le morceau qu’elle connaissait de mémoire. Fermant les yeux, elle s’imagina sa cousine Blodwyn fredonner en même temps. Elle était à ses côtés. Elles étaient ensembles. Non Mary était seule. Au fond d’elle, elle le savait. Seule ? Cela restait à voir… _________________
A sort of delicate Irish Rose… |
|  | | Tatiana de Suède ~ Dame des Glaces ~

Inscrit le : 20 Juil 2007 Messages : 102 Âge : 25 ans Titre : Marquise de Suède Humeur Versaillaise Côté Coeur: Il semblerait que ce coeur bondisse à la vue d'un certain comte finlandais... Côté Lit: Il n'est jamais vide bien longtemps. Noble Humeur:
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 | Sujet: Re: [Bassin du Miroir] Emerveillée par un lieu encore inconnu... Ven 13 Juin - 20:09 | |
| [Je me permets de répondre . Si je dérange, je supprimerais le message]
Madame de Suède lâcha la lettre qu’elle venait de recevoir de la main d’un cavalier, venu tout exprès de Suède pour la lui apporter. Sa main tremblante avait décacheté le pli, alors qu’elle se demandait intérieurement ce qui justifiait l’envoi d’un messager de la part de ses parents. En temps normal, son père Karl lui adressait une lettre tous les mois environ pour lui faire parvenir les nouvelles de son duché du Värmland, en la joignant au détachement postal chargé de la correspondance royale entre la cour française et la cour suédoise. Un cavalier seul était signe d’une nouvelle importante ou très grave, qui obligerait certainement la jeune femme à retourner dans son pays natal. C’était en tout cas seulement la deuxième fois que la chose lui arrivait, puisqu’elle n’avait reçu une lettre de cette manière que lorsque son cousin et ancien beau-frère, le roi Karl X était mort. Tatiana avait été très peinée du décès de cet homme charmant, qui intervenait alors que l’héritier du trône n’avait à peine cinq ans. La jeune femme avait été obligée d’adresser ses condoléances et de recommander ses beaux-fils Adolf et Fredrik à la régente la reine Hedwige. En tout cas, la marquise suédoise craignait que l’on lui annonce la mort d’un personnage important, ou même l’ordre qu’elle devait épouser un noble allemand afin de finaliser une alliance.
"Madame ma fille, C’est avec le cœur empli d’effroi que je vous adresse ces quelques mots que votre père enverra directement par détachement spécial de Stockholm. Un malheur a frappé notre bonne ville de Karlstad, où nous avons vécu tant d’années. Un incendie s’est déclaré durant la nuit du 21 mai 166* dans la partie sud de la cité, le quartier pauvre comme vous ne pouvez pas l’ignorer. Il a détruit une bonne cinquantaine de maisons, puis s’est étendu dans le jardin de plaisance, avant que l’on arrive à l’y arrêter. Il a fait près d’une vingtaine de morts parmi les familles vivant dans ces habitations et les personnes tentant d’y mettre un terme. Votre père étant absent, car il dirige les affaires du palais de Stockholm pour être au plus proche de la cousine Hedwige, c’est monsieur Walewski qui a pris les choses en main. Il a déclaré un deuil de dix jours. Votre père a ordonné que l’on installe les personnes ayant tout perdu dans le château mais sachez, ma fille, que le peuple réclame la présence de l’héritière du duché. Il est temps de rentrer à Karlstad pour se comporter comme une véritable marquise de Suède, qui montre bonté et charité.
Votre mère, Karin de Värmland-Suède."
Tremblant de tous ses membres, Tatiana regarda la lettre tomber lentement sur le sol de ses appartements avant de s’envoler doucement de l’autre côté de la pièce, vers l’antichambre, poussée par le vent qui entrait par la fenêtre ouverte. Tout lui paraissait être un rêve et les choses commencèrent à être floues dans sa chambre embellie par des tentures pourpres. Avec horreur, elle s’aperçut que des larmes coulaient sur ses joues blanches, ce qui ne devait certes pas lui être arrivé depuis que le comte Walewski l’avait repoussée pour épouser sa propre sœur. Tout tourna dans la pièce, et Tatiana perdit conscience devant le messager suédois qui accourut pour la soutenir.
Quand la jeune femme reprit ses esprits, elle était dans son lit, entourée par sa chère nourrice, et quelques servantes. On lui avait enlevé son corset, et dénoué ses longs cheveux roux qui tombaient en cascade sur l’oreiller. On avait fait sortir le cavalier porteur de mauvaises nouvelles. Se redressant, elle fut prise d’un violent mal de tête et voulut se rallonger. Mais sa nourrice, la mine rassurante, la prit dans ses bras et la serra très fort contre elle, comme une enfant. Se laissant aller au chagrin, Tatiana sanglota dans les bras de la vieille femme qui fit discrètement partir les servantes. Celle-ci ne demanda rien, elle savait sans doute les derniers évènements en ayant discuté avec l’homme. Et elle comprenait la tristesse de la marquise. Tatiana pleurait les morts de Karlstad, et regrettait de ne pas avoir été là pour soutenir les survivants comme toute bonne duchesse aurait du le faire. Elle pleurait aussi son enfance perdue, brûlée avec le jardin de plaisance qu’elle avait tant aimé parcourir lorsqu’elle n’était encore qu’une petite fille. Du haut de ses huit ans, il lui semblait devenir la maîtresse du monde en se juchant sur les pierres du jardin, et en déclamant sa fidélité absolue à son peuple. Et voilà comme cela finissait : elle n’était qu’une marquise et pire, une femme indigne.
La nuit fut peuplée de rêves étranges. Tatiana était plongée dans des délires, et elle avait de la fièvre. Sa nourrice resta auprès d’elle et la borda plusieurs fois, quand la jeune femme repoussait les couvertures. Elle veilla toute la nuit et ne s’endormit qu’au petit matin, au moment où sa jeune protégée se réveillait tranquillement et apaisée. La suédoise resta quelques dizaines de minutes dans son lit à baldaquin en regardant sa nourrice dormir en ronflant quelque peu. Elle se laissa porter par son imagination et laissa son esprit s’envoler. Les oiseaux commençaient à chanter à l’extérieur et on chuchotait dans les couloirs de Versailles. Sans doute les serviteurs préparaient-ils déjà la journée à venir. Les flammèches des bougies s’éteignaient au fur et à mesure. La nourrice les avait fait brûler toute la nuit pour maintenir la mort en dehors de la pièce.
Silencieuse, Tatiana se leva en faisant attention de ne pas réveiller sa compagne. Elle se sentait bien, et en parfaite forme, comme si ce sommeil avait été réparateur. L’annonce de la catastrophe de Karlstad lui semblait bien lointaine et elle se refusait à y songer. Pour l’instant. Pour la première fois depuis longtemps, la jeune femme décida de s’habiller seule, puis de sortir faire une promenade dans les jardins. Il serait ensuite temps de prendre une décision concernant son éventuel retour à Karlstad. Elle choisit une robe facile à mettre, plutôt simple, en ignorant les parures couvertes de dentelles et de rubans qu’elle mettait normalement. Cette robe était couleur crème et faisait ressortir la rousseur de sa chevelure. Elle serra son corset comme elle le pu et enfila sa tenue, qui dévoilait sans vergogne ses fines épaules et son cou blanc parcouru de veines bleues. Il n’était pas tard, et le soleil venait de se lever. Tatiana partit donc sans gants, sans ombrelle, persuadée de ne rencontrer personne.
Elle se laissa aller au fil de sa marche, sans songer au lendemain, en profitant au maximum de la beauté et de l’harmonie propre au style français. Elle se croyait seule, parmi ses fontaines qui ne marchaient pas, quand elle perçut le son lointain d’un instrument. On jouait un air de musique. La marquise s’approcha donc, en faisant le moins de bruit possible. Elle ne percevait que le bruit de sa robe qui traînait sur le sol. Enfin, elle arriva devant un bassin où une silhouette verte jouait du violon les yeux fermés. La décence et la politesse commandaient à Tatiana de l’interrompre pour se présenter, mais elle préféra ne pas interrompre ce moment de pure grâce. Se laissant aller contre le rebord du bassin, elle-même ferma les yeux et imagina les landes de Suède défiler sous ses yeux. Quand lui vint l’image du jardin de Karlstad, elle laissa échapper une minuscule larme sur sa joue. _________________
Le grand secret de la vie est de se proposer un digne butEt de ne le perdre jamais de vue. [ REINE KRISTINA DE SUEDE ] |
|  | | Mary of Monaghan

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 | Sujet: Re: [Bassin du Miroir] Emerveillée par un lieu encore inconnu... Mer 18 Juin - 14:50 | |
| L’air que jouait Mary, The Butterfly devait se transformer en Reel vers la fin. Il devait s’accélérer car c’était le rythme de la danse, le rythme de l’Irlande. Le violon de la jeune fille, accompagné par la voix imaginaire de Blodwyn, semblait conter une histoire. Le rythme de la mélodie était celui du papillon qui s’envole puis se pose à nouveau sur une fleur, comme un inconstant de Versailles qui ne saurait choisir la plus belle femme de la cour. En plus de cela, cette partie du morceau ne durait guère longtemps, juste une ou deux minutes, et se transformait rapidement, sans autre transition, en Reel. C’était bref, comme l’amour d’une femme, selon les dires d’un certain Shakespeare au travers des lèvres de son Hamlet. Cependant, pour la jeune violoniste, la musique qu’elle jouait n’était que le vol d’un papillon, suivi d’une danse, rien de plus. Son innocence lui voilait sans doute la vérité de l’inconstance et du libertinage.
Au moment où Mary s’apprêtait changer sa musique, elle crut percevoir un soupire, venant par derrière. Elle stoppa net son archer et la magie de sa légère mélodie disparut, comme emporté par le vent. Elle resta un instant figé dans cette position, la tête appuyée contre son instrument pour le maintenir en place. A dire vrai, elle ne s’attendait pas à trouver quelqu’un dans les jardins à une heure si matinale. Et pourtant, elle s’y tenait bien là, elle, alors pourquoi ne pouvait-elle point y croiser d’autres personnes ?
Elle laissa finalement sa musique de côté et ses bras retombèrent de l’élan qu’ils s’étaient donné par la mélodie. Mary tenait à présent son archer dans la main gauche, et son précieux violon dans la droite. La taie d’oreiller qui avait abrité ses trésors se trouvait toujours à ses pieds, telle une tache blanche immaculée. Elle se retourna alors, croyant fermement trouver son frère. Elle savait que Matthew avait l’ouïe fine et qu’il devait l’avoir pertinemment entendue quitter sa chambre. Sans doute avait-il cru au départ qu’il s’agissait d’une servante, mais il était suffisamment soupçonneux pour se montrer curieux à ce point. Et puis, par les fenêtres de sa chambre, à un moment où les jardins de Versailles étaient déserts, il avait dû remarquer la présence d’une fine silhouette encapuchonnée de vert serrant contre elle un paquet blanc. Oui, derrière Mary, ce ne pouvait être que Matthew.
Cependant, après s’être retournée, la jeune irlandaise faisait face, non à son frère, mais à une jeune femme élégante assise sur le rebord de la fontaine. Surprise, elle manqua d’en lâcher son instrument, mais heureusement, il devait lui rester un soupçon de lucidité car elle réussit à prendre sur elle et sa main ne se desserra point assez pour laisser chuter son bien le plus précieux. A la place, elle laissa échapper un petit hoquet de surprise. Sous son apparence sérieuse, la jeune fille pouvait se montrer émotive au moindre changement.
Croisant le regard de la jeune femme qui lui faisait face, Mary s’aperçut, ou crut s’apercevoir, qu’elle avait pleuré. Une larme avait coulé le long de sa joue et la faible lumière du jour qui perçait l’obscurité de la nuit, marquant le retour du soleil, ne faisait que la mettre en évidence. De loin, cette goutte de tristesse aurait pu être apparentée à une perle, à la grande fascination de Mary. Il fallait avouer en effet que la mystérieuse inconnue du bord de la fontaine respirait la grâce et l’élégance, même dans cet instant de tristesse, et que la jeune irlandaise ne pouvait en être que plus intimidée.
Sans un mot, elle s’inclina maladroitement, à cause de son violon et de son archer, qui la gênait pour tenir sa robe. Certes, elle était gracieuse, mais il semblait qu’en cet instant, intimidée comme elle l’était, Mary avait perdu tous ses moyens. Les paroles de son père lui revinrent alors en mémoire, lorsqu’il lui recommandait fermement de ne point se laisser diminuer devant la cour de France. Elle était à Versailles sur la demande du roi d’Angleterre. Elle y avait sa place, une fonction. Le nom de Monaghan n’était pas de ceux qu’il fallait oublier.
Mary se releva lentement de sa révérence et osa finalement adresser la parole à la jeune femme :
- Madame, ma musique vous aurait-elle attristée ? Je ne faisais pourtant que conter le vol d’un papillon…
Sa voix était douce mais son accent portait les stigmates d’un autre pays. Certes, la jeune irlandaise parlait le français, mais avec une étrange intonation anglaise. C’était une habitude à prendre que de parlait la langue de Molière sans que celle de Shakespeare ne transparaisse. Un exercice auquel Mary devrait se plier, tant bien que mal. Mais pour le moment, elle était encore loin d’obtenir un résultat satisfaisant. Ce fut en cet instant qu’elle comprit à quel point elle se sentait différente. Elle n’était point sans savoir que Versailles comportait de nombreux membres de la noblesse étrangère, en sa qualité de plus grande cour d’Europe, mais cela n’enlevait pourtant pas ce sentiment étrange d’être à part. La seule irlandaise du château. Les choses auraient-elles été plus simples si elle était née anglaise ? Qu’en aurait pensé son interlocutrice ? D’ailleurs, était-elle française ? Anglaise ? _________________
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|  | | Tatiana de Suède ~ Dame des Glaces ~

Inscrit le : 20 Juil 2007 Messages : 102 Âge : 25 ans Titre : Marquise de Suède Humeur Versaillaise Côté Coeur: Il semblerait que ce coeur bondisse à la vue d'un certain comte finlandais... Côté Lit: Il n'est jamais vide bien longtemps. Noble Humeur:
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 | Sujet: Re: [Bassin du Miroir] Emerveillée par un lieu encore inconnu... Ven 4 Juil - 23:54 | |
| [Désolée de mon retard !]
Madame de Suède savait apprécier la musique qu’elle écoutait, surtout quand celle-ci était de bonne qualité. Mais ce matin-là, rien n’était pareil, et la tristesse des nouvelles qu’elle avait apprises l’empêchait de se comporter comme une femme digne et cultivée. Elle n’essuya pas la larme qui coulait sur sa joue, n’y songeant même pas. Ce Dieu auquel elle ne croyait pas, ce Dieu avait-Il voulu la punir en apportant le malheur sur son peuple ? Elle imaginait en rêve les cris d’agonie des plus pauvres, emprisonnés dans une pièce de feu, suppliant le Tout Puissant de lui adresser miséricorde et pardon. Etait-ce pour expier ses nombreux péchés que le ciel lui envoyait cette épreuve ? Tant de questions restaient sans réponses, et le resteraient sans nul doute.
Mais soudain, la magnifique mélodie s’interrompit comme emportée par la légère brise qui s’était levée sur les jardins. Les dernières notes résonnèrent un instant dans les oreilles de la marquise, avant qu’elle ne rouvre les yeux pour faire face à une ravissante demoiselle. Celle-ci avait une expression mi surprise mi apeurée. Tatiana se demanda qui elle pouvait bien être. Elle ne connaissait aucune courtisane qui pouvait sortir un matin à l’aube dans une robe toute simple pour jouer du violon. Les intrigantes profiteraient de ce savoir pour briller en société. Et toute personne sensée éviterait de sortir dans les jardins si elle n’était pas à son avantage car elle risquait de croiser quelqu’un. En résumé, la jeune femme était intriguée par la personne qui se trouvait devant elle. Cette demoiselle brune faisait pourtant bien partie de la noblesse de cour comme l’indiquait sa toilette, ou son maintien. Mais elle semblait encore bien peu au fait de Versailles.
La marquise suédoise se leva poliment et répondit par une révérence à celle de la jeune inconnue. Sa nuque délicate se courba légèrement puis elle fixa sans gêne aucune son interlocutrice qui semblait fort embarrassée par son instrument. Sa curiosité piquée au vif, elle sentit un poids quitter ses épaules. Revenir à des frivolités ne pouvait que lui être bénéfique. Cependant les premières paroles de sa compagne lui rappelèrent cruellement la perte qu’elle avait subie. Tatiana de Suède détourna le regard, et elle se crispa imperceptiblement. Elle se força à penser à autre chose. Par exemple au fait que la joueuse de violon était étrangère. Cela s’était entendu dès les premiers mots qu’elle avait prononcés. Tatiana avait beau être suédoise, elle parlait français depuis son plus jeune âge quand son père avait décidé de lui donner une éducation d’homme. A force d’entraînement, notamment à Stockholm où elle avait eu l’occasion de discuter avec l’ambassadeur de France, elle avait réussi à acquérir une connaissance parfaite de cette langue. Son accent scandinave ne lui revenait que quand des moments où elle était émue, attristée, bref lorsqu’elle ressentait une émotion forte.
On progressait. La jolie demoiselle était étrangère, sans doute anglaise puisque les sujets de Sa Majesté étaient fort nombreux à Versailles, et que cet accent n’était pas chantant comme celui des italiens ou des espagnols. Elle n’était pas non plus germanique, car Tatiana aurait reconnu immédiatement l’intonation dure des ennemis de la Suède. Par élimination... Elle était encore jeune et à son âge, sortir sans chaperon était fortement déconseillé. Une rebelle ? La suédoise esquissa un petit sourire en se traitant intérieurement de ridicule. Comment juger des personnes uniquement sur la première impression ? Et la seule façon d’avoir une seconde impression était d’engager la conversation, d’après les commandements de sa chère grand-mère Eleonora du Danemark.
- Votre musique m’a touchée en effet, car je suis séparée depuis bien longtemps de mon pays natal. Votre mélodie m’a fait songer à la ville que j’ai quittée et qui me semble si lointaine désormais.
Tatiana de Suède s’approcha de la demoiselle et ramassa la taie d’oreiller qui traînait par terre. Après tout, au point où elles en étaient, une familiarité de plus ou de moins... Elle finit par la fixer droit dans les yeux et prononça avec un accent de sincérité dans la voix :
- Permettez-moi de vous féliciter. Vous jouez admirablement bien, mais pour tout vous dire, je serais curieuse de savoir si votre voix est aussi jolie à écouter. Chantez-vous ?
Dans le Nord, la musique n’était guère sacrée, et on évitait d’en écouter. Tatiana n’avait acquis ce savoir qu’à la suite de son voyage à Stockholm au temps de la reine Kristina qui était sensible à cet art. Les suédois étaient rudes et un peu brutes contrairement aux mœurs raffinées des latins. Après tout, les français étaient rois dans cette discipline. La marquise sentait que la musique de la jeune femme n’était pas issue des classiques et qu’il s’agissait plus de musique traditionnelle d’une région. Après tout, jamais elle n’avait eu l’occasion d’entendre cela ici en France ou en Suède. Au Värmland, les musiques populaires étaient plutôt les chansons grivoises... Mais Tatiana s’interdit mentalement de penser au Värmland, par crainte qu’elle ne puisse plus se contrôler.
Plus se contrôler. C’était la hantise de la jeune femme. Elle était habituée à tout diriger, à commander. Perdre les moyens, ne pas réussir étaient ce qu’elle craignait par-dessus tout. C’est pourquoi penser à autre chose lui semblait être un excellent moyen de reprendre le contrôle sur elle-même. Parler avec une courtisane lui était une chose si naturelle, qu’elle accomplissait depuis si longtemps... Tatiana se retourna pour admirer le lever de soleil par-dessus les buissons avant de se présenter avec courtoisie :
- Je suis Tatiana de Värmland, marquise de Suède. Je suis ravie de faire votre connaissance et désolée de vous avoir importunée. _________________
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 | Sujet: Re: [Bassin du Miroir] Emerveillée par un lieu encore inconnu... Dim 6 Juil - 19:40 | |
| Le visage de la jeune inconnue en face de Mary sembla se voiler un instant, comme-ci le ciel de ses pensées s’était trouvé empli des nuages sombres des soucis. La jeune irlandaise devina sans trop de difficultés que le morceau de musique qu’elle avait joué avait dû raviver de douloureux souvenirs. Immédiatement, elle s’en voulu sans pour autant connaître la raison véritable du tourment qu’elle avait pu infliger à son interlocutrice. Quelle ironie ! L’air qui lui avait permis de se rappeler agréablement son pays en même temps que le souvenir du bonheur qu’elle pouvait ressentir en jouant du violon, avait attristé la jeune élégante en face de Mary. The Butterfly, une mélodie si joyeuse, avait fait couler des larmes. A dire vrai, la jeune violoniste n’en revenait pas.
Pour le moment, elle tenait son instrument avec délicatesse, le long de sa robe dans sa main droite, l’archer étant tenu par celle qui lui restait. C’était dans cette posture qu’elle avait salué la première âme noble de Versailles qu’elle rencontrait. A son arrivée, Mary et Matthew n’avaient point eu le loisir de se promener à travers les jardins, et encore moins l’occasion de découvrir le château. Exténués, ils l’étaient, cependant, la fatigue ne retirait rien à leur curiosité de jeunes gens tenus à la campagne durant l’enfance et ne connaissant rien encore des merveilles d’une architecture parfaite. A Londres, Mary avait eu le souffle coupé en découvrant la cour du roi Charles II et s’était montrée extrêmement inspirée dans les lettres qu’elle avait écrites à Blodwyn. Tantôt elle décrivait son étonnement, tantôt celui de son frère, l’allure qu’avait le roi, la mode anglaise… Aucun détail ne lui avait échappé : la jeune irlandaise avait pris note de tout ce qu’elle avait vu et entendu, comme enseignement à sa future existence à la cour de Louis XIV. Pourtant, débarquée en France, elle agissait comme une jeune fille trop innocente. Ignorant les usages de l’Etiquette, elle avait dû, et se devait encore, d’apprendre par cœur les révérences et les compliments qu’il fallait souffler à telle ou telle personne suivant leurs rangs. Par chance, elle parlait le français, avec un accent prononcé, certes, mais au moins, elle n’aurait point à souffrir rester incomprise.
Devant cette perspective rassurante, Mary sembla reprendre un peu de contenance. De plus, les paroles de son père, celles relatives à l’honneur de la famille, résonnaient encore dans sa tête. Convaincue qu’elle avait une chance de réussir à rentrer dans le rang, la jeune irlandaise répondit, en s’appliquant dans la prononciation des mots :
- Je ne savais point, madame, que pareille mélodie pouvait servir à évoquer des souvenirs mélancoliques. Je n’y avais jamais songé, croyant distinguer uniquement le vol d’un papillon. Mais je m’excuse d’avoir à ce point provoqué le retour d’un souvenir… douloureux…
Elle murmura presque le dernier mot car elle n’était point sûre de ce qu’elle avançait. Mary avait pourtant cru déceler la tristesse dans les larmes qu’avait versées la jeune femme, mais il se pouvait tout aussi bien que tout cela ne soit provoqué que par la mélodie. La jeune irlandaise aurait été curieuse de savoir si l’aura de mystère qui entourait son interlocutrice n’avait pris cette teinte sombre de ciel nuageux, annonçant qu’il y avait bel et bien un sujet douloureux là-dessous, sujet qu’il valait mieux ne pas chercher à comprendre. D’ailleurs, c’était sans doute la volonté de la jeune femme lorsque celle-ci questionna Mary à propos du chant. Ah, le chant ! Cette discipline, la jeune irlandaise la laissait volontiers à sa cousine Blodwyn. Dans un sourire modeste, elle répondit :
- Madame, si la mélodie que je vous ai jouée au violon vous a plu, je ne puis garantir qu’il en serait de même si je chantais. Ma voix n’est pas de celles qui restent inoubliables. Certes, je ne chante point faux, mais je ne saurais prétendre posséder du talent. Mon chant ne charme pas, il n’est qu’une faible mélodie qui se perd dans le vent… Ma cousine possède cette voix de rossignol que vous sembliez espérer trouver chez moi, mais elle n’est point à Versailles, j’en suis au regret…
Le bavardage de Mary s’était fait léger. Ce n’était point la première fois qu’on lui avait demandé de chanter, et à chaque fois, elle arrivait à l’éviter. A Londres, le roi avait souhaité entendre sa voix, au milieu de sa cour. Par ruse, la jeune irlandaise avait prétexté un mal de gorge et avait réussit à convaincre le souverain d’écouter une mélodie jouée au violon. Ce refus n’était point dû parce qu’elle répugnait à chanter, mais Mary s’était toujours considérée comme violoniste et non comme chanteuse. Elle n’avait point reçu une voix de rossignol à la naissance, mais des doigts fins et agiles pour faire glisser l’archer sur les cordes du violon. D’ailleurs, sa cousine était bien plus talentueuse en chant et Mary respectait ce don. S’abstenir de chanter était comme une façon de rappeler l’existence de Blodwyn, un moyen de dire que le comté de Louth avait toujours une héritière irlandaise…
Dès que son interlocutrice se fut présentée, la jeune fille plongea dans une nouvelle révérence. Elle avait donc affaire à une marquise tandis qu’elle-même n’était que duchesse. Il fallait donc s’incliner en se présentant :
- Je suis heureuse de faire votre connaissance madame. Pour ma part, je suis la duchesse Mary of Monaghan…
La jeune fille laissa sa phrase en suspend. Peut-être aurait-elle dû ajouter quelque chose, comme une politesse supplémentaire. Et puis, elle avait parlé si vite. N’aurait-elle point dû prononcer son nom en français ? Dire « de Monaghan » au lieu de « of Monaghan » ? Craignant d’avoir marmonné quelque chose d’incompréhensible, Mary crut bon d’ajouter, quelques secondes après :
- J’arrive d’Irlande… Depuis peu. Je ne suis ici que depuis hier… Et vous ne m’avez point importunée… _________________
A sort of delicate Irish Rose… |
|  | | | [Bassin du Miroir] Emerveillée par un lieu encore inconnu... | |
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